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AccueilDroit européen52024XR0548
Communication52024XR0548

Résolution du Comité européen des régions sur Une politique de cohésion renouvelée après 2027 qui ne laisse personne de côté — Réponses du CdR au rapport du groupe de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion et au neuvième rapport sur la cohésion

CELEX52024XR0548
TypeCommunication
Datejeudi 18 avril 2024

Résumé IA

Cette résolution du Comité européen des régions (CdR) expose la position des collectivités locales et régionales sur l'avenir de la politique de cohésion après 2027. Elle insiste sur la nécessité de maintenir une politique ambitieuse, flexible et accessible à tous les territoires, en réponse aux propositions du groupe de haut niveau et au neuvième rapport sur la cohésion. Le texte plaide pour une simplification des règles, un renforcement de la gouvernance locale et une approche territorialisée qui ne laisse aucun territoire de côté.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/3661

26.6.2024

Résolution du Comité européen des régions sur «Une politique de cohésion renouvelée après 2027 qui ne laisse personne de côté — Réponses du CdR au rapport du groupe de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion et au neuvième rapport sur la cohésion»

(C/2024/3661)

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS,

VU

—

le rapport du groupe de spécialistes de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion (ci-après le «rapport du GHN»),

—

le neuvième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale (ci-après le «neuvième rapport sur la cohésion»),

—

son avis du 29 novembre 2023 sur «L’avenir de la politique de cohésion après 2027»,

—

le débat qui se tiendra prochainement sur un programme stratégique de l’Union européenne,

1.

accueille favorablement le rapport du GHN et le neuvième rapport sur la cohésion, lesquels apportent une contribution substantielle au débat sur l’avenir de la politique de cohésion;

2.

rappelle que la «cohésion économique, sociale et territoriale» constitue un objectif fondamental de l’Union européenne proclamé à l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE) et que l’article 174 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) traduit cet objectif en prévoyant des politiques territorialisées visant à réduire les disparités entre les différentes régions européennes, dans un esprit de subsidiarité et de solidarité;

3.

souligne la valeur ajoutée insigne qu’apporte la politique de cohésion pour contribuer à réaliser cet objectif, en ce qu’elle soutient les investissements stratégiques et favorise la convergence des régions, y compris les régions ultrapériphériques visées à l’article 349 du TFUE, ainsi que les zones rurales et les autres zones définies à l’article 174 du TFUE (1);

4.

demande que la politique de cohésion après 2027 prévoie une orientation régionale à l’échelon de l’Union et une allocation spécifique de financements pour les régions dont des territoires sont visés à l’article 174 du TFUE, et que l’intensité de l’aide atteigne un seuil minimal dans le cadre des accords d’association; cette mesure devrait éventuellement couvrir d’autres politiques du budget de l’Union revêtant une dimension territoriale, y compris tout instrument qui succéderait à NextGenerationEU;

5.

estime qu’il est nécessaire d’avoir une réponse budgétaire globale au défi démographique, assortie d’une allocation de fonds supplémentaires et intervenant de manière transversale dans tous les programmes et politiques concernés de l’Union, en particulier dans tous les Fonds structurels, afin de mieux lutter contre la fracture sociale, économique et territoriale dont souffrent les régions européennes touchées par le dépeuplement; encourage à étudier la possibilité d’utiliser des classifications territoriales plus adaptées au problème réel existant dans chacun des territoires, qu’il s’agisse du niveau NUTS 3, ou, en dessous, d’unités administratives locales adjacentes à ceux-ci dans certains cas;

6.

souligne que cette réussite se fonde sur les principes essentiels qui n’ont cessé de sous-tendre la politique de cohésion depuis ses débuts, à savoir le modèle de gestion partagée à l’échelon infranational, associé aux principes d’additionnalité, de solidarité entre les territoires de l’Union et de partenariat et à la gouvernance à plusieurs niveaux, et l’appui qu’elle fournit aux solutions territorialisées;

7.

insiste sur le rôle primordial de la politique de cohésion pour assurer la durabilité du marché unique européen, pour donner un tour concret et adapté au programme de compétitivité de l’Union européenne dans tous ses territoires, pour surmonter les obstacles nationaux qui entravent le marché unique, ainsi que pour atténuer les conséquences territoriales indésirables de son développement;

8.

est convaincu qu’une politique de cohésion réformée après 2027 doit demeurer le principal instrument d’investissement de l’Union européenne et s’appuyer sur ces principes fondamentaux tout en tenant compte des nouvelles disparités et des vulnérabilités et différences structurelles existantes aggravées recensées dans les conclusions du neuvième rapport sur la cohésion et du rapport du GHN; elle devrait également contribuer à répondre aux besoins d’investissement évalués par la Commission européenne à 650 milliards d’euros en investissements publics et privés par an au cours de la prochaine décennie afin d’atteindre les engagements de l’Union européenne pour les transitions verte et numérique;

9.

estime nécessaire de simplifier la gestion et le contrôle des fonds de la politique de cohésion et propose, à cette fin, que les charges administratives soient répertoriées par la Commission et les États membres, en tenant compte des caractéristiques propres et des différents aspects et objectifs des régions lors de la définition de l’aide; met en exergue les spécificités des régions ultrapériphériques et des territoires qui présentent des handicaps naturels ou sont confrontés à des défis démographiques, et demande que soient envisagées des dérogations à certaines obligations qui, dans la plupart des cas, ne peuvent être assumées efficacement que par des bénéficiaires disposant de ressources budgétaires et matérielles plus importantes et abritant une population plus nombreuse;

10.

estime important de veiller à tout moment à ce que les capacités administratives des États membres et de leurs régions en matière de gestion des fonds européens soient suffisamment renforcées grâce à un écosystème spécialisé de gestionnaires de fonds européens dans ce domaine;

11.

met en relief le rôle déterminant de la politique de cohésion pour aider les collectivités et les régions à élaborer des solutions locales pour les transitions écologique, numérique et démographique, sachant qu’elles sont indispensables pour remédier à la «géographie du mécontentement» et préserver la confiance placée dans l’Union européenne en tenant compte des objectifs de développement durable (ODD) et de la nécessité de relever les défis démographiques, de lutter contre le dépeuplement des zones rurales et de garantir une transition juste pour toutes les régions;

12.

est d’accord avec les conclusions du rapport du GHN visant à ajouter une dimension d’anticipation et de transformation à la politique de cohésion afin de soutenir les stratégies régionales de transformation et de transition juste au moyen d’une politique industrielle et énergétique territorialisée et d’une innovation territorialisée afin de renforcer la résilience et la compétitivité de l’Union dans son ensemble ainsi que son autonomie stratégique, en tenant compte de la spécificité et de l’extrême vulnérabilité des territoires ultrapériphériques;

13.

rappelle la nécessité d’un cadre pour la politique de cohésion qui soit prévisible et stable, tout en offrant une plus grande flexibilité aux autorités infranationales;

14.

souligne, dans ce contexte, la nécessité de s’appuyer sur les expériences des investissements interrégionaux en matière d’innovation (I3) dans le cadre des partenariats pour l’innovation régionale, en ce qu’ils jettent des ponts entre les stratégies de spécialisation intelligente et d’autres politiques de l’Union visant à promouvoir une transformation territoriale axée sur l’innovation tout en favorisant la cohésion territoriale et en s’attaquant au «piège de développement» auquel sont prises certaines régions européennes; fait valoir la nécessité de continuer à aider les régions moins innovantes à participer aux chaînes de valeur mondiales, ainsi qu’à être en mesure de participer à des partenariats avec d’autres régions;

15.

rappelle qu’en vertu de l’article 3 du TUE, la politique de cohésion et le marché intérieur constituent le socle de l’économie sociale de marché de l’Union et garantissent que toutes les régions peuvent saisir les possibilités offertes par le marché intérieur;

16.

demande que la politique de cohésion demeure un pilier fondamental du modèle de croissance durable de l’Union et le noyau dur de la politique d’investissement décentralisée à long terme dans le cadre financier pluriannuel pour l’après 2027; souligne que, pour de nombreuses régions, la politique de cohésion est devenue la principale source d’investissements publics;

17.

se félicite de l’introduction d’une «règle d’or du cofinancement» dans le cadre de gouvernance économique réformé en 2024, en vertu de laquelle le cofinancement des fonds de l’Union est exclu du calcul des dépenses nettes;

18.

réaffirme sa position antérieure selon laquelle il est nécessaire de réformer complètement la politique de cohésion, notamment en vue d’accélérer l’exécution financière de cette politique sans en remettre en cause les principes fondamentaux cités précédemment;

19.

fait observer de surcroît que pour garantir l’application du principe consistant à «ne pas nuire à la cohésion» , les autres politiques de l’Union et les politiques nationales devraient contribuer à l’objectif de réduction des inégalités économiques, sociales et territoriales au sein de l’Union et, partant, il s’impose de les réformer, en veillant à la cohérence et à la complémentarité entre les différentes politiques européennes;

20.

note en particulier que le prochain élargissement prévisible de l’Union européenne nécessitera des ressources nouvelles et substantielles, qui devront être obtenues par divers moyens, sans jamais entraîner une quelconque réduction des ressources disponibles par habitant pour la cohésion, qui est, à l’instar du marché commun lui-même, l’un des deux piliers de l’Union européenne;

21.

met en garde contre toute tentative de concevoir de futurs programmes et politiques de l’Union qui, au nom de l’efficacité, prétendent favoriser la cohésion par la voie d’une approche centralisée et universelle; une telle démarche centralisatrice s’avérerait inefficace pour répondre aux besoins spécifiques des territoires et pour atteindre l’objectif visant à réduire les disparités régionales, y compris infrarégionales; qui plus est, elle ne produirait pas le sentiment d’appropriation indispensable pour que les investissements à long terme produisent des résultats concrets dans chaque région et pourrait même conduire à des allocations de fonds motivées par un raisonnement politique plutôt que par des enjeux régionaux; aussi la gestion régionale de la politique de cohésion est-elle essentielle; souligne, à cet égard, que plusieurs études ainsi que le rapport spécial de la Cour des comptes européenne 26/2023 ont révélé les limites du modèle opérationnel basé sur les performances; demande dès lors à la Commission qu’elle tienne compte de ces limites pour la période postérieure à 2027 et l’invite à tenir dûment compte des recommandations du rapport du groupe de haut niveau sur cette question; attire par ailleurs l’attention sur le fait que la facilité pour la reprise et la résilience, en tant qu’instrument répondant à une situation d’urgence, est par essence nettement moins redistributive que la politique de cohésion;

22.

défend l’idée selon laquelle la future politique de cohésion doit fonctionner sous l’égide d’un cadre stratégique unique afin d’éviter l’émiettement des fonds et des règles financières; insiste sur la nécessité que ce cadre englobe le Fonds social pour le climat, le financement du développement rural et les autres instruments pertinents de l’Union; un tel «pacte européen de partenariat» devrait prolonger les initiatives précédentes, assurer la cohérence et la directionnalité dans la mise en œuvre des politiques, au moyen notamment d’objectifs concrets, et il devrait placer les collectivités locales et régionales au centre de la réalisation concrète sur le terrain;

23.

fait valoir que depuis ses débuts, la politique de cohésion a intégré un programme de réforme qui soutient les investissements durables favorisant les conditions d’ensemble nécessaires au succès; souligne qu’elle a constitué la première politique de l’Union dotée d’un cadre de performance complet; suggère, pour l’avenir, d’évaluer ces aspects de la politique de cohésion dans le contexte des enseignements tirés de la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), sans pour autant remettre en question les principes fondamentaux de cette politique;

24.

se félicite de la proposition visant à rationaliser les procédures administratives, à réduire les formalités et à adopter des approches plus efficaces pour simplifier les processus et faciliter leur utilisation; tient pour essentiel que la mise en œuvre des Fonds structurels soit plus souple dans les zones rurales les plus durement touchées par le déclin démographique, afin de permettre leur utilisation conjointe pour un même projet, de prévoir l’avance des fonds et d’assurer leur complémentarité avec les instruments financiers;

25.

souligne que la FRR a été conçue à titre de fonds d’urgence créé pour faire face aux conséquences des situations de crise sur les économies de chacun des États membres, tandis que la politique de cohésion est une politique stratégique d’investissement à long terme élaborée conjointement et appliquée au niveau infranational selon un modèle de mise en œuvre spécifique fondé sur des principes fondamentaux qu’il convient de préserver et de renforcer;

26.

réaffirme que la politique de cohésion cimente l’unité de l’Europe, et souligne qu’il s’impose pour l’avenir que toutes les régions européennes puissent continuer de bénéficier des financements de la politique de cohésion et que de ce fait, il est également nécessaire de renforcer la coopération territoriale européenne;

27.

met l’accent sur la contribution de la politique de cohésion à l’intégration, au développement économique et au renforcement des capacités des nouveaux pays candidats ou candidats potentiels de l’Union européenne (y compris au moyen de programmes de coopération territoriale européenne); ce rôle doit être maintenu dans la future politique de cohésion, avec la participation active des collectivités locales et régionales;

28.

souligne que pour tirer parti des avantages que procure une politique de cohésion renouvelée, il s’impose que cette cohésion bénéficie sur le plan politique d’une forte visibilité et d’un leadership puissant ainsi que d’une structure administrative adéquate au sein de la prochaine Commission européenne, tout en renforçant les capacités à l’échelon des États membres et au niveau infranational, entre autres grâce à des investissements durables dans les capacités administratives;

29.

rappelle que le neuvième rapport sur la cohésion souligne que les zones rurales, montagneuses, insulaires et faiblement peuplées continuent de faire face à des difficultés spécifiques qui entravent la croissance et le développement économiques en raison d’une connectivité physique et numérique plus faible ou de possibilités limitées en matière d’éducation et de formation; insiste sur le fait que la politique de cohésion de l’Union a joué un rôle central, en particulier dans les zones rurales, pour réduire la pauvreté et réaliser des progrès en matière d’inclusion sociale, et demande un engagement accru au cours de la prochaine période de programmation;

30.

se félicite de l’appel conjoint lancé en mars 2024 par l’Alliance pour la cohésion (# CohesionAlliance) en faveur d’une «politique de cohésion renouvelée après 2027 qui ne laisse personne de côté» et invite chacun à signer cet appel conjoint;

31.

attend avec intérêt les conclusions du Conseil sur l’avenir de la politique de cohésion et attend du Conseil européen qu’il adopte le programme stratégique 2024-2029 afin de donner suite aux recommandations politiques du rapport du GHN;

32.

charge son président de transmettre la présente résolution à la Commission européenne, au Parlement européen, aux présidences belge, hongroise et polonaise du Conseil de l’Union européenne et au président du Conseil européen.

Bruxelles, le 18 avril 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) L’article 174 du TFUE prévoit: «Parmi les régions concernées, une attention particulière est accordée aux zones rurales, aux zones où s’opère une transition industrielle et aux régions qui souffrent de handicaps naturels ou démographiques graves et permanents telles que les régions les plus septentrionales à très faible densité de population et les régions insulaires, transfrontalières et de montagne».


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/3661/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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