Avis institutionnel — 52023AE2810
| CELEX | 52023AE2810 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 25 octobre 2023 |
Texte intégral
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2024/880 | 6.2.2024 |
Avis du Comité économique et social européen sur le rapport de la Commission — Rapport sur la politique de concurrence 2022
[COM(2023) 184 final]
(C/2024/880)
| Rapporteur: | Paulo BARROS VALE |
| Consultation | Commission européenne, 2.6.2023 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 3.10.2023 |
| Date de l’adoption en session plénière | 25.10.2023 |
| Session plénière no | 582 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 161/0/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) félicite la Commission européenne pour la publication du rapport sur la politique de concurrence 2022, qui fournit une vue d’ensemble complète et actualisée des activités menées en matière de concurrence dans l’Union européenne (UE). Le rapport fait état de l’engagement constant de la Commission à promouvoir une concurrence équitable et efficace dans l’intérêt des consommateurs et des entreprises et, ce faisant, il met en évidence des progrès qui rejoignent la vision plus ambitieuse que le CESE a préconisée par le passé. |
| 1.2. | Le CESE souligne qu’il est nécessaire pour la Commission, par le truchement de ses différentes directions générales compétentes, d’étendre son action en matière de concurrence à certaines réalités qui trouvent leur source à l’extérieur de l’Union européenne et qui, s’exerçant par une multitude de moyens, nuisent à une concurrence loyale et saine vis-à-vis des entreprises européennes et au respect des règles auxquelles elles sont soumises. Si l’action de la Commission en matière de subventions étrangères constitue une première étape dont le CESE se félicite, elle doit être étendue sur d’autres plans afin de mettre les conditions de concurrence sur un véritable pied d’égalité, compte tenu des désavantages auxquels les entreprises européennes sont actuellement confrontées face à d’autres acteurs internationaux qui ne sont pas soumis aux mêmes principes, réglementations, garanties sociales, environnementales, ou autres dispositions. |
| 1.3. | Au cours des trois dernières années, la Commission a mis en œuvre des mesures d’encadrement temporaire autorisant les États membres à soutenir les entreprises dans le contexte de la pandémie de coronavirus et de la guerre en Ukraine. S’il a atténué les conséquences économiques subies par les entreprises de l’UE, ce dispositif a également entraîné des distorsions de concurrence et produit des effets négatifs sur les échanges entre États membres. L’analyse effectuée par la Commission elle-même dans son rapport sur la politique de concurrence 2022 (page 4) montre clairement que les États membres disposant d’une plus grande capacité budgétaire sont à même de soutenir davantage leurs entreprises nationales que ceux dont les ressources sont limitées. Le CESE fait valoir que les entreprises établies dans des États membres disposant d’une plus grande capacité budgétaire bénéficieront d’un avantage sur le marché intérieur par rapport à d’autres entreprises de l’UE situées dans d’autres États membres. Par conséquent, il demande instamment à la Commission de remédier aux conséquences des mesures d’encadrement temporaire et de rétablir la concurrence, tout en facilitant la réalisation d’investissements importants par l’Union, en particulier dans les transitions écologique et numérique. |
| 1.4. | Le CESE recommande à la Commission d’évaluer les distorsions de concurrence qui se sont créées de par la mise en œuvre de l’encadrement temporaire des aides d’État lié à la COVID-19, en articulation avec d’autres fonds européens. La Commission devrait exhorter les États membres à corriger les erreurs, les actions précipitées et les ruptures d’égalité de traitement qui se sont alors produites et qui, bien que compréhensibles dans une situation d’urgence sans précédent, peuvent et doivent être désormais corrigés afin de rétablir des conditions de traitement, et donc de concurrence, qui soient équitables entre les entreprises opérant sur le même marché, qui ont pendant cette période été traitées de manière inégale. Dans certains cas, sur la base de la communication de la Commission intitulée «Modification de l’encadrement temporaire des mesures d’aide d’État visant à soutenir l’économie dans le contexte actuel de la flambée de COVID-19» (1), des États membres ont lancé des appels d’offres dans lesquels ils appliquaient le principe du «premier arrivé, premier servi», d’une légalité douteuse. Cela signifie que certaines entreprises qui ont répondu à l’appel d’offres plus tard, uniquement parce que leurs projets étaient plus complexes et plus longs à développer, se sont retrouvées avec moins d’aides que celles dont les projets étaient plus simples et plus rapides à développer, même si elles participaient toutes au même appel d’offres public. |
| 1.5. | Le CESE se félicite de l’entrée en vigueur de la législation sur les marchés numériques, dont l’objectif est de les rendre plus équitables en luttant contre les pratiques déloyales des contrôleurs d’accès. Cet acte législatif constitue un tournant dans la manière d’aborder les marchés numériques, et il conviendrait que la Commission relève ce défi en recourant aux ressources matérielles et humaines et à l’expertise qui s’imposent dans le cas d’un marché aussi innovant. |
| 1.6. | Le CESE se félicite des investissements réalisés dans la modernisation des méthodes de travail, s’agissant d’un effort qu’il a lui-même préconisé par le passé. Une direction générale qui sera mieux dotée en moyens techniques et humains, plus numérique, recourant à des documents dématérialisés et suscitant moins de lourdeurs administratives pour les parties qui ont affaire à elle sera à même de répondre plus efficacement aux défis d’un marché en constante évolution, qui nécessite des réponses rapides, sûres et d’un accès facile pour les acteurs concernés. Le CESE espère que, grâce à cet investissement, la Commission pourra intensifier son action en développant davantage d’initiatives volontaristes, afin d’analyser la situation des secteurs qui sont critiques du point de vue de la concurrence et leur apporter de l’aide, et qu’elle sera à même de continuer à apporter des réponses rapides en menant des enquêtes réactives à partir des plaintes déposées. |
| 1.7. | Le CESE se félicite que soient adoptées des lignes directrices sur l’application du droit de la concurrence aux conventions collectives portant sur les conditions de travail des travailleurs indépendants, qui préciseront que les règles de concurrence n’empêchent pas ces travailleurs de participer à des négociations collectives, le but étant d’égaliser les conditions de travail entre les salariés et les travailleurs indépendants. Ces lignes directrices contribuent aux valeurs sociales de l’Europe, auxquelles la Commission devrait prêter attention, et le CESE demande que la question fasse l’objet d’un suivi attentif. |
| 1.8. | Le CESE félicite la Commission pour ses initiatives sur les pratiques anticoncurrentielles et pour les résultats obtenus sur ce point en 2022. L’application stricte des règles dans ces domaines favorise la concurrence et protège les consommateurs tout en stimulant l’innovation dans les entreprises, qui rencontrent ainsi moins de barrières à l’entrée sur le marché. |
| 1.9. | Le CESE plaide en faveur d’un suivi et d’une surveillance en continu des différents marchés, dans le cadre de la politique relative aux pratiques anticoncurrentielles. Tous les marchés se doivent d’être ouverts et concurrentiels, dans l’intérêt de tous, opérateurs économiques comme consommateurs, cet impératif étant, dans une période inflationniste comme celle que nous traversons, important pour permettre le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. La Commission a les moyens et le devoir d’intervenir dans ce secteur, tant dans les transactions au niveau européen qu’en dispensant un soutien et en fournissant des orientations aux autorités nationales de concurrence. |
| 1.10. | Le CESE souligne qu’il importe de garantir une concurrence loyale dans tous les secteurs, en particulier ceux qui ont une incidence directe sur le bien-être des consommateurs et des PME. Les abus de position dominante et les pratiques commerciales déloyales peuvent avoir une incidence négative sur des milliers de petites entreprises, en particulier dans les secteurs les plus sensibles, déjà recensés par le CESE dans de précédents avis. Les PME doivent être épaulées, eu égard au rôle essentiel qu’elles jouent dans le développement et la qualité de vie au niveau local grâce aux emplois qu’elles procurent et aux impôts qu’elles paient aux collectivités, en renforçant ainsi les régions. Le CESE appelle également de ses vœux la mise en œuvre d’instruments financièrement efficaces, tels que des réglementations fiscales qui soient équitables entre les États membres. La Commission a les moyens et le devoir de jouer un rôle plus actif en ce sens, soit directement, dans le cadre de ses compétences, soit indirectement, en interagissant avec les autorités nationales de concurrence. |
| 1.11. | Le CESE appelle de ses vœux un engagement continu en faveur d’une concurrence saine au sein du marché unique, grâce à un dialogue permanent entre les différentes institutions et au renforcement du réseau européen de la concurrence, dans le cadre d’une coopération qui améliore le fonctionnement du marché unique. |
| 1.12. | La concurrence fiscale résultant de l’octroi d’avantages accordés par les différents États membres dans le domaine de la fiscalité constitue un défi auquel la Commission n’a pas compétence pour répondre, en raison des limites assignées par le traité. Le CESE invite la Commission à continuer, dans la mesure où elle est compétente à cette fin, de mettre l’accent sur la prévention des distorsions de concurrence qui proviennent de l’octroi de tels avantages, soit en appliquant les règles en matière d’aides d’État, soit en prenant des mesures de sensibilisation ou en publiant des lignes directrices sur les bonnes pratiques dans ce domaine. |
| 1.13. | Le CESE invite la Commission à utiliser les règles en matière d’aides d’État pour soutenir la transition écologique et numérique. Si ces aides sont susceptibles de jouer un rôle important dans cette mutation, l’Union européenne devrait, lorsqu’elle assouplit temporairement les règles en la matière, trouver le juste équilibre de sorte à éviter une course aux subventions et préserver des conditions de concurrence équitables au sein du marché unique. De plus, l’octroi d’aides d’État devrait être fondé sur un engagement contractuel à respecter des objectifs stricts, prévoyant sur la base de règles claires que, s’ils ne sont pas atteints, tous les avantages perçus pourraient être restitués. D’autre part, le CESE demande que les aides d’État ne soient pas accordées à des entités dont il est prouvé juridiquement qu’elles ne respectent pas les règles environnementales existantes dans le cadre de leurs activités, que ce soit sur le territoire européen ou dans d’autres régions du monde. |
2. Contexte
| 2.1. | Chaque année, la Commission élabore son rapport sur la politique de concurrence, qui expose les principales évolutions ayant eu lieu dans ce domaine d’intervention, ainsi que les initiatives législatives et les résultats obtenus pour ce qui est des actions mises en place dans le domaine de la concurrence. |
| 2.2. | L’année 2022 a été particulièrement difficile, l’Europe ayant dû affronter une nouvelle crise alors même que l’on escomptait une reprise économique au lendemain de la pandémie de COVID-19. Les effets de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont conduit la Commission à prendre un certain nombre de mesures visant à garantir la stabilité économique et financière, à assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement et à lutter contre l’inflation, qui a atteint des niveaux très élevés. |
| 2.3. | Avec le recul de la pandémie de COVID-19, l’encadrement temporaire des aides d’État lié à cette crise sanitaire a été progressivement supprimé, la Commission ayant décidé de ne pas le proroger au-delà du 30 juin 2022, à l’exception des mesures de soutien à l’investissement et à la solvabilité des entreprises, qui resteront en place jusqu’à la fin du mois de décembre 2023. |
| 2.4. | Pour faire face aux conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la Commission a adopté un encadrement temporaire de crise pour les aides d’État, qui autorise les États membres à soutenir les entreprises, fortement touchées par les effets collatéraux de ce conflit. |
| 2.5. | En réponse à la crise énergétique, elle a adopté en mai 2022 le plan REPowerEU, dont la finalité est de lutter contre les prix élevés de l’énergie et de réduire la dépendance énergétique de l’Europe. En juillet 2022, elle a modifié l’encadrement temporaire de crise pour les aides d’État afin de faciliter la mise en place de régimes en faveur de la décarbonation de l’industrie et de la transition vers les énergies renouvelables. Dans le domaine de l’énergie, elle a autorisé des régimes sectoriels spécifiques pour le Danemark, la Belgique et la Finlande, eu égard à la nécessité d’y soutenir la solvabilité dans ce secteur. En décembre 2022, elle a approuvé la recapitalisation de deux entreprises allemandes. |
| 2.6. | Par ailleurs la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) s’est poursuivie, qui s’attache à promouvoir la cohésion, atténuer les effets de la pandémie et préparer l’Europe à la transition écologique et numérique. La plupart des mesures financées par la FRR ne sont pas considérées comme des aides d’État et, pour celles qui le sont, elles peuvent en majorité être mises en œuvre directement par les États membres, soit dans le cadre d’un règlement d’exemption par catégorie, soit dans le cadre d’un règlement de minimis. |
| 2.7. | En 2022, la Commission a continué de prendre un certain nombre d’initiatives législatives pour faire en sorte que les règles de concurrence soient adaptées aux nouvelles réalités et à l’avenir. Il convient de souligner la publication du règlement sur les marchés numériques, qui a pour objectif de rendre le secteur numérique plus équitable et plus concurrentiel pour les entreprises et les consommateurs, interdit les pratiques de concurrence déloyale et définit un ensemble de critères permettant de recenser les contrôleurs d’accès au marché susceptibles d’avoir une incidence négative sur celui-ci. |
| 2.8. | A été publié par ailleurs le règlement relatif aux subventions étrangères faussant le marché intérieur, qui donne à la Commission le pouvoir d’enquêter sur les effets de distorsion constatés et d’y remédier, le cas échéant, en imposant des mesures correctives ou en donnant son accord à des engagements visant à supprimer la distorsion de concurrence. L’obligation de notification en cas de dépassement de certains seuils sera obligatoire à partir d’octobre 2023. |
| 2.9. | La Commission a procédé à la mise à jour des règles en matière de pratiques anticoncurrentielles et de concentrations et des règles et orientations relatives aux aides d’État afin de les adapter aux nouveaux défis, et elle a par ailleurs poursuivi ses efforts de modernisation des méthodes de travail de sa direction générale de la concurrence. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE considère que le rapport sur la politique de concurrence 2022 constitue un document complet et bien structuré, qui donne une vue d’ensemble claire des principales avancées obtenues dans le domaine de la politique de concurrence de l’Union européenne, mais aussi de ses principaux défis et priorités pour l’avenir. |
| 3.2. | Le CESE souligne avec satisfaction l’accent qui est placé sur l’application stricte des règles de concurrence de l’Union et la coopération entre la Commission européenne et les autorités nationales de concurrence, laquelle est essentielle pour garantir une approche cohérente et efficace dans l’ensemble du marché unique. |
| 3.3. | La guerre en Ukraine a produit de fortes répercussions sur le marché européen, qui se sont manifestées par la hausse des prix de l’énergie et des problèmes dans les chaînes d’approvisionnement. Le CESE soutient l’encadrement temporaire de crise pour les aides d’État qui a été adopté, visant à remédier aux perturbations du marché. Toutefois, il attire l’attention sur la possibilité que cette disposition entraîne des distorsions de concurrence, et il estime que des mesures structurelles doivent être mises en place pour protéger l’Union contre de tels événements, en rendant l’économie plus résiliente et moins dépendante de tiers. |
| 3.4. | L’Union devrait investir massivement dans les actions du plan REPowerEU, destiné à réduire sa dépendance énergétique et à rendre son économie moins vulnérable aux fluctuations du marché mondial de l’énergie, qui ont une incidence considérable sur la vie des entreprises et des ménages. |
| 3.5. | L’année 2022 a été difficile sur le plan de l’inflation, dont l’Union a tenté d’atténuer les effets par l’adoption de l’encadrement temporaire de crise pour les aides d’État. Le CESE souligne l’importance qu’une saine concurrence revêt en période inflationniste. En effet, cette concurrence peut contribuer à contenir l’inflation en exerçant une pression à la baisse sur les marges bénéficiaires, et une économie concurrentielle est plus réactive aux changements. |
| 3.6. | Au-delà de la concurrence dans le secteur privé, il convient de promouvoir aussi celle qui peut s’exercer dans les marchés publics, en luttant contre les pratiques de collusion qui faussent le marché. |
| 3.7. | Le CESE se félicite de la suppression progressive de l’encadrement temporaire des aides d’État lié à la COVID-19, maintenant que l’urgence de santé publique s’est estompée. Il souhaite toutefois faire valoir que l’Union devrait tirer des enseignements de cette période, en particulier de l’année 2020, marquée par de graves dysfonctionnements dans la chaîne d’approvisionnement concernant les produits et dispositifs médicaux. Grâce à un important effort de mise en commun de ressources humaines et financières, tant privées que publiques, l’Union a été en mesure de se doter de diverses structures qui ont assuré l’approvisionnement de ces produits et doivent être maintenues à des niveaux capables de résister aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement des marchés asiatiques, lesquels représentaient auparavant leurs principaux lieux de fourniture. |
| 3.8. | L’adoption, au cours des trois dernières années, de mesures d’encadrement temporaire autorisant les États membres à soutenir leurs secteurs d’activité est, comme l’a reconnu la Commission elle-même, une source de distorsion de concurrence, à des degrés divers en fonction de la capacité de l’État membre. Préoccupé par les conséquences qui pourraient en découler pour la concurrence, le CESE demande que des initiatives soient prises pour remédier à toute situation de ce type susceptible de se produire. |
| 3.9. | En ce qui concerne les mesures liées à la COVID-19, le CESE demande également qu’il soit tenu compte des distorsions de concurrence qui peuvent avoir été causées par l’octroi d’aides d’État et d’autres subventions, en cette période d’urgence où il fallait apporter des réponses en temps utile sans pouvoir faire preuve de la circonspection qui existe en temps normal, de sorte qu’il soit désormais possible de remédier aux injustices qui ont été commises par inadvertance. |
| 3.10. | Le CESE salue l’entrée en vigueur du règlement sur les marchés numériques et souligne qu’il importe désormais de disposer d’un mécanisme a priori pour faire respecter une série d’obligations et interdire les pratiques qui faussent la concurrence. Dans un marché de plus en plus mondialisé et numérisé, le CESE demande que ces pratiques soient dûment articulées avec l’application a posteriori des règles de concurrence. En effet, la croissance du commerce en ligne, notamment les ventes sur des plateformes de type «place de marché», est susceptible d’encourager des accords verticaux qui restreignent la concurrence. |
| 3.11. | Le CESE se félicite de l’adoption du règlement relatif aux subventions étrangères qui faussent le marché intérieur et espère que sa mise en œuvre, à partir de juillet 2023, réussira à réduire les risques en matière de concurrence qui résultent de pratiques consistant à placer certaines entreprises dans une position privilégiée. Il s’agit d’un règlement ambitieux, mais il se pourrait bien, une fois encore, qu’il ne couvre pas les entreprises qui reçoivent un soutien de manière indécelable. |
| 3.12. | Le CESE plaide en faveur de mesures et d’une surveillance qui, se plaçant dans le cadre de la politique relative aux pratiques anticoncurrentielles, soient efficaces pour rétablir une concurrence équitable dans tous les secteurs. Des avantages indus peuvent découler d’abus de position dominante, de pratiques commerciales déloyales et de stratégies fiscales créatives d’envergure internationale, qui sont autant d’éléments face auxquels les PME sont démunies, faute de disposer des ressources humaines et des possibilités financières suffisantes. Dans le même temps, ces mêmes PME, en particulier dans les secteurs les plus sensibles que le CESE a déjà recensés dans de précédents avis, doivent être épaulées, eu égard au rôle unique qu’elles jouent dans le développement et la qualité de vie au niveau local grâce aux emplois qu’elles procurent et aux impôts qu’elles paient aux collectivités, en renforçant ainsi les régions. Étant donné que les petites et moyennes entreprises éprouvent généralement des difficultés à affronter la concurrence dans de telles conditions, il s’impose de prendre, au titre des règles de concurrence de l’Union, des mesures fortes et coordonnées telles que le soutien à la production régionale et la mise en œuvre d’instruments financièrement efficaces, par exemple des réglementations fiscales qui soient équitables entre les États membres. Un tel effort, dans une période inflationniste comme celle que nous traversons, est plus important que jamais. La Commission a les moyens et le devoir d’intervenir d’urgence dans ce secteur important, tant en ce qui concerne les transactions au niveau européen qu’en dispensant un soutien et des orientations aux autorités nationales de concurrence. |
| 3.13. | Le CESE adhère aux mesures prises pour faciliter la transition écologique et numérique. La Commission devrait soutenir les investissements qui entendent réaliser cet objectif, tout en maintenant une vigilance étroite en ce qui concerne l’efficacité des mesures et le fonctionnement des marchés, lesquels devraient rester concurrentiels dans l’intérêt des entreprises et des ménages. Les défis qui se posent en matière de protection du climat et de l’environnement et la transition énergétique exigent que le cadre réglementaire soit en cohérence avec ces objectifs, et le CESE se félicite dès lors de l’adoption de mesures spéciales visant à accélérer cette transition dans le respect des règles de la politique de concurrence, tout en préservant l’intégrité du marché unique. |
| 3.14. | Le CESE souligne qu’il importe d’assurer des conditions de marché équitables pour les entreprises sociales et le secteur à but non lucratif, qui constituent des services essentiels d’intérêt général. Les services sociaux et sanitaires fournis par des entreprises privées ou sociales dans le cadre des systèmes de prestations sociales et de santé des États membres doivent bénéficier de dérogations générales suffisantes aux règles en matière d’aides d’État. |
4. Observations particulières et recommandations spécifiques
| 4.1. | Le CESE soutient l’adoption de cadres temporaires de crise pour les aides d’État, mais réitère son appel en faveur d’un suivi étroit de ces régimes, qui évite les distorsions de concurrence. Il recommande à la Commission d’étudier les incidences produites par les cadres temporaires qui sont déjà parvenus à leur terme, afin d’en tirer les enseignements susceptibles d’améliorer l’action de tels dispositifs dans l’éventualité de crises futures. |
| 4.2. | La Commission a lancé un certain nombre d’initiatives législatives dans le domaine de la concurrence, notamment la législation sur les marchés numériques. Le CESE tient à souligner que tant la Commission que les autorités nationales de concurrence devraient, dans le respect du droit européen et national, disposer de pouvoirs d’enquête et de collecte de preuves pour intervenir sur un marché qui est hautement innovant et en constante évolution, avec pour finalité de protéger ce même marché et les consommateurs. |
| 4.3. | Le CESE soutient l’adoption du règlement relatif aux subventions étrangères qui faussent le marché intérieur, car il considère que toutes les entreprises opérant sur le marché européen devraient suivre les mêmes règles. Il plaide en faveur d’un dialogue et d’une coopération en continu avec les pays tiers et demande par surcroît que d’autres mécanismes susceptibles de protéger le marché intérieur contre les subventions déguisées fassent l’objet d’une évaluation et soient mis en place. L’Union européenne pourrait, en imposant le respect de règles éthiques et du droit du travail, envisager de prévoir des garde-fous pour que certaines entreprises susceptibles de pratiquer une concurrence déloyale ne puissent pas participer à des marchés publics. Une autre mesure préventive pourrait consister à introduire des pénalités en fonction de la distance par rapport au lieu de livraison, pour contribuer à réduire l’empreinte carbone de l’opération concernée. |
| 4.4. | Le CESE se félicite de la publication de nouvelles lignes directrices verticales visant à aider les entreprises à apprécier la compatibilité de leurs accords de fourniture et de distribution, ainsi que du lancement d’une consultation des parties prenantes sur le projet de révision des accords horizontaux d’exemption relatifs aux accords de recherche et de développement. Les règles relatives aux accords de coopération verticale et horizontale devraient évoluer avec le marché et permettre que le consommateur profite de leurs gains potentiels et qu’ils contribuent à la transition numérique et écologique. |
| 4.5. | Le CESE est favorable à ce que soient adoptées des lignes directrices sur l’application du droit de la concurrence aux conventions collectives portant sur les conditions de travail des travailleurs indépendants, qui préciseront que les règles de concurrence n’empêchent pas les travailleurs indépendants de participer à des négociations collectives afin que leurs conditions de travail soient assimilées à celles des salariés. |
| 4.6. | Le CESE juge pertinent le projet de version révisée de la communication sur la définition du marché, qui vise à actualiser celle de 1997. Étant donné que la définition du marché constitue l’instrument utilisé par la Commission pour cerner et définir le périmètre de la concurrence entre les entreprises, il est nécessaire d’actualiser l’acception donnée à cette notion et de l’adapter à la réalité actuelle du marché, qui a évolué de manière très significative. Le CESE est favorable à l’inclusion, dans la définition du marché, d’aspects allant bien au-delà du prix, tels que la durabilité et l’innovation, voire la sécurité des chaînes d’approvisionnement. |
| 4.7. | Dans le domaine des concentrations, le Comité suggère d’inclure parmi les seuils de notification des concentrations non seulement le chiffre d’affaires, mais aussi l’éventualité d’une dégradation de la qualité du service ou de la sécurité des consommateurs. |
| 4.8. | Le CESE estime qu’il est important que les règles en matière d’aides d’État poursuivent les objectifs de décarbonation et ceux de la transition écologique et numérique. Les défis qui se posent en matière de protection du climat et de l’environnement et la transition énergétique exigent que le cadre réglementaire soit en cohérence avec ces objectifs, et le CESE se félicite dès lors de l’adoption de mesures spéciales visant à accélérer cette transition dans le respect des règles de la politique de concurrence, tout en préservant l’intégrité du marché unique. |
| 4.9. | Le CESE loue la Commission pour les efforts qu’elle a déployés dans le domaine des pratiques anticoncurrentielles et du contrôle des concentrations. Il la félicite aussi pour l’arrêt du Tribunal confirmant la décision qu’elle a prise de constater que Google a imposé des restrictions illégales aux fabricants d’appareils Android et aux opérateurs de réseaux mobiles. Il l’invite aussi à continuer à persévérer dans cet objectif malgré les décisions défavorables dans les affaires Qualcomm et Intel, en tirant les leçons des erreurs commises afin de mieux plaider sa cause dans d’autres affaires à l’avenir. |
Bruxelles, le 25 octobre 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/880/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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