Avis du Comité économique et social européen — Mettre davantage l’accent sur les résultats dans la politique de cohésion de l’après-2027 — perspectives, défis, risques et atouts (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise)
| CELEX | 52024AE3481 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 27 février 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/2018 | 30.4.2025 |
Avis du Comité économique et social européen
Mettre davantage l’accent sur les résultats dans la politique de cohésion de l’après-2027 — perspectives, défis, risques et atouts
(avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise)
(C/2025/2018)
Rapporteur:
David SVENTEKCorapporteur:
Florian MARIN| Conseiller | Petr ZAHRADNÍK, conseiller du rapporteur |
| Consultation | Lettre d’Adam Szłapka, ministre des Affaires européennes de la République de Pologne, datée du 6.9.2024 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 6.2.2025 |
| Adoption en session plénière | 27.2.2025 |
| Session plénière no | 594 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 144/0/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE soutient résolument la poursuite de la politique de cohésion de l’Union européenne, estimant que les raisons qui la sous-tendent sont claires, rationnelles et légitimes. En revanche, le CESE reconnaît que la politique de cohésion doit être modernisée et adaptée de manière à refléter les tendances et les besoins en matière de développement, ce qui influencera globalement le nouveau cadre financier pluriannuel de l’Union européenne pour 2028 et les années qui suivront (CFP 2028+). La priorité semble être avant tout de renforcer la compétitivité durable, tout en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte. Il ne faut pas que la capacité budgétaire de l’Union européenne, récemment élargie grâce à l’instrument NextGeneration EU à environ 1,8 % du PIB de l’Union, soit réduite à l’avenir. La part de son budget que l’Union consacre actuellement à la politique de cohésion ne doit pas être réduite dans le prochain CFP, mais au contraire augmentée. |
| 1.2. | Le CESE recommande de gérer à l’avenir la politique de cohésion conformément aux principes généraux suivants: le partenariat (notamment la contribution active de la société civile organisée); la gestion partagée (participation équilibrée des pouvoirs publics européens, nationaux et régionaux, reflétée dans la programmation et dans la mise en œuvre); la gouvernance à plusieurs niveaux (régions, villes, collectivités locales et parties prenantes, conformément au principe de subsidiarité); l’approche territorialisée (revenir au principe traditionnel de la politique de cohésion fondée sur la subsidiarité, et mettre en œuvre une approche ascendante et des solutions sur mesure, spécifiques aux différents territoires); la concentration thématique (liée aux priorités stratégiques de l’Union européenne et au processus du Semestre européen); le ciblage territorial (qui repose également sur les particularités propres aux différentes régions, en l’occurrence les régions moins développées, les régions relevant de la transition juste, les régions prises dans des pièges de développement, les régions en déclin et vulnérables, ainsi que les régions et les îles frontalières et ultrapériphériques); une politique axée sur les résultats (l’aide financière étant conditionnée à la présence de résultats et de bénéfices réels et quantifiés); la simplification (des règles, des procédures et des exigences administratives); ainsi que des conditions sociales liées aux investissements financés. |
| 1.3. | Le CESE estime qu’une future politique de cohésion axée sur les résultats devrait:
|
| 1.4. | Faire d’une approche axée sur les résultats un principe fondamental contribuera à allouer plus efficacement les ressources limitées de la politique de cohésion, et apportera des avantages aussi visibles que transparents en matière socio-économique comme du point de vue de ses résultats financiers. Le CESE recommande en outre avec insistance que les obligations découlant d’une approche axée sur les résultats soient partie intégrante des processus de surveillance et d’audit, et qu’elles soient utilisées pour vérifier l’efficacité et l’efficience de cette politique ainsi que la faisabilité des projets qu’elle soutient. Le CESE estime que les obligations découlant de l’introduction de cette approche axée sur les résultats ne doivent pas venir s’ajouter aux processus de contrôle et d’audit existants destinés à vérifier l’efficacité, l’efficience et le modèle économique des dépenses relatives aux projets financés par les fonds de cohésion. |
| 1.5. | Le CESE est profondément convaincu qu’en dépit de tous les changements qu’il est nécessaire d’apporter au contenu et à l’orientation de la politique de cohésion, celle-ci doit rester centrée sur les régions et leurs besoins spécifiques en matière de développement et de résilience, tout en cherchant aussi à réduire les inégalités. Le CESE souscrit toujours aux raisons de soutenir le processus de transition juste au cours de la prochaine période financière. La démarche consistant à garantir la résilience économique, sociale et territoriale des pays frontaliers doit faire partie intégrante de la politique de cohésion. |
| 1.6. | Le CESE estime qu’il convient d’accorder davantage d’attention aux investissements sociaux, dont le logement — qui sont des composants structurels au service du développement territorial — à l’accès à des services publics de qualité, aux enjeux touchant à la démographie et au dépeuplement, ainsi qu’à l’amélioration de la qualité de vie. |
| 1.7. | Le CESE, en sa qualité de représentant de la société civile organisée, recommande d’inscrire cette politique dans un cadre transparent et d’assigner aux différentes parties prenantes, et notamment aux représentants de la société civile organisée, un rôle bien défini en fonction de leur expertise et, le cas échéant, au niveau décisionnel. Associer ces parties prenantes renforcera chez elles le sentiment d’être les dépositaires de la politique de cohésion et des programmes de l’Union européenne. |
| 1.8. | La simplification constitue une question cruciale pour tous les processus administratifs, y compris la politique de cohésion. Le CESE est conscient de la complexité de ce système, qui a besoin d’être considérablement simplifié et rendu plus transparent. Le problème commence par la forme adoptée pour ces réglementations, et par les procédures afférentes de mise en œuvre qui viennent ajouter une couche de bureaucratie à l’échelon des États membres, mais il concerne également les capacités administratives des organismes chargés de la mise en œuvre, les exigences des procédures que doivent suivre les bénéficiaires ainsi que les mécanismes de surveillance et d’audit. Au vu de tous ces éléments réunis, il apparaît nécessaire, et c’est la position soutenue par le CESE, que la politique de cohésion devienne plus lisible pour ses acteurs. |
| 1.9. | Le CESE souligne que convergence et compétitivité durable ne sont pas contradictoires, en particulier dans la phase actuelle du développement économique et social de l’Union européenne, comme dans celle à venir. De fait, la convergence devrait reposer sur des processus qui accélèrent une compétitivité durable, stimulent l’environnement des entreprises et garantissent le bon fonctionnement et la viabilité du système économique, car c’est le seul moyen non seulement de produire de la convergence, mais aussi de répondre à l’ensemble des besoins et des exigences qui se posent pour la société et sa prospérité. |
2. Contexte, faits et description du sujet
| 2.1. | Le futur cadre financier pluriannuel de l’Union européenne pour 2028 et les années qui suivront (CFP 2028+) comportera vraisemblablement des changements importants par rapport au cadre actuel. Compte tenu du développement économique, social et territorial des régions de l’Union européenne, tel qu’il est décrit de manière exhaustive, par exemple, dans le 9e rapport sur la cohésion, le CESE note qu’il existe un besoin évident et légitime de poursuivre la politique de cohésion, qui n’a pas d’équivalent parmi les instruments de politique économique de l’Union. Il est cependant tout aussi manifeste que la future politique de cohésion devra faire l’objet d’une modernisation majeure pour progresser vers un meilleur ciblage des priorités réelles, un financement plus efficace, des résultats plus convaincants, une simplification substantielle, une flexibilité accrue et une plus grande réactivité aux grands stimuli qui se produiront au cours de la période où elle sera déployée. |
| 2.2. | Étant donné les besoins de financements européens qui découlent des objectifs de la transformation écologique et numérique pour promouvoir la compétitivité durable de l’économie de l’Union ou garantir une autonomie stratégique ouverte, on peut supposer et recommander que la capacité budgétaire actuelle de l’Union européenne soit maintenue à un niveau minimum de 1,8 % de son PIB (c’est-à-dire en incluant l’outil NextGeneration EU). Un indicateur important des futurs besoins de financement de l’Union européenne figure, par exemple, dans le calcul et l’estimation publiés dans le récent rapport Draghi (1), qui fait état d’au moins 750 à 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an, ce qui ferait passer le taux d’investissement de l’Union à 27 % de son PIB, contre 22 % à l’heure actuelle. On voit bien, à la lecture de ces chiffres, que le volume financier d’environ 1 900 milliards d’euros qui correspond à l’actuel CFP 2021-2027, plus l’instrument NextGeneration EU, ne suffira pas à répondre à ce besoin. |
| 2.3. | Puisqu’en dépit des progrès significatifs accomplis pour faire converger les régions moins développées de l’Union européenne, il subsiste un écart entre les régions les plus développées et celles qui le sont moins, que la pauvreté et les inégalités sont des problèmes cruciaux et que les régions sont de plus en plus nombreuses à se trouver prises dans des pièges de développement qui touchent les régions à revenu intermédiaire (2), la raison d’être d’une solide politique de cohésion demeure. Pour assurer la compétitivité de demain, il faut investir dans toutes les régions. La part de son budget que l’Union européenne consacre pour l’heure à la politique de cohésion doit rester intacte, et même être augmentée dans le CFP pour l’après-2028. |
3. Formuler les principes fondamentaux d’une politique de cohésion axée sur les résultats pour l’après-2028 et de sa mise en œuvre
| 3.1. | Concentration thématique. Dans le cas de la concentration thématique, il est souhaitable de définir précisément les domaines qui feront à l’avenir l’objet d’un soutien, conformément aux priorités stratégiques de l’Union. Il est permis de supposer que l’on s’attachera à rattraper les retards en matière d’innovation et d’investissement, en particulier dans les secteurs des technologies, de la numérisation, des compétences, du marché du travail et de la décarbonation, et dans le même temps à soutenir la compétitivité durable, renforcer la cohésion sociale et la résilience, garantir la défense et la sécurité ou encore réduire la dépendance extérieure. La concentration thématique sur les jeunes, la santé et le dialogue social et civil est indispensable si l’on veut répondre aux besoins liés à l’accélération des transitions écologique et numérique. La réduction de la pauvreté, la jeunesse, le développement durable et l’égalité entre les hommes et les femmes devraient constituer des principes transversaux de la prochaine période de programmation. La politique de cohésion nécessite d’appliquer une concentration géographique aux zones frontalières, en tenant compte de l’asymétrie des difficultés et des risques en matière de développement. Il faudra également pour cela maximiser les investissements dans les infrastructures à double usage. |
| 3.2. | Approche territorialisée. La future politique de cohésion devrait être aussi simple et universelle que possible et ses instruments devraient permettre de mettre en place des stratégies spécifiques de développement régional et local en fonction des conditions en présence. La mise en œuvre, au cours de la période 2021-2027, du fonds le plus récent de la politique de cohésion, le Fonds pour une transition juste, au sein duquel un consensus et une cohérence très utiles se font jour entre les règles générales du Fonds au niveau de l’Union européenne, les besoins du programme opérationnel spécifiquement formulés à l’échelon des États membres et les priorités du projet précisément documentées au niveau des régions relevant de la transition juste concernées, pourrait constituer une bonne source d’inspiration pour la prochaine période. Un soutien financier est par ailleurs nécessaire pour les centres de développement d’importance nationale et régionale, car ils sont les principaux moteurs de la croissance régionale et de la compétitivité, à mettre au service d’un développement durable et intelligent des infrastructures qui tienne compte des tendances démographiques, des objectifs climatiques et des possibilités dans le domaine de la numérisation. |
| 3.3. | Résultats. Dans un contexte de financement de la politique de cohésion de plus en plus modeste et limité, la question des résultats obtenus par la politique de cohésion est repensée sous un angle entièrement nouveau. On doit s’attacher davantage à privilégier véritablement une logique de résultats, et pour ce faire être plus attentif à ce que les fonds de cohésion contribuent aux objectifs politiques fixés dans les règlements correspondants. Dans le même temps, il faut bien reconnaître que certains résultats sont difficiles à mesurer ou que les effets produits ne peuvent être mesurés qu’après un laps de temps plus long. Dans son 9e rapport sur la cohésion, la Commission européenne souligne elle-même que ces effets s’inscrivent par nature dans le temps long. Les effets positifs durables et diffus que produit la politique de cohésion doivent être reconnus. La démarche consistant à se focaliser davantage sur les résultats ne doit pas se traduire par une pression accrue pour produire des effets immédiats. En résumé, le traitement des résultats de la politique de cohésion soulève en soi d’immenses réserves, auxquelles on pourrait répondre notamment en s’intéressant aux rendements des investissements consentis au titre de cette politique et au principe de rapport qualité/prix. |
| 3.4. | Amélioration de la flexibilité et de la capacité de réserve. Le CESE préconise un assouplissement significatif dans la structure des fonds de cohésion afin de pouvoir réaffecter les ressources financières entre les programmes et au sein de ceux-ci. Il convient en revanche d’éviter de réaffecter des fonds depuis les régions moins développées au profit de celles qui le sont davantage. |
| 3.5. | Simplification. Tant du point de vue des bénéficiaires que de l’administration elle-même et du fonctionnement du principe de gestion partagée, la politique de cohésion reste très complexe, notamment sur le plan administratif. Un processus de simplification est nécessaire pour aboutir à la définition, à l’échelon réglementaire, de règles clairement définies et non négociables permettant l’adoption, aux niveaux national et régional, d’une stratégie appropriée de développement sur un territoire donné, ainsi que d’un programme connexe. |
| 3.6. | Subsidiarité. Le principe de subsidiarité devrait jouer un rôle important dans la structure de mise en œuvre à l’échelon national, ce qui devrait se traduire principalement sous la forme de programmes opérationnels individuels, répartis en programmes centralisés et régionaux, lesquels devraient refléter avant tout les spécificités des différentes régions ou bien la résolution de problèmes régionaux par l’échelon central. Il importe enfin de distinguer davantage les compétences nationales des compétences de l’Union. |
4. Observations générales
| 4.1. | Le CESE estime également que l’approche axée sur les résultats est une source d’inspiration; par exemple, il juge particulièrement utile de fixer des objectifs et des contributions clairement définis, en lien avec les priorités des fonds approuvés dans le cadre de la procédure législative, de mettre au point des indicateurs pour mesurer la réalisation des objectifs, de produire régulièrement des rapports sur la performance des projets et de conditionner le soutien financier à la réalisation des objectifs, mais tout en faisant preuve de souplesse et d’une capacité d’adaptation à de nouvelles circonstances. Il est également très important de mettre l’accent sur la viabilité à long terme des résultats obtenus. |
| 4.2. | L’approche axée sur les résultats devrait aboutir à une simplification, assortie de contrôles et d’audits visant à vérifier la réalisation des objectifs assignés à la politique et les indicateurs correspondants. Le CESE souhaiterait que les obligations découlant de l’introduction de cette approche axée sur les résultats ne viennent pas s’ajouter aux processus existants de contrôle et d’audit destinés à vérifier l’efficacité, l’efficience et le modèle économique des dépenses relatives aux projets financés par les fonds de cohésion. |
| 4.3. | Le CESE relève et apprécie l’une des principales conclusions du rapport Draghi, à savoir que le développement de la compétitivité est une condition nécessaire pour garantir des normes sociales élevées dans l’Union européenne, un haut niveau de vie, mais aussi le respect de la loi et la maturité de la démocratie. Pour cette raison également, il semble justifié que les programmes qui développent et favorisent une compétitivité durable et la résilience sociale sous tous ses aspects constituent l’axe thématique dominant de la future politique de cohésion telle qu’elle se déclinera dans chaque territoire. Une politique de cohésion axée sur les résultats a besoin d’indicateurs sociaux, parallèlement au PIB, intégrés au mécanisme de répartition des fonds, de manière à promouvoir une croissance inclusive. |
| 4.4. | Si les questions d’autonomie stratégique et de résilience, et la nécessité qui en découle de procéder à certains changements structurels, en matière tant de développement que de sécurité, concernent principalement l’échelon national, elles présentent dans le même temps une dimension régionale et locale qui ne saurait être ignorée par la future politique de cohésion. Celle-ci concerne à la fois des opérations stratégiques existantes ou futures situées dans un territoire donné, mais aussi un certain nombre de questions transversales (santé, coût de la vie, sécurité, jeunesse, égalité des sexes, capacité à assumer les conséquences de la migration légale et à résister à l’immigration clandestine). Le CESE recommande d’accorder à ces questions une attention appropriée, notamment à la coopération interrégionale transfrontalière, en particulier en cas de situation de crise et de risque, ainsi qu’à la consolidation de l’économie sociale de marché. La politique de cohésion de l’Union doit viser la résilience territoriale, économique et sociale de ses régions frontalières, et tenir compte notamment des difficultés que rencontrent les pays frontaliers. |
| 4.5. | Le CESE est bien conscient du fait que différents types de réformes peuvent présenter une forte dimension territoriale et nécessiter une adaptation au contexte régional et local. Les autorités infranationales sont les mieux à même de traiter les questions d’utilisation des sols et d’aménagement du territoire. La politique de cohésion constituant une approche territorialisée, sa mise en œuvre et son efficacité dépendent fortement du caractère sur mesure de sa réalisation sur le terrain. Simplifier les procédures administratives, renforcer les capacités des administrations régionales, associer les partenaires sociaux et la société civile, et enfin adapter les politiques aux besoins des régions, toutes ces démarches devront figurer au programme des futures réformes. |
| 4.6. | Le CESE estime qu’une politique de cohésion optimale permet, dans le cadre de règles uniformes et convenues d’un commun accord, d’élaborer des programmes qui tiennent compte tout particulièrement des besoins de développement très spécifiques du territoire concerné. C’est en cela que cette politique est unique et se distingue d’autres types de politique de développement. Il appartient au territoire ou aux pouvoirs publics responsables de son développement de formuler ces besoins de développement de façon fidèle et objective, de les transposer à l’échelle voulue en fonction des priorités et de les affecter aux instruments de la politique de cohésion. La définition des objectifs spécifiques doit être suffisamment large pour couvrir toute une série de besoins différents selon les territoires concernés. Toutefois, les régions devraient non seulement décrire ce qu’elles entendent soutenir, mais aussi ce qu’elles souhaitent réaliser, et soumettre ces éléments à une évaluation qualitative. |
| 4.7. | Le CESE estime que la politique de cohésion n’a pas la capacité de traiter les problèmes économiques, sociaux et environnementaux soulevés par les transitions climatique et numérique, raison pour laquelle des ressources financières supplémentaires sont nécessaires, compte tenu des enjeux territoriaux multilatéraux auxquels les régions sont confrontées. Les résultats de la politique de cohésion ont fait les frais des besoins de financement liés à différentes crises, sachant que la politique de cohésion n’est pas un instrument de crise et que des instruments spécifiques et adaptés seront donc nécessaires à l’avenir à cet égard. |
5. Observations particulières
| 5.1. | Le CESE est convaincu que la future politique de l’Union européenne en faveur de la compétitivité durable, de la résilience sociale et de la cohésion devrait être largement mise en œuvre dans le cadre d’un modèle de gouvernance partagée et à plusieurs niveaux, dans le respect du principe de partenariat. Centraliser le système de gestion des politiques au sein de l’Union constitue un risque pour la viabilité future du projet européen. |
| 5.2. | Mettre en place des systèmes de financement non liés aux coûts (FNLC), axés sur l’obtention de résultats plutôt que sur le recouvrement des coûts, pourrait en accroître l’efficience et l’efficacité. Toutefois, il est essentiel que le soutien au titre de la politique de cohésion ne se limite pas aux seuls FNLC. En outre, le recours accru aux options de coûts simplifiés, au financement non lié aux coûts et aux principes fonctionnels tirés de la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience devrait à brève échéance faire l’objet de discussions et d’évaluations approfondies à l’échelon tant national qu’européen. |
| 5.3. | Le CESE recommande vivement de simplifier radicalement le système de mise en œuvre. Simplifier ne signifie pas nécessairement réduire le nombre de programmes, mais surtout la quantité de règles et de procédures liées à leur fonctionnement. Dans le cadre de la future structure thématique de la politique de cohésion, le CESE estime que l’intégration de tous les projets d’un territoire donné (approche territoriale intégrée) doit devenir une pratique courante, car elle augmentera ainsi de manière synergique les avantages qui en découlent. |
| 5.4. | En ce qui concerne le renforcement des capacités administratives appropriées, le CESE est convaincu que la politique de cohésion rapproche un large éventail d’acteurs et de parties prenantes, ce qui favorise une mobilisation et une appropriation démocratiques. Toutefois, il convient d’améliorer son modèle de gouvernance, surtout si l’on veut mieux en cibler les mesures et lui appliquer des réformes. Les fonds d’assistance technique devraient également être consacrés à la société civile, en lui accordant un poids spécifique, compte tenu du rôle qu’elle joue dans les résultats de la politique de cohésion. Le processus de simplification devrait également prévoir le financement des organisations qui sont les principales parties prenantes aux niveaux national, régional et local, à côté des subventions, des instruments financiers et d’autres projets. |
| 5.5. | Le CESE estime qu’une réforme du code de conduite européen sur le partenariat, établissant des sanctions claires, est absolument nécessaire. La société civile devrait être associée à la programmation, à la mise en œuvre, à la gestion, au suivi et au contrôle des programmes opérationnels compris dans la politique de cohésion. Le principe de partenariat devrait être consolidé au service d’une politique de cohésion davantage axée sur les résultats et, à cet égard, la structure du comité de suivi devrait être modifiée afin de garantir une véritable approche participative, qui associe la société civile en lui accordant au moins 50 % du total des droits de vote. |
| 5.6. | Si l’on veut favoriser la compétitivité européenne, il est essentiel d’adopter une approche axée sur les résultats, de manière à soutenir l’innovation au sein des entreprises. Il convient d’envisager des stratégies de mise en œuvre permettant l’exécution de projets ambitieux et innovants, même lorsque ceux-ci comportent un risque d’échec. De tels projets pourraient avoir une incidence significative sur la transformation structurelle de notre économie. |
| 5.7. | La politique de cohésion devrait tenir compte de l’attrait que revêt le processus d’élargissement de l’Union européenne. L’élargissement de l’Union doit garantir un équilibre clair entre les besoins actuels et futurs en matière de développement. Des missions telles que Les villes neutres pour le climat et les Villes intelligentes devraient être utilisées pour permettre à la politique de cohésion d’obtenir des résultats qualitatifs à l’avenir. Il convient d’y ajouter d’autres missions liées aux aspects sociaux. Une politique de cohésion axée sur les résultats nécessite un contrôle accru des principes transversaux. Il convient d’envisager une réforme du principe de concurrence, étant donné que, dans certains domaines spécifiques tels que l’innovation, ce principe accroît les inégalités. Le principe de concurrence devrait à l’avenir garantir une concurrence loyale entre les régions, les organisations et les parties prenantes au cours des différents processus de sélection, en accordant une attention particulière à celles qui sont vulnérables. |
| 5.8. | Le CESE estime que plus de prudence serait de mise s’agissant de passer d’une approche axée sur les programmes à une approche fondée sur les politiques, compte tenu des possibles répercussions négatives de ce changement sur la flexibilité, la participation de la société civile, l’approche territorialisée et le principe de gestion partagée. Le principe de la gestion partagée doit être fortement consolidé, tout comme la capacité de la société civile à participer au processus de mise en œuvre. |
| 5.9. | La politique de cohésion devrait être assortie de conditions sociales transversales, dans une logique pleinement complémentaire de celle de la politique agricole commune, afin que les fonds publics ne contribuent pas à aggraver la pauvreté ou la précarité. Il convient d’accorder une plus grande attention aux investissements sociaux, qui sont des éléments structurels au service du développement territorial, à l’accès à des services publics de qualité, aux enjeux démographiques ou encore à l’amélioration de la qualité de vie. |
| 5.10. | Il faudra, si l’on veut atteindre les objectifs du traité, consolider la participation des acteurs locaux et garantir une participation régionale forte. Mettre en place une structure fondée sur une approche régionale, réduire les transferts de dotation qui s’opèrent au détriment des régions moins développées et y concentrer l’essentiel des investissements, en totale synergie avec la gouvernance à plusieurs niveaux, le principe de partenariat et la gestion partagée, toutes ces démarches sont essentielles pour que la politique devienne plus efficace et opérante. |
| 5.11. | Le CESE estime qu’il est possible d’adopter à la fois une réforme et une approche axée sur les programmes. À la lumière des leçons tirées de l’expérience de la FRR, il doit être tenu compte des difficultés que suscite une modification de la réforme, de la dynamique des besoins économiques et sociaux et du manque de transparence, de la participation de la société civile ainsi que, dans certains cas, du caractère arbitraire des réformes. La politique de cohésion prévoit déjà une condition favorisante, qui pourrait être étendue dans le cadre d’un instrument limité, axé sur des réformes. Seules doivent être envisagées les réformes qui sont susceptibles d’améliorer l’absorption et la gestion des fonds, et de contribuer à la réalisation des priorités de l’action menée en lien avec les fonds. Il faut se garder d’imposer arbitrairement des recommandations de réformes qui ne contribueraient pas à la réalisation de ces objectifs. |
Bruxelles, le 27 février 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Draghi, M., The future of European competitiveness — A competitiveness strategy for Europe, Bruxelles, septembre 2024; ces chiffres reposent sur une estimation de la Commission européenne qui sera certainement affinée très bientôt dans le cadre des priorités de la nouvelle Commission pour la période 2024-2029.
(2) Voir par exemple le 9e rapport sur la cohésion de la Commission européenne, DG REGIO, février 2024.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2018/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Documents similaires
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113683
30/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.120528
29/12/2025
Avis institutionnel — 52025AE2123R(01)
23/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113257
23/12/2025