COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 24.10.2023
COM(2023) 652 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Progrès réalisés en matière de compétitivité des énergies propres
| CELEX | 52023DC0652 |
| Type | Acte préparatoire |
| Date | mardi 24 octobre 2023 |
COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 24.10.2023
COM(2023) 652 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Progrès réalisés en matière de compétitivité des énergies propres
RAPPORT 2023 SUR LES PROGRÈS RÉALISÉS EN MATIÈRE DE COMPÉTITIVITÉ DES ÉNERGIES PROPRES
RÉSUMÉ
1. INTRODUCTION
2. ÉVALUATION DE LA COMPÉTITIVITÉ DU SECTEUR DES ÉNERGIES PROPRES DE L’UE
2.1 L’incidence des prix élevés de l’énergie et des matières premières sur le secteur des énergies propres de l’UE
2.2 Des ressources à l’assemblage: renforcer l’UE en tant que puissance industrielle
2.3 Capital humain et compétences: combler les déficits et les pénuries de compétences afin d’éviter les goulets d’étranglement
2.4 De la recherche et de l’innovation à l’adoption par le marché: tracer la voie du succès pour l’UE
2.5 Le paysage du capital-risque: attirer des capitaux dans l’UE
3. ÉVALUATION DE LA COMPÉTITIVITÉ DES TECHNOLOGIES STRATÉGIQUES «ZÉRO NET»
3.1 Énergie solaire photovoltaïque
3.2 Énergie solaire thermique
3.3 Énergie éolienne terrestre et en mer
3.4 Énergie océanique
3.5 Batteries
3.6 Pompes à chaleur
3.7 Énergie géothermique
3.8 Électrolyse de l’eau pour la production d’hydrogène renouvelable
3.9 Technologies durables de biogaz et de biométhane
3.10 Captage et stockage du dioxyde de carbone (CSC)
3.11 Technologies de réseau: l’exemple des systèmes en courant continu à haute tension
4. CONCLUSION
RÉSUMÉ
En réponse à la perturbation sans précédent du système énergétique mondial causée par la pandémie de COVID-19 et aggravée par l’agression militaire injustifiée et délibérée de la Russie contre l’Ukraine, l’UE a décidé d’accélérer sa transition vers une énergie propre.
Malgré la hausse des prix due au pic des coûts de l’énergie et des matières premières en 2022, les énergies propres restent très compétitives. Le taux de déploiement des énergies propres est en augmentation au sein de l’UE. En 2022, le taux de déploiement des énergies éolienne et solaire a augmenté d’environ 50 % par rapport à 2021. Toutefois, cette tendance ne doit pas occulter les défis auxquels est confrontée l’industrie manufacturière de l’UE dans le domaine des énergies propres. Même dans des secteurs tels que l’éolien ou les pompes à chaleur, dans lesquels l’UE dispose d’une base de production solide, les parts de marché de l’UE sont en diminution.
De manière générale, qu’il s’agisse des matières premières, des principaux composants intermédiaires ou des énergies propres finales, l’UE est de plus en plus dépendante des importations en provenance de pays tiers. Plus de 60 % de la capacité de production mondiale des principaux segments de la chaîne de valeur des batteries et de l’énergie solaire se situe en Chine. Plus de 90 % de la capacité de production des plaquettes et des lingots nécessaires dans l’énergie solaire photovoltaïque se trouve en Chine.
Le plan industriel du pacte vert, le règlement pour une industrie «zéro net» et le règlement sur les matières premières critiques comptent parmi les actions clés de l’UE visant à réduire la dépendance à l’égard des importations de technologies à zéro émission nette, à renforcer la résilience de la chaîne de valeur et à construire une base manufacturière interne solide. Ils visent à relever les défis les plus urgents. L’un de ces défis consiste à améliorer les compétences, à garantir des emplois de qualité et à transformer l’innovation en production industrielle. Malgré la tendance positive affichée par l’emploi, les données les plus récentes montrent que les lacunes et les pénuries en matière de compétences observées depuis 2021 pourraient freiner la croissance dans le secteur de l’énergie propre. En 2023, près de quatre petites et moyennes entreprises sur cinq signalent qu’il leur est généralement difficile de trouver des travailleurs possédant les compétences requises.
La conception d’une trajectoire de R&I efficace est également essentielle pour la compétitivité du secteur des énergies propres. L’UE demeure à la pointe de la recherche sur les énergies propres, conserve une position forte dans les brevets protégés au niveau international et joue un rôle de premier plan dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Néanmoins, l’intensification des efforts dans l’utilisation synergique des programmes de l’UE et des programmes nationaux, ainsi que la définition d’objectifs nationaux clairs en matière de R&I à l’horizon 2030 et 2050 sont des éléments essentiels pour la conception d’une trajectoire de R&I efficace.
L’UE doit également demeurer un lieu attrayant pour les investissements dans les énergies propres, ainsi que pour leur fabrication et leur déploiement. En 2022, les investissements en capital-risque dans les énergies propres au sein de l’UE ont augmenté de 42 % par rapport à 2021 et ont représenté une part croissante des investissements mondiaux en capital-risque dans des entreprises d’énergies propres, se situant à la troisième place derrière les États-Unis et la Chine. Toutefois, lorsque l’on examine les technologies stratégiques «zéro net» telles que définies dans le règlement pour une industrie «zéro net», à l’exception des batteries, l’UE n’a toujours pas pleinement exploité sa capacité à attirer des accords favorisant une croissance plus élevée, contrairement aux États-Unis et à la Chine. Afin de renforcer la compétitivité, la résilience et le leadership de l’UE, les cadres réglementaires et financiers de l’UE évoluent de manière à garantir les investissements et à faire en sorte que les capitaux continuent d’être acheminés vers les entreprises de l’UE à l’échelle requise.
Outre à ces problèmes transversaux, les technologies «zéro net» sont également confrontées à des difficultés spécifiques et offrent différentes possibilités.
2022 a été une année record pour la capacité solaire photovoltaïque installée dans l’UE. En ce qui concerne la chaîne de valeur, l’UE est toutefois fortement dépendante des importations chinoises. Pour que l’UE puisse combler l’écart de coûts par rapport à ses concurrents en s’appuyant sur les mesures prévues, il est indispensable qu’elle développe ses usines de fabrication et se concentre sur des produits innovants et des procédés de fabrication avancés et plus durables.
L’UE joue un rôle technologique de premier plan dans le domaine de l’énergie solaire thermique, mais elle est confrontée à une concurrence croissante de la part des acteurs asiatiques. Des solutions innovantes et des avancées technologiques continues sont essentielles pour stimuler la compétitivité. La forte demande de chaleur industrielle au sein de l’UE, de l’ordre de 150 °C à 400 °C, constitue également une bonne occasion de déployer l’énergie solaire thermique.
Le secteur éolien de l’UE demeure l’un des acteurs les plus puissants au monde, les fabricants de l’UE représentant 30 % de la part de marché mondiale en 2022, même si cette part est en recul par rapport aux 42 % détenus en 2019. Le secteur est confronté à des difficultés spécifiques, notamment le caractère incertain de la demande, des problèmes dans la conception des enchères et la lenteur des procédures d’autorisation. Pour remédier à ces problèmes, la Commission a adopté le plan d’action en matière d’énergie éolienne, qui contribuera à accélérer encore davantage les procédures d’autorisation, à améliorer les systèmes d’enchères dans l’ensemble de l’UE, à faciliter l’accès au financement et à renforcer les chaînes d’approvisionnement.
Le secteur européen des technologies de l’énergie océanique est un puissant innovateur. Pour stimuler la compétitivité de ce secteur, les investisseurs doivent être rassurés. L’organisation d’enchères spécifiques à une technologie ou le développement d’utilisations multiples (par exemple avec d’autres installations d’énergie renouvelable ou pour des activités multiples) seraient également de nature à soutenir le secteur.
L’UE est en bonne voie pour répondre à la demande attendue de batteries pour 2025 et 2030. Le nombre d’usines géantes de batteries lithium-ion annoncées a augmenté en 2022, passant de 26 à 30, et continue d’augmenter. Alors que la part de l’Europe dans les investissements mondiaux annoncés concernant la capacité de production de lithium-ion a reculé de 41 % en 2021 à 2 % en 2022, la construction d’usines de batteries ne cesse de s’accélérer dans toute l’Europe et devrait permettre de répondre à la majeure partie de la demande de l’UE d’ici à 2030. L’augmentation relative la plus importante nécessaire pour atteindre l’objectif de 2030 est celle du recyclage.
Le marché européen des pompes à chaleur individuelles est en expansion. Selon les estimations, les ventes de pompes à chaleur individuelles ont augmenté de 41 % en 2022. Toutefois, cette croissance a été partiellement absorbée par les importations, dans la mesure où le déficit de la balance commerciale a doublé en 2022 par rapport à 2021. Selon les estimations, la capacité de production de l’UE a permis de répondre à 75 % de la demande de pompes à chaleur hydroniques individuelles en 2021, mais les fabricants de l’UE sont tributaires des importations de composants tels que les compresseurs et les réfrigérants synthétiques. La Commission prépare actuellement un plan d’action de l’UE visant à accélérer le déploiement des pompes à chaleur.
Bien que le secteur de l’énergie géothermique de l’UE ait une capacité installée limitée, il est en mesure de contribuer aux objectifs de REPowerEU et à la sécurité de l’approvisionnement en matières premières. Le secteur a besoin non seulement d’un plus grand nombre de données souterraines pour accroître le taux de réussite et la prévisibilité des nouveaux projets géothermiques, mais aussi d’améliorations technologiques. Le secteur bénéficierait également d’une action visant à simplifier le processus d’octroi de licences, de mesures permettant de réduire les risques, d’une plus grande sensibilisation du public et d’une main-d’œuvre plus qualifiée.
Les investissements au sein de l’UE dans la production d’hydrogène renouvelable par électrolyse de l’eau ont donné à plusieurs fabricants la possibilité de construire de nouvelles usines d’électrolyseurs en Europe. Dans le même temps, l’UE est confrontée à la difficulté, d’une part, d’accroître l’utilisation d’énergie renouvelable et rentable pour alimenter ces électrolyseurs et, d’autre part, d’éviter toute incidence négative sur la disponibilité de l’eau douce pour pouvoir déployer cette technologie. Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour renforcer la capacité de recyclage en Europe, y compris en ce qui concerne les matières premières critiques nécessaires à la fabrication d’électrolyseurs.
En 2022, l’UE était le plus grand producteur de biogaz, avec plus de 67 % de la production mondiale. L’UE est également un leader en matière de R&I dans le biogaz durable. La baisse des coûts de production, notamment grâce à l’innovation, à la reproduction et à un cadre réglementaire stable, pourrait contribuer à renforcer la compétitivité de l’UE dans ce secteur.
En ce qui concerne le captage et le stockage du carbone (CSC), cette gamme de technologies est arrivée à maturité dans l’UE, a fait ses preuves et est facilement disponible. Toutefois, le CSC doit être déployé à grande échelle pour que l’UE atteigne la neutralité climatique d’ici à 2050. L’UE est relativement bien placée pour ce qui est des technologies de captage du CO2 et en matière de R&I, mais elle n’a pas encore développé des chaînes de valeur complètes de la gestion industrielle du carbone et les installations ne sont toujours pas opérationnelles sur une base commerciale. Des financements publics – tant au niveau de l’UE qu’au niveau national – seront nécessaires pour attirer des capitaux privés. En outre, il sera également essentiel de proposer des modèles économiques pour ce marché émergent. L’UE dispose de plusieurs instruments pour soutenir le développement du CSC. La Commission travaille actuellement à l’élaboration d’une stratégie pour la gestion industrielle du carbone, prévue pour le premier trimestre de 2024.
L’émergence de grands parcs éoliens en mer et d’interconnexions régionales a rendu le marché européen très attractif pour les développeurs de systèmes de courant continu à haute tension (CCHT) et les fournisseurs de technologies. Toutefois, le secteur devra relever des défis tels que l’augmentation de la demande mondiale de composants et le risque de perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. Une coopération plus étroite entre les acteurs concernés est essentielle, tout comme des mesures favorisant l’harmonisation et la normalisation, en particulier pour stimuler les investissements dans les capacités de production de la part des fournisseurs de l’UE. L’introduction de procédures de marchés publics rationalisées et la mise en commun volontaire de la demande pour les acheteurs de l’UE pourraient contribuer à résoudre les principaux problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.
La compétitivité du secteur des énergies propres a fait l’objet d’une attention accrue au cours de l’année écoulée. L’UE a réagi rapidement pour aider son industrie à relever les défis actuels et poursuivra à cette fin une action coordonnée. Cette édition 2023 du rapport sur les progrès réalisés en matière de compétitivité est particulièrement d’actualité, car elle donne un aperçu des principaux moteurs, possibilités et obstacles à la compétitivité dans le secteur des énergies propres de l’UE.
1.INTRODUCTION
La pandémie de COVID-19 et l’agression militaire injustifiée et délibérée de la Russie contre l’Ukraine ont considérablement perturbé le système énergétique mondial. Le niveau record des prix de l’énergie et la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales ont mis à mal le système énergétique de l’UE comme jamais auparavant et ont imposé des mesures afin de fournir aux citoyens une énergie sûre et abordable. L’UE a réagi en prenant des mesures décisives afin de diversifier son approvisionnement énergétique et d’accélérer la transition vers une énergie propre.
Depuis 2020, les politiques de relance économique de l’UE adoptées en réaction à la pandémie, telles que la facilité pour la reprise et la résilience, ont considérablement accru les investissements dans des solutions énergétiques propres. Les réformes et les investissements proposés par les États membres dans leurs plans pour la reprise et la résilience représentent à eux seuls quelque 203 milliards d’EUR de dépenses liées au climat 1 . En outre, les fonds de la politique de cohésion fournissent 46 milliards d’EUR supplémentaires d’investissements liés aux énergies propres.
En 2022, l’UE a adopté le plan REPowerEU 2 , qui définit la ligne de conduite à suivre pour se défaire progressivement de la dépendance de l’UE aux importations d’énergie russe, et ce dès que possible. Le plan définit des mesures visant à économiser l’énergie, à diversifier l’approvisionnement énergétique et à accélérer le déploiement des énergies renouvelables.
Ces mesures ont produit des résultats substantiels. La part du gaz russe acheminé par gazoduc dans les importations totales de gaz de l’UE est passée d’environ 45-50 % avant la pandémie à environ 10 % entre janvier et juin 2023. Le taux de déploiement des énergies éolienne et solaire dans l’UE a augmenté d’environ 50 % par rapport à 2021. Les énergies éolienne et solaire représentaient 22 % de la production d’électricité de l’UE, dépassant pour la première fois le gaz naturel. En outre, l’UE a adopté des objectifs plus ambitieux en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables à l’horizon 2030.
Cette transition énergétique accélérée à grande échelle doit s’appuyer sur des mesures visant à garantir un approvisionnement résilient en énergies propres. Ces mesures comprennent le renforcement des capacités de production nationales, la diversification des chaînes d’approvisionnement, de même que l’application de mesures en faveur de l’économie circulaire, autant de mesures essentielles pour renforcer l’autonomie stratégique ouverte de l’UE. Non seulement de telles mesures sont importantes pour accroître la sécurité de l’approvisionnement énergétique, mais elles peuvent également être source d’emploi et de croissance. Le marché mondial des technologies «zéro net» clés produites en série devrait tripler d’ici à 2030 par rapport au niveau actuel, pour atteindre une valeur annuelle d’environ 600 milliards d’EUR 3 .
Aujourd’hui, l’industrie manufacturière de l’UE dans le domaine des énergies propres se heurte à des obstacles. Même dans des secteurs tels que l’énergie éolienne ou les pompes à chaleur, dans lesquels l’UE dispose d’une base de production solide, les parts de marché sont en diminution. D’autres régions du monde ont pris des initiatives à grande échelle pour stimuler leur industrie à zéro émission nette et la concurrence gagne en intensité et en rapidité.
C’est pourquoi, en février 2023, la Commission européenne a présenté le plan industriel du pacte vert pour l’Europe 4 . Ce plan vise à stimuler la compétitivité de l’industrie à zéro émission nette de l’UE en améliorant le cadre réglementaire, en accélérant l’accès au financement, en investissant dans les compétences et en soutenant les échanges commerciaux. Ce plan a été suivi, en mars 2023, par la proposition de règlement pour une industrie «zéro net» 5 et la proposition de règlement sur les matières premières critiques 6 . Ces initiatives ont pour objectif de simplifier le cadre réglementaire, de consolider la primauté industrielle de l’UE dans la production de technologies «zéro net», de garantir la durabilité de l’approvisionnement en matières premières critiques, de réduire la dépendance de l’UE à l’égard d’importations fortement concentrées et d’accroître le taux de recyclage des matières premières stratégiques. Ces mesures s’appuient sur d’autres initiatives existantes, telles que le plan d’action en faveur de l’économie circulaire et les nouvelles règles relatives aux batteries.
D’autres initiatives, notamment les communications intitulées «Le marché unique a 30 ans» 7 et «Projection à long terme sur la compétitivité de l’UE» 8 complètent le plan industriel du pacte vert en définissant une approche durable et globale à long terme pour stimuler la compétitivité de l’UE. La stratégie européenne en matière de sécurité économique 9 vise à réduire au minimum les risques découlant de certains flux économiques, tout en maintenant un maximum d’ouverture économique et de dynamisme. Enfin, la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (plateforme STEP) renforce la capacité d’investissement dans les technologies critiques, y compris les énergies propres.
Pour suivre les progrès réalisés dans le cadre de ces initiatives, ces mesures doivent être étayées par des données et nécessitent un suivi continu de la compétitivité du secteur des énergies propres de l’UE. Le présent rapport sur les progrès réalisés en matière de compétitivité des énergies propres 10 s’inscrit dans ce processus de suivi de plusieurs manières. Premièrement, il fournit un aperçu des principaux moteurs, possibilités et obstacles à la compétitivité dans le secteur des énergies propres de l’UE dans son ensemble. Il aborde les difficultés technologiques et non technologiques liées aux prix élevés de l’énergie et des matières premières, les risques de perturbations de la chaîne de valeur et de pénurie de compétences et de main-d’œuvre, ainsi que le paysage de l’innovation. Deuxièmement, il évalue la compétitivité des technologies énergétiques stratégiques recensées dans la proposition de règlement pour une industrie «zéro net», en mettant en évidence les segments des chaînes de valeur qui nécessitent une attention particulière.
La Commission publie ce rapport chaque année depuis 2020, en application de l’article 35, paragraphe 1, point m), du règlement sur la gouvernance de l’union de l’énergie et de l’action pour le climat. Le présent rapport accompagne les rapports sur l’état de l’union de l’énergie et s’appuie sur des données de l’Observatoire des technologies énergétiques propres (CETO) 11 .
2.ÉVALUATION DE LA COMPÉTITIVITÉ DU SECTEUR DES ÉNERGIES PROPRES DE L’UE
2.1L’incidence des prix élevés de l’énergie et des matières premières sur le secteur des énergies propres de l’UE
En 2022, l’agression militaire injustifiée et délibérée de la Russie contre l’Ukraine ainsi que les tentatives de manipulation du marché de l’énergie ont entraîné une hausse sans précédent des prix de l’énergie dans l’UE et dans le reste du monde. Les prix de gros du gaz en vigueur dans l’UE ont atteint un niveau historiquement élevé en août 2022 (294 EUR/MWh 12 ) et sont restés très élevés jusqu’à la fin de 2022. Bien que l’électricité soit en grande partie produite à partir de sources à moindre coût (41 % d’énergies renouvelables et 23 % d’énergie nucléaire), les prix de l’électricité reflètent toujours largement le prix du gaz naturel 13 . En conséquence, les prix de l’électricité ont atteint en 2022 des niveaux record sur les marchés de gros (474 EUR/MWh 14 ), mettant ainsi en péril la compétitivité de l’UE.
L’UE a pris des mesures décisives dès 2021 15 . Grâce à une stratégie fondée sur la diversification de l’approvisionnement, des niveaux de stockage obligatoires, un effort concerté pour améliorer l’efficacité énergétique, la réduction de la demande d’énergie et un déploiement plus rapide des énergies renouvelables, les prix du gaz naturel ont chuté de manière significative par rapport aux niveaux record enregistrés l’année dernière. La douceur de l’hiver a également contribué à ce que les marchés européens du gaz et de l’électricité se stabilisent à la fin de 2022 et à ce que les prix amorcent une tendance soutenue à la baisse. Par rapport à leur pic historique, les prix de gros du gaz ont chuté à 130-140 EUR/MWh à la fin de 2022 et n’ont cessé de diminuer au cours du premier semestre de 2023, pour atteindre 30-40 EUR/MWh en août 2023. Reflétant la baisse des prix du gaz, les prix de l’électricité ont également diminué progressivement par rapport aux niveaux record, grâce à la réduction de la demande, à l’augmentation de la production d’énergies renouvelables et à la reconstitution des stocks hydroélectriques. Les prix de l’électricité sur le marché de gros ont chuté à 74 EUR/MWh au cours de la première semaine d’août 2023.
Malgré l’amélioration observée dans les fondamentaux du marché – l’action politique de l’UE et les forces du marché ayant permis d’équilibrer l’offre et la demande d’énergie – et l’assurance d’accéder à de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz 16 , les prix industriels du gaz et de l’électricité restent supérieurs à la moyenne observée avant la crise 17 . L’écart avec d’autres économies mondiales s’est également creusé 18 . Il s’agit à la fois d’une opportunité et d’un défi pour la compétitivité du secteur des énergies propres.
D’une part, les prix élevés de l’énergie rendent les solutions énergétiques propres encore plus concurrentielles que les solutions fondées sur les combustibles fossiles et favorisent des taux d’adoption plus élevés. Les prix élevés de l’énergie ainsi que l’agression militaire injustifiée et délibérée de la Russie contre l’Ukraine ont entraîné une augmentation significative des investissements publics et privés de l’UE dans l’efficacité énergétique et les sources d’énergie renouvelables. Ceux-ci incluent une augmentation du financement public en faveur des infrastructures énergétiques, notamment grâce à la contribution de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) au plan REPowerEU 19 .
Les prix élevés des combustibles et du carbone ont entraîné une baisse de la part que la production de combustibles fossiles représente dans le bouquet électrique de l’UE (de 34 % en 2021 à 32 % en 2023), tandis que la part des énergies renouvelables est passée de 37 % en 2021 à 42 % en 2023. Les mesures stratégiques de l’UE ont joué un rôle majeur dans l’accélération du déploiement des énergies propres: En 2022, l’installation de capacités solaires et éoliennes a augmenté respectivement de 60 % et 45 % et, pour la première fois, le pourcentage d’électricité produite par les énergies éolienne et solaire a dépassé celui de l’électricité produite par le gaz et le charbon.
D’autre part, les prix élevés de l’énergie, conjugués à des taux d’intérêt élevés, ont également une incidence négative sur les chaînes de valeur des énergies propres de l’UE, tant directement qu’indirectement. Depuis 2020, les turbulences économiques et géopolitiques exercent une pression considérable sur les chaînes d’approvisionnement en énergie propre et entravent temporairement la tendance à la baisse des coûts de déploiement. Cette combinaison de facteurs a entraîné une hausse des coûts de fabrication et d’installation exposés dans le cadre des projets éoliens et, dans une moindre mesure, des projets solaires. Selon les estimations du secteur 20 , en 2023, le coût de la construction de parcs éoliens en mer a augmenté de 40 % dans l’UE.
La hausse des taux d’intérêt a également eu un effet négatif sur le financement des projets dans le domaine des énergies renouvelables, étant donné que les coûts d’investissement initiaux représentent la plus grande partie des coûts des projets. Le problème est particulièrement aigu pour l’énergie éolienne en mer en raison du niveau élevé des investissements initiaux nécessaires. Selon les estimations, une hausse de 3,2 % des taux d’intérêt augmenterait de 25 % le coût des projets en mer 21 . En conséquence, aucune nouvelle décision définitive n’a été prise en matière d’investissement dans les parcs éoliens en mer. En Europe, les commandes de nouvelles éoliennes ont diminué de 47 % en 2022 par rapport à 2021 22 . Toutefois, cette tendance s’est inversée en 2023. Au cours des six premiers mois de 2023, près de 9,3 milliards d’EUR ont été levés en vue de la construction de quatre parcs éoliens dans l’UE d’une capacité de production de 2,7 GW.
L’approvisionnement en matières premières ainsi que l’évolution de leurs prix constituent un autre défi pour la compétitivité du secteur des énergies propres de l’UE compte tenu de leur incidence sur les coûts des énergies propres. Entre 2021 et début 2022, les prix de plusieurs matières critiques (lithium et nickel en particulier) ont augmenté et la volatilité s’est fortement accrue 23 . Bien que la hausse des prix ait commencé à ralentir au second semestre 2022 et au début de 2023, les prix sont restés nettement supérieurs à la moyenne historique.
Les prix du carbonate de lithium ont également continué à augmenter tout au long de l’année 2022 et ont presque doublé entre janvier 2022 et janvier 2023. Début 2023, les prix du lithium étaient six fois supérieurs à la moyenne enregistrée sur la période 2015-2020. Entre janvier et mars 2023, les prix du lithium ont chuté de 20 %, revenant à leur niveau de fin 2022. Les prix du cobalt, après avoir culminé à 80 000 dollars US (72 600 EUR 24 ) par tonne en mars 2022, ont ensuite diminué de manière constante pour se stabiliser autour de 50 000 dollars US (47 485 EUR 25 ) par tonne tout au long de l’année. En 2023, les prix du cobalt devraient rester faibles en raison de l’offre excédentaire. Le lithium et le cobalt sont tous deux des composants essentiels des batteries et sont indispensables à la transition vers une énergie propre.
Les prix élevés de l’énergie et des matières premières ont eu une incidence sur la tendance à la baisse des dix dernières années observée dans les coûts des énergies propres sous l’effet de l’innovation et des économies d’échelle 26 . Par exemple, le prix des éoliennes et des modules solaires photovoltaïques a augmenté entre 2020 et 2022. Toutefois, les prix sont à nouveau en diminution en 2023. Malgré cette dynamique des prix, les prix de toutes les énergies propres sont encore nettement plus bas aujourd’hui qu’il y a dix ans. Bien que les prix élevés de l’énergie et des matières premières aient eu une incidence sur le secteur des énergies propres, l’énergie produite par des technologies propres reste très concurrentielle dans l’UE 27 .
La figure 1 donne un aperçu des calculs des coûts totaux moyens actualisés de l’énergie produite (LCOE) pour l’année 2022 pour une série de situations représentatives 28 dans l’ensemble de l’UE. Les résultats indiquent qu’en 2022, les parcs de technologies à coûts variables faibles (y compris les coûts d’exploitation variables et les coûts de carburant), tels que la production d’énergies renouvelables, affichaient des coûts totaux moyens actualisés moins élevés que les technologies de production à coûts variables élevés, telles que la production à partir de combustibles fossiles.
Figure 1: aperçu des calculs des coûts totaux moyens actualisés de l’énergie produite (LCOE) par parc de technologies pour l’année 2022. (Les barres bleu clair indiquent une fourchette dans toute l’UE et les lignes bleues pleines montrent la médiane) 29 .
Documents similaires