Avis institutionnel52025AE0020

Avis du Comité économique et social européen — Compétitivité et sécurité économique — Comment la politique commerciale de l’UE devrait-elle contribuer aux objectifs du rapport Draghi? (avis exploratoire)

CELEX52025AE0020
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 26 mars 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) examine, dans cet avis exploratoire, comment la politique commerciale de l'UE peut soutenir les objectifs du rapport Draghi en matière de compétitivité et de sécurité économique. Il préconise une approche équilibrée combinant ouverture commerciale, diversification des chaînes d'approvisionnement et renforcement des instruments de défense commerciale pour réduire les dépendances stratégiques. L'avis insiste sur la nécessité d'intégrer les dimensions sociale et environnementale dans cette stratégie pour garantir une transition juste et durable.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/2962

16.6.2025

Avis du Comité économique et social européen

Compétitivité et sécurité économique — Comment la politique commerciale de l’UE devrait-elle contribuer aux objectifs du rapport Draghi?

(avis exploratoire)

(C/2025/2962)

Rapporteur:

Georgi STOEV

Conseiller

Arnaldo ABRUZZINI

Décision de l’assemblée plénière

24.10.2024

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en section

10.3.2025

Adoption en session plénière

26.3.2025

Session plénière no

595

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

157/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Au sein de la politique commerciale de l’Union européenne (UE), les imbrications entre la compétitivité et la sécurité économique constituent une question qui, ces dernières années, a bénéficié d’une attention de plus en plus soutenue. Dans un contexte d’évolution constante de l’économie mondiale, l’Union est confrontée à l’impératif d’élaborer des stratégies qui, en plus de renforcer sa position concurrentielle, assurent également la préservation de sa sécurité économique. Les États membres devraient remédier aux problèmes stratégiques qui nuisent à la compétitivité dans les domaines de la recherche et de l’innovation, de l’environnement des entreprises et du marché du travail, de l’efficacité énergétique et de l’utilisation efficace des ressources, ainsi que des compétences et de la formation.

1.2.

Le CESE a la conviction que pour apporter une contribution efficace aux objectifs du rapport Draghi, la politique commerciale de l’Union doit être coordonnée étroitement avec celle qu’elle poursuit en matière industrielle et dans le domaine de la sécurité économique, sachant qu’elle doit être mue notamment par les principes de durabilité. À cette fin, nous avons besoin d’une stratégie européenne commune en matière de politique étrangère et de sécurité, dont l’une des principales composantes réside dans une politique économique et commerciale vis-à-vis des pays tiers.

1.3.

Le CESE fait observer que les principaux objectifs de cette coordination des politiques devraient concorder avec un concept intégré d’autonomie stratégique ouverte, durable et ferme, visant a) à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques et la durabilité des chaînes d’approvisionnement en général, b) à donner à l’Europe les moyens d’être compétitive et de produire en utilisant les technologies les plus avancées, ainsi que de jouer un rôle de chef de file pour une transition écologique et numérique qui soit juste et durable, et c) à contribuer à une baisse significative des prix de l’énergie, lesquels constituent un facteur d’importance majeure dans la perte de compétitivité dont souffre l’économie européenne.

1.4.

Compte tenu des circonstances actuelles, qui changent chaque jour, le CESE estime nécessaire de mener une action unifiée, et éventuellement aussi de prévoir une réponse au niveau de l’UE, ce qui exigera une volonté d’agir résolument, et notamment de recourir aux instruments de défense commerciale existants si des droits de douane sont imposés illégalement, y compris les droits de rétorsion, les actions en matière de diplomatie économique et les contestations auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est aussi fortement indiqué de diversifier les échanges commerciaux.

1.5.

Le CESE considère qu’il convient d’adapter la mise en œuvre des normes de l’Union européenne dans le domaine des échanges commerciaux, afin qu’ils ménagent la possibilité de protéger ses citoyens et leurs intérêts. En conséquence, lesdites normes ne peuvent passer pour du protectionnisme, dans la mesure où elles ont été édictées aux fins de préserver nos principes, nos fabricants et nos consommateurs. Pour garantir que ces normes de l’Union continuent à protéger efficacement ses intérêts au sens large, il s’impose que la société civile obtienne un rôle à jouer dans les procédures visant à négocier des accords commerciaux. Veiller à une participation structurée des organisations de cette même société civile sous la forme de consultations menées lors des négociations, donnerait la possibilité d’attirer l’attention, avant l’approbation des accords, sur certains problèmes majeurs que suscitent leurs incidences. Les procédures de négociation et de suivi des accords de libre-échange de l’UE devraient être mises à jour. Il nous faut accélérer le processus dans son ensemble, en renforçant la crédibilité et en faisant en sorte que les partenaires étrangers soient plus enclins à participer à des négociations qui produiront des résultats tangibles dans un délai acceptable.

1.6.

À cet égard, il serait possible d’aider à sécuriser les importations de matières premières critiques et d’énergie et d’en faire baisser le prix par une procédure européenne commune de marchés publics. Le CESE préconise de développer les marchés publics dans un sens qui prête attention aux petites et moyennes entreprises et veille à ce qu’elles y participent de manière active au niveau régional, afin qu’elles soient à même de tirer profit d’autres marchés, situés à l’étranger. Le CESE a proposé la création d’un fonds d’investissement de l’UE en faveur de la résilience économique et de la compétitivité durable (1), qui contribuerait à renforcer le pouvoir d’intervention financière de l’Union et la capacité de prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) en soutien aux programmes du type InvestEU. En menant à bonne fin l’union bancaire et celle des marchés des capitaux, l’Union contribuera à ce que les capitaux privés soient convertis en investissements dans une proportion nettement plus élevée.

1.7.

Le CESE est conscient que les États membres de l’Union européenne se doivent de combler les retards qu’ils accusent, sur le plan de la productivité et de la compétitivité, par rapport à l’économie chinoise et à celle des États-Unis, de manière à promouvoir un modèle de développement économique qui soit respectueux de l’environnement et durable d’un point de vue social.

1.8.

Les mesures visant à soutenir l’industrie européenne devraient être centrées sur des systèmes d’innovation productifs, en attirant des investissements et en conservant les meilleurs talents, et veiller également à soutenir les programmes européens communs et les entreprises d’Europe, en particulier les PME; outre ces points d’attention, la politique commerciale de l’UE devrait avant tout s’attacher à supprimer les obstacles bureaucratiques et à garantir un accès compétitif aux ressources énergétiques et aux matières premières critiques.

1.9.

La libéralisation du commerce et les échanges technologiques peuvent stimuler l’innovation et la croissance économique. L’intégration des marchés financiers est susceptible de renforcer le marché européen des capitaux, de manière à mobiliser les ressources financières privées et à garantir la robustesse d’un secteur bancaire qui soit capable d’assurer un accès au financement à des conditions compétitives.

1.10.

Il conviendrait d’étendre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières à l’ensemble des produits et des services et, dans le même temps, de dispenser un soutien vigoureux en faveur du développement des échanges reposant sur une base multilatérale et respectant les normes de l’OMC. Eu égard aux difficultés auxquelles le multilatéralisme se heurte dans le paysage géopolitique mondial, une solution pragmatique pourrait toutefois consister à tisser un réseau d’accords bilatéraux, fondés sur des normes et principes communs, avec des partenaires internationaux.

1.11.

Le CESE recommande que l’Union européenne cible de nouveaux marchés en Asie, en Afrique et en Amérique latine, en réalisant des investissements dans des chaînes d’approvisionnement stratégiques, des innovations et des matières premières de substitution, en renforçant son marché unique et en s’adaptant aux glissements de la géopolitique. Construire en son sein un écosystème d’intelligence artificielle qui soit bénéfique pour les petites et moyennes entreprises peut contribuer: a) à assurer leur accès aux données, b) à stimuler leur résilience face aux menaces de nature cognitive et hybride qu’elles courent dans un monde dominé par la concurrence technologique, l’instrumentalisation de l’économie et le brouillage des frontières entre l’économie et la sécurité et, enfin, c) à atténuer les obstacles à l’entrée qu’elles doivent surmonter pour adopter les technologies fondées sur cette intelligence artificielle, ainsi qu’à encourager une innovation menée à leur initiative dans des secteurs stratégiques comme la défense.

2. Introduction et contexte

2.1.

Dans un monde en mutation, appelé à relever de nouveaux défis, l’Union européenne concentre son attention sur la préservation de sa compétitivité et de sa prospérité. C’est pour ce motif que la Commission européenne a chargé Mario Draghi d’élaborer un rapport dans lequel il expose la manière dont il appréhende l’avenir de la compétitivité européenne.

2.2.

Ledit rapport examine les défis auxquels l’industrie et les entreprises sont confrontées au sein du marché unique. Les conclusions du rapport apporteront une contribution aux travaux de la Commission sur un nouveau plan pour une prospérité et une compétitivité durables de l’Europe ainsi que pour l’élaboration du nouveau pacte pour une industrie propre, en faveur d’industries compétitives et d’emplois de qualité, qui sera présenté durant les cent premiers jours du nouveau mandat de la Commission. Aujourd’hui, l’Europe présente un front uni dans sa quête d’une croissance économique inclusive, articulée autour des axes suivants:

la compétitivité durable,

la sécurité économique,

l’autonomie stratégique ouverte,

la concurrence loyale.

Ils constituent autant de piliers de la prospérité, même si d’autres questions se posent quant à la manière de les défendre.

2.3.

Le présent avis exploratoire, demandé par la commission du commerce international (INTA) du Parlement européen, entend montrer de quelle manière il est possible de tirer parti de la politique de l’Union européenne en matière de commerce pour atteindre certains des objectifs énoncés dans le rapport Draghi, en mettant l’accent sur les interactions entre échanges commerciaux, croissance économique, transformation numérique, durabilité environnementale et équité sociale. Pour faire face aux risques géopolitiques et à la détérioration actuelle de la situation politique internationale, l’autre voie qu’il est possible d’emprunter consiste, selon le CESE, à renforcer l’Union, ses politiques économiques et commerciales, l’élaboration et le financement de programmes en faveur de l’offre de biens européens communs et son niveau d’intégration économique et politique.

2.4.

Le CESE considère que le rapport Draghi peut servir de guide pour arrêter les politiques et les décisions qu’il y a lieu de prendre afin que l’Union comble le fossé qui sépare son économie de celles de la Chine et des États-Unis en matière de productivité, d’innovation et de compétitivité, ainsi que pour indiquer, en particulier après les récentes déclarations du nouveau président américain sur la taxation des importations et les droits de douane, comment il est possible de promouvoir un modèle de compétitivité qui soit durable d’un point de vue environnemental et social.

2.5.

Le CESE est conscient que pour atteindre les objectifs du rapport Draghi, il sera nécessaire de consentir un effort d’investissement considérable, mobilisant les capitaux publics et privés, nationaux et européens, par le truchement de tous les instruments existants. Au niveau de l’Union européenne, il a proposé de créer un fonds d’investissement de l’UE en faveur de la résilience économique et de la compétitivité durable (2). Pour contribuer au processus destiné à investir dans les biens communs européens, l’Union doit renforcer sa capacité financière, en augmentant ses ressources propres et, si nécessaire, en procédant à de nouvelles émissions de dette européenne commune. Il convient de soutenir le financement de cet effort majeur d’investissement, à l’échelle européenne et nationale, en confortant la capacité de prêt de la BEI et de ses programmes du type d’InvestEU. Si, sans accumuler de nouveaux retards, nous menons à bien l’union bancaire et celle des marchés des capitaux, il deviendra plus aisé de convertir l’épargne de l’Europe en investissements, dans des proportions nettement plus élevées qu’actuellement.

3. Observations générales

3.1.

La politique commerciale de l’Union européenne joue un rôle essentiel pour configurer son avenir économique. Axé sur les moyens de parvenir à assurer la croissance économique, la stabilité, la transformation numérique, la durabilité environnementale et l’équité sociale, le rapport fouillé qu’a élaboré Mario Draghi souligne que l’action en matière d’échanges constitue un outil essentiel pour réaliser ces objectifs. Dans sa politique commerciale, l’Union européenne ne se limite pas à influer sur les interactions économiques mondiales, mais détermine aussi ses stratégies internes de croissance. Dès lors qu’elle assure un accès efficace au marché, renforce l’innovation, favorise la durabilité environnementale et promeut l’équité sociale, elle dispose les moyens de se positionner, à l’échelle planétaire, parmi les protagonistes d’une économie mondiale qui se transforme à vive allure. Ces principes fondamentaux forment non seulement le socle de sa stratégie de compétitivité, mais devraient aussi définir la forme que prennent ses politiques de commerce extérieur.

3.2.

En outre, le rapport reconnaît que la politique commerciale joue un rôle essentiel pour articuler décarbonation et compétitivité, sécuriser les chaînes d’approvisionnement, assurer le développement de nouveaux marchés et faire pièce aux acteurs de la concurrence qui sont soutenus par les pouvoirs publics. En une époque où cette même concurrence se joue sur l’échiquier mondial, il est primordial que la politique commerciale de l’Union soit dûment coordonnée avec ses autres actions et priorités, en particulier sa stratégie industrielle, afin que sa démarche ouverte, durable et ferme en matière de commerce s’équilibre dûment avec son approche relative à l’industrie. Il convient non seulement qu’elle assure un environnement concurrentiel équitable, partout où les partenaires des échanges ne se plient pas systématiquement aux règles, mais qu’elle ouvre aussi de nouveaux débouchés pour les entreprises européennes dans les grands pôles en phase d’essor sur notre planète, étant donné que nous nous trouvons dans une situation de dépendance pour ce qui est des matières premières et que dans les prochaines années, la croissance mondiale sera principalement d’origine extra-européenne. Toutefois, l’ouverture du marché n’est pas une fin en soi et ne devrait pas constituer le seul objectif en ligne de mire de la politique commerciale de l’UE. L’accord qui a institué l’OMC prévoit que les «rapports dans le domaine commercial et économique devraient être orientés vers le relèvement des niveaux de vie, la réalisation du plein emploi et […] l’utilisation optimale des ressources mondiales conformément à l’objectif de développement durable».

3.3.

Le rapport souligne à juste titre que l’Europe se doit de renforcer les règles multilatérales et de les adapter pour qu’elles servent dûment leur finalité, et il fait expressément état de la nécessité que l’OMC fasse l’objet d’une réforme, tout comme le mécanisme de règlement des différends, surtout eu égard aux nouvelles circonstances liées à son propre rôle. Il met l’accent sur des politiques sectorielles, parmi lesquelles figurent les industries à forte intensité énergétique, les matières premières critiques, le réseau à haut débit, l’informatique et l’intelligence artificielle, ainsi que les semi-conducteurs, tout comme il insiste sur des actions horizontales, concernant notamment l’innovation, les compétences, les investissements, la gouvernance de l’Union, le commerce et le marché unique.

3.4.

Il conviendrait de mieux reconnaître l’importance que les marchés en phase de croissance, ainsi que le réseau d’accords commerciaux qui a été tissé par l’Europe, revêtent pour fournir des intrants et des matières premières de nature stratégique et donner aux entreprises les moyens de se développer sur les marchés étrangers. Une politique commerciale stratégique et ouverte axée sur la compétitivité européenne représente un enjeu essentiel pour les organisations européennes représentant les entreprises, les travailleurs et les consommateurs.

3.5.

La politique en matière d’échanges constitue un moteur essentiel de croissance économique, en ce qu’elle favorise une économie mondiale plus ouverte et intégrée. En concluant des accords pensés avec soin, l’Union européenne peut réduire les obstacles aux échanges, se ménager un accès à de nouveaux marchés et soutenir des secteurs à fort potentiel de croissance, tout en contribuant à relever les normes mondiales.

4. Observations particulières

4.1.

Réduire les obstacles au commerce: dans sa politique commerciale, l’Union européenne souligne qu’il importe de baisser les droits de douane, de diminuer les quotas et de démanteler les obstacles au commerce qui sont d’ordre administratif et bureaucratique. Une telle démarche favorise une plus grande efficacité dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et renforce la compétitivité des entreprises européennes. Le CESE estime que la nécessité d’attirer des investissements directs étrangers (IDE) devrait être intégrée à la liste des priorités; une coordination plus étroite s’impose en ce qui concerne les décisions de l’UE sur les IDE. Venant en droite ligne du rapport Draghi, ce principe illustre concrètement la manière dont les États membres de l’Union européenne ont la capacité, dont il conviendrait qu’ils fassent usage, de se servir de leurs mécanismes internes de coordination comme outils de protection de leurs politiques commerciales. Une telle démarche pourrait aussi contribuer à conférer aux politiques commerciales de l’Union un ton plus péremptoire et mettre en évidence la volonté de protéger conjointement les secteurs stratégiques.

4.2.

Améliorer l’accès aux marchés: les accords commerciaux jouent un rôle primordial pour assurer l’accès des entreprises européennes aux marchés émergents et, ainsi, promouvoir les exportations et stimuler le développement local. L’Union européenne a fait preuve de volontarisme en intégrant dans ses accords commerciaux les chapitres sur le commerce et le développement durable (CDD), et le CESE s’est félicité du nouveau critère de référence en la matière que la Commission a défini en 2022 (3). Les dispositions environnementales s’attachent à promouvoir les énergies propres, réduire les émissions et encourager une agriculture et des méthodes de production durables. Une sécurité qui présente un caractère global comporte plusieurs facettes: la sécurisation de la santé et de l’environnement, un bon état de préparation de la population et de la société, les capacités en matière de défense et de technologies de pointe, des systèmes d’innovation productifs et une base industrielle forte. Les accords commerciaux conclus par l’Union européenne comportent souvent des dispositions qui, portant sur la protection de la propriété intellectuelle, les transferts de technologies et l’accès aux marchés avancés, stimulent l’innovation et accroissent la compétitivité des industries européennes.

4.3.

La transition numérique constitue un facteur essentiel pour la prospérité de l’Europe de demain, les politiques en matière commerciale devant être conçues de telle manière qu’elles exploitent le potentiel du commerce numérique. En encourageant le commerce numérique, dont l’importance va croissant, les politiques commerciales de l’Union européenne entendent démanteler les obstacles relevant du numérique, comme les incohérences réglementaires, de manière que les biens et services numériques puissent circuler avec fluidité à travers les frontières. S’agissant de protéger les données, l’Union s’est dotée de réglementations rigoureuses, comme le règlement général sur la protection des données (RGPD), et elle se doit de les incorporer dans ses accords commerciaux. Garantir la confidentialité des données constitue un facteur primordial pour renforcer la confiance dans le commerce numérique.

4.4.

Soutenir les transferts de technologies: l’Union européenne se montre favorable à des transferts de technologies à l’échelle mondiale, notamment en faveur des pays en développement, en incluant dans ses accords commerciaux des dispositions qui aident à partager les innovations en matière de technologies, ainsi que les connaissances.

4.5.

Durabilité environnementale: à titre de composantes de ses objectifs environnementaux plus larges, l’Union européenne incorpore dans sa politique commerciale des initiatives écologiques dont l’objectif est de garantir qu’en plus de contribuer à la croissance économique, les échanges promeuvent aussi des pratiques durables. Dans ses accords commerciaux, l’Union européenne s’attache à promouvoir des pratiques durables, notamment sous la forme de politiques qui ont pour but de soutenir l’économie circulaire, réduire la consommation de ressources et s’attaquer au problème des déchets et de la pollution. Elle envisage des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, afin d’éviter les fuites de carbone, de s’assurer que ses politiques climatiques ne soient pas fragilisées par des importations de produits qui, moins respectueux de l’environnement, sont proposés à moindre prix, ainsi que de sécuriser un approvisionnement énergétique à faible intensité de carbone.

4.6.

Égalité sociale et pratiques commerciales équitables: la politique commerciale de l’Union européenne épouse tout aussi étroitement les objectifs poursuivis en matière d’équité sociale. Elle entend garantir que l’action menée dans le domaine commercial soit bénéfique pour toutes les composantes de la société et n’y accentue pas les inégalités existantes. Les accords commerciaux conclus par l’Union européenne mettent l’accent sur des pratiques de commerce équitables, garantissant que tout comme elle, ses pays partenaires respectent, mettent en œuvre et font appliquer les normes et dispositifs fixés à l’échelle internationale en matière de protection sociale, des travailleurs et de l’environnement.

4.7.

L’Union européenne insiste pour que ses accords commerciaux incluent des dispositions destinées à protéger les droits des travailleurs, visant à prévenir leur exploitation et à promouvoir des conditions de travail décentes à l’échelle planétaire. Ces efforts sont susceptibles d’augmenter la participation au marché du travail, de faciliter la mobilité de la main-d’œuvre et de favoriser les activités de formation. Les politiques commerciales peuvent jouer un rôle pour réduire les inégalités de revenus, en soutenant des secteurs qui offrent des emplois hautement rémunérés, en investissant dans l’éducation et la formation et en garantissant que les avantages découlant des échanges soient répartis de manière plus égale entre les régions et les composantes de la population. Toutes ces mesures peuvent contribuer à l’élaboration d’une stratégie de l’UE en vue d’éviter que les États membres ne subissent une fuite des cerveaux. Le soutien apporté aux jeunes pousses et aux entreprises en phase d’expansion dans le domaine technologique contribuera à la croissance des solutions innovantes dans ce domaine, et les hautes capacités technologiques qui en résulteront peuvent faciliter l’adoption de technologies avancées et favoriser le développement du marché unique des données.

4.8.

Si elle entend jouer un rôle de protagoniste dans le domaine de la sécurité économique et de la compétitivité par le truchement de sa politique commerciale, il s’impose que l’Union européenne, afin de tenir la balance égale entre ouverture et fermeté dans son action en matière d’échanges, veille à suivre les principes suivants: en s’appuyant sur la coopération et la compréhension mutuelle, l’Europe peut montrer la voie dans le domaine de la durabilité mondiale sans porter atteinte aux principes d’un commerce libre et équitable. Pour atteindre cet objectif, il conviendrait d’envisager un nouveau plan de financement, caractérisé par son ambition, qui porterait sur la durabilité et le climat et devrait comporter des volets tant internes qu’externes et produire des effets de ces deux points de vue. Il y aurait lieu que dans sa composante extérieure, il s’attache à financer des pays tiers, à savoir des nations en développement, avec lesquels l’Union européenne souhaite stimuler ses échanges et dont elle entend réduire l’impact climatique. L’octroi de ces concours financiers devrait être subordonné à l’importation de technologies et de biens écologiques en provenance de l’Union. En menant une telle action, elle aboutirait à encourager la durabilité en dehors de ses frontières, améliorer l’empreinte climatique globale dans le monde entier, accroître ses exportations de biens, voire inciter les pays tiers concernés à adopter des règles de durabilité similaires aux siennes. Plusieurs possibilités s’offrent à nous pour consolider notre base industrielle et faire en sorte que l’Union attire davantage d’investissements:

mettre en œuvre notre plan REPowerEU, destiné à sécuriser notre approvisionnement énergétique et à réduire notre dépendance à l’égard des importations de pétrole et de gaz;

développer le plan industriel du pacte vert, afin de renforcer la compétitivité de l’industrie européenne à zéro émission nette;

bâtir une union européenne de la santé, qui assure la disponibilité des fournitures médicales novatrices à un coût abordable. Le plan en cinq points pour une Europe plus compétitive vise quant à lui à garantir que nous puissions continuer à assurer un haut de niveau de prospérité pour toute la population de l’Union et que nous placions la compétitivité au cœur de notre programme économique pour 2025 et au-delà.

Bruxelles, le 26 mars 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) JO C, C/2024/6862, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6862/oj.

(2) JO C, C/2024/6862, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6862/oj.

(3) JO C 140 du 21.4.2023, p. 69.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2962/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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