Initiative législative52024IE1961

Avis du Comité économique et social européen — Évaluation des rapports annuels de la Commission européenne sur l’état de droit dans l’Union européenne (avis d’initiative)

CELEX52024IE1961
TypeInitiative législative
Datemercredi 22 janvier 2025

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité économique et social européen (CESE) propose une évaluation critique des rapports annuels de la Commission sur l'état de droit. Il vise à renforcer la méthodologie de ces rapports en intégrant une dimension sociale et économique plus poussée, et en améliorant le suivi des recommandations par pays. Pour un professionnel du droit français, ce texte souligne l'importance d'une approche plus participative et concrète du contrôle de l'état de droit, au-delà des seuls aspects institutionnels.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/1184

21.3.2025

Avis du Comité économique et social européen

«Évaluation des rapports annuels de la Commission européenne sur l’état de droit dans l’Union européenne»

(avis d’initiative)

(C/2025/1184)

Rapporteure:

Ozlem YILDIRIM

Corapporteur:

Christian MOOS

Conseillers

Viktor Zoltan KAZAI (pour la rapporteure du groupe II)

Julian PLOTTKA (pour le corapporteur du groupe III)

Décision de l’assemblée plénière

18.1.2024

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

17.12.2024

Adoption en session plénière

22.1.2025

Session plénière no

593

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

215/4/12

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) fait valoir toute l’importance de défendre les valeurs consacrées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne (TUE), telles que l’état de droit, la démocratie et les droits fondamentaux. Il observe, avec une inquiétude croissante, la détérioration continue des droits de l’homme, la montée de l’autoritarisme et les fréquentes violations systémiques de l’état de droit et de la démocratie au sein des États membres.

1.2.

Le CESE approuve de longue date la mise au point d’instruments de l’Union, tels que le rapport annuel sur l’état de droit, afin de contrôler et d’améliorer le respect de l’état de droit dans l’ensemble des États membres. Il se félicite de manière générale de ces rapports annuels de la Commission sur l’état de droit et il prend acte des progrès accomplis en la matière, qu’il s’agisse d’introduire des recommandations par pays pour aider les États membres à faire avancer leurs réformes ou d’inclure des chapitres supplémentaires portant sur les pays candidats à l’adhésion (1). Toutefois, le CESE relève également qu’il persiste certaines lacunes dans le cycle annuel relatif à l’état de droit et qu’il est nécessaire d’y apporter de nouvelles améliorations.

1.3.

Le CESE constate notamment les déficiences que présente le dialogue de la Commission avec des acteurs indépendants et non étatiques au cours du processus d’établissement des rapports et il relève la nécessité d’adopter des approches plus inclusives, plus transparentes et plus conviviales. Pour la Commission, il serait indiqué d’assurer une association significative de la société civile aussi bien à l’élaboration du rapport qu’aux étapes de son suivi à l’échelon national afin de garantir une participation active des parties prenantes et de conforter l’obligation de rendre des comptes. Dans cette entreprise, le CESE est bien placé pour prêter son concours à la nouvelle Commission, grâce à ses atouts pour faciliter un débat structuré entre les institutions de l’Union et les représentants des organisations de travailleurs et d’employeurs et d’autres groupes d’intérêt.

1.4.

Le CESE regrette que les analyses de la Commission aient échoué à mettre en évidence les manœuvres délibérées visant à saper l’état de droit dans certains États membres car elles peinent à saisir les motivations des acteurs politiques et le contexte dans lequel s’inscrivent les évolutions examinées. Pour remédier à cette lacune, il recommande à la Commission d’adopter une approche analytique plus nuancée et pour ce faire, d’associer des experts indépendants, d’effectuer des visites sur le terrain et d’employer des termes plus directs dans son évaluation. Grâce à ses liens avec la société civile, le CESE est bien placé pour offrir un cadre institutionnel en vue de procéder à une telle analyse approfondie, comme en témoignent les travaux de son groupe ad hoc sur les droits fondamentaux et l’état de droit (DFED).

1.5.

Le CESE met en relief le rôle capital des organisations de la société civile (OSC) et les défenseurs des droits de l’homme pour faire respecter la démocratie et les droits fondamentaux et il condamne toute forme d’attaque qui met en péril leurs possibilités d’œuvrer avec sérénité et efficacité. Il recommande d’étoffer le chapitre du rapport annuel sur l’état de droit consacré aux OSC afin de fournir une évaluation complète fondée sur des critères de référence objectifs et sur un dialogue transparent avec les acteurs de la société civile. En outre, il convient de considérer les violations des droits des femmes, des enfants, des minorités ethniques et des personnes LGBTIQ+ comme des indicateurs révélateurs de mesures plus répressives et de conflits à venir.

1.6.

Le CESE considère que les recommandations par pays formulées dans le rapport annuel sur l’état de droit pèchent souvent par leur absence de précision et de détail et il recommande par conséquent à la Commission d’élaborer des recommandations plus circonstanciées et mesurables, assorties de critères de référence, d’indicateurs et de délais bien définis. Il demande de faire le point de manière plus poussée sur le suivi de la mise en œuvre de ces recommandations, et de prévoir également une présentation transparente qui désigne notamment les États membres qui n’ont pas respecté les critères de référence et les délais.

1.7.

Le CESE souligne qu’il importe d’user de tous les outils à la disposition de l’Union pour répondre aux violations systématiques de l’état de droit et il invite instamment la Commission à conférer au rapport annuel sur l’état de droit un rôle plus éminent pour déclencher d’autres mécanismes de protection de l’état de droit, en particulier lorsque les recommandations par pays ne sont pas mises en œuvre.

1.8.

Le CESE relève l’inefficacité de l’approche de la Commission pour assurer la publicité de son rapport annuel sur l’état de droit, en raison de son langage technique, du calendrier de sa publication et du nombre insuffisant d’événements à cette fin. Il recommande par conséquent à la Commission d’employer un langage plus simple dans ses rapports pour permettre au grand public et aux journalistes d’y accéder plus aisément, d’associer plus activement les OSC et les institutions nationales de défense des droits de l’homme à l’organisation de manifestations pour faire connaître ses rapports sur l’état de droit et de présenter une stratégie de communication globale pour sensibiliser aux droits fondamentaux et à l’état de droit.

1.9.

Le CESE a plaidé à plusieurs reprises depuis 2016 pour la mise en place d’un forum ou d’une plateforme de la société civile organisée. Il prend donc acte avec intérêt de l’intention de la présidente de la Commission de mettre sur pied une telle plateforme, comme elle l’a indiqué dans sa lettre de mission adressée au commissaire désigné chargé de la démocratie, de la justice et de l’état de droit, où elle lui demande d’«intensifier le dialogue avec la société civile sur la démocratie, l’état de droit et les questions connexes» et de créer à cet effet une «plateforme de la société civile pour soutenir un dialogue civil plus systématique et œuvrer à renforcer la protection de la société civile, des militants et des défenseurs des droits de l’homme dans leurs travaux».

1.10.

À titre de préalable, il convient de poser qu’un dialogue qualitatif est loin de se résumer à une simple consultation. Le CESE doit participer à la gouvernance de toute plateforme de cette sorte, dont il doit constituer un élément central en sa qualité d’organe consultatif chargé par le traité de faire valoir les points de vue des associations d’entreprises, des syndicats et de la société civile organisée. Le Comité peut constituer le canal idéal pour faire entendre les thèses de la société civile organisée en matière de démocratie et d’état de droit.

2. Observations générales

2.1. Rapport annuel de la Commission sur l’état de droit

2.1.1.

Le CESE souligne que les valeurs consacrées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne (TUE), à savoir notamment l’état de droit, la démocratie et les droits, libertés et principes énoncés dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, constituent la base de l’Union. Celle-ci ne peut respecter ces valeurs que si l’ensemble de ses États membres satisfont aux exigences en la matière.

2.1.2.

Lorsqu’en 2016, le CESE avait, le premier, proposé de créer un mécanisme européen de contrôle de l’état de droit et des droits fondamentaux, il s’inquiétait «de la détérioration de la situation relative aux droits de l’homme et de la dérive populiste et autoritaire qui gagne du terrain, ainsi que du risque que cette situation fait peser sur la qualité de la démocratie et la sauvegarde des droits fondamentaux[...]» (2). Dans le droit fil de cet avis, le groupe du CESE sur les droits fondamentaux et l’état de droit a commencé en 2018 à effectuer des visites dans les États membres afin de faire entendre la voix d’OSC nationales sur les questions liées à l’état de droit et aux droits fondamentaux dans leur pays (3). Depuis lors, la situation dans la plupart des États membres n’a guère évolué ou s’est même détériorée, et il est à présent manifeste que les violations systémiques de l’état de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux, y compris la dégradation du cadre institutionnel qui les garantit, constituent un phénomène répandu (4).

2.1.3.

Ces dernières années, un certain nombre d’outils ont été mis au point pour garantir le respect de l’état de droit dans l’ensemble des États membres. Le CESE a fermement soutenu la conception et l’amélioration de tels outils, connus sous le nom de «panoplie d’outils en matière d’état de droit», à l’instar entre autres du rapport annuel sur l’état de droit (5) ou du mécanisme de conditionnalité liée à l’état de droit (6), et il a demandé à l’Union de les combiner de manière stratégique afin de pouvoir mettre un terme aux dégradations des droits fondamentaux et de l’état de droit, ainsi que de faire davantage respecter ceux-ci partout sur son territoire.

2.1.4.

Le CESE constate avec satisfaction que le rapport annuel sur l’état de droit est devenu une pierre angulaire de la panoplie de l’Union en la matière et une référence pour les travaux des institutions, organes et agences de l’Union sur les questions y relatives. Le CESE félicite la Commission d’avoir systématiquement présenté des rapports de haute qualité sur la situation de l’état de droit dans tous les États membres et salue son engagement constant à améliorer la pratique de l’établissement de rapports. Pour qu’il en aille ainsi, il convient de doter les services compétents de la Commission de ressources financières adéquates.

2.1.5.

Le CESE note que, malgré des progrès significatifs, les rapports sur l’état de droit présentent encore une marge d’amélioration. Aussi entend-il mettre en lumière un certain nombre de lacunes récurrentes de ces rapports annuels.

2.2. Inclusivité du processus d’établissement de rapports

2.2.1.

Le CESE estime, de concert avec diverses OSC, qu’en dépit des efforts que déploie la Commission pour dialoguer avec les parties prenantes nationales, y compris lesdites organisations, au cours du processus d’établissement des rapports, ce dialogue avec des acteurs indépendants et non étatiques continue néanmoins de présenter des déficiences. Au nombre de celles-ci, l’on compte notamment des problèmes liés à la transparence, à la participation et au temps imparti pour apporter des contributions. De plus, il se manifeste certaines préoccupations touchant à la communication volontariste et claire des éléments pertinents liés à la consultation, à l’absence de possibilité pour les OSC de fournir une contribution sur le questionnaire de la Commission et à la nécessité d’associer plus avant ces mêmes organisations au processus d’établissement de rapports mené par les États membres au niveau national.

2.2.2.

Le CESE met en avant, tout comme le Parlement européen dans l’une de ses résolutions (7), la nécessité pour la Commission de continuer d’associer de manière significative la société civile aux étapes aussi bien des préparatifs que du suivi du rapport au niveau national. En outre, il met en relief l’importance que revêt une approche plus inclusive, transparente et accessible de ce processus, afin de garantir une participation active des parties prenantes et d’assurer l’obligation de rendre des comptes. Il plaide également en faveur d’une présentation plus systématique des contributions de la société civile et des organisations professionnelles afin de compléter les informations fournies par les gouvernements des États membres et des pays candidats à l’adhésion.

2.2.3.

Le CESE avait proposé en 2016 de créer «un forum annuel [...] afin d’examiner la situation relative à la démocratie, à l’État de droit et aux droits fondamentaux». Dans les avis qu’il a adoptés par la suite, il a exposé à plusieurs reprises cette demande de forum ou de plateforme. Il prend donc acte avec intérêt de l’intention de la présidente de la Commission, exprimée dans sa lettre de mission adressée au commissaire désigné chargé de la démocratie, de la justice et de l’état de droit, d’«intensifier le dialogue avec la société civile sur la démocratie, l’état de droit et les questions connexes» et de créer à cet effet une «plateforme de la société civile pour soutenir un dialogue civil plus systématique et œuvrer à renforcer la protection de la société civile, des militants et des défenseurs des droits de l’homme dans leurs travaux».

2.2.4.

À titre de préalable, il convient de poser qu’un dialogue qualitatif est loin de se résumer à une simple consultation. Le CESE doit participer à la gouvernance de toute plateforme de cette sorte, dont il doit constituer un élément central en sa qualité d’organe consultatif chargé par le traité de faire valoir les points de vue des associations d’entreprises, des syndicats et de la société civile organisée. En s’appuyant sur l’expérience de son groupe sur les droits fondamentaux et l’état de droit, mais aussi sur l’exemple d’autres exercices participatifs qu’il a organisés, le Comité peut constituer le canal idéal pour faire entendre les thèses de la société civile organisée dans ces domaines.

2.2.5.

Du fait de son rôle d’organe consultatif de l’Union composé de représentants des organisations de travailleurs et d’employeurs et d’autres groupes d’intérêt, le CESE est également bien placé pour aider la nouvelle Commission à renforcer la participation des acteurs de la société civile au cycle d’établissement de rapports sur l’état de droit. Il peut faciliter la tenue de débats structurés entre les institutions de l’Union et les citoyens sur les menaces systémiques auxquelles sont confrontés les droits fondamentaux, la démocratie et l’état de droit. Resserrer la coopération du CESE et de la Commission dans le cadre du cycle d’établissement de rapports sur l’état de droit favoriserait un dialogue inclusif et contribuerait à défendre les valeurs fondamentales de l’Union.

2.3. Méthodologie de l’évaluation

2.3.1.

Le CESE a déjà fait observer que les menaces les plus graves qui pèsent sur l’état de droit dans certains États membres sont le fait de puissants acteurs politiques qui s’opposent délibérément notamment à l’indépendance du pouvoir judiciaire et aux autres éléments essentiels constitutifs de la démocratie constitutionnelle (8). Malheureusement, les analyses de la Commission et les réponses qu’elle apporte aux menaces auxquelles est confronté l’état de droit dans les États membres méconnaissent largement les motivations des acteurs politiques et les circonstances des évolutions examinées.

2.3.2.

Les OSC observent également que les rapports de la Commission font l’économie d’une analyse contextuelle et intersectionnelle des tendances en matière d’état de droit et qu’ils tendent à pécher par excès d’optimisme quant aux efforts de réforme au regard de l’absence de preuves substantielles de progrès sur le terrain. Le Parlement européen s’est également déclaré préoccupé par le fait que les termes diplomatiques et imprécis qu’emploie la Commission et le nombre égal de conclusions et de recommandations par État membre masquent les différences réelles entre les États membres (9).

2.3.3.

Le CESE recommande donc à la Commission d’envisager d’adopter une approche analytique plus globale et nuancée, avec la participation d’experts indépendants, et d’effectuer davantage de visites sur place afin de mieux comprendre les circonstances des problèmes examinés en matière d’état de droit et d’utiliser des termes plus directs et plus précis dans son évaluation.

2.4. Portée du rapport

2.4.1. État de droit, démocratie et droits fondamentaux

2.4.1.1.

Le CESE réaffirme sa position selon laquelle l’état de droit se caractérise par son interdépendance et son indissociabilité des garanties qui protègent la démocratie pluraliste et le respect des droits fondamentaux (10), et il exprime sa profonde préoccupation face à l’érosion continue de ces valeurs fondamentales dans plusieurs États membres (11).

2.4.1.2.

Le CESE apprécie la disponibilité de divers matériaux liés à l’état de droit produits par l’Union européenne. Il s’agit notamment du rapport annuel de la Commission sur l’application de la charte des droits fondamentaux de l’UE, du rapport sur les droits fondamentaux de l’Agence des droits fondamentaux, du tableau de bord de la justice dans l’UE et des enquêtes Eurobaromètre sur la perception de l’indépendance de la justice et de la corruption. Le CESE félicite aussi vivement la Commission d’exploiter un large éventail de sources produites par le Conseil de l’Europe, des centres de recherche indépendants et des organismes de contrôle qui traitent de nombreux aspects de l’état de droit, des droits fondamentaux et de la démocratie. Le CESE souscrit néanmoins aux observations des OSC selon lesquelles l’interconnexion entre l’état de droit et d’autres valeurs consacrées à l’article 2 du TUE n’est pas suffisamment prise en compte dans les rapports de la Commission sur l’état de droit. Aussi presse-t-il cette dernière d’élargir le champ d’application de son examen de sorte à embrasser une analyse des violations systémiques des droits fondamentaux, par exemple en matière de discrimination et de conditions insatisfaisantes dans les lieux de privation de liberté, et une évaluation des socles institutionnels destinés à protéger ces droits. Le CESE encourage la Commission à veiller à ce que son rapport sur l’état de droit et d’autres documents produits par d’autres institutions de l’Union s’agencent de manière transparente et se renforcent mutuellement.

2.4.1.3.

Le CESE insiste sur le fait que tous les droits de l’homme inscrits dans la charte de l’Union sont indivisibles et interdépendants, sachant que les droits socio-économiques importent tout autant que les droits civils et politiques (12). Par conséquent, les violations systémiques des droits socio-économiques devraient être traitées aussi sérieusement que celles d’autres droits. En outre, il convient de considérer les violations des droits des femmes, des enfants, des minorités ethniques et des personnes LGBTIQ+ comme des indicateurs révélateurs de mesures plus répressives et de conflits à venir.

2.4.2. Extension du chapitre relatif à l’espace civique

2.4.2.1.

Le CESE réaffirme que les OSC et les défenseurs des droits de l’homme jouent un rôle essentiel dans la sauvegarde des valeurs de l’état de droit, de la démocratie et des droits fondamentaux face aux tendances autoritaires (13). Le CESE a déjà observé que «[l]es gouvernements autoritaires menacent les organisations de la société civile non seulement en réduisant et en déplaçant les espaces disponibles pour leurs activités, mais aussi par des menaces ou des persécutions personnelles, des restrictions financières ou une protection insuffisante contre les attaques physiques ou verbales» (14), que ce soit en ligne ou hors ligne.

2.4.2.2.

Le CESE soutient tous les efforts visant à accroître la visibilité des défis auxquels sont confrontées les OSC et les défenseurs des droits de l’homme. La transparence facilite les conditions dans lesquelles œuvrent les unes et les autres et elle exerce sur les gouvernements nationaux une pression politique propre à améliorer le niveau de leur protection (15). Par conséquent, le CESE réaffirme sa position antérieure selon laquelle il convient d’étoffer et de détailler plus avant le chapitre du rapport annuel sur l’état de droit consacré aux OSC (16).

2.4.2.3.

Le CESE soutient pleinement l’affirmation, par les OSC, de la nécessité d’un chapitre consacré spécifiquement à l’espace civique, qui fournirait une évaluation complète de tous les facteurs de facilitation et d’obstruction qui affectent les espaces civiques dans l’ensemble de l’Union, en s’appuyant sur une méthode cohérente, sur une série de critères de référence objectifs et sur un dialogue transparent avec les acteurs de la société civile. En outre, le CESE s’aligne sur la position du Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme (REINDH) pour défendre l’idée que les acteurs européens à l’œuvre à l’échelle de cette région du monde étendent leurs activités de suivi et de compte rendu touchant aux défis que connaît l’espace civique.

2.4.3. Non-exécution des décisions de justice

2.4.3.1.

Le CESE note que le refus des gouvernements nationaux de se conformer aux décisions rendues par leurs propres juridictions nationales, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est une tendance négative croissante dans les États membres. Le CESE se félicite que le rapport sur l’état de droit prête attention à ce problème dans les chapitres par pays, mais il presse la Commission de remédier à cette grave infraction à l’état de droit et de prendre des mesures supplémentaires afin de contraindre les États membres à se conformer aux décisions de justice.

2.4.4. Liberté des médias

2.4.4.1.

Le CESE rappelle qu’il s’inquiète de voir que l’approche de la Commission en matière d’évaluation du pluralisme des médias est trop axée sur le marché et tend à sous-évaluer les défis politiques en matière de liberté et de pluralisme des médias, lesquels ne peuvent être résolus par la simple amélioration du fonctionnement du marché des services de médias (17). Il constate toutefois que les mécanismes du marché peuvent également contribuer à saper la liberté et la pluralité des médias. Aussi recommande-t-il de réformer l’évaluation de ces aspects dans le cadre du rapport sur l’état de droit, de sorte à mieux appréhender ces risques.

2.4.4.2.

Le CESE estime que le rapport de la Commission ne tient pas suffisamment compte de l’augmentation des agressions verbales et physiques à l’encontre des journalistes, qui prennent souvent la forme de violences sexistes et de discours haineux, ainsi que des obstacles à la jouissance du droit d’accès à l’information. Par conséquent, il propose que ces questions soient examinées plus en détail dans les prochains rapports de la Commission.

2.4.4.3.

Le CESE demande également de prévoir une évaluation de la législation européenne sur la liberté des médias et de la mise en œuvre de la directive relative aux poursuites stratégiques altérant le débat public (18), car les tentatives de réduire au silence les journalistes par des actes d’intimidation sont de plus en plus fréquentes, de même que leur surveillance.

2.4.5. Institutions nationales de défense des droits de l’homme (INDH)

2.4.5.1.

Le CESE invite instamment la Commission à accorder une plus grande attention à certaines tendances qui s’installent dans les États membres et posent des difficultés persistantes aux institutions nationales de défense des droits de l’homme, telles que l’accès limité aux processus législatifs et d’élaboration des politiques, les difficultés de coopération avec les autorités nationales, le suivi limité des recommandations des INDH par les autorités nationales, le manque de ressources financières et humaines suffisantes et l’accès limité aux informations traitées par les autorités publiques.

2.4.6. Aspects socio-économiques de l’état de droit

2.4.6.1.

Le CESE a déjà souligné l’importance de tenir dûment compte des aspects socio-économiques de l’état de droit, ce dernier étant essentiel pour faire respecter les règles de concurrence et les autres réglementations économiques, ainsi que garantir la confiance envers le système juridique dans son ensemble (19). Le CESE apprécie l’intention de la Commission, telle qu’exprimée dans son dernier rapport annuel sur l’état de droit, d’intégrer à l’avenir les questions clés liées à la dimension du marché unique, y compris celles qui ont une incidence sur les entreprises engagées dans des activités transfrontières, et en particulier sur les petites et moyennes entreprises (PME). Il estime qu’il importe tout autant de faire figurer dans les rapports annuels une évaluation de l’influence des grandes entreprises sur l’état de droit, la démocratie et les droits fondamentaux, tout comme les mesures prises par les États membres pour traiter de tout effet négatif et l’atténuer. Il importe également d’examiner l’incidence sur le marché intérieur des entreprises étrangères qui ne respectent pas les droits fondamentaux.

2.4.6.2.

Le CESE invite la Commission à mettre davantage l’accent sur les conséquences de la détérioration de l’état de droit pour toutes les parties prenantes, y compris les syndicats et le secteur des entreprises, qui sont régulièrement confrontées à des problèmes importants tels que l’insécurité juridique qui découle de l’imprévisibilité de la mise en œuvre de la législation, du manque de transparence et d’inclusivité de l’élaboration de la législation et de la mise en cause de l’indépendance et de l’intégrité des pouvoirs publics (20). Un dialogue social solide et efficace constitue également un facteur déterminant pour mettre en œuvre les droits de l’homme et l’état de droit dans la pratique.

2.5. Efficience et efficacité de la mise en œuvre des conclusions des rapports

2.5.1. Responsabilité des États membres sur la base de recommandations précises

2.5.1.1.

Le CESE souligne que les recommandations par pays de la Commission sont souvent insuffisamment détaillées et ne traitent pas de manière adéquate les préoccupations recensées dans le contexte national pertinent. Ces constats concordent avec les préoccupations du Parlement européen (21) touchant au manque de précision des recommandations: le Parlement demande notamment de fixer un calendrier clair pour mettre ces dernières en œuvre et de préciser les conséquences de leur non-respect. Ils sont en outre corroborés par la récente étude de la Cour des comptes européenne (22), lorsque celle-ci constate l’absence de lien clair entre la gravité des préoccupations qu’exprime la Commission et les recommandations qu’elle formule, ainsi que l’absence de délais concrets et d’objectifs quantitatifs. Le REINDH demande instamment, lui aussi, aux mécanismes de l’état de droit à l’échelle d’une région du monde, tels que ceux de la Commission, de rendre leurs recommandations plus concrètes et plus réalisables, y compris s’agissant du calendrier envisagé pour leur mise en œuvre par les autorités publiques.

2.5.1.2.

Le CESE recommande à la Commission européenne d’élaborer des recommandations plus précises et mesurables. Il réaffirme sa position antérieure concernant l’importance de mettre en place des critères de référence, des indicateurs et des délais clairs afin d’évaluer de manière adéquate le respect, par les autorités nationales, des exigences de l’Union (23).

2.5.1.3.

Il importe au plus haut point de garantir la transparence lorsque des États membres manquent à leurs obligations en matière d’état de droit, ainsi que d’aider la société civile à faire pression sur ces gouvernements pour qu’ils se réforment.

2.5.2. Établissement d’un lien clair entre le rapport annuel sur l’état de droit et d’autres mécanismes relatifs à l’état de droit

2.5.2.1.

Le CESE réaffirme sa position selon laquelle la Commission, le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen devraient également utiliser tous les autres moyens dont ils disposent pour sanctionner les violations systématiques de l’état de droit. Lorsqu’elles y recourent, les institutions européennes susmentionnées devraient également veiller à ce que ces procédures soient mises en œuvre rapidement et de manière dissuasive (24).

2.5.2.2.

Le CESE soutient fermement la position exprimée aussi bien par les OSC que par le Parlement européen (25), selon laquelle il est capital que la Commission établisse des liens clairs entre le rapport annuel sur l’état de droit et les autres instruments de la panoplie d’outils en matière d’état de droit, et il convient de conférer audit rapport un rôle déterminant en vue de déclencher d’autres mécanismes relatifs à l’état de droit, notamment les procédures d’infractions, les diverses modalités du régime de conditionnalité pour protéger le budget et la procédure prévue à l’article 7 du traité, lorsqu’un État omet d’en mettre en œuvre les recommandations qui lui ont été spécifiquement adressées.

2.5.2.3.

Le CESE se félicite de l’intention exprimée par la Commission dans son dernier rapport et dans la lettre de mission adressée au commissaire désigné chargé de la démocratie, de la justice et de l’état de droit d’établir un lien plus étroit entre les recommandations du rapport sur l’état de droit et le financement au titre du budget de l’Union, ainsi que de soutenir le renforcement de l’application du mécanisme prévu par l’article 7 du traité. Toutefois, il presse la Commission de concrétiser rapidement ses promesses afin d’éviter que la situation de l’état de droit ne se détériore plus avant au sein des États membres.

2.5.2.4.

Pour autant que cela soit tenu pour nécessaire afin d’atteindre ces objectifs, le CESE demande de réformer le règlement relatif à la conditionnalité liée à l’état de droit afin de le compléter en élargissant son application restreinte aux violations des principes de l’état de droit qui portent atteinte à la bonne gestion financière du budget de l’Union et de l’arrimer de manière plus affirmée aux autres bases juridiques utilisées pour suspendre les fonds de l’Union.

2.6. Communication et diffusion

2.6.1.

Le CESE estime, au vu de l’avis qu’ont exprimé les OSC, que dans l’ensemble, l’approche de la Commission en matière de publicité des rapports n’est pas suffisamment efficace pour mobiliser l’opinion publique, et ce pour les trois raisons principales suivantes. Premièrement, les rapports annuels sont rédigés en des termes techniques et compliqués, qui les rendent inaccessibles au grand public et aux journalistes. Deuxièmement, le calendrier actuel de la publication des rapports réduit la probabilité d’une couverture médiatique. Troisièmement, la Commission n’organise pas suffisamment d’événements pour faire connaître le rapport sur l’état de droit et n’associe pas suffisamment les organisations de la société civile et les institutions nationales de défense des droits de l’homme. Pour remédier à ces problèmes, le CESE suggère à la Commission d’employer un langage plus simple dans ses rapports pour permettre au grand public et aux journalistes d’y accéder plus aisément, d’envisager de publier ses rapports à une période de l’année où ils bénéficieront plus probablement d’une meilleure couverture médiatique, ainsi que d’organiser de manière volontariste davantage d’événements pour faire connaître les rapports sur l’état de droit et d’y faire participer activement les OSC et les institutions nationales de défense des droits de l’homme. Le CESE se déclare disposé à faciliter l’organisation de tels événements et à apporter son concours pour conforter la publicité de ces rapports.

2.6.2.

Le CESE a souligné précédemment l’importance de communiquer clairement sur les valeurs de l’état de droit (26) et a invité la Commission à proposer une stratégie ambitieuse en matière de communication, d’éducation et de sensibilisation des citoyens aux droits fondamentaux, à l’état de droit et à la démocratie (27). Par ailleurs, il presse également la Commission, en accord avec les OSC et le Parlement européen (28), à garantir la participation systématique et significative de la société civile à l’ensemble du cycle d’établissement des rapports. Le CESE met derechef en avant la position idéale qu’il occupe pour appuyer la nouvelle Commission dans ses efforts en vue d’améliorer la participation de la société civile au cycle d’établissement de rapports, sachant qu’il se compose de représentants des organisations des travailleurs et des employeurs, ainsi que d’autres groupes d’intérêt. Il est donc à même de permettre la tenue de discussions organisées entre les institutions de l’Union et les citoyens sur les obstacles structurels auxquels se heurtent les droits fondamentaux, la démocratie et l’état de droit.

Bruxelles, le 22 janvier 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) En l’occurrence, cette mesure concerne l’Albanie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie, et l’on escompte qu’elle les épaulera dans leurs efforts pour mener leurs réformes.

(2) JO C 34 du 2.2.2017, p. 8.

(3) Site internet du CESE, page consacrée aux visites du groupe DFED dans les États membres, https://www.eesc.europa.eu/fr/sections-other-bodies/other/group-fundamental-rights-and-rule-law/frrl-trends-eu-member-states.

(4) World Justice Project, série des indices sur l’état de droit: Rule of Law Index 2021, p. 24; Rule of Law Index 2022, p. 24 et Rule of Law Index 2023, p. 24.

(5) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.

(6) JO C 194 du 12.5.2022, p. 27.

(7) Résolution du Parlement européen du 30 mars 2023 sur le rapport 2022 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne [2022/2898(RSP)], paragraphe 15.

(8) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39, paragraphe 3.7.

(9) Résolution du Parlement européen du 30 mars 2023 sur le rapport 2022 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne [2022/2898(RSP)], paragraphe 26; résolution du Parlement européen du 28 février 2024: Rapport sur le rapport 2023 de la Commission sur l’état de droit [2023/2113(INI)], paragraphes 83 à 85.

(10) JO C 62 du 15.2.2019, p. 173, paragraphe 3.3; voir aussi la réaffirmation de cette idée dans JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.

(11) Voir également la résolution du Parlement européen du 28 février 2024 — Rapport sur le rapport 2023 de la Commission sur l’état de droit [2023/2113(INI)], paragraphe 73.

(12) JO C 341 du 24.8.2021, p. 50.

(13) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.

(14) JO C 97 du 24.3.2020, p. 53. 1.6.

(15) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39, paragraphe 7.

(16) JO C, C/2023/861, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/861/oj, paragraphe 2.5.3.

(17) JO C 100 du 16.3.2023, p. 111.

(18) JO C 75 du 28.2.2023, p. 143.

(19) JO C 194 du 12.5.2022, p. 27, paragraphe 2.4.

(20) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39, Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La corruption dans les marchés publics et son incidence sur le marché intérieur» (avis d’initiative) (JO C, C/2024/2095, 26.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2095/oj).

(21) Résolution du Parlement européen du 19 mai 2022 sur le rapport 2021 de la Commission sur l’état de droit, paragraphes 8 et 9; résolution du Parlement européen du 30 mars 2023 sur le rapport 2022 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne [2022/2898(RSP)], paragraphes 8 à 13.

(22) Cour des comptes européenne, document d’analyse sur «Le rapport de la Commission européenne sur l’état de droit» 2024, paragraphes 70 et 71.

(23) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.

(24) JO C 194 du 12.5.2022, p. 27, paragraphe 3.5.

(25) Résolution du Parlement européen du 30 mars 2023 sur le rapport 2022 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne [2022/2898(RSP)], paragraphe 28.

(26) JO C 100 du 16.3.2023, p. 24.

(27) JO C 282 du 20.8.2019, p. 39.

(28) Résolution du Parlement européen du 30 mars 2023 sur le rapport 2022 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne [2022/2898(RSP)], paragraphe 15.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1184/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)