COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 28.6.2023
JOIN(2023) 19 final
COMMUNICATION CONJOINTE AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Une nouvelle approche du lien entre climat et sécurité:
tenir compte de l’incidence du changement climatique et de la dégradation de l’environnement sur la paix, la sécurité et la défense
INTRODUCTION
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement font peser des risques croissants sur la paix et la sécurité internationales. Les phénomènes météorologiques extrêmes, la hausse des températures et du niveau de la mer, la désertification, la rareté de l’eau, les menaces pesant sur la biodiversité, la pollution et la contamination de l’environnement et la perte de moyens de subsistance menacent la santé et le bien-être de l’humanité et risquent d’augmenter les mouvements migratoires et les déplacements, les pandémies, les troubles sociaux, l’instabilité et l’insécurité. Sur les 20 pays les plus vulnérables et les moins préparés au changement climatique, 12 étaient en proie à un conflit en 2020.
L’UE joue un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique en tant que multiplicateur de menaces depuis 2008 et dans la prise en considération de ses liens avec la gestion des crises de l’UE et la défense européenne depuis 2020. Toutefois, vu la nécessité de tenir compte également de l’incidence de la dégradation de l’environnement dans le débat, ainsi que des réalités actuelles et des projections relatives à l’ampleur du changement climatique et à l’incidence de la dégradation de l’environnement à l’avenir, dans le contexte d’une intensification de la concurrence stratégique et de menaces complexes pour la sécurité, il convient de regarder sous un nouvel angle le lien existant entre le climat et la sécurité. Le terme lien entre climat et sécurité employé dans le présent document renvoie à l’incidence tant du changement climatique que de la dégradation de l’environnement, y compris de la perte de biodiversité et de la pollution, sur la paix, la sécurité et la défense.
-Le changement climatique et la dégradation de l’environnement sont intrinsèquement liés et s’exacerbent mutuellement, et ils nuisent déjà à la sécurité alimentaire, en réduisant le rendement des grandes cultures telles que le maïs, le riz et le blé, et en augmentant le risque de pertes de récoltes simultanées dans les grands pays producteurs. Parallèlement, la production alimentaire non durable est également à l’origine de la dégradation de l’environnement et de la rareté de l’eau. D’ici à 2050, on estime que plus d’un milliard de personnes auront un accès insuffisant à l’eau, que la dégradation des sols pourrait atteindre 90 % et que la demande de denrées alimentaires pourrait augmenter de 60 %.
-L’instabilité et la raréfaction des ressources dues au climat et à l’environnement peuvent être activement instrumentalisées par des groupes armés et des réseaux criminels organisés, des régimes corrompus ou autoritaires, ainsi que par d’autres parties, y compris dans le cadre de la criminalité environnementale. Cette dernière, en pleine croissance, est d’ores et déjà devenue le quatrième plus grand secteur criminel au monde, et elle accélère encore la crise environnementale, notamment par l’exploitation non durable des ressources naturelles.
-Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que depuis 2008, chaque année, 21,5 millions de personnes en moyenne ont été déplacées de force à la suite d’événements climatiques, tels que des inondations et des vagues de chaleur. Ces chiffres devraient croître au cours des prochaines décennies, aggravant l'évolution démographique et mettant sous pression les villes et les zones urbaines où la demande de logements, de denrées alimentaires, d’énergie et d’emplois pourrait augmenter, contribuant ainsi à exacerber les incidences sociales du changement climatique. En outre, les catastrophes naturelles ou les phénomènes météorologiques extrêmes peuvent également causer des dommages physiques aux infrastructures critiques, perturbant ainsi l’accès aux services essentiels et aux services d’urgence et la fourniture de ces services. De surcroît, les populations vulnérables en détresse risquent d’être ciblées par des passeurs et d’autres organisations criminelles organisées, tandis que les groupes armés peuvent se servir et se servent des vulnérabilités accrues lorsqu'ils recrutent des enfants soldats et combattants.
-Le changement climatique et la dégradation de l’environnement ont de multiples effets négatifs sur la santé. Ils nuisent également à bon nombre de déterminants sociaux de la santé, tels que les moyens de subsistance, l’accès aux soins de santé et l’aide sociale. Ces conséquences peuvent engendrer de l’instabilité et menacer la sécurité.
-Le changement climatique constitue la plus vaste menace pesant sur les régions arctiques, où la température augmente trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. L’intérêt d’acteurs extérieurs pour les ressources des zones arctiques est en augmentation, ce qui a de multiples conséquences sociales, environnementales et économiques. La fonte de la banquise arctique ouvre également des voies de navigation potentielles et un accès aux ressources naturelles, ce qui risque d’exacerber les tensions sécuritaires dans la région. Le changement climatique a une incidence géopolitique croissante dans le domaine maritime mondial, tant en Europe (par exemple en mer Baltique et en mer Noire) que dans la région indo-pacifique.
-Les effets néfastes du changement climatique sur les océans comprennent une modification de la composition et de la répartition des stocks halieutiques, susceptible de déstabiliser les accords de pêche et d’accroître le risque de différends internationaux. L’élévation du niveau de la mer présente également un risque pour la sécurité en raison de l’ampleur des migrations et déplacements potentiels de populations, et aura aussi des répercussions sur la mesure des frontières maritimes déterminant différents droits économiques, ce qui pourrait ensuite accroître l’instabilité et les conflits.
-Les ressources et les technologies essentielles à la transition énergétique et à l’élimination progressive des combustibles fossiles font désormais l’objet d’une concurrence stratégique croissante, qui s’est encore accélérée depuis l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine.
-Les forces de sécurité et de défense des États membres sont confrontées à un environnement de sécurité en pleine mutation et de plus en plus complexe, en Europe et au-delà, y compris à des conditions climatiques compliquant leurs opérations. Dans le même temps, elles doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leur dépendance à l’égard des combustibles fossiles, sans nuire à leur efficacité opérationnelle.
La transition vers une énergie verte est le seul moyen de garantir simultanément une énergie durable, sûre et abordable dans le monde entier. Pour que cette transition porte ses fruits, elle doit être socialement juste et équitable, en ne laissant personne pour compte. Il s’agit non seulement d’abandonner petit à petit les combustibles fossiles et les pratiques obsolètes, mais aussi de passer progressivement à des énergies vertes, des technologies innovantes, des marchés de meilleure qualité et une économie circulaire. Dans ce contexte, il convient de s'attaquer dès à présent aux éventuels risques et dépendances de demain.
Il est donc crucial de continuer d’investir à la fois dans l’adaptation au changement climatique et dans l’atténuation de ses effets, ainsi que dans la protection et la restauration de l’environnement. Néanmoins, et bien que d’importants efforts soient mis en œuvre pour faire progresser la transition écologique et relever ses défis, il existe un risque accru d’instabilité, d’insécurité, voire de conflit. Il est nécessaire que nous nous préparions à la multiplication des conséquences pour l’Union européenne. Ces conséquences peuvent prendre la forme d’une augmentation de la demande d’aide, d’une perturbation des chaînes d’approvisionnement ou de populations contraintes de fuir des zones inhabitables ou une situation gravement problématique là où elles habitent, avec un risque de déplacements internes et d’augmentation de la migration irrégulière, mais aussi d’un essor de la criminalité organisée et des organisations terroristes et d’une prolifération d’armes.
Les conséquences du changement climatique et de la dégradation de l’environnement en matière de sécurité et de défense sont donc devenues plus urgentes, plus difficiles et plus complexes, comme le soulignent aussi régulièrement le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de nombreux autres rapports et études. Les organisations partenaires, telles que les Nations unies et l’OTAN, ainsi que les partenaires bilatéraux tiennent compte de ces risques dans la planification de leurs politiques. Comme l’indiquent les conclusions du Conseil de mars 2023 sur la diplomatie climatique et énergétique, l’UE doit mieux intégrer le lien entre le climat, la paix et la sécurité dans sa politique extérieure, notamment dans la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ainsi que dans sa coopération et ses partenariats internationaux. Les États membres ont un rôle essentiel à jouer pour faire avancer ces travaux.
Il est essentiel de définir et de mettre en œuvre cette nouvelle approche du lien entre climat et sécurité, conformément aux objectifs énoncés dans la dimension extérieure du pacte vert pour l’Europe et dans la boussole stratégique en matière de sécurité et de défense. Il est fondamental de mieux relier les différents volets d’action entre eux et de veiller à ce que l’action extérieure, les politiques et les capacités soient adaptées à l’avenir. L’UE doit réagir de manière plus globale et proactive face à ces défis multidimensionnels. Étant donné qu’il s’agit de problématiques mondiales, l’UE s’efforcera de continuer de coopérer étroitement avec ses partenaires et les parties prenantes à l'échelon international afin de favoriser l’adoption de solutions multilatérales.
La présente communication conjointe établit un cadre renforcé et propose des mesures concrètes conformes à l’approche intégrée de l'UE à l’égard des conflits et des crises extérieurs dans le but:
·de renforcer la planification, la prise de décision et la mise en œuvre éclairées dans le domaine du climat et de l’environnement, grâce à des analyses et des études de prospective améliorées et fondées sur des données probantes;
·de concrétiser le lien entre climat et sécurité dans l’action extérieure de l’UE, de l’élaboration des politiques à leur mise en œuvre;
·d’améliorer les mesures d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets dans le cadre du développement des capacités civiles et militaires des États membres, ainsi que des infrastructures connexes; et
·de renforcer les partenariats internationaux et les travaux de l’UE au sein d’enceintes multilatérales, conformément à la stratégie multilatérale plus large de l’UE en matière de changement climatique et d’environnement.
1.Des analyses et des études de prospective fondées sur des données probantes pour favoriser l’action: soutenir une planification, une prise de décision et une mise en œuvre éclairées dans le domaine du climat et de l’environnement
Les réponses apportées par l’UE aux implications du changement climatique et de la dégradation de l’environnement pour la sécurité continueront de reposer sur des politiques et des actions fondées sur des données probantes, y compris la collecte de nouvelles informations et la formulation de nouvelles idées, soulignant ainsi l’importance d’une analyse fiable et accessible pour toutes les parties concernées.
1.1.Données et analyses relatives aux risques en matière de sécurité liés au climat et à l’environnement
Les initiatives en matière de données et les cadres analytiques de l’UE comprennent déjà un certain nombre de facteurs climatiques et environnementaux. Par exemple, les méthodes mises en place en matière d’alerte rapide et d’analyse de conflits mettent notamment l’accent sur le climat, l’environnement et les ressources naturelles et aboutissent, lorsque cela se justifie, à des recommandations concernant des mesures préventives et l’élaboration de programmes et d’actions extérieures tenant compte des conflits. Ces éléments seront encore renforcés dans les futures analyses.
En outre, l’amélioration de la diffusion et de l’accessibilité de l’analyse conjointe et partagée est un facteur essentiel pour faire en sorte qu’elle puisse être pleinement exploitée et intégrée. La sensibilisation aux risques climatiques et environnementaux en général, ainsi qu’aux produits analytiques, s’inscrit dans le cadre de cet effort.
Afin d’améliorer la disponibilité des données et des analyses de l’UE pour tous les processus de planification et de mise en œuvre pertinents, le Centre satellitaire de l’Union européenne (CSUE) étudiera la mise en place d’un pôle de connaissances intégré. Le pôle de données et d’analyses sur la sécurité climatique et environnementale, qui sera créé au sein du CSUE, s’appuiera sur l’expérience et les initiatives existantes et constituera une ressource pour l’évaluation des risques en matière de sécurité liés au climat. La Commission continuera également d’améliorer l’accès aux données et analyses pertinentes concernant le changement climatique, la dégradation de l’environnement et son incidence sur la sécurité et la défense par l’intermédiaire de plateformes existantes telles que le portail Science for Peace.
Afin de faciliter la prise en considération du lien entre climat et sécurité dans les discussions et les processus décisionnels aux niveaux politique et stratégique, les services de la Commission et le SEAE procéderont dorénavant chaque année à une analyse complète des tendances portant, entre autres, sur les incidences du changement climatique et de la dégradation de l’environnement sur les conflits, les déplacements et les mouvements migratoires ainsi que sur la concurrence en matière de ressources naturelles. Le pôle de données et d’analyses sur la sécurité climatique et environnementale alimentera cette analyse des tendances, et une coopération étroite avec différents services, tels que le centre de coordination de la réaction d’urgence, sera assurée, de même que l’utilisation de Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre.
L’indice mondial de risque de conflit, élaboré par le JRC afin de fournir des données quantitatives pour les méthodes d’alerte rapide et d’analyse des conflits de l’UE, sera élargi au-delà des sécheresses afin d’évaluer, par exemple, les incidences liées à l’amplification des migrations et des déplacements, d’examiner les effets indirects du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, par exemple sur les prix des produits de base tels que les denrées alimentaires, le gaz et le pétrole, et d’analyser les conséquences géopolitiques et sécuritaires de la réduction de la dépendance à l’égard des combustibles fossiles.
En outre, une modélisation dynamique des risques de conflits infranationaux à court terme, accordant une attention particulière aux variables liées à l’environnement et au climat, sera élaborée en vue d’améliorer la capacité d’alerte rapide et d’anticipation de l’UE.
Autres exemples d’initiatives de l’UE en matière de données et d’analyses sur les risques liés au climat et à l’environnement:
-Le service Copernicus de gestion des urgences soutient la capacité d’alerte rapide grâce à ses composantes relatives aux risques de sécheresse, d’incendie de forêt et d’inondation, et le service Copernicus de surveillance des terres fournit des informations géospatiales sur l’occupation des sols et ses modifications, l’utilisation des terres, l’état de la végétation, le cycle de l’eau et les variables de l’énergie de surface de la Terre.
-INFORM est un forum multipartite pour l’analyse des crises et catastrophes humanitaires. INFORM Climate Change (publié en novembre 2022) présente des estimations quantitatives des incidences du changement climatique sur les futurs risques de crises humanitaires.
-Le réseau européen d’observation et de données du milieu marin (EMODnet) se compose de plus de 120 organisations travaillant ensemble pour observer la mer et traiter les données conformément aux normes internationales, afin de fournir des couches de données et des produits de données interopérables.
-L’initiative «Destination Terre», qui vise à élaborer un modèle numérique hautement précis de la Terre à l’échelle mondiale, devrait produire des prévisions et des simulations des phénomènes naturels et extrêmes.
Une coopération étroite avec les États membres, les pays partenaires, y compris leurs systèmes d’alerte rapide et leurs pôles de connaissances locaux, et les organisations internationales permettra de mieux comprendre le lien entre climat et sécurité. L’UE encourage également le développement des capacités d’analyse dans d’autres régions afin de prévoir et de traiter rapidement les risques émergents et en évolution liés au changement climatique et à la dégradation de l’environnement. Par exemple, en tant que membre du groupe intergouvernemental sur l’observation de la Terre, l’UE soutient les initiatives mondiales en faveur d’une prise de décision fondée sur des données probantes en ce qui concerne le changement climatique et la dégradation de l’environnement, et par l’intermédiaire du réseau mondial contre les crises alimentaires, elle soutient une analyse de la sécurité alimentaire mondiale fondée sur des données probantes.
1.2.Collecte et analyse de données en matière de défense
L’Agence européenne de défense (AED) a déjà obtenu des États membres qu’ils recueillent des données sur la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre de leurs forces armées et travaille actuellement à la mise en place d’une méthode structurée, la «Defence Energy Suite», pour la collecte et le suivi de données relatives à l’énergie dans le secteur de la défense dans les États membres. En collaboration avec la Commission, l’AED mène également des études et des recherches sur la résilience des infrastructures énergétiques dans le secteur de la défense. Cette collecte et cette analyse de données sont nécessaires pour améliorer les décisions de planification et d’investissement tenant compte des aspects climatiques dans le secteur de la défense au sein des États membres.
1.3.Tirer parti de la recherche et de l’innovation
À des fins tant de sécurité que de défense, la recherche et les études sur les risques climatiques et environnementaux sont essentielles pour éclairer et orienter l’élaboration, la planification et la mise en œuvre des politiques.
Projets de recherche sur le lien entre climat et sécurité
Les programmes-cadres de recherche et d’innovation de l’UE, tels qu’Horizon 2020 (2014-2020) et l’actuel Horizon Europe (2021-2027), jouent un rôle important pour combler les lacunes en matière de connaissances sur le changement climatique et la dégradation de l’environnement, ce qui permet ensuite d’élaborer des politiques efficaces fondées sur les meilleures données scientifiques disponibles. Au total, 35 % du budget du programme Horizon Europe sont affectés au financement d’activités liées au climat. En outre, le financement d’activités liées à la biodiversité se fera à hauteur de 7,5 % du budget du programme en 2024 et 2025 et de 10 % dudit budget à partir de 2026. Parmi les autres exemples d’études de recherche pertinentes figure l’étude conjointe de l’AED et du JRC évaluant les incidences du changement climatique sur les infrastructures énergétiques critiques liées à la défense et les capacités militaires.
| Actions clés au niveau de l’UE: ·Le Centre satellitaire de l’UE étudiera, avec tous les acteurs et initiatives concernés, la création d’un pôle de données et d’analyses sur la sécurité climatique et environnementale au sein de ses installations, afin d’améliorer l’accès aux données et aux analyses en matière de climat et de sécurité ainsi que leur disponibilité. ·Les services compétents de la Commission et le SEAE fourniront une analyse annuelle des tendances en matière de climat et de sécurité afin d’alimenter les discussions et les processus décisionnels aux niveaux politique et stratégique. ·La Commission continuera d’intégrer davantage d’indicateurs pertinents et fondés sur des données probantes liés à l’environnement et au climat dans l’indice mondial de risque de conflit afin de mieux éclairer la sélection des priorités en matière de prévention des conflits. ·Les services compétents de la Commission, en concertation avec le SEAE, élaboreront une modélisation dynamique des risques de conflits infranationaux à court terme, accordant davantage d’attention aux variables liées à l’environnement et au climat, afin d’améliorer la capacité d’alerte rapide et d’anticipation de l’UE. |
2.Concrétiser le lien entre climat et sécurité dans l’action extérieure de l’UE
Le lien entre climat et sécurité doit être concrétisé de manière cohérente dans l’ensemble de l’action extérieure de l’UE, depuis la formulation des politiques et la prise de décision jusqu’à la mise en œuvre des politiques. Les différentes initiatives de l’UE, allant de l’action pour le climat et l’adaptation à celui-ci à la prévention des conflits, la gestion des crises et l’action humanitaire, sont les plus efficaces lorsque les synergies et les complémentarités sont maximisées conformément à l’approche intégrée de l’UE. L’objectif est également d’optimiser les ressources de l’UE et de ses États membres, notamment en promouvant l’action de «l’Équipe Europe».
Conformément au règlement IVCDCI – Europe dans le monde, qui exige une analyse des conflits pour les pays et régions en situation de crise, d’après-crise ou de fragilité et de vulnérabilité, les services compétents de la Commission et le SEAE, y compris les délégations de l’UE, renforceront l’analyse du lien entre le climat/l’environnement et la paix/la sécurité dans leurs politiques et actions pertinentes, en particulier dans les zones géographiques vulnérables à ces incidences, telles que, au niveau régional, le Sahel ou la Corne de l’Afrique, ou les petits États insulaires en développement (PEID). Cette analyse contribuera à façonner leurs approches dans ces situations et à éclairer la programmation future, le cas échéant. Elle figurera dans les lignes directrices à l’intention des délégations de l’UE dans le cadre de l’examen à mi-parcours de l’IVCDCI – Europe dans le monde.
Étant donné que le changement climatique et la dégradation de l’environnement produisent des effets différents sur les femmes, les enfants et les groupes vulnérables, l’application d’une approche fondée sur les droits de l’homme, l’intégration d’une perspective de genre et la prise en considération de la protection de l’enfance et de la jeunesse sont essentielles au moment de concrétiser le lien entre le climat et la sécurité, de même que le fait de favoriser la prise en compte du contexte, l’appropriation locale et les approches visant à ne pas nuire.
2.1.Investir dans le climat et l’environnement afin d’investir dans la paix et la sécurité
En tant que chef de file mondial de la lutte contre le changement climatique, la pollution et la perte de biodiversité, l’UE est à l’avant-garde des efforts collectifs visant à accroître le financement en faveur du climat et de la biodiversité. Cela se traduit par le renforcement de la résilience des pays et communautés vulnérables et à faible revenu, y compris de la sécurité alimentaire, parallèlement à la promotion d'approches durables à long terme de la gestion des ressources naturelles essentielles. En développant d’autres moyens de subsistance et en soutenant la bonne gouvernance en tenant compte de la dimension de genre, ces efforts contribuent également à prévenir les conflits et à maintenir la paix.
L’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale – Europe dans le monde (IVCDCI – Europe dans le monde) joue un rôle clé à cet égard. Il comprend un objectif de 30 % de dépenses consacrées à l’action pour le climat, ciblant principalement des mesures d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci, qui sera augmenté de 4 milliards d’EUR supplémentaires, comme l’a annoncé la présidente de la Commission, Mme von der Leyen, en septembre 2021. Il contribuera également à la réalisation de l’objectif de l’UE consistant à atteindre un objectif de dépenses en faveur de la biodiversité fixé à 7,5 % pour 2024 et à 10 % pour 2026 et 2027. La présidente a également annoncé un doublement du financement international de la Commission en faveur de la biodiversité, en particulier pour les pays les plus vulnérables, pour atteindre 7 milliards d’EUR au cours de la période 2021-2027.
Ces fonds servent à agir à l'égard de certains des liens existant entre le changement climatique, la dégradation de l’environnement et l’insécurité, tout en contribuant indirectement à gérer les déplacements et migrations climatiques. De même, par l’intermédiaire de l’IVCDCI – Europe dans le monde et du budget de l’aide humanitaire, l’UE finance également des actions qui contribuent à renforcer la réduction des risques de catastrophe, la préparation aux catastrophes et les actions préventives. Ces efforts contribuent positivement au lien entre climat et sécurité en renforçant la résilience. L’UE et ses États membres devraient planifier leurs engagements en fonction de l’évolution des connaissances et de l’expérience acquises au sujet de ce lien, dans le cadre de l’approche de l’Équipe Europe.
La stratégie «Global Gateway», l’offre positive de l’UE à ses partenaires pour relever les défis mondiaux les plus pressants, contribuera aux efforts de l’UE en faveur de la paix et de la stabilité. Elle promouvra des projets qui soutiennent les efforts déployés par les pays partenaires en vue de rester sur la voie de la transition écologique et numérique et du développement humain tout en réduisant le déficit d’investissement mondial.
Par exemple, dans le cadre du paquet d’investissement «Global Gateway» UE-Afrique, l’initiative de l’Équipe Europe sur l’adaptation au changement climatique et la résilience en Afrique a été introduite en vue de renforcer la résilience des populations les plus vulnérables face aux risques climatiques et naturels en réunissant des programmes de l’UE et de ses États membres pour un montant total de plus d’un milliard d’EUR. En Asie centrale, l’initiative de l’Équipe Europe sur l’eau, l’énergie et le changement climatique contribue à la gestion durable des ressources en eau et en énergie tout en s'attaquant aux défis environnementaux et en luttant contre le changement climatique, avec une contribution initiale de 700 millions d’EUR de l’Équipe Europe. En Amérique latine, les aspects liés au changement climatique et à la déforestation sont abordés dans le cadre des initiatives de l’Équipe Europe dans le bassin amazonien, qui comprennent une initiative sur les forêts tropicales au Brésil, dotée d’un budget indicatif de 430 millions d’EUR.
Une attention particulière devrait être accordée à la résilience au niveau local ainsi qu’à la résilience des villes et des zones urbaines, celles-ci étant souvent le point focal des migrations et des déplacements. Cet aspect est particulièrement important lorsqu’il s’agit de fournir des logements résilients, à faibles émissions de carbone, abordables et accessibles, en particulier aux personnes les plus vulnérables, vivant dans des logements précaires, qui sont souvent des femmes ou des enfants. Si des actions financées par l’UE à cette fin sont en cours, l’UE étudiera les moyens de nouer un dialogue encore plus étroit avec la Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie, qui contribue aux campagnes mondiales menées dans ce domaine.
En outre, les plans économiques et d’investissement élaborés conjointement avec les partenaires de l’UE pour les Balkans occidentaux et les pays du voisinage oriental et méridional peuvent contribuer à créer ou à maintenir la stabilité en renforçant la résilience face aux effets du changement climatique et de la dégradation de l’environnement et s’attaquer à certaines des causes profondes de la migration et des déplacements.
2.2.Prendre en considération le lien entre climat et sécurité dans les situations de conflit et de crise
L’UE doit encore progresser en ce qui concerne la prise en considération des interconnexions, tout au long du cycle des conflits, entre les crises climatique et environnementale, la paix et la sécurité, conformément à l’approche intégrée de l’UE. Ce défi est double: les politiques et pratiques liées au climat et à l’environnement devraient être considérées comme de plus en plus sensibles aux conflits et, dans le même temps, les considérations climatiques et environnementales devraient continuer d'être intégrées dans les activités de l'UE dans les domaines de la consolidation de la paix, de la stabilisation, de la gestion des crises et du relèvement après un conflit.
2.2.1.Consolidation de la paix et stabilisation
Le manque de gestion et de gouvernance des ressources naturelles peut aggraver les tensions existantes au sein des pays et entre eux. Ce problème est notamment abordé dans le cadre des initiatives de l’UE en matière de consolidation de la paix dans les situations et les régions fragiles. Par exemple, les actions de stabilisation de l’UE peuvent servir à atténuer certains risques pour la sécurité liés au climat et à l’environnement, en répondant aux besoins des personnes déplacées à l’intérieur du pays, en particulier ceux des femmes et des filles ainsi que des personnes handicapées, qui sont souvent touchées de manière disproportionnée par les aspects climatiques et environnementaux, ainsi qu’aux besoins de leurs communautés d’accueil. Les futures évaluations effectuées par l’UE en matière de stabilisation intégreront donc les considérations climatiques et environnementales dans leurs options d’intervention, dans le cadre d’une approche inclusive tenant compte des questions d’égalité entre les hommes et les femmes et des conflits.
L’accès aux ressources naturelles et d’autres questions environnementales peuvent également offrir de nouvelles possibilités de coopération et de réconciliation, par exemple au moyen de structures de gouvernance inclusives, et peuvent servir de points d’entrée pour la médiation et le dialogue. La coopération transfrontière dans le domaine de l’eau, par exemple, peut servir de moteur à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix. L’UE continuera d’investir dans la formation d’une réserve de médiateurs, tout en cherchant à soutenir le développement des capacités des médiateurs locaux à se pencher sur les conséquences du changement climatique et des défis environnementaux sur la paix et la sécurité.
2.2.2.Action humanitaire, préparation et réaction aux catastrophes
Les considérations climatiques et environnementales sont de plus en plus intégrées dans toutes les interventions humanitaires, compte tenu de la manière dont les conflits, le changement climatique et la dégradation de l’environnement aggravent les besoins et les vulnérabilités humanitaires.
L’aide humanitaire de l’UE et le mécanisme de protection civile de l’Union sont à l’avant-garde de la réponse apportée par l’UE aux phénomènes météorologiques extrêmes et à leurs conséquences humanitaires. Par l’intermédiaire de la ligne budgétaire de préparation aux catastrophes (78 millions d’EUR), l’UE soutient des interventions de préparation ciblées, y compris des actions préventives visant à se préparer aux graves conséquences humanitaires et à les atténuer avant qu’elles ne se concrétisent entièrement. L’UE est également déterminée à réduire l’empreinte environnementale des opérations humanitaires qu’elle finance et soutient et encourage les efforts de ses partenaires à cet égard, en particulier en ce qui concerne des chaînes d’approvisionnement plus durables.
En raison de l’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, les capacités de sécurité et de défense des États membres seront probablement plus souvent sollicitées pour contribuer à la gestion des catastrophes et aux efforts d’aide humanitaire, tant au sein de l’UE qu’au-delà de ses frontières extérieures. Il est essentiel de poursuivre et d’accélérer le renforcement de la coordination et de la préparation civilo-militaires au niveau de l’UE et des États membres, conformément au cadre pour l’utilisation des moyens militaires de l’UE à l’appui de l’aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe, afin de garantir une réaction rapide et efficace, compatible avec l’approche de l’aide humanitaire de l’UE, fondée sur des principes.
2.2.3.Gestion des crises
Les 13 missions et opérations civiles et 9 missions et opérations militaires menées par l’UE dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune (PSDC) sont souvent déployées dans des pays particulièrement vulnérables aux risques en matière de sécurité liés au climat et à l’environnement. L’UE intégrera progressivement les aspects climatiques et environnementaux dans la planification, la mise en œuvre et le réexamen de leurs mandats. La boussole stratégique a fixé pour objectif que toutes les missions et opérations militaires et civiles disposent d’un conseiller environnemental et rendent compte de leur empreinte environnementale d’ici à 2025. Dans le pacte en matière de PSDC civile, les États membres se sont engagés à intégrer, dans les activités des missions extérieures, des efforts visant à répondre aux défis en matière de sécurité liés au changement climatique ainsi qu’à la dégradation et à l’exploitation de l’environnement.
Afin de permettre aux missions et opérations PSDC d’atteindre efficacement ces objectifs liés au climat, un ensemble de mesures doivent être élaborées et mises en œuvre conjointement avec les États membres. Ce nouveau train de mesures PSDC sur le climat constituera une base cohérente pour différentes activités interdépendantes, garantissant que les ressources sont utilisées de la manière la plus rationnelle possible, comme suit.
-Différents profils de conseillers environnementaux devront être définis et pris en considération dans les besoins de formation et de recrutement, en tenant compte de la portée des missions et opérations PSDC et des évolutions futures possibles.
-Le processus décisionnel relatif aux mandats de la PSDC devrait tenir compte des nouvelles analyses annuelles des tendances en matière de climat, d’environnement et de sécurité et d’autres sources analytiques pour la planification et l’examen périodique des mandats de mission, tout en favorisant la prise en considération des enseignements tirés dans le cadre des différents axes de travail. Les enseignements tirés de nos partenaires opérant sur le même théâtre d’opérations, en particulier des Nations unies, devraient être pris en considération, notamment en vue de recenser les domaines dans lesquels la coopération pourrait éventuellement être renforcée.
-Un mécanisme de rapport sur l’empreinte environnementale sera mis en place dans toutes les missions et opérations, en s’appuyant sur les enseignements tirés des projets pilotes, tout en garantissant des synergies et des échanges de bonnes pratiques sur ces questions avec d’autres domaines de l’action extérieure de l’UE, tels que celui de l’engagement humanitaire. Il convient également d’établir un lien approprié avec la facilité européenne pour la paix en vue d’optimiser les performances climatiques et environnementales.
Enfin, il peut également être utile de réfléchir à l’intégration des facteurs climatiques et environnementaux dans les scénarios soutenant la mise en œuvre de la capacité de déploiement rapide de l’UE.
2.2.4.Incidence des conflits armés sur l’environnement et relèvement après un conflit
L’incidence des conflits armés sur l’environnement est un élément majeur dont il convient de tenir compte dans le cadre du lien entre climat et sécurité. Bien que le droit international humanitaire (DIH) prévoie la protection de l’environnement naturel lors des conflits armés, ses violations sont répandues et causent des dommages considérables et à long terme. Dans les situations d’après-conflit, il est très fréquent que l’eau, le sol et les terres soient contaminés par des débris explosifs, entraînant ainsi aussi bien la destruction d’écosystèmes que de la pollution et des problèmes de gestion des déchets, en raison des bombardements, des mines terrestres et des fuites de pétrole et de gaz. Outre les initiatives actuellement menées par l’UE concernant la protection de l’environnement et la gestion de la pollution et des déchets dans ce contexte, qui incluent la promotion du respect du DIH, il sera envisagé de mettre en œuvre des actions ciblées complémentaires en matière d'évaluation environnementale post-conflit, y compris dans le cadre du forum d’incubateurs sur l’économie circulaire dans le secteur européen de la défense.
Exemples d’actions de l’UE touchant au lien entre climat et sécurité dans différents domaines:
-Déplacements et migration: l’UE agit à l'égard des déplacements et des migrations liés aux catastrophes, au changement climatique et à la dégradation de l’environnement, notamment au moyen d’actions humanitaires, de développement et de consolidation de la paix. Elle lance également une nouvelle action mondiale (8 millions d’EUR) avec le Centre de surveillance des déplacements internes afin d’approfondir les connaissances sur les facteurs, les vulnérabilités et les risques qui entraînent des déplacements internes et d’améliorer les capacités des pays partenaires touchés à répondre à ces risques.
-Criminalité environnementale: la criminalité environnementale est l’une des 10 priorités de la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT), qui permet aux services répressifs de l’UE de coopérer avec les autorités compétentes des pays tiers concernant des actions opérationnelles visant à lutter contre la criminalité environnementale. Les missions PSDC peuvent également contribuer à aider les autorités nationales à combattre cette criminalité.
-Sûreté maritime: la stratégie de sûreté maritime de l’UE, récemment mise à jour, souligne les incidences importantes du changement climatique et de la dégradation de l’environnement sur le milieu marin et la sûreté maritime, et propose diverses actions. D’autres axes de travail visent à faciliter la coexistence des énergies renouvelables en mer avec les opérations et systèmes de défense.
-Espace: le programme spatial de l’UE soutient la protection de l’environnement, aide à surveiller et à atténuer les effets du changement climatique et garantit la sûreté et la sécurité civile dans toute l’Europe.
| Actions clés au niveau de l’UE: ·Les services compétents de la Commission et le SEAE, y compris les délégations de l’UE, renforceront l’analyse du lien entre le climat/l’environnement et la paix/la sécurité dans les politiques et actions pertinentes, en particulier dans les zones géographiques vulnérables à ces incidences, telles que, au niveau régional, le Sahel ou la Corne de l’Afrique, ou les petits États insulaires en développement (PEID). ·Le SEAE, en coopération avec les services compétents de la Commission, veillera à ce que les futures évaluations effectuées par l’UE en matière de stabilisation tiennent compte, au moment d’étudier les possibilités d’intervention, des considérations climatiques et environnementales relatives aux moyens de subsistance des populations locales. ·Le SEAE formera et équipera la réserve de médiateurs de l’UE et d’autres acteurs de la médiation de l’UE, afin qu’ils se penchent sur les conséquences du changement climatique et des défis environnementaux sur la paix et la sécurité. ·Les services compétents de la Commission et le SEAE, y compris l’état-major de l’UE, continueront de renforcer et d’améliorer la coordination civilo-militaire dans le cadre des efforts de l’UE en matière d’aide humanitaire et de secours en cas de catastrophe, en s’appuyant sur les mesures antérieures et les enseignements tirés. ·Le haut représentant, en coordination avec les États membres, veillera à la mise en œuvre complète du nouveau train de mesures PSDC sur le climat, y compris à l’élaboration rapide de profils clairs pour les conseillers environnementaux. ·Le SEAE tiendra compte des considérations relatives au changement climatique et à la dégradation de l’environnement dans les scénarios opérationnels, lorsque cela se justifie, afin de soutenir la mise en œuvre de la capacité de déploiement rapide en renforçant la préparation et de fournir des cadres d’emploi réalistes. ·Les services compétents de la Commission et l’AED étudieront l’élaboration de projets collaboratifs pour l’évaluation et la restauration de l’environnement après un conflit dans le cadre du forum d’incubateurs sur l’économie circulaire dans le secteur européen de la défense. |
3.Veiller à ce que la sécurité et la défense européennes soient durables et résilientes face au changement climatique
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement transformeront la manière de planifier, d'investir et d'agir des acteurs de la paix, de la sécurité et de la défense. L’UE devrait se mobiliser davantage pour aider les États membres à faire face à l’ampleur, à la complexité et à l’urgence croissantes des défis à relever, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe et de la boussole stratégique.
3.1.Développer l’expertise en matière de climat et d’environnement et sensibiliser l’opinion
Il est urgent de sensibiliser davantage l’opinion et de développer les compétences spécialisées nécessaires pour faciliter la mise en œuvre de mesures d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets dans le domaine de la sécurité et de la défense. Cela vaut pour tous les acteurs concernés de l’UE, y compris les délégations de l’UE et les missions/opérations PSDC, ainsi que, au niveau national, les différents ministères des États membres de l’UE.
Afin de réunir différents prestataires de formation et de répondre systématiquement aux besoins des différents publics à former, une plateforme européenne de formation sur le climat, la sécurité et la défense sera mise en place dans le cadre du Collège européen de sécurité et de défense (CESD). Son objectif sera de mettre en place l’expertise requise au niveau de l’UE et au niveau national, y compris, par exemple, des experts du droit de l’environnement et de la criminalité environnementale, des ingénieurs en environnement et des analystes des risques en matière de sécurité liés au climat. Cela permettra également à l’UE de constituer progressivement une réserve d’experts (certifiés) que les États membres pourraient mettre à la disposition des missions/opérations PSDC en plus de leur travail au sein des ministères nationaux. Une fois mise en place, la plateforme pourrait faciliter la coordination avec d’autres parties internationales.
Les exercices de gestion de crise à plusieurs niveaux réalisés par l’UE offrent une autre occasion de sensibiliser l'opinion et de tester et de valider la manière dont les mécanismes de gestion de crise de l’UE peuvent répondre aux préoccupations en matière de sécurité liées au climat. L’AED et les services compétents de la Commission organisent des exercices de simulation afin d’examiner les dépendances relatives aux infrastructures énergétiques critiques liées à la défense lorsque celles-ci sont compromises ou rendues inutilisables en raison de menaces hybrides, dans le cadre de leur étude conjointe sur ces questions.
3.2.Capacités et infrastructures militaires
Compte tenu de leur forte intensité énergétique, les forces armées des États membres, qui constituent en outre le plus important propriétaire public de terrains libres et d’infrastructures dans l’UE, offrent un potentiel d’amélioration de leur efficacité énergétique et de génération d’avantages pour le climat et la biodiversité à grande échelle. Pour être cohérents et judicieux, les efforts déployés par les forces armées en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets doivent préserver et, dans la mesure du possible, renforcer l’efficacité opérationnelle. L’amélioration de l’efficacité énergétique et de la durabilité ne réduit pas seulement l’empreinte carbone: elle permet aussi de faire baisser les coûts, d’alléger la charge logistique et de favoriser l’autonomie dans le contexte opérationnel, ce qui renforce la sécurité et la liberté de mouvement des forces armées. Elle doit également tenir compte du fait que les forces armées utilisent des équipements spécialisés qui ont généralement un cycle de vie très long, tandis que le développement des capacités de la prochaine génération peut prendre des années, voire des décennies.
Une évaluation des multiples incidences et risques engendrés par le changement climatique doit éclairer la planification et les investissements à court et à long terme dans le domaine de la défense, par exemple, pour faire en sorte que les équipements puissent fonctionner dans des conditions climatiques difficiles, pour former et équiper les forces armées en vue d’apporter plus fréquemment une assistance militaire aux autorités civiles en réponse à des catastrophes naturelles, ou pour améliorer la résilience des infrastructures utilisées par les forces militaires et faire en sorte que les capacités militaires puissent être déployées de manière fiable et durable dans les domaines terrestre, aérien et maritime. Étant donné que les États membres augmentent en ce moment leurs budgets de défense, ces mesures doivent faire partie intégrante du développement de forces armées résilientes face au changement climatique. Il est tout aussi important de veiller à ce que d’autres politiques horizontales, telles que les initiatives en matière de finance durable, restent compatibles avec les efforts de l’Union européenne visant à faciliter l’accès de l’industrie européenne de la défense à un financement et à des investissements suffisants.
De nombreux travaux sont déjà en cours en vue de relever ces défis climatiques et énergétiques au sein des forces armées, y compris en faisant appel à différentes catégories d’experts au sein de l’AED, partiellement financées par la Commission européenne (voir encadré ci-dessous). En outre, les États membres s’attaquent actuellement à nombre de ces questions en élaborant et en mettant en œuvre des stratégies nationales visant à préparer les forces armées au changement climatique, comme le préconise la boussole stratégique. Le réseau européen pour le climat et la défense, composé d’experts des ministères de la défense des États membres, qui a été constitué à la suite de la boussole stratégique et à l’initiative du SEAE et de l’AED, s’est révélé être une enceinte utile pour favoriser la coopération, la coordination et l’échange de bonnes pratiques à cet égard.
Compte tenu de la dynamique créée par ces stratégies nationales, il devient essentiel de renforcer considérablement la coopération entre les États membres dans le cadre de l’UE, ce qui réduira le risque de fragmentation et garantira l’interopérabilité entre les forces armées de l’UE tout en créant des économies d’échelle. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’au moyen d’une approche dûment harmonisée recouvrant l’ensemble de l’administration publique au niveau national et au niveau de l'UE. Par exemple, l’élaboration de normes pour les carburants durables garantirait l’interchangeabilité de ces carburants entre les forces armées des États membres.
Dans ce contexte, la Commission et le haut représentant étudieront les possibilités de soutenir les États membres, tant individuellement qu’au moyen d’une coopération civilo-militaire accélérée, conformément aux objectifs de la boussole stratégique et du pacte vert pour l’Europe. À cette fin, un nouveau mécanisme de soutien au climat et à la défense sera mis en place entre les services compétents de la Commission, le SEAE et l’AED afin de collaborer avec les États membres en vue de recenser les lacunes et les possibilités de collaboration dans des domaines tels que le développement des compétences, le partage ou la réalisation de recherches et d’études, l’élaboration de normes écologiques, la collecte de données, la formulation de méthodologies ou de concepts techniques, le renforcement des incitations et la promotion de projets collaboratifs. Dans ce contexte, dans le cadre d’une approche par étapes, la Commission et le haut représentant, en étroite concertation avec l’AED, envisageront la création d’un centre de compétences spécifique dirigé par l’UE en matière de changement climatique, de sécurité et de défense afin de renforcer les efforts déployés par les forces armées des États membres en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de celui-ci, y compris, le cas échéant, en faisant intervenir la Banque européenne d’investissement.
Instruments, politiques et outils pertinents de l’UE constituant une base solide pour la poursuite des travaux:
-Trois projets ont été lancés en 2021 au titre du Fonds européen de la défense (FED) en vue de concevoir des solutions axées sur la défense visant à soutenir la recherche et le développement de technologies et de produits de défense dans les domaines du climat, de la gestion de l’énergie et de l’efficacité énergétique, avec un budget de 84 millions d’EUR.
-Le plan d’action sur la mobilité militaire 2.0 a fait de la durabilité et de l’efficacité énergétique des objectifs clés du développement des futures infrastructures et capacités de transport à double usage, y compris de la chaîne d’approvisionnement en carburant pour les mouvements de grande envergure des forces militaires et de leurs équipements.
-Les États membres abordent l’efficacité énergétique, la circularité et la résilience énergétique dans le secteur de la défense dans le cadre d’activités financées par la Commission sous l’égide de l’Agence européenne de défense, y compris le forum de consultation pour l’énergie durable dans le secteur de la défense et de la sécurité, le forum d’incubateurs sur l’économie circulaire dans le secteur européen de la défense et l’initiative Symbiosis (énergie renouvelable en mer pour la défense). En outre, le groupe de l’AED chargé des technologies pour l’énergie et l’environnement (EnE CapTech) recense les lacunes technologiques et propose des projets collaboratifs.
-Des projets collaboratifs menés dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP) visent à relever les défis liés au climat et à la dégradation de l’environnement, en particulier le projet «Fonction opérationnelle en matière d’énergie» et la formation au pilotage d’hélicoptères en conditions «hot and high».
-Le JRC a lancé un projet visant à recenser, évaluer et traiter les risques pour la défense de l’UE liés au climat, dans le but de fournir un soutien scientifique et technique aux États membres afin de rendre la défense plus résiliente face au changement climatique.
| Actions clés au niveau de l’UE: ·Le CESD mettra en place une plateforme européenne de formation sur le climat, la sécurité et la défense, soutenue par le SEAE, les services compétents de la Commission, l’AED et le CSUE, pour faire en sorte que l’UE dispose de l’expertise nécessaire, y compris par le soutien à nos partenaires. ·Les services compétents de la Commission, le SEAE et l’AED mettront en place un mécanisme de soutien au climat et à la défense afin de collaborer avec les États membres en vue de recenser les lacunes et les possibilités de collaboration, dans le but de promouvoir des mesures concrètes d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets au sein des forces armées. Un premier rapport sur les résultats de ce mécanisme sera présenté aux États membres au second semestre de 2024. ·Dans le cadre d’une approche par étapes, la Commission et le haut représentant, en concertation avec l’AED, envisageront la création d’un centre de compétences spécialisé dans le changement climatique, la sécurité et la défense, dirigé par l’UE et destiné à soutenir les États membres. ·Les services compétents de la Commission, le SEAE et l’AED continueront d’étudier les défis à relever et les éventuelles possibilités en ce qui concerne des marchés publics écologiques pour répondre aux besoins en matière de défense. ·Le SEAE intégrera des aspects liés au changement climatique dans l’exercice EU Integrated Resolve 2024. ·Les services compétents de la Commission et l’AED mèneront d’autres études afin de contribuer à la gestion systématique et globale des risques climatiques et environnementaux dans les installations militaires de l’UE et de réduire au minimum les dommages, les pertes et les perturbations dus aux phénomènes climatiques et météorologiques. ·Les services compétents de la Commission, le SEAE et l’AED continueront de collaborer avec les États membres en vue d’assurer la transition énergétique des infrastructures et capacités de transport à double usage, y compris des chaînes d’approvisionnement en carburant, dans le prolongement du plan d’action sur la mobilité militaire 2.0. ·Les services compétents de la Commission et l’AED continueront d’analyser l’incidence des directives révisées relatives à l’énergie et d’un cadre d’action révisé sur les infrastructures militaires, ainsi que d’examiner les idées de projets et les études élaborées dans le cadre du forum de consultation pour l’énergie durable dans le secteur de la défense et de la sécurité, par exemple en ce qui concerne l’amélioration de l’efficacité énergétique et de la performance des bâtiments dans le secteur de la défense. ·Le SEAE et l’AED consulteront les États membres au sujet de la pérennisation du réseau pour le climat et la défense afin de surveiller et de faciliter la mise en œuvre des stratégies nationales et d’étudier les possibilités de collaboration. ·Les services compétents de la Commission, le SEAE et l’AED, en collaboration avec les États membres, continueront de promouvoir des approches cohérentes dans les différents projets collaboratifs en cours dans le domaine du climat et de la défense dans le cadre de la CSP et du FED, en exploitant pleinement l’examen annuel coordonné en matière de défense en vue de trouver de nouveaux projets potentiels. |
4.Coopération internationale
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement sont des défis mondiaux qui nécessitent une stratégie multilatérale active et consolidée. L’UE renforcera encore son dialogue avec les organisations internationales et régionales et les pays tiers, tant au niveau politique qu’au niveau opérationnel.
4.1. Fixer des objectifs ambitieux au niveau mondial
L’UE continuera de fixer des objectifs ambitieux au niveau mondial en ce qui concerne le lien entre climat et sécurité. De nombreuses initiatives menées ou soutenues par l’UE, notamment dans les domaines de l’eau, des océans, de la sécurité alimentaire, de la transition énergétique et des chaînes de valeur des matières premières, comportent un solide volet de partenariat: c’est notamment le cas de la plateforme énergétique de l’UE, qui revêt une grande importance pour le lien entre climat et sécurité. En outre, l’UE encouragera les initiatives internationales revêtant un caractère transfrontière qui visent à aborder le lien entre climat et sécurité et à renforcer l’action mondiale en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables en tenant compte des conflits.
Exemples d’initiatives menées ou soutenues par l’UE:
-Sécurité de l’approvisionnement en eau et sécheresses: en collaboration avec ses partenaires, l’UE défendra la mise en œuvre mondiale de la gestion intégrée des ressources en eau, une attention accrue accordée au lien entre l'eau, l'énergie, les denrées alimentaires et les écosystèmes et une gouvernance renforcée de l’eau à tous les niveaux. L’UE encourage également une gestion proactive des sécheresses dans les enceintes internationales compétentes, telles que la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et l’Alliance internationale pour la résilience à la sécheresse.
-Gouvernance des océans: l’UE et ses États membres défendront la ratification universelle, l’entrée en vigueur et la mise en œuvre effective du traité des Nations unies sur la haute mer afin d’assurer une meilleure protection des océans.
-Transition énergétique: l’UE et ses États membres continueront également, avec leurs partenaires du G7, à s’engager dans un nouveau modèle de partenariats à long terme appelés «partenariats pour une transition énergétique juste» avec les pays en développement à forte croissance, en fournissant un soutien financier afin de permettre la transition vers des sources d’énergie propres et une contribution déterminée au niveau national ambitieuse, en mettant l’accent sur une transition socialement juste.
-Matières premières critiques: dans le cadre de la dimension extérieure de son train de mesures sur les matières premières critiques, l’UE renforcera sa coopération internationale afin de développer et de diversifier ses investissements, sa production et ses échanges avec des partenaires fiables et mettra en œuvre de nouvelles initiatives diplomatiques, telles que le club des matières premières critiques, réunissant les pays consommateurs et les pays riches en ressources dans le but de promouvoir un approvisionnement sûr et durable en matières premières critiques. Ces partenariats aideront les pays émergents et en développement à mettre en place des chaînes de valeur pour les matières premières durables, à apporter une valeur locale et à diversifier leurs économies, tout en respectant les normes environnementales et sociales.
L’UE et ses États membres, en tant que membres du conseil d’administration des banques multilatérales de développement (BMD) et des institutions financières internationales (IFI), continueront de défendre et de soutenir des propositions ambitieuses et innovantes visant à aligner davantage les stratégies et les flux financiers des BMD et des IFI sur les objectifs de l’accord de Paris, ainsi qu’à renforcer leur capacité à lutter contre le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution et la fragilité, tout en continuant à mettre fortement l’accent sur la réduction de la pauvreté. Ce soutien des BMD et des IFI contribue également à la stabilité, à la paix et à la sécurité.
Dans le contexte de l’accélération du réchauffement climatique, une intervention délibérée à grande échelle sur les systèmes naturels de la Terre (appelée «géo-ingénierie»), consistant par exemple à modifier le rayonnement solaire, est de plus en plus discutée. Toutefois, les risques, les incidences et les conséquences non désirées de ces technologies sont mal compris et les règles, procédures et institutions nécessaires n’ont pas été mises au point. Ces technologies font courir de nouveaux risques aux personnes et aux écosystèmes, risquent d’accentuer les déséquilibres de pouvoir entre les nations et de provoquer des conflits et soulèvent une multitude de questions éthiques, juridiques, politiques et de gouvernance. Guidée par le principe de précaution, l’UE soutiendra les efforts internationaux visant à évaluer de manière globale les risques et les incertitudes liés aux interventions climatiques, y compris la modification du rayonnement solaire, et encouragera les discussions sur un éventuel cadre de gouvernance international, couvrant les aspects liés à la recherche.
4.2.Aborder le lien entre climat et sécurité avec les partenaires
L’UE poursuivra ses efforts dans toutes les enceintes compétentes des Nations unies, y compris le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix, ainsi que sa coopération avec différentes agences des Nations unies sur les risques que font peser le climat et l’environnement sur la paix et la sécurité, au moyen des dialogues et des partenariats établis. La mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) est également importante dans ce contexte.
Les priorités du partenariat stratégique entre les Nations unies et l’UE concernant les opérations de paix et la gestion des crises pour la période 2022-2024 tiennent déjà compte du lien entre climat et sécurité. L’UE soutiendra les efforts déployés par les Nations unies dans le cadre du «nouvel agenda pour la paix» et continuera de renforcer l’efficacité de la coopération opérationnelle sur le terrain, y compris par l’intermédiaire de ses délégations et entre les opérations de paix des Nations unies et les missions et opérations PSDC de l’UE. La mobilisation de l’UE et des Nations unies en Somalie constitue un bon point de départ pour une collaboration plus étroite, par exemple dans le domaine de la formation conjointe des garde-côtes locaux. Le déploiement progressif par l’UE de conseillers environnementaux dans toutes les missions et opérations PSDC permettra de créer des synergies, prenant par exemple la forme d’efforts conjoints de renforcement des capacités au niveau local, de partages de données et d’une gestion de l’empreinte environnementale. L’UE approfondira également ses échanges avec le mécanisme de sécurité climatique des Nations unies afin d’améliorer le partage des enseignements tirés, la coordination et la coopération en ce qui concerne les approches en matière de politiques et de programmation, ainsi que la formation.
Exemple de partenariat UE-PNUE sur le changement climatique et la sécurité
Lors de la première phase du partenariat UE-PNUE sur le changement climatique et la sécurité, des outils et des capacités ont été mis au point en vue d’améliorer l’analyse de la sécurité environnementale et climatique et l’action préventive destinée à gérer les risques de conflit et de fragilité dans deux pays pilotes, le Népal et le Soudan. En passant de sa phase pilote à une phase d’expansion au niveau régional, le partenariat visera à répondre aux risques émergents liés au climat et à l’environnement dans trois régions prioritaires: la Corne de l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (région MENA) et l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.
L’UE utilisera tous les canaux et tous les dialogues existants au niveau bilatéral et avec des organisations internationales, telles que l’OTAN, l’Union africaine, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, le Conseil de l’Arctique, la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes, la Ligue des États arabes et l’OSCE, ainsi qu’avec le G7 et le G20, afin d'aborder les questions liées au changement climatique, à la dégradation de l’environnement et à la sécurité.
Exemple de partenariat Union africaine-UE: stratégie pour l’innovation
L’Union africaine et l’UE sont convenues d’élaborer un programme ambitieux visant à encourager la coopération scientifique entre chercheurs en vue de développer conjointement les connaissances et de partager technologies et expertise. Ce programme prévoit notamment d’œuvrer ensemble afin de faire progresser la résilience face au changement climatique, l’atténuation de ses effets et l’adaptation à celui-ci, en tenant compte des incidences du changement climatique liées à la sécurité.
La déclaration conjointe sur la coopération entre l’UE et l’OTAN de janvier 2023 a souligné la nécessité d’aborder conjointement les incidences du changement climatique sur la sécurité. Les deux organisations ont accompli des progrès substantiels dans le soutien à l’adaptation des forces armées de leurs États membres aux effets nuisibles du changement climatique et de la dégradation de l’environnement et dans la réduction de leur incidence négative au moyen de mesures d’atténuation. Par conséquent, il est nécessaire de renforcer la coordination et opportun de coopérer concrètement sur certains axes de travail, tels que l’analyse des données et l’alerte rapide, la formation et la sensibilisation, le renforcement de la résilience et le développement des capacités (y compris en ce qui concerne l’efficacité énergétique et la transition énergétique). Le haut représentant et la Commission consulteront l’OTAN au sujet de la possibilité de mettre en place un dialogue structuré UE-OTAN sur ces questions. Des synergies avec d’autres dialogues UE-OTAN sur des questions connexes seront étudiées, s'il y a lieu (par exemple, avec le dialogue structuré UE-OTAN sur la résilience et la task force UE-OTAN sur la résilience des infrastructures critiques).
L’UE organisera également des dialogues régionaux sur le climat, l’environnement et la sécurité, qui permettront une collaboration plus large avec les partenaires, tant dans les régions particulièrement vulnérables au changement climatique que dans celles qui font peut-être l’objet de moins d’attention dans le domaine du climat et de la sécurité. Ces dialogues soutiendront également la coordination entre les différentes parties, tant au sein des régions qu’entre elles.
Outre les efforts qu’elle déploie pour aborder le lien entre climat et sécurité au moyen de partenariats étroits aux niveaux multilatéral, régional et bilatéral, l’UE renforcera également la coopération avec la société civile dans son ensemble, y compris avec les acteurs locaux, les organismes de recherche et les groupes de réflexion.
| Actions clés au niveau de l’UE: ·Le haut représentant et la Commission, avec les États membres de l’UE et les partenaires internationaux, défendront et soutiendront des propositions ambitieuses et innovantes visant à aligner davantage les stratégies et les flux financiers des BMD et des IFI sur les objectifs de l’accord de Paris. ·Guidés par le principe de précaution, la Commission et le haut représentant soutiendront les efforts internationaux visant à évaluer de manière globale les risques et les incertitudes liés aux interventions climatiques, y compris la modification du rayonnement solaire, et encourageront les discussions sur un éventuel cadre de gouvernance international, couvrant les aspects liés à la recherche. ·Le SEAE cherchera à renforcer la coopération entre les experts de l’UE et des Nations unies sur le terrain afin de créer davantage de synergies entre leurs activités respectives et d’étudier plus avant les possibilités d'initiatives conjointes, par exemple en matière de formation et de développement des capacités. ·Le SEAE et les services compétents de la Commission intégreront davantage les considérations liées au changement climatique et à l’environnement dans les dialogues avec les partenaires bilatéraux et les organisations régionales, ainsi qu’avec diverses organisations de la société civile, lorsque cela se justifie. ·Le haut représentant et la Commission consulteront l’OTAN au sujet de la mise en place d’un dialogue structuré destiné à aborder les multiples liens existant entre le changement climatique, la dégradation de l’environnement, la sécurité et la défense, en vue d’étudier les possibilités de synergies entre les deux organisations et de recenser les possibilités de coopération dans des domaines d’intérêt mutuel. Cela devrait se faire dans le cadre d’un document de mise en œuvre global envisagé au sujet de la coopération entre l’UE et l’OTAN. ·Le SEAE et les services compétents de la Commission étudieront la possibilité d’échanger avec le centre d’excellence de l’OTAN pour le changement climatique et la sécurité sur les enseignements tirés et les meilleures pratiques. ·Les services compétents de la Commission et le SEAE organiseront des dialogues sur le climat, l’environnement et la sécurité dans les régions prioritaires faisant l’objet de préoccupations afin de favoriser l’existence d’espaces de discussion sur des défis spécifiques et de stimuler la coopération. |
La Commission et le haut représentant invitent le Parlement européen et le Conseil à accueillir positivement la présente communication conjointe et à soutenir la nouvelle approche du lien entre climat et sécurité. La Commission et le haut représentant rendront compte aux États membres des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la présente communication conjointe.
Annexe 1
Source: https://erccportal.jrc.ec.europa.eu/ECHO-Products/Maps#/maps/4526