Avis institutionnel52024AE4192

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 1026/2012 concernant certaines mesures aux fins de la conservation des stocks halieutiques en ce qui concerne les pays autorisant une pêche non durable [COM(2024) 407 final — 2024/0224(COD)]

CELEX52024AE4192
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 22 janvier 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve la proposition de révision du règlement (UE) n° 1026/2012, qui vise à renforcer l'efficacité des mesures commerciales restrictives contre les pays tiers autorisant une pêche non durable. L'avis soutient la clarification des critères de désignation des États concernés et l'amélioration des procédures décisionnelles, afin de garantir une application plus rapide et plus dissuasive des sanctions. Pour un professionnel du droit français, ce texte confirme l'orientation vers une politique de pêche européenne plus coercitive, en alignant les instruments de pression économique sur les objectifs de durabilité des stocks halieutiques.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/1191

21.3.2025

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 1026/2012 concernant certaines mesures aux fins de la conservation des stocks halieutiques en ce qui concerne les pays autorisant une pêche non durable

[COM(2024) 407 final — 2024/0224(COD)]

(C/2025/1191)

Rapporteur:

Javier GARAT PÉREZ

Conseiller

Daniel VOCES DE ONAÍNDI (pour le rapporteur)

Procédure législative

2024/0224(COD)

Consultation

Parlement européen, 7.10.2024

Conseil de l’Union européenne: 21.10.2024

Base juridique

Article 43, paragraphe 2, et article 207 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Documents de la Commission

COM(2024) 407 final

Résumé du document COM(2024) 407 final

Objectifs de développement durable (ODD) pertinents

ODD 2 – 12 – 14 – 17

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

16.12.2024

Adoption en session plénière

22.1.2025

Session plénière no

593

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

177/0/2

1. RECOMMANDATIONS

Le Comité économique et social européen (CESE):

1.1.

soutient fermement la proposition de la Commission européenne visant à modifier le règlement (UE) no 1026/2012 afin de renforcer les règles de lutte contre les pratiques de pêche non durables dans les pays tiers. Cette démarche est essentielle pour garantir la durabilité des stocks halieutiques partagés et protéger les intérêts de l’UE en matière de pêche;

1.2.

fait valoir que la portée du règlement révisé devrait dépasser la gestion des stocks dans l’Atlantique du Nord-Est et les interactions avec les pays côtiers septentrionaux, pour concerner également les eaux de la Méditerranée et les zones internationales, de manière à garantir que toutes les pratiques non durables, où qu’elles aient cours, soient combattues avec efficacité pour protéger les écosystèmes et les collectivités vivant de la pêche dans l’ensemble du domaine maritime;

1.3.

invite instamment le Conseil et le Parlement européen à faire du processus d’adoption de cette proposition une priorité et à en accélérer le cours, sachant que celle-ci prévoit des conditions plus explicites pour identifier les pays autorisant des pratiques de pêche non durables. Ainsi, elle permettra non seulement de gagner en transparence, mais aussi de faire en sorte que les pays tiers saisissent parfaitement les circonstances dans lesquelles leurs actions pourraient donner lieu à des sanctions de la part de l’Union;

1.4.

soutient le renforcement des outils dont dispose l’UE pour imposer des mesures restrictives, y compris des interdictions d’importation, selon des modalités équitables et non discriminatoires, conformément aux lignes directrices de l’Organisation mondiale du commerce. Ces mesures devraient être appliquées de manière globale et ainsi promouvoir des pratiques de pêche responsables aussi bien dans les eaux européennes que dans les eaux internationales, de façon à maintenir une égalité de traitement entre toutes les flottes;

1.5.

exhorte l’UE à renforcer son engagement en faveur d’une concurrence loyale, en veillant à ce que les opérateurs européens ne pâtissent pas injustement des mesures prises par des pays tiers. Les efforts visant à lutter contre la surpêche et à garantir une exploitation durable doivent être coordonnés avec les mesures prises dans le cadre du règlement relatif à la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, et venir les compléter. À cet égard, le CESE invite la Commission européenne à envisager de modifier l’article 1er, paragraphe 1, du règlement (UE) no 1026/2012 (1) pour y faire explicitement référence au règlement (CE) no 1005/2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Cette modification permettrait de garantir que les mesures adoptées en vertu du premier — et conformément à ce que dispose son article 5, paragraphe 2 — tiennent compte de celles qui sont déjà mises en œuvre au titre du second;

1.6.

demande à la Commission, conformément à la convention des Nations unies sur le droit de la mer et à l’accord aux fins de l’application des dispositions de ladite convention relatives à la conservation et à la gestion des stocks chevauchants et des stocks de poissons grands migrateurs, de renforcer la gestion de ces stocks et la coopération avec tous les pays dont les flottes les exploitent, de manière bilatérale ou dans le cadre des organisations régionales de gestion des pêches;

1.7.

souligne que la proposition de la Commission européenne intervient à un moment critique, qui voit les intérêts européens en matière de pêche toujours plus menacés par les actions agressives et unilatérales émanant de certains pays tiers, dont la Norvège. Le Comité préconise la recherche d’alliances stratégiques avec d’autres pays, comme l’Islande, pour renforcer la position de l’UE dans l’Atlantique du Nord-Est et garantir au marché européen un accès aux produits de la mer et un approvisionnement stable en la matière;

1.8.

regrette que l’Union européenne n’ait pas davantage tiré parti des négociations relatives au mécanisme financier de l’Espace économique européen pour la période 2021-2028 afin de faire pression sur les États côtiers voisins, tels que la Norvège, et de les inciter à respecter les normes internationales en matière de gestion de la pêche. Il apparaît dès lors indispensable de subordonner l’accès au marché de l’Union à une bonne gestion de la pêche et de mettre en œuvre de toute urgence des mesures de contrainte pour garantir le respect des normes susmentionnées;

1.9.

prie instamment la Commission européenne de faire usage sans délai des mécanismes que prévoit le règlement révisé afin de remédier aux pratiques déloyales et non durables auxquelles se livre la Norvège. La situation est particulièrement préoccupante en ce qui concerne la pêche au maquereau et au cabillaud dans l’Atlantique du Nord-Ouest;

1.10.

plaide vivement en faveur d’un processus de négociation avec les États côtiers qui soit plus inclusif et plus transparent, et garantisse que toutes les parties prenantes, en particulier le secteur de la pêche concerné, participent activement à la prise de décisions relative à la gestion de la pêche et à d’éventuelles sanctions;

1.11.

suggère de modifier l’article 6, paragraphe 1, du règlement (UE) no 1026/2012 pour exiger qu’au-delà du Parlement européen et du Conseil, les conseils consultatifs compétents soient aussi immédiatement informés lorsqu’un pays se voit notifier l’intention de la Commission de l’identifier comme un pays autorisant la pêche non durable.

2. NOTES EXPLICATIVES

Arguments à l’appui de la recommandation 1.1

2.1.

L’objectif de la proposition à l’examen est de rendre le règlement existant plus clair et de renforcer la sécurité juridique qu’il procure, dans le respect des obligations qui incombent à l’Union sur le plan international. Les pays tiers seront ainsi au fait des conditions précises dans lesquelles leurs pratiques de pêche risquent d’entraîner des sanctions de la part de l’Union.

2.2.

Étant donné que 70 % des poissons et fruits de mer consommés en Europe proviennent de pays tiers, il est d’autant plus urgent de mettre en œuvre des mesures de marché destinées à protéger le marché de l’UE contre les produits issus de la pêche non durable.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.5

2.3.

La modification proposée permettrait, dans un souci de plus grande cohérence entre les politiques de l’UE en matière de pêche, de mettre en adéquation les mesures adoptées au titre du règlement à l’examen avec les dispositions en vigueur qui visent à prévenir, décourager et éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.6

2.4.

L’UE devrait élaborer une stratégie globale couvrant tous les volets de ses relations avec la Norvège, en subordonnant explicitement l’accès au marché européen à une gestion durable et équitable de la pêche. Une telle stratégie devrait prévoir la création d’un groupe de travail permanent associant la direction générale «Affaires maritimes et pêche» et la direction générale du commerce, afin d’assurer au mieux la cohérence entre les considérations commerciales et la durabilité de la pêche.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.9

2.5.

Le CESE salue le «dialogue de haut niveau» proposé par la présidente von der Leyen au Premier ministre norvégien, dans le cadre des efforts diplomatiques déployés pour résoudre les problèmes découlant des décisions prises par son pays. Un dialogue, qui, malheureusement, n’a donné lieu qu’à un accord partiel sur la reconnaissance du quota de cabillaud pour les années à venir. Dans le même temps, la Norvège continue de méconnaître les droits de pêche historiques de l’UE dans l’Atlantique Nord-Est s’agissant de cette espèce et d’autres encore, dont le maquereau. Par conséquent, et même s’il est essentiel de poursuivre le dialogue, l’UE doit adopter sans délai des mesures coercitives afin de résoudre une situation qui n’a que trop duré.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.11

2.6.

L’amendement proposé vise à promouvoir le caractère inclusif et la transparence des processus décisionnels, en veillant à ce que les parties prenantes, en particulier celles qui sont directement touchées, puissent faire entendre leur point de vue.

3. AMENDEMENTS PROPOSÉS À LA PROPOSITION LÉGISLATIVE DE LA COMMISSION

Amendement 1

lié à la recommandation 1.3

Texte proposé par la Commission

Amendement du CESE

À l’article 3, le point b), i), est remplacé par le texte suivant:

À l’article 3, le point b), i), est remplacé par le texte suivant:

«i)

il n’adopte pas ou ne met pas en œuvre les mesures nécessaires de gestion de la pêche, y compris les mesures de contrôle visant à assurer la conservation et la gestion efficaces des stocks d’intérêt commun; soit».

«i)

il n’adopte pas ou ne met pas en œuvre les mesures nécessaires de gestion de la pêche, y compris les mesures liées au contrôle et au respect des dispositions visant à assurer la conservation et la gestion efficaces des stocks d’intérêt commun; soit».

Exposé des motifs

Si l’existence de systèmes de gestion adéquats est essentielle, la mise en œuvre et l’application des règles par les pays tiers et leurs flottes le sont tout autant.

Amendement 2

lié à la recommandation 1.7

Texte proposé par la Commission

Amendement du CESE

À l’article 2, le point i) suivant est ajouté:

À l’article 2, le point i) suivant est ajouté:

«(i)

“défaut de coopération”: le fait de ne pas agir de bonne foi et de ne pas s’engager dans des consultations constructives, dans le cadre desquelles des efforts importants sont déployés, en vue de parvenir à un accord sur l’adoption des mesures nécessaires de gestion de la pêche; parmi les exemples de défaut de coopération figurent, sans s’y limiter:»

«(i)

“défaut de coopération”: le fait de ne pas agir de bonne foi et de ne pas s’engager dans des consultations constructives, dans le cadre desquelles des efforts importants sont déployés, en vue de parvenir à un accord sur l’adoption des mesures nécessaires de gestion de la pêche; parmi les exemples de défaut de coopération figurent, sans s’y limiter:

[…]

[…]

(11)

l’imposition de mesures discriminatoires à l’encontre des flottes d’autres pays, celles du pays concerné se voyant exemptées, totalement ou partiellement, de leur application. ».

Exposé des motifs

La Norvège a mis en place des mesures d’ordre technique, telles que la limitation des prises accessoires d’églefin, qui ont une incidence disproportionnée sur les flottes de l’Union européenne, alors que ses propres navires jouissent de conditions plus souples. Parmi les autres exemples de pratiques discriminatoires, citons le fait que la Norvège autorise l’utilisation de culs de chalut dans ses eaux nationales, alors qu’elle en interdit l’usage dans la mer de Barents et les eaux internationales, cette disposition s’appliquant aux navires de l’UE.

Bruxelles, le 22 janvier 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) JO L 316 du 14.11.2012, p. 34.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1191/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)