I.Introduction
L’Union européenne se lance dans une action sans précédent en vue de parvenir à la neutralité climatique et à la durabilité. Une transformation réussie limitera les risques existentiels que représentent le changement climatique et la crise environnementale tout en renforçant l’autonomie stratégique ouverte et la sécurité économique de l’UE. Elle sera essentielle pour renforcer la compétitivité et le modèle social à long terme de l’Europe et, partant, son rôle moteur au niveau mondial dans la nouvelle économie à zéro émission nette, notamment en aidant d’autres régions à construire un avenir durable. À terme, ces efforts permettront d’améliorer le bien-être des générations actuelles et futures.
Toutefois, une transformation socio-économique réussie et équitable ne va pas de soi. La transition écologique, de même que sa jumelle, la transition numérique, nécessitent des changements et des compromis cruciaux qui affecteront, entre autres, nos économies et nos sociétés à un rythme et à une échelle sans précédent. Pour réussir cette transformation, il est essentiel de reconnaître les liens qui existent entre les dimensions environnementale, sociale et économique de la durabilité. Cela permettra à l’Europe de poursuivre une stratégie géopolitique tournée vers l’avenir qui tire parti, avec succès, de ses atouts les plus précieux, à savoir son économie sociale de marché unique et sa position en tant que principal bloc commercial au monde.
Dans ce contexte, le rapport de prospective stratégique 2023 examine les principaux points de rencontre entre les tendances structurelles et les dynamiques influant sur les aspects sociaux et économiques de la durabilité, afin de clarifier les choix et les compromis potentiels auxquels l’UE sera probablement confrontée à l’avenir. En s’appuyant sur un exercice de prospective inclusif et en se basant sur les trois éditions précédentes , il examine les principaux enjeux qui détermineront la transformation de notre société et de notre économie vers un modèle qui respecte les limites de notre planète tout en préservant la compétitivité au niveau mondial, des fondements sociaux solides et la résilience. Il analyse également la manière dont la poursuite du bien-être inclusif à long terme, l’engagement sur la voie de la durabilité et la consolidation de la démocratie peuvent permettre à l’Europe de renforcer son rôle à l’échelle mondiale.
Sur cette base, le rapport propose dix domaines d’action pour atteindre les objectifs d’une Europe socialement et économiquement durable, jouant un rôle plus important dans le monde dans les années à venir.
II.Points de rencontre clés entre les enjeux liés à la durabilité sociale et économique
Nous traversons actuellement une ère de «permacrise» et de «polycrise», caractérisée par la conjonction des effets croissants du changement climatique et des défis environnementaux, de la pandémie de COVID-19 et de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. De nouveaux conflits et une escalade des conflits existants, des déplacements massifs, des crises financières ou des pandémies sont d’autres exemples de crises potentielles auxquelles nous pourrions être confrontés à l’avenir. Enfin, l’ampleur sans précédent des transitions à réaliser engendre différents défis ayant des répercussions sur les aspects sociaux et économiques de la durabilité (graphique 1). Leurs points de rencontre et leurs effets combinés devront être pris en considération pour permettre des trajectoires viables vers la durabilité de l’Europe.
Graphique 1: principaux enjeux relatifs à la transition de l’UE vers la durabilité
1. L’importance croissante de la géopolitique et la reconfiguration de la mondialisation
La scène mondiale est en pleine mutation, avec différents acteurs internationaux qui assument de nouveaux rôles, souvent plus conflictuels. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a remis en question les fondements du multilatéralisme et de l’ordre international fondé sur des règles. La Chine entre dans une nouvelle ère, axée sur l’influence économique et l’affirmation diplomatique, dans l’optique d’obtenir un changement systémique de l’ordre international. Elle demeure une rivale systémique et une concurrente économique, tout en étant une partenaire multilatérale. Les États-Unis mènent un processus d'intégration profonde de la politique intérieure et de la politique étrangère. Il s'agit notamment de renforcer leur base industrielle, de protéger les technologies de nouvelle génération, de travailler avec les partenaires internationaux en vue de développer des partenariats économiques axés sur les enjeux mondiaux et de mobiliser les investissements dans les économies émergentes . Les États-Unis demeurent également le partenaire stratégique de l’UE. Parallèlement, le comportement stratégique de la Chine et des États-Unis exacerbe les rivalités géopolitiques, économiques et technologiques à l’échelle mondiale. Nous observons également une quête croissante d’influence et de représentation des pays émergents dans les enceintes internationales. Il s’agit notamment de pouvoirs ayant des modèles de gouvernance et des valeurs différents, de pays qui s’abstiennent de prendre position (en menant à la fois des stratégies de coopération et des stratégies de confrontation) ainsi que de pays plus petits et fragiles qui réclament une justice climatique. Cela entrave une coopération internationale efficace sur les questions transnationales, telles que le changement climatique ou la transition énergétique, même si l’urgence de ces questions ne fait qu’augmenter.
Les tensions auxquelles fait face l’ordre mondial s’accompagnent d’une «bataille des visions», qui se transforme de plus en plus en une «bataille des offres», façonnant à la fois l’opinion publique mondiale et l’action des gouvernements. L’UE a présenté la stratégie «Global Gateway» afin de soutenir les investissements intelligents dans des infrastructures de qualité, dans le respect des normes sociales et environnementales les plus élevées, conformément aux valeurs et normes européennes. Toutefois, les visions de l’UE et, plus généralement, de l’Occident sont de plus en plus remises en question. Ainsi, malgré la violation flagrante par la Russie de principes essentiels du droit international, deux tiers de la population mondiale vivent dans des États qui ont adopté une position neutre ou favorable à la Russie . Cela s’explique en partie par la propagande, la mésinformation et la désinformation visant à influencer les attitudes nationales et mondiales, de plus en plus amplifiées par les médias sociaux et les utilisations trompeuses de l’intelligence artificielle générative.
Étant donné que l’UE ne représente que 6,9 % des émissions de gaz à effet de serre et environ 5 % de la population mondiale, l’adhésion et la coopération mondiales seront essentielles pour relever ces défis . Dans le même temps, en période de turbulences économiques mondiales, plusieurs pays émergents et en développement éprouvent davantage de difficultés pour réduire leurs émissions de carbone, bien qu’ils soient exposés à des risques climatiques croissants. Ils soulèvent également des préoccupations concernant certaines des récentes initiatives écologiques de l’UE, qui pourraient finir par entraver leur développement. C’est particulièrement le cas pour de nombreux pays africains, latino-américains et asiatiques, où l’influence économique de la Chine est importante, et où l’approche de l’UE fondée sur un partenariat d’égal à égal doit être renforcée. Les relations internationales deviennent de plus en plus transactionnelles, car de plus en plus de pays cherchent à nouer les partenariats les plus avantageux. Cela entraîne l’apparition d’une «bataille des offres» (par exemple, dans les domaines du financement, du développement des infrastructures ou du soutien à la transition énergétique) et d’initiatives telles que l’initiative «une ceinture, une route» de la Chine ou le partenariat du G7 pour les infrastructures et les investissements mondiaux. Il s’agit également d’une «bataille de modèles» entre les régimes démocratiques et autoritaires.
La mondialisation telle que nous la connaissons est fondamentalement remise en question. Des règles, des normes et des institutions multilatérales fournissent un cadre pour l’intégration économique mondiale et le libre-échange qui permet de sortir des millions de personnes de la pauvreté. Toutefois, les défis successifs et les menaces émergentes montrent que ce modèle de mondialisation est en train de s’essouffler. La pandémie a mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales ainsi que les dépendances stratégiques de l’UE. Les confrontations géoéconomiques croissantes réorganisent en outre les flux commerciaux et d’investissement mondiaux. Cela accroît le risque de restrictions des échanges et de perturbations des chaînes d’approvisionnement et entrave la circulation des biens, services et technologies écologiques. Les dépendances de l’UE pourraient également s’en trouver exacerbées, y compris en ce qui concerne l’accès aux matières premières critiques nécessaires à la double transition, ce qui met en péril les secteurs stratégiques de l’UE (des batteries aux micropuces). En outre, la recherche de chaînes d’approvisionnement résilientes peut également avoir une incidence sur l’environnement (par exemple, en raison de la relocalisation d’activités industrielles et de l’intérêt accru pour l’extraction dans des zones contestées) et sur l’économie (par exemple, en exerçant une pression sur les budgets publics et les emplois locaux dans les secteurs orientés vers l’exportation). Ces dynamiques affectent progressivement les politiques de l’UE, y compris nombre d’entre elles qui étaient autrefois considérées comme essentiellement intérieures, et compromettent les approches sectorielles de l’élaboration des politiques. Dans ce contexte, il est d’autant plus urgent de redoubler d’efforts pour défendre le multilatéralisme et réformer l’OMC.
2. LA quête d’une économie durable et du bien-être
L’UE se trouve à un moment charnière, qui nécessite une impulsion commune de la part des décideurs politiques et des entreprises afin de lui permettre d’occuper une position de premier plan dans la course mondiale visant à parvenir à une industrie à zéro émission nette. La durabilité jouera un rôle majeur dans l’avantage concurrentiel à long terme de l’UE , en augmentant sa part de marché pour les produits, services et technologies connexes et en attirant des investissements et des talents du monde entier. L’UE a déjà déployé des efforts considérables pour soutenir plusieurs technologies et solutions écologiques allant de l’hydrogène et des matériaux avancés au cycle de l’eau en passant par la durabilité dès la conception. Toutefois, à mesure que la concurrence mondiale s’intensifie, il sera essentiel, pour consolider la stratégie économique ouverte de l’UE, de renforcer le soutien à la recherche et développement et à la production de technologies stratégiques à zéro émission nette, de mettre en œuvre une stratégie de sécurité économique ambitieuse et de stimuler les investissements dans des domaines d’importance critique dans lesquels l’UE affiche de fortes dépendances.
Les pressions croissantes sur les aspects sociaux et économiques de la durabilité alimentent le débat sur la nécessité d’un nouveau modèle économique axé sur le bien-être des personnes et de la nature. La priorité accordée essentiellement aux facteurs économiques, sans tenir dûment compte de la qualité de la croissance et des emplois, a encouragé des pratiques de production et de consommation non durables. Parallèlement, les ressources environnementales, qui ne sont pas infinies, constituent le fondement même de l’activité économique: ainsi, 72 % des 4,2 millions d’entreprises de la zone euro dépendent fortement d’au moins un service lié à la nature, tel que la pollinisation, l’eau propre, des sols sains ou le bois. Éviter la perturbation des systèmes naturels critiques, tels que le cycle de l’eau, respecter les limites de notre planète et enrayer la perte de biodiversité sont donc des conditions préalables essentielles à des sociétés résilientes et à des économies durables. Cette interdépendance entre l’économie et l’environnement devenant de plus en plus évidente, elle devient également une question d’équité intergénérationnelle: l’adaptation du modèle économique sera à la base du bien-être et de la richesse matérielle des générations futures, y compris la manière dont les gains économiques sont distribués. Le Semestre européen s’articule autour des quatre dimensions de la durabilité compétitive: la stabilité environnementale, l’équité sociale, la productivité et la stabilité macroéconomique. Toutefois, les questions susmentionnées nécessitent des moyens supplémentaires de rendre compte des progrès et de la prospérité au-delà du seul produit intérieur brut (PIB).
Ajustement du PIB pour tenir compte de différents facteurs
Au cours des 90 dernières années, le PIB a été l’un des indicateurs économiques les plus utilisés, et il reste l’indicateur le plus important pour rendre compte des performances économiques d’un pays. Dans le même temps, les limites d’un tel indicateur avaient déjà commencé à faire l’objet d’interrogations dans les années 70. Compte tenu des évolutions récentes, telles que le changement climatique et la pandémie, il est apparu de plus en plus clairement que le PIB constitue une mesure incomplète des progrès accomplis, car il ne reflète pas pleinement les défis environnementaux ou sociaux importants de notre époque. Il est donc nécessaire d’élaborer – et d’intégrer progressivement dans l’élaboration des politiques – des indicateurs complémentaires permettant de mieux suivre la transition de l’UE vers la durabilité et ses performances au niveau mondial.
Dans le prolongement des précédents rapports de prospective stratégique, la Commission a entamé des travaux internes en vue d’élaborer des indicateurs sur le bien-être durable et inclusif pour l’UE qui compléteraient le PIB. Ces travaux rassemblent pour la première fois différents axes de travail, dans le but d’éclairer l’élaboration future des politiques de l’UE.
L’une des possibilités existantes pour élaborer des indicateurs allant au-delà du PIB consiste à attribuer des valeurs monétaires aux facteurs de bien-être pertinents et à les utiliser pour «ajuster» le PIB. Ces valeurs peuvent porter sur différents aspects de la qualité de vie (par exemple, la santé, l’éducation et les loisirs), sur les soins non rémunérés et le travail domestique, sur les inégalités, sur les coûts des dommages causés à l’environnement (par exemple, la pollution et les émissions de gaz à effet de serre) ou sur l’épuisement des ressources naturelles. Les résultats d’un projet pilote sont présentés ci-dessous, en utilisant l’espérance de vie comme indicateur de la dimension «santé» du bien-être. Ils indiquent le PIB (par habitant) de l’UE, des États-Unis, de la Chine et de l’Inde, ajusté en fonction de la santé, en 2000, en 2020 et en 2040. Les travaux se poursuivront en vue d’élaborer d’autres indicateurs complémentaires allant au-delà du PIB afin de tenir compte de certains facteurs tels que les inégalités ou les dommages environnementaux. L’ajustement pour tenir compte des inégalités peut être obtenu en «actualisant» le revenu moyen (PIB par habitant) en fonction du niveau d’inégalité de revenu. Les dommages environnementaux peuvent être pris en considération en soustrayant leur préjudice économique estimé. Ces calculs sont conformes à la volonté au niveau mondial, consacrée dans le programme de développement durable à l’horizon 2030, d’établir des indicateurs de la progression du développement durable qui complètent le PIB. Il est également envisagé d’aller au-delà du PIB dans le cadre du processus de réforme du système financier international.
Graphique 2: l’ajustement du PIB par habitant pour tenir compte de l’espérance de vie montre des variations à la hausse plus importantes (en %) pour l’UE que pour les États-Unis, la Chine et l’Inde.
Les colonnes grises indiquent la valeur du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat fixe et les colonnes pourpres présentent la version corrigée du même chiffre du PIB. L’ajustement est obtenu en fixant un niveau de référence pour la mortalité et en calculant la volonté de la population de payer pour atteindre ce niveau. Les chiffres prennent comme niveau de référence la courbe de survie du monde projetée pour 2050. Les données de l’UE comprennent 24 pays (les projections ne sont pas disponibles pour la Croatie, Chypre et Malte).
L’ajustement à la hausse pour le PIB de l’UE serait de 15,5 % en 2040, soit un niveau supérieur à celui des États-Unis (12,0 %), de la Chine (11,7 %) et de l’Inde (1,3 %). Le taux de croissance annuel moyen composé du PIB non ajusté au cours de la période 2000-2040 est de 1,33 % pour l’UE, contre 1,57 % pour le PIB ajusté. En outre, l’ajustement du PIB en fonction de l’espérance de vie se traduit par une part plus élevée du PIB ajusté de l’UE par rapport au PIB total des quatre économies combinées en 2040 (soit un pourcentage de 19,8 %, contre 18,9 % pour le PIB).
Dissocier la croissance économique de l’utilisation des ressources sera le défi central à relever pour mettre en place un nouveau modèle économique. L’Europe est parvenue à réduire considérablement ses émissions de CO2 malgré une croissance continue. La recherche et l’innovation révolutionnaires et une adoption plus rapide des technologies resteront essentielles pour parvenir à la durabilité. Cependant, les technologies ne suffiront peut-être pas à elles seules. L’empreinte intérieure de l’UE a déjà diminué de 13 % au cours des dix dernières années, et des innovations devraient permettre de poursuivre cette tendance. Toutefois, l’empreinte de consommation de l’UE, qui tient compte des incidences environnementales intrinsèques au commerce, a augmenté de 4 % . Dans l’intervalle, les modes de consommation mondiaux actuels ont déjà entraîné un dépassement de la plupart des limites de la planète et, sur la base des tendances actuelles, ces incidences négatives devraient continuer d’augmenter jusqu’en 2030 . Par exemple, dans les pays à revenu élevé, 40 % des denrées alimentaires sont gaspillées. Au fil du temps, il est possible de faire baisser les émissions en réduisant la pollution et les déchets grâce à la circularité, à l’utilisation efficace des ressources et de l’énergie et à des mesures de sobriété. De même, une production et une consommation plus efficaces dans le secteur agroalimentaire et le secteur des produits de la mer pourraient réduire les incidences sur les écosystèmes naturels.
Les changements de comportement et de consommation peuvent faire une nette différence. Par exemple, certaines estimations montrent qu'à l’échelle mondiale, des mesures d’atténuation de la demande, y compris des changements de comportement ou de mode de vie (encourager des régimes alimentaires ou des modes de transport plus durables et plus sains, réduire les déchets alimentaires ou textiles, diminuer la consommation d’énergie et d’eau, etc.) ou des mesures relatives à l’utilisation des infrastructures (rénovation des bâtiments, transport durable, etc.), pourraient permettre une réduction des émissions allant jusqu’à 40 à 70 % d’ici à 2050. Parallèlement, de telles mesures pourraient également améliorer le bien-être. Toutefois, la conception des mesures proposées est importante, de même que leur perception et leurs effets sur les comportements. Le passage à des comportements et à une consommation plus durables peut être perçu de manière positive et être plus acceptable s’il s’articule autour de l’équité et de la satisfaction personnelle . Si ces aspects ne sont pas pris en considération, les mesures proposées rencontreront une opposition de la part du public et, par la suite, ralentiront, voire empêcheront les projets visant à les mettre en œuvre.
3. Une pression croissante pour garantir un financement suffisant
La transition écologique nécessite des investissements sans précédent. Globalement, plus de 620 milliards d’EUR d’investissements supplémentaires par an seront nécessaires pour atteindre les objectifs du pacte vert et de REPowerEU. Très majoritairement, ces investissements devront provenir de financements privés. Les budgets des États membres joueront également un rôle important. L’UE devrait déjà consacrer 578 milliards d’EUR, soit au moins 30 % de son budget, à l’action en faveur du climat pour la période 2021-2027. On ne connaît pas, toutefois, l’ampleur totale des coûts et des conséquences des crises liées au climat et à la biodiversité. Les effets croissants des phénomènes météorologiques extrêmes entraînent d’ores et déjà de graves pertes économiques, qui se chiffrent par exemple à 9 milliards d’EUR par an pour les sécheresses et à 7,6 milliards d’EUR pour les inondations fluviales . Le renforcement de la résilience face au changement climatique dans des domaines clés tels que les infrastructures de transport, le numérique, l’énergie, le stockage des ressources, la santé, l’alimentation, les bâtiments ou les usines de fabrication nécessitera également d’importantes ressources. En outre, la fréquence croissante des catastrophes climatiques pourrait rendre les assurances inabordables pour les ménages et de nombreuses entreprises et accroître encore la pression sur les budgets publics. Le rapport européen d’évaluation des risques climatiques, qui sera publié prochainement, fournira des éléments probants supplémentaires concernant les risques liés au climat. Tous ces éléments plaident également fortement en faveur de la prévention: chaque euro investi dans des systèmes d’alerte précoce rapporte en moyenne 131 EUR en ce qui concerne les pertes et les coûts d’intervention évités et les avantages supplémentaires pour la société.
D’autres investissements stratégiques sont également en augmentation. Combler le déficit d’investissement de l’UE pour la transition numérique coûtera au moins 125 milliards d’EUR par an . Le prix de la nouvelle réalité géopolitique sera également élevé: par exemple, en 2021, les dépenses des États membres en matière de défense ont augmenté de manière considérable pour atteindre 214 milliards d’EUR, et il est prévu de dépenser 75 milliards d’EUR supplémentaires jusqu’en 2025 afin de mettre en place des capacités de défense adéquates. Enfin, la reconstruction de l’Ukraine nécessitera 384 milliards d’EUR de la part de tous les partenaires au cours des 10 prochaines années.
Dans le même temps, l’évolution démographique et la transformation économique mettront à l’épreuve les budgets publics à tous les niveaux. Par exemple, le taux de dépendance des personnes âgées pourrait passer de 34,4 % en 2019 à 59,2 % en 2070, ce qui pourrait entraîner une augmentation des dépenses liées au vieillissement de deux points de pourcentage pour s’établir à 26 % du PIB . Le cadre fiscal actuel de l’UE, qui repose principalement sur la fiscalité du travail, y compris les cotisations sociales, ne reflète pas les changements en cours . Étant donné que la part de la population en âge de travailler diminuera considérablement au cours des prochaines décennies et que la croissance de la productivité est peu susceptible de compenser cette évolution, la capacité de la fiscalité du travail à générer le même montant de recettes qu’aujourd’hui sera très probablement réduite. En outre, la transformation économique et la mondialisation font jouer un rôle de plus en plus important aux actifs incorporels et entraînent une plus grande mobilité internationale des activités économiques. De surcroît, la transition écologique elle-même aura une incidence. Elle pourrait contribuer à la réduction de l’assiette fiscale traditionnelle, en raison de l’abandon progressif des combustibles fossiles, de l’évolution des modes de consommation et des fluctuations de la croissance. Parallèlement, cet effet peut être contrebalancé, dans une certaine mesure, par de nouvelles activités, de nouveaux produits et de nouveaux services durables. De nouvelles formes de fiscalité (par exemple, sur les émissions de carbone, les déchets, les produits et services non durables ou néfastes pour la santé) pourraient également gagner en importance afin de compléter la fiscalité du travail et de renforcer la viabilité des finances publiques et de l’État-providence.
La réalisation de la transition vers la durabilité dépendra de l’obtention d’un financement suffisant et rapide de la part du secteur privé. Il sera donc essentiel pour le secteur public de donner la priorité au déblocage d’investissements privés, tout en évitant les effets d’éviction sur les financements privés ou le déclenchement d’une course aux subventions entre les économies. L’UE a élaboré un cadre global en matière de finance durable qui aide les entreprises et le secteur financier à accroître leurs investissements nécessaires à la transition vers la durabilité. Ce cadre comprend une taxinomie, des informations en matière de durabilité, des indices de référence climatique et des obligations vertes. Toutefois, différentes difficultés subsistent. L’écart en matière d’investissements productifs entre l’UE et les États-Unis s’est creusé depuis la crise financière de 2008 et a atteint 2 % du PIB en 2022 . En outre, les investissements privés sont entravés par l’absence d’un véritable marché unique des capitaux et d’une union bancaire à part entière. Cela empêche d’orienter l'épargne élevée dans l’UE (l’excédent de l’épargne intérieure par rapport aux investissements intérieurs dans l’UE s’est élevé en moyenne à près de 300 milliards d’EUR au cours des dix dernières années ) vers le financement de la croissance future. Bien que les banques continueront à jouer un rôle clé dans le financement de l’économie de l’UE, il reste encore beaucoup à faire pour diversifier les sources de financement. Par exemple, le niveau européen des investissements en capital-risque, bien qu’il rattrape peu à peu celui des États-Unis, demeure insuffisant, en particulier en ce qui concerne le financement des entreprises après la phase de démarrage, et les jeunes pousses et les entreprises en expansion européennes qui rencontrent du succès peinent à lever dans l’UE les capitaux nécessaires à leur croissance. Il en résulte une baisse du taux d’innovation et un sous-développement persistant du potentiel des marchés des capitaux à financer les transitions. Parmi les obstacles supplémentaires figurent le ralentissement attendu de la productivité et la dette cumulée des entreprises à la suite de la pandémie . Cette situation est exacerbée par la hausse des coûts d’emprunt , qui renforce également les inquiétudes quant à la capacité du secteur privé à réaliser dès maintenant les investissements nécessaires, en particulier dans les énergies renouvelables . Enfin, les instruments publics visant à attirer les investissements privés sont parfois utilisés de manière trop frileuse face au risque pour susciter des investissements dans des projets à haut risque, à faible rendement ou tournés vers l’avenir.
4. Une demande croissante d’aptitudes et de compétences pour un avenir durable
Les transitions nécessiteront des systèmes européens d’éducation et de formation solides, mettant l’accent sur la capacité d’adaptation. La disponibilité de travailleurs possédant les compétences techniques et non techniques appropriées sera cruciale pour la viabilité des transitions et la compétitivité de l’UE. Par exemple, la réduction de l’écart entre les hommes et les femmes dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques, un objectif essentiel pour les technologies vertes et numériques, pourrait entraîner une augmentation du PIB de l’UE allant jusqu’à 820 milliards d’EUR en 2050. Aujourd’hui déjà, le manque de personnel disponible disposant des compétences adéquates est un frein supplémentaire aux investissements pour 85 % des entreprises de l’UE , tant dans les industries existantes que dans les nouvelles industries. Les pénuries de main-d’œuvre sont un problème de plus en plus important dans plusieurs secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, tels que les soins de santé, les soins de longue durée, la construction ou l’agriculture, notamment dans le contexte du vieillissement de la population européenne. Elles sont également préoccupantes dans des secteurs essentiels pour les transitions. Par exemple, l’UE a besoin de 180 000 travailleurs formés dans l’industrie de l’hydrogène pour les piles à combustible d’ici à 2030 et jusqu’à 66 000 travailleurs dans le secteur de l’énergie photovoltaïque. Dans le même temps, les compétences de base des jeunes Européens se sont détériorées et la pandémie a affaibli les acquis d’apprentissage dans de nombreux États membres. En outre, si la main-d’œuvre de l’UE n’a jamais été aussi instruite de toute son histoire, elle compte encore 60 millions d’adultes à faible niveau scolaire et à faible niveau de compétences. De surcroît, l’inadéquation des compétences n’est pas la seule cause de pénuries de main-d’œuvre. Il existe également un problème de disponibilité d’emplois de qualité, lié à des conditions de travail, à des rémunérations et à des contrats médiocres, à un équilibre inadéquat entre vie professionnelle et vie privée et à un manque de perspectives d’évolution ou de carrière. Les tendances démographiques et le déclin de la population en âge de travailler ont des répercussions territoriales marquées: 82 régions de l’UE, représentant 30 % de la population européenne, se trouvent dans un piège de développement des talents ou risquent d’y tomber. Si ce problème n’est pas traité, il nuira à la cohésion européenne.
Nos systèmes d’éducation et de formation ne sont pas encore adaptés à l’ampleur et à la rapidité des transformations. Les compétences deviennent de plus en plus importantes, en plus des qualifications formelles. Cela s’accompagne d'une évolution des valeurs et des aspirations des nouvelles générations vers un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et des emplois porteurs de sens. Les technologies numériques, y compris l’intelligence artificielle générative, créent de nouvelles possibilités d’enseignement et d’apprentissage, tant pour l’enseignement classique que pour l’apprentissage tout au long de la vie et sur le lieu de travail. Toutefois, elles posent également des problèmes pour les systèmes d’éducation et de formation existants, en ce qui concerne notamment la culture numérique des enseignants, les approches pédagogiques, la garantie de la qualité et de la fiabilité des systèmes et de leur contenu, l’égalité des chances (par exemple, pour l’accès aux infrastructures et équipements technologiques de base) ou les préoccupations éthiques.
Le problème posé par les compétences va au-delà de simples considérations économiques. La culture et les compétences numériques seront essentielles non seulement pour trouver des emplois de qualité, mais aussi pour participer activement à la vie civique ou pour distinguer les faits de la mésinformation et de la désinformation, y compris en ce qui concerne la durabilité. Actuellement, seuls 54 % des citoyens de l’UE possèdent au moins des compétences numériques de base . En outre, les compétences en matière de durabilité environnementale , ainsi que les compétences civiques et entrepreneuriales et la résilience, seront tout aussi importantes pour l’innovation sociale, la capacité d’action et la participation au niveau local. Enfin, les compétences sont également importantes pour le secteur public, car un déficit de compétences peut limiter sa capacité à agir efficacement. Ainsi, 69 % des municipalités de l’UE ont indiqué que le manque de compétences en matière d’évaluation de l’environnement et du climat était un facteur qui ralentissait leurs investissements liés au climat .
La transmission persistante d’un handicap éducatif d’une génération à l’autre viendra s’ajouter à ces problèmes. Par exemple, les élèves ayant un statut socio-économique faible dans l’UE sont 5,6 fois plus exposés au risque de mauvais résultats scolaires que les élèves ayant un statut élevé . Cela prouve les limites de la mobilité sociale actuelle et empêche les personnes concernées de bénéficier des possibilités offertes par les transitions. Il s’agit également de l’un des facteurs qui affectent la cohésion sociale de l’UE.
5. Une cohésion sociale de plus en plus fissurée
Le pacte vert pour l’Europe repose sur la capacité de permettre aux citoyens de participer efficacement à la transition et d’en tirer parti. À cet égard, des progrès manifestes ont été accomplis. Si l’on regarde le niveau de vie général ou la santé, les Européens vivent mieux et plus longtemps que les générations précédentes, et leur espérance de vie continuera d’augmenter. Depuis 2004, ils ont gagné quatre ans d’espérance de vie en bonne santé , avec l’émergence de diverses nouvelles possibilités de vie et de carrière. De nombreux pays européens font partie des endroits où les habitants sont les plus heureux. Néanmoins, les fondements du contrat social existant doivent être renforcés afin de faire face à divers défis.
Le changement climatique touchera les territoires de manière inégale et aura des répercussions disproportionnées sur les plus pauvres et les plus vulnérables. Les ménages à faibles revenus seront les plus exposés à la hausse des prix des denrées alimentaires ou de l’énergie , car ils ont généralement moins de marge de manœuvre pour amortir les fortes hausses du coût de la vie grâce à l’épargne. Par rapport à d’autres groupes, ils dépensent également proportionnellement plus pour des biens essentiels tels que l’alimentation, l’électricité, le gaz, le chauffage et les transports. Les plus pauvres vivent en outre souvent dans les zones plus polluées des villes et sont donc plus vulnérables face aux effets de la pollution, en particulier sur leur santé. 13,7 % des citoyens de l’UE déclarent avoir été exposés à la pollution ou à des risques environnementaux . Les segments les plus vulnérables de la société sont également touchés de manière disproportionnée par les catastrophes liées au climat. Dans le même temps, la capacité d’adaptation de nos sociétés et de nos institutions est inégalement répartie dans toute l’Europe. En outre, les disparités en matière de revenus et de richesse sont étroitement liées aux inégalités écologiques et aux contributions au changement climatique. Par exemple, les 10 % d’Européens les plus riches émettent plus de trois fois plus par habitant que le reste de la population . Toutefois, d’autres facteurs, tels que l’âge, le type de logement ou la taille de l’agglomération, déterminent également les émissions des ménages, ce qui accroît la complexité d’éventuelles politiques fiscales et de redistribution liées aux émissions de carbone.
Si les inégalités entre les États membres ont diminué, les inégalités au sein des différents États membres, elles, sont en augmentation . Elles sont largement perçues par la société comme étant devenues excessives . En 2021, 38,2 % du revenu total équivalent perçu dans l’UE ont été attribués aux 20 % de la population ayant le revenu le plus élevé, tandis que les 20 % ayant le revenu le plus bas n’ont reçu qu’une part de 7,9 %, avec toutefois des différences importantes entre les États membres. Ces chiffres transparaissent dans les positions des Européens: 81 % estiment que l’inégalité des revenus est trop élevée . De nombreux Européens des régions et des villes confrontées à la stagnation et au déclin économiques sont de plus en plus mécontents des disparités en matière d’éducation ou de perspectives d’emploi, de mobilité sociale, d’égalité, d’espérance de vie ou de connectivité. Dans le même temps, la concentration des richesses est nettement supérieure à l’inégalité des revenus et s’accroît progressivement, ce qui entrave directement l’égalité des chances et l’ascension sociale , tout en alimentant la polarisation politique. Les statistiques montrent que les transferts sociaux réduisent bel et bien les inégalités de revenus: en 2021, le coefficient de Gini pour les revenus était de 52,2 % avant les transferts sociaux, mais tombait à 30,1 % une fois ceux-ci pris en considération . En outre, les effets du changement climatique peuvent également avoir une incidence directe sur la dynamique de l’inflation. Les pressions inflationnistes qui en résultent, par exemple sur les prix des denrées alimentaires ou de l’énergie, associées à une diminution du pouvoir d’achat, pourraient encore accentuer les inégalités, étant donné que leurs effets varient considérablement selon que les ménages ont des revenus faibles ou élevés. En l’absence de mesures appropriées, cela risque d’aggraver la pauvreté, y compris la précarité énergétique, l’exclusion sociale et les asymétries territoriales dans l’ensemble de l’UE.
L’équité intergénérationnelle devient également de plus en plus importante. Les jeunes Européens bénéficient de grandes améliorations générationnelles, 67 % d’entre eux estimant que l’UE leur offre de meilleures perspectives d’avenir . Toutefois, ils sont également confrontés à de nouveaux défis. Ils sont mieux instruits, mais ont moins de revenus disponibles que les jeunes générations précédentes, et ils sont plus susceptibles d'exercer des formes d’emploi instables . Par conséquent, les jeunes ont remplacé les personnes âgées en tant que groupe le plus exposé au risque de pauvreté. Les enfants nés en 2020 connaîtront entre deux et sept fois plus de phénomènes météorologiques extrêmes, avec les risques sanitaires qui y sont associés, que les personnes nées en 1960 . En outre, les jeunes sont particulièrement touchés par les problèmes de santé mentale, notamment l’écoanxiété ou la solastalgie . Ces troubles peuvent être accentués par une utilisation excessive des médias numériques ainsi que par les répercussions de la pandémie. Plus de 45 % des jeunes admettent être confrontés à de telles inquiétudes . C’est également la raison pour laquelle ils s’attendent à une action plus résolue: neuf jeunes Européens sur dix s’accordent pour dire que la lutte contre le changement climatique améliorerait leur santé et leur bien-être . Leurs préoccupations s’étendent également à la dette publique, étant donné que les jeunes générations devraient contribuer davantage à l’État-providence tout en recevant moins que leurs aïeux en retour. Avec la diminution de la proportion relative de jeunes électeurs, la question de l’équité intergénérationnelle a également gagné en importance sur le plan politique. Le manque de solidarité intergénérationnelle sur les questions climatiques, économiques et sociétales peut contribuer au désengagement et à la désillusion politiques des jeunes en ce qui concerne la capacité de la classe et du système politiques actuels à relever les défis générationnels.
6. Les menaces pour la démocratie et le contrat social existant
Les inégalités sont étroitement liées à l’affaiblissement de la confiance dans les institutions nationales et de l'UE , ainsi que dans la démocratie libérale au sens large. La suppression des privilèges, le mécontentement croissant et l’absence de programme positif se conjuguent pour donner lieu à une érosion de la confiance dans les institutions publiques, à une polarisation de la société et à un attrait accru pour les mouvements extrémistes, autocratiques ou populistes. Au niveau mondial, le niveau de démocratie dont jouit le citoyen moyen a diminué pour atteindre des niveaux enregistrés pour la dernière fois en 1989 . La démocratie est de plus en plus remise en question en tant que modèle de gouvernance le mieux adapté pour remédier aux problèmes socio-économiques croissants. Dans l’UE, certaines des exigences fondamentales d’une démocratie efficace sont compromises. Cela se traduit par des remises en cause de l’état de droit et par une citoyenneté de plus en plus silencieuse, prenant par exemple la forme d’une diminution constante du taux de participation électorale dans de nombreux États membres aux élections tant nationales qu’européennes , ou par un manque croissant d’intérêt pour la vie démocratique en général. Ainsi, 47 % des citoyens s’accordent pour dire que leur voix compte dans l’UE, tandis que 49 % pensent le contraire . La politique est également soumise à un phénomène de personnalisation croissant, consistant à accorder plus d’importance aux dirigeants qu’aux partis politiques. La polarisation du débat politique et le sentiment d’isolement sont amplifiés par la mésinformation et la désinformation, par la dynamique de groupe dans les médias sociaux ou par les biais algorithmiques . En outre, les territoires qui se sentent laissés pour compte alimentent le désengagement et le mécontentement. Si les pièges de développement des régions en stagnation ne sont pas pris en considération, les citoyens seront moins enclins à soutenir l’intégration et les valeurs européennes, dans ce que l’on appelle désormais la géographie du mécontentement . Un aspect positif est l’apparition de nouvelles formes d’activisme politique et de mobilisation sociale. Toutefois, ne pas s'attaquer au problème de la santé des démocraties européennes compromettra à la fois le déploiement de politiques durables et la transition elle-même.
Le contrat social existant n’est pas pleinement adapté à la nouvelle réalité socio-économique. Les origines du contrat social actuel remontent au milieu du XXe siècle, alors que les conditions socio-économiques étaient différentes. Depuis lors, les réalités des Européens ont radicalement évolué, avec de nouveaux modes d’apprentissage, de travail et de vie ancrés dans l’évolution démographique et la migration. Les conséquences de l’allongement de l’espérance de vie seront profondes pour les particuliers, les entreprises, les communautés et les pouvoirs publics. Par conséquent, des lacunes subsistent et de nouvelles tensions pourraient apparaître à l’avenir. Par exemple, alors qu’actuellement 40 % de la population active exerce une forme de travail «atypique» (notamment, l’emploi indépendant) , les régimes de protection sociale sont toujours principalement conçus pour les formes d’emploi traditionnelles (par exemple, les salariés à temps plein sous contrat à durée indéterminée). Des changements sont nécessaires afin que certaines catégories de la main-d’œuvre, en particulier les jeunes, les personnes nées en dehors de l’UE et les femmes, soient suffisamment couvertes par les systèmes de protection sociale. Dans le cas contraire, ces lacunes pourraient menacer le bien-être des individus et de leurs familles, en particulier des ménages à faibles revenus, et pourraient avoir une incidence négative sur les droits à la retraite et la protection sociale à un stade ultérieur de la vie. Elles pourraient également compromettre la stabilité financière des dispositifs de protection sociale existants et nuire à la compétitivité globale en raison de marchés du travail moins efficaces, les personnes étant moins enclines à prendre des risques, à changer d’emploi, à débuter ou à quitter un travail, à créer une entreprise ou à la fermer. Enfin, pour de nombreux Européens, le travail ne paie plus assez. L’indicateur le plus révélateur est l’accessibilité financière du logement, qui se situe désormais à son niveau le plus bas, tant pour ceux qui veulent acheter une maison que pour ceux qui louent.
Parallèlement, le rôle géoéconomique des acteurs publics et privés évolue. Nous observons une convergence croissante du domaine économique et de celui de la sécurité, les choix économiques étant de plus en plus dictés par les préoccupations en matière de sécurité. Les attentes à l’égard de l’État évoluent et la concrétisation des transitions, de l’autonomie stratégique ouverte et de la résilience économique nécessitera des outils et des compétences appropriés. Par ailleurs, la diffusion continue du pouvoir, avec l’importance croissante des grandes entreprises multinationales à l’échelle mondiale, remet en question le rôle actuel de l’État dans l’économie, la démocratie ou la vie sociale.
III.Principaux domaines d’action
Les problèmes évoqués ci-dessus auront des incidences directes sur les aspects sociaux et économiques de la durabilité, en compromettant la faisabilité et la viabilité des transitions. C’est la raison pour laquelle, afin de parvenir à une Europe durable d’ici à 2050, une intervention coordonnée dans tous les domaines d’action est d’ores et déjà nécessaire. Sur la base des résultats du processus de prospective, les domaines d’action décrits ci-dessous présentent des idées pour relever les défis recensés dans les sections précédentes.
1. Concevoir un nouveau contrat social européen adapté à un avenir durable. L’UE devrait continuer d’encourager les États membres à créer des services sociaux inclusifs et de qualité qui renforcent la capacité des citoyens à contribuer à l’économie et à la société tout en réalisant leur potentiel et leurs aspirations. Il s’agit également d’actualiser les politiques de protection sociale en suivant une approche d’investissement social tout au long de la vie. Cela suppose d’encourager la participation au marché du travail et son inclusivité, de continuer d’adapter la protection sociale aux formes d’emploi atypiques et aux nouveaux risques liés au climat et de garantir un niveau adéquat de protection sociale ainsi qu’une approche d’inclusion active sur le marché du travail. Ces efforts devraient tenir compte de la nouvelle réalité démographique, avec ses défis (vieillissement) et ses possibilités (longévité). Il s’agit également d’assurer une intégration effective des migrants et des citoyens de l’UE issus de l’immigration, afin de générer des gains fiscaux importants pour les États membres et d’apporter une contribution importante aux défis en matière de protection sociale que pose l’évolution démographique. Une surveillance continue des indicateurs sociaux, en particulier pour les ménages les plus vulnérables, sera essentielle pour lutter contre la pauvreté, l’exclusion sociale et les inégalités sociales et territoriales. Un nouveau contrat social devrait mettre davantage l’accent sur une transition juste et inclusive, favoriser la cohésion régionale et avoir comme principes directeurs l’équité intergénérationnelle et la convergence sociale ascendante. Il devrait également mettre davantage l’accent sur la vie dans un environnement sain en tant que bien public essentiel et sur la lutte contre les causes profondes des problèmes de santé mentale, telles que l’exclusion sociale, la discrimination et les effets du changement climatique.
2. Mettre à profit le marché unique pour promouvoir une économie à zéro émission nette résiliente. L’UE devrait continuer de renforcer son cadre coordonné en vue de parvenir à une autonomie stratégique ouverte, et notamment à la sécurité économique. En particulier, en s’appuyant sur le mécanisme existant d’examen des dépendances stratégiques actuelles, l’UE et ses États membres devraient continuer de mettre au point des outils permettant d’évaluer les dépendances futures dans des secteurs stratégiques (par exemple, la santé, l’alimentation, les technologies numériques, l’énergie, l’espace et l’eau). L’UE devrait également utiliser de manière plus efficace et plus stratégique les instruments de défense commerciale, le règlement sur les subventions étrangères et les instruments relatifs aux marchés publics. L’élargissement du marché unique sera essentiel pour préserver la future puissance économique de l’UE. Des niveaux adéquats de renseignement stratégique et de gouvernance anticipative devraient guider la pérennisation d’un cadre réglementaire propice à la croissance, notamment pour le marché unique . Il est nécessaire de mettre à nouveau l’accent sur la lutte contre les obstacles, ainsi que sur l’application des règles existantes, dans les écosystèmes présentant le plus grand potentiel pour la transition. Cela doit aller de pair avec des règles de concurrence solides et adaptées à l’objectif poursuivi. Il sera également important d’encourager des modèles d’entreprise durables et de garantir un soutien suffisant pour la mise au point et le déploiement rapides des technologies «zéro net». L’UE devrait également continuer de préserver des conditions de concurrence équitables pour tous les acteurs du marché, en garantissant des liens étroits entre l’accès au marché et des normes de durabilité élevées. Enfin, il est aussi nécessaire d’encourager la fabrication rapide des composants essentiels à la transition énergétique, tels que les matières premières ou les équipements de technologies «zéro net».
3. Renforcer les liens entre les politiques intérieures et extérieures de l’UE, afin notamment de dynamiser l’offre et la vision de l’UE sur la scène mondiale. La géoéconomie requiert de plus en plus de combiner des approches souples et des partenariats stratégiques. Dans ce contexte, la stratégie «Global Gateway» devrait continuer d’être utilisée pour créer des partenariats sur des projets stratégiques, par exemple avec des pays confrontés à des défis en matière de transition énergétique ou de sécurité de l’eau. Ces partenariats devraient stimuler de nouvelles chaînes de valeur locales afin d’attirer les investissements et de créer des emplois et des perspectives pour les jeunes générations. Sur la base du modèle existant d’accord de libre-échange, de nouveaux types d’accords de partenariat plus souples et ciblés pourraient être envisagés avec le voisinage européen, l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine. Les synergies et les liens entre ces accords et la stratégie «Global Gateway» doivent être renforcés. La création d’un marché transatlantique écologique facilitant l’accès aux mesures d’incitation et empêchant la discrimination favoriserait les investissements écologiques et la production durable. En outre, grâce à l’approche «Équipe d’Europe», l’UE devrait parler d’une voix plus forte dans les enceintes multilatérales essentielles aux efforts mondiaux en matière de durabilité, y compris ceux qui façonnent l’avenir du financement durable (par exemple, l’initiative Bridgetown, les réformes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international). Elle devrait également poursuivre ses efforts pour atteindre les objectifs de développement durable et contribuer au débat sur leur avenir au-delà de 2030. De plus, l’UE devrait mener des actions visant à préserver les biens communs mondiaux (biodiversité, sols, eau douce, océans, etc.), y compris par des financements ou des coopérations dans le domaine de la technologie et de l’innovation (qu’il s’agisse de haute ou de basse technologie). De nouveaux mécanismes de financement pour l’adaptation et la résilience, axés sur les pays les plus vulnérables, devraient être explorés. Il est également nécessaire que l’UE veille à ce que ses politiques en matière de climat, d’environnement et d’énergie soient conçues et mises en œuvre de manière cohérente avec ses ambitions et ses engagements internationaux. Pour ce faire, il convient de tenir compte des perspectives de ses partenaires commerciaux, ainsi que de l’incidence de la législation de l’UE sur ces derniers. Cet objectif pourrait être atteint grâce au renforcement du dialogue, de la communication, de la diplomatie (en matière écologique, numérique ou culturelle) et de la coopération en ce qui concerne la conception et la mise en œuvre de ces politiques. L’UE devrait également poursuivre sa participation proactive en ce qui concerne ses politiques relatives au pacte vert pour l’Europe au sein de l’Organisation mondiale du commerce. En plus de la mise au point de son propre cadre législatif, l’UE doit aussi nouer de vastes alliances et accords internationaux sur les technologies émergentes à fort impact et propices à la durabilité, telles que l’intelligence artificielle, dans le respect de ses valeurs et objectifs stratégiques et tout en gérant les risques. Elle devrait également unir ses forces à celles de ses partenaires qui partagent les mêmes valeurs afin de lutter contre les menaces et les attaques, telles que la désinformation. Enfin, le renforcement du plan d’action pour la jeunesse dans l’action extérieure de l’UE pourrait contribuer à renforcer le soutien des jeunes générations en dehors de l’UE.
4. Soutenir l’évolution des schémas de production et de consommation vers la durabilité. Du côté de la production, cela implique d’effectuer des réformes et des investissements dans l’ensemble des États membres afin de décarboner et de dépolluer l’économie, en particulier les processus industriels et les secteurs à forte intensité énergétique, d’atténuer les incidences sur la biodiversité et de réduire au minimum l’empreinte écologique de la consommation. Il est également essentiel de réduire les formalités administratives, d’accélérer les procédures administratives et d’autorisation et d’améliorer l’accessibilité et la qualité de l’aide locale. Une action à grande échelle est nécessaire pour renforcer la résilience de l’UE en matière d’eau, en s’attaquant à la pollution et à la demande croissante de l’agriculture, de la production d’énergie, de l’industrie ou des ménages. Des mesures visant à améliorer la gouvernance de l’eau (y compris des mécanismes appropriés de tarification et d’attribution), son utilisation efficace, la création de sources durables de substitution, l’élimination de la pollution de l’eau et l’égalité d’accès sont capitales. Pour parvenir à la durabilité, il faudra également modifier les comportements des citoyens, en particulier ceux dont l’empreinte carbone est la plus élevée, afin de réduire au minimum l’empreinte écologique de la consommation. Il sera également essentiel d’envoyer les signaux de prix adéquats (par exemple, grâce à la tarification du carbone, aux écotaxes, à l’élimination ou à la réforme des subventions préjudiciables à l’environnement et au renforcement des incitations positives du point de vue environnemental), qui devront aller de pair avec une garantie de l’abordabilité et de la disponibilité de produits et services durables. Afin de modifier les stratégies et les modèles économiques des entreprises, l’UE devrait continuer à concevoir des politiques et des réglementations visant à lutter davantage contre l’obsolescence programmée ainsi qu’à promouvoir la réparation dans le contexte de l’après-vente et la conception pensée pour la circularité. Sur la base d’analyses appropriées, les mesures pourraient également inclure l’interdiction de la publicité pour les pratiques ou services les plus préjudiciables à l’environnement. Pris ensemble, ces éléments pourraient constituer des éléments d’un futur cadre juridique plus large, tenant compte de la compétitivité mondiale à long terme de l’économie de l’UE. Une analyse plus approfondie des incidences distributives et territoriales lors de l’élaboration des politiques et une communication plus claire des résultats pourraient aider à concevoir les nouvelles mesures de manière à réduire au minimum les éventuelles incidences négatives sur la pauvreté et les inégalités et à prévoir des mesures d’accompagnement atténuant ces effets négatifs. Enfin, l’éducation et la sensibilisation aux choix et aux modes de vie durables et sains devraient être renforcées dans tous les groupes d’âge.
5. Progresser vers une «Europe des investissements» en augmentant les flux financiers privés à l’appui des investissements stratégiques pour les transitions. Il est essentiel de progresser de manière résolue vers la création de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux afin de débloquer les financements privés nécessaires à la double transition. Des outils de financement durable tels que les obligations vertes européennes financeront les investissements stratégiques durables de l’UE. La mise en place d’un cadre souple, rapide et réactif pour stimuler les investissements privés, ainsi que la garantie d’un environnement favorable aux entreprises, seront essentielles pour permettre à l’UE de demeurer un lieu attrayant pour les investissements dans l’économie circulaire et à zéro émission nette. À cet égard, le financement public devrait être mieux utilisé afin de catalyser les investissements privés, notamment pour des projets de durabilité novateurs plus risqués, y compris pour leur expansion, ainsi que pour la création des capacités de production connexes dans l’UE. En particulier, la Banque européenne d’investissement, la plus grande banque publique au monde, devrait soutenir davantage les investissements stratégiques pertinents pour la double transition, tels que ceux dans les matières premières, les technologies vertes ou les biotechnologies, et en particulier les projets de pointe. Il importe également de poursuivre les efforts visant à faciliter l’accès des jeunes pousses et des petites et moyennes entreprises européennes aux sources de financement pertinentes de l’UE. D’autres outils peuvent également contribuer à accroître les flux financiers privés: les incitations fiscales, les marchés publics écologiques et durables et les partenariats public-privé incitant les fournisseurs à adopter des solutions durables, les achats publics avant commercialisation, les collaborations avec des organisations non gouvernementales pour la fourniture de services publics, ou avec les citoyens et les parties prenantes en vue d’une budgétisation participative. Une collaboration plus étroite entre le secteur privé et le secteur public pourrait également être obtenue en améliorant les stratégies de financement mixte, par exemple grâce à une meilleure intermédiation des bailleurs de fonds concessionnaires, et en renforçant le rôle des institutions de développement de l’UE et des États membres. Enfin, il sera important de poursuivre les efforts visant à intégrer les risques liés au climat dans l’évaluation de la stabilité financière.
6. Rendre les budgets publics adaptés à la durabilité. Les politiques budgétaires et la fiscalité doivent être adaptées à la double transition, utiliser les investissements supplémentaires pour les projets qui la promeuvent et fournir les bons signaux de prix et les bonnes incitations aux producteurs, aux utilisateurs et aux consommateurs, tout en améliorant la viabilité budgétaire. La mise en œuvre de la réforme de la fiscalité internationale de l’OCDE constitue la première étape dans cette direction, en limitant le nivellement par le bas des taux d’imposition des sociétés et en veillant à ce que les entreprises multinationales paient leur juste part d’impôt quel que soit l’endroit où elles exercent leurs activités. L’UE devrait continuer de mettre en œuvre des stratégies mondiales de lutte contre l’évasion fiscale qui favorisent davantage l’équité des systèmes fiscaux. Elle devrait également examiner les moyens de réduire la fiscalité du travail et de la réorienter vers d’autres bases d’imposition moins préjudiciables à la croissance, ainsi que de lutter contre les inégalités dans un contexte de vieillissement de la population et d’apparition de nouvelles formes de travail. Pour utiliser au mieux les fonds publics, il sera essentiel de redoubler d’efforts pour optimiser les dépenses publiques en améliorant leur qualité et leur composition ainsi que leur efficience et leur efficacité. Il s’agit notamment de renforcer les capacités publiques en matière de collecte et d’analyse des données, afin de mieux concevoir les mesures budgétaires. La politique budgétaire devrait continuer d’être axée sur la protection des ménages et des entreprises vulnérables, tout en étant abordable et en préservant les incitations à adopter un comportement durable. Enfin, compte tenu de l’incidence inégale des problèmes budgétaires et de la nécessité de stimuler les investissements stratégiques et de garantir un financement approprié des biens communs de l’UE, il convient d’explorer d’autres pistes d’action commune.
7. Faire pencher davantage les indicateurs politiques et économiques vers le bien-être durable et inclusif. Si les aspects environnementaux et sociaux sont déjà pris en considération dans les décisions des acteurs tant publics que privés, ils doivent être davantage intégrés. Dans ce contexte, il y a lieu de développer davantage les indicateurs allant au-delà du PIB et de les intégrer progressivement dans l’élaboration des politiques de l’UE. Cela permettra de suivre les progrès accomplis sur la voie du bien-être, de faciliter la communication sur les défis politiques et d’élaborer des stratégies en vue de relever ces défis d’une manière centrée sur les individus et la planète, tout en veillant à ce que la croissance économique ne détruise pas ses fondements mêmes. Il convient également de poursuivre les travaux visant à améliorer les outils de suivi en élaborant des indicateurs solides fondés sur des modèles (par exemple, sur les limites de la planète ou le lien entre la société, l’environnement et l’économie), ainsi que des modèles d’évaluation mieux intégrés pour les projections et l’analyse de scénarios. Afin d’éclairer davantage les politiques, les normes statistiques définies pour les comptes nationaux doivent être complétées par des indicateurs supplémentaires afin de mieux refléter l’interdépendance entre l’activité économique, le bien-être de la population et l’environnement. Cela permettrait, par exemple, de s’attaquer aux différentes manières dont l’épuisement des ressources et la dégradation de l’environnement nuisent au bien-être et à la sécurité économique des personnes et, dans le sens inverse, aux différentes incidences de l’activité économique sur l’environnement. L’UE continuera de contribuer aux discussions, au sein de la communauté internationale, sur la manière dont les liens entre l’économie et l’environnement peuvent être pris en considération dans les comptes nationaux et dans les statistiques économiques environnementales, d’une manière rigoureuse sur le plan méthodologique. En outre, elle continuera de promouvoir l’utilisation de la comptabilité économique et environnementale existante pour éclairer l’élaboration des politiques dans différents domaines, notamment en favorisant l’intégration des statistiques économiques et environnementales existantes, ainsi que de la comptabilité sociale afin de mieux lutter contre les inégalités sociales dans la répartition des recettes.
8. Faire en sorte que chacun puisse contribuer avec succès à la transition vers la durabilité. Des efforts soutenus doivent être entrepris afin d’accroître la participation au marché du travail de tous les segments de la population, notamment les femmes, les personnes handicapées, les personnes âgées, les jeunes et d’autres groupes sous-représentés qui ne travaillent pas et ne suivent ni études ni formation. Il convient d’encourager les investissements dans une éducation de la petite enfance de qualité en vue de combler les inégalités. Outre les compétences techniques, il convient d’accorder une attention accrue aux compétences en matière de durabilité et de résilience ainsi qu’aux compétences numériques, civiques ou entrepreneuriales. Encourager l’apprentissage tout au long de la vie, par exemple en renforçant la formation sur le lieu de travail et la formation professionnelle, ou en adoptant des méthodes d’enseignement innovantes, rendrait l’apprentissage plus flexible. Cela doit aller de pair avec l’adaptation des lieux et des conditions de travail aux nouveaux types d’emplois, aux attentes générationnelles et aux besoins des travailleurs. La coopération entre les acteurs publics, privés et de la société civile, au moyen de mécanismes établis (par exemple, les pactes pour les compétences ou les académies des compétences) devrait être renforcée. Les technologies numériques devraient être utilisées pour enrichir et adapter l’éducation et la formation, ainsi que pour accroître les possibilités d’apprentissage pour tous. Pour gérer l’évolution démographique, l’UE a besoin d’outils solides lui permettant de prévoir de manière détaillée les besoins en compétences et en main-d’œuvre dans les secteurs clés. Il convient de s'attaquer aux pièges de développement des talents à l’échelle régionale en stimulant l’offre et la demande de talents au moyen de mesures ciblées et en coopération avec les employeurs et les établissements d’enseignement. Enfin, pour remédier à certains déséquilibres sur le marché du travail et à certains problèmes démographiques, l’UE doit attirer davantage de talents à l’échelle mondiale et faciliter la création de réservoirs de talents et de partenariats avec des pays tiers. Cela doit aller de pair avec des actions de soutien des communautés d’origine et d’adaptation de l’éducation et de la formation afin d’améliorer l’intégration.
9. Renforcer la démocratie, notamment en augmentant la capacité d’action des citoyens. Pour obtenir un large soutien du public en faveur de la durabilité, il est nécessaire d’accroître la participation des citoyens européens aux débats démocratiques et aux processus d’élaboration des politiques, en complément de la démocratie représentative. L’équité entre les générations et au sein de celles-ci, la participation inclusive et la capacité d’action de tous les citoyens devraient être au cœur de l’élaboration des politiques. Par exemple, intégrer la prospective stratégique dans l’élaboration des politiques peut aider les gouvernements à adopter des politiques publiques fondées sur les futurs effets distributifs (y compris intergénérationnels), en mettant en place des stratégies visant à réduire au minimum la probabilité que des résultats sociaux très négatifs se concrétisent. Une transparence accrue des processus décisionnels et la capacité à mieux dialoguer et communiquer avec les citoyens seront donc capitales. L’UE devrait constamment renforcer sa capacité à défendre la démocratie et l’état de droit . Pour lutter contre la mésinformation et la désinformation, ainsi que contre les ingérences étrangères, il est important de disposer d’instruments plus efficaces et de veiller à leur bonne application. Il est essentiel de rendre les plateformes de médias sociaux plus responsables et de soutenir les médias indépendants. L’incidence de la numérisation sur la démocratie doit également être optimisée, tout en abordant ses éventuels aspects négatifs (cybersécurité des élections, prolifération des discours de haine et radicalisation). Enfin, des services publics ouverts, efficaces, interopérables et responsables seront primordiaux. Il y a lieu, par conséquent, de renforcer les capacités des institutions locales et d’autres acteurs, tels que les partenaires sociaux et les organisations de la société civile. Pour ce faire, il convient de prendre des mesures de grande ampleur afin de faire en sorte que ces institutions disposent des compétences nécessaires, ainsi que des ressources financières et technologiques nécessaires pour contribuer à la double transition et tirer parti des possibilités qu’elle offre .
10. Renforcer la panoplie d’outils dont l’UE dispose en matière de préparation et de réaction afin de compléter la protection civile par la «prévention civile». L’UE doit anticiper stratégiquement les événements catastrophiques qu’elle pourrait potentiellement connaître et se préparer à leurs conséquences, comme l’ont récemment démontré la pandémie et la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. La poursuite du développement des capacités de prospective stratégique et de suivi, y compris des systèmes d’alerte précoce, facilitera la traduction des informations précoces en actions précoces et devrait servir de boussole pour orienter les futurs investissements et financements des États membres en vue d’améliorer la préparation et la prévention. Les espaces européens des données, les jumeaux numériques et les nouveaux modes d’interaction seront cruciaux pour mieux comprendre et utiliser de grandes quantités d’informations complexes. La capacité de l’UE à réagir rapidement et efficacement aux crises devrait également être constamment renforcée. Par exemple, l’instrument du marché unique pour les situations d’urgence garantira la libre circulation des biens, des services et des personnes, avec une transparence et une coordination accrues en temps de crise. Pour assurer la résilience des entités critiques, la mise en œuvre des directives de l’UE et des recommandations du Conseil relatives à la résilience sera essentielle. Le Centre de coordination de la réaction d’urgence devrait être développé davantage afin de devenir un nœud central reliant tous les acteurs de l’UE concernés par la gestion des crises (par exemple, l’HERA) et de renforcer la préparation opérationnelle pour les futures situations d’urgence. Il convient de renforcer différents outils et instruments existants qui sont essentiels à la résilience dans des domaines tels que la protection civile, la migration, la santé, l’alimentation ou l’eau, ainsi que les synergies et la coopération entre eux. L’UE devrait également être mieux préparée à faire face aux déplacements liés aux catastrophes et au climat. Outre les actions en faveur de la résilience, l’UE devra évaluer, prévenir, préparer et gérer les risques dans le cadre d’une approche systémique «une seule planète» et «une seule santé». En outre, l’élaboration de procédures communes devrait être soutenue en renforçant les liens intersectoriels ou en établissant de nouveaux liens intersectoriels avec les autorités compétentes à tous les niveaux, ainsi qu’avec le secteur privé, y compris les responsables de la gestion des risques et les assureurs. Enfin, il convient d’étudier les moyens d’accroître encore la disponibilité des financements des risques de catastrophe.