Avis institutionnel52025AE0994

Avis du Comité économique et social européen — Comment prendre en considération les chaînes de valeur dans l’élaboration des politiques (avis exploratoire à la demande de la présidence danoise)

CELEX52025AE0994
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 16 juillet 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) examine, dans cet avis exploratoire, comment intégrer l'analyse des chaînes de valeur dans l'élaboration des politiques de l'UE. Il propose des méthodes pour évaluer la résilience, la durabilité et la compétitivité des chaînes d'approvisionnement, afin d'éclairer les décisions législatives et stratégiques. Cet avis vise à fournir aux institutions européennes et aux États membres, dont la France, un cadre pour anticiper les dépendances stratégiques et renforcer l'autonomie économique de l'Union.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/5145

28.10.2025

Avis du Comité économique et social européen

Comment prendre en considération les chaînes de valeur dans l’élaboration des politiques

(avis exploratoire à la demande de la présidence danoise)

(C/2025/5145)

Rapporteur:

Andrea MONE

Corapporteur:

Gonçalo LOBO XAVIER

Conseiller

Giulio BUCIUNI (pour le rapporteur)

Consultation

Présidence danoise du Conseil de l’Union européenne, 7.2.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section

26.6.2025

Adoption en session plénière

16.7.2025

Session plénière no

598

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

162/0/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) insiste sur la nécessité d’assurer la résilience, la compétitivité et la durabilité des chaînes de valeur dans l’environnement extrêmement incertain que nous connaissons actuellement, marqué par des fractures géopolitiques et des stratégies économiques agressives, étant donné que cette question a des implications économiques et sociales fondamentales pour le continent européen et l’Union européenne elle-même.

1.2.

Le CESE juge dès lors primordial d’améliorer et de renforcer la participation des entreprises européennes aux chaînes d’approvisionnement, y compris aux niveaux les plus importants, afin de favoriser un modèle de production compétitif et durable tout au long de ces chaînes, avec une incidence positive sur les régions, les entreprises et les travailleurs.

1.3.

À cette fin, le présent avis du CESE dresse ci-dessous une liste de recommandations, accompagnées d’une analyse approfondie, qu’il y aurait lieu de prendre en considération dans le cadre du processus décisionnel, tout en tenant dûment compte des travaux réalisés jusqu’à présent par les institutions de l’UE. Il conviendrait notamment:

a)

de recourir aux approches axées sur les chaînes de valeur et d’approvisionnement dans le cadre des analyses et des évaluations d’impact lors de la conception et du suivi des politiques européennes et des décisions pertinentes aux niveaux national et infranational;

b)

d’adopter dans les plus brefs délais des mesures efficaces pour consolider le marché intérieur européen, de façon à garantir l’autonomie stratégique et les capacités de production de l’Union. Il s’agit en particulier de promouvoir des politiques industrielles et de concurrence à l’échelon européen qui reposent sur une compétitivité et une innovation durables. De même, sur le plan extérieur, les chaînes de valeur doivent être réorganisées dans l’esprit d’une politique commerciale équitable et durable qui respecte les normes sociales et environnementales européennes et les règles multilatérales;

c)

de cartographier les chaînes d’approvisionnement, en les évaluant de manière détaillée et en analysant les différents secteurs et niveaux de participation des entreprises, afin de concevoir des politiques ciblées qui tiennent compte des défis et des possibilités de développement propres à chaque secteur, y compris au niveau régional. À cet égard, l’avis fournit des données et des outils susceptibles d’être utilisés pour compléter les méthodologies existantes;

d)

d’encourager le développement d’écosystèmes industriels intégrés afin de soutenir les communautés locales et les entreprises au sein des chaînes de valeur mondiales. Il s’agit notamment de favoriser la création d’entreprises, l’intégration de celles-ci dans les chaînes de valeur et leur positionnement dans des positions dominantes au sein de ces chaînes, afin de promouvoir un modèle de production axé sur les valeurs et les capacités européennes;

e)

de recourir davantage aux fonds de la politique de cohésion pour faire en sorte que les États membres disposent des infrastructures nécessaires en vue d’éviter toute perturbation des chaînes de valeur dans les domaines des transports, de la résilience, de l’information des citoyens, des routes, des infrastructures informatiques, de la protection alimentaire, de la cybersécurité, des systèmes d’approvisionnement en énergie, de l’accès à des informations fiables et de la protection des données.

1.4.

Le CESE attire également l’attention sur la nécessité d’associer de manière adéquate les partenaires sociaux et les organisations de la société civile, dans leurs rôles et fonctions respectifs, à la protection et à la promotion des chaînes de valeur en s’appuyant sur leurs connaissances et leur expérience, lesquelles peuvent être utilisées de manière extrêmement efficace, en particulier dans le contexte des décisions relatives aux situations d’urgence liées à l’efficacité et à la durabilité des chaînes de valeur.

1.5.

Le CESE met l’accent sur la nécessité d’investir dans l’information et la communication avec les citoyens sur la manière de réagir en cas de catastrophe, parallèlement au besoin de renforcer la stratégie européenne visant à préserver le fonctionnement du marché intérieur face à une situation de crise ou d’urgence.

2. Contexte de l’avis et observations générales

2.1.

En cette période de tensions géopolitiques croissantes, d’incertitude économique et d’évolution rapide des technologies, les chaînes de valeur européennes jouent un rôle crucial s’agissant de garantir la compétitivité, la sécurité et la capacité d’innovation de l’UE et de soutenir sa dimension sociale. Aujourd’hui, les chaînes de valeur mondiales représentent plus des deux tiers du commerce mondial, ce qui a des répercussions particulièrement importantes sur l’Union (1).

2.2.

Les différentes crises de ces dernières années ont montré que la longueur des chaînes d’approvisionnement, autrefois considérée comme un moteur d’efficacité et de compétitivité, est également devenue une source de vulnérabilité, notamment en raison d’une dépendance excessive à l’égard de certains pays pour les matières premières stratégiques. Face à ce constat, il apparaît nécessaire d’accorder de toute urgence la priorité non seulement à l’efficacité, mais aussi à la résilience des chaînes d’approvisionnement et de valeur.

2.3.

Le présent avis reconnaît le travail considérable déjà accompli par la Commission dans divers domaines d’action liés aux chaînes de valeur, notamment en ce qui concerne les alliances industrielles, la stratégie de l’UE en matière de sécurité économique, le règlement sur les matières premières critiques, les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) intégrés, ainsi que les bilans approfondis et les outils de suivi. Il importera de ne pas dupliquer ces efforts mais de les renforcer et de les intensifier, notamment en mettant l’accent sur des domaines tels que la capacité de mise en œuvre régionale et la dynamique en matière d’entrepreneuriat. Les institutions européennes doivent donc continuer de soutenir l’adoption d’une approche stratégique ciblant spécifiquement les chaînes de valeur afin de renforcer la résilience industrielle, Sd’accroître l’innovation, de garantir des emplois de qualité et de faire en sorte que la base industrielle de l’Europe reste compétitive sur la scène mondiale, tout en conservant une forte empreinte européenne axée sur le principe du «mode de vie européen».

2.4.

Le CESE estime essentiel de disposer d’une approche stratégique ciblant spécifiquement les chaînes de valeur pour renforcer l’industrie européenne, garantir sa dimension sociale et maintenir une compétitivité durable sur la scène mondiale. Il doit s’agir d’une approche multidimensionnelle associant toutes les parties prenantes, et en particulier les partenaires sociaux, aux différentes étapes du processus, conformément à l’approche participative et inclusive préconisée dans les avis antérieurs du Comité liés à cette question (2).

2.5.

Parmi les différentes dimensions propres à cette approche, dont l’objectif d’utiliser les chaînes de valeur comme outil analytique sous-tendant les évaluations d’impact de toutes les politiques de l’Union, le CESE souligne qu’il importe particulièrement de:

a)

cartographier les capacités industrielles des régions d’Europe, étant donné qu’il est indispensable de disposer d’une analyse exhaustive des atouts et des écosystèmes industriels de chaque région pour pouvoir adapter les interventions politiques aux situations spécifiques, y compris en recensant les principales entreprises actives dans chaque chaîne de valeur de façon à déterminer les acteurs clés et à comprendre leur rôle dans lesdites chaînes de valeur aux fins d’un soutien stratégique ciblé;

b)

concevoir des politiques porteuses d’avantages tout au long de la chaîne de valeur, en tenant dûment compte du fait qu’elles devraient soutenir une approche équilibrée au service d’une coexistence fructueuse entre les principales entreprises, susceptible également de générer des retombées positives pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), les travailleurs et les régions au sein de chaque chaîne de valeur et garantissant ainsi une stratégie industrielle et économique inclusive et résiliente.

2.6.

En adoptant cette approche, les institutions européennes pourront consolider la base industrielle de l’Europe, promouvoir sa dimension sociale, renforcer son autonomie stratégique et faire en sorte que l’UE reste compétitive dans un environnement mondial de plus en plus incertain. De nombreux enseignements peuvent être tirés d’études, référencées dans les notes de bas de page du présent avis, analysant la manière dont l’Europe pourrait adapter ses stratégies relatives aux chaînes de valeur aux enjeux économiques et géopolitiques actuels et assurer ainsi sa résilience et sa prospérité à long terme.

3. Observations spécifiques: dimensions et exigences fondamentales des chaînes de valeur mondiales

3.1.

Pour apporter une contribution significative, le présent avis examine trois dimensions fondamentales de la question à l’examen:

a)

l’importance des chaînes de valeur européennes dans un contexte d’incertitude croissante et de défis en matière de sécurité;

b)

les enjeux de compétitivité auxquels font face les producteurs européens, en particulier les MPME;

c)

la reconfiguration géographique stratégique des chaînes de valeur européennes au bénéfice de pays qui respectent les normes sociales et environnementales et les règles multilatérales, en accord avec une politique commerciale européenne mettant l’accent sur l’équité et la durabilité. Cette reconfiguration reflète le principe du friend-shoring, à savoir le déplacement de la production vers des pays partageant les mêmes valeurs que l’Europe.

Ces dimensions sous-tendent un ensemble de recommandations stratégiques visant à renforcer l’industrie européenne et à favoriser des emplois de qualité, en promouvant la croissance future et la compétitivité durable de l’UE.

3.1.1. Renforcer les chaînes de valeur européennes en ces temps de tensions géopolitiques et de défis sécuritaires

À mesure que croît l’instabilité économique et politique mondiale, les chaînes de valeur de l’Europe doivent être renforcées pour assurer leur résilience face aux chocs extérieurs tout en préservant la durabilité. Les préoccupations en matière de sécurité intérieure, l’objectif d’autonomie stratégique et la nécessité d’une innovation soutenue exigent des politiques ciblées visant à:

1.

Réaliser l’objectif de durabilité intégrale dans le cadre du processus de renforcement de la résilience

a)

Le CESE insiste sur la nécessité de garantir un système de chaînes d’approvisionnement qui soit non seulement résilient et efficace, mais aussi durable à différents égards. L’Europe doit conserver son statut de chef de file concernant non seulement les biens qu’elle produit, mais aussi la manière dont elle les produit, au moyen de modèles de production durables qui doivent être élargis à l’ensemble de la chaîne. Les chaînes de valeur sont souvent exposées à des risques découlant de la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et de sous-traitance, du respect des conventions collectives tout au long de la chaîne et du glissement fiscal. À cet égard, le CESE réaffirme que le respect des normes sociales et environnementales tout au long de chacune des chaînes de valeur reste un objectif fondamental des politiques de l’UE dans tous les pays, ainsi qu’au sein de l’Union elle-même. C’est pourquoi, en plus de réitérer les recommandations formulées dans ses précédents avis ayant trait à cette thématique (3), le Comité insiste sur la nécessité de promouvoir la négociation collective et le dialogue social à tous les niveaux, y compris dans les processus de restructuration des entreprises, dans le cadre d’une gouvernance durable des entreprises. Il importe également de veiller à ce que l’accès des entreprises aux fonds publics, ainsi que toutes les procédures de passation de marchés publics, soient subordonnés au respect des conventions collectives, mais aussi de garantir la participation des partenaires sociaux à l’évaluation de l’incidence sociale des mutations industrielles, afin d’éviter l’apparition de nouveaux déséquilibres régionaux au sein de l’Union.

b)

La politique de cohésion peut soutenir la participation aux chaînes de valeur mondiales et l’engagement à l’égard de ces dernières, renforçant ainsi la participation active des partenaires sociaux tout au long du processus.

2.

Garantir l’autonomie stratégique dans les secteurs clés

a)

L’UE devrait poursuivre, et intensifier, ses bilans approfondis de ses dépendances stratégiques (4), notamment en vue de recenser les chaînes de valeur critiques qui nécessitent des efforts de rapatriement des activités ou de relocalisation de celles-ci à proximité afin de réduire la dépendance excessive à l’égard de fournisseurs extérieurs, en particulier dans des secteurs tels que les semi-conducteurs, les produits pharmaceutiques ou les technologies liées aux énergies renouvelables. Elle devrait prendre des mesures ciblées pour réduire les dépendances stratégiques découlant de processus antérieurs de délocalisation — non seulement dans la production et les services, mais aussi dans la recherche et le développement —, en particulier dans les secteurs où cette délocalisation a mis à mal les capacités industrielles et d’innovation de l’Europe. L’objectif n’est pas d’inverser partout les mouvements de délocalisation, mais de renforcer l’autonomie de l’Europe tout en maintenant une intégration dans l’économie mondiale lorsque cela se justifie. Le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne a mis l’accent sur la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement dans les industries critiques, et il importe de prendre en compte cette recommandation. Il a mis en lumière certaines vulnérabilités, notamment dans le contexte des technologies et matières premières critiques (5). Les données du JRC et d’Eurostat sur les tendances en matière de délocalisation des activités de production et de recherche et développement au sein de l’UE peuvent contribuer à quantifier l’exposition de l’Union à ce phénomène et à éclairer la prise de décisions quant aux réponses stratégiques à apporter. Les institutions européennes et les organismes internationaux ont également fourni des analyses intéressantes (6). Dans ses travaux antérieurs, le CESE a plaidé en faveur de mesures au service d’une transition juste, comprenant notamment des activités de cartographie et la création d’un observatoire spécifique (7).

b)

Il est essentiel de poursuivre une politique de renforcement de l’intégration du marché intérieur au moyen d’une stratégie industrielle globale, fondée notamment sur les orientations de la Commission en matière de sécurité économique, conformément aux recommandations formulées dans l’avis récemment adopté sur la politique industrielle et le renforcement du marché intérieur. Des pratiques telles que la «préférence interne» peuvent contribuer à renforcer la demande intérieure et les capacités de production de l’Europe face aux lacunes qui compromettent son autonomie stratégique et sa sécurité. Cette préférence devrait toujours être liée au respect et à la promotion des normes sociales européennes.

c)

La poursuite des actions proposées par la Commission, les États membres et l’industrie en vue de constituer des alliances industrielles, des PIIEC, des coopératives agricoles et d’autres initiatives qui permettent de relever les défis en partageant les innovations et les risques, ainsi que les efforts visant à recourir davantage aux achats groupés pour les composants stratégiques et à accroître la circularité et l’efficacité, apparaissent stratégiques.

3.

Soutenir la mise à niveau technologique des chaînes de valeur matures

a)

De nombreuses industries européennes s’appuient sur des chaînes de valeur établies qui ont besoin d’être modernisées, et l’importance de la transformation numérique pour garantir la compétitivité et la résilience industrielles est manifeste (8).

b)

Les politiques menées devraient viser en particulier à encourager les entreprises traditionnelles à déployer les technologies numériques, l’automatisation et l’intelligence artificielle (IA) pour pouvoir maintenir leur position à l’échelle mondiale, comme le souligne également la boussole pour la compétitivité de l’UE. Il est par ailleurs capital de promouvoir les regroupements d’entreprises ainsi que les écosystèmes industriels dans lesquels ces dernières peuvent se développer et partager leurs connaissances.

c)

L’émergence de l’IA dans les processus de production a également des répercussions sur la gestion de chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes. En plus de permettre une plus grande automatisation et l’intégration de données analytiques sur les produits, l’IA peut jouer un rôle clé dans l’amélioration de la traçabilité de chaînes de valeur fragmentées et à plusieurs niveaux, ainsi que dans la mise en place de systèmes de vérification fiables et intégrés pour chaque transaction. Pour contribuer positivement au processus de cartographie et de contrôle de la conformité, ces outils doivent être conçus de manière à garantir une transparence maximale et à maintenir une approche centrée sur l’humain, en assurant la participation active de toutes les parties prenantes, et en particulier des partenaires sociaux.

4.

Renforcer la collaboration avec les instituts de recherche et les universités et promouvoir la reconversion et le perfectionnement professionnels des travailleurs européens

Les universités et centres de recherche et développement européens devraient jouer un rôle plus actif dans le développement de solutions innovantes pour assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement et la modernisation des industries. Un financement accru et des mécanismes de transfert de connaissances permettraient d’appuyer un tel effort, lequel devrait s’accompagner d’une approche globale visant à accroître les compétences des citoyens. Dans ce contexte, il est essentiel d’accroître l’investissement dans les activités de recherche et développement, étant donné que l’Europe dans son ensemble est encore loin de son objectif de 3 % et accuse un retard par rapport aux autres grands acteurs internationaux.

5.

Mobiliser les investissements européens dans le domaine de la défense au profit de l’innovation à double usage

Parallèlement aux discussions cruciales sur l’importance de créer une défense européenne commune, la nécessité d’adopter une définition élargie de la sécurité qui tienne également compte de l’exigence de résilience sociale et de sécurité économique et qui intègre les menaces pesant sur la démocratie et les ingérences étrangères, ainsi que les effets du changement climatique, des catastrophes naturelles extrêmes et des risques sanitaires mondiaux, pourrait également constituer une occasion de développer des technologies à double usage qui pourraient trouver des applications tant dans le domaine de la défense que dans la vie civile. De récentes études (9) ont montré qu’en encourageant la collaboration entre les entreprises actives dans le secteur de la défense, les fournisseurs de technologies et les chaînes de valeur industrielles tout en veillant à inclure les partenaires sociaux, l’Europe sera en mesure de stimuler l’innovation et d’accroître sa sécurité.

3.1.2. Résoudre les problèmes de compétitivité des MPME européennes

Les MPME continuent de former l’épine dorsale de plusieurs industries européennes, fournissant aux grandes entreprises des intrants et des services essentiels. Or, nombre d’entre elles peinent à faire face à la concurrence dans un paysage économique en pleine évolution, façonné par la numérisation et la concurrence mondiale. Les politiques devraient se concentrer sur les priorités suivantes:

1.

Assurer la mise à niveau des microentreprises et petites entreprises par la collaboration avec de jeunes pousses

Les jeunes pousses européennes peuvent fournir des solutions numériques, opérationnelles et technologiques adaptées aux besoins des MPME. Encourager les partenariats entre les MPME et les jeunes pousses innovantes peut accélérer l’adoption des technologies numériques et la compétitivité. Des études mettent en lumière comment les jeunes pousses peuvent stimuler la transformation de pôles industriels traditionnels en écosystèmes entrepreneuriaux contemporains (10). Il y a donc lieu d’établir un modèle européen de création d’entreprises qui se distingue de ceux en vigueur sur d’autres continents en intégrant les entreprises dans des écosystèmes industriels structurés préexistants, favorisant leur création et leur croissance.

2.

Transformer les pôles industriels en écosystèmes entrepreneuriaux

De nombreux pôles et bassins industriels d’Europe se sont constitués autour des industries traditionnelles. En intégrant à ces pôles de nouvelles générations d’entreprises axées sur les technologies, les responsables politiques peuvent créer des écosystèmes entrepreneuriaux modernes qui soutiennent à la fois les industries traditionnelles et les nouvelles entreprises.

À cet égard, il convient de tenir compte de la dimension régionale des chaînes de valeur pour pouvoir tirer parti des spécificités de chacune d’elles.

3.

Faciliter l’accès au financement et au soutien à l’innovation

Des instruments financiers et des mécanismes de soutien ciblés devraient être mis en œuvre afin d’aider les MPME à investir dans la transformation numérique, la fabrication avancée et les pratiques entrepreneuriales durables, ainsi que pour promouvoir l’entrepreneuriat lié aux chaînes de valeur, en particulier dans les secteurs où l’Europe risque de se laisser distancer par ses concurrents mondiaux, tels que les États-Unis et la Chine.

4.

Mettre en place des programmes de mentorat et de renforcement des capacités

Les grandes entreprises devraient être encouragées à soutenir les MPME par la voie du mentorat, de projets de codéveloppement et d’initiatives de partage des connaissances, de façon à assurer la diffusion des bonnes pratiques tout au long des chaînes de valeur.

5.

Promouvoir le modèle européen de développement tout au long de la chaîne

Il importe non seulement d’accroître la capacité des entreprises à intégrer les chaînes de valeur, mais aussi de les aider à s’assurer une position dominante au sein des chaînes elles-mêmes, afin de promouvoir un modèle de développement européen tout au long de ces dernières.

3.1.3. Repenser la configuration géographique des chaînes de valeur européennes: le rôle d’une réorganisation des chaînes de valeur mondiales dans l’esprit d’une politique commerciale équitable et durable

En plus de s’atteler vigoureusement à renforcer le marché unique européen, notamment en relocalisant la production en Europe, les responsables politiques devraient également poursuivre une stratégie consistant à redéplacer certaines activités des chaînes de valeur vers des pays tiers qui respectent les principes d’une politique commerciale équitable et durable. Cette approche, conforme aux principes du friend-shoring, consiste à déplacer des segments clés des chaînes de valeur vers des pays qui partagent et respectent les normes sociales et environnementales de l’UE ainsi que les règles multilatérales.

3.1.4. Parmi les actions clés à entreprendre, il s’agit notamment de:

1.

Faciliter la création de chaînes de valeur établies dans l’UE

Comme le suggèrent de nombreuses études sur les chaînes de valeur mondiales (11), les tendances observées en matière de régionalisation façonnent les politiques industrielles. Il est essentiel de veiller à ce que les entreprises européennes restent connectées à l’économie mondiale tout en renforçant leur ancrage européen. Il s’agit notamment d’inciter les entreprises à établir durablement des capacités de production stratégiques en Europe tout en préservant leur compétitivité internationale.

2.

Renforcer les partenariats en matière de commerce et d’investissement dans l’esprit d’une politique commerciale équitable Les entreprises européennes devraient être encouragées à nouer des partenariats pour leurs chaînes de production et d’approvisionnement avec des pays politiquement stables qui respectent les normes et valeurs européennes ainsi que les règles multilatérales, de façon à réduire le risque de dépendance à l’égard de différents acteurs géopolitiques.

3.

Cartographier les capacités industrielles et les relations de dépendance dans les chaînes de valeur

Compte tenu des difficultés d’accès à des données détaillées sur les chaînes de valeur, liées notamment à certaines vulnérabilités, à un positionnement au niveau des entreprises et à des questions de confidentialité des données, l’UE devrait promouvoir des outils concrets pour soutenir les efforts de cartographie. Les méthodes existantes mises au point par la Commission, telles que mentionnées à la section 2, offrent des modèles utiles qu’il convient de consolider. D’autres outils pourraient également être envisagés, tels que des observatoires européens spécialisés, des plateformes sécurisées de partage de données, des plateformes spécifiquement consacrées au déploiement des chaînes de valeur pour les écosystèmes stratégiques clés, ainsi que des outils d’analyse fondés sur l’IA. Ils devraient assurer la participation de toutes les parties prenantes concernées, en particulier les partenaires sociaux.

4.

Prévoir des plans de secours pour les situations de catastrophe (en plus des «kits de sécurité» pour la population), tout en investissant en permanence dans les infrastructures — c’est-à-dire les structures aussi bien numériques que physiques —, afin de garantir la résilience des systèmes qui peuvent permettre aux produits et aux services de circuler en toute sécurité même en situation d’urgence, et en améliorant les outils actuels, tels que ceux contenus dans le règlement sur les situations d’urgence dans le marché intérieur et la résilience du marché intérieur (SURMI), conformément aux recommandations formulées dans l’avis du CESE sur ce sujet (12). Sur ce point en particulier, la récente «panne énergétique» qu’ont connue l’Espagne et le Portugal a montré que les investissements dans l’information des citoyens et la communication publique sur la manière de réagir en cas de catastrophe jouent un rôle essentiel pour éviter la panique, la constitution inconsidérée de réserves sous le coup de cette dernière et la perturbation des systèmes liés aux chaînes de valeur alimentaires et non alimentaires, qui peuvent nuire à l’ensemble de la société.

Bruxelles, le 16 juillet 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Étude du Parlement européen sur les chaînes de valeur mondiales, 2023: https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2023/702582/EXPO_STU(2023)702582_EN.pdf.

(2) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Pour une chaîne d’approvisionnement résiliente, durable et responsable de l’Union européenne dans le domaine des matières premières critiques» (avis d’initiative) (JO C, C/2023/857, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/857/oj).

(3) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Pour une chaîne d’approvisionnement résiliente, durable et responsable de l’Union européenne dans le domaine des matières premières critiques» (avis d’initiative) (JO C, C/2023/857, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/857/oj).

(4) Stratégie industrielle actualisée 2021 et rapport de suivi sur les dépendances stratégiques [SWD(2022) 41 final].

(5) JRC Highlights Report 2024 (Rapport 2024 du JRC sur les faits marquants): https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/JRC141578.

(6) Gestion du risque de sécurité numérique, OCDE: https://www.oecd.org/en/topics/sub-issues/digital-security-risk-management.html; International trade in goods (Commerce international de marchandises), Eurostat: https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=International_trade_in_goods.

(7) JO C/2025/772.

(8) Buciuni, G. et Pisano, G. (2021), «Variety of Innovation in Global Value Chains», Journal of World Business, 56(2), 101167.

(9) Gereffi, G. (2018), «Global value chains and development: Redefining the contours of 21st century capitalism», Cambridge University Press.

(10) Buciuni, G., Canello, J. et Pisano, G. (2022), «Reshoring by Small Firms: Dual Sourcing Strategies and Local Subcontracting in Value Chains», Cambridge Journal of Regions, Economy and Society, 15(2), 237–259.

(11) Gereffi, G. (2018), «Global Value Chains and Development: Redefining the Contours of 21st Century Capitalism», Cambridge University Press.

(12) Avis du Comité économique et social européen sur a) la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un instrument du marché unique pour les situations d’urgence et abrogeant le règlement (CE) no 2679/98 du Conseil [COM(2022) 459 final — 2022/0278 (COD)], b) la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2016/424, (UE) 2016/425, (UE) 2016/426, (UE) 2019/1009 et (UE) no 305/2011 en ce qui concerne des procédures d’urgence pour l’évaluation de la conformité, l’adoption de spécifications communes et la surveillance du marché en situation d’urgence pour le marché unique [COM(2022) 461 final — 2022/0279 (COD)] et c) la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant les directives 2000/14/CE, 2006/42/CE, 2010/35/UE, 2013/29/UE, 2014/28/UE, 2014/29/UE, 2014/30/UE, 2014/31/UE, 2014/32/UE, 2014/33/UE, 2014/34/UE, 2014/35/UE, 2014/53/UE et 2014/68/UE en ce qui concerne des procédures d’urgence pour l’évaluation de la conformité, l’adoption de spécifications communes et la surveillance du marché en situation d’urgence pour le marché unique [COM(2022) 462 final — 2022/0280 (COD)] ( JO C 100 du 16.3.2023, p. 95).


ANNEXE

Comment promouvoir une chaîne de valeur résiliente pour l’industrie chimique européenne


AVIS

Commission consultative des mutations industrielles

Comment promouvoir une chaîne de valeur résiliente pour l’industrie chimique européenne

(avis complémentaire)

Rapporteur:

Veselin MITOV (BG-II)

Corapporteur:

Marco MENSINK (NL-cat. 1)

Conseillers

Mihai IVAŞCU (pour le rapporteur du groupe II)

George KAPANTAIDAKIS (pour le corapporteur de la catégorie 1)

Décision de l’assemblée plénière

J.M.AAAA

Consultation

7.2.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en section

4.6.2025

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

29/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le niveau élevé des coûts de l’énergie et de ceux induits par la réglementation, la concurrence déloyale et l’absence de conditions de concurrence équitables par rapport aux rivaux des pays tiers compromettent gravement la compétitivité et la résilience de l’industrie chimique de l’Union européenne, et ont ainsi entraîné la fermeture de plusieurs usines et des pertes d’emplois. Le CESE invite les institutions de l’Union à prendre d’urgence des mesures afin de préserver le rôle de ce secteur dans l’économie et la transition écologique de l’Union.

1.2.

Le CESE recommande de mettre en œuvre une stratégie énergétique d’ensemble visant à réduire les coûts de l’énergie pour les industries grâce à la diversification des sources d’énergie, à la modernisation des infrastructures à faible intensité de carbone, à des aides d’État flexibles et à des marchés publics ciblés.

1.3.

La Commission doit réintégrer le segment de la chimie organique [20.14 dans la nomenclature statistique des activités économiques dans l’Union européenne (NACE)] dans les dispositifs de compensation du système d’échange de quotas d’émission de l’Union (SEQE) et favoriser les contrats énergétiques à long terme afin de garantir l’accès à une énergie abordable et de soutenir la compétitivité des industries à forte intensité énergétique de l’Union.

1.4.

Des coûts réglementaires et des charges administratives excessifs affaiblissent la compétitivité de l’industrie chimique de l’Union et découragent les investissements tout au long des chaînes de valeur. Il est nécessaire et urgent de disposer d’un cadre réglementaire rationalisé et prévisible, assorti de règles REACH simplifiées et de procédures d’autorisation plus rapides, afin de réduire les coûts de mise en conformité et de soutenir l’innovation, en particulier pour les PME.

1.5.

Le CESE invite instamment la Commission à veiller à l’application effective des règles de l’Union en vigueur, notamment pour ce qui est des importations, à présenter une proposition «omnibus» pour les questions politiques liées aux produits chimiques qui ne relèvent pas du règlement REACH et à assortir toute nouvelle législation de contrôles de compétitivité et d’analyses d’impact claires, conformément aux objectifs de la politique en faveur d’une industrie propre.

1.6.

Il convient de mettre sur pied un cadre de financement spécifique et un «guichet unique» en vue de simplifier le financement de la recherche et de l’innovation pour l’industrie chimique de l’Union, tout en s’attachant à donner la priorité au soutien au déploiement à une plus grande échelle des technologies de rupture telles que le recyclage chimique, la chimie de l’hydrogène et les biotechnologies aux fins de la transition écologique.

1.7.

Malgré les bons résultats qu’affiche l’Union européenne en matière de recherche et de développement, elle peine à faire sortir les innovations des laboratoires pour les appliquer industriellement. Le CESE recommande d’investir de manière ciblée dans le passage du stade du laboratoire à celui de la fabrication, de conforter la coopération de l’industrie et de la recherche, et de soutenir les outils numériques tels que l’intelligence artificielle, le calcul à haute performance, les chaînes de blocs et la robotique afin d’accroître l’efficacité de la fabrication et la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

1.8.

La Commission et les États membres devraient mettre en œuvre une stratégie circulaire globale pour le carbone, accélérer l’octroi de permis pour le recyclage chimique et les technologies de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, et mettre en place des règles de comptabilisation du bilan massique aux fins du calcul de la teneur en matières plastiques chimiquement recyclées.

1.9.

Des accords commerciaux efficaces de portée mondiale qui permettent d’établir des partenariats pour des échanges commerciaux et des investissements propres, ainsi que des instruments de défense commerciale renforcés et des enquêtes plus rapides sont nécessaires pour garantir des conditions de concurrence équitables et l’autonomie stratégique de l’Union européenne. Il convient également d’exploiter pleinement toutes les possibilités qu’offrent les procédures d’office.

1.10.

L’avenir de l’industrie chimique de l’Union repose sur le degré élevé de qualification de sa main-d’œuvre. Le CESE plaide dès lors pour renforcer l’enseignement dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), la formation professionnelle et l’apprentissage, ainsi que pour réviser les règles en matière d’aides d’État afin d’encourager une formation menée par les entreprises qui corresponde aux besoins réels de l’industrie.

1.11.

Le CESE recommande une mise à jour de l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence («SURE 2.0») afin d’aider les travailleurs de l’Union, tout en garantissant des transitions inclusives grâce à la participation active des parties prenantes, à la négociation collective et au dialogue social, en vue d’asseoir la sécurité de l’emploi et de préserver la compétitivité à long terme du secteur.

1.12.

Le CESE plaide instamment pour adopter une stratégie industrielle unifiée, qui comprenne une législation européenne spécifique sur les produits chimiques critiques axée sur la résilience de l’ensemble de l’industrie chimique de l’Union, pour mettre en œuvre rapidement le pacte pour une industrie propre et pour adapter le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) afin de remédier aux coûts élevés de l’énergie, à la dépendance aux matières premières et à la complexité réglementaire. Il convient de tenir pleinement compte de la complexité des chaînes de valeur de l’industrie chimique lors de l’extension du champ d’application du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) afin de prévenir les fuites de carbone et de préserver l’ensemble du secteur et non pas seulement la production en amont.

1.13.

Assurer la durabilité et la compétitivité du secteur de l’industrie chimique requiert de renforcer les incitations et de clarifier les cadres réglementaires et d’adapter ceux-ci à la complexité d’une industrie qui alimente diverses chaînes de valeur. Il s’agit notamment d’incitations fiscales, d’aides et de subventions, ainsi que de mesures axées sur la demande pour stimuler l’innovation, la décarbonation et la circularité, ainsi que d’une mise en œuvre efficace du règlement pour une industrie «zéro net» (1) et de la législation qui en découle.

1.14.

Le CESE invite tous les États membres, et tout particulièrement le trio actuel de présidences du Conseil de l’UE et celui qui lui succédera, à renforcer plus avant le mandat du Conseil «Compétitivité» et à conforter son rôle dans le processus décisionnel de l’Union européenne, de sorte à assurer une coordination étroite de ses travaux avec ceux d’autres formations du Conseil pertinentes [entre autres «Environnement», «Transports, télécommunications et énergie», «Affaires étrangères (commerce)»] afin que de toutes les régions du monde, l’Union devienne celle qui soit la plus compétitive et la plus engageante pour faire des affaires.

2. Observations générales

2.1.

Pour l’Union européenne, le secteur de la chimie constitue une pièce maîtresse de son économie, puisqu’il génère un chiffre d’affaires annuel d’environ 655 milliards d’euros et une valeur ajoutée de 165 milliards d’euros (chiffres de 2023). Il se compose d’environ 31 000 entreprises (dont 97 % de PME) qui emploient directement 1,2 million de personnes et induisent 3,6 millions d’emplois indirects. Cette industrie constitue une chaîne complexe de valeur aux nombreux maillons très resserrés et enchâssés les uns dans les autres et elle joue un rôle capital dans les économies nationales et régionales en raison du nombre de ses emplois et de l’importance de ses contributions à l’économie.

2.2.

Les produits chimiques sont indispensables pour la vie quotidienne et sont employés dans de nombreux secteurs tels que la défense, l’agriculture, l’alimentation, la production manufacturière et les bâtiments et travaux publics. Ils sont présents dans les matériaux pour les moyens de transport, les produits de consommation, les équipements électroménagers, les équipements industriels, les produits pharmaceutiques, les produits de soins personnels et les parfums. Ils entrent dans la composition de la plupart des produits manufacturés. Ils constituent également un facteur déterminant pour réaliser les objectifs de neutralité climatique que s’est assigné l’Union européenne. En effet, ils permettent de développer des technologies propres, ils contribuent à diminuer les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du bâtiment et des travaux publics et ils favorisent l’agriculture durable grâce à la production d’engrais azotés verts et la réduction des émissions des animaux au moyen de solutions innovantes pour leur santé digestive.

2.3.

Si l’industrie chimique de l’Union apporte d’importantes contributions, elle n’en est pas moins confrontée à des défis qui présentent de multiples dimensions et compromettent sa résilience et sa compétitivité. Ainsi, l’augmentation des coûts qu’elle subit a entraîné une baisse de ses exportations et une hausse de ses importations, qui produisent toutes deux des fuites de carbone en son sein, puisque certaines entreprises déplacent leur production hors de l’Union ou y cessent même toute activité. En 2023 et 2024, ces fermetures d’installations ont entraîné une perte de capacité de production de plus de 11 millions de tonnes et concerné 21 grands sites industriels. Au cours des 15 dernières années, cette industrie a perdu en compétitivité et depuis 2008, sa part du marché mondial s’est réduite de 11 points de pourcentage (2). Actuellement, les taux d’utilisation des capacités des usines chimiques de l’Union se situent autour de 75 %. Ces difficultés sont encore aggravées par l’afflux de produits en provenance de pays tiers qui ne respectent pas les normes environnementales de l’Union, ce qui crée une concurrence déloyale et sape les efforts déployés par l’Union en faveur de la durabilité et de la décarbonation de l’industrie.

2.4.

La proposition de la Commission (3) d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations d’engrais en provenance de Russie et de Biélorussie constitue une étape nécessaire pour réduire les dépendances stratégiques et protéger les capacités de production de l’Union. Le CESE soutient vivement cette initiative et il recommande d’appliquer rapidement les mesures ainsi proposées, tout en garantissant un soutien complémentaire aux agriculteurs et aux producteurs d’engrais de l’Union afin de préserver la compétitivité et la sécurité alimentaire.

2.5.

Le rapport de Mario Draghi sur «L’avenir de la compétitivité européenne» (4) a mis en relief la nécessité urgente de s’attaquer à la question de la compétitivité industrielle de l’Europe, en particulier de ses secteurs à forte intensité énergétique tels que celui de la chimie. Le 20 février 2024, 73 chefs d’entreprise de 17 secteurs différents ont signé la déclaration d’Anvers (5) , par laquelle ils appellent de leurs vœux un pacte industriel pour l’Europe pour compléter le pacte vert et conserver en Europe des emplois de qualité pour les travailleurs européens. À l’heure actuelle, cette initiative rallie le soutien de 1 300 organisations issues de 25 secteurs. Il est urgent d’agir pour que l’Union européenne redevienne attrayante pour les investissements.

2.6.

Le CESE se félicite que l’Union européenne place désormais la compétitivité au centre de son programme stratégique pour la période 2024-2029 et il invite le Conseil «Compétitivité» à diriger et à coordonner les axes de travail y afférents auprès d’autres formations pertinentes du Conseil [entre autres «Environnement», «Transports, télécommunications et énergie», «Affaires étrangères (commerce)»].

3. Énergie

3.1.

Le coût de l’énergie est l’un des facteurs les plus critiques du fait de la place éminente qu’il occupe dans la structure d’ensemble des prix de revient, et il influe de ce fait directement sur la compétitivité de l’industrie chimique de l’Union européenne. Bien que celle-ci ait bénéficié récemment de plusieurs baisses des prix du gaz, ceux-ci demeurent de quatre à cinq fois supérieurs à ceux pratiqués aux États-Unis, tandis que les prix de l’électricité sont de 1,5 à 2 fois plus élevés. Cette situation place l’Union dans une position défavorable pour produire des produits chimiques de base voraces en énergie tels que l’éthylène, le propylène, l’ammoniac, le chlore et les métaux alcalins. En outre, ce secteur utilise également 50 % de sa consommation d’énergie pour produire des intermédiaires de synthèse, puisque les combustibles lui servent de matière première (6).

3.2.

Le CESE invite instamment la Commission et les États membres à adopter des politiques visant à réduire les prix de l’énergie pour l’industrie, ainsi qu’à accorder la priorité aux nouveaux projets d’interconnexions électriques, tant à l’échelle de l’Union qu’à celle de ses États membres, ainsi qu’aux investissements dans les réseaux d’hydrogène et d’autres molécules renouvelables et à faibles émissions de carbone, et dans le stockage de l’énergie.

3.3.

Le CESE invite la Commission à réintroduire le segment de la chimie organique [20.14 dans la nomenclature statistique des activités économiques dans l’Union européenne (NACE)] dans la liste des secteurs éligibles à la compensation des coûts indirects au titre du système d’échange de quotas d’émission de l’Union (SEQE). Cette mesure permettrait aux États membres, au moyen de leurs régimes d’aides d’État, de soutenir les secteurs les plus consommateurs d’électricité qui sont confrontés à des hausses du coût de celle-ci du fait du SEQE de l’UE. Nombre de secteurs et de chaînes de valeur de l’aval dépendent de ces types de composés chimiques organiques produits en amont.

3.4.

Le CESE recommande à la Commission et aux États membres d’adopter une stratégie énergétique globale afin de renforcer la compétitivité industrielle, et ce faisant:

de diversifier les sources d’énergie grâce à des investissements accrus dans les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire afin de réduire la dépendance à l’égard des coûteux combustibles fossiles;

de garantir un approvisionnement compétitif en gaz et pour ce faire, de renforcer les infrastructures de gaz naturel liquéfié (GNL) et de favoriser les partenariats commerciaux stratégiques afin d’assurer un accès stable et abordable, tout en tenant compte du caractère complexe et sensible que présente l’interconnexion de processus industriels;

d’améliorer l’efficacité énergétique des procédés industriels en contribuant à la modernisation des installations grâce à des technologies avancées qui permettent d’économiser l’énergie et à des systèmes de récupération de la chaleur fatale;

d’encourager les contrats énergétiques à long terme, y compris les accords d’achat d’électricité (AAE) et les contrats d’écart compensatoire (CEC), afin d’assurer la stabilité et la prévisibilité des prix pour les industries à forte intensité énergétique; et

de mettre en place des mesures ciblées en matière de marchés publics et des règles plus souples en matière d’aides d’État, qui sont essentielles pour faire baisser les prix et soutenir la compétitivité industrielle.

4. Environnement réglementaire

4.1.

Le coût induit par la réglementation constitue un autre facteur qui influe sur la compétitivité de l’industrie chimique de l’Union européenne. Une évaluation des coûts réalisée en 2016 pour la Commission estimait que la charge qui a pesé à ce titre entre 2004 et 2014 sur les entreprises du secteur européen de la chimie s’élevait à 10 milliards d’euros par an. À l’heure actuelle, on estime que ces coûts réglementaires représentent de 12 à 13 % de la valeur ajoutée totale de l’industrie (7). Du fait de l’interconnexion des chaînes de valeur du secteur, ces coûts frappent également de nombreuses industries en aval.

4.2.

Pour encourager de futurs investissements dans les chaînes de valeur chimiques, il est essentiel de réduire la charge administrative. Le CESE plaide ainsi pour simplifier et accélérer les procédures d’autorisation des nouveaux produits chimiques et matériaux durables afin de stimuler les investissements dans la recherche et le développement.

4.3.

Dans le cadre du pacte pour une industrie propre, il est prévu d’adopter à la fin de l’année 2025 un train de mesures sur l’industrie chimique, qui prévoira notamment de réviser de manière ciblée le règlement REACH et de lancer des initiatives visant à stimuler la compétitivité et la modernisation du secteur et à soutenir la production et l’innovation en Europe. Par ailleurs, la présidente von der Leyen convoquera un dialogue stratégique sur l’avenir de l’industrie chimique en Europe, dans la foulée des dialogues stratégiques organisés avec les secteurs de l’automobile et de la sidérurgie.

4.4.

Le CESE invite la Commission à simplifier véritablement le règlement REACH, en réduisant sa complexité, à en améliorer la mise en œuvre, à baisser les coûts et à dissiper les incertitudes, en particulier pour les PME. Un cadre réglementaire plus prévisible est en effet indispensable pour encourager les investissements et renforcer la base industrielle et la résilience stratégique de l’Union européenne, tout en préservant à la fois la santé humaine et l’environnement, et en continuant de chercher des succédanés des produits dangereux.

4.5.

Il convient également de présenter une proposition omnibus pour les questions politiques liées aux produits chimiques qui ne relèvent pas du règlement REACH, afin de mettre en œuvre des mesures correctrices fondées sur des objectifs de la politique en faveur d’une industrie propre. Il y a lieu d’accorder la priorité à la législation nouvelle et d’accompagner celle-ci d’une analyse complète de ses incidences, et notamment d’un contrôle de la compétitivité.

4.6.

Le CESE demande à la Commission et aux États membres de redoubler d’efforts pour faire appliquer la réglementation de l’Union en vigueur en matière d’environnement et de sécurité des produits chimiques, en mettant l’accent sur les importations tant des produits chimiques que des biens, notamment ceux vendus sur les places de marché en ligne.

5. Recherche et innovation

5.1.

L’industrie chimique de l’Union européenne occupe l’une des premières places en matière d’innovation, et elle affiche l’une des proportions les plus élevées de demandes et de subventions de brevets chimiques, et rivalise à cet égard à égalité avec les États-Unis. Les entreprises du secteur de la chimie investissent chaque année quelque 6 % de leur valeur ajoutée dans la recherche et le développement, c’est-à-dire le pourcentage le plus élevé au monde. L’Union européenne est une région de premier plan dans le monde dans le domaine de la production de matières plastiques biosourcées, biodégradables et recyclées. Les entreprises européennes du secteur de la chimie sont à l’avant-garde du développement de solutions innovantes de recyclage chimique.

5.2.

Le CESE demande à la Commission de veiller à une représentation adéquate de l’industrie chimique, aussi bien dans le cadre d’un fonds spécifique que dans les appels à financements en faveur de la recherche et de l’innovation. Il demande également de mettre en place un «guichet unique» pour les entreprises afin de simplifier les instruments de financement de la recherche et de l’innovation et d’accélérer le processus d’évaluation, en s’attachant tout particulièrement à réduire les risques et à démultiplier l’échelle des projets en vue du passage à la commercialisation.

5.3.

Pour appuyer les transformations écologique et numérique de l’industrie chimique, le CESE invite la Commission à fournir un financement et un soutien ciblés en faveur:

de nouveaux procédés pour les produits chimiques, de la chimie de l’hydrogène et des technologies avancées de recyclage, ainsi que des technologies de réutilisation et de traitement des eaux;

de la coopération entre les entreprises chimiques, les jeunes pousses technologiques et les instituts de recherche, afin d’accélérer l’innovation et de renforcer la compétitivité;

des maillons intermédiaires de la chaîne d’innovation, en particulier pour ceux qui relient le stade du laboratoire à celui de la fabrication, pour lesquels l’Union européenne accuse un retard par rapport à ses concurrents;

de l’adoption de l’intelligence artificielle, des mégadonnées et de la robotique dans la fabrication, afin d’en améliorer l’efficacité, de réduire les temps d’arrêt et d’optimiser les processus de production; et

du développement de systèmes logistiques et de suivi des stocks afin de réduire au minimum les pénuries, les retards et les inefficacités dans la chaîne d’approvisionnement.

6. Accès aux matières premières

6.1.

L’industrie chimique de l’Union européenne doit pouvoir accéder à des prix compétitifs à des matières premières et à d’autres produits intermédiaires tels que la biomasse, les déchets et le dioxyde de carbone. Afin de renforcer la sécurité de l’Union dans le domaine les matières premières, le CESE invite la Commission et les États membres à développer l’utilisation des matières premières renouvelables et circulaires, et ce faisant à mettre au point et à autoriser de manière accélérée les technologies avancées de recyclage chimique, et à mettre sur pied une stratégie circulaire pour le carbone qui crée des incitations en faveur du captage et de l’utilisation du carbone, ainsi que des matières premières biosourcées et des matériaux avancés.

6.2.

Le CESE demande instamment à la Commission d’apporter des clarifications en matière de circularité et pour ce faire, de mettre en place des règles de comptabilisation du bilan massique aux fins du calcul de la teneur en matières plastiques chimiquement recyclées, dans le contexte de la décision d’exécution relative à la directive sur les produits en plastique à usage unique. Cette clarification permettra d’enclencher des investissements dans les technologies de recyclage, favorisera de nouvelles chaînes de valeur pour la collecte, le tri et le recyclage des déchets plastiques, soutiendra les objectifs du pacte vert pour l’Europe et garantira l’autonomie stratégique de l’Union européenne.

6.3.

Le secteur de la chimie est une activité industrielle exportatrice de première importance pour l’Union européenne, qui a contribué à hauteur de 35 milliards d’euros à la balance commerciale de l’industrie manufacturière en 2023. À cet égard, si elle n’est classée qu’en quatrième position en 2023, elle occupait auparavant soit la deuxième soit la troisième place, après la machinerie et le matériel de transport (aéronefs et défense) et les produits pharmaceutiques. Les polymères et les intermédiaires, ainsi que les composants d’aval, ont une incidence favorable sur la balance commerciale. Toutefois, le segment de l’amont demeure un importateur net du fait de sa forte intensité énergétique.

6.4.

Le CESE demande à la Commission de favoriser des conditions de concurrence équitables pour le secteur de la chimie au moyen d’accords commerciaux mondiaux efficaces et d’instruments de défense commerciale renforcés en raccourcissant les délais d’enquête et en recourant à des procédures d’office. Les partenariats annoncés pour des échanges et des investissements propres devraient compléter les accords de libre-échange.

7. Compétences

7.1.

Le CESE recommande de garantir des processus décisionnels inclusifs qui associent les représentants de l’industrie, les travailleurs et les organisations de la société civile. Cette démarche devrait s’accompagner de mécanismes afin d’évaluer régulièrement l’efficacité des mesures mises en œuvre et d’adapter les politiques en fonction des besoins, en veillant à ce que les transitions écologique et numérique du secteur soient équitables et inclusives, sachant que le dialogue social et la négociation collective jouent un rôle clé.

7.2.

Le CESE demande à la Commission de recenser, de concert avec le secteur, les syndicats et d’autres parties prenantes, les écarts entre d’une part, les besoins actuels et futurs en compétences de cette industrie et d’autre part, les programmes d’enseignement universitaire en place. Cette mesure devrait déboucher sur l’élaboration de nouveaux programmes d’études et de formation, en particulier dans les domaines du numérique et des technologies de l’information, ainsi qu’aux fins de la recherche et de l’innovation, de la production, de la logistique, de la sécurité et de la réglementation des produits chimiques. Il convient également de promouvoir l’apprentissage afin de remédier aux déficits de compétences et à la faiblesse de l’attrait qu’exerce ce secteur. À cet égard, le CESE recommande de réviser les règles en matière d’aides d’État de sorte à inciter davantage les entreprises à investir dans des programmes de formation.

7.3.

Le CESE recommande à la Commission de donner la priorité au développement d’une main-d’œuvre qualifiée en renforçant également l’enseignement dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), la formation professionnelle et les programmes de reconversion afin de préparer les travailleurs aux technologies émergentes. En outre, il plaide en faveur d’une mise à jour de l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence («SURE 2.0») afin de soutenir les travailleurs et ceux qui subissent une restructuration dans le cadre de la double transition.

8. Autonomie stratégique et compétitivité mondiale

8.1.

Le CESE invite instamment les institutions de l’Union européenne à favoriser l’autonomie stratégique et la préparation, et à renforcer la compétitivité mondiale de l’industrie chimique de l’Union, et pour ce faire, à élaborer une stratégie englobante qui assure la cohérence des politiques dans les domaines de l’industrie, de l’énergie, de l’eau et de l’environnement. Une telle stratégie doit assurer une énergie abondante et bon marché, l’accès aux matières premières critiques, l’intégrité de la chaîne de valeur et le soutien au recyclage sur place et à la circularité. Le CESE recommande également d’adopter une législation européenne spécifique sur les produits chimiques critiques et de créer une alliance en la matière, axée sur la résilience de l’ensemble de l’industrie chimique de l’Union afin de renforcer les capacités de production et de réduire la dépendance à l’égard des importations en provenance de pays tiers.

8.2.

L’Union européenne devrait, dès que possible, mettre en œuvre le pacte pour une industrie propre et soutenir les entreprises et l’industrie manufacturière en Europe, et concilier ce faisant la compétitivité, l’innovation et la résilience. Tant les PME que les grandes entreprises ont besoin d’adaptations réglementaires qui produisent un effet maximal et les aident à réussir face à la concurrence mondiale. L’Union doit adopter une approche plus incitative qui répond aux contraintes de l’industrie (en temps, en capital, en personnel) et soutient des technologies clés telles que le recyclage chimique et le captage, l’utilisation et le stockage du carbone. Le CESE recommande de mettre en place des crédits d’impôt, des aides et des subventions en faveur des entreprises de l’industrie chimique qui investissent dans les technologies propres, les pratiques durables, la chimie verte et l’automatisation, afin de soutenir leur transition vers des procédés plus durables et innovants.

8.3.

Le CESE demande à la Commission de tenir soigneusement compte de la complexité et de la longueur des chaînes de valeur de l’industrie chimique lors de l’extension du champ d’application du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Lesdites chaînes de valeur sont complexes et leurs maillons sont tous liés les uns aux autres, et englobent ce faisant tous les secteurs de l’économie. Un MACF qui ne concerne que le segment d’amont (matières de base) d’une chaîne de valeur, comme le prévoit le champ d’application sectoriel prévu pour le règlement MACF, pourrait être contourné au moyen de l’importation de produits d’aval, ce qui risquerait de provoquer des fuites de carbone et de compromettre non seulement la production chimique d’amont dans l’Union, mais aussi, en fin de compte, l’ensemble de la chaîne de valeur.

8.4.

Le CESE invite la Commission à mettre en place des mesures efficaces axées sur la demande en faveur de l’industrie chimique afin de mettre en évidence l’intérêt économique que présente dans l’Union européenne la décarbonation et de faire en sorte qu’il apparaisse raisonnable d’investir dans les projets fondés sur la circularité. Ces mesures d’incitation devraient être adaptées à la complexité d’une industrie qui alimente diverses chaînes de valeur, alors que chacune d’elles est mue par ses propres logiques d’approvisionnement.

8.5.

Le CESE demande également à la Commission de mettre en œuvre avec efficacité le règlement pour une industrie «zéro net» et la législation qui en découle. Pour chaque sous-catégorie de technologies «zéro net», il convient de dresser avec soin une liste détaillée des produits finaux, des composants et des matériaux chimiques essentiels. Cette démarche procurerait la clarté et la sécurité nécessaires aux producteurs de produits chimiques de l’Union. Ces produits et composants reposent sur des flux complexes en amont de matériaux issus de chaînes de valeur manufacturières.

Bruxelles, le 5 juin 2025.

Le président

de la commission consultative des mutations industrielles

Pietro Francesco DE LOTTO


(1) Règlement (UE) 2024/1735 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 relatif à l’établissement d’un cadre de mesures en vue de renforcer l’écosystème européen de la fabrication de produits de technologie «zéro net» et modifiant le règlement (UE) 2018/1724 (JO L, 2024/1735, 28.6.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2024/1735/oj).

(2) Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC), The Competitiveness of the European Chemical Industry («La compétitivité de l’industrie chimique européenne»), janvier 2025: https://cefic.org/app/uploads/2025/05/Cefic-Advancy-study-The-Competitiveness-of-the-European-Chemical-Industry.pdf.

(3) Commission européenne, communiqué de presse IP/25/340 du 28 janvier 2025.

(4) The Future of European Competitiveness («L’avenir de la compétitivité européenne»): https://commission.europa.eu/topics/eu-competitiveness/draghi-report_en.

(5) Déclaration d’Anvers en faveur d’un pacte industriel pour l’Europe (en anglais): https://antwerp-declaration.eu/.

(6) Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC), The Competitiveness of the European Chemical Industry («La compétitivité de l’industrie chimique européenne»), janvier 2025: https://cefic.org/app/uploads/2025/05/Cefic-Advancy-study-The-Competitiveness-of-the-European-Chemical-Industry.pdf.

(7) Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC), The Competitiveness of the European Chemical Industry («La compétitivité de l’industrie chimique européenne»), janvier 2025: https://cefic.org/app/uploads/2025/05/Cefic-Advancy-study-The-Competitiveness-of-the-European-Chemical-Industry.pdf.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5145/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)