Avis du Comité économique et social européen — Simplification réglementaire — L’utilisation des outils numériques pour mieux légiférer (avis exploratoire à la demande de la présidence danoise)
| CELEX | 52025AE1017 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 16 juillet 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/5146 | 28.10.2025 |
Avis du Comité économique et social européen
Simplification réglementaire — L’utilisation des outils numériques pour mieux légiférer
(avis exploratoire à la demande de la présidence danoise)
(C/2025/5146)
Rapporteure:
Alena MASTANTUONOCorapporteur:
Tymoteusz ZYCH| Conseillers | Zdeněk ZAJÍČEK (pour la rapporteure) |
|
| Antoni RYTEL (pour le corapporteur) |
| Consultation | 7.2.2025, présidence danoise du Conseil |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 26.6.2025 |
| Adoption en session plénière | 16.7.2025 |
| Session plénière no | 598 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 173/2/9 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) attire l’attention sur la nécessité de simplifier la réglementation et sur le pouvoir qu’ont les outils numériques tels que l’intelligence artificielle (IA) et les plateformes d’administration en ligne de renforcer la transparence, l’efficacité et l’obligation de rendre des comptes dans l’élaboration de la législation de l’UE, dans le cadre d’une approche centrée sur l’humain et conformément aux principes démocratiques et aux objectifs du programme pour une meilleure réglementation. |
| 1.2. | Compte tenu des modifications constamment apportées aux réglementations et du nombre croissant de règles aux niveaux européen, national, régional et local, il est irréaliste d’attendre des régulateurs, des législateurs et des citoyens qu’ils soient au fait de toutes les obligations qui existent. Le CESE recommande dès lors de rendre ces règles plus accessibles en joignant un résumé clair des obligations dont est assorti chaque nouvel acte juridique et d’établir un résumé de ce type pour la législation déjà adoptée. Ces résumés devraient être traduits par des humains mais formatés de manière à générer des métadonnées en vue d’une utilisation numérique ultérieure. L’IA peut ensuite contribuer à détecter les chevauchements, les incohérences ou les lacunes en reliant les dispositions connexes et en mettant en évidence les interconnexions entre les législations provenant de différentes sources. Elle devrait également constituer une bonne base pour la mise à jour de la réglementation existante. |
| 1.3. | L’UE devrait mettre en place une plateforme numérique unifiée et interopérable pour l’élaboration de la législation. Élaborée dans le cadre d’un accord actualisé entre les institutions de l’Union, cette plateforme permettrait aux institutions européennes d’élaborer, de modifier et de suivre la législation dans le cadre d’un processus collaboratif. En centralisant les textes et les métadonnées, elle pourrait effectuer des contrôles de cohérence en temps réel, signaler les interdépendances juridiques et proposer un langage harmonisé, améliorant à la fois l’efficacité et la transparence. Dans la section 4 ci-dessous, le CESE propose aux institutions de l’UE un modèle décrivant comment intégrer les outils numériques et les résumés des obligations dans le processus législatif. Le CESE invite les institutions de l’UE à désigner un responsable de la technologie réglementaire chargé de l’introduction des outils numériques et de l’IA dans les processus réglementaires de l’UE. |
| 1.4. | Le CESE encourage également les institutions de l’Union à utiliser l’IA pour analyser des données telles que les tendances économiques et les contributions des parties prenantes, ce qui permettrait de recenser de manière proactive les domaines nécessitant une réglementation et de fixer des priorités législatives fondées sur des données probantes. Dans le même temps, il souligne que l’IA ne peut remplacer le dialogue traditionnel avec les parties prenantes ou les négociations avec les partenaires sociaux, et qu’elle doit faire l’objet de tests minutieux afin d’éviter la discrimination, les biais et les inexactitudes potentielles. |
| 1.5. | En outre, l’IA devrait jouer un rôle dans la mise en œuvre des règles, en veillant au respect de ces dernières et en comparant les approches des États membres en matière de mise en œuvre du droit de l’Union, ainsi qu’en recensant à la fois les bonnes pratiques et les incohérences. Ces informations peuvent contribuer à rationaliser l’application de la législation, à réduire la fragmentation du marché et à favoriser une application plus efficace et harmonisée des règles de l’UE dans l’ensemble des États membres. |
| 1.6. | De même, le CESE estime que de tels processus visant à mieux légiférer amélioreraient considérablement le processus législatif au niveau national, avec une cohérence et une transparence accrues ainsi que des résultats positifs sous la forme d’une réduction significative des obstacles au marché unique et de la charge administrative. Plus important encore, la confiance dans les institutions publiques et le degré de conformité à la législation augmenteraient, ce qui contribuerait à améliorer le bien-être des citoyens européens. |
2. Contexte
| 2.1. | Le paysage en matière de technologie juridique a considérablement évolué au cours des deux dernières décennies, suivant là l’évolution technologique générale. Les gouvernements ont commencé, chacun à leur rythme, à faire l’expérience de la valeur ajoutée dégagée par ce phénomène. Ce «paysage» est composé de plusieurs éléments: la compréhension du processus législatif et de la théorie du droit, l’utilisation des outils informatiques et leur évolution intelligente, et enfin, la reconnaissance de la nécessaire prise en compte de considérations plus vastes d’ordre éthique et juridique. |
| 2.2. | Il est loisible de renforcer le processus législatif au moyen d’outils numériques en automatisant les modèles réglementaires, en promouvant les plateformes d’administration en ligne, en utilisant l’IA et l’analyse des données dans l’analyse d’impact des politiques, ainsi qu’en garantissant la transparence et le respect des règles. En ce qui concerne la légistique, les outils fondés sur l’IA peuvent aider les législateurs à rédiger et analyser la législation, afin de garantir la cohérence et de réduire les erreurs. Le traitement automatique du langage naturel peut contribuer à simplifier le jargon juridique, en rendant la législation plus compréhensible pour les entreprises et les citoyens. Les portails numériques centralisés permettent aux parties prenantes d’accéder aux propositions législatives, ainsi que de les suivre et de les commenter en temps réel. Des plateformes telles que Regulations.gov (États-Unis) et «Mieux légiférer» (UE) permettent la participation du public et améliorent le respect de l’obligation de rendre des comptes. |
| 2.3. | L’analyse prédictive peut évaluer l’incidence potentielle des nouvelles lois sur les entreprises et la croissance économique. L’apprentissage automatique permet de détecter des réglementations redondantes ou contradictoires, garantissant ainsi un cadre juridique rationalisé. Grâce, en partie, aux obligations réglementaires, les régulateurs disposent d’une quantité énorme de données. À condition d’être stockées et analysées correctement, elles peuvent potentiellement constituer une source inégalée pour les analyses d’impact. |
| 2.4. | Qui plus est, les outils numériques peuvent aider les citoyens à se conformer aux règles. Dans le domaine de la fiscalité, des outils intelligents tels que les calculateurs, les calendriers électroniques des obligations juridiques et les formulaires électroniques en matière fiscale peuvent automatiser les processus de conformité, réduisant ainsi les formalités administratives et la bureaucratie. Tout en facilitant les procédures administratives pour les citoyens, cette approche augmente également le taux de conformité. Rendre les règles compréhensibles et faciles à appliquer renforce la confiance dans l’administration publique. |
| 2.5. | Plusieurs pays ont commencé à utiliser des outils numériques pour l’élaboration de leur législation. Le recours à des modèles permettant de contrôler que les textes juridiques ont une structure correcte varie d’un pays à l’autre; ils peuvent prendre la forme d’outils spécialisés, voire de plug-ins pour Word. Le travail avec des textes intégraux et la génération automatique d’amendements s’appuient sur des outils similaires, tels que AT4AM, utilisé au Parlement européen. Le transfert de données structurées entre institutions en est un autre exemple. Certains pays ont des structures spécifiques en XML (basées, par exemple, sur le schéma Akoma Ntoso), qui sert de norme pour le transfert de données entre institutions. L’Allemagne et la Slovénie, par exemple, entendent couvrir l’ensemble du processus sur la base de règles, tandis que la Tchéquie s’appuie sur un système d’information commun unique. L’initiative tchèque eLegislativa est actuellement l’une des plus avancées. Il s’agit d’un outil unique couvrant l’ensemble du processus d’élaboration de la législation — de l’idée initiale à la publication dans les recueils de lois, en passant par l’élaboration de documents connexes tels que l’analyse d’impact réglementaire et une vue d’ensemble des obligations publiques, sans oublier la gestion centralisée des modèles et des tableaux de correspondance pour la mise en œuvre du droit européen (1). Un système similaire — Rządowy Proces Legislacyjny (RPL) et le portail web qui l’accompagne, legislacja.rcl.gov.pl — est opérationnel en Pologne, ce qui permet des délibérations auxquelles peuvent participer de multiples parties prenantes et le suivi du processus législatif par les participants. |
| 2.6. | L’Union européenne a établi un cadre pour des métadonnées législatives communes sur la base des conclusions du Conseil préconisant l’introduction d’un identifiant européen de la législation (ELI) (2012/C325/02). La mise en œuvre de ce cadre varie considérablement d’un pays à l’autre, ce qui entraîne des différences majeures quant à la mesure dans laquelle le processus législatif de chaque pays a été effectivement numérisé. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE reconnaît le potentiel de transformation que recèlent les outils numériques pour renforcer le processus législatif. En utilisant l’automatisation, l’intelligence artificielle et les plateformes d’administration en ligne, l’UE et ses États membres peuvent améliorer la transparence, l’efficacité et l’obligation de rendre des comptes s’agissant de l’élaboration de la législation. L’intégration des solutions numériques est conforme aux principes du programme «Mieux légiférer» de l’UE et sert de base à un cadre juridique plus accessible et rationalisé. |
| 3.2. | La rationalisation de la réglementation et l’intégration des outils numériques et/ou de l’IA dans l’élaboration de la législation peuvent améliorer sensiblement le processus législatif en renforçant son efficacité, sa transparence et son accessibilité. Plusieurs études ont démontré que des solutions fondées sur la technologie peuvent réduire les charges administratives et créer un environnement plus favorable aux entreprises (2). |
| 3.3. | Le CESE souligne que le respect des principes de légitimité et d’applicabilité — conformément au droit constitutionnel des États membres et aux traités de l’UE — constitue la condition préalable au succès de l’utilisation des technologies numériques dans l’élaboration des lois, qui repose également sur la responsabilité des législateurs, la théorie juridique (herméneutique) et les systèmes démocratiques (séparation des pouvoirs). Cette approche devrait également être fondée sur de multiples disciplines, dont la philosophie du droit, l’informatique juridique et la linguistique informatique, en favorisant une pluralité de perspectives pour une nouvelle vision modélisée. |
| 3.4. | L’utilisation de technologies numériques dans le processus de rédaction nécessite également une base juridique, afin que des règles claires soient instaurées pour tous les acteurs qui y participent. Le CESE recommande que le recours aux outils numériques soit précédé d’une analyse des processus, des interconnexions entre différents acteurs et actes juridiques, ainsi que des connaissances et des capacités des utilisateurs, qui doivent être correctement formés pour comprendre la nouvelle logique et les nouvelles méthodes d’élaboration des lois. En outre, les utilisateurs devraient avoir la possibilité de signaler des problèmes et de fournir un retour d’information, ce qui est susceptible d’améliorer l’utilisation des technologies numériques. |
| 3.5. | Les outils numériques peuvent être particulièrement utiles pour les cadres juridiques fondés sur l’IA, car ils peuvent engendrer un effet d’unification réglementaire entre les différents services et agences gouvernementaux, réduisant ainsi les doubles emplois et la confusion. À mesure que le nombre de réglementations augmente, il devient difficile pour les humains de garantir la cohérence des règles et des définitions sans une aide complémentaire: les outils numériques contribuent à cette simplification. |
| 3.6. | Une simplification et une transparence accrues du processus de rédaction permettent également de mieux consulter la société civile, qui peut suivre la manière dont ses observations ont été prises en compte par les régulateurs et les législateurs. Pour le CESE, une meilleure compréhension et une transparence accrue du processus de consultation sont essentielles. Dans le même temps, il souligne que l’habileté numérique est une condition préalable à cet égard et que les consultations en ligne ou les outils de collecte de commentaires ne peuvent jamais remplacer les procédures établies d’information, de consultation, de dialogue et de négociation avec les partenaires sociaux et d’autres parties prenantes, en particulier les groupes vulnérables. |
| 3.7. | Le CESE souligne qu’il importe de se concentrer sur la phase de mise en œuvre de la législation. L’efficacité des lois se mesure par leur clarté, leur applicabilité et la facilité avec laquelle les citoyens et les entreprises peuvent s’y conformer. Le Comité recommande aux États membres ainsi qu’aux institutions de l’Union de renforcer l’interopérabilité entre les différents outils numériques publics et de veiller à ce que les règles législatives soient facilement accessibles et compréhensibles. À cet égard, il convient de mentionner des initiatives prises dans les différents États membres, telles que l’interopérabilité de la déclaration numérique dans l’UE mise au point par l’autorité fiscale finlandaise, la déclaration normalisée axée sur les données instaurée en Estonie, la loi danoise sur les comptes annuels, qui favorise la transmission automatisée des rapports, et le système juridique électronique utilisé en République tchèque (3). |
| 3.8. | La Commission européenne utilise des outils numériques, dont l’IA. Le progrès technologique implique également d’améliorer le système et de consolider l’interopérabilité des différents outils utilisés. Toutefois, nous ne disposons toujours pas d’une vue d’ensemble claire des règles et de la manière dont elles interagissent. Comme le souligne le rapport Draghi, la charge réglementaire pesant sur les entreprises européennes est élevée et continue de croître, sans que l’UE dispose d’une méthodologie commune pour l’évaluer. La Commission s’emploie depuis des années à réduire le «stock» et le «flux» de réglementations dans le cadre du programme «Mieux légiférer». La stratégie qu’elle déploie depuis février 2025 promet de nouvelles améliorations (4). Le CESE estime qu’il est essentiel de disposer d’une vue d’ensemble en temps réel du stock et du flux réglementaires pour mieux légiférer. |
| 3.9. | À cet égard, le CESE invite les institutions de l’UE à créer une base de données centralisée résumant les obligations découlant des actes juridiques adoptés. Cette base de données renforcerait la transparence réglementaire et garantirait une compréhension claire des nouvelles règles par toutes les parties prenantes — régulateurs, colégislateurs, États membres et société civile. La transposition des règles en obligations par les régulateurs eux-mêmes, selon une approche fondée sur l’humain, peut fournir une base solide pouvant ensuite servir de référence aux outils numériques, dont l’IA. En s’appuyant sur les meilleures pratiques, chaque acte législatif pourrait être documenté sous trois formes: son objectif (exposé des motifs des actes juridiques assorti de considérants), le texte de la législation divisé en chapitres, articles et sous-articles, et un élément nouveau, un ensemble de normes juridiques «atomisées» qui représentent des obligations et/ou des devoirs et/ou des droits particuliers, formatés en données structurées (XML). Une telle structuration des actes législatifs pourrait être développée à l’aide de systèmes d’information dédiés (analogues au système eLegislativa et/ou au système électronique juridique utilisés en Tchéquie). |
| 3.10. | Étant donné que la simplification réglementaire et l’innovation numérique dans le processus législatif peuvent considérablement améliorer l’efficacité, la transparence et l’accessibilité, le CESE insiste sur la nécessité d’adopter une approche centrée sur l’humain, dans laquelle les outils numériques améliorent les processus démocratiques sans toutefois les remplacer. En tirant parti des avancées numériques tout en se penchant sur les risques qu’elles pourraient comporter, l’UE peut créer un système législatif plus rationalisé, plus favorable aux entreprises et axé sur les citoyens, tout en garantissant la clarté juridique. |
| 3.11. | Les discussions à venir sur le nouvel accord interinstitutionnel au niveau de l’UE offrent l’occasion d’institutionnaliser les outils législatifs numériques. Le CESE propose un modèle dans lequel les institutions de l’UE adoptent des plateformes de rédaction, des outils d’analyse d’impact et des dispositifs d’assistance à la conformité réglementaire afin de rendre les réglementations de l’UE plus cohérentes et plus accessibles. |
| 3.12. | Les institutions de l’UE devraient recourir à l’IA et à des technologies similaires dûment testées pour signaler les domaines nécessitant une action législative, analyser le sentiment des parties prenantes, repérer les zones de confusion et recenser les domaines dans lesquels les normes juridiques provenant de différentes sources s’interconnectent. |
| 3.13. | Une approche similaire devrait être utilisée à large échelle lors des analyses ex post menées régulièrement sur les réglementations existantes, en particulier celles qui portent sur le sentiment des parties prenantes (domaine dans lequel d’autres outils pour atteindre le même objectif se sont révélés inefficaces) et comparent les modèles de mise en œuvre des États membres. L’analyse ex post devrait s’articuler avec le processus de diagnostic susmentionné et être prise en considération lors de l’élaboration du programme législatif de l’UE. |
4. Modèle recommandé pour les institutions de l’UE
| 4.1. | Dans un souci d’efficacité et de cohérence, un outil unique est nécessaire pour l’élaboration de la législation de l’UE, couvrant l’ensemble du système législatif, depuis la rédaction des analyses d’impact (ex ante, dynamique et ex post) et des actes juridiques jusqu’à la mise en œuvre dans les États membres et au respect de la loi par ceux auxquels elle est destinée, en passant par la procédure de colégislation le cas échéant. Le processus devrait être encadré par un acte législatif spécifique et intégré dans l’accord interinstitutionnel. |
| 4.2. | La condition préalable est de numériser toutes les lois et de les transférer dans la base de données sous forme de segments individuels: dispositions et enrichissement de celles-ci avec les métadonnées nécessaires, en particulier des données concernant la pertinence de chaque apport législatif du point de vue temporel et les liens vers d’autres lois. Du point de vue de l’utilisateur, la législation pourrait être élaborée à partir de deux composantes de base: un portail d’édition et un portail des processus. Le portail d’édition contient des modèles pour tous les types possibles d’actes juridiques et garantit le respect des règles formelles lors de la création de propositions législatives. Le portail des processus sert ensuite à mettre en œuvre l’ensemble du processus législatif obligatoire pour un type d’acte juridique donné, y compris, par exemple, les processus internes d’approbation par différentes institutions ou la création de documents pour les réunions des commissions parlementaires. |
| 4.3. | Étant donné que les utilisateurs travailleraient sur une base de données, le système permettrait de vérifier si l’acte législatif proposé repose non seulement sur le droit en vigueur, mais aussi s’il est influencé ou non par une législation pendante qui n’est pas encore arrivée au bout du processus législatif. Les utilisateurs sauront toujours s’ils travaillent sur un texte en vigueur, futur ou potentiellement modifié. Ils seront également informés si les modifications qu’ils proposent sont rendues caduques par d’autres activités législatives parallèles. Un tel système est susceptible d’atténuer les conflits qui surviennent actuellement lors de l’intégration d’amendements dans les textes finaux. Les outils d’assistance tels que les logiciels de traduction et les dictionnaires, ainsi que les applications permettant à l’utilisateur de travailler hors ligne, seraient compatibles avec le système. Tous les résultats devraient être mis à la disposition des citoyens sur un portail public, où il serait possible de suivre l’état d’avancement des travaux sur la proposition législative. |
| 4.4. | Le CESE souligne que l’intégration de l’IA et des outils numériques dans le processus législatif de l’UE pourrait commencer dès les premières étapes prélégislatives. Des outils numériques seraient utilisés avant même le début de l’initiative législative afin d’analyser les données collectées et d’examiner la nécessité d’une telle initiative sur la base d’analyses d’impact fondées sur les retours d’information de la société. La législation devrait être rédigée sur la base de modèles munis de codes qui attireraient l’attention sur des règles et obligations similaires et les modèles pour les consultations internes. Tout projet devrait être accompagné d’un résumé des obligations découlant du texte avant d’être soumis à une consultation publique et de faire l’objet d’une analyse d’impact. |
| 4.5. | Le résumé des obligations et les analyses d’impact seraient très utiles à la Commission européenne, pour lui permettre de prendre des décisions stratégiques, mais aussi au comité d’examen de la réglementation chargé d’analyser les propositions. |
| 4.6. | Le système devrait garder la trace des commentaires de tous les acteurs impliqués dans le processus. Il en va de même pour les consultations publiques et autres types de consultations. Le système devrait également garantir un équilibre plus juste entre les participants aux consultations publiques sur les projets de législation. Les observations d’une organisation comptant un grand nombre de membres et celles provenant d’une seule personne ne devraient pas avoir le même poids. Un lien devrait être établi entre la base de données et le registre de transparence où ces données sont stockées. Cela impliquerait également d’inverser l’approche actuelle — selon laquelle des règles s’appliquent à un petit nombre d’entités tandis que la majorité bénéficie d’exemptions — et de passer plutôt au principe de la «priorité aux acteurs de petite taille dans l’élaboration des politiques», en adoptant des conditions différentes pour les grandes entités, et non l’inverse. |
| 4.7. | Le système devrait permettre de montrer l’évolution des travaux des organes colégislateurs, à savoir le Parlement européen et le Conseil. Il s’agit notamment de toutes les informations sur les amendements et les éventuelles analyses d’impact correspondantes actualisées, ainsi que des mises à jour du résumé des obligations. Cela nécessiterait également des travaux plus transparents et plus cohérents dans le cadre des trilogues. Garantir la cohérence et la transparence n’impliquerait pas un affaiblissement du processus démocratique. Que du contraire. |
| 4.8. | Il est en outre indispensable, selon le CESE, que les services juridiques de l’UE procèdent à des évaluations exploratoires et régulières ex post, en veillant à la cohérence et à la nécessité des instruments sur le plan juridique. La cartographie des interdépendances juridiques fondée sur l’IA est également considérée comme essentielle, dans la mesure où elle permet aux colégislateurs d’anticiper les chevauchements, les contradictions et les lacunes juridiques, de manière à ce que la nouvelle législation complète le cadre juridique existant et favorise une meilleure réglementation. La publication au Journal officiel de l’UE du texte finalement adopté, accompagnée d’une analyse d’impact actualisée et d’une liste d’obligations, faciliterait sa mise en œuvre et son application. Pour la transposition, les États membres devraient s’en tenir à la liste des obligations convenues, ce qui empêcherait la fragmentation du marché unique et faciliterait l’interprétation de la loi par les autorités chargées de la faire appliquer. |
| 4.9. | Une base de données unique garantirait également que la Commission, en tant que gardienne des traités, dispose d’un retour d’information en temps réel sur la mise en œuvre et l’application de la législation. La base de données devrait obligatoirement offrir à la société civile la possibilité de faire part de ses observations afin d’évaluer la mise en œuvre, mais aussi de mettre en garde contre les initiatives des États membres susceptibles d’entraîner une fragmentation accrue du marché unique. |
| 4.10. | Enfin, la mise en œuvre des dispositions réglementaires devrait être accompagnée d’outils numériques. Il pourrait s’agir de calculateurs automatiques, de calendriers électroniques ou de systèmes de notification. Ils fourniraient à la Commission des données précieuses, pourraient réduire le nombre de futures demandes de rapports conformément au principe «une fois pour toutes» et, surtout, amélioreraient la conformité. Le CESE plaide en faveur de la création, au niveau de l’UE, d’espaces de données interconnectés avec ceux des États membres et de l’introduction du droit des citoyens à un service numérique qui garantirait que les administrations publiques ne demandent des informations qu’une seule fois aux citoyens et qu’en cas de besoin, elles se les procurent à nouveau à partir des espaces publics de données qu’elles auront alimenté. |
| 4.11. | De même, ces processus visant à mieux légiférer amélioreraient considérablement le processus législatif au niveau national, avec une interopérabilité et une transparence accrues ainsi que des résultats positifs sous la forme d’une réduction significative des obstacles au marché unique et de la charge administrative. |
Bruxelles, le 16 juillet 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Sur la base de la loi nationale no 222/2016 relative au recueil des lois et des traités internationaux et donc obligatoire pour toutes les entités participant au processus législatif.
(2) Étude du groupe de employeurs du CESE, A Business-Centric Approach to Cutting Red Tape — From Complexity to Clarity: Reducing EU Regulatory Burdens with AI (Une approche axée sur les entreprises pour réduire la bureaucratie — De la complexité à la clarté: réduire les charges réglementaires dans l’UE au moyen de l’IA): https://www.eesc.europa.eu/en/news-media/press-releases/reducing-eu-regulatory-burdens-ai-eesc-employers-group-present-new-study.
(3) Mis au point par la Chambre tchèque de commerce, le calendrier électronique des obligations juridiques des entrepreneurs les maintient informés de celles-ci, sur la base d’une analyse approfondie du système juridique: https://www.pespropodnikatele.cz/.
(4) Communication sur «Une Europe plus simple et plus rapide».
ANNEXE
Image: Modèle proposé pour le processus législatif de l’UE avec l’utilisation de trois modèles pour les textes, les analyses d’impact et les tableaux résumant les obligations
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5146/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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