Avis institutionnel52024AE4195

Avis du Comité économique et social européen — L’inclusion des personnes handicapées dans le contexte de l’essor des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle: perspectives, défis, risques et atouts (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise)

CELEX52024AE4195
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 26 mars 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen examine l'impact des nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle sur l'inclusion des personnes handicapées. Il identifie à la fois les opportunités (accessibilité, autonomie) et les risques (discrimination algorithmique, fracture numérique) que ces technologies présentent. Cet avis exploratoire, sollicité par la présidence polonaise, vise à formuler des recommandations pour garantir que l'essor technologique serve l'égalité des droits et la participation pleine et entière des personnes handicapées dans l'UE.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/2959

16.6.2025

Avis du Comité économique et social européen

L’inclusion des personnes handicapées dans le contexte de l’essor des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle: perspectives, défis, risques et atouts

(avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise)

(C/2025/2959)

Rapporteure:

Dovilė JUODKAITĖ

Conseiller

Álvaro Antonio COUCEIRO FARJAS (pour la rapporteure du groupe III)

Saisine par la présidence polonaise du Conseil de l’UE

Lettre du 6.9.2024

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

11.3.2025

Adoption en session plénière

26.3.2025

Session plénière no

595

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

150/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE estime qu’il est essentiel d’inclure des personnes handicapées tout au long du processus de conception, de développement, d’évaluation et de mise en œuvre des nouvelles technologies et des applications fondées sur l’intelligence artificielle. Cette participation est indispensable pour atténuer les risques de discrimination qu’elles pourraient entraîner.

1.2.

Le CESE invite les États membres et l’Union européenne à contrôler et à évaluer dans quelle mesure les applications d’intelligence artificielle sont inclusives dans des domaines critiques. Il convient de partager les pratiques positives qui améliorent le caractère inclusif des applications fondées sur l’intelligence artificielle au profit de groupes susceptibles d’être victimes de discrimination.

1.3.

Le CESE reconnaît les avancées apportées par le cadre juridique de l’Union européenne en ce qui concerne la protection des personnes handicapées contre les systèmes d’intelligence artificielle inacceptables et à haut risque, la protection des informations sensibles à caractère personnel ainsi que l’interdiction des programmes d’intelligence artificielle consistant en des pratiques de manipulation. Néanmoins, il estime qu’un suivi supplémentaire est indispensable pour analyser dans quelle mesure il pourrait être nécessaire, en particulier dans le domaine de l’emploi et du recrutement, de protéger les personnes handicapées contre l’application préjudiciable de systèmes présentant des risques prétendument limités.

1.4.

Le CESE souligne qu’il importe de garantir l’accessibilité générale des services et des biens qui appliquent les nouvelles technologies et les solutions fondées sur l’intelligence artificielle, conformément à la directive (UE) 2019/882 du Parlement européen et du Conseil (1), à la directive (UE) 2016/2102 du Parlement européen et du Conseil (2) et aux normes connexes en matière d’accessibilité.

1.5.

Le CESE est d’avis que les États membres doivent veiller à ce que les possibilités offertes par les récentes évolutions technologiques et applications d’intelligence artificielle soient transposées par les employeurs en des améliorations de l’accessibilité et en aménagements raisonnables pour les travailleurs handicapés, et que la Commission européenne doit encourager cette démarche. S’il convient de promouvoir la transition vers de nouveaux outils numériques, les nouvelles solutions ne doivent pas se substituer de manière forcée aux technologies d’assistance existantes qui donnent des résultats positifs.

1.6.

Le CESE recommande d’augmenter les dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement de solutions fondées sur l’intelligence artificielle en matière d’accessibilité et d’assistance technologique, et d’améliorer les connaissances du public sur ces progrès technologiques, ainsi que les aides publiques existantes en faveur de l’acquisition de ces connaissances et de formations pour tous les utilisateurs.

1.7.

Le CESE invite instamment les États membres à mettre en application et à renforcer les programmes existants en matière d’acquisition de compétences numériques pour les personnes handicapées, afin d’améliorer leur situation et leurs qualifications actuelles dans ces domaines, tout en œuvrant à accroître l’inclusion de ces personnes au sein de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle dans les secteurs technologiques. La Commission et les États membres de l’Union doivent collecter des données à l’échelle de l’UE pour analyser ces taux et les écarts concernant les personnes handicapées.

1.8.

Le CESE souligne la nécessité de promouvoir des aménagements raisonnables pour les salariés handicapés sur le lieu de travail, y compris dans les processus de recrutement du secteur public comme privé, dans la formation générale et la formation professionnelle, ainsi que dans l’enseignement supérieur, compte tenu des obstacles actuels qui expliquent le très faible taux d’éducation supérieure des personnes handicapées. Il y a lieu que les outils de recrutement fondés sur les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle évitent les situations discriminatoires potentielles et qu’ils soient accessibles, ou qu’ils comportent des solutions de remplacement accessibles.

2. Éléments de contexte

2.1.

Le 6 septembre 2024, dans la perspective du prochain exercice de la présidence du Conseil de l’UE par la République de Pologne, le ministre polonais chargé des affaires européennes a demandé au Comité économique et social européen (CESE) d’élaborer un avis intitulé «L’inclusion des personnes handicapées dans le contexte de l’essor des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle: perspectives, défis, risques et atouts».

2.2.

Cet avis exploratoire expose, sous forme de synthèse, des aspects relatifs à la situation actuelle et à l’incidence que pourraient avoir les avancées technologiques et l’intelligence artificielle sur l’emploi des personnes handicapées dans l’Union européenne. Il répond aux questions formulées par la présidence concernant les risques de discrimination auxquels sont exposées les personnes handicapées du fait de l’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle ou d’autres nouvelles technologies sur le marché du travail.

3. Observations générales

3.1.

En son article 27, la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH), ratifiée tant par l’UE en 2011 (3) que par chacun des États membres, reconnaît aux personnes handicapées le droit au travail sur la base de l’égalité avec les autres. Elle définit les exigences à remplir pour concrétiser ce droit, qui consistent notamment à garantir un accès à la formation et à prévoir que des aménagements raisonnables soient apportés aux lieux de travail, ainsi qu’à éliminer tout obstacle susceptible d’empêcher les personnes handicapées de participer pleinement à tous les aspects de la vie, y compris les entraves rencontrées dans les systèmes et technologies de l’information et de la communication (4).

3.2.

Les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle offrent de nouvelles possibilités aux personnes handicapées en matière d’éducation, d’emploi et de participation à la société. Toutefois, encore faut-il que les solutions mises au point soient accessibles et que les personnes handicapées soient prises en considération lors de leur élaboration. À cet égard, l’acte législatif sur l’accessibilité (5) jette les bases des exigences minimales en matière d’accessibilité, réaffirmant la nécessité de rendre plus accessibles les technologies disponibles et futures, y compris l’intelligence artificielle. Le règlement sur l’intelligence artificielle (6) reconnaît ce prérequis comme une priorité, estimant qu’il est essentiel que les fournisseurs respectent pleinement les exigences en matière d’accessibilité. Il conviendrait d’étudier comment élaborer des normes d’accessibilité spécifiques pour les technologies de l’intelligence artificielle (7).

3.3.

En 2022, la Commission européenne a lancé le train de mesures en faveur de l’emploi des personnes handicapées afin de faire progresser la mise en œuvre des mesures destinées à satisfaire aux dispositions de la CNUDPH sur le territoire de l’Union, conformément à sa stratégie concernant les droits des personnes handicapées pour la période 2021-2030 (8).

3.4.

Malgré ces efforts, à l’échelle de l’Union, seules 50,8 % des personnes handicapées exercent un emploi, contre 74,8 % des personnes non handicapées, et parmi les personnes handicapées, seulement 20 % des femmes et 29 % des hommes travaillent à temps plein (9). En moyenne, dans l’Union, les personnes handicapées qui travaillent gagnent 17,76 % de moins par an que les personnes non handicapées, ce qui équivaut à 3 200 SPA (10). De toute évidence, l’UE et ses États membres doivent améliorer l’inclusion des personnes handicapées sur le marché du travail, en mettant l’accent sur les aides publiques, l’éducation et la formation, l’accessibilité et les aménagements raisonnables, ainsi que sur la nécessité d’éradiquer les attitudes discriminatoires.

3.5.

Si le fossé numérique n’est pas comblé, les personnes handicapées risquent de subir une exclusion socio-économique encore plus marquée, du fait de l’insuffisance de leurs compétences numériques et de la numérisation du marché du travail, auxquelles s’ajoute le remplacement des métiers à faible valeur ajoutée par des solutions fondées sur l’intelligence artificielle.

3.5.1.

D’une manière générale, le passage au numérique et les nouvelles technologies aident à résoudre les problèmes d’employabilité et améliorent les processus de travail, mais dans le même temps, ils font émerger de nouveaux enjeux et des risques potentiels lorsqu’ils ne prennent pas en compte la situation propre à chaque personne qui pourrait en subir les conséquences.

3.5.2.

En premier lieu, il faut signaler l’important fossé à combler quant à l’utilisation de ces technologies sur le marché de l’emploi. En effet, alors que sur le marché du travail actuel, environ 92 % des postes requièrent des compétences numériques, et bien que l’Union et ses États membres aient intensifié leurs efforts visant à généraliser la numérisation, les personnes handicapées présentent généralement une habileté numérique moindre, sont moins bien formées dans ce domaine, et ont un accès plus limité à une connexion internet ainsi qu’aux outils technologiques (11). Les processus de numérisation doivent être inclusifs, pour éviter l’éviction des groupes vulnérables, comme indiqué dans un avis précédent (12).

3.5.3.

Aujourd’hui, dans l’Union, le taux de diplômés de l’enseignement supérieur n’atteint que 18 % parmi les personnes handicapées, contre 39 % dans la population générale (13). Si l’on ajoute à cela leur faible niveau de compétences numériques, on comprend que leurs perspectives d’insertion professionnelle et sociale ne sont pas des plus favorables, d’autant que ces compétences favorisent aussi l’intégration dans le secteur éducatif et la participation à des activités culturelles, sociales et de loisirs (14).

3.5.4.

Les tendances observées sur le marché du travail montrent que les nouvelles technologies viennent se substituer aux métiers moins qualifiés, et actuellement, des personnes en poste dans ces domaines perdent déjà leur emploi. À l’échelle mondiale, 2,3 % des postes risquent de disparaître en raison des technologies automatisées (15). Cette évolution pénalise particulièrement les femmes et les personnes handicapées, qui travaillent habituellement dans des secteurs à faible valeur ajoutée en raison des lacunes susmentionnées en matière de compétences et d’habileté numérique. Les processus de numérisation qui sont en cours dans les domaines de l’éducation et de la formation risquent d’y aggraver les niveaux d’inclusion déjà faibles et pourraient réduire encore le potentiel d’employabilité et les possibilités d’intégration sociale qui en découlent.

3.5.5.

Il est donc essentiel que l’Union et ses États membres intensifient le financement visant à améliorer les compétences numériques des personnes handicapées, en veillant à ce qu’elles puissent accéder aux outils dont elles ont besoin. S’il peut être intéressant d’utiliser les outils pédagogiques axés sur les compétences numériques et fondés sur l’intelligence artificielle, comme les plateformes d’apprentissage en ligne et les technologies d’apprentissage adaptatifs, en y voyant des solutions accessibles et financièrement abordables pour assurer l’éducation des personnes handicapées qui sont tenues à l’écart de l’enseignement ordinaire, ces outils ne doivent pas pour autant freiner les efforts déployés pour promouvoir une éducation inclusive.

3.5.6.

À cet égard, les États membres doivent accroître leurs investissements destinés à améliorer l’inclusion des personnes handicapées dans l’éducation et la formation. Les faibles taux actuels d’éducation et de formation, à tous les niveaux, constituent le principal obstacle à l’insertion professionnelle ultérieure.

3.6.

L’intelligence artificielle ouvre des perspectives pour améliorer l’accessibilité et les moyens d’assistance technologique. Toutefois, même s’il convient de promouvoir la transition vers de nouveaux outils numériques conviviaux, ces solutions ne doivent pas se substituer de manière forcée aux technologies d’assistance existantes et bien acceptées, et il convient de garantir l’interopérabilité de ces systèmes.

3.6.1.

L’intelligence artificielle offre également de nouvelles possibilités pour simplifier les procédures qui ont trait au travail, ainsi que la structure des emplois actuels, à condition de les envisager selon une approche dite de «conception universelle». Ces progrès, conjugués à la mise au point d’adaptations axées sur l’accessibilité et fondées sur l’intelligence artificielle, sont de nature à faciliter l’inclusion des personnes handicapées sur le marché du travail ainsi que leur vie en autonomie. Les programmes faisant appel à l’intelligence artificielle rendent possible l’adaptation des technologies d’assistance à différents contextes et handicaps, alors que les dispositifs d’assistance déjà disponibles ne sont généralement destinés qu’à un seul usage (16). À titre d’exemples, un rédacteur à mobilité réduite pourra tirer parti des technologies de transcription de la parole en texte, et les logiciels de lecture d’écran soutenus par l’intelligence artificielle peuvent améliorer le formatage des documents rédigés par des personnes malvoyantes.

3.6.2.

Les concepteurs de technologies fondées sur l’intelligence artificielle devraient, aux fins d’améliorer l’accessibilité, veiller à faire participer et consulter véritablement les personnes handicapées tout au long du processus. De même, dans un lieu de travail donné, il conviendrait de faciliter le déploiement de technologies fondées sur l’intelligence artificielle en associant les travailleurs handicapés au moyen d’un dialogue social général et équitable. Il convient par ailleurs d’assurer un échange de bonnes pratiques en matière de solutions d’inclusion fondées sur l’intelligence artificielle entre les États membres de l’Union.

3.6.3.

Dans le même temps, même s’il peut être positif de soutenir la transition vers de nouveaux outils numériques, et si de nouvelles technologies et des systèmes d’intelligence artificielle peuvent être mis en œuvre pour améliorer l’accessibilité et les aménagements raisonnables, les entreprises et les employeurs ne doivent pas imposer ces solutions en remplacement de technologies existantes et opérationnelles qui sont couramment utilisées et bien acceptées par les personnes handicapées. En outre, il convient de prêter attention à l’interopérabilité entre les nouvelles solutions fondées sur l’intelligence artificielle et le matériel et les dispositifs technologiques d’assistance existants — par exemple les logiciels de lecture d’écran soutenus par l’intelligence artificielle, ou les transcriptions manuelles de matériaux sonores en texte assistées par l’intelligence artificielle —, afin de s’assurer qu’elles peuvent être adoptées par les personnes handicapées (17).

3.7.

Les outils de recrutement et d’évaluation des performances professionnelles faisant appel à l’intelligence artificielle peuvent se révéler discriminatoires s’ils font abstraction des enjeux spécifiques et des obstacles en matière d’éducation et d’emploi auxquels les personnes handicapées sont généralement confrontées. Il y a lieu de renforcer la mise en œuvre d’aménagements raisonnables en faveur de ces personnes.

3.7.1.

Si elle apporte une réponse à des problèmes actuels, l’intelligence artificielle présente également des risques et des difficultés. C’est en tenant compte de ce préjudice potentiel que le règlement sur l’intelligence artificielle reconnaît le risque de discrimination à l’égard des personnes handicapées. Ce règlement fait valoir que l’identification biométrique peut conduire à des résultats biaisés et que les systèmes d’intelligence artificielle peuvent exploiter les vulnérabilités d’une personne et compromettre son autonomie. Il met également en évidence les risques que comporte le recours à l’intelligence artificielle dans les processus de recrutement et pour le suivi des performances, étant donné que son utilisation peut perpétuer les discriminations et porter atteinte aux droits fondamentaux à la protection des données et à la vie privée. De telles applications des nouvelles technologies sont considérées comme présentant un risque élevé pour les droits et les libertés des personnes concernées.

3.7.2.

On peut aussi voir apparaître un danger particulier chaque fois que des outils d’intelligence artificielle sont utilisés pour analyser des bases de données de CV en vue de fluidifier les processus de recrutement, dans tous les cas où ces outils ne tiennent pas compte des problèmes particuliers auxquels les personnes handicapées sont confrontées au sein du système éducatif et au cours de leur carrière. Dans un système automatisé, les intéressés pourraient se voir pénalisés par des interruptions de carrière liées à une adaptation ou à une réadaptation, par des périodes de formation et d’éducation prolongées pour des motifs liés au handicap ou par le fait d’avoir fréquenté des établissements d’enseignement spécialisés. De tels systèmes doivent s’accompagner d’une analyse ou d’une supervision des outils d’intelligence artificielle réalisées par l’humain, qui tiennent compte de la dimension du handicap pour éviter tout risque de discrimination.

3.7.3.

Un autre risque réside dans la mise en œuvre éventuelle de processus de recrutement numériques qui fassent appel à des outils non accessibles, sans tenir compte des besoins en aménagements raisonnables. La mise en œuvre forcée de processus de recrutement fondés sur les nouvelles technologies est également susceptible d’entraver la participation des candidats handicapés, à moins que ne soient proposées d’autres options accessibles.

3.7.4.

Dans l’ensemble, les aménagements raisonnables sur le lieu de travail ne sont pas couramment appliqués au sein des entreprises européennes, par méconnaissance de leur importance et de leur caractère obligatoire pour les employeurs, mais aussi en raison de préjugés concernant leur coût et leur complexité et de l’ignorance du soutien public qui existe pour les mettre en place. En effet, près de 70 % des employeurs européens ne disposent pas de lignes directrices en matière de ressources humaines concernant les aménagements raisonnables, notamment dans les processus de recrutement, et ils sont 76 % à ignorer que des politiques ou des programmes publics sont prévus pour soutenir leur mise en œuvre sur le lieu de travail (18). Aussi ne suffit-il pas d’élaborer de nouvelles politiques publiques pour faire progresser les aménagements raisonnables, encore convient-il de correctement faire connaître et appliquer celles qui sont déjà en place.

3.7.5.

Dans le cadre du train de mesures sur l’emploi des personnes handicapées, la Commission européenne a récemment publié des recommandations et des lignes directrices concernant les aménagements raisonnables sur le lieu de travail (19). Ces principes sont destinés à guider les autorités publiques en tant qu’employeurs et à être diffusés par les États membres. Le document mentionne notamment, comme exemple de bonne pratique susceptible d’être reproduite par d’autres employeurs, la mise à disposition de technologies d’assistance et autres solutions fondées sur les nouvelles technologies.

3.8.

Il est essentiel d’associer les personnes handicapées à la conception d’algorithmes d’intelligence artificielle et de nouvelles technologies, et de tenir compte de la dimension du handicap dans ce contexte.

3.8.1.

Il est impératif que l’UE et ses États membres, ainsi que les partenaires sociaux, saisissent mieux la nécessité de prendre en compte la dimension du handicap lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les nouvelles technologies et les procédures fondées sur l’intelligence artificielle dans le marché du travail. Il convient de bien cerner les implications de tel ou tel choix pour les personnes handicapées dès la première phase de conception des algorithmes d’intelligence artificielle, et de continuer à en tenir compte dans le développement ultérieur de solutions par les entreprises, puis dans l’évaluation de leur mise en œuvre.

3.8.2.

Pour pouvoir intégrer la dimension du handicap tout au long du processus de développement et d’évaluation des systèmes d’intelligence artificielle, les concepteurs de solutions numériques devraient systématiquement consulter des organismes représentant les personnes handicapées et recruter des personnes handicapées pour exercer des tâches spécifiques d’évaluation et de consultation. La Commission et les États membres doivent veiller à la bonne marche de ce processus et promouvoir des programmes publics visant à améliorer l’inclusion des personnes handicapées dans ces domaines.

3.8.3.

Les États membres doivent par ailleurs faire en sorte que les universités prévoient une formation sur l’accessibilité et la conception inclusive dans les programmes d’études en informatique, ainsi que dans d’autres cursus d’ingénierie, en les soutenant au moyen de fonds nationaux et de l’Union, car cet enseignement permettrait de renforcer, dès les premiers stades de conception, la pertinence des solutions spécialisées et l’accessibilité de l’intelligence artificielle grand public.

3.9.

L’intelligence artificielle comporte des risques spécifiques de discrimination envers les personnes handicapées dans les secteurs de la banque et de l’assurance.

3.9.1.

La banque et l’assurance constituent deux secteurs dans lesquels l’application de différents modèles d’intelligence artificielle pour analyser les données de personnes comporte des risques évidents de discrimination, étant donné l’irrégularité des profils de revenus ou les écarts en matière d’emploi qui caractérisent les personnes handicapées, entre autres facteurs. L’intelligence artificielle est utilisée pour l’analyse d’informations personnelles en vue de proposer des services, tarifs ou couvertures spécifiques. L’utilisation d’outils automatisés pour approuver ou refuser des services, ainsi que pour simplifier, accélérer ou affiner l’offre de produits peut donc comporter des risques d’ordre discriminatoire ou en matière de protection des données à caractère personnel.

3.9.2.

Le règlement sur l’intelligence artificielle souligne que les systèmes d’intelligence artificielle destinés à l’évaluation des risques ainsi que la tarification en matière d’assurance-maladie et d’assurance-vie sont considérés comme étant à haut risque, car ils peuvent porter atteinte aux droits fondamentaux de certaines personnes et entraîner de graves conséquences pour leur vie et leur santé, y compris l’exclusion financière et la discrimination, si ces outils ne sont pas dûment conçus, développés et utilisés. Le règlement prévoit par conséquent que les entités privées des secteurs de la banque et de l’assurance qui déploient des technologies d’intelligence artificielle relevant de la catégorie à haut risque soient tenues de procéder à des analyses d’impact concernant les droits fondamentaux avant de mettre ces systèmes en service.

3.9.3.

Les États membres doivent renforcer les programmes publics et les mesures d’incitation visant à accroître l’accès des personnes handicapées aux services financiers dans l’Union, en se penchant à la fois sur l’accessibilité physique et celle en matière d’information et de communication, et sur la prévention de la discrimination. La formation financière des personnes handicapées, de même que la formation du personnel des institutions financières pour le sensibiliser aux questions de handicap, peuvent également contribuer à réduire les obstacles (20).

Bruxelles, le 26 mars 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Directive (UE) 2019/882 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services (JO L 151 du 7.6.2019, p. 70, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2019/882/oj).

(2) Directive (UE) 2016/2102 du Parlement Européen et du Conseil du 26 octobre 2016 relative à l'accessibilité des sites internet et des applications mobiles des organismes du secteur public (JO L 327 du 2.12.2016, p. 1, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2016/2102/oj).

(3) Communiqué de presse de Mme Reding, vice-présidente de la Commission européenne, « L’Union européenne ratifie la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées », 5 janvier 2011.

(4) Nations unies, 2006, «Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées», Recueil des Traités, volume 2515, p. 3.

(5) Directive (UE) 2019/882 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services (JO L 151 du 7.6.2019, p. 70, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2019/882/oj).

(6) Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle et modifiant les règlements (CE) no 300/2008, (UE) no 167/2013, (UE) no 168/2013, (UE) 2018/858, (UE) 2018/1139 et (UE) 2019/2144 et les directives 2014/90/UE, (UE) 2016/797 et (UE) 2020/1828 (règlement sur l’intelligence artificielle) (JO L, 2024/1689, 12.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj).

(7) À cet égard, l’Union européenne pourrait s’inspirer du guide technique du gouvernement du Canada relatif à des «Systèmes d’intelligence artificielle accessibles et équitables»: https://accessibilite.canada.ca/centre-expertise/technologies-information-communications/guide-technique-systemes-intelligence-artificielle-accessibles.

(8) Commission européenne, 2021, «Union de l’égalité: Stratégie relative aux droits des personnes handicapées 2021-2030».

(9) Hammersley, H. et Buchanan, J., 2023, «The Right to Work: The Employment Situation of Persons with Disabilities in Europe», Forum européen des personnes handicapées, p. 35. Version accessible du rapport disponible à l’adresse suivante (en anglais uniquement): https://www.edf-feph.org/content/uploads/2023/05/hr7_2023_press-accessible.pdf.

(10) Le standard de pouvoir d’achat (SPA) est une unité monétaire artificielle qui prend en compte les différences entre les niveaux de prix des États membres. Commission européenne (2021). «Union de l’égalité: Stratégie relative aux droits des personnes handicapées 2021-2030».

(11) Lulli, R., Sinicato, F., et Couceiro, A., 2024, «Digital Skills, Accommodation and Technological Assistance for Employment: Supporting the inclusion of persons with disabilities in the open labour market», Pp. p. 26 et 27.

(12) JO C 374 du 16.9.2021, p. 11.

(13) Eurostat, 2022, Combien de citoyens possédaient des compétences numériques de base en 2021?, https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-eurostat-news/-/ddn-20220330-1.

(14) UNESCO, 2014, «Role of ICTs for Persons with Disabilities» (Le rôle des TIC pour les personnes handicapées), note de synthèse de la conférence internationale tenue à New Delhi (Inde) du 24 au 26 novembre 2014, https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000229818.

(15) CESE et OIT, 2025. Conférence intitulée «Justice sociale à l’ère numérique: l’impact de l’IA sur le marché du travail — Une contribution à la Coalition mondiale pour la justice sociale», Bruxelles, Belgique, https://www.eesc.europa.eu/fr/agenda/our-events/events/justice-sociale-lere-numerique.

(16) Touzet, C., 2023, « Using AI to support people with disability in the labour market: Opportunities and challenges », Documents de travail de l’OCDE sur l’intelligence artificielle, no 7, Éditions OCDE, Paris.

(17) JO C 374 du 16.9.2021, p. 11.

(18) Commission européenne, 2021, «Union de l’égalité: Stratégie relative aux droits des personnes handicapées 2021-2030».

(19) Commission européenne, Direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion, 2024, «Aménagements raisonnables sur le lieu de travail: lignes directrices et bonnes pratiques», Office des publications de l’Union européenne, https://data.europa.eu/doi/10.2767/18.

(20) Alliance pour l’inclusion financière (AFI), 2023, «Financial Inclusion for Persons With Disabilities. Insights from AFI Members’ Strategies and Policies», rapport spécial, https://www.afi-global.org/publication/financial-inclusion-for-persons-with-disabilities/.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2959/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)