Initiative législative52023IE0896

Initiative législative — 52023IE0896

CELEX52023IE0896
TypeInitiative législative
Datejeudi 13 juillet 2023

Texte intégral

29.9.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 349/80


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Gestion durable de l’eau et urgence climatique: solutions circulaires et autres pistes pour le système agroalimentaire de l’Union européenne dans le cadre d’un futur “pacte bleu” »

(avis d’initiative)

(2023/C 349/13)

Rapporteur:

Josep PUXEU ROCAMORA

Corapporteur:

John COMER

Décision de l’assemblée plénière

23.1.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

28.6.2023

Adoption en session plénière

13.7.2023

Session plénière no

580

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

181/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le changement climatique est en train de modifier les régimes de précipitations dans l’Union européenne, ce qui a une incidence sur la quantité d’eau disponible pour l’agriculture. Il en résulte non seulement une diminution de la production végétale, mais aussi une concurrence accrue entre les différentes utilisations entraînant une consommation d’eau (par la population, l’industrie et l’agriculture). En outre, les activités humaines ont également une incidence sur la qualité de l’eau, en ce qu’elles provoquent une présence accrue de nutriments et de polluants.

1.2.

La politique agricole commune, la stratégie «De la ferme à la table» et la stratégie en faveur de la biodiversité ont toutes trois fixé des objectifs pour parvenir à une production alimentaire durable et protéger les écosystèmes. Pour atteindre ces objectifs, le secteur agroalimentaire a besoin que les zones rurales et les structures de production soient entretenues, que les producteurs au niveau local soient soutenus, que les terres et l’eau soient gérées de manière durable, et que l’on recoure à l’autonomie stratégique ouverte. L’eau est une ressource fondamentale pour la production alimentaire, aussi est-il essentiel de garantir l’accès à une eau de qualité suffisante ainsi que sa gestion durable afin d’assurer une production alimentaire adéquate et pérenne dans l’Union européenne. Ce sont l’ensemble des régimes de la PAC qui devraient encourager une gestion durable et efficace de l’eau, avec la mise en place d’indicateurs dans chaque État membre afin de suivre les progrès réalisés en la matière.

1.3.

La gestion durable de l’eau doit se concentrer sur la gestion de son approvisionnement, laquelle passe par la prise de mesures visant à garantir la disponibilité de l’eau pour tous les utilisateurs. La gestion de l’offre doit nécessairement consister, entre autres, à optimiser l’efficacité, à réduire les pertes, à hiérarchiser les utilisations, à éliminer les utilisations illégales, à adopter des mesures pour assurer la durabilité de l’ensemble du système et, enfin, à adopter un ensemble d’approches qui soient convergentes avec les stratégies visant à consolider une production alimentaire suffisante dans l’Union.

1.4.

Le CESE plaide en faveur de la mise en place de normes spécifiques concernant l’utilisation de l’eau dans différents secteurs économiques, tels que l’agriculture et l’industrie, moyennant la création d’une structure de gouvernance chargée d’élaborer des lignes directrices sectorielles sur l’utilisation de l’eau, à laquelle le CESE devrait participer.

1.5.

Les technologies ont un rôle décisif à jouer pour ce qui est de garantir l’approvisionnement en eau destinée à la production agricole. Il convient de prévoir des ressources budgétaires adéquates et suffisantes pour la recherche et l’adaptation des connaissances en génomique, ce afin de développer des cultures plus résistantes et adaptées aux conditions climatiques. Des ressources seront également nécessaires pour promouvoir de nouvelles techniques de transformation de l’eau, telles que la réutilisation et le dessalement. À cet égard, le CESE propose de promouvoir les mesures nécessaires pour développer de nouvelles technologies, tout en respectant les écosystèmes dans lesquels elles se trouvent et en accordant la priorité aux considérations environnementales.

1.6.

Les prix de l’énergie conditionnent l’introduction de nouvelles technologies, dont le fonctionnement actuel est étroitement lié à l’utilisation de combustibles fossiles. Le CESE plaide en faveur de la décarbonation de l’agriculture, de l’ajustement des prix agricoles dans le secteur primaire et du recours intensif aux sources d’énergie renouvelables en vue de renforcer le lien entre l’énergie, l’eau et l’alimentation.

1.7.

Le changement climatique entraîne la hausse des températures, l’accroissement de l’évapotranspiration et une augmentation considérable des phénomènes météorologiques extrêmes, ce qui provoque des sécheresses, des inondations, des tempêtes et des incendies. Ces problèmes sont extrêmement destructeurs pour la production végétale et animale. Il est nécessaire de mettre en place un plan stratégique qui recoure à l’expertise scientifique et technologique pour garantir la disponibilité d’eau salubre pour l’agriculture dans l’ensemble de l’Union. Des plans spécifiques devront être élaborés pour les zones et les régions qui subissent des sécheresses et des inondations persistantes. À cette fin, un budget spécifique autonome et des lignes de soutien seront nécessaires, de même qu’un règlement de l’Union orientant les ressources afin de rendre possible et de faciliter la mise en place de plans centraux, régionaux et locaux pour un approvisionnement adéquat en eau. Ces plans devront garantir la construction et l’entretien d’infrastructures hydriques adaptées à l’usage prévu dans toutes les régions de l’Union.

2. L’agriculture européenne: mise en contexte

2.1.

L’objectif du présent avis d’initiative est d’analyser les interactions entre eau et agriculture au niveau de l’Union européenne, en relation avec l’urgence climatique et les incidences futures qu’aura cette problématique sur la sécurité et la durabilité alimentaires. L’avis présente des éléments de réflexion sur l’incidence des phénomènes météorologiques extrêmes ainsi que sur les effets des différentes politiques et réglementations européennes. Il décrit l’urgence qu’il y a de gérer l’eau de manière durable ainsi que les problèmes spécifiques en rapport avec l’eau dans l’agriculture européenne et avance des propositions visant à renforcer l’autonomie alimentaire de l’Union et à assurer à cette fin des approvisionnements suffisants en eau, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

2.2.

L’agriculture constitue un secteur stratégique dans l’Union européenne, surtout et avant tout du fait de son importance socioéconomique. On estime que 30 % de la superficie agricole productive de l’Union sont irrigués, bien que ce pourcentage soit plus élevé dans les pays méridionaux, en raison de leurs conditions climatiques particulières, atteignant 70 % dans certaines régions (1).

3. Pénurie d’eau et principaux défis pour le système agroalimentaire de l’Union

3.1.

La production agricole est tributaire de la disponibilité de l’eau. Parallèlement, l’agriculture a une incidence tant sur la quantité d’eau que sur sa qualité, soit parce qu’elle génère une pollution diffuse par l’utilisation d’engrais et de pesticides, soit parce qu’elle provoque une intrusion saline dans les nappes aquifères littorales surexploitées. On estime que chaque année, 20 % des terres et 30 % de la population de l’Europe sont touchées par la pénurie d’eau (2), étant entendu que le stress hydrique est appelé à augmenter considérablement à l’échelle de l’Union au cours des dix prochaines années (3).

3.2.

Selon les données de l’Agence européenne pour l’environnement, les ressources en eau renouvelables dans l’Union européenne ont diminué, passant de 3 219 km3 en 2010 à 2 883 km3 en 2020 (4). Avec la hausse des températures et l’accroissement de l’évapotranspiration qui sont attendus, la situation va se dégrader, ce qui exacerbera la demande en eau pour l’agriculture et la concurrence entre ses différents usages.

3.3.

Les ressources en eau renouvelables par habitant ont diminué de 17 % dans l’ensemble de l’Union au cours des 55 dernières années (5). Si cela s’explique en partie par la croissance démographique, il est également indéniable que la pression exercée par l’activité économique, y compris l’activité agricole, et le changement climatique aggravent actuellement la pénurie d’eau saisonnière et annuelle dans de nombreuses régions de l’Union.

3.4.

Au cours de la période 2010-2016, les eaux de surface représentaient 54 % de l’eau utilisée pour l’agriculture dans l’Union, et les eaux souterraines 39 %. L’eau recyclée représentait 4 % et celle issue du dessalage 3 % (6). Ces pourcentages peuvent varier considérablement d’un État membre à l’autre, en fonction des conditions climatiques qui y prévalent. Le fait de miser sur la réutilisation des eaux usées traitées constitue un élément de l’économie circulaire, surtout lorsque l’on sait que seuls 1 100 hm3 d’eaux usées sont réutilisés par an dans l’Union (soit environ 0,4 % du total des volumes d’eau douce captés dans l’Union en une année) (7).

3.5.

L’agriculture est à la fois une cause majeure et une victime de la pénurie d’eau. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture compte pour près de 70 % de l’ensemble des prélèvements d’eau, chiffre qui peut monter jusqu’à 95 % dans certains pays en développement (8). Or, dans de nombreux pays, l’efficacité de l’irrigation est faible.

3.6.

Bien que l’empreinte hydrique de la production agricole dans l’Union tende actuellement à décroître, elle reste importante dans les zones à forte intensification agricole et où la pression sur les ressources en eau est plus forte. Cette situation est également susceptible de freiner l’émergence d’activités de diversification telles que l’aquaculture en eaux intérieures et l’algoculture, qui pourraient fournir des sources de revenus supplémentaires dans certaines zones rurales de l’Union, mais sont subordonnées à la disponibilité d’une quantité minimale d’eau.

3.7.

La pénurie d’eau est en train de modifier la conception que l’on a de l’eau en tant que ressource, ainsi que les modèles de gestion existants. L’eau doit être comprise comme étant une ressource de base pour la vie, et devrait dès lors être gérée comme un bien économique rare et de forte valeur. Dans la situation actuelle, les modèles de gestion fondés sur la demande sont difficiles à appliquer et doivent évoluer vers un modèle de gestion de l’offre, basé sur des critères de sécurité et de durabilité.

3.8.

Les problèmes de gestion de la ressource sont non seulement dus à un manque d’outils de planification ou de gestion ou à des conflits d’intérêts entre les différents acteurs, mais aussi souvent causés par le mauvais état des infrastructures d’irrigation et des systèmes de drainage, qui entraîne une perte d’eau et son utilisation inefficace.

3.9.

L’agriculture dans les pays du sud de l’Union européenne est confrontée à un certain nombre de défis liés directement à la pénurie d’eau, en particulier les sécheresses prolongées, plus intenses dans les régions méditerranéennes; la disponibilité et la répartition inégales de l’eau; ainsi que la concurrence pour l’eau, notamment s’agissant de ses utilisations urbaines et celles qui dérivent de l’intensité touristique. Dans les pays du nord de l’Union, le problème essentiel est celui de la pollution de l’eau due à l’agriculture intensive et à l’utilisation de nutriments et de pesticides. Par ailleurs, l’existence de voies navigables et d’itinéraires de transport qui nécessitent des flux minimums pour maintenir leur niveau d’efficacité tend à accroître la concurrence entre les différentes utilisations possibles de cette ressource de plus en plus rare.

3.10.

L’autonomie stratégique ouverte dans le secteur agroalimentaire, telle que préalablement définie par le CESE (9), constitue une préoccupation majeure. Pour quantifier l’autonomie alimentaire de l’Union, divers indicateurs peuvent être utilisés. Toutefois, si le taux d’autonomie alimentaire de l’Union est élevé, il faut avoir à l’esprit qu’il est déterminé de manière excessivement généralisante, étant donné que le taux varie considérablement selon les différents types de denrées alimentaires et les régions, et qu’il existe des déficits importants dans la production de céréales, de soja et d’huiles végétales.

3.11.

Dans son rapport de prospective stratégique 2021, la Commission européenne considère que garantir l’existence de systèmes alimentaires durables et résilients est l’un des domaines stratégiques clés pour renforcer le rôle moteur de l’Union, soulignant la nécessité d’investir dans l’innovation afin de préserver des systèmes alimentaires résilients et durables.

3.12.

Il convient de garantir l’utilisation la plus efficace possible de l’eau verte, qui est définie comme la partie des précipitations qui percole et s’infiltre dans le sol. Le rôle clé que jouent les sols dans la filtration et l’absorption de l’eau doit être renforcé par la promotion des politiques de régénération des sols.

3.13.

Mettre l’accent sur l’économie circulaire dans les utilisations de l’eau (recyclage des eaux-vannes ou des eaux usées urbaines à des fins d’irrigation), ainsi que sur les systèmes plus technologiques (dessalage), est la pratique de référence dans certains pays producteurs du sud de l’Europe. Toutefois, ces deux solutions sont très consommatrices d’énergie électrique et potentiellement nocives pour le sol et les cultures. Il convient de traiter correctement les eaux recyclées et de garantir en priorité que l’agriculture dispose d’eau salubre. Par ailleurs, l’énergie nécessaire provient de différents systèmes, qui ne sont pas toujours renouvelables. Le CESE invite à décarboner la gestion circulaire de l’eau et à généraliser le recours à des sources d’énergie de substitution en vue de renforcer le lien entre l’énergie, l’eau et l’alimentation.

3.14.

Cette dépendance à l’égard de l’électricité s’est vu pénaliser en 2022 par l’augmentation des prix de l’énergie, ce qui a eu une influence déterminante sur le coût de la production, en particulier dans les régions côtières méditerranéennes où le déficit hydrique structurel impose l’utilisation de ces solutions technologiques.

3.15.

La gestion des eaux transfrontalières de surface a une incidence sur la ressource en aval, non seulement en quantité mais aussi en qualité. Sans préjudice des dispositions de la directive-cadre sur l’eau (DCE) (10) et de l’obligation existante de mettre en place une planification intégrée au niveau des bassins hydrographiques, il est clair qu’il reste une marge de progression concernant l’amélioration des mécanismes de gestion de ce type d’eaux, soit en recourant à de nouveaux organismes spécialisés, soit en développant plus avant la réglementation.

3.16.

Les émissions incontrôlées de polluants dans les masses d’eau du fait de certaines activités industrielles ont des effets négatifs sur la santé et la sécurité alimentaire, ainsi qu’un coût pour la société dans son ensemble. Le CESE reste attaché au développement d’industries neutres pour le climat qui, grâce au contrôle de leurs émissions, supportent les coûts environnementaux de leur production.

4. Politiques existantes au niveau de l’Union et au niveau national

4.1.

Le cadre réglementaire essentiel de l’Union pour les aspects quantitatifs et qualitatifs de l’eau et de l’agriculture comprend la directive-cadre sur l’eau (DCE) et la politique agricole commune (PAC) (11). Parmi les objectifs spécifiques proposés par la nouvelle PAC figurent la promotion du développement durable et la gestion efficace des ressources naturelles telles que les sols, l’air et, bien entendu, l’eau. En outre, l’eau est au cœur de l’objectif de développement durable no 6 des Nations unies, dont les objectifs cibles concernent l’utilisation rationnelle de l’eau et sa gestion intégrée.

4.2.

La DCE établit que l’eau est une ressource naturelle qui doit être protégée, préservée et gérée de manière durable. À cette fin, il est établi un cadre de gestion, soit directement, soit dans le cadre d’un régime de concession, en fonction des territoires; son but est de garantir une gestion intégrée et durable de l’eau à l’échelle de l’Union.

4.3.

Le cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027 alloue un montant total de 386,6 milliards d’EUR à la PAC, réparti entre les différents États membres et utilisé pour mettre en œuvre les différentes politiques relevant du premier et du deuxième piliers. Le CESE plaide en faveur de la création d’un budget et de fonds spécifiques pour l’eau, comme il l’a exposé dans son avis intitulé «Aspects économiques d’un “pacte bleu pour l’Europe”» (12).

4.4.

La plupart des paiements directs de la PAC, ainsi que certains paiements au titre du deuxième pilier, sont soumis à des règles de conditionnalité qui comprennent des exigences réglementaires en matière de gestion et des normes relatives aux bonnes conditions agricoles et environnementales, imposant des pratiques agricoles durables, dont certaines touchent aux processus de gestion intégrée de l’eau à des fins d’irrigation. Toutefois, il a été constaté que la plupart des paiements ont un effet neutre sur l’irrigation (13). Ce sont l’ensemble des régimes de la PAC qui devraient encourager une gestion durable et efficace de l’eau, avec la mise en place d’indicateurs dans chaque État membre afin de suivre les progrès réalisés en la matière.

4.5.

Certains États membres utilisent des fonds de l’Union pour soutenir des cultures nécessitant de grandes quantités d’eau dans les zones en situation de stress hydrique, sans introduire de garde-fous, en ayant recours au soutien couplé facultatif pour maintenir ou augmenter la production de certaines cultures dans des secteurs à forte intensité d’eau, lesquels sont concentrés dans les États membres du sud. Le CESE estime que, si l’on souhaite garantir non seulement la durabilité de l’utilisation des ressources en eau, mais aussi son efficacité, il est nécessaire de respecter la gestion durable de l’eau et l’analyse de ses avantages au regard des coûts.

4.6.

Tous les États membres devraient tenir un registre des captages des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi que du stockage des eaux de surface, et les usagers de l’eau devraient êtes tenus de demander une autorisation préalable pour pouvoir capter ou stocker de l’eau. Tous les États membres devraient renforcer et durcir les systèmes de contrôle déjà en place afin de détecter et de sanctionner l’utilisation illégale de l’eau.

4.7.

La Cour des comptes européenne estime que la récupération des coûts des services liés à l’utilisation de l’eau dans l’agriculture est incomplète, principalement parce que les coûts liés à l’environnement et aux ressources ne sont pas correctement répercutés dans les prix de l’eau. Du point de vue de la Commission, cette situation entraîne un coût caché pour la société et limite les recettes potentielles pour financer des mesures visant à la mise en œuvre efficace de la DCE.

4.8.

Le principe d’unité du marché européen n’est pas respecté dans le cas de l’eau. Pour des services similaires, les utilisateurs paient des prix très différents, lesquels varient en fonction des États membres, voire du lieu où est réalisée la prestation au sein d’un État membre donné. À cet égard, il serait avantageux de promouvoir une méthodologie de l’Union visant à rationaliser et standardiser les systèmes de tarification de l’eau (14).

4.9.

En particulier, le CESE plaide en faveur de la mise en place de normes spécifiques concernant l’utilisation de l’eau dans différents secteurs économiques, tels que l’agriculture et l’industrie, moyennant la création d’une structure de gouvernance chargée d’élaborer des lignes directrices sectorielles sur l’utilisation de l’eau, à laquelle le CESE devrait participer (15).

4.10.

L’augmentation moyenne des prix des denrées alimentaires et des intrants est imputable à diverses circonstances (16). Toutefois, la situation inflationniste actuelle signifie que les contributions de la PAC se trouvent réduites en termes réels, de manière très significative. Des mesures budgétaires appropriées devraient être prises pour remédier à la situation et rétablir l’envergure économique des objectifs de l’Union.

5. Propositions, solutions et réponses à long terme

5.1.

La rareté de l’eau et l’urgence climatique sont deux des plus grands défis auxquels le système agroalimentaire de l’Union est actuellement confronté. Afin de les relever et de garantir la durabilité à long terme de la production alimentaire en Europe, il est nécessaire de recourir à des solutions circulaires et à d’autres solutions novatrices. Sur la base de l’expérience et des principes du «pacte vert» de l’Union, il a été proposé de développer le concept de «pacte bleu» en tant que cadre permettant de relever ces défis.

5.2.

Garantir l’autonomie stratégique ouverte dans le secteur agroalimentaire au niveau de l’Union européenne devrait être un objectif prioritaire. Il est donc nécessaire de favoriser le maintien de la production agricole de l’Union, d’élaborer des politiques qui encouragent les types de cultures pour lesquelles des déficits ont été constatés et d’équilibrer les productions excédentaires.

5.3.

Cette garantie concernant la production agricole passera nécessairement par l’assurance de disposer d’eau en quantité et en qualité suffisantes, sans pour autant renoncer à des politiques de promotion de la réduction de l’empreinte hydrique. Les politiques visant à encourager les économies d’eau dans la production permettront de disposer de davantage de ressources, sans affecter la durabilité du cycle hydrologique.

5.4.

Pour réduire l’empreinte hydrique de l’agriculture dans l’Union, il est nécessaire de combiner des technologies, des pratiques agricoles durables, une gestion durable et efficace de l’eau et des politiques publiques efficientes qui promeuvent la durabilité dans le secteur agroalimentaire.

5.5.

Dans ce contexte, il est jugé nécessaire de continuer à promouvoir des politiques favorisant l’efficacité de l’irrigation et de l’utilisation de l’eau en général, tant dans le domaine de la PAC qu’en rapport avec d’autres fonds de l’Union. Il convient de progresser dans la mise en œuvre de pratiques agricoles durables, dans le recours à des technologies permettant une utilisation plus efficace de l’eau, et dans le développement de cultures plus résistantes à la sécheresse et aux inondations. Sans les ressources budgétaires nécessaires, il ne sera pas possible de construire des systèmes agroalimentaires résilients et durables en Europe.

5.6.

La gestion durable des ressources en eau dans les zones rurales, grâce à la mise en œuvre de mesures telles que la restauration des zones humides, la création de zones tampons et l’amélioration de la qualité de l’eau des rivières et des lacs, peut contribuer à réduire l’empreinte hydrique de l’agriculture dans l’Union. Ces questions devront être abordées dans les plans de gestion des différents bassins hydrographiques, et le CESE presse la Commission et les États membres de veiller au respect de ces obligations.

5.7.

Il convient de prévoir des crédits suffisants pour l’innovation et la recherche, axées sur le développement de technologies et de pratiques agricoles plus efficaces et plus durables dans l’utilisation de l’eau. Il est également important de prévoir l’élaboration de politiques et de pratiques qui favorisent l’agriculture de précision, la gestion durable des sols et la capacité des sols à retenir l’eau, ainsi que l’adaptation des connaissances génomiques des plantes et des semences.

5.8.

Réduire le gaspillage alimentaire peut diminuer la quantité d’eau nécessaire à la production alimentaire. Il est possible d’y parvenir grâce à des campagnes visant à promouvoir l’éducation des consommateurs, à l’amélioration de la gestion de la chaîne d’approvisionnement et à la promotion de technologies innovantes pour la conservation des denrées alimentaires.

5.9.

Les États membres devraient mettre en œuvre des politiques transparentes en matière de tarification de l’eau, qui encouragent l’efficacité et les économies et garantissent que toutes les catégories d’usagers de l’eau contribuent de manière adéquate à la récupération des coûts, conformément aux principes de la DCE.

5.10.

Il est entendu qu’une tarification proportionnelle au volume pratiquée à un niveau approprié peut encourager le passage à des technologies et à des pratiques d’irrigation favorisant une utilisation rationnelle de l’eau ou à des cultures nécessitant moins d’eau. Par conséquent, les États membres qui continuent de pratiquer la facturation de l’eau d’irrigation sur la base de la superficie irriguée devraient progressivement l’abandonner.

5.11.

La Cour des comptes européenne a constaté que la récupération des coûts des services liés à l’utilisation de l’eau à des fins agricoles était incomplète. Cela était notamment dû au fait que les coûts pour l’environnement et les ressources ne sont pas (encore) pris en considération dans la tarification de l’eau. Il en résulte qu’un grand nombre de dérogations spécifiques sont appliquées concernant la tarification de l’eau d’irrigation, de sorte que l’eau destinée à l’agriculture est moins chère que pour d’autres utilisations. Sans nécessairement renoncer à cette approche, il est entendu qu’il conviendrait de réévaluer ces politiques générales et de réorienter les dérogations vers des dispositifs qui encouragent les économies d’eau et les valorisent par des bonus.

5.12.

La DCE a maintenant 23 ans; elle a été élaborée dans un contexte économique, social et climatologique très différent du contexte actuel. Il convient d’envisager un réexamen d’une partie de son contenu, afin qu’elle puisse devenir un instrument efficace pour soutenir la sécurité alimentaire.

5.13.

Considérant qu’en vertu du principe de subsidiarité, les États membres sont libres de mettre en œuvre et de faire respecter l’obligation d’autorisation pour le captage d’eau selon des critères individuels (au niveau de l’État ou de la région), il a été constaté que cette hétérogénéité conduit à ne pas contrôler l’accès à certaines masses d’eau souterraine. Pour cette raison, tant la Commission que les États membres devraient s’entendre sur un critère uniforme plus sélectif et appliquer des exigences réglementaires et de conditionnalité strictes en ce qui concerne le captage des eaux de surface et des eaux souterraines.

5.14.

Il est nécessaire de renforcer et d’encourager la modernisation des systèmes d’irrigation et, en particulier, de réduire les pertes dues aux fuites dans les réseaux et l’évaporation dans les canaux et les bassins ouverts. La PAC et les autres fonds de l’Union devraient contribuer au développement de nouvelles structures d’irrigation, en évitant de soutenir les situations qui contreviennent aux objectifs de la DCE.

5.15.

Conformément à ce qui a été énoncé au paragraphe 3.4, le règlement relatif aux exigences minimales applicables à la réutilisation de l’eau a été adopté en mai 2020 (17). Ce nouveau règlement sur la réutilisation des eaux usées à des fins d’irrigation agricole fixe des exigences minimales en matière de qualité de l’eau, de surveillance, de gestion des risques et de transparence, et s’appliquera à compter de cette année 2023. Selon l’analyse d’impact réalisée, il permettra de réutiliser plus de 50 % du volume total d’eau théoriquement disponible pour l’irrigation provenant des stations d’épuration des eaux usées de l’Union, et d’éviter plus de 5 % des captages directs des masses d’eau de surface et des eaux souterraines, ce qui se traduira par une réduction globale de plus de 5 % du stress hydrique. Il convient donc d’encourager le financement de ce type d’installations de réemploi, de même que les mesures de précaution visant à éviter la pollution des sols et à garantir la sécurité de l’eau pour l’agriculture.

5.16.

Promouvoir l’agriculture urbaine et périurbaine peut réduire la nécessité de transporter des denrées alimentaires depuis les zones rurales, diminuant ainsi l’empreinte carbone (processus de décarbonation de l’agriculture) et l’utilisation d’eau dans l’agriculture. De plus, les systèmes d’irrigation urbains peuvent utiliser l’eau de pluie et celle provenant de systèmes de recyclage pour l’irrigation.

5.17.

L’utilisation des énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire et éolienne, peut constituer une source d’énergie durable pour les systèmes de réutilisation de l’eau, le dessalage, l’irrigation et d’autres équipements agricoles, réduisant ainsi l’empreinte carbone (processus de décarbonation de l’agriculture) et la consommation d’eau.

5.18.

Ces solutions circulaires et d’autres solutions peuvent contribuer à un futur «pacte bleu» pour l’Union, qui s’attaque au problème de la rareté de l’eau et de l’urgence climatique dans le système agroalimentaire de l’Union. Il est important de continuer à explorer de nouvelles technologies et pratiques innovantes afin d’améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau et de garantir la durabilité et la résilience à long terme de la production alimentaire en Europe.

5.19.

Il est jugé essentiel de garantir les infrastructures permettant le stockage, la distribution et la purification de l’eau, ainsi que de prévenir les conséquences de phénomènes météorologiques extrêmes. Le modèle de gestion des infrastructures susmentionnées devrait reposer sur les principes d’intégrité et de durabilité, en garantissant leur viabilité environnementale. Compte tenu des éventuelles difficultés budgétaires des administrations publiques, d’autres formules de financement et de collaboration pourraient être étudiées.

5.20.

La DCE oblige les États membres à élaborer des plans de gestion de district hydrographique et à les renouveler. Le CESE estime que la mise en œuvre de ces plans a été inégale, de même que leur portée et le degré de conformité avec les exigences qu’ils prévoyaient. Il considère dès lors que les États membres devraient renforcer les plans stratégiques visant à garantir la sécurité de l’approvisionnement en eau et mettre en place un cadre pour l’agriculture qui soit capable de garantir la résilience des systèmes alimentaires de l’Union. Ces plans stratégiques devraient être dotés de ressources budgétaires européennes suffisantes, conformément aux principes énoncés au paragraphe 4.3. Il convient également d’établir des calendriers spécifiques et de fixer des objectifs et des priorités sur la base du consensus, conformément aux considérations et aux propositions formulées dans le présent avis.

Bruxelles, le 13 juillet 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Eurostat, Comptes économiques de l’agriculture par région NUTS 2, et Statistiques (2020) de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche.

(2) Agence européenne pour l’environnement, Water stress is a major and growing concern in Europe (En Europe, le stress hydrique est une préoccupation majeure qui prend de l’ampleur).

(3) Cour des comptes européenne, Rapport spécial no 20/2021 — La PAC et l’utilisation durable de l’eau dans l’agriculture.

(4) Agence européenne pour l’environnement, Waterbase — Water Quantity.

(5) Banque mondiale, Ressources renouvelables d’eau douce intérieures par habitant (mètres cubes) — Union européenne.

(6) Eurostat, Prélèvement annuel d’eau douce par source et secteur, et Agence européenne pour l’environnement, European waters — Assessment of status and pressures 2018.

(7) BIO by Deloitte, Optimising water reuse in the EU (Optimisation de la réutilisation de l’eau dans l’UE), partie I.

(8) FAO, Water Scarcity — One of the greatest challenges of our time (La pénurie d’eau — L’un des plus grands défis de notre époque).

(9) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Autonomie stratégique, sécurité alimentaire et durabilité» (avis d’initiative) (JO C 105 du 4.3.2022, p. 56).

(10) Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau (JO L 327 du 22.12.2000, p. 1).

(11) La politique agricole commune 2023-2027.

(12) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Aspects économiques d’un “pacte bleu pour l’Europe” — Les besoins d’investissement liés à l’eau dans l’UE» (avis d’initiative) (voir page 50 du présent Journal officiel).

(13) Cour des comptes européenne, Rapport spécial no 20/2021 — La PAC et l’utilisation durable de l’eau dans l’agriculture.

(14) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «L’accès à l’eau: la lutte contre la précarité hydrique et ses conséquences pour la politique sociale» (avis d’initiative) (voir page 60 du présent Journal officiel) et avis du Comité économique et social européen sur le thème «Aspects économiques d’un “pacte bleu pour l’Europe” — Les besoins d’investissement liés à l’eau dans l’UE» (avis d’initiative) (voir page 50 du présent Journal officiel).

(15) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Industries à forte consommation hydrique et technologies économes en eau» (avis d’initiative) (voir page 74 du présent Journal officiel) et avis du Comité économique et social européen sur le thème «Aspects économiques d’un “pacte bleu pour l’Europe” — Les besoins d’investissement liés à l’eau dans l’UE» (avis d’initiative) (voir page 50 du présent Journal officiel).

(16) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La crise des prix des denrées alimentaires: rôle de la spéculation et propositions concrètes d’action à la suite de la guerre en Ukraine» (avis d’initiative) (JO C 100 du 16.3.2023, p. 51).

(17) Règlement (UE) 2020/741 du Parlement européen et du Conseil du 25 mai 2020 relatif aux exigences minimales applicables à la réutilisation de l’eau (JO L 177 du 5.6.2020, p. 32).