Acte préparatoire52023DC0633

Acte préparatoire — 52023DC0633

CELEX52023DC0633
TypeActe préparatoire
Datejeudi 19 octobre 2023

Texte intégral

Bruxelles, le 19.10.2023

COM(2023) 633 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

concernant la mise en œuvre du règlement (CE) nº 1007/2009, tel que modifié par le règlement (UE) 2015/1775, sur le commerce des produits dérivés du phoque


RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

concernant la mise en œuvre du règlement (CE) nº 1007/2009, tel que modifié par le règlement (UE) 2015/1775, sur le commerce des produits dérivés du phoque

1.Introduction

Régime de l’UE applicable aux produits dérivés du phoque

Le règlement (CE) nº 1007/2009 1 du Parlement européen et du Conseil sur le commerce des produits dérivés du phoque (ci-après le «règlement») interdit la mise sur le marché de l’Union des produits dérivés du phoque.

Cette interdiction s’applique aux produits dérivés du phoque produits dans l’Union européenne ou importés. Le règlement a été modifié par le règlement (UE) 2015/1775 2 afin de tenir compte des décisions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le différend qui l’opposait à l’UE au sujet des produits dérivés du phoque 3 . En conséquence, le régime actuel de l’UE prévoit deux dérogations à l’interdiction de commercialisation des produits dérivés du phoque.

1)Il autorise la mise sur le marché des produits dérivés du phoque lorsqu’ils proviennent des formes de chasses pratiquées par les «communautés inuites ou d’autres communautés indigènes», pour autant que les conditions spécifiques énoncées à l’article 3, paragraphe 1, du règlement, tel que modifié, soient réunies.

L’article 3, paragraphe 1 bis, dudit règlement, tel que modifié, dispose également qu’au moment de sa mise sur le marché de l’UE, un produit dérivé du phoque doit être accompagné d’un document attestant le respect des conditions requises pour bénéficier de la «dérogation relative aux communautés inuites ou à d’autres communautés indigènes». Cette attestation doit être délivrée par un organisme reconnu à cette fin par la Commission européenne, conformément à l’article 3 du règlement d’exécution (UE) 2015/1850 4 de la Commission (ci-après le «règlement d’exécution»).

2)Il autorise en outre l’importation de produits dérivés du phoque lorsqu’elle présente un caractère occasionnel et concerne exclusivement des marchandises destinées à l’usage personnel des voyageurs ou des membres de leur famille (article 3, paragraphe 2, du règlement, tel que modifié).

Obligations d’établissement de rapports prévues par le règlement (CE) nº 1007/2009 tel que modifié

L’article 7 du règlement tel que modifié dispose que les États membres transmettent à la Commission, le 31 décembre 2018 au plus tard et tous les quatre ans par la suite, un rapport décrivant les actions entreprises en vue de l’exécution dudit règlement. La Commission, quant à elle, soumet au Parlement européen et au Conseil un rapport sur l’exécution du règlement, dans les douze mois suivant la fin de chaque période susmentionnée. Dans son rapport, la Commission évalue l’application, l’efficacité et l’impact du règlement au regard de la réalisation de ses objectifs. La Commission devrait également y analyser l’impact du règlement sur le développement socio-économique des communautés inuites ou des autres communautés autochtones 5 .

Le premier rapport de la Commission sur la mise en œuvre du règlement, portant sur la période comprise entre le 18 octobre 2015 [date d’application du règlement (UE) 2015/1775] et le 31 décembre 2018, a été adopté le 10 janvier 2020 6 .

Le présent rapport porte sur la période comprise entre le 1er janvier 2019 et le 31 décembre 2022. Il se fonde sur les contributions transmises par les États membres de l’UE, le Royaume-Uni et les trois organismes reconnus au Canada et au Groenland.

2.Contexte

En 1983, face à l’émoi général suscité par le massacre annuel de certaines populations de bébés phoques, l’Union européenne avait adopté la directive 83/129/CEE du Conseil 7 , interdisant l’importation dans l’Union des produits dérivés des bébés phoques de deux espèces, le phoque harpé («à manteau blanc») et le phoque à capuchon («à dos bleu»). Cette directive était initialement applicable jusqu’au 1er octobre 1985. Sa validité a d’abord été prolongée jusqu’au 1er octobre 1989, puis indéfiniment par l’adoption de la directive 89/370/CEE du Conseil 8 .

Les phoques sont chassés à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE et sont utilisés pour obtenir des produits aussi divers que des gélules d’oméga-3 et des vêtements confectionnés à partir de peaux et de fourrures de phoque transformées. Les citoyens et les consommateurs se sont émus de la possible présence sur le marché de produits dérivés du phoque provenant d’animaux abattus et écorchés dans la souffrance. En réaction, plusieurs États membres ont adopté des mesures législatives visant à réglementer le commerce des produits dérivés du phoque par l’interdiction de leur importation et de leur production tandis que, dans d’autres États membres, le commerce de ces produits ne faisait l’objet d’aucune restriction. Ces différences ont perturbé le fonctionnement du marché intérieur et constitué des entraves aux échanges commerciaux. En conséquence, l’UE a adopté le règlement (CE) nº 1007/2009 du Parlement européen et du Conseil (ci-après le «règlement»), qui instaurait l'interdiction de mise sur le marché de l’Union des produits dérivés du phoque.

Dans le même temps, divers gouvernements et organisations externes à l’Union représentant les Inuits et les peuples autochtones ont invité l’UE à reconnaître la chasse au phoque comme un élément faisant partie intégrante de la vie socio-économique, de l’alimentation, de la culture et de l’identité de ces communautés, qui contribue à leur subsistance et à leur développement et qu’il convient de ne pas altérer, conformément à la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007. Selon eux, la chasse au phoque traditionnellement pratiquée par les communautés inuites ou d’autres communautés autochtones ne suscitait pas dans l’opinion publique les mêmes préoccupations éthiques que la chasse au phoque à visée principalement commerciale. C’est pourquoi, à titre dérogatoire, le règlement a autorisé la mise sur le marché des produits dérivés du phoque provenant des formes de chasse traditionnellement pratiquées par les «communautés inuites ou d’autres communautés indigènes», pour autant que le bien-être des animaux soit dûment pris en compte et que leur souffrance soit réduite dans toute la mesure du possible. La dérogation ne s’applique qu’aux formes de chasse qui contribuent à la subsistance des communautés concernées.

Le règlement de 2009 autorisait également, à titre dérogatoire, la mise sur le marché des produits dérivés du phoque dans les cas où la chasse était pratiquée dans le seul but d’assurer la gestion durable des ressources marines. Il autorisait en outre l’importation de produits dérivés du phoque présentant un caractère occasionnel et concernant exclusivement des marchandises destinées à l’usage personnel des voyageurs ou des membres de leur famille.

En 2010, le Canada et la Norvège ont entamé des procédures de règlement des différends dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dirigées contre le règlement et son premier règlement d’exécution, le règlement (UE) nº 737/2010. En 2013, l’OMC est parvenue à la conclusion que, en autorisant l’accès de certains produits dérivés du phoque au marché de l’UE au titre des dérogations relatives aux communautés inuites et à la gestion des ressources marines, le régime de l’UE applicable aux produits dérivés du phoque imposait aux produits canadiens et norvégiens des conditions de concurrence défavorables par rapport aux produits similaires importés du Groenland ou originaires de l’UE. À l’époque, en effet, seul le Groenland avait officiellement demandé la reconnaissance d’un organisme de certification.

Afin d’aligner son régime commercial sur les décisions de l’OMC, l’Union européenne a adopté le règlement (UE) 2015/1775, qui a modifié le régime de l’UE applicable aux produits dérivés du phoque en supprimant la dérogation relative aux chasses pratiquées aux fins de la gestion des ressources marines. La suppression de cette dérogation était sans préjudice du droit des États membres de continuer à réglementer les chasses pratiquées aux fins de la gestion durable de leurs ressources marines. Elle a toutefois empêché ces mêmes États membres d’autoriser la mise sur le marché de l’Union des produits issus de ces chasses, à moins que ceux-ci n’aient relevé de la dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes», restée – quant à elle – en vigueur. La modification du règlement a également renforcé sa cohérence au regard de son objectif en ajoutant expressément des considérations de bien-être animal dans les conditions à remplir pour faire valoir la dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes».

Afin de garantir l’uniformité de la mise en œuvre du règlement, la Commission a adopté le règlement d’exécution dans lequel sont précisés i) les exigences applicables à l’importation de produits dérivés du phoque destinés à l’usage personnel des voyageurs ou des membres de leur famille; ii) les critères de reconnaissance des organismes chargés de délivrer les documents attestant le respect des conditions requises pour l’application de la dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes»; et iii) le rôle des autorités compétentes des États membres en ce qui concerne le contrôle des attestations et l’enregistrement des données qu’elles contiennent.

En vertu de l’article 3, paragraphe 1 bis, du règlement tel que modifié, les produits dérivés du phoque mis sur le marché de l’Union au titre de la dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes» doivent être accompagnés d’une attestation délivrée par un organisme reconnu à cette fin par la Commission européenne, conformément à l’article 3 du règlement d’exécution (UE) 2015/1850 de la Commission (ci-après le «règlement d’exécution»).

À ce jour, la Commission européenne a reconnu trois organismes:

-le département groenlandais de la pêche, de la chasse et de l’agriculture 9 (désormais dénommé le «département de la pêche et de la chasse»);

-le ministère de l’environnement du Nunavut (Canada) 10 ;

- le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest du Canada 11 .

3.Rapports des États membres de l’UE

Les 27 États membres de l’UE ont été invités à transmettre leur rapport national à la Commission en répondant à un questionnaire en ligne. Tous les États membres sauf trois (la France, la Grèce et Malte) ont transmis leur rapport national. Ci-après, la mention «tous les États membres» désigne donc «tous les États membres sauf les trois États membres qui n’ont pas transmis leur rapport». La présente section résume les principales réponses recueillies.

a) Autorités compétentes

En application de l’article 6, paragraphe 1, du règlement d’exécution, chaque État membre doit désigner une ou plusieurs autorités compétentes chargées a) de vérifier, à la demande des autorités douanières, les attestations accompagnant les produits dérivés du phoque importés, b) de contrôler la délivrance des attestations par des organismes reconnus établis et exerçant leur activité dans l’État membre, et c) de conserver une copie des attestations délivrées pour les produits dérivés du phoque provenant de chasses au phoque dans l’État membre. La Commission a publié sur son site internet la liste des autorités compétentes désignées 12 .

Bien qu’aucun organisme établi au sein de l’Union et y exerçant ses activités n’ait été officiellement reconnu à ce jour aux fins de la délivrance des attestations, il existe dans certains États membres des populations répondant à la définition de «communautés inuites ou autres communautés indigènes», qui seraient donc autorisées à chasser le phoque pour assurer leur subsistance et à mettre des produits dérivés du phoque sur le marché de l’Union. Ces États membres pourraient demander la reconnaissance officielle de l’un de leurs organismes aux fins de la délivrance des attestations. Dans ce cas de figure, l’article 6, paragraphe 1, points b) et c), du règlement d’exécution serait applicable.

b) Dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes»

Le Danemark et l’Estonie sont les seuls États membres à avoir déclaré la mise sur leur marché de produits dérivés du phoque dans les conditions prévues par la dérogation relative aux «communautés inuites ou autres communautés indigènes». Les autorités douanières danoises ont enregistré des importations de produits dérivés du phoque en provenance du Groenland représentant une valeur totale de 8 347 944 couronnes danoises (soit 1 122 337 EUR en appliquant le taux de change en vigueur au 17 janvier 2023) et un volume total de 32 109 kg, contre 10 502 kg pour la période précédente, qui portait sur trois années au lieu de quatre. Pour la première fois, l’Estonie a déclaré des importations de produits dérivés du phoque en provenance du Groenland, représentant une valeur totale de 1 555,67 EUR et un volume total de 34,16 kg. Les produits importés par le Danemark et l’Estonie comprenaient principalement des peaux de phoque tannées ou apprêtées non assemblées, mais aussi des vêtements, des accessoires vestimentaires et d’autres articles en peau de phoque tels que des chaussures et des bottes en cuir de phoque.

c) Dérogation liée à l’usage personnel des voyageurs ou des membres de leur famille

Aucune des autorités compétentes des États membres n’a été informée par ses autorités douanières d’un éventuel problème concernant l’importation occasionnelle de produits dérivés du phoque destinés à l’usage personnel des voyageurs ou des membres de leur famille.

d) Perfectionnement actif

L’importation de produits dérivés du phoque destinés à la transformation et à la réexportation après transformation n’est pas interdite par le règlement. En Estonie, des peaux de phoque tannées (2 405 pièces en 2019, 1 682 pièces en 2020, 2 030 pièces en 2021 et 1 875 pièces en 2022) ont été importées depuis le Canada et la Norvège pour perfectionnement actif par un fabricant de chaussures, qui réexporte ensuite tous les produits transformés.

e) Sanctions et application

Tous les États membres ont déclaré avoir mis en place des sanctions applicables en cas de violation des dispositions du règlement. Parmi les sanctions prévues figurent des amendes, la confiscation des marchandises et leur destruction (dans tous les États membres), ainsi que l’emprisonnement (à Chypre, au Danemark, en Lettonie et aux Pays-Bas). Aucune sanction de ces types n’a été prise par les États membres au cours de la période de référence.

Le diagramme ci-dessous montre le montant maximal des amendes établi dans les dix-huit États membres ayant communiqué des informations en la matière. Dans huit d’entre eux, le montant des amendes diffère selon que l’auteur de l’infraction est une personne physique ou une personne morale. Au Danemark et en Finlande, le montant maximal des amendes n’est pas défini dans la législation nationale. Il appartient aux autorités compétentes d’en estimer le montant en cas de violation du règlement.

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