COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 24.7.2024
SWD(2024) 810 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2024 sur l'état de droit
Chapitre consacré à la situation de l'état de droit en France
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2024 sur l'état de droit
La situation de l'état de droit dans l'Union européenne
{COM(2024) 800 final} - {SWD(2024) 801 final} - {SWD(2024) 802 final} - {SWD(2024) 803 final} - {SWD(2024) 804 final} - {SWD(2024) 805 final} - {SWD(2024) 806 final} - {SWD(2024) 807 final} - {SWD(2024) 808 final} - {SWD(2024) 809 final} - {SWD(2024) 811 final} - {SWD(2024) 812 final} - {SWD(2024) 813 final} - {SWD(2024) 814 final} - {SWD(2024) 815 final} - {SWD(2024) 816 final} - {SWD(2024) 817 final} - {SWD(2024) 818 final} - {SWD(2024) 819 final} - {SWD(2024) 820 final} - {SWD(2024) 821 final} - {SWD(2024) 822 final} - {SWD(2024) 823 final} - {SWD(2024) 824 final} - {SWD(2024) 825 final} - {SWD(2024) 826 final} - {SWD(2024) 827 final} - {SWD(2024) 828 final} - {SWD(2024) 829 final} - {SWD(2024) 830 final} - {SWD(2024) 831 final}
Résumé
Deux lois importantes relatives au système de justice ont été adoptées en novembre 2023: l’une sur le statut de la magistrature, réformant les régimes disciplinaire et de recrutement des magistrats, et l’autre donnant lieu à une augmentation substantielle des ressources humaines au sein du système de justice et rendant la profession de magistrat plus attrayante. Cette législation habilite également le gouvernement à refondre le code de procédure pénale, inclut de nouvelles dispositions sur les procédures pénales et encourage le règlement amiable des litiges. Des efforts supplémentaires ont été déployés en ce qui concerne la numérisation des procédures judiciaires et l’accès en ligne aux décisions de justice a progressé. D’une manière générale, la durée des procédures judiciaires a encore diminué.
Le plan national de lutte contre la corruption pour la période 2024-2027 est en cours d’élaboration. Des résultats significatifs continuent d’être obtenus en matière de poursuite et de jugement des affaires de corruption, bien que des préoccupations existent en ce qui concerne les ressources. La mise en œuvre de mesures de probité dans les secteurs privé et public, notamment les déclarations d’intérêts et de patrimoine des agents publics, ainsi que les fonds publics utilisés par les partis et responsables politiques, ont continué d’être contrôlés, même si la charge de travail accrue ou les ressources limitées peuvent représenter des difficultés pour les institutions concernées. Des lignes directrices relatives au répertoire des représentants d’intérêts sont entrées en vigueur, le nombre de demandes en matière d’éthique émanant de députés a augmenté et des mesures de probité applicables aux fonctionnaires de police et aux juges continuent d’être appliquées, même s’il subsiste certaines préoccupations. De nouveaux instruments ont été mis au point pour suivre les signalements et fournir des conseils aux lanceurs d’alerte potentiels. Les marchés publics constituent une priorité pour les autorités chargées des poursuites, étant donné qu’il s’agit d’un domaine présentant un risque élevé de corruption.
Des règles sont en place pour garantir le fonctionnement efficace et autonome de l’autorité indépendante de régulation des médias (ARCOM) ainsi qu’un financement adéquat de celle-ci. Aucune nouvelle mesure n’a été prise pour améliorer la transparence de la propriété des médias, en particulier pour ce qui est des structures d’actionnariat complexes. Les médias de service public maintiennent leur indépendance grâce à des garde-fous bien établis, tandis que le plan gouvernemental de réforme des médias publics est pour l’instant reporté. Bien que des garanties soient en place pour assurer la sécurité des journalistes, les agressions et les menaces à leur encontre se poursuivent.
Le gouvernement a continué de recourir largement aux procédures législatives accélérées. Plusieurs outils ont été mis en place pour accroître la participation des citoyens au processus législatif. Le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sont confrontés à une augmentation constante de leur charge de travail, qui n’est pas toujours suivie d’un accroissement des ressources. Si l’environnement financier des organisations de la société civile reste favorable, les parties intéressées ont fait part de leurs préoccupations quant à l’octroi et à la possibilité de retrait des subventions publiques. Les juridictions et les experts ont rappelé que les manifestations devaient se dérouler dans un environnement sûr.
Recommandations
Dans l’ensemble, en ce qui concerne les recommandations figurant dans le rapport 2023 sur l’état de droit, la France:
·a accompli certains progrès supplémentaires concernant l’achèvement des projets en cours visant à la numérisation complète des procédures civiles et pénales;
·a accompli de nouveaux progrès significatifs pour ce qui est de garantir au système de justice des ressources humaines suffisantes, notamment en achevant le développement des outils de mesure de la charge de travail afin de mieux évaluer les besoins;
·a accompli certains progrès pour ce qui est de faire en sorte que les règles relatives aux activités de représentation d’intérêts soient appliquées de manière cohérente à tous les acteurs concernés, y compris au plus haut niveau de l’exécutif;
·n’a accompli aucun progrès pour ce qui est d’intensifier les efforts en vue d’améliorer la transparence en matière de propriété des médias, en particulier en ce qui concerne les structures d’actionnariat complexes, en s’appuyant sur les garanties juridiques existantes.
Sur cette base, et eu égard aux autres évolutions intervenues au cours de la période de référence, il est recommandé à la France de prendre les mesures suivantes:
·poursuivre encore ses efforts afin d’achever les projets en cours visant à la numérisation complète des procédures civiles et pénales;
·intensifier ses efforts pour faire en sorte que les règles relatives aux activités de représentation d’intérêts soient appliquées de manière cohérente à tous les acteurs concernés, y compris au plus haut niveau de l’exécutif;
·intensifier ses efforts pour améliorer la transparence en matière de propriété des médias, en particulier en ce qui concerne les structures d’actionnariat complexes, en s’appuyant sur les garanties juridiques existantes.
I.Système de justice
Le système de justice est composé de deux branches autonomes de juridictions: les juridictions de droit commun compétentes en matière civile et pénale, d’une part, et les juridictions administratives, d’autre part. Ces deux branches se composent de trois niveaux de juridictions, à savoir les tribunaux de première instance, les cours d’appel et une juridiction suprême (la Cour de cassation et le Conseil d’État, respectivement). Le Conseil d’État possède également une branche consultative qui rend des avis sur les projets de loi et il est chargé de la gestion des tribunaux administratifs et des cours d’appel. Le Conseil supérieur de la magistrature joue un rôle important dans la protection de l’indépendance de la justice: il désigne les candidats aux hautes fonctions juridictionnelles et, en ce qui concerne la nomination des juges par le ministre de la justice, émet des avis contraignants . Le parquet fait partie de l’appareil judiciaire et est placé sous l’autorité du ministre de la justice . Ce dernier peut adresser des instructions générales en matière de politique pénale, mais ne peut donner aucune instruction dans des affaires individuelles . En outre, le Conseil constitutionnel est compétent pour contrôler la constitutionnalité des lois. La France participe au Parquet européen. Les avocats sont représentés par différents barreaux dans toute la France.
Indépendance
Le degré d’indépendance de la justice en France reste perçu comme moyen parmi le grand public et les entreprises. Au total, 54 % du grand public et 48 % des entreprises avaient une perception «plutôt satisfaisante» ou «très satisfaisante» du degré d’indépendance des juridictions et des juges en 2024 . Le degré de perception de l’indépendance de la justice parmi le grand public a légèrement augmenté par rapport à 2023 (53 %), bien qu’il reste inférieur à celui de 2020 (56 %). Le degré de perception de l’indépendance de la justice parmi les entreprises a augmenté par rapport à 2023 (46 %), bien qu’il reste inférieur à celui de 2020 (68 %) .
Une loi réformant le statut des magistrats, y compris leur régime disciplinaire, a été adoptée. Cette loi clarifie la définition de la «faute disciplinaire» , conformément à la pratique du Conseil supérieur de la magistrature, tout en prévoyant un ajustement des différentes sanctions . En vertu de cette loi, le Conseil supérieur de la magistrature est habilité à rédiger et à adopter une charte de déontologie pour les magistrats et à évaluer, sous l’angle disciplinaire, la démission des magistrats en vue de rejoindre le secteur privé. Cette loi simplifie également les conditions de recevabilité des plaintes déposées contre des juges auprès du Conseil supérieur de la magistrature et renforce les pouvoirs d’enquête du groupe du Conseil statuant sur la recevabilité de ces plaintes , afin d’accroître la confiance des citoyens dans le système judiciaire . Elle prévoit en outre que toutes les décisions du groupe du Conseil statuant sur la recevabilité des plaintes déposées par les justiciables doivent être communiquées au ministre de la justice . Cela ne reflète pas les recommandations de la Commission de Venise et du GRECO de transférer le pouvoir d’engager d’office une procédure disciplinaire du ministre de la justice au Conseil supérieur de la magistrature , un changement qui est considéré comme anticonstitutionnel par le ministère de la justice . Le 26 janvier 2024, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a demandé une nouvelle fois à la France d’entreprendre de nouvelles réformes législatives et constitutionnelles afin de donner suite aux recommandations de la Commission de Venise concernant le Conseil supérieur de la magistrature. Parmi les recommandations qui n’ont pas été prises en compte jusqu’à présent par la France figure également la modification de la composition du Conseil , qui exigerait une modification de la Constitution. Les réformes constitutionnelles relatives au statut des procureurs, en ce qui concerne tant leur régime disciplinaire que les règles de nomination, n’ont pas progressé, malgré les appels lancés par les États généraux de la justice à renforcer l’impartialité dans la nomination et la gestion des procureurs .
La procédure ouverte contre le ministre de la justice a été clôturée. Le ministre a été déclaré non coupable des charges retenues contre lui et a donc été relaxé par la Cour de justice de la République (CJR) le 29 novembre 2023 . Plus généralement, il s’agit d’un tribunal d’exception et, en raison de son mandat spécifique, de sa composition et de sa place en dehors du système de justice ordinaire, le Comité des États généraux de la justice, ainsi que deux projets antérieurs de loi constitutionnelle ont proposé d’abolir la CJR .
Qualité
De nouveaux progrès significatifs ont été accomplis en ce qui concerne l’augmentation des ressources humaines du système de justice, avec l’adoption de la loi d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027, et des efforts considérables ont été déployés pour accroître l’attrait des carrières judiciaires. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait à la France de «poursuivre encore les efforts déployés pour garantir au système de justice des ressources humaines suffisantes, notamment en achevant le développement des outils de mesure de la charge de travail afin de mieux évaluer les besoins» . Cette nouvelle loi , inspirée par les travaux des États généraux de la justice, porte le budget de l’appareil judiciaire de 9,5 milliards d’EUR en 2023 à 10,7 milliards d’EUR en 2027 . Cette augmentation permettra de financer, d’ici à 2027, 10 000 emplois supplémentaires en équivalents temps plein, dont 1 500 postes de magistrats et 1 800 postes de greffiers . Par rapport aux années précédentes, il s’agit d’une augmentation importante, conforme aux recommandations formulées par les États généraux de la justice. Des outils de mesure de la charge de travail du système judiciaire, actuellement en cours de développement, devraient permettre d’évaluer plus précisément le nombre de magistrats et d’agents d’appui nécessaires pour garantir la viabilité du système de justice . La rémunération des magistrats au sein du pouvoir judiciaire (juridictions civiles et pénales) a été considérablement revue à la hausse, afin de rendre la profession plus attrayante. Elle est désormais alignée sur la rémunération des magistrats des juridictions administratives . Les équipes chargées d’apporter un soutien aux magistrats sont renforcées par le recrutement d’«attachés de justice» nouvellement créés (dotés de compétences élargies par rapport aux assistants judiciaires actuels) et d’assistants spécialisés . Pour attirer davantage de candidats aux carrières judiciaires, la loi relative à l’ouverture, à la modernisation et à la responsabilité du corps judiciaire complète et simplifie également les procédures pour devenir magistrat. Elle prévoit en particulier un nouveau concours pour les praticiens du droit, y compris les avocats . Elle modernise aussi la carrière des magistrats, en prévoyant de nouvelles règles en matière d’évaluation , de promotion et de représentation des magistrats et en améliorant le dialogue social . Grâce aux efforts considérables déployés pour renforcer les ressources humaines et accroître l’attrait des carrières judiciaires, de nouveaux progrès significatifs ont été accomplis en ce qui concerne la recommandation formulée dans le rapport 2023 sur l’état de droit.
Certains progrès supplémentaires ont été accomplis en ce qui concerne la numérisation des procédures judiciaires. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait à la France de «poursuivre les efforts afin d’achever les projets en cours visant la numérisation complète des procédures judiciaires civiles et pénales» . La France reste parmi les États membres les moins bien classés en ce qui concerne l’utilisation des outils numériques par les tribunaux et les parquets, ainsi que les outils de communication électronique sécurisés mis à leur disposition . Toutefois, des progrès ont été accomplis dans la mise en œuvre de la procédure pénale numérique , un projet visant à numériser toutes les étapes des procédures pénales . Portalis, qui remplace les applications jugées obsolètes, a été testé en 2023 dans neuf tribunaux du travail et sera étendu à tous les tribunaux du travail en 2024, ainsi qu’à toutes les procédures civiles dans les années à venir . Le développement des signatures électroniques et le déploiement du système d’information de l’aide juridictionnelle (SIAJ), qui permet de dématérialiser les procédures d’aide juridictionnelle , se sont également poursuivis. Le budget informatique du ministère des finances a plus que doublé depuis 2018 . Le nouveau plan de transformation numérique du système judiciaire pour la période 2023-2027 permettra aux juridictions de s’appuyer sur l’aide de 200 informaticiens nouvellement recrutés au niveau local . Par conséquent, certains progrès supplémentaires ont été accomplis en ce qui concerne les recommandations formulées dans les précédents rapports sur l’état de droit.
L’accès en ligne aux décisions de justice s’est encore amélioré. Conformément à la législation nationale , toutes les décisions rendues par les juridictions administratives sont accessibles au public. Les décisions de la Cour de cassation et des cours d’appel en matière civile ont été rendues disponibles et 770 000 d’entre elles étaient accessibles en tant que données ouvertes en décembre 2023 . Les décisions des juridictions civiles sont progressivement mises à disposition en ligne et le seront pour le 30 septembre 2025 au plus tard. Certaines décisions rendues en première et deuxième instances dans des affaires pénales sont disponibles en ligne . Les décisions en matière pénale devraient être entièrement en ligne respectivement à la fin de 2024 pour les décisions rendues en première instance et à la fin de 2025 pour les décisions rendues en deuxième instance .
Conformément au plan d’action pour la justice, lancé en janvier 2023 par le ministre de la justice, une nouvelle législation adoptée en 2023 favorise le règlement amiable des litiges afin de répondre aux recommandations des États généraux de la justice. La loi d’orientation et de programmation de la justice prévoit la refonte du code de procédure civile afin de clarifier les modes existants de règlement extrajudiciaire des litiges (REL) et envisage d’augmenter l’indemnisation des avocats dans le cadre du régime d’aide juridictionnelle lorsqu’ils recourent aux REL . Des décrets de juillet et de décembre 2023 prévoient deux nouvelles procédures: la possibilité pour le juge d’opter pour la césure du procès et l’introduction de l’audience en vue d’un règlement à l’amiable . Cette nouvelle procédure permet au juge d’aider les parties à parvenir à un accord . Des travaux sont en cours sur une nouvelle plateforme de règlement des petits litiges dans le domaine de la procédure précontentieuse. Son objectif serait de mettre les utilisateurs en contact les uns avec les autres pendant la phase de négociation et/ou de leur offrir les services d’un professionnel du règlement amiable, d’un conciliateur ou d’un médiateur .
La loi d’orientation et de programmation de la justice habilite également le gouvernement à refondre le code de procédure pénale et contient de nouvelles dispositions sur les procédures pénales. Conformément à la nouvelle loi, le gouvernement dispose de deux ans pour améliorer la clarté et la lisibilité du code (sans modifier le contenu des dispositions), comme l’ont demandé les États généraux de la justice. La loi prévoit aussi un certain nombre de nouvelles mesures visant à simplifier les procédures pénales, qui ont généralement été bien accueillies, à quelques exceptions près : parmi ces mesures figurent la possibilité pour un juge d’activer à distance un appareil connecté pour géolocaliser des personnes en temps réel dans le cadre de certaines enquêtes , la réforme du statut de témoin assisté, la limitation du recours à la détention provisoire si elle peut être évitée ou la possibilité de placer une personne sous bracelet électronique dans les cas où la détention provisoire est illégale .
Efficience
D’une manière générale, la durée des procédures judiciaires a encore diminué et les réformes du système de justice de 2023 devraient avoir une incidence positive sur l’efficience du système de justice et sur la durée globale des procédures. En 2022, la durée d’écoulement du stock d’affaires pendantes pour les affaires civiles, commerciales, administratives et autres en première instance a considérablement diminué, passant de 440 à 297 jours, tandis qu’elle est passée de 495 à 333 jours pour les affaires civiles et commerciales contentieuses en première instance . Après une baisse significative en 2021, le temps estimé nécessaire pour trancher les affaires administratives en première instance a légèrement augmenté . Toutefois, en ce qui concerne les affaires de corruption, la durée moyenne des affaires en première instance est particulièrement élevée et a encore augmenté . Dans l’ensemble, le nombre d’affaires pendantes reste généralement stable, à l’exception des affaires civiles et commerciales contentieuses . Les taux de variation du stock d’affaires pendantes ont légèrement diminué .
II.Cadre de lutte contre la corruption
Les autorités compétentes en matière de lutte contre la corruption comprennent l’Agence française anticorruption (AFA), qui élabore le plan pluriannuel de lutte contre la corruption, surveille sa mise en œuvre, aide les entités publiques et privées à prévenir et à détecter les faits de corruption, vérifie l’exécution des programmes de conformité judiciaire et a été désignée en tant qu’autorité externe de signalement pour les lanceurs d’alerte révélant des atteintes à la probité; la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de veiller à la probité des agents publics; et l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), un service de police spécialisé chargé des enquêtes sur les infractions économiques, y compris la corruption et le blanchiment de capitaux. Le parquet national financier (PNF) est compétent pour enquêter dans les affaires de corruption à haut niveau.
Les experts et les dirigeants d’entreprises perçoivent le niveau de corruption comme toujours relativement faible dans le secteur public. Dans l’indice de perception de la corruption 2023 établi par Transparency International, la France obtient un score de 71/100 et se classe au 10e rang dans l’Union européenne et au 20e rang dans le monde . Cette perception est restée relativement stable au cours des cinq dernières années . L’enquête «Eurobaromètre spécial» de 2024 sur la corruption montre que 70 % des personnes interrogées estiment que la corruption est répandue dans leur pays (moyenne de l’UE: 68 %) et que 13 % des personnes interrogées se sentent personnellement touchées par la corruption dans leur vie quotidienne (moyenne de l’UE: 27 %) . En ce qui concerne les entreprises, 62 % d’entre elles estiment que la corruption est répandue (moyenne de l’UE: 65 %) et 42 % estiment que la corruption est un problème dans le monde des affaires (moyenne de l’UE: 36 %) . En outre, 20 % des personnes interrogées estiment qu’il existe un nombre suffisant d’actions pénales ayant abouti à des condamnations pour décourager les pratiques de corruption (moyenne de l’UE: 32 %) , tandis que 36 % des entreprises estiment que les personnes et les entreprises poursuivies pour corruption d’un haut fonctionnaire sont sanctionnées de manière appropriée (moyenne de l’UE: 31 %) .
Le plan national de lutte contre la corruption pour la période 2024-2027 est en cours d’élaboration. À la suite d’une première consultation publique des parties prenantes , un groupe interministériel coordonné par l’AFA élabore actuellement le plan national de lutte contre la corruption pour la période 2024-2027 qui, selon le projet, devrait comprendre cinq piliers, à savoir: le lien entre la lutte contre la corruption et la criminalité organisée; la probité dans le secteur public; la déontologie dans le secteur privé; la détection et la répression; ainsi que l’action internationale . Le rapport final sur la mise en œuvre du précédent plan national de lutte contre la corruption (pour la période 2020-2022) n’est pas encore publié .
Des résultats significatifs continuent d’être obtenus en matière de poursuite et de jugement des affaires de corruption, bien que des préoccupations existent en ce qui concerne les ressources. En 2023, tant l’OCLCIFF que le PNF ont poursuivi leurs activités d’enquête et de poursuite. Le PNF a continué d’obtenir des résultats significatifs et a clôturé de nombreux dossiers . Il a traité un total de 781 procédures en 2023 (contre 708 en 2022), dont 300 procédures engagées et 234 clôturées ; certaines préoccupations subsistent quant à ses ressources limitées, notamment pour dispenser des formations et retenir les enquêteurs spécialisés . Le Parquet européen a enquêté sur trois affaires de corruption en 2023, ce qui représente environ 2 % du nombre total d’affaires du Parquet européen (en France) . Certaines lacunes subsistent en ce qui concerne les enquêtes et les poursuites dans les affaires de corruption transnationale , et certaines ONG ont exprimé des inquiétudes quant aux modalités de leur participation en tant que partie civile aux procès pénaux dans des affaires de corruption .
L’AFA a continué de suivre et de soutenir la mise en œuvre des mesures de probité dans les secteurs public et privé, avec une augmentation significative de sa charge de travail. En 2023, le nouveau directeur de l’AFA a été nommé, deux fonctionnaires supplémentaires ont été recrutés et l’AFA a promu une série d’outils et de formations destinés aux agents publics, aux acteurs économiques et aux représentants de la société civile . Par ailleurs, le nombre de signalements reçus par l’AFA a augmenté de 23 % par rapport à 2022 et l’AFA a également dû bénéficier d’un soutien externe de la part de sociétés d’audit pour continuer à suivre la mise en œuvre des programmes de probité tant dans les entités publiques que dans les sociétés privées . L’OCDE a constaté qu’aucune mesure n’avait été mise en œuvre en ce qui concerne les obligations de secret professionnel opposées à l’AFA, qu’elle avait identifiées comme un obstacle potentiel à ses audits .
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a continué de contrôler la probité des agents publics, y compris pour ce qui est de leurs déclarations d’intérêts et de patrimoine, ainsi que des questions liées au pantouflage, bien qu’avec des ressources limitées. En 2023, la HATVP a examiné à peu près le même pourcentage de déclarations d’intérêts et de patrimoine que l’année précédente (environ 40 % des déclarations reçues) et a transmis certains dossiers au parquet en vue d’un examen pénal . La HATVP a continué de dispenser des formations et a émis 384 avis, à l’intention d’agents publics, concernant la mobilité professionnelle (entre le secteur public et le secteur privé) , même si, selon elle, tous les cas n’ont pas pu faire l’objet d’un suivi approprié en raison de ses ressources limitées .
Les fonds publics utilisés par les partis et les responsables politiques ont continué à faire l’objet d’audits, lesquels ont permis de détecter un certain nombre d’infractions. En 2023, l’audit sur l’utilisation de fonds publics par les candidats et partis politiques réalisé par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a fait apparaître certaines infractions (pour lesquelles certains partis se sont vu infliger des amendes administratives par la CNCCFP) . Dans son rapport annuel 2024 (portant sur ses activités de 2023), la CNCCFP a exprimé des critiques publiques sur le mécanisme actuel de déclarations financières et de contrôle de celles-ci . Un logiciel (FinPol) a été utilisé pour contrôler les déclarations financières des candidats aux élections européennes et aux élections législatives en juin 2024 .
L’entrée en vigueur des lignes directrices relatives au répertoire des représentants d’intérêts a permis de réaliser certains progrès quant aux règles applicables à la représentation d’intérêts, mais des préoccupations subsistent en ce qui concerne les personnes exerçant de hautes fonctions de l’exécutif. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait à la France de «veiller à ce que les règles relatives aux activités de lobbying soient appliquées de manière cohérente à tous les acteurs concernés, y compris au plus haut niveau de l’exécutif» . Les lignes directrices relatives au répertoire des représentants d’intérêts (qui s’appliquent à de nombreuses catégories d’agents publics) sont entrées en vigueur en 2023 , ce qui a entraîné une forte hausse de la charge de travail de la HATVP liée à la représentation d’intérêts par rapport à l’année précédente , alors que ses effectifs (constitués en majorité d’agents temporaires) n’ont pas augmenté en conséquence . Des inquiétudes demeurent concernant le type d’activités de représentation d’intérêts et de représentants d’intérêts et la déclaration, par les fonctionnaires de haut rang, de leurs rencontres avec des représentants d’intérêts . Deux projets de loi sur la représentation d’intérêts présentés dans le courant du second semestre de 2023 sont toujours en attente d’approbation au Parlement . À ce jour, compte tenu de l’entrée en vigueur des lignes directrices relatives au répertoire des représentants d’intérêts, certains progrès ont été réalisés au regard des recommandations formulées les années précédentes.
Le nombre de demandes liées à la déontologie émanant de membres du Parlement a augmenté et des appels à un renforcement de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes ont été lancés. En 2023, les services de déontologie des deux chambres du Parlement ont enregistré une hausse significative du nombre de demandes liées à la déontologie émanant de membres du Parlement . Bien que de nouvelles règles de probité aient été publiées en 2023 , des préoccupations persistent quant à la transparence et à l’obligation de rendre des comptes en ce qui concerne le recours aux assistants parlementaires, les frais de mandat et les avantages, les déclarations de patrimoine des membres du Parlement , ainsi que les contrôles de probité, les déclarations d’intérêts et de patrimoine et d’autres mesures de probité concernant les fonctionnaires de haut rang (y compris au niveau ministériel et présidentiel) . En mars 2024, la HATVP a été invitée à rendre son avis sur le premier projet de charte de déontologie de la Présidence . Il ressort des données que le nombre de déclarations de déport (visant à éviter les conflits d’intérêts) émanant tant de membres de l’Assemblée nationale que du Sénat, quoiqu’encore peu élevé, est en légère hausse .
Les mesures d’intégrité adoptées à l’égard des fonctionnaires de police et des juges continuent d’être appliquées et certaines sont devenues opérationnelles, même si quelques préoccupations subsistent. La probité des fonctionnaires de police continue d’être analysée sous différents angles, sur la base de déclarations de patrimoine, d’entretiens déontologiques et de vérifications des activités parallèles . Le système de collecte et de traitement des signalements a été mis en place en janvier 2024 par les directions générales du ministère de l’intérieur , et l’inspection générale et le service de déontologie sont responsables de la collecte et du traitement des signalements au sein de la police nationale. Malgré quelques avancées , les mesures relatives à la probité des services répressifs suscitent quelque inquiétude . L’an dernier, certaines mesures relatives à la probité des membres du pouvoir judiciaire ont été actualisées et d’autres sont en cours de discussions , bien que certaines préoccupations demeurent en ce qui concerne la procédure disciplinaire et la nomination des procureurs .
De nouveaux instruments ont été mis au point pour suivre les signalements et fournir des conseils aux lanceurs d’alerte potentiels. En 2023, la charge de travail du Défenseur des droits liée au lancement d’alerte a augmenté de manière significative (avec une croissance de 128 % du nombre de signalements par rapport à 2022) . Le Défenseur des droits a mis au point un formulaire unique que les autorités compétentes doivent utiliser pour enregistrer les signalements et en assurer le suivi et il a continué de coordonner les actions des 40 autorités compétentes . Ses effectifs ont été renforcés ces dernières années et il n’est pas prévu de lui allouer du personnel supplémentaire en 2024 en vue d’aider et de conseiller les lanceurs d’alerte . Selon le Défenseur des droits et les ONG, des fonds supplémentaires seraient nécessaires, en particulier pour apporter une aide psychologique et financière suffisante aux lanceurs d’alerte (ainsi que l’exige la législation) . Un consortium d’ONG a été créé pour fournir des conseils aux lanceurs d’alerte potentiels .
Les marchés publics comptent parmi les priorités des autorités chargées des poursuites, étant donné que ce domaine présente un risque élevé de corruption. La lutte contre la corruption dans les marchés publics est l’une des priorités du parquet national financier . Il ressort de l’Eurobaromètre Flash sur les attitudes des entreprises vis-à-vis de la corruption dans l’UE que 34 % des entreprises en France (moyenne de l’UE: 27 %) pensent que la corruption les a empêchées, dans la pratique, de remporter un appel d’offres ou un marché public au cours des trois dernières années . Pour répondre aux préoccupations exprimées au sujet des marchés publics portant sur des montants élevés , une proposition de loi sur le recours aux cabinets de conseil dans le cadre des politiques publiques a été présentée au Parlement (où elle est toujours en attente d’approbation) et le gouvernement a établi une agence publique de conseil en mars 2024 .
III.Pluralisme et liberté des médias
Le cadre juridique français relatif au pluralisme et à la liberté des médias est établi par la Constitution ainsi que par une législation sectorielle spécifique et il est mis en œuvre pour les secteurs audiovisuel et numérique par l’autorité indépendante de régulation des médias, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM). La Constitution protège la liberté d’expression et garantit le pluralisme des médias. La liberté d’expression est reconnue comme un droit fondamental par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen . La transparence de la propriété des médias est garantie par une législation spécifique . Le droit à l’information est garanti par la loi relative à la liberté d’accès aux documents administratifs .
Un cadre juridique solide permet à l’autorité de régulation des médias de fonctionner de manière autonome. L’ARCOM dispose de son propre budget et les ressources qui lui sont allouées continuent d’être jugées suffisantes pour l’accomplissement de ses tâches. La législation fixe des règles transparentes et équilibrées pour la nomination et la révocation des membres de l’ARCOM . En ce qui concerne les garanties légales du pluralisme des médias, le Conseil d’État, dans une décision récente , a établi que, pour apprécier le respect, par une chaîne de télévision, du pluralisme de l’information, l’ARCOM doit tenir compte non seulement du temps d’antenne accordé aux différentes personnalités politiques, mais aussi de la diversité des courants de pensée et d’opinion représentés par l’ensemble des participants aux programmes diffusés. En outre, selon la décision du Conseil d’État, l’ARCOM doit garantir l’indépendance de l’information d’une chaîne de télévision en «tenant compte de l’ensemble de ses conditions de fonctionnement et des caractéristiques de sa programmation» . En novembre 2023, l’Assemblée nationale a approuvé la création d’une commission parlementaire d’enquête sur «l’attribution, le contenu et le contrôle des autorisations de services de télévision à caractère national sur la télévision numérique terrestre» , à la suite d’une requête formulée par les partis de l’opposition . La commission d’enquête est composée de 30 membres issus de tous les groupes politiques de la chambre basse du Parlement (Assemblée nationale). Ses travaux portent sur les procédures d’attribution, par l’ARCOM, des autorisations de services de télévision numérique terrestre (TNT), sur le respect des obligations définies dans les autorisations, en particulier par les chaînes dont les contrats arrivent à expiration en 2025, ainsi que sur les ressources mises à la disposition de l’ARCOM pour garantir le respect de ces obligations. Le SPM 2024 maintient son faible score de risque pour l’indépendance de l’autorité de régulation des médias .
Le gouvernement a annoncé son intention de modifier le cadre de transparence en matière de propriété des médias, mais il n’existe actuellement aucun projet concret de modification de la réglementation. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait à la France d’«intensifier ses efforts pour renforcer la transparence en matière de propriété des médias, en particulier en ce qui concerne les structures d’actionnariat complexes, en s’appuyant sur les garanties juridiques existantes» . Les «États généraux de l’information» ont été lancés en juillet 2023 par le Président de la République pour analyser toutes les questions liées à l’information et «poser les bases d’un modèle d’espace médiatique et numérique pour les générations à venir» . Bien que le gouvernement ait annoncé que les aspects liés à la transparence de la propriété et de la concentration des médias seraient abordés, en particulier, par les groupes de travail intitulés «L’avenir des médias d’information et du journalisme» et «L’État et la régulation», aucune modification législative n’a encore été adoptée. Le SPM 2024 indique que la pluralité des fournisseurs de médias se situe au niveau à haut risque en France, attirant l’attention sur la progression de la concentration verticale, horizontale et diagonale/conglomérale et soulignant que la concentration dans le secteur audiovisuel a entraîné une réduction du pluralisme interne . Compte tenu de la consultation en cours concernant la révision du cadre national et du fait qu’aucune modification législative n’a encore été adoptée pour améliorer la transparence de la propriété des médias, aucun progrès n’a encore été accompli dans la mise en œuvre des recommandations formulées dans les rapports précédents sur l’état de droit.
Les médias de service public maintiennent leur indépendance grâce à des garde-fous bien établis, tandis que le plan gouvernemental de réforme des médias publics est pour l’instant reporté. Les médias de service public (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, Arte, chaînes parlementaires) sont principalement régis par la loi relative à la liberté de communication (loi Léotard) . L’État détient la totalité du capital de France Télévisions, de Radio France et de France Médias Monde, lesquelles sont soumises à la législation sur les sociétés anonymes. En vertu de la loi , les médias de service public doivent garantir l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que la diversité d’opinion et le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques. De plus, lorsqu’ils diffusent des journaux télévisés, les services de France Télévisions doivent avoir une ligne éditoriale indépendante . Comme indiqué dans le rapport 2023, la contribution à l’audiovisuel public a été supprimée et ce dernier sera financé par une fraction du produit de la taxe sur la valeur ajoutée jusqu’à la fin de 2024. Un système plus stable devrait alors avoir été défini . Certaines parties prenantes craignent qu’en l’absence d’un modèle de financement adéquat et prévisible, les médias de service public ne deviennent plus précaires . Selon le SPM 2024, l’indépendance des médias de service public est un domaine présentant un risque moyen . Une proposition de loi a été présentée au Parlement en 2023 et modifiée en 2024 par le gouvernement en vue de la fusion de Radio France et de France Télévisions au début de 2026. L’objectif est de renforcer le secteur des médias publics, lequel doit affronter la forte concurrence d’entreprises privées . Cette proposition s’est heurtée à l’opposition des syndicats de l’audiovisuel public et son examen a été interrompu par la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024.
Les journalistes continuent d’être la cible de menaces et d’agressions, en particulier lors de manifestations. La plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe a enregistré neuf nouvelles alertes, tandis que la plateforme Mapping Media Freedom a signalé vingt-et-un nouveaux incidents depuis la publication du rapport 2023 sur l’état de droit . Ces alertes portent, pour l’essentiel, sur des menaces ou des agressions ciblant des journalistes ou sur du harcèlement en ligne. Le schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) modifié en 2021 reconnaît le rôle particulier que jouent les journalistes lors des manifestations et prévoit l’obligation de garantir leur sécurité dans le cadre des protestations et manifestations publiques. En dépit des garde-fous mis en place, plusieurs cas d’intimidation de journalistes par la police et d’agressions physiques de journalistes par des manifestants ont été rapportés . Le 7 février 2024, la chambre basse du Parlement a adopté une modification qui porte de trois mois à un an le délai dont disposent les élus pour déposer plainte pour diffamation ou injures publiques . Cette modification a été retirée après avoir été largement critiquée par les syndicats de journalistes qui dénonçaient la mesure, qui, selon eux, pourrait allonger de manière disproportionnée le délai dont disposent les élus pour attaquer les journaux et donner à ces mêmes élus la possibilité d’exercer des pressions sur les journalistes d’investigation, sans offrir aux éditeurs des garanties supplémentaires leur permettant de se protéger des poursuites abusives . Le SPM 2024 fait état d’un risque moyen pour la profession de journaliste, les normes journalistiques et la protection des journalistes, pointant notamment la détérioration actuelle des conditions de travail des journalistes .
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
La France est une république démocratique disposant d’un système de gouvernance semi-présidentiel, le président étant directement élu par le peuple et le premier ministre tenu de rendre compte devant le Parlement. Le parlement bicaméral se compose de l’Assemblée nationale et du Sénat. Les propositions législatives peuvent émaner du gouvernement ainsi que des membres des deux chambres du Parlement. Le Conseil constitutionnel contrôle la constitutionnalité des actes législatifs, avant ou après leur adoption. Des autorités indépendantes jouent un rôle important dans le système d’équilibre des pouvoirs. Le Défenseur des droits, qui fait aussi office d’organisme national de promotion de l’égalité, et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sont tous deux chargés de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Le gouvernement a continué de recourir largement aux procédures législatives accélérées. En 2023, une procédure législative accélérée a été utilisée pour 40 propositions de lois sur 71 , notamment pour le projet de réforme des retraites, le projet de loi de programmation des finances publiques et le projet de loi de finances 2024. Ce recours abondant aux procédures accélérées a régulièrement fait l’objet de critiques de la part de membres du Parlement, de la CNCDH et de la Ligue des droits de l’homme . Comme indiqué dans le rapport 2023, le recours aux procédures législatives accélérées restreint le débat parlementaire et limite la possibilité d’introduire des amendements et d’en débattre. Cette façon de faire a également été critiquée par la Commission de Venise .
Plusieurs outils ont été mis en place pour accroître la participation des citoyens et des parties prenantes au processus d’élaboration des politiques. L’application «Agora», lancée en septembre 2023, permet aux citoyens de participer aux consultations ouvertes par les ministères et de poser des questions au gouvernement. Ce dernier répond chaque semaine aux questions les plus fréquemment posées . Les premiers résultats témoignent d’un fort intérêt . Cette initiative s’inscrit dans une démarche politique plus large visant à renforcer la participation des citoyens à la prise de décision. Conformément à cette approche, le Conseil national de la refondation a été lancé par le Président de la République en septembre 2022. Son objectif est de dégager un consensus et de trouver des solutions au niveau local pour traiter les questions de politiques publiques dans des domaines tels que la santé et l’éducation, en organisant des réunions et des consultations pour lancer ou soutenir des projets multipartites. Le référendum d’initiative partagée, introduit dans la Constitution en 2008, permet aux membres du Parlement de provoquer un référendum sur la base d’une demande soutenue par 10 % des électeurs , sans passer par un vote majoritaire au Parlement.
Au 1er janvier 2024, 20 arrêts importants de la Cour européenne des droits de l’homme, soit neuf de moins que l’année précédente, étaient en attente d’exécution par la France . À cette date, la proportion d’arrêts importants qui remontaient aux 10 dernières années et restaient en attente d’exécution était de 29 % (contre 36 % en 2023) pour la France, et ces arrêts étaient en attente d’exécution depuis trois ans et 10 mois en moyenne (contre deux ans et 11 mois en 2023) . La diminution du nombre absolu d’affaires pendantes s’explique par la clôture de 10 affaires en 2023, bien que, dans leur majorité, celles-ci concernaient des arrêts plus récents, dont l’exécution était en attente depuis moins de trois ans. L’arrêt important le plus ancien, en attente d’exécution depuis près de 14 ans, porte sur l’inaction des autorités dans l’exécution de mesures judiciaires d’expulsion concernant des terres occupées illégalement . En ce qui concerne le respect des délais de paiement, il y avait, au 31 décembre 2023, 8 affaires au total en attente de confirmation des paiements (contre 15 en 2022) . Au 1er juillet 2024, le nombre d’arrêts de référence en attente d’exécution était passé à 25 .
Le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’homme doivent faire face à une hausse constante de leur charge de travail, qui n’est pas toujours suivie d’une augmentation des ressources. En 2023, le nombre de réclamations et de demandes d’information adressées au Défenseur des droits, de même que le nombre de décisions, d’avis et de rappels à la loi émanant de ce dernier, y compris les avis au Parlement (concernant des projets de loi) et, pour la première fois, au Parlement européen, a fortement augmenté . C’est d’autant plus le cas depuis que le Défenseur des droits s’est vu confier des missions en lien avec le lancement d’alerte. Le Défenseur des droits verra son budget augmenter en 2024 grâce, notamment, à la création de 10 nouveaux postes budgétaires pour la lutte contre la discrimination, mais il estime que cette hausse est insuffisante . La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), l’institution française de défense des droits de l’homme qui s’est vu octroyer le statut «A» par le sous-comité de la GANHRI sur l’accréditation, conformément aux principes de Paris, connaît des problèmes similaires d’insuffisance des ressources. Le REINDH a recommandé à la France d’allouer à la CNCDH les ressources humaines et financières nécessaires pour lui permettre de mener à bien l’ensemble de ses missions, notamment son mandat de rapporteur indépendant, et de la consulter au préalable, ou du moins de l’informer systématiquement, au sujet de l’élaboration de textes législatifs et réglementaires et de politiques publiques, en particulier lorsque ceux-ci sont directement liés aux droits d’homme et ont une incidence sur ces derniers .
Si l’environnement financier des organisations de la société civile reste favorable, les parties prenantes ont continué d’exprimer leurs préoccupations quant à l’octroi et à la possibilité de retrait des subventions publiques. L’espace dévolu à la société civile continue d’être considéré comme rétréci . Le financement public des organisations de la société civile a augmenté entre 2021 et 2022 . L’octroi de financements directs aux associations est progressivement remplacé par des appels à propositions visant à répondre à des besoins définis par les administrations . Le Conseil économique, social et environnemental a lancé une vaste consultation sur le financement des associations. Selon les conclusions préliminaires de cette consultation 62 % des associations ont déclaré ne pas disposer d’un budget suffisant pour atteindre leur objectif et 42 % ont constaté une diminution des financements publics. En application de la loi du 24 août 2021 sur le respect des principes de la République , plusieurs décisions ordonnant la dissolution d’associations ou le retrait des subventions publiques qui leur étaient accordées ont été prises . Certaines de ces décisions ont par la suite fait l’objet d’un recours fructueux en justice , tandis que les associations et le Défenseur des droits considèrent que certaines décisions de retrait de fonds vont au-delà du but recherché par la législation, ce qui peut être source d’incertitudes . Le Défenseur des droits et la CNCDH ont critiqué la stigmatisation de certaines associations par les pouvoirs publics .
Les juridictions et les experts ont rappelé que les manifestations devaient se dérouler dans un environnement sûr. Au début de l’année 2024, le Défenseur des droits a rappelé que les autorités publiques devaient respecter certaines garanties, afin de ne pas dissuader des personnes d’aller manifester . Dans un certain nombre de cas, des décrets interdisant des manifestations ont été adoptés à brève échéance, si bien qu’il était difficile, en pratique, de les attaquer en justice . Le Conseil d’État, dans une décision du 4 décembre 2023 , a rappelé que le public devait être informé de l’interdiction d’une manifestation par tout moyen utile et, dans toute la mesure du possible, dans un délai permettant de saisir le tribunal administratif. Souvent, dans le cadre de manifestations, il est impossible d’enquêter sur les agissements des forces de l’ordre prétendument contraires à leurs règles de déontologie, car les auteurs ne peuvent pas être identifiés. Dans sa décision du 11 octobre 2023 , l’Assemblée générale du Conseil d’État a enjoint au ministre de l’intérieur et des outre-mer de faire en sorte que les caractéristiques d’identification individuelle des fonctionnaires de police et des gendarmes soient lisibles pour le public dans l’ensemble des contextes opérationnels. Plusieurs experts des Nations unies ont appelé la France à respecter et à promouvoir le droit à la liberté de réunion pacifique . L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe «[a] invit[é] instamment les autorités à mettre en place un dispositif efficace de traçabilité des contrôles d’identité et à publier des statistiques sur le nombre de personnes blessées ou tuées lors de manifestations afin de renforcer l’obligation des forces de l’ordre de rendre des comptes» .
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
* La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2024 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse suivante: https://commission.europa.eu/publications/2024-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation_en.
Agence française anticorruption (AFA) (2023), Point sur la problématique des paiements de facilitation.
Agence française anticorruption (AFA) (2024), Guide pratique à l’attention des chambres de commerce et d’industrie.
Assemblée nationale, commission d’enquête (2020), Rapport nº 3296 sur l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Banque interaméricaine de développement (BID), communiqué de presse du 4 janvier 2024, https://www.iadb.org/fr/qui-sommes-nous/transparence/systeme-de-sanctions/entreprises-et-personnes-sanctionnees .
Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (2024), instrument de surveillance du pluralisme des médias 2024, rapport sur la France.
Comité des États généraux de la justice (2022), Rapport final.
Commission européenne (2022), Rapport 2022 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit en France.
Commission européenne (2022), Tableau de bord 2022 de la justice dans l’UE.
Commission européenne (2023), Rapport 2023 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit en France.
Commission européenne (2023), Eurobaromètre Flash nº 524 sur les attitudes des entreprises vis-à-vis de la corruption dans l’UE.
Commission européenne (2023), Eurobaromètre spécial nº 534 sur les attitudes des entreprises vis-à-vis de la corruption dans l’UE.
Commission européenne (2024), Eurobaromètre Flash nº 543 sur les attitudes des entreprises vis-à-vis de la corruption dans l’UE.
Commission européenne (2024), Eurobaromètre Flash nº 548 sur les attitudes des citoyens vis-à-vis de la corruption dans l’UE.
Commission européenne (2024), Tableau de bord de la justice dans l’UE.
Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) (2024), Rapport annuel d’activité de la CNCCFP, https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/294652.pdf .
Conseil constitutionnel (2024), Discours du président du Conseil constitutionnel à l’occasion de la nouvelle année ( https://www.conseil-constitutionnel.fr/actualites/voeux-du-conseil-constitutionnel-au-president-de-la-republique-1 ).
Conseil d’État, décision nº 467771 du 11 octobre 2023, FR:CEASS:2023:467771.20231011.
Conseil d’État, décision nº 487984 du 4 décembre 2023 concernant la Ligue des droits de l’homme.
Conseil de l’Europe (2024), rapport annuel de la secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Nos droits, notre avenir.
Conseil de l’Europe, Assemblée parlementaire, Résolution 2534 (2024).
Conseil de l’Europe, Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes, France, https://fom.coe.int/fr/pays/detail/11709510 .
Conseil de l’Europe (2024), Surveillance de l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme – 17e rapport annuel du Comité des ministres – 2023.
Conseil de l’Europe: Commission de Venise (2023), France — Avis conjoint de la Commission de Venise et de la Direction générale des droits humains et de l’état de droit (DGI) du Conseil de l’Europe sur le Conseil supérieur de la magistrature et sur le statut de la magistrature en ce qui concerne les nominations, mutations, promotions et procédures disciplinaires [CDL-AD(2023)015].
Conseil de l’Europe: Commission de Venise (2023), France — Avis intérimaire sur l’article 49.3 de la Constitution, [CDL-AD(2023)024].
Conseil des barreaux européens (CCBE), Rapport annuel 2023.
Cour européenne des droits de l’homme, arrêt nº 6528/11 du 21 janvier 2010, Barret et Sirjean v. France.
Défenseur des droits (2023), Avis nº 23-04 relatif au projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027.
Défenseur des droits (2024), Rapport annuel d’activité 2023. Conseil économique, social et environnemental (2024), Évolution des modèles de financement des associations, analyse des 6 500 contributions reçues des associations, rapport final, 11 mars 2024, https://www.lecese.fr/sites/default/files/articles/fichiers/CESE_financement_associations_rapport_final_V2.1.pdf .
Euronews, Présidentielle 2022: les soupçons de financement illégal de la campagne de Marine Le Pen, 9 juillet 2024, https://fr.euronews.com/my-europe/2024/07/09/presidentielle-2022-les-soupcons-de-financement-illegal-de-la-campagne-de-marine-le-pen .
Forum civique européen, Rapport annuel 2024 – France, p. 161 et suivantes.
GRECO (2024), Deuxième addendum au deuxième rapport de conformité du quatrième cycle d’évaluation sur la France.
GRECO (2024), Deuxième rapport de conformité du cinquième cycle d’évaluation sur la France.
Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (2023), communiqué de presse du 15 juin 2023, La France doit respecter et promouvoir le droit à la réunion pacifique: experts de l’ONU.
Le Monde, Campagne de Marine Le Pen en 2022: information judiciaire ouverte sur les conditions de financement, 9 juillet 2024, https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/07/09/campagne-de-marine-le-pen-en-2022-une-information-judiciaire-ouverte-pour-des-soupcons-de-financement-illegal_6248197_3224.html .
Le Monde, La Commission des comptes de campagne demande de nouvelles prérogatives pour améliorer son contrôle, 15 juin 2023, https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/06/15/la-commission-des-comptes-de-campagne-demande-de-nouvelles-prerogatives-pour-ameliorer-son-controle_6177741_3224.html .
Mapping Media Freedom — France https://www.mappingmediafreedom.org/ .
Observatoire de l’éthique publique, «L’externalisation des opérations de contrôle de l’AFA», 2 février 2024, ( https://www.observatoireethiquepublique.com/nos-propositions/notes/preserver-la-supervision-publique-de-lanti-corruption.html ).
Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) (2020), Déclaration de Jakarta relative aux principes applicables aux agences anticorruption.
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (2024), Évaluation de phase 4 de la France.
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (2024), Examens sur la gouvernance publique — Renforcer la transparence et l’intégrité des activités d’influence étrangère en France.
Parquet européen (2024), Rapport annuel 2023.
Parquet national financier (PNF) (2023), Rapport annuel.
Politico, Marine Le Pen hit by shock probe into 2022 presidential campaign funding, 9 juillet 2024, https://www.politico.eu/article/france-probe-marine-le-pen-2022-presidential-election-campaign-financing/#:~:text=The%20CNCCFP%20had%20already%20noted,her%20unsuccessful%202022%20presidential%20campaign .
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)/Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) (2012), Déclaration de Jakarta relative aux principes applicables aux agences anticorruption.
Reporters sans frontières – France, https://rsf.org/fr/pays/france .
Sénat, Rapport de commission d’enquête nº 578, 16 mars 2022. https://www.senat.fr/rap/r21-578-1/r21-578-11.pdf .
Sénat, Rapport de commission d’enquête nº 588 (conséquences du trafic de drogue en France), 7 mai 2024, https://www.senat.fr/rap/r23-588-1/r23-588-1.html .
Transparency International (2024), Indice de perception de la corruption 2023.
Tribunal administratif de Poitiers, jugement du 30 novembre 2023, affaires 2202694 et 2202695, Alternatiba.
Union syndicale des magistrats, lettre de l’USM nº 2024-1, bilan de l’année 2023.
Union syndicale des magistrats, communiqué de presse du 20 mars 2024, Marseille: Énoncer une réalité judiciaire n’est ni un interdit ni un séisme!
Union syndicale des magistrats, communication du 12 avril 2024, Effectifs supplémentaires: 10 % attendus, 250 % nécessaires? ( https://www.union-syndicale-magistrats.org/effectifs-supplementaires-10-attendus-250-necessaires/ ).
Vie publique, La Cour de justice de la République: une institution contestée, https://www.vie-publique.fr/eclairage/19542-la-cour-de-justice-de-la-republique-une-institution-contestee .
Annexe II: visite en France
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles, en mars 2024, avec
·l’Agence anticorruption
·l’Agence France Presse
·Anticor
·l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM)
·le Barreau de Paris
·la Chambre française de commerce et d’industrie
·le Comité de déontologie du Sénat
·le commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale
·la Commission consultative nationale des droits de l’homme
·la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques
·la Conférence des bâtonniers
·le Conseil constitutionnel
·le Conseil d’État
·le Conseil de déontologie journalistique et de médiation
·le Conseil national des barreaux
·le Conseil supérieur de la magistrature
·le Défenseur des droits
·la Délégation des barreaux de France
·le Forum civique européen
·la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique
·la Ligue des droits de l’homme
·les médias de service public (Radio France et France Télévisions)
·le ministère de la culture
·le ministère de la justice
·le ministère des affaires étrangères
·le Mouvement associatif
·l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales
·le parquet national financier
·Reporters sans frontières
·le Syndicat de la magistrature
·Transparency International France
·l’Union nationale des journalistes
·l’Union syndicale des magistrats
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre de plusieurs réunions horizontales:
·Amnesty International UE
·le Centre européen du volontariat
·le Centre européen pour le droit des associations non lucratives
·le Centre for Democracy and Technology Europe
·Civil Rights Defenders
·le Conseil irlandais pour les libertés civiles
·Culture Action Europe
·Democracy Reporting International
·la Fédération européenne des journalistes
·la Fédération internationale pour la planification familiale
·la Fédération internationale pour les droits de l’homme
·les fondations Open Society
·le Forum civique européen
·le Forum européen de la jeunesse
·Free Press Unlimited
·l’Institut international de la presse
·JEF Europe
·le Partenariat européen pour la démocratie
·la Philanthropy Europe Association
·PICUM
·Reporters sans frontières
·Société civile Europe
·SOLIDAR
·Transparency International EU
·l’Union des libertés civiles pour l’Europe