Avis du Comité européen des régions — Comment une programmation intégrant les approches Leader et de développement local participatif pour l’après-2027 pourrait contribuer à une meilleure mise en œuvre de la vision à long terme pour les zones rurales de l’UE
| CELEX | 52024IR2569 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 20 février 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/1703 | 26.3.2025 |
Avis du Comité européen des régions — Comment une programmation intégrant les approches Leader et de développement local participatif pour l’après-2027 pourrait contribuer à une meilleure mise en œuvre de la vision à long terme pour les zones rurales de l’UE
(C/2025/1703)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
Observations générales
| 1. | constate que les zones rurales, qui représentent quelque 80 % du territoire européen, sont souvent confrontées à un sentiment croissant de marginalisation, qui s’accompagne d’une montée de l’euroscepticisme; |
| 2. | note que depuis 1991, dans les zones rurales, la méthode Leader, qui a été ultérieurement couverte par l’instrument politique DLAL (développement local mené par les acteurs locaux), par l’intermédiaire des groupes d’action locale (GAL), a démontré sa capacité à mobiliser et autonomiser des acteurs locaux autour de stratégies innovantes et adaptées, contribuant ainsi à la réalisation des objectifs européens à travers des initiatives ancrées dans les réalités locales de ces zones; |
| 3. | souligne la valeur ajoutée démocratique qu’apportent ces approches territoriales. En renforçant l’implication directe des communautés locales dans la définition de leur propre développement, le DLAL contribue à soutenir les valeurs fondamentales de l’UE, telles que la participation citoyenne et la cohésion sociale. La présence des GAL dans les zones rurales est une véritable vitrine de l’Union européenne. C’est par les GAL que la majorité des acteurs ruraux tissent un lien avec cette dernière. Le constat est partagé par le nouveau Bauhaus européen qui reconnaît aussi que l’échelle locale «est la bonne fenêtre d’action, où les résultats peuvent être immédiatement mis en œuvre, vus et ressentis, et où différents domaines d’action peuvent être fusionnés dans une approche holistique» (1); |
| 4. | déplore qu’ait été manquée l’occasion de conférer à la «Vision à long terme pour les zones rurales de l’Union européenne» un caractère officiel au moyen d’un livre blanc qui donne l’autorité voulue sur le plan organisationnel, et qu’un agenda de l’Union européenne pour les régions rurales continue de faire défaut, bien que le Parlement européen en ait fait état dans sa résolution du 3 octobre 2018; déplore par ailleurs que la Commission ait tardé à publier sa communication et ainsi empêché de l’intégrer pleinement dans le cadre de programmation actuel; constate avec inquiétude que l’accent mis sur les principes du développement territorial intégré et du développement local participatif (DLAL) demeure limité; |
| 5. | regrette qu’en l’état actuel, les zones rurales, pourtant véritables vitrines pour l’Europe, soient encore trop souvent marginalisées. Confrontés à des défis persistants tels que l’évolution démographique, la transition numérique, la nécessité de développer une agriculture durable produisant des denrées alimentaires abordables et de qualité, ainsi que l’adaptation au changement climatique, ces territoires souffrent d’une coordination insuffisante des politiques. Cela entraîne des retards significatifs en matière de participation démocratique, et d’accès aux services de base, aux infrastructures et à l’emploi (2). Cette situation fragilise l’image de l’Europe, compromet les efforts visant à renforcer la cohésion économique, sociale et territoriale entre les régions de l’Union, et alimente un euroscepticisme préoccupant, menaçant ainsi l’unité et la stabilité de l’Union; |
| 6. | souhaite, à la lumière des études et rapports (3) récents, renforcer et mieux cibler les politiques territoriales («place-based») via le renforcement des capacités de l’instrument DLAL-Leader afin de répondre aux demandes croissantes en matière de développement rural et de cohésion territoriale. Ces programmes ont prouvé leur efficacité dans l’autonomisation des territoires ruraux, mais ils doivent désormais être adaptés pour répondre aux défis de demain; |
| 7. | insiste sur le fait que le DLAL-Leader, en tant qu’outil déjà ancré et connu dans tous les territoires ruraux d’Europe, devrait s’intégrer pleinement dans la Vision à long terme en faveur des zones rurales (LTVRA) et faire en sorte que celle-ci atteigne ses objectifs; fait valoir qu’un renforcement des instruments intégrés taillés sur mesure, tel que le développement local participatif, favorise l’acceptation de cette politique dans les régions et contribue à promouvoir des approches territorialisées dans le cadre de la politique de cohésion; |
| 8. | invite les États membres à tirer pleinement parti des capacités de DLAL-Leader et rappelle la nécessité de maintenir un niveau de financement suffisant en faveur de ce programme, afin de préserver et de rétablir des économies rurales locales florissantes et prospères; |
| 9. | demande d’inscrire cette réflexion dans un cadre plus large, celui de la fragmentation des financements européens destinés aux zones rurales. Le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) a beau être historiquement celui qui a le plus contribué au développement des zones rurales, l’augmentation des objectifs de la Politique agricole commune des dernières années a laissé très peu de place aux infrastructures et services ruraux, ou plus généralement au développement local; |
| 10. | demande à la Commission de veiller à ce que tous les États membres tiennent dûment compte de la dimension territoriale rurale, intégrée et participative, et d’en évaluer la mise en œuvre et les incidences dans le cadre des plans stratégiques relevant de la politique agricole commune, des accords de partenariat pour les programmes de la politique de cohésion et des plans pour la reprise et la résilience; |
| 11. | considère que d’autres fonds offrent des opportunités et des solutions aux zones rurales: le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen plus (FSE+) ou encore le Fonds pour une transition juste (FTJ); |
| 12. | demande que tous les fonds structurels européens soutiennent la création d’emplois, l’inclusion sociale, les services aux populations rurales, l’innovation et la compétitivité dans l’économie rurale, et fournissent des infrastructures appropriées aux collectivités rurales, dont des logements décents et abordables en nombre suffisant. Il convient d’affecter une partie de ces fonds au renforcement des approches territoriales dans les zones rurales grâce au DLAL pour le développement rural non agricole, afin de compléter les actions soutenues dans le cadre de l’approche Leader. Il s’agira également d’un moyen important pour lutter contre la géographie du mécontentement; |
| 13. | tient pour absolument nécessaire de simplifier l’accès aux financements de l’Union et les procédures dans le cadre d’une approche cohérente et souple de développement territorial, en particulier pour les zones rurales, tout en continuant de faire valoir les principes de gouvernance à plusieurs niveaux et de partenariat, notamment dans la perspective d’une Union européenne élargie à l’avenir; |
Faciliter l’accès aux financements pour les zones rurales
| 14. | souligne l’importance de développer une approche cohérente et flexible des financements territoriaux, en simplifiant et en fluidifiant l’accès aux financements européens via une approche intégrée entre les différents fonds; |
| 15. | recommande de promouvoir l’utilisation des financements de type multi-fonds en attendant une nouvelle approche, tout en réduisant en priorité la charge administrative excessive associée aux procédures actuelles; |
| 16. | recommande d’encourager les AG à s’inspirer des bonnes pratiques en matière de financements Leader plus souples pour la fin de la programmation 2021-2027; |
| 17. | propose d’instaurer de nouveaux outils de mise en œuvre afin de renforcer le soutien au développement local mené par les acteurs locaux (DLAL-Leader) dans les 27 États membres après 2027. Ces outils reposeraient sur un principe de «pot commun», incluant: a) un fonds chef de file dont le règlement de gestion s’appliquerait aux contributions des autres fonds mobilisés, tels que le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen Plus (FSE+), et le Fonds pour une transition juste (FTJ); b) une réglementation simplifiée pour les petits projets, visant à réduire les charges administratives pesant sur les bénéficiaires et à favoriser l’accès aux financements pour des initiatives locales innovantes et adaptées aux besoins spécifiques des territoires. L’utilisation des paiements forfaitaires, qui a démontré son efficacité dans des pays comme l’Estonie et la Pologne, serait à privilégier; c) un pourcentage obligatoire de financement dédié au DLAL dans chaque fonds concerné («ring-fencing»), garantissant ainsi un soutien significatif aux territoires les plus vulnérables, notamment les zones rurales, périurbaines, montagneuses, insulaires et frontalières. Ce nouveau mode de gestion donnerait pleinement vie au Traité de Lisbonne en renforçant la cohésion territoriale et favoriserait une consommation plus efficace des enveloppes financières accordées aux États, en particulier dans les zones rurales; |
S’appuyer sur la dynamique des GAL et engager les parties prenantes
| 18. | appelle à valoriser le rôle stratégique des GAL au niveau national et régional, certains étant en activité depuis 1991, comme vecteurs de solutions innovantes et adaptées aux besoins des territoires ruraux. Ces entités locales, composées d’experts du terrain, possèdent une connaissance approfondie des spécificités locales et des leviers de développement; |
| 19. | encourage les AG à accorder aux GAL une plus grande reconnaissance institutionnelle et à les soutenir dans leur démarche de mise en place de stratégie de développement rural. Les GAL doivent avoir à leur disposition des moyens renforcés et une autonomie accrue pour qu’ils puissent maximiser leur impact territorial. Leur rôle dépasse la simple réalisation de projets: ils sont des acteurs essentiels de la cohésion territoriale et de la création de réseaux locaux; |
| 20. | fait valoir qu’il s’impose de prévoir des contrôles appropriés concernant les GAL, dont il y a lieu de vérifier les actions afin de favoriser l’accès à leur gestion dans des conditions d’égalité, en fonction du mérite et de la réalisation des objectifs; |
| 21. | invite à encourager les autorités de gestion à continuer à adopter une approche plus globale et participative du développement rural. L’objectif final des AG doit se recentrer sur la cohésion et le développement des territoires. Pour cela, l’ingénierie administrative et financière en milieu rural doit être renforcée; |
| 22. | appelle à encourager la participation plus large de représentants de la société civile au sein des GAL, au-delà des experts et représentants des secteurs privé et public déjà présents; |
| 23. | invite à associer davantage les femmes aux organes décisionnels des projets Leader et au développement local participatif (DLAL), et encourage toutes les tranches d’âge de la société, des plus jeunes aux plus âgées, à prendre part à la planification et à la conception des projets; |
| 24. | encourage à insister davantage sur le fait que, dans le cadre de Leader, l’innovation peut être favorisée, en accordant un soutien à des projets novateurs, sans pour autant créer de nouvelles formalités administratives; |
| 25. | propose de renforcer les efforts de communication et d’éducation autour du DLAL-Leader, afin de permettre aux acteurs locaux d’en saisir pleinement les avantages. Les autorités locales, en particulier dans les régions rurales et éloignées, doivent être mieux informées des possibilités offertes par l’approche pour les soutenir dans l’accès aux fonds européens; |
| 26. | propose de mettre en place des programmes de formation dédiés aux acteurs locaux, notamment pour les animateurs Leader et les élus, afin de renforcer leurs compétences en matière de DLAL-Leader. Ces formations doivent à la fois permettre de mieux comprendre les outils à leur disposition, favoriser la stabilité de la gestion des projets et assurer la continuité des équipes, tout en mettant l’accent sur les stratégies intégrées de développement rural. Cette démarche devrait se centrer sur l’innovation, l’acquisition de compétences, des approches plurifonds et un recours efficace aux dispositifs DLAL-Leader pour encourager un développement rural durable; insiste vivement pour que le financement de l’ingénierie territoriale soit rendu possible pour les porteurs de projets ruraux afin de favoriser la résilience économique et écologique; |
| 27. | appelle à développer des programmes d’accompagnement sur mesure pour les GAL, les associations locales et autres bénéficiaires potentiels, afin de les sensibiliser davantage à l’utilisation des fonds de la politique de cohésion et de faciliter la mise en œuvre des projets au niveau local, jusqu’à la fin de la programmation 2021-2027; |
| 28. | propose de créer après 2027 des programmes de formation auxquels pourront accéder tous les acteurs ruraux, y compris les autorités de gestion des fonds européens, les élus locaux, les groupes d’action locale et d’autres parties prenantes. Lesdits programmes doivent traduire les principes fondamentaux de DLAL-Leader dans les pratiques, s’employer à donner les moyens d’agir et promouvoir le management horizontal, la prise de décision et l’organisation décentralisée; |
| 29. | invite à encourager la formation continue pour pallier la mobilité fréquente des animateurs Leader, en particulier dans les pays où cette mobilité est plus marquée, et améliorer la gestion locale des fonds par une meilleure compréhension des mécanismes de financement et de gouvernance territoriale; |
Faire preuve d’une plus grande confiance envers le DLAL et Leader
| 30. | appelle à promouvoir la confiance mutuelle entre les parties prenantes pour renforcer l’efficacité du DLAL qui, via Leader notamment, a démontré sa flexibilité et son efficacité dans plusieurs États membres, en particulier là où les gouvernements et collectivités locales leur font confiance. Cette confiance est essentielle pour une mise en œuvre réussie de ces outils territoriaux; |
| 31. | invite à proposer un accord de confiance mutuelle entre la Commission, les États membres, les autorités de gestion, les groupes d’action locale (GAL), et les porteurs de projets. Cet accord doit viser à éviter la surréglementation et à réduire l’excès de normes, et à faire en sorte que les différents échelons de gouvernement s’abstiennent d’exiger de plus en plus de contrôles, tout en assurant une gestion rigoureuse des fonds. Il s’agit de trouver un équilibre entre protection contre les risques et fluidité de l’accès aux financements européens; |
| 32. | propose d’encourager l’utilisation des mécanismes de préfinancement et d’avance pour les petits projets dans tous les États membres, en particulier ceux portés par des entrepreneurs, associations ou PME. Actuellement, le financement de ces projets est souvent remboursé après la réalisation des travaux, ce qui constitue un frein pour certains acteurs locaux qui n’ont pas la capacité financière d’avancer les fonds nécessaires; |
| 33. | invite à partager l’expérience des États membres qui utilisent déjà les options de préfinancement avec ceux où cette pratique est moins courante, afin d’en encourager l’usage généralisé. De plus, demande l’instauration d’un mécanisme garantissant le paiement systématique d’un acompte représentant 80 % de la subvention accordée, dès l’approbation du projet; Ce dispositif vise à réduire les difficultés de trésorerie rencontrées par les porteurs de projets, notamment dans les zones rurales et les territoires les plus vulnérables, tout en renforçant l’efficacité et l’accessibilité des financements européens; |
Accroître l’autonomie locale tout en renforçant les contrôles au niveau européen
| 34. | appelle à encourager et à renforcer l’utilisation du test rural dans l’élaboration des législations et cadres institutionnels européens, notamment dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel, ainsi qu’au sein des politiques nationales et régionales des États membres; |
| 35. | propose que toutes les directions générales pertinentes de la Commission soient impliquées dans une évaluation de l’impact territorial des politiques dont elles ont la responsabilité, au moins deux fois par période de programmation. Ces évaluations permettraient d’établir une base de référence plus précise et d’identifier les pistes d’amélioration pour mieux intégrer les spécificités des territoires ruraux dans les politiques européennes; |
| 36. | encourage les États membres à réaliser des évaluations approfondies de leurs politiques internes en matière de développement rural, selon une méthodologie commune qu’il appartiendra à la Commission de proposer. Ces évaluations garantiront une meilleure prise en compte des besoins ruraux et elles renforceront la cohérence des politiques nationales et européennes; |
| 37. | recommande qu’une étude soit menée pour établir si une approche fondée sur la performance pourrait contribuer à accroître l’efficacité des politiques en faveur des zones rurales. Cela impliquerait de lier une partie des financements à la réalisation d’objectifs spécifiques et mesurables, afin de garantir que les ressources sont allouées là où elles produisent un impact réel et durable. |
Bruxelles, le 20 février 2025.
La présidente
du Comité européen des régions
Kata TÜTTŐ
(1) Nouveau Bauhaus européen, 2023, p. 6.
(2) Perpiña Castillo, C., Jacobs-Crisioni, C., Barranco, R., Curtale, R., Kompil, M., Vallecillo, S., Auteri, D. et Dijkstra, L., Opportunities and challenges for remote rural areas in the European Union (Occasions et défis pour les zones rurales de l’Union européenne), Commission européenne, Ispra, 2023, JRC135398; Vilcu, R., Van den Bossche, L., Altman, N., Ziegler, V., Salle, E., Zomer, B. (2023); Empowering rural areas in multi-level governance processes (Donner aux zones rurales les moyens pour agir dans les processus de gouvernance à niveaux multiples), document de prise de position SHERPA.
(3) Commission européenne, direction générale de l’agriculture et du développement rural Evaluation on the impact of LEADER on Balanced Territorial Development (Évaluation de l’impact de Leader sur un développement territorial équilibré), document de travail des services de la Commission, 2024.
Commission européenne, direction générale de l’agriculture et du développement rural, Münch, A., Gorny, H., Badouix, M., Gaugitsch, R. et al., Study on funding for EU rural areas – Final report (Étude sur le financement pour les zones rurales de l’UE — rapport final), Office des publications de l’Union européenne, 2024.
Commission européenne, direction générale de la politique régionale et urbaine, Commission staff working document Accompanying the document Communication from the Commission to the European Parliament, the Council, the European Economic and Social Committee and the Committee of the Regions on the 9th Cohesion Report (document de travail des services de la Commission accompagnant le document «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur le 9e rapport sur la cohésion»).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1703/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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