Initiative législative52024IE4534

Avis du Comité économique et social européen — Sortir des crises — Mesures en faveur d’une économie européenne résiliente, cohésive et inclusive (avis d’initiative)

CELEX52024IE4534
TypeInitiative législative
Datemercredi 30 avril 2025

Résumé IA

Cet avis d'initiative du CESE propose des mesures pour renforcer la résilience, la cohésion et l'inclusivité de l'économie européenne face aux crises. Il préconise une approche intégrée combinant investissements stratégiques, protection sociale et transition numérique et écologique, afin de réduire les vulnérabilités et les inégalités. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un cadre prospectif sur les orientations politiques et réglementaires que l'UE pourrait adopter pour soutenir la reprise et la transformation économique.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/3195

2.7.2025

Avis du Comité économique et social européen

Sortir des crises — Mesures en faveur d’une économie européenne résiliente, cohésive et inclusive

(avis d’initiative)

(C/2025/3195)

Rapporteure:

Elena-Alexandra CALISTRU

Décision de l’assemblée plénière

5.12.2024

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

15.4.2025

Adoption en session plénière

30.4.2025

Session plénière no

596

Résultat du vote (pour/contre/abstentions)

176/2/3

Préambule

Le présent avis s’inscrit dans un ensemble plus étendu d’avis du CESE consacré à la crise du coût de la vie. Dans ces avis, le CESE examine les différentes facettes de ce défi pour l’action politique et présente un ensemble complet et étendu de recommandations aux responsables politiques européens et nationaux, aux organisations de la société civile et aux autres parties prenantes. Le paquet comprend sept «avis sectoriels» (1) , dont chacun traite de questions relevant d’un domaine politique spécifique. En outre, un avis-cadre (2) présente les recommandations politiques générales visant à résoudre la crise du coût de la vie dans son ensemble et à renforcer la résilience face aux crises futures.

1. Conclusions et recommandations

1.1.

L’Union européenne se trouve à un moment critique. De la fragmentation géoéconomique causée par la pandémie au choc énergétique en passant par l’inflation, les crises qui s’accumulent ces cinq dernières années ont fait apparaître des vulnérabilités structurelles tout en creusant des disparités économiques entre régions et entre catégories de revenus. Même si l’inflation globale tend à s’atténuer, l’impact cumulé continue de peser de façon inégale sur les ménages et les entreprises. Avec les défis géopolitiques tectoniques que nous avons face à nous, il est urgent de faire en sorte que le spectre de la dernière crise ne nous empêche pas de tirer un certain nombre d’enseignements pour l’avenir.

1.2.

Le CESE insiste sur le fait que l’Union européenne doit aborder ces défis en adoptant une position qui soit celle de la confiance, et non de l’excuse. L’UE reste le projet de gouvernance transnationale le plus réussi au monde, qui a obtenu des résultats inégalés sur les plans de la prospérité, de la cohésion sociale, de l’état de droit et du développement humain. Notre système de protection sociale, notre engagement en faveur des droits de l’homme et notre modèle d’investissement social tout au long de la vie sont des atouts qui nous caractérisent, et en aucune façon des handicaps. La voie que nous entendons suivre devrait s’appuyer sur ces avantages fondamentaux tout en remédiant aux vulnérabilités identifiées.

1.3.

Ces problèmes exigent non pas des ajustements mineurs, mais une transformation fondamentale de notre approche de la résilience économique, de l’autonomie stratégique et de la croissance inclusive. Pour sortir de ces crises et se préparer aux chocs à venir, le CESE recommande de mettre en place un processus de consultation officiel, permanent et structuré dans le cadre duquel les gouvernements nationaux œuvreraient étroitement avec les pouvoirs publics à tous les niveaux, et en partenariat avec les syndicats, les employeurs, les organisations de la société civile et d’autres acteurs responsables tout au long du cycle politique, de la phase de préparation puis de mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation.

1.4.

Un système global de pilotage de la résilience économique de l’Union est nécessaire, et il doit être assorti d’un suivi en temps réel des prix d’importance systémique, des vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement et du fonctionnement du marché. Ce système d’alerte précoce permettrait de soutenir des interventions temporaires et ciblées avant que les chocs ne propagent leurs effets dans l’économie, en utilisant des données améliorées provenant d’Eurostat, de l’observatoire en réseau de l’aménagement du territoire européen (ORATE) ou du portail de données de la Banque centrale européenne (BCE).

1.5.

Il est urgent que l’Union passe d’une compétitivité défensive à une stratégie offensive en la matière, qui concilie le dynamisme économique et les valeurs européennes. Cela signifie qu’il faut mettre en cohérence les réglementations tout en maintenant des normes élevées, en accordant plus rapidement des autorisations pour les investissements stratégiques et en harmonisant la mise en œuvre dans les États membres. Parallèlement, nous devons parachever et approfondir le marché unique. Ces actions devraient tirer profit des points forts qui caractérisent l’Union: notre capital humain de haute qualité, notre stabilité institutionnelle, fondée sur l’état de droit, et notre modèle d’économie sociale de marché.

1.6.

Nous devons développer un cadre de gouvernance de l’inflation de l’UE plus sophistiqué, susceptible de s’attaquer directement à l’inflation causée par des chocs sur des prix d’importance systémique («shockflation») au moyen d’une action coordonnée entre politique monétaire et mesures sectorielles ciblées. Les limites de la politique monétaire face au phénomène d’inflation tirée par l’offre exigent des outils plus perfectionnés qui puissent cibler les causes profondes des pressions sur les prix sans compromettre la croissance. De telles mesures doivent être temporaires et se concentrer sur les populations concernées, en évitant d’imposer des contrôles des prix rigides qui fausseraient les signaux du marché.

1.7.

Il convient de créer une capacité de stabilisation budgétaire permanente au niveau européen qui s’appuie sur les expériences tirées de NextGenerationEU, avec des mécanismes de stabilisation automatique déclenchés par des indicateurs économiques objectifs et financés par des flux de recettes européennes dédiées dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP). Une telle initiative permettrait d’apporter un soutien crucial en cas de chocs asymétriques, tout en offrant un financement différencié pour les investissements stratégiques.

1.8.

Nous devons identifier et traiter les vingt vulnérabilités d’approvisionnement les plus critiques dans l’économie européenne en relocalisant de façon stratégique la production essentielle en Europe ou dans des pays partageant les mêmes valeurs, en constituant des réserves stratégiques au niveau de l’Union pour les produits de base critiques, ou encore en introduisant des instruments de placement public-privé pour la capacité de production stratégique.

1.9.

Des conditions sociales plus strictes qui soient applicables à toutes les formes de financement et de marchés publics européens doivent être mises en œuvre afin de garantir que les 2 000 milliards d’EUR de dépenses publiques annuelles (3) favorisent activement les emplois de qualité, la négociation collective et les conditions de travail décentes, en particulier dans les régions en transition.

1.10.

Nous devons renforcer les investissements dans le capital humain, en veillant particulièrement à améliorer les compétences numériques et l’intégration de l’intelligence artificielle, qui sont des composantes fondamentales de la préparation de la main-d’œuvre de demain, mais aussi remédier aux disparités régionales en matière de productivité et de salaires au moyen d’initiatives ciblées d’éducation et de formation.

1.11.

Un fonds d’investissement européen d’au moins 1 % du PIB de l’Union doit être établi pour combler le déficit d’investissement annuel de 700 milliards d’EUR pour les priorités stratégiques (4), en privilégiant les infrastructures transfrontalières, l’intégration du marché de l’énergie et les technologies essentielles qui réduisent le handicap dont pâtit l’Europe pour ce qui est du coût de l’énergie, lequel est presque deux fois plus élevé que celui de ses concurrents mondiaux.

1.12.

Nous devons également créer un système de soutien ciblé pour les groupes vulnérables en utilisant un outil de cartographie de la vulnérabilité à l’échelle européenne avec des données granulaires relatives aux ménages (5) pour s’assurer que les réponses aux crises protègent effectivement les catégories les plus à risque. Ce serait là une manière de tenir compte du fait que les ménages à faibles revenus ont supporté une charge disproportionnée au cours des crises récentes, tout en respectant la responsabilité première des États membres en matière de politique sociale.

1.13.

Le CESE estime qu’il importe de trouver un équilibre entre les dépenses en matière de défense et les autres priorités stratégiques, et d’intégrer dans la définition de la défense des éléments tout aussi essentiels à l’existence même de l’Union, à savoir la démocratie, l’état de droit et les valeurs sociales. Tout en reconnaissant la nécessité de renforcer les capacités de la défense, nous devons aussi tenir compte des potentiels effets inflationnistes et veiller à ce que les investissements dans ce domaine complètent ceux tout aussi essentiels dans le capital humain, l’innovation et la cohésion sociale, sans pour autant les supplanter.

1.14.

Les mesures doivent passer d’une gestion réactive des crises à un renforcement volontariste de la résilience. L’Europe ne doit pas s’en tenir à des outils de gestion de la demande. Il lui faut adopter une approche globale qui s’attaque directement aux vulnérabilités de l’offre, aux défaillances du marché et aux déséquilibres de la répartition.

1.15.

En intégrant la résilience économique à l’inclusion sociale et à l’autonomie stratégique, ce cadre ouvre une voie pour transformer l’économie européenne, de sorte que celle-ci soit capable de faire face aux chocs futurs tout en protégeant ses membres les plus vulnérables et en préservant son modèle distinctif d’économie sociale de marché.

1.16.

Le CESE souligne que, pour faire face aux risques systémiques auxquels l’économie de l’Union est confrontée, il faut responsabiliser les décideurs politiques à tous les niveaux de pouvoir et assurer une coopération plus étroite entre toutes les parties prenantes, afin de garantir un avenir économique durable. Pour accomplir ces tâches qui sortent de l’ordinaire, il sera plus que jamais crucial de dialoguer et de coopérer avec tous les acteurs compétents et responsables pour emprunter la voie d’un développement économique durable et résilient de l’économie de l’Union.

2. Observations générales

Situation actuelle: les effets inégaux des chocs économiques

2.1.

Même si l’inflation globale a ralenti pour atteindre quelque 2,6 % en 2024, l’inflation sous-jacente reste supérieure aux niveaux cibles et l’impact cumulé des hausses de prix continue de peser sur les budgets des ménages et la compétitivité des entreprises, et ce de manière inégale selon les régions et les catégories de revenus. Les ménages à faibles revenus et les régions vulnérables supportent une charge disproportionnée. Cette inflation causée par des chocs sur des prix d’importance systémique («shockflation») nécessite d’établir des structures de gouvernance ciblées plutôt que de s’en remettre simplement à la politique monétaire.

2.2.

L’industrie européenne est confrontée à des prix de l’énergie qui sont près de deux fois supérieurs à ceux des États-Unis et de la Chine, ce qui constitue un défi fondamental en matière de compétitivité qui affecte la compétitivité industrielle et le pouvoir d’achat réel des ménages, et révèle d’importantes disparités régionales en ce qui concerne la résilience économique. Selon une analyse de la BCE publiée en 2024, il apparaît qu’au pic de l’inflation en 2022, les salaires réels en Europe ont connu une baisse record de 5,1 % en glissement annuel (6), tandis que les marges bénéficiaires des entreprises se sont accrues dans certains secteurs opérant sur des marchés peu concurrentiels ou régulés et fragmentés, ce qui signale un déséquilibre dans la répartition du fardeau de l’inflation.

2.3.

Le défi de la compétitivité comporte de multiples dimensions:

un écart persistant avec les principaux concurrents en matière de croissance de la productivité et d’investissement;

des coûts énergétiques plus élevés qui ont une incidence sur la compétitivité industrielle;

une adoption plus lente des technologies numériques et de l’intelligence artificielle;

des complexités réglementaires susceptibles d’entraver le dynamisme et l’expansion des entreprises; et

des services et des marchés de capitaux fragmentés qui limitent le potentiel de croissance. Le rapport Draghi fait observer qu’entre 2009 et 2023, le patrimoine des ménages de la zone euro n’a augmenté que d’un tiers par rapport à celui des ménages américains, et ce alors même que les Européens avaient davantage épargné.

2.4.

Ces défis immédiats doivent être relevés alors que l’Union est exposée à trois transitions majeures:

la transition écologique, qui nécessite des investissements massifs, mais qui offre également des possibilités de conquérir un certain leadership industriel;

la révolution numérique, qui exige une adaptation rapide et soulève des questions fondamentales quant aux incidences sur la main-d’œuvre; et

des changements géopolitiques, qui nécessitent une autonomie stratégique renforcée tout en maintenant des liens internationaux bénéfiques.

2.5.

La fragmentation géoéconomique présente des risques qui sont loin d’être négligeables pour la résilience économique de l’Union. La fragmentation économique mondiale et les obstacles au commerce conduiraient à réduire la croissance et à aggraver l’inflation. Une inflation plus élevée que prévu entraînerait une politique monétaire plus restrictive et pourrait provoquer une révision des prix qui perturberait les marchés financiers.

2.6.

Les divergences économiques régionales menacent la cohésion sociale en raison:

des disparités régionales en matière de perspectives économiques;

de l’inadéquation des compétences dans un marché du travail en évolution rapide;

des effets distributifs des transitions écologique et numérique; et

des changements démographiques qui mettent à rude épreuve les systèmes de protection sociale.

Évaluation des mesures de réaction aux crises

2.7.

Les États membres ont déployé avec plus ou moins de bonheur diverses approches pour faire face à la crise de l’énergie et de l’inflation. Par exemple, les recherches sur la réponse de l’Allemagne en matière de politique énergétique montrent que les politiques de stabilisation des prix ont contribué de manière notable à résorber l’inflation (7). Une comparaison des différentes approches nationales pourrait suggérer qu’un plafonnement ciblé et temporaire des prix pourrait, à très court terme, être plus efficace que des mesures reposant uniquement sur la compensation, et qu’une intervention précoce donne de meilleurs résultats. Dans une économie de marché, tout plafonnement influence toutefois les décisions prises, avec les conséquences négatives que cela implique.

2.8.

Si les réponses coordonnées à l’échelle européenne au choc énergétique ont contribué à atténuer les conséquences les plus graves, et même si les calendriers de mise en œuvre n’ont pas tous présenté la même efficacité, l’Union se trouve actuellement dépourvue de structures de gouvernance adéquates pour lutter contre l’inflation causée par des chocs sur des prix d’importance systémique, ce qui crée une fracture entre les politiques sectorielles en matière de prix et la politique monétaire.

2.9.

Alors que les indicateurs macroéconomiques suggèrent que la crise tend à se résorber, les effets sur le patrimoine des ménages, l’épargne et le revenu disponible, l’incidence asymétrique en fonction de l’âge et les disparités régionales persistent. Toutefois, il convient avant tout de remettre les politiques budgétaires sur une trajectoire durable.

2.10.

De nouveaux problèmes apparaissent à mesure que les taux d’intérêt entament leur baisse au niveau de l’Union, avec des tendances variables d’un État membre à l’autre. Si la politique monétaire doit rester axée sur la stabilité des prix, en accord avec le mandat de la Banque centrale européenne, la politique budgétaire doit en revanche rechercher des compromis difficiles entre soutien aux groupes vulnérables et maintien de la soutenabilité de la dette. Ces domaines politiques doivent répondre simultanément à des objectifs multiples: allocation de biens publics, redistribution pour une plus grande équité et stabilisation économique.

3. Observations et recommandations générales

3.1.

Des recommandations essentielles pourraient comprendre:

a)

une coordination politique renforcée, qui nécessite: i) un dialogue structuré et une coopération entre les autorités fiscales et monétaires, que ce soit au niveau européen ou au niveau national; ii) des lignes directrices plus claires pour les réponses aux chocs asymétriques; iii) un mécanisme permanent au niveau de l’Union pour coordonner les réponses aux crises économiques majeures; et

b)

une approche de la gouvernance économique et budgétaire, comprenant: i) la mise en œuvre effective du nouveau cadre de gouvernance économique pour équilibrer les besoins d’investissement tout en assurant la viabilité de la dette; ii) des analyses plus sophistiquées de la marge de manœuvre budgétaire et de la viabilité de la dette propres à chaque pays; et iii) une capacité budgétaire spécifique au niveau de l’Union pour la gestion des chocs asymétriques.

3.2.

Pour réussir, il faut agir simultanément dans de multiples dimensions, notamment:

parachever les principaux piliers de l’intégration économique, en particulier approfondir le marché unique, tout en faisant progresser l’union des marchés de capitaux;

renforcer l’autonomie stratégique dans les secteurs critiques tout en maintenant des interdépendances internationales bénéfiques;

conforter la résilience sociale grâce à la modernisation des filets de sécurité et des systèmes éducatifs;

accélérer les transitions écologique et numérique de manière à doper la compétitivité plutôt qu’à l’entraver.

3.3.

L’Union doit de toute urgence s’attaquer à ses problèmes de compétitivité, tout en préservant son modèle spécifique d’économie sociale de marché. Pour ce faire, il convient de trouver un juste équilibre entre:

une accélération des réformes réglementaires et une réduction des charges administratives pour améliorer l’environnement des entreprises;

le maintien de normes environnementales et sociales essentielles qui sous-tendent notre résilience à long terme;

la garantie des investissements stratégiques dans des secteurs clés tournés vers l’avenir tout en évitant une course aux subventions inutile.

3.4.

La réglementation intelligente est une priorité absolue. L’Union doit passer à une stratégie offensive en matière de compétitivité. Plutôt que de pousser à des courses aux subventions ou d’abaisser les normes essentielles, nous devrions:

a)

réduire la complexité de la réglementation tout en maintenant des normes élevées, en rationalisant les processus d’approbation, en particulier pour les investissements stratégiques, en harmonisant la mise en œuvre et en développant des «bacs à sable» réglementaires pour les entreprises novatrices;

b)

approfondir le marché unique en supprimant les obstacles aux services, en intégrant les marchés de l’énergie pour réduire les désavantages en matière de coûts, en créant un marché unique véritablement numérique et en accélérant le parachèvement de l’union des marchés; et

c)

s’appuyer sur les points forts de l’Europe, notamment grâce à un capital humain et des instituts de recherche d’excellence, surtout dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques, un état de droit robuste et des institutions stables, et un positionnement à la pointe en matière de durabilité.

3.5.

Les principes du droit de la concurrence doivent servir en cas de défaillance du marché, pour éviter que des opérateurs profitent indûment, de façon isolée ou de concert, des déséquilibres entre l’offre et la demande, et les sanctionner le cas échéant. La libre concurrence devrait garantir de meilleures offres aux consommateurs. Les mesures devraient cibler les plus vulnérables et être limitées à la durée nécessaire pour rétablir un équilibre entre l’offre et la demande qui reflète le fonctionnement normal des marchés.

3.6.

L’investissement et l’innovation stratégiques nécessitent:

a)

d’améliorer l’efficacité des investissements grâce à une meilleure coordination entre les instruments européens et nationaux, à la mobilisation des capitaux privés et à des procédures harmonisées pour les projets stratégiques;

b)

de se concentrer sur des biens publics européens, tels que les infrastructures transfrontalières, notamment dans les domaines de l’énergie et du numérique, les initiatives conjointes de recherche et d’innovation et les technologies stratégiques; et

c)

de mettre en place des cadres favorables au marché, y compris des mécanismes de soutien neutres sur le plan technologique, des cadres de coopération qui préservent la concurrence et des mesures d’incitation fondées sur le marché.

3.7.

La résilience et l’inclusion sociales nécessitent des systèmes modernisés. À cet égard, il nous appartient de:

a)

donner les moyens d’agir grâce à des investissements accrus dans l’éducation et les compétences, au soutien aux transitions des marchés du travail, à des systèmes de protection sociale plus modernes et à des services publics plus efficaces;

b)

relever les défis de la répartition au moyen d’un soutien ciblé aux groupes vulnérables, de mécanismes de transition équitable et d’initiatives de développement régional;

c)

s’assurer que des investissements soient opérés dans le capital humain, qui se concentrent sur les compétences numériques et l’intégration de l’intelligence artificielle et qui s’attaquent aux disparités régionales en matière de productivité et de salaires;

d)

soutenir les transitions sur le marché du travail, notamment en luttant contre le chômage élevé des jeunes, surtout au moyen de politiques actives du marché du travail; et

e)

reconnaître les difficultés d’accessibilité des logements et leur incidence sur la résilience financière face aux futurs chocs économiques.

3.8.

Les contraintes budgétaires et politiques doivent être prises en compte lors de la mise en œuvre, laquelle doit être suffisamment audacieuse pour faire face à cette situation. Ce qui a pour conséquence:

a)

de donner la priorité à des réformes à fort impact qui ne nécessitent pas de nouveaux financements majeurs, tout en veillant à ce qu’aucune solution efficace ne soit a priori écartée;

b)

d’utiliser plus judicieusement les instruments existants avant d’en créer de nouveaux;

c)

de cibler les biens publics européens présentant une valeur ajoutée manifeste, tels que le réseau électrique ou les capacités de défense stratégiques;

d)

de veiller à ce que toute nouvelle initiative renforce et non fragmente le marché unique; et

e)

de reconnaître que les dépenses en matière de défense sont nécessaires, mais qu’elles ne doivent pas remplacer les investissements dans le capital humain, la défense de la démocratie et la cohésion sociale, qui sont essentiels à la résilience à long terme de l’Europe.

4. Observations et recommandations particulières

4.1.

La voie que nous allons suivre nécessitera de l’audace, du pragmatisme et de l’engagement. Si les défis sont immenses, ils offrent aussi des possibilités de renforcer la compétitivité et la cohésion européennes. La réussite passera par une hiérarchisation rigoureuse des priorités, une mise en œuvre efficace et un engagement durable en faveur de l’efficacité du marché et de l’inclusion sociale.

4.2.

Des travaux de recherche récents (8) montrent que l’incidence de l’inflation varie fortement selon les groupes de revenus et les régions de l’Union. Cette hétérogénéité exige une réponse politique plus nuancée et plus ciblée que des mesures standard déployées à grande échelle. Par ailleurs, si les indicateurs macroéconomiques suggèrent une amélioration, des augmentations significatives du coût général de la vie et des inégalités régionales persistantes indiquent qu’il existe toujours des difficultés.

4.3.

L’Union devrait mettre au point un système renforcé de collecte de données pour mieux adapter les réponses politiques aux chocs de prix. Une telle approche permettrait non seulement de combler le fossé de gouvernance entre la politique monétaire et les interventions sectorielles, en apportant des réponses plus ciblées et plus efficaces aux chocs de l’offre, mais aussi de s’assurer que les mécanismes de marché restent la principale méthode de fixation des prix.

4.4.

La politique de cohésion doit évoluer pour s’attaquer à la fois aux disparités régionales anciennes et aux nouveaux défis des transitions écologique et numérique. Cette démarche exige:

a)

une réforme des instruments de cohésion, notamment:

une plus grande flexibilité, tout en maintenant une orientation stratégique à long terme;

une coordination renforcée entre le financement de la cohésion et d’autres instruments de l’Union, en particulier la facilité pour la reprise et la résilience (FRR); et

une priorité ciblant plus clairement le renforcement des capacités dans les régions moins développées;

b)

de nouvelles approches en matière de développement territorial, comme:

un soutien aux écosystèmes régionaux de l’innovation;

un accent plus net sur la coopération transfrontalière et interrégionale;

l’intégration des objectifs de cohésion dans la gouvernance économique plus large de l’Union;

c)

des actions visant à décentraliser la prise de décision, en veillant à ce que:

les collectivités locales et régionales jouissent d’une plus grande autonomie pour mettre en œuvre des politiques adaptées à leurs contextes économiques spécifiques;

le principe de partenariat soit plus largement ancré dans le processus;

la société civile et les partenaires sociaux soient consultés tout au long du cycle politique, de la conception à la mise en œuvre et au suivi.

4.5.

Dans la perspective du cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, l’Union européenne est confrontée à de nouvelles exigences dans des domaines tels que la défense, et ce alors même qu’elle doit répondre aux priorités ordinaires. L’évolution démographique et le vieillissement de la main-d’œuvre créent une nouvelle transition, silencieuse cette fois. Le CESE recommande:

a)

des priorités stratégiques en matière de financement, notamment:

de nouveaux mécanismes de financement des capacités de défense, dans les limites des traités;

un renforcement de la coordination entre les initiatives de l’Union en matière de défense et les dépenses nationales;

l’intégration de la politique industrielle de défense avec des objectifs plus larges en matière de compétitivité;

b)

une réforme du cadre financier pluriannuel, notamment:

des mécanismes plus souples pour les défis émergents;

de nouvelles ressources propres pour soutenir une action élargie au niveau de l’Union (9); et

une priorité plus affirmée accordée aux biens publics européens tout en maintenant un soutien essentiel à la cohésion et à l’agriculture.

4.6.

Une approche globale est nécessaire pour maintenir la compétitivité des entreprises européennes. Elle comprend notamment:

a)

des mesures de soutien immédiat, telles que:

une aide ciblée aux industries à forte intensité énergétique qui passent à des technologies plus propres;

le soutien aux PME pour qu’elles s’adaptent aux transitions économiques; et

une aide plus vigoureuse en faveur des exportations dans les secteurs stratégiques; et

b)

des initiatives en matière de compétitivité à long terme, telles que:

la réduction des charges administratives (à hauteur de 25 %, et 30 % pour les PME), conformément aux objectifs de la Commission;

une accélération de l’intégration du marché unique, en particulier dans le secteur des services;

des écosystèmes industriels européens dans des secteurs stratégiques; et

un soutien plus ferme accordé à l’innovation et à l’adoption des technologies.

4.7.

Ces recommandations reconnaissent que la lutte contre la crise du coût de la vie nécessite à la fois une action immédiate et des réformes structurelles à plus long terme. La réussite dépend d’une coordination minutieuse entre les différents domaines d’action et les niveaux de gouvernement, tout en continuant d’être extrêmement attentifs à la fois à l’efficacité et à l’équité. Un suivi et un ajustement réguliers des mesures sont essentiels pour s’assurer que celles-ci restent adaptées à leur finalité au fur et à mesure de l’évolution des circonstances. Pour y parvenir, il est crucial de renforcer les mécanismes de consultation des parties prenantes avec la société civile et les partenaires sociaux.

Bruxelles, le 30 avril 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) CCMI/239 — Réindustrialisation de l’Europe — opportunités pour les entreprises, les travailleurs et les citoyens dans le contexte de la crise du coût de la vie (en cours); Avis du CESE sur le thème «Sortir des crises — Mesures en faveur d’une économie européenne résiliente, cohésive et inclusive»; Avis du CESE sur le thème «De la contribution des dysfonctionnements du marché unique à la hausse du coût de la vie» (JO C, C/2025/3189, 24.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3189/oj); Avis du CESE sur le thème «Supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles tout en garantissant la compétitivité de l’Europe, en atténuant la crise du coût de la vie et en favorisant une transition juste» (JO C, C/2025/3191, 24.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3191/oj); REX/596 — Fragmentation des chaînes d’approvisionnement et incidence sur le coût de la vie (en cours) SOC/823 — Comment faire face à la perte de pouvoir d’achat et au risque de creusement des inégalités, d’exclusion et de marginalisation (en cours); Avis du CESE sur le thème «Hausses des prix dans les secteurs des transports, de l’énergie et du logement: le rôle de services publics de qualité dans la lutte contre le coût élevé de la vie» (JO C, C/2025/3192, 24.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3192/oj).

(2) ECO/660 — Recommandations de la société civile organisée pour faire face à la crise du coût de la vie (en cours).

(3) Le budget à long terme de l’Union pour 2021-2027, additionné à celui de l’instrument de relance NextGenerationEU, représente 2 018 000 milliards d’EUR aux prix actuels — voir le budget actuel de l’UE.

(4) Avis du Comité économique et social européen — Un fonds d’investissement de l’UE en faveur de la résilience économique et de la compétitivité durable (avis d’initiative) (JO C, C/2024/6862, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6862/oj).

(5) L’ORATE développe déjà des recherches de ce type, et elles sont destinées à être utilisées.

(6) « Tracking euro area wages in exceptional times » («Suivi des salaires de la zone euro dans des circonstances exceptionnelles», en anglais).

(7) «Can Price Controls be Optimal? The Economics of the Energy Shock in Germany («Les contrôles de prix peuvent-ils être optimaux? Conséquences économiques du choc énergétique en Allemagne»), Forum for a New Economy.

(8) Voir notamment: « Inflation inequality in the European Union and its drivers » (Bruegel, 2024); « The unequal impact of the 2021-22 inflation surge on euro area households » (BCE, 2024); « The uneven impact of high inflation » (OCDE, 2023).

(9) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Un train de mesures adapté pour la prochaine génération de ressources propres» [COM(2023) 330 final] et sur la proposition modifiée de décision du Conseil modifiant la décision (UE, Euratom) 2020/2053 relative au système des ressources propres de l’Union européenne [COM(2023) 331 final — 2021/0430 (CNS)] (JO C, C/2024/884, 6.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/884/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3195/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)