Avis institutionnel52024AE3332

Avis du Comité économique et social européen — Société civile et crises et phénomènes de crise dans l’Europe contemporaine (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise du Conseil de l’UE)

CELEX52024AE3332
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 26 mars 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) souligne le rôle crucial de la société civile organisée dans la gestion et la prévention des crises (sanitaires, climatiques, économiques, démocratiques) qui se multiplient en Europe. L'avis explore comment renforcer la résilience des organisations de la société civile (OSC) et leur participation aux processus décisionnels, afin de garantir une réponse démocratique et inclusive aux chocs systémiques. Il préconise un nouveau cadre européen de soutien et de protection des OSC, notamment via un financement stable et la reconnaissance de leur statut de partenaires essentiels dans les situations d'urgence.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/2957

16.6.2025

Avis du Comité économique et social européen

Société civile et crises et phénomènes de crise dans l’Europe contemporaine

(avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise du Conseil de l’UE)

(C/2025/2957)

Rapporteure:

Ariane RODERT

Conseiller

Martin CARLSTEDT (pour la rapporteure, groupe III)

Saisine du Comité par la présidence polonaise de l’UE

Lettre du 6.9.2024

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en commission

11.3.2025

Adoption en session plénière

26.3.2025

Session plénière no

595

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

199/3/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE se félicite de l’accent que met l’Union européenne sur la préparation civile et la gestion de crise, ainsi que de la lettre du ministre polonais chargé des affaires européennes, qui demande un avis exploratoire sur le rôle et les expériences de la société civile à cet égard.

1.2.

Conscient de l’urgence et de la gravité de la crise et de la situation sécuritaire que nous connaissons actuellement, le CESE est prêt à relayer la perspective de la société civile sur les prochaines mesures à prendre, y compris par la voie d’avis de suivi sur des questions d’intérêt pour la société civile organisée.

1.3.

La préparation et la résilience nécessitent de changer les mentalités et de promouvoir une culture de préparation à tous les niveaux de la société et au sein de toutes les générations. Il convient de donner la priorité à la sensibilisation et au développement de la préparation et de la résilience, et de les renforcer dans tous les secteurs et à tous les échelons de pouvoir.

1.4.

Le CESE insiste sur le fait que toutes les initiatives en matière de préparation doivent viser à maintenir une paix juste et durable. Il faut dès lors s’attaquer de manière préventive aux causes sous-jacentes des conflits et privilégier des conditions qui favorisent la dignité, l’égalité des chances et le progrès social. En outre, l’ensemble des mesures doivent respecter strictement le droit international, y compris son volet humanitaire.

1.5.

La préparation civile renforce la sécurité et la résilience de chaque personne et de la société face à des crises majeures en constante évolution. La solidarité, la citoyenneté active et l’autonomisation sont au centre de l’action de la société civile. Toutefois, s’il y a lieu d’autonomiser les citoyens et de tenir compte des contributions de la société civile, ces démarches ne sauraient exonérer l’Union et ses États membres de leur obligation de protéger les citoyens.

1.6.

La société civile diffère fortement d’un État membre à l’autre et au sein de l’Union, et elle prend des formes qui vont d’initiatives locales de proximité à de grandes organisations d’envergure nationale. Il convient d’être conscient que ses contributions varieront selon la mission de ces diverses formes, leur rôle, leur expertise et leurs ressources, ainsi que la nature de la crise en question. Le CESE fait dès lors valoir la nécessité d’établir une compréhension commune à la société civile et aux pouvoirs publics à l’échelon des États membres concernant le rôle et les responsabilités respectifs de chaque partie prenante.

1.7.

Le CESE souligne qu’en cas de crise, le principal rôle de la société civile, et sa valeur ajoutée, consiste souvent à poursuivre ses activités ordinaires, qui contribuent de différentes manières à la préparation civile. Ces contributions prennent des formes variées et il s’agit notamment de renforcer la confiance et la cohésion sociale, d’autonomiser les personnes et de promouvoir la citoyenneté active, de sensibiliser la population, de partager des informations, d’identifier les risques, d’atteindre des groupes vulnérables, de mobilier des volontaires, d’offrir de l’aide humanitaire et un soutien en cas de crise ainsi que de préserver les droits et libertés fondamentaux.

1.8.

Le CESE invite instamment la Commission européenne et les États membres à mettre en place les conditions nécessaires pour que la société civile participe, contribue et s’engage sur un pied d’égalité avec les autres parties prenantes lors du développement de la préparation civile. Il s’impose d’associer pleinement la société civile aux initiatives de préparation de l’Union et de ses États membres, selon les spécificités de ses organisations et de leur domaine de compétence. Pour ce faire, il est nécessaire que soient en place des mécanismes sûrs, autonomes et interopérables d’échange d’informations, des plateformes de communication partagées, une coordination efficace ainsi que des formations et des exercices auxquels participe la société civile.

1.9.

Le CESE souligne qu’il importe d’investir de manière volontariste dans la société civile afin de garantir la résilience et la capacité d’agir en cas de crise. Miser sur les actions de la société civile en faveur de la cohésion sociale, de l’intégration et de l’inclusion et les soutenir en temps de paix et de stabilité renforce la capacité de la société civile à réagir en cas de crise, ou même de guerre.

1.10.

Le CESE constate donc avec inquiétude que l’espace dévolu à la société civile se réduit et que les menaces pour la démocratie se multiplient. L’Union européenne et ses États membres doivent redoubler d’efforts pour préserver leur autonomie et maintenir et renforcer l’espace dévolu à la société civile afin de garantir la capacité d’agir. Dans ce contexte, le Comité réitère son appel en faveur d’une stratégie globale pour le dialogue civil, qui donne lieu à un plan d’action.

1.11.

Le CESE insiste sur l’importance d’un financement public transparent et cohérent pour la préparation de la société civile. Il s’agit notamment de financer le renforcement des capacités, le développement des infrastructures et le remboursement de l’aide humanitaire et du soutien en cas de crise fournis par les organisations de la société civile. En outre, tout moyen de l’UE alloué à la défense doit comprendre des dispositions relatives à la défense civile et à la préparation.

1.12.

Les crises récentes ont mis en évidence les vulnérabilités du marché unique. Le CESE recommande de réduire les obstacles à la coopération par-delà les frontières, et de prendre des mesures supplémentaires pour faciliter l’assistance transfrontière, par exemple sous la forme de personnel et de matériel.

2. Contexte et élaboration de l’avis

2.1.

Nous connaissons des temps incertains, caractérisés par des crises interconnectées de plus en plus complexes, en Europe et dans son voisinage, qui comprennent notamment des catastrophes naturelles, telles que des incendies de forêt et des inondations, des épidémies, les graves conséquences du changement climatique induit par l’homme, des attaques hybrides, du terrorisme et des agressions armées à grande échelle. Il est également besoin de renforcer les capacités pour gérer les effets de grands flux migratoires. Dans ce contexte, la préparation civile et la résilience de la société sont plus importantes que jamais.

2.2.

Le 6 septembre 2024, le ministre polonais chargé des affaires européennes a demandé au Comité économique et social européen (CESE) d’élaborer un avis exploratoire sur les rôles et les expériences de la société civile organisée en matière de préparation dans ce paysage de crise.

2.3.

Cette demande relève des domaines de compétence d’Hadja Lahbib, commissaire à l’égalité, à l’état de préparation et à la gestion des crises et s’inscrit dans le contexte du rapport «Safer Together — Strengthening Europe’s Civilian and Military Preparedness and Readiness» (1) commandé à M. Niinistö («rapport Niinistö»).

2.4.

La «préparation des moyens civils» et la «préparation civile» sont de vastes concepts qui englobent l’ensemble de la société. Conformément à la demande de la Pologne et au vu des orientations politiques de la Commission européenne pour la période 2024-2029 ainsi que du rapport Niinistö, le Comité a axé le présent avis sur le rôle de la société civile organisée dans le paysage de crise. Si le rapport Niinistö reconnaît la société civile comme un acteur essentiel, il n’en demeure pas moins nécessaire d’examiner plus avant les rôles et les contributions qui lui échoient spécifiquement, une démarche dans le cadre de laquelle le présent avis prend toute son importance.

2.5.

Dans le présent avis, la «préparation civile» correspond à une approche globale, à l’échelle de la société, visant à faire face aux risques de sécurité, aux perturbations sociétales et aux crises, des catastrophes naturelles aux actions malveillantes menées par des individus. Dans le rapport Niinistö, la «préparation des moyens civils» est axée sur la protection des civils et la préparation cruciale des individus et des ménages. Il s’agit donc d’un concept important, subordonné à celui de «préparation civile», qui est plus large. Toutefois, lorsque le présent avis fait référence au rapport Niinistö, ces deux concepts doivent globalement être considérés comme des synonymes.

2.6.

Pour plus de clarté, le CESE demande à la Commission européenne d’établir une compréhension commune, assortie d’une définition claire, des concepts liés à la préparation civile, à la préparation des moyens civils, à la protection civile et à la défense civile. Divers termes, modèles de coopération et structures ont cours au sein des États membres; il est donc crucial de définir une terminologie claire et cohérente pour favoriser une coopération plus étroite.

2.7.

Le CESE a déjà élaboré un certain nombre d’avis sur la préparation, ou des aspects liés à ce sujet, qui abordent différents éléments identifiés dans le rapport Niinistö. Ces avis couvrent des aspects sectoriels tels que la protection civile, l’industrie de la défense, les menaces hybrides, les infrastructures critiques, la cybersécurité, la désinformation, l’espace, la mobilité militaire, la sécurité maritime, sanitaire, alimentaire et économique. Dans le contexte de la stratégie de l’UE pour une union de la préparation, ils apportent donc des informations précieuses en cette matière.

2.8.

Les dispositions actuelles de l’Union en matière de protection civile comprennent principalement le mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU), le centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC) et rescEU. Puisque le CESE a déjà rédigé plusieurs avis sur ces mécanismes (2), le présent avis ne les abordera pas, même s’il convient de les réexaminer et de les compléter dans la stratégie de l’UE pour une union de la préparation qui devrait voir le jour. Le dernier avis du Comité qui évalue le MPCU recommande des améliorations et des mises à niveau conséquentes.

2.9.

Le rapport Niinistö est exhaustif et porte sur un large éventail de sujets. Bien que le présent avis se concentre sur la société civile organisée, le CESE prévoit qu’il sera besoin d’élaborer plusieurs avis de suivi afin d’examiner d’autres aspects. Par exemple, le niveau de préparation et la résilience du secteur privé, y compris les PME et l’industrie, sont essentiels pour garantir la solidité et la continuité des fonctions de la société. Le rapport Niinistö traite de thèmes tels que les chaînes d’approvisionnement, le double usage potentiel, l’innovation en matière de défense et de recherche, les partenariats public-privé et les marchés publics, ainsi que la nécessité d’associer systématiquement le secteur privé à la préparation. Le Comité soutient cette mise en avant et estime que les contributions du secteur privé en matière de préparation méritent d’être abordées dans un avis distinct.

2.10.

Il conviendra de se pencher également sur un autre aspect, à savoir l’incidence des crises sur les travailleurs de première ligne. Ces personnes effectuent des tâches cruciales et offrent des services essentiels, dans des conditions difficiles. La pandémie de COVID-19 a montré que le manque d’effectifs et les mauvaises conditions de travail affaiblissent la résilience. L’investissement dans des conditions de travail décentes et dans les aspects sociaux est donc primordial pour la solidité de la société en cas de crise. M. Niinistö souligne également le déficit de compétences. Dans ce domaine, le CESE attire l’attention sur l’importance des professionnels retraités, comme les anciens pompiers, policiers et membres du personnel de santé, qui peuvent être indispensables en cas de crise. Ces possibilités méritent également de faire l’objet d’un examen plus approfondi dans le cadre d’un avis de suivi distinct.

3. Principaux aspects de la préparation civile et de la résilience

3.1.

Le paysage de crise que nous connaissons aujourd’hui exige de changer de mentalité ainsi que de favoriser une culture de préparation, d’anticipation et de prévention à tous les échelons de la société. La préparation civile doit essentiellement viser à protéger et à maintenir une paix juste et durable, fermement ancrée dans le droit international, y compris son volet humanitaire. Cela nécessite d’agir en amont pour s’attaquer aux causes sous-jacentes du conflit, garantir l’obligation de rendre des comptes et promouvoir des conditions qui favorisent la dignité, l’égalité des chances et le progrès social parmi les individus et les groupes de la société.

3.2.

Une paix juste repose sur le droit international, la justice, l’égalité et le respect des droits de l’homme. Une paix durable est un état pacifique qui va au-delà de la simple absence de violence: elle n’est pas seulement atteinte, mais bien préservée sur le long terme en se basant sur la durabilité sociale, économique et écologique ainsi que sur la gouvernance démocratique afin d’être résiliente. La société civile organisée, y compris le mouvement de paix, joue un rôle clé dans ce cadre, au moyen d’activités telles que le plaidoyer, la résolution de conflits, le suivi et l’établissement de rapports, ainsi que la promotion de la cohésion sociale et de l’inclusion. Par ailleurs, la société civile est un partenaire essentiel pour mettre en œuvre efficacement le programme de l’Union sur les femmes, la paix et la sécurité, de sorte que les droits, la capacité d’action et la protection des femmes et des filles soient toujours respectés et préservés.

3.3.

Tout en reconnaissant que l’autonomisation des citoyens (3) sera au cœur de la préparation globale de l’Union, le CESE souligne que cette approche ne doit pas mener à une situation où l’Union ou ses États membres renoncent à leur obligation de protéger leurs citoyens en cas de perturbations sociétales et de conflits armés.

3.4.

Le CESE met également en avant l’importance d’investir dans des services publics de qualité, tels que les services de lutte contre les incendies, les soins de santé et d’autres secteurs, car leur bon fonctionnement est indispensable à la préparation, à la résilience et à la réactivité européennes. En outre, des services publics de qualité seront mieux à même de dialoguer et de travailler avec les organisations de la société civile concernées.

3.5.

Lorsqu’il s’agit de faire progresser la préparation civile, il importe de prendre en compte à la fois les mesures immédiates et les actions à plus long terme, qui peuvent même couvrir des décennies. La préparation nécessite des citoyens autonomes et une citoyenneté active; il convient de commencer par les enfants, et d’inclure les jeunes. L’éducation civique doit être intégrée dans l’enseignement formel, mais aussi dans les initiatives d’apprentissage informel à l’intention de groupes sociaux et de tranches d’âge différents. Les organisations de la société civile, y compris les partenaires sociaux et en particulier les acteurs de l’apprentissage tout au long de la vie, représentent une ressource essentielle dans ce contexte.

3.6.

L’utilisation stratégique, avant tout sur les médias sociaux, de la désinformation, de la propagande et des discours haineux par des acteurs malveillants intensifie la polarisation et la désintégration, affaiblit la résilience et fragmente la société. Cela souligne l’importance de pouvoir vérifier de façon sûre si les informations sont correctes, d’éduquer les citoyens, notamment aux médias et à l’information, et de prévoir des espaces au sein de la société pour favoriser la compréhension mutuelle et la confiance. Des travaux antérieurs du CESE sur la désinformation (4) apportent une contribution précieuse à ce sujet.

3.7.

La préparation civile ne se cantonne pas aux frontières européennes, elle touche également à la coopération extérieure de l’Union, surtout dans les pays voisins et les pays candidats, ainsi que dans le reste du monde. La diplomatie, l’aide au développement, les relations commerciales et les autres formes de coopération avec les pays de notre voisinage et d’ailleurs doivent être envisagées comme des ressources permettant de développer la préparation et la résilience.

4. Contributions de la société civile à la préparation civile

4.1.

La société civile s’est révélée être un atout indispensable pour répondre aux besoins des individus et de la société en temps de crise et de perturbation sociétale. En mobilisant rapidement son aide, souvent en l’absence d’appui de l’État, la société civile démontre que la solidarité est au cœur même de son action.

4.2.

Bien qu’il n’existe pas de définition universelle de la société civile, ces termes désignent habituellement toutes les formes d’actions sociales menées par des individus ou des groupes n’émanant pas des autorités publiques et qui ne sont pas dirigées par celles-ci. Une organisation de la société civile (OSC) est une structure dont les membres servent l’intérêt général et/ou des intérêts spécifiques par la voie de processus démocratiques. Les associations bénévoles, les organisations non gouvernementales, les organisations de base et les partenaires sociaux sont par exemple des organisations de la société civile (5).

4.3.

Les organisations de la société civile sont très diverses, tout comme leurs objectifs et priorités. Il convient de leur préserver cette autonomie, ce caractère unique et cette intégrité, même en période de crise et de perturbation de la société. Si certaines OSC se voient attribuer des rôles et responsabilités spéciaux en cas de crise et de conflits armés (6), d’autres sont des initiatives de proximité qui fournissent un soutien immédiat au niveau local, des organisations nationales dont l’action s’exerce à grande échelle, des syndicats ou encore des organisations disposant d’un domaine d’expertise spécifique.

4.4.

Par conséquent, les contributions qu’apporte chaque organisation varient selon ses compétences et la nature de la crise en question. De ce fait, les formes de coopération avec les pouvoirs publics varieront également en fonction de cette diversité. Outre la société civile organisée, certains citoyens peuvent se porter spontanément volontaires pour apporter une aide indispensable en cas de crise.

4.5.

Les organisations de la société civile contribuent à la préparation et à la résilience civiles principalement en maintenant leurs compétences et activités ordinaires respectives, comme leur rôle de représentant de divers groupes, leurs actions de promotion des droits et libertés fondamentaux, leur offre de services et leur contribution à des interactions significatives entre les citoyens. Leur résilience lors d’une crise est étroitement liée à leur force en période de paix et de stabilité. Dans le passé, certains des plus puissants mouvements de résistance sont nés là où la société civile s’épanouissait en temps de paix. Ce constat met en évidence l’idée qu’investir dans la société civile et la soutenir en période de paix et de stabilité renforce sa capacité à réagir en cas de crise, voire de guerre.

4.6.

Bien que la société civile diffère fortement d’un État membre à l’autre, du fait de contextes nationaux et historiques différents, elle partage tout de même des valeurs et des points essentiels communs. Il convient de prendre conscience de cette diversité et d’en tenir compte lors de la mise en place d’initiatives de préparation civile au niveau de l’Union, de sorte à garantir un engagement constructif.

4.7.

Le CESE souligne que la mobilisation de l’expertise et de la légitimité de la société civile sur des questions spécifiques s’avère efficace en cas de crise. Les paragraphes ci-dessous étudient les contributions spécifiques de la société civile en cas de crise et dans des circonstances défavorables.

4.7.1. Renforcer la confiance et la cohésion sociale

La société civile est à même de combler les écarts entre les citoyens et les pouvoirs publics, favorisant une culture de responsabilité partagée et de confiance. Elle assure un équilibre des pouvoirs, fait respecter l’état de droit, veille à ce que les institutions répondent de leurs actes, préserve la transparence et lutte contre la corruption. Ancrées dans les communautés locales et actives durant de longues périodes, les organisations de la société civile nouent des relations étroites avec le public. En mobilisant et en encadrant les personnes, elles créent de la confiance mutuelle et de la cohésion sociale. Ce capital social permet aux communautés de réagir rapidement, de façon pertinente et ferme, en cas de perturbations attendues ou imprévues.

4.7.2. Offrir des espaces pour définir un objectif, une direction et un sentiment d’appartenance

Des questions existentielles sur le long terme concernant la finalité et le sentiment d’appartenance se posent tout particulièrement durant les crises. La société civile au sens large, notamment les organisations qui se rassemblent autour de valeurs fondatrices, les communautés religieuses et les institutions culturelles, offre des perspectives, des espaces de réflexion, des occasions d’exprimer son malaise et un appui psychologique. Prendre part à des visées plus larges et s’engager pour des objectifs partagés et dans l’action collective peut stimuler la résistance et la résilience psychologiques et améliorer le bien-être en cas de stress intense.

4.7.3. Sensibiliser et partager des informations

Grâce à sa portée unique, la société civile peut mener des actions de sensibilisation et partager des informations correctes et des faits vérifiés. Tout en conservant son autonomie par rapport au gouvernement, elle peut lutter contre la désinformation, la propagande, la polarisation et la discrimination en partageant des messages accessibles, pertinents d’un point de vue culturel et exploitables avec diverses populations, et adaptés à celles-ci. Cette fonction est particulièrement importante lorsque la société civile fait entendre la voix de groupes et de pans de la population qui sont difficiles à atteindre et marginalisés, et donc moins susceptibles de faire confiance aux autorités. La société civile joue également un rôle crucial d’information et d’éducation du public au sujet de la préparation et des risques de sécurité, notamment grâce à des plateformes d’apprentissage tout au long de la vie et d’éducation informelle.

4.7.4. Déclencher l’alerte précoce et identifier les risques

La société civile fait souvent office de premier rempart de protection, de mécanisme de détection des risques et de système d’alerte précoce, avant que les autorités publiques ne viennent en aide. Cet aspect est particulièrement important pour les populations vulnérables et les habitants des zones rurales et reculées. Armées de leur connaissance du terrain, les organisations de la société civile sont bien placées pour identifier les risques, procéder à des évaluations précises et rapides et relayer ces dernières auprès des autorités compétentes.

4.7.5. Autonomiser et soutenir les groupes vulnérables et marginalisés

Les niveaux de préparation varient en fonction de facteurs socio-économiques et d’autres vulnérabilités, puisque les crises ne frappent pas tous les groupes de manière égale. De nombreuses organisations de la société civile cherchent avant tout à faire entendre la voix de groupes vulnérables et marginalisés et à appuyer un accès équitable aux ressources et au soutien. Elles défendent des politiques sociales et économiques qui remédient aux vulnérabilités avant l’apparition d’une crise, en œuvrant de manière préventive et en rendant les communautés de plus en plus résilientes. La société civile peut aussi contribuer concrètement au renforcement de la préparation civile.

4.7.6. Mobiliser et organiser les volontaires

En mobilisant, en organisant et en coordonnant les volontaires, la société civile aide les communautés à agir rapidement et conforte ainsi la réaction collective aux crises. Il est essentiel de favoriser le volontariat sur une longue durée et il convient d’encourager cette démarche. En outre, la société civile est également à même d’encadrer les volontaires qui se présentent spontanément en fournissant l’infrastructure nécessaire à l’action collective.

4.7.7. Offrir une aide humanitaire et un soutien en cas de crise

La société civile sert de pont entre les citoyens et les agences gouvernementales, en offrant des services, de l’aide humanitaire et d’autres types d’assistance sur le terrain, comme des premiers secours ou de l’aide lors de procédures d’évacuation. Ce rôle complémentaire, qui peut être aussi assumé par des entités privées, est indispensable pour la continuité de services essentiels et l’aide critique, surtout lorsque les ressources gouvernementales sont limitées.

4.7.8. Participer à la reprise et à la réconciliation

La société civile joue un rôle capital avant, pendant et après les crises. Après une crise de grande ampleur, y compris les conflits armés, elle peut aider à rebâtir les communautés selon les besoins et les valeurs qui prévalent sur place. Elle facilite aussi la réconciliation en favorisant le dialogue entre les parties, en tirant parti de son expertise, des relations de confiance qu’elle a tissées et en étant présente sur place.

4.7.9. Protéger les droits et libertés fondamentaux

Les organisations de la société civile agissent souvent comme gardiennes en défendant les droits fondamentaux, les libertés et l’état de droit en veillant à faire respecter les conventions internationales, même dans des conditions défavorables, qui comprennent les conflits armés. Dans une démocratie qui fonctionne bien, elles demeurent fidèles non pas à un gouvernement spécifique ni à ses autorités, mais plutôt, dans les limites des principes et procédures démocratiques, à leurs propres compétences, valeurs et circonscriptions. Il est dans l’intérêt de l’ensemble de la société que la société civile continue d’exercer ses compétences lors de périodes compliquées. Ceci vaut également pour les organisations qui font valoir des points de vue contraires au discours politique dominant.

5. Besoins identifiés et actions proposées

5.1.

Le CESE soutient la position (7) de Mme Lahbib, commissaire européenne, qui appelle de ses vœux une vision globale et intégrée de l’Union en matière de gestion des crises, où l’accent est mis sur une préparation proactive et intersectorielle. En tant qu’organe consultatif de l’Union représentant la société civile organisée, le Comité est prêt à relayer le message de celle-ci lors de l’élaboration de la stratégie de l’UE pour une union de la préparation et des initiatives connexes.

5.2.

Le CESE remarque avec intérêt que le rapport Niinistö reconnaît la société civile comme un acteur clé d’une préparation globale et cohérente dans toute l’Europe. Il soutient l’approche préconisée à cet égard, qui entend embrasser «l’ensemble des pouvoirs publics», «l’ensemble de la société» et «tous les risques». Le rapport se base sur la conviction que la préparation consiste à réunir l’ensemble des acteurs et ressources pertinents, dont la société civile, les secteurs public et privé, et les citoyens. Toutefois, il ne s’attarde pas assez sur les fonctions et contributions de la société civile, ni sur les conditions favorables dont elle a besoin, ce qui met en lumière la nécessité, lorsqu’il s’agit de donner suite aux recommandations du rapport Niinistö, de se concentrer plus fortement sur la société civile en tant qu’acteur clé.

5.3.

Le rapport Niinistö présente plusieurs recommandations pour lesquelles la société civile peut jouer un rôle de premier plan. Le CESE invite instamment la Commission européenne et les États membres à créer les conditions qui permettent à la société civile de participer pleinement, de contribuer et de s’engager sur un pied d’égalité avec les autres parties prenantes. Dans ce contexte, il convient de prendre en compte les caractéristiques uniques de la société civile et de lui allouer des ressources adéquates pour permettre un engagement significatif aux niveaux européen, national et local. Cette approche est particulièrement importante pour la future stratégie de l’UE pour une union de la préparation, le mécanisme de protection civile de l’Union et un potentiel texte législatif sur la préparation de l’Union, ainsi que d’autres initiatives, comme le propose le rapport Niinistö.

5.4.

La préparation civile varie considérablement d’un État membre à l’autre. Aussi une première étape consiste-t-elle à établir une compréhension commune des différents rôles et responsabilités de la société civile et du gouvernement à l’échelon des États membres. En outre, la Commission européenne est bien placée pour recueillir et diffuser les bonnes pratiques de ces derniers en matière de coopération efficace avec la société civile. Cette démarche pourrait s’étoffer grâce à une cartographie des structures existantes, des méthodes de coopération et des travaux de recherche dans ce domaine.

5.5.

Le CESE souligne l’urgence d’investir avec volontarisme dans la société civile, afin de garantir une meilleure préparation et la capacité d’agir en cas de crise. Cette urgence résulte de la réduction de l’espace dévolu à la société civile, tant en Europe qu’ailleurs, comme l’ont montré l’Union et le Comité (8). L’UE et ses États membres doivent donc accroître le soutien à la société civile à tous les niveaux, y compris celui de la coopération transnationale.

5.6.

Dans ce contexte, l’appel du CESE en faveur d’une stratégie pour le dialogue civil, qui donne lieu à un plan d’action (9), est déterminant pour l’interaction avec la société civile et son engagement. Cette approche doit s’accompagner de structures de dialogue adéquates à l’échelon des États membres, conçues pour concorder avec la diversité de la société civile. Cette dernière doit être associée au dialogue civil sur la préparation, tant au niveau stratégique qu’au niveau plus opérationnel.

5.7.

Pour que la société civile puisse participer de manière effective, le CESE invite instamment l’Union et les États membres à mettre en place, à l’intention de toutes les parties prenantes, dont la société civile, des mécanismes sûrs, autonomes et interopérables d’échange d’informations et des plateformes de communication partagée. Ces informations pouvant être parfois classifiées, l’Union et les États membres devraient examiner comment ils peuvent trouver un équilibre entre les exigences de sécurité et l’impératif de fournir à la société civile un accès rapide aux informations.

5.8.

Le CESE souligne qu’une coordination efficace et constructive doit être établie au niveau de l’Union et des États membres, qui s’appuie sur les ressources, l’expertise et les perspectives spécifiques de chaque partie prenante. Les contributions de la société civile proviennent souvent de nombreux acteurs, dont l’expertise, l’ampleur et la nature varient. Les crises antérieures suggèrent que la coordination est un point faible qui entrave l’efficacité de la préparation, de l’aide et du soutien.

5.9.

Afin que la gestion de crise soit efficace, les organisations de la société civile ont besoin de prévoir et de développer de façon proactive leurs propres dispositifs de préparation aux crises, ce qui inclut d’organiser la continuité des tâches prioritaires, en attribuant des rôles et des responsabilités. Il s’agit, par exemple, d’évaluer la vulnérabilité des systèmes internes et de prévoir des formations et des exercices, ainsi que de renforcer les capacités de la société civile en matière de cybersécurité.

5.10.

Le CESE souligne que toutes les mesures en matière de réponse aux crises, de secours et de relèvement devraient prendre en compte les besoins spécifiques des femmes et des filles, conformément au plan d’action de l’Union en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité pour la période 2023-2027. Il convient d’accorder la priorité à une participation pleine et significative des femmes à la prise de décision, à la protection des femmes et des filles en cas de crise et à la prévention de la violence à l’égard des femmes. À cet égard, les organisations de la société civile jouent un rôle important, notamment pour ce qui est de faire valoir leurs intérêts et l’obligation de rendre des comptes.

5.11.

Pour les institutions de l’Union, y compris pour le CESE, il est donc tout aussi important de développer la préparation aux crises et la planification de la continuité des services. Il faut de toute urgence donner la priorité à ces éléments, notamment en supprimant les obstacles existants, aux fins d’une approche globale et complète.

5.12.

Étant donné que les crises ne frappent pas tous les groupes de manière égale, les personnes handicapées et les autres groupes vulnérables courent un risque plus élevé d’être blessés ou privés de services importants. Pour y remédier, il est possible d’assortir les plans de préparation généraux de dispositions personnelles, telles que des autoévaluations du niveau de préparation, des capacités, des ressources disponibles et des besoins de soutien. Dans ce contexte, la société civile active aux échelons local et régional joue un rôle clé, tout comme les autorités publiques concernées.

5.13.

Les formations et les exercices de préparation sont essentiels, et des programmes existent déjà pour le MPCU. Le rapport Niinistö propose d’établir une politique de l’Union en matière d’exercices pour partager les approches entre les différents secteurs et institutions, ainsi qu’un pôle de connaissance consacré aux exercices et des cours transsectoriels de l’Union. Afin d’assurer la compatibilité et la complémentarité des parties prenantes, les organisations de la société civile devraient être l’un des principaux groupes ciblés par les initiatives de formation de l’Union sur la sécurité, la défense et la gestion de crise, pour faire en sorte que les compétences spécifiques de chacun soient prises en compte.

5.14.

En cas de crise aiguë ou de conflit armé, la société civile doit agir de façon rapide, ferme et innovante, ce qui implique que la société fasse preuve d’une certaine acceptation des risques. En dépit d’une planification et d’une préparation rigoureuses, la gestion rapide de situations, dans des conditions extrêmes, entraînera inévitablement des lacunes et des erreurs d’appréciation. Une compréhension commune et des mandats clairement établis permettront donc de réduire le risque de paralysie dans des conditions de crise.

5.15.

Le CESE souligne l’importance d’un financement public transparent et cohérent pour la préparation de la société civile. En premier lieu, cela nécessite un financement à long terme du renforcement des capacités et le développement d’infrastructures permettant d’être prêts à affronter les crises. En second lieu, il faut disposer de fonds transparents et accessibles pour le remboursement des coûts de l’aide humanitaire et du soutien de crise fournis par la société civile et d’autres acteurs lorsque ceux-ci complètent les actions gouvernementales. Des structures de financement devraient également soutenir la capacité de la société civile à encadrer les volontaires qui se présentent spontanément.

5.16.

Le rapport Niinistö propose d’instaurer un cadre européen d’investissement en matière de préparation, doté d’un ensemble cohérent d’instruments, et d’intégrer cette thématique au prochain budget de l’Union. Le livre blanc qui sera bientôt publié sur l’avenir de la défense européenne (10) abordera les capacités du secteur de la défense, et ses besoins d’investissement. Le CESE souligne que toute initiative de l’Union en faveur de la défense doit aussi comprendre des investissements en faveur de la paix, de la défense civile et de la préparation, et des fonds accessibles à la société civile, y compris aux partenaires sociaux, comme le Comité l’a proposé dans son avis exploratoire ECO/655 sur «Le financement de la défense dans l’Union européenne» (11). Le CESE insiste en outre sur la nécessité de maintenir les investissements sociaux étant donné qu’en fin de compte, investir dans la cohésion sociale est une mesure proactive de préparation civile.

5.17.

Les crises récentes ont mis en évidence les vulnérabilités du marché unique. Le rapport Niinistö fait ce constat en lien avec le règlement sur les situations d’urgence et la résilience du marché intérieur (12), et recommande de réduire les obstacles à la coopération par-delà les frontières. Le CESE souscrit à ce point de vue et fait valoir qu’il est nécessaire, du point de vue de la société civile, de prendre des mesures supplémentaires pour faciliter l’aide transfrontière, par exemple sous la forme de personnel et de matériel. À cette fin, le Comité met également en avant l’importance de mettre intégralement en œuvre la proposition de directive relative aux associations transfrontalières européennes.

Bruxelles, le 26 mars 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) https://commission.europa.eu/document/download/5bb2881f-9e29-42f2-8b77-8739b19d047c_en?filename=2024_Niinisto-report_Book_VF.pdf.

(2) JO C 290 du 29.7.2022, p. 30 , JO C, C/2024/1575, 5.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1575/oj, JO C, C/2024/2106, 26.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2106/oj, JO C 62 du 15.2.2019, p. 231 , JO C 282 du 20.8.2019, p. 49rapport d’évaluation du CESE sur l’évaluation ex post du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (y compris RescEU). .

(3) Dans le présent avis, le mot «citoyen» fait référence aussi bien aux citoyens de l’Union qu’aux résidents de l’Union ayant d’autres nationalités.

(4) JO C, C/2024/4052, 2.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4052/oj et JO C 152 du 6.4.2022, p. 72.

(5) Organisations de la société civile — EUR-Lex: https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/glossary/civil-society-organisation.html.

(6) Cette phrase fait référence aux organisations volontaires de défense et aux rôles de la société civile dans différents contextes nationaux et internationaux, comme le Comité international de la Croix-Rouge.

(7) https://hearings.elections.europa.eu/documents/lahbib/lahbib_writtenquestionsandanswers_fr.pdf.

(8) CESE, «Droits fondamentaux et état de droit – Évolutions au niveau national du point de vue de la société civile, 2018-2024», juin 2020, https://www.eesc.europa.eu/sites/default/files/files/qe-01-24-008-fr-n.pdf et JO C, C/2025/1184, 21.3.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1184/oj.

(9) JO C, C/2024/2481, 23.4.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2481/oj.

(10) Orientations politiques pour la prochaine Commission européenne 2024-2029, p. 13.

(11) L’adoption de cet avis est prévue en septembre 2025.

(12) https://www.internal-market-emergency-resilience-act.com/.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2957/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)