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AccueilDroit européen52024XA06041
Communication52024XA06041

Déclaration d’assurance fournie par la Cour des comptes européenne au Parlement européen et au Conseil – Rapport de l’auditeur indépendant

CELEX52024XA06041
TypeCommunication
Datejeudi 11 juillet 2024

Résumé IA

La Cour des comptes européenne présente, via cette déclaration d'assurance, son opinion d'audit indépendante sur la fiabilité des comptes de l'Union européenne ainsi que sur la légalité et la régularité des opérations sous-jacentes pour l'exercice clos. Ce rapport, destiné au Parlement européen et au Conseil, constitue un élément clé de la procédure de décharge budgétaire, permettant d'évaluer la gestion financière de l'UE. Pour un professionnel du droit français, ce document sert de référence pour apprécier la conformité des dépenses européennes et la solidité du cadre de contrôle financier de l'Union.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/6041

10.10.2024

Déclaration d’assurance fournie par la Cour des comptes européenne au Parlement européen et au Conseil – Rapport de l’auditeur indépendant

(C/2024/6041)

Opinion

I.

Nous avons contrôlé:

a)

les comptes consolidés de l’Union européenne, constitués des états financiers consolidés (1) et des états sur l’exécution budgétaire (2) pour l’exercice clos le 31 décembre 2023, et approuvés par la Commission le 25 juin 2024;

b)

la légalité et la régularité des opérations sous-jacentes, conformément aux dispositions de l’article 287 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Fiabilité des comptes

Opinion sur la fiabilité des comptes

II.

Nous estimons que les comptes consolidés de l’Union européenne (UE) pour l’exercice clos le 31 décembre 2023 présentent fidèlement, dans tous leurs aspects significatifs, la situation financière de l’UE au 31 décembre 2023, le résultat de ses opérations, ses flux de trésorerie, ainsi que l’état des variations de l’actif net pour l’exercice clos à cette date, conformément au règlement financier et aux règles comptables fondées sur les normes comptables internationalement admises pour le secteur public.

Légalité et régularité des opérations sous-jacentes aux comptes

Recettes

Opinion sur la légalité et la régularité des recettes

III.

Nous estimons que les recettes sous-jacentes aux comptes pour l’exercice clos le 31 décembre 2023 sont, dans tous leurs aspects significatifs, légales et régulières.

Dépenses

IV.

En ce qui concerne l’exercice 2023, nous continuons d’émettre deux opinions distinctes sur la légalité et la régularité des dépenses. Cette distinction reflète le fait que la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) est un instrument temporaire, dont le mécanisme et le financement sont radicalement différents de ceux des dépenses budgétaires relevant du cadre financier pluriannuel (CFP).

Opinion défavorable sur la légalité et la régularité des dépenses budgétaires

V.

Compte tenu de l’importance du problème décrit dans le point où nous justifions l’opinion défavorable sur la légalité et la régularité des dépenses budgétaires, nous estimons que les dépenses budgétaires acceptées figurant dans les comptes relatifs à l’exercice clos le 31 décembre 2023 présentent un niveau d’erreur significatif.

Opinion avec réserve sur la légalité et la régularité des dépenses au titre de la FRR

VI.

Abstraction faite de l’incidence potentielle des problèmes décrits dans le point où nous justifions l’opinion avec réserve sur la légalité et la régularité des dépenses au titre de la FRR, nous estimons que les dépenses acceptées au titre de la FRR figurant dans les comptes relatifs à l’exercice clos le 31 décembre 2023 sont, dans tous leurs aspects significatifs, légales et régulières.

Justification de l’opinion

VII.

Nous avons conduit notre audit conformément aux normes internationales d’audit (ISA) et aux codes de déontologie de la Fédération internationale des experts-comptables (IFAC), ainsi qu’aux normes internationales des institutions supérieures de contrôle (ISSAI), établies par l’Intosai. Nos responsabilités en vertu de ces normes et de ces codes sont décrites plus en détail dans la section «Responsabilités de l’auditeur» de notre rapport. Dans la présente section, nous fournissons également de plus amples informations à propos de la justification de notre opinion sur les recettes (voir point XXXVI ) ainsi que sur les dépenses au titre de la FRR (voir point XXXVIII ). Nous avons également honoré nos obligations en matière d’indépendance et nous sommes acquittés de nos responsabilités d’ordre éthique conformément au Code de déontologie des professionnels comptables de l’International Ethics Standards Board for Accountants. Nous estimons que les informations probantes obtenues sont suffisantes et appropriées pour étayer nos opinions.

Justification de l’opinion défavorable sur la légalité et la régularité des dépenses budgétaires

VIII.

Notre niveau d’erreur estimatif global pour les dépenses budgétaires acceptées figurant dans les comptes relatifs à l’exercice clos le 31 décembre 2023 est de 5,6 %. Une part considérable de ces dépenses présentent un niveau d’erreur significatif. Il s’agit de dépenses soumises à des règles complexes, essentiellement fondées sur des remboursements, pour lesquelles le niveau d’erreur estimatif est de 7,9 %. Ces dépenses se sont montées à 103,8 milliards d’euros en 2023, ce qui représente 64,4 % de la population que nous avons examinée (3). Ainsi, les effets des erreurs que nous avons relevées sont significatifs et s’étendent à l’ensemble des dépenses acceptées de l’exercice.

Justification de l’opinion avec réserve sur la légalité et la régularité des dépenses au titre de la FRR

IX.

Nous avons constaté les éléments qualitatifs et quantitatifs suivants:

—

des faiblesses dans la conception des mesures, ainsi que des cas de jalons/cibles mal définis qui ont contribué à une appréciation plutôt discrétionnaire de leur réalisation satisfaisante;

—

des faiblesses qui persistent dans les systèmes de contrôle et d’établissement de rapports des États membres;

—

des problèmes concernant la fiabilité des informations que les États membres ont présentées dans leurs déclarations de gestion;

—

sept des 23 paiements à des États membres au titre de la FRR (et les préfinancements apurés y afférents) ont fait l’objet de constatations quantitatives. Six de ces paiements présentent un niveau d’erreur significatif.

X.

Sur la base de ce qui précède, nous considérons que les effets globaux des éléments que nous avons constatés sont significatifs, mais qu’ils ne s’étendent pas à l’ensemble des dépenses acceptées de l’exercice au titre de la FRR.

Éléments clés de l’audit

Nous avons évalué les engagements au titre du régime de pensions et des autres avantages du personnel

XI.

À la fin de 2023, le bilan de l’UE comportait un montant de 90,8 milliards d’euros pour les engagements au titre du régime de pensions et des autres avantages du personnel (à la fin de 2022, 80,6 milliards d’euros).

XII.

La plupart des engagements au titre du régime de pensions et des autres avantages du personnel, à savoir 82,7 milliards d’euros, sont liés au régime de pensions des fonctionnaires et autres agents de l’Union européenne (en 2022, 73,1 milliards d’euros). L’élément de passif inscrit dans les comptes constitue une estimation de la valeur actualisée des paiements futurs attendus que l’UE sera tenue d’effectuer pour éteindre l’obligation au titre des pensions.

XIII.

Le paiement des prestations prévues au régime de pensions constitue une charge du budget de l’UE. Alors que l’UE n’a pas créé de fonds de pension spécifique pour couvrir le coût des obligations futures en matière de pension de retraite, les États membres garantissent collectivement le paiement de ces prestations, et les fonctionnaires contribuent pour un tiers au financement de ce régime. Chaque année, Eurostat calcule cet élément de passif au nom du comptable de la Commission, en utilisant des paramètres tels que la pyramide des âges et l’espérance de vie des fonctionnaires de l’UE, ainsi que des hypothèses sur les conditions économiques à venir. Ces paramètres et hypothèses sont aussi évalués par les actuaires de la Commission.

XIV.

L’augmentation du montant des engagements au titre des pensions en 2023 résulte essentiellement de la baisse du taux d’actualisation ainsi que de la mise à jour de la table de survie actuarielle des fonctionnaires européens. Le taux d’actualisation a été influencé essentiellement par l’évolution des taux d’intérêts et par l’inflation future attendue (4).

XV.

Le deuxième plus grand élément de passif au titre du régime de pensions et des autres avantages du personnel est constitué du montant estimatif des engagements de l’UE envers le régime commun d’assurance maladie, à savoir 6,3 milliards d’euros à la fin de 2023 (à la fin de 2022, 5,7 milliards d’euros). Cet élément de passif concerne les dépenses de santé qui doivent être payées aux membres du personnel de l’UE pendant les périodes postérieures à leur départ (déduction faite de leur contribution).

XVI.

Dans le cadre de notre audit, nous avons évalué, pour ces régimes, les hypothèses actuarielles et la valorisation qui en résulte. Nous avons fondé notre évaluation sur des travaux réalisés par des experts actuariels externes indépendants. Nous avons vérifié les données de base sous-jacentes aux calculs, les paramètres actuariels et le calcul du montant des engagements. Nous examinons aussi la présentation des éléments de passif dans le bilan consolidé et les notes annexées aux états financiers consolidés.

XVII.

Nous concluons que l’estimation du passif global lié aux pensions et aux autres avantages du personnel présentée dans les comptes annuels consolidés donne une image fidèle de la situation.

Nous avons évalué les principales estimations de fin d’exercice présentées dans les comptes

XVIII.

Fin 2023, la valeur estimative des dépenses éligibles supportées par les bénéficiaires, mais non encore déclarées, était de 155,2 milliards d’euros (fin 2022, 148,7 milliards d’euros). Ces montants ont été comptabilisés en tant que charges constatées par régularisation (5).

XIX.

La hausse de cette estimation dans l’ensemble des programmes tient essentiellement au fait que la période de programmation précédente arrive à son terme et que l’utilisation des fonds relevant du CFP 2021-2027 est plus lente que prévu. Dès lors, la valeur des demandes réellement présentées a été inférieure aux prévisions et une plus grande part des dépenses a dû faire l’objet d’une estimation en fin d’exercice. Les charges à payer en lien avec la FRR enregistrées, qui sont fondées sur une prévision des paiements futurs, ont diminué pour atteindre 7,4 milliards d’euros (fin 2022, 22,6 milliards d’euros).

XX.

Pour évaluer ces estimations de fin d’exercice, nous avons examiné le système mis en place par la Commission pour les calculs relatifs à la séparation des exercices afin d’en assurer l’exactitude et l’exhaustivité dans les directions générales où la plupart des dépenses ont été supportées. Lors de nos travaux d’audit sur les échantillons de factures et de préfinancements, nous avons analysé les calculs pertinents relatifs à la séparation des exercices afin de parer au risque que le montant des charges à payer soit erroné.

XXI.

Nous concluons que l’estimation du montant global des charges à payer et des autres avances versées aux États membres présentée dans les comptes annuels consolidés donne une image fidèle de la situation.

Nous avons examiné le montant de l’actif généré par le processus de retrait du Royaume-Uni

XXII.

Le 1er février 2020, le Royaume-Uni a cessé d’être un État membre de l’UE. En vertu de l’accord sur le retrait, ce pays s’est engagé à honorer toutes les obligations financières résultant de son appartenance à l’UE contractées au titre des CFP précédents.

XXIII.

Après la fin de la période de transition au 31 décembre 2020, d’autres obligations réciproques incombant à l’UE et au Royaume-Uni donnent naissance à certaines dettes et créances pour l’UE. Ces obligations doivent apparaître dans les comptes annuels de l’UE. Sur la base d’une estimation de la Commission, les comptes de l’UE font apparaître qu’à la date du bilan, le Royaume-Uni lui devait une somme nette de 15,5 milliards d’euros (en 2022, 23,9 milliards d’euros), dont 2,4 milliards d’euros seront versés, selon les prévisions, dans les 12 mois après la date de clôture.

XXIV.

Dans le cadre de nos procédures d’audit normales, nous avons discuté avec la Commission au sujet du calendrier, de l’exactitude et de l’exhaustivité de l’actif comptabilisé et des paiements effectués. Nous avons recalculé les montants concernés, puis nous avons procédé à leur rapprochement avec les registres sous-jacents et nous avons vérifié si toutes les hypothèses utilisées étaient appropriées.

XXV.

Nous arrivons à la conclusion que l’estimation du total de l’actif comptabilisée en lien avec le processus de retrait du Royaume-Uni et présentée dans les comptes annuels consolidés donne une image fidèle de la situation.

Nous avons apprécié l’impact sur les comptes de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine

XXVI.

Le 24 février 2022, la Russie a envahi l’Ukraine. L’UE fournissant une assistance à l’Ukraine sous la forme de prêts et de subventions, nous avons examiné les calculs de la Commission concernant l’exposition financière correspondante de l’Union ainsi que les éléments sous-tendant ces calculs, afin de nous assurer que les conséquences réelles et potentielles étaient correctement prises en considération dans les comptes de l’UE. Pour ce faire, nous avons comparé les calculs de la Commission avec nos propres données et d’autres informations pertinentes.

XXVII.

Nous estimons, en conclusion, que la présentation dans les comptes annuels consolidés du traitement de l’impact sur ces derniers de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine donne une image fidèle de la situation.

Nous avons apprécié l’impact de NextGenerationEU sur les comptes

XXVIII.

Avec NextGenerationEU, l’Union a mobilisé des ressources considérables pour amortir l’impact socio-économique de la pandémie. Pour financer NextGenerationEU, la Commission européenne a emprunté sur les marchés des capitaux. Ces fonds sont mis à la disposition des États membres sous la forme de subventions non remboursables ou de prêts, à concurrence d’une dotation convenue au préalable. Ces activités ont une forte incidence sur les états financiers. La FRR constitue la principale composante de NextGenerationEU.

XXIX.

Dans le cadre de nos procédures d’audit normales, nous avons examiné les actifs, les passifs, les recettes et les dépenses, y compris ceux relatifs à NextGenerationEU. Nous parvenons à la conclusion que la présentation de ces éléments dans les comptes annuels consolidés donne une image fidèle de la situation.

Autres informations

XXX.

La Commission est chargée de fournir d’«autres informations». Celles-ci comprennent la section intitulée «Faits marquants de l’exercice sur le plan financier», mais pas les comptes consolidés ni notre rapport d’audit y afférent. Notre opinion sur les comptes consolidés ne couvre pas ces autres informations, et nous ne formulons aucune sorte de conclusion en matière d’assurance les concernant. Dans le cadre de notre audit des comptes consolidés, il nous incombe de prendre connaissance des autres informations et de déterminer si elles recèlent des contradictions significatives avec les comptes consolidés ou avec les connaissances que nous avons acquises lors de l’audit, ou si elles comportent un autre type d’anomalie significative. Si nous estimons que les autres informations présentent une anomalie significative, nous sommes tenus d’en faire état en conséquence. Nous n’avons rien à signaler à cet égard.

Responsabilités de la direction

XXXI.

En vertu des articles 310 à 325 du TFUE et conformément au règlement financier, la Commission est responsable de l’établissement et de la présentation des comptes consolidés de l’UE sur la base des normes comptables internationalement admises pour le secteur public, ainsi que de la légalité et de la régularité des opérations sous-jacentes à ces derniers. Cette responsabilité comprend la conception, la mise en œuvre et le maintien de contrôles internes pertinents pour l’établissement et la présentation d’états financiers exempts d’anomalies significatives, qu’elles résultent d’une fraude ou d’une erreur. La direction est chargée de s’assurer que les activités, les opérations financières et les informations présentées dans les états financiers sont conformes aux textes législatifs et réglementaires (lois, règlements, principes, règles et normes) qui les régissent. La Commission est responsable en dernier ressort de la légalité et de la régularité des opérations sous-jacentes aux comptes de l’UE (article 317 du TFUE).

XXXII.

Dans le cadre de l’élaboration des comptes consolidés, la direction est tenue d’évaluer la capacité de l’Union européenne à poursuivre ses activités, de faire connaître toute information importante et d’établir les comptes en partant de l’hypothèse de la continuité d’exploitation, sauf si elle a l’intention de mettre en liquidation l’entité ou de mettre fin aux activités, ou si aucune alternative réaliste ne s’offre à elle.

XXXIII.

La Commission est chargée de surveiller le processus de présentation de l’information financière de l’UE.

XXXIV.

Le règlement financier dispose (en son titre XIII) que le comptable de la Commission doit présenter les comptes consolidés de l’UE aux fins de l’audit, d’abord sous forme de comptes provisoires au plus tard le 31 mars suivant l’exercice clos, puis sous forme de comptes définitifs au plus tard le 31 juillet suivant l’exercice clos. Les comptes provisoires doivent déjà donner une image fidèle de la situation financière de l’UE. C’est pourquoi il est impératif que tous les éléments des comptes provisoires soient présentés comme s’ils étaient définitifs, afin de nous permettre de réaliser nos travaux conformément au (titre XIII) du règlement financier et dans les délais fixés. Normalement, toute modification opérée entre les comptes provisoires et définitifs ne devrait résulter que de nos observations.

Responsabilités de l’auditeur en matière d’audit des comptes consolidés et des opérations sous-jacentes

XXXV.

Nos objectifs consistent, d’une part, à déterminer avec une assurance raisonnable si les comptes consolidés de l’UE sont exempts d’anomalies significatives et si les opérations sous-jacentes sont légales et régulières, et, d’autre part, à fournir au Parlement européen et au Conseil une déclaration d’assurance fondée sur notre audit, concernant la fiabilité des comptes ainsi que la légalité et la régularité des opérations sous-jacentes. Une assurance raisonnable correspond à un degré d’assurance élevé, mais non à une garantie que toute anomalie ou toute non-conformité significatives ont nécessairement été détectées lors de l’audit. Les anomalies de même que les non-conformités peuvent résulter de fraudes ou d’erreurs et sont considérées comme significatives si l’on peut raisonnablement craindre que, isolément ou globalement, elles influent sur les décisions économiques prises sur la base de ces comptes consolidés.

XXXVI.

En ce qui concerne les recettes, notre examen relatif aux ressources propres fondées sur le revenu national brut, sur la taxe sur la valeur ajoutée ainsi que sur les déchets d’emballages en plastique non recyclés porte au départ sur les statistiques et les données qui constituent la base de leur calcul. Nous évaluons aussi les systèmes utilisés par la Commission pour traiter ces agrégats jusqu’à ce que les contributions des États membres soient perçues et enregistrées dans les comptes consolidés. Pour les ressources propres traditionnelles, nous examinons les comptes des autorités douanières et analysons les flux des droits jusqu’à la perception des montants correspondants par la Commission et leur inscription dans les comptes. Il existe un risque de non-déclaration ou de déclaration inexacte des droits de douane aux autorités douanières nationales de la part des importateurs. Le montant des droits de douane à l’importation effectivement perçu sera dès lors inférieur à celui qui, en théorie, aurait dû l’être. La différence constitue ce que l’on appelle le «manque à gagner sur les droits de douane». Notre opinion d’audit sur les recettes ne couvre pas ces montants éludés, qui échappent aux systèmes de comptabilisation des ressources propres traditionnelles des États membres.

XXXVII.

En ce qui concerne les dépenses, nous examinons les opérations de paiement une fois que les dépenses ont été supportées, enregistrées et acceptées. Cet examen porte sur toutes les catégories de paiements, autres que les avances, une fois qu’ils ont été effectués. Nous examinons les paiements d’avances lorsque le destinataire des fonds justifie leur bonne utilisation et que l’institution ou l’organisme accepte la justification en procédant à l’apurement des avances, ce qui peut avoir lieu la même année ou plus tard.

XXXVIII.

En ce qui concerne les dépenses au titre de la FRR, contrairement aux autres dépenses budgétaires, le paiement est conditionné essentiellement par la réalisation satisfaisante de jalons et de cibles prédéfinis. D’autres exigences sont à prendre en considération: un État membre ne peut avoir renoncé à des jalons et à des cibles précédemment atteints de manière satisfaisante ni violer le principe consistant à ne pas bénéficier d’un double financement. Les conditions d’éligibilité énoncées dans le règlement comprennent le respect de la période d’éligibilité, le principe consistant à «ne pas causer de préjudice important» et le non-remplacement de dépenses budgétaires nationales récurrentes. Par conséquent, notre audit est principalement centré sur la question de savoir si ces conditions de paiement et d’éligibilité ont été respectées. Comme la conformité des dépenses supportées par les bénéficiaires finaux aux règles nationales et européennes ne conditionne pas les paiements au titre de la FRR, notre opinion d’audit ne couvre pas la régularité des dépenses exposées par lesdits bénéficiaires. Le règlement FRR ne fixe pas d’autres critères pour l’interprétation de l’expression «de manière satisfaisante», ce qui laisse à la Commission un important pouvoir d’appréciation lorsqu’elle évalue la réalisation satisfaisante des jalons et des cibles. L’évaluation des réalisations qualitatives implique de procéder à différents jugements et ouvre la porte à différentes interprétations. Ce risque est particulièrement aigu lorsque la définition du jalon ou de la cible n’est pas claire.

XXXIX.

Nous exerçons notre jugement professionnel et faisons preuve d’esprit critique pendant toute la durée de l’audit. En outre, nous procédons de la manière suivante.

a)

Nous déterminons et évaluons le risque que les comptes consolidés présentent des anomalies significatives et, en ce qui concerne les opérations sous-jacentes, le risque de non-respect, dans une mesure significative, des exigences de la législation de l’Union européenne, que cela soit dû à des fraudes ou à des erreurs. Nous concevons et mettons en œuvre des procédures d’audit répondant à ces risques et nous recueillons des éléments probants suffisants et appropriés pour fonder notre opinion. Les anomalies et non-conformités significatives procédant d’une fraude sont plus difficiles à détecter que celles qui résultent d’une erreur, car la fraude peut s’accompagner de collusion, d’établissement de faux, d’omissions intentionnelles, de fausses déclarations ou de soustraction au contrôle interne. Le risque de non-détection de ces anomalies et non-conformités est donc plus élevé.

b)

Nous acquérons une connaissance du contrôle interne concerné par l’audit afin de définir des procédures d’audit appropriées, et non dans le but d’exprimer une opinion sur l’efficacité du contrôle interne.

c)

Nous apprécions l’adéquation des méthodes comptables appliquées par la direction et la vraisemblance des estimations comptables ainsi que des déclarations de la direction concernant ces dernières.

d)

Nous formulons une conclusion sur le caractère judicieux de l’adoption, par la direction, de l’hypothèse de la continuité d’exploitation pour l’établissement des comptes et, en nous fondant sur les éléments probants recueillis, sur l’existence ou non d’une incertitude significative due à des événements ou à des conditions susceptibles de jeter un doute important sur la capacité de l’entité à poursuivre ses activités. Si nous concluons à l’existence d’une telle incertitude significative, nous sommes tenus d’attirer l’attention, dans notre rapport, sur les informations correspondantes figurant dans les comptes consolidés ou, si ces informations ne sont pas pertinentes, de modifier notre opinion. Nos conclusions sont fondées sur les éléments probants recueillis jusqu’à la date de notre rapport. Cependant, des événements ou des conditions ultérieurs peuvent conduire l’entité à cesser ses activités.

e)

Nous évaluons la présentation d’ensemble, la structure et le contenu des comptes consolidés (y compris toutes les informations y afférentes), et nous vérifions si les comptes consolidés reflètent fidèlement les opérations et les événements sous-jacents.

f)

Nous collectons des éléments probants suffisants et appropriés concernant les informations financières sur les entités faisant partie du périmètre de consolidation de l’UE pour nous permettre de formuler une opinion sur les comptes consolidés et sur les opérations sous-jacentes. Il nous incombe de diriger, de superviser et de réaliser l’audit et nous assumons l’entière responsabilité de notre opinion d’audit.

XL.

Nous informons la Commission et les autres entités auditées, entre autres, de l’étendue et du calendrier prévus des travaux d’audit ainsi que de toute observation d’audit importante, et notamment de toute faiblesse significative au niveau du contrôle interne.

XLI.

Parmi les éléments analysés avec la Commission et les autres entités auditées, nous déterminons lesquels ont revêtu la plus grande importance dans l’audit des comptes consolidés et constituent, de ce fait, les éléments clés de l’audit pour la période en cours. Nous les décrivons dans notre rapport, à moins que la loi ou la réglementation s’opposent à la publication d’informations les concernant ou que, ce qui est extrêmement rare, nous estimions devoir nous abstenir de communiquer certaines informations dans notre rapport parce qu’il y a raisonnablement lieu de craindre que les conséquences défavorables de leur divulgation soient supérieures à ses éventuels effets favorables du point de vue de l’intérêt public.

Le 11 juillet 2024.

Tony MURPHY

Président

Cour des comptes européenne

12, rue Alcide De Gasperi - 1615 Luxembourg – LUXEMBOURG


(1) Règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil du 18 juillet 2018 relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union, modifiant les règlements (UE) no 1296/2013, (UE) no 1301/2013, (UE) no 1303/2013, (UE) no 1304/2013, (UE) no 1309/2013, (UE) no 1316/2013, (UE) no 223/2014, (UE) no 283/2014 et la décision no 541/2014/UE, et abrogeant le règlement (UE, Euratom) n° 966/2012 du Conseil (JO L 193 du 30.7.2018, p. 1), article 243.

(2) Ibidem, article 244.

(3) Nous fournissons des informations supplémentaires aux points 1.18 à 1.23 de notre rapport annuel relatif à 2023.

(4) Comptes annuels de l’UE relatifs à l’exercice 2023, note 2.9.

(5) Ces 155,2 milliards d’euros se composent de 76,2 milliards d’euros de charges à payer figurant au passif du bilan et de 79,0 milliards d’euros qui réduisent la valeur des préfinancements figurant à l’actif du bilan.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6041/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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