Avis institutionnel52025AE1236

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2021/1058 et (UE) 2021/1056 en ce qui concerne des mesures spécifiques visant à relever des défis stratégiques dans le cadre de l’examen à mi-parcours — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2021/1057 instituant le Fonds social européen plus (FSE +) en ce qui concerne des mesures spécifiques visant à relever des défis stratégiques

CELEX52025AE1236
TypeAvis institutionnel
Datemardi 29 avril 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) porte sur les propositions de la Commission visant à modifier les règlements des Fonds structurels (FEDER, Fonds de cohésion, FSE+) et du Fonds pour une transition juste (JTF) dans le cadre de leur examen à mi-parcours. Il évalue l'adéquation des mesures spécifiques proposées pour relever les nouveaux défis stratégiques, notamment en matière de compétitivité, de transition numérique et écologique, et de résilience économique. Pour le praticien français, cet avis éclaire la position consultative de l'UE sur les futures orientations des fonds européens, ce qui influencera la programmation et la mise en œuvre des politiques de cohésion et sociales en France.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/3197

2.7.2025

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2021/1058 et (UE) 2021/1056 en ce qui concerne des mesures spécifiques visant à relever des défis stratégiques dans le cadre de l’examen à mi-parcours

[COM(2025) 123 final — 2025/0084 (COD)]

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2021/1057 instituant le Fonds social européen plus (FSE +) en ce qui concerne des mesures spécifiques visant à relever des défis stratégiques

[COM(2025) 164 final — 2025/0085 (COD)]

(C/2025/3197)

Rapporteur général:

David SVENTEK

Conseiller

Petr ZAHRADNÍK

Consultation

Parlement européen, 8.4.2025

Conseil de l’Union européenne, 5.5.2025

Base juridique

Articles 164, 175, 177, 178, 304 et 322 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en session plénière

29.4.2025

Session plénière no

596

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

202/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE est conscient de la nécessité, dont il convient, de procéder à un examen à mi-parcours de la politique de cohésion pour la période 2021-2027 en raison du changement radical des conditions et des circonstances par rapport à celles qui prévalaient lorsqu’ont été adoptées les règles qui régissent cette politique.

1.2.

Dans le même temps, le CESE prend acte du fait que cet examen de la politique de cohésion pour cette période a été le plus ample et le plus approfondi mené jusqu’à présent dans toute l’histoire de cette politique. Même la création, antérieure à cet examen, de l’instrument NextGenerationEU à la suite de la pandémie de COVID-19 n’a pas suffi pour satisfaire de manière adéquate les nouveaux besoins communs de l’Union européenne; aussi s’est-il avéré indispensable de procéder également à un examen radical de cette politique dès le milieu de la période. Ceci ne fait que témoigner de toute l’importance de faire reposer le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union européenne, qui englobe aussi la politique de cohésion, sur des principes porteurs à la fois plus pérennes et plus souples, qui permettent de répondre à l’évolution des réalités.

1.3.

Ce faisant, le CESE admet que les besoins accrus, par exemple dans le domaine de la compétitivité, du renforcement des capacités de défense et de la garantie de l’autonomie stratégique, nécessitent également de redéfinir les thèmes prioritaires en faveur de ces domaines dans le cadre de la politique de cohésion. Dans ce cadre précisément, il est en revanche bien conscient du risque que toute cette «inflation» de nouveaux objectifs puisse monopoliser l’attention au détriment des principaux objectifs de la politique de cohésion, à savoir réduire les disparités sociales, économiques et territoriales entre les régions de l’Union.

1.4.

Dans le même temps, le CESE perçoit que l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion constitue également une certaine indication de la forme que prendra à l’avenir cette politique dans le cadre du CFP après 2027, lequel fait actuellement l’objet d’intenses préparatifs. Le CESE souhaiterait vivement qu’il en aille ainsi, car il considère qu’il importe fortement d’assurer la continuité du contenu entre les deux CFP qui se succéderont, tout spécialement au regard des difficiles circonstances actuelles et de la nécessité pour l’Union de disposer d’une forte capacité d’action.

1.5.

Dans le même temps, le CESE demande que l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion s’effectue en synergie et en complémentarité d’un point de vue fonctionnel avec la révision de l’ensemble du CFP, dans le cadre de laquelle la compétitivité, le renforcement des capacités de défense et la garantie de l’autonomie stratégique de l’Union jouent également un rôle essentiel.

1.6.

Le CESE recommande ce faisant que l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion ne s’attache pas uniquement en premier lieu à porter davantage d’attention aux nouvelles priorités thématiques, mais qu’il fasse également intervenir un changement significatif dans le financement en orientant celui-ci vers le recours à des instruments financiers, et partant, vers un usage plus efficace et mieux ciblé des dotations disponibles en moyens financiers. Allier des instruments financiers et des subventions constitue également une option indiquée pour l’avenir. Cette approche devrait ensuite se manifester de manière encore plus évidente dans le prochain CFP pour l’après-2027, qui est en cours d’élaboration.

1.7.

Le CESE se félicite en outre des efforts déployés pour mettre en place des incitations et des stimulations financières destinées à permettre la réalisation des projets dans le cadre des priorités stratégiques, sous la forme d’un droit élargi au préfinancement et d’avances d’un montant plus élevé, voire d’une contribution nulle des financements nationaux, c’est-à-dire d’un financement entièrement couvert par le budget de l’Union, ainsi que d’une prolongation d’un an de l’éligibilité au FEDER et au Fonds de cohésion. Nous recommandons que ceci s’applique également au Fonds pour une transition juste. Pour ce qui est des exigences de concentration thématique, le CESE est favorable à la possibilité de compter les montants programmés au titre des nouvelles priorités stratégiques, y compris ceux qui contribuent aux objectifs de la plateforme STEP, au nombre de ceux qui sont requis pour se mettre en conformité avec lesdites exigences.

1.8.

En parallèle, le CESE attire toutefois l’attention sur le fait que lorsqu’une modification est adoptée au cours de la période de programmation, elle favorise les États membres qui affichent un rythme d’absorption plus lent et qui disposent de ce fait d’une part plus importante de leur allocation initiale puisque celle-ci n’a pas encore été engagée dans des projets, par rapport à ceux qui se sont employés à utiliser leur allocation au fur et à mesure que se déroule la période de programmation dès que celle-ci a commencé. S’agissant de résoudre les problèmes actuels, la limite de 15 % apparaît comme une exigence trop stricte à l’égard des États membres. Nous percevons le lien qu’elle entretient avec la procédure d’allocation du reliquat de moyens financiers dans le cadre du processus de l’examen à mi-parcours; néanmoins, l’application d’une approche uniforme peut, dans certains cas, faire obstacle à l’utilisation des incitations financières proposées au regard du cadre stratégique de chacun des différents programmes dans un État membre donné.

1.9.

Le CESE fait observer que l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion, tout comme la révision du CFP dans son ensemble, porte exclusivement sur le volet des dépenses du budget de l’Union et omet complètement celui de ses recettes. Le CESE souligne que bien que le débat sur la question de la réforme des ressources propres de l’Union et de l’introduction de nouvelles ressources ait duré fort longtemps, son résultat réel demeure jusqu’à présent nul. Il ne s’agit peut-être pas là forcément du problème le plus important pour le reste de la période 2021-2027. Le CESE invite toutefois la Commission européenne, puis tout spécialement le Conseil de l’UE, au sein duquel réside le principal obstacle qui explique qu’il n’ait pas été possible de parvenir jusqu’à présent à un accord à ce sujet, à faire en sorte que ce problème soit résolu de manière fiable et à long terme pour préparer le financement de l’Union européenne après 2027.

1.10.

Le CESE souligne, en toute responsabilité, que, pour utiliser de manière efficace et rationnelle les moyens financiers dans le contexte de l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion, il est essentiel de définir rigoureusement la dimension territoriale des nouvelles priorités, conformément au principe de subsidiarité, c’est-à-dire de déceler le potentiel et les avantages territoriaux correspondants pour ce qui est de soutenir la compétitivité et de renforcer l’autonomie stratégique, tout comme la dimension territoriale associée au renforcement des capacités de défense, sachant qu’une bonne partie de ces priorités se traitent de manière optimale simultanément à l’échelon national et européen, et relèvent ainsi plus de ceux des programmes du CFP qui sont gérés de manière centralisée. Une condition fort essentielle pour garantir la dimension territoriale des nouveaux thèmes prioritaires réside donc dans le fait qu’il s’impose de ne pas dresser de manière artificielle et irraisonnée des obstacles entre d’une part, ces thèmes et d’autre part, les objectifs de convergence et de réduction des disparités territoriales, sachant que les premiers (à savoir la compétitivité, le renforcement des capacités de défense et l’autonomie stratégique) constituent précisément des moyens de parvenir aux seconds (le renforcement de la convergence et la réduction des disparités territoriales).

2. Description du sujet dans son contexte

2.1.

Dans le cadre de la procédure de révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel (CFP), la Commission européenne a pris l’initiative de réexaminer également la politique de cohésion. Cet examen consiste avant tout à mieux étayer les priorités stratégiques de l’Union européenne que sont sa compétitivité et sa décarbonation, sa défense et sa sécurité, les régions sur ses frontières orientales, le logement à un prix abordable, sa résilience dans le domaine de l’eau et sa transformation énergétique.

2.2.

L’objectif est non seulement de mieux orienter la politique de cohésion vers les thèmes prospectifs sur lesquels l’on met actuellement l’accent et de concrétiser ceux-ci à l’échelon des États membres et de leurs régions, mais aussi de maintenir grâce à eux le cap suivi par la politique de cohésion afin de réduire les disparités économiques, sociales et territoriales entre les régions de l’Union européenne. L’examen en question vise à amener les États membres à reprogrammer les ressources disponibles en faveur des nouvelles priorités d’investissement.

2.3.

Pour ce qui est de renforcer la compétitivité de l’Union et de combler le fossé en matière d’innovation entre l’Union et les acteurs mondiaux de premier plan dans ce domaine, la Commission européenne propose de conforter la position du secteur des entreprises en élargissant l’octroi du soutien que procure le FEDER aux grandes entreprises actives dans des domaines d’importance stratégique, tels que la défense, les technologies stratégiques, la décarbonation. Dans le même temps, les États membres sont encouragés à accroître les investissements dans les technologies stratégiques dans le cadre de la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP).

2.4.

La Commission européenne propose également que les États membres puissent utiliser les fonds de la politique de cohésion pour bâtir des infrastructures résilientes afin de faciliter la mobilité militaire. La capacité de production des PME du secteur de la défense dans l’ensemble des régions de l’Union européenne devrait être également soutenue. En outre, il est proposé à l’intention des régions situées aux frontières orientales de l’Union, du fait de leur proximité des combats causés par l’agression russe contre l’Ukraine, de recourir à un niveau préférentiel de préfinancement, pour autant qu’au moins 15 % de l’ensemble de leurs moyens financiers soient reprogrammés en faveur des nouvelles priorités stratégiques.

2.5.

La Commission européenne définit la situation actuelle du marché du logement dans un certain nombre d’États membres comme une défaillance du marché, à laquelle il est légitime de remédier au moyen d’une intervention de la part du secteur public, en l’occurrence par la voie d’un doublement du montant des moyens financiers affectés dans le cadre de la politique de cohésion aux fins du logement à un prix abordable. L’on escompte que les États membres pourront mobiliser et mettre en commun des fonds privés et publics au moyen d’un nouvel instrument financier, établi de concert avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et destiné à allier les ressources de la politique de cohésion et celles qui proviennent de la BEI, d’autres institutions financières internationales, de banques nationales de développement et de banques commerciales privées.

2.6.

Parmi les domaines prioritaires stratégiques en faveur desquels il est proposé de reprogrammer le cadre thématique de la politique de cohésion, figure également l’eau, et plus exactement la résilience dans ce domaine; à ce titre, il s’agit entre autres par exemple des projets destinés à numériser l’infrastructure de gestion des eaux ou à atténuer les conséquences de la sécheresse et de la désertification.

2.7.

Dans le cadre de l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion, la Commission européenne propose également de donner la priorité aux investissements visant à soutenir les interconnexions énergétiques et les infrastructures de transmission connexes, ainsi qu’à déployer des infrastructures de recharge, afin de faciliter considérablement l’accélération de la transition énergétique, la promotion de la mobilité propre et la mise en œuvre de mesures de décarbonation.

2.8.

Dans le même temps, la Commission européenne propose un système d’incitations financières axées sur la réalisation des priorités stratégiques. Tous les projets soutenus par les fonds de la politique de cohésion et élaborés dans le cadre des priorités stratégiques de l’Union devraient pouvoir bénéficier d’un niveau de préfinancement allant jusqu’à 30 %. Les programmes relevant de la politique de cohésion qui transfèrent au moins 15 % de leur dotation totale à ces priorités peuvent bénéficier d’avances d’un montant encore plus élevé et d’une prolongation d’un an de la période où ils sont éligibles au FEDER et au Fonds de cohésion. En outre, les investissements dans les priorités stratégiques devraient être couverts jusqu’à un taux de 100 % par des sources de financement de l’Union, et ce dans toutes les régions.

3. Observations générales sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2021/1058 et (UE) 2021/1056 (1)

3.1.

Le CESE est d’avis que le processus d’examen de la politique de cohésion constitue de la part de la Commission un pas dans la bonne direction, lequel, compte tenu des changements extrêmement importants de l’environnement, témoigne de sa capacité d’action et permet de s’assurer que les moyens destinés à la politique de cohésion soient dépensés de manière efficace dans les domaines qui sont actuellement prioritaires pour l’Union européenne. S’il en allait autrement, les ressources limitées de la politique de cohésion risqueraient de ne pas être à même de couvrir les nouvelles priorités stratégiques.

3.2.

Le CESE apprécie que l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion fasse partie intégrante de la révision de l’ensemble du CFP pour la période 2021-2027. Sa réalisation a résulté des fortes mutations qu’ont connues les défis et les priorités de l’Union, qui se manifestent sous la forme de besoins nouveaux ainsi que du surgissement d’événements exceptionnels d’une portée fondamentale. La révision du CFP témoigne ainsi de la flexibilité du budget de l’Union et de la transformation de sa destination matérielle en faveur de domaines dans lesquels de graves périls planent sur le développement de l’Union ou dans lesquels celle-ci reste à la traîne, tels que la recherche en tant que socle de la compétitivité à l’échelle mondiale, la migration et la gestion des frontières, la défense, l’action extérieure, les réformes, les technologies critiques et les matières premières stratégiques, les conséquences de la crise énergétique.

3.3.

Le CESE estime qu’il convient d’assurer une continuité raisonnablement suffisante sur le plan thématique et procédural entre l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion et la forme concrète que prendra celle-ci après 2027; cette observation vaut également pour le CFP dans son ensemble. Cette continuité devrait se manifester par un processus de programmation de qualité, qui permet de garantir que les priorités stratégiques définies aujourd’hui s’insèrent pleinement dans l’orientation donnée au contenu de la future politique de cohésion. Dans le même temps, son cadre devrait être suffisamment général aussi bien pour assurer la flexibilité nécessaire pour tenir compte de l’évolution du cours des événements durant la prochaine perspective financière que pour satisfaire les besoins spécifiques des États membres tout en veillant à produire une valeur ajoutée européenne.

3.4.

Le CESE est convaincu que le choix des priorités stratégiques aux fins de l’examen à mi-parcours a été effectué correctement et il est persuadé que les moyens non négligeables dans le cadre de la politique de cohésion contribueront au développement de la compétitivité des régions. Il estime que se saisir de la question de la compétitivité, en tenant compte de toute sa complexité, constitue le moyen le plus efficace de surmonter les disparités entre les régions; à cet égard, il conviendrait d’accorder la priorité aux régions qui sont moins développées, qui risquent de rester à la traîne ou qui sont tombées dans le piège du revenu intermédiaire. Pour ce qui est de la compétitivité, il n’est pas systématiquement indispensable de soutenir dans le cadre de la politique de cohésion l’excellence mondiale; dans nombre de régions, il suffit d’optimiser les atouts de départ dont elles disposent pour se développer selon le principe de la spécialisation intelligente qui leur assure à l’avenir un développement durable à long terme.

3.5.

Dans le même temps, le CESE fait également sienne l’idée selon laquelle un autre thème d’une importance fondamentale, qui revêt aussi une dimension territoriale à l’échelle de la région, est celui du renforcement de la défense et de la sécurité, compte tenu de la détérioration de la situation en matière de sécurité le long même des frontières orientales de l’Union européenne. Bien que la défense et la sécurité soient en premier lieu une question qui, du point de vue de la subsidiarité, relève avant tout de l’échelon de l’Union et de l’échelon national — ce qui est de plus en plus vrai au fur et à mesure que le risque de détérioration augmente —, il ne fait aucun doute qu’il reste également de la place pour la préparation régionale, dotée d’un volet de prévention, d’information et d’exécution. Plus une région est proche du foyer de cette menace, plus sa nécessité stratégique devient pressante. Ces dispositions devraient également valoir pour l’ensemble des autres États membres situés sur les frontières orientales et de leurs régions.

3.6.

Dans de nombreux États membres, le logement décent est devenu ces derniers temps un bien inaccessible. Bien qu’il s’agisse d’un sujet qui devrait relever en premier lieu de la compétence et de la responsabilité des États membres, le CESE partage également le point de vue selon lequel il est possible d’envisager de résorber les goulets d’étranglement dans le domaine du logement à l’aide d’un financement de l’Union européenne. À cette fin, il recommande d’utiliser autant que faire se peut les instruments financiers remboursables qui offrent aux demandeurs de logements des conditions plus favorables que celles du marché normal. Dans le même temps, le CESE recommande que l’aide au logement provenant de sources de financement de l’Union soit orientée vers des objectifs spécifiques et précis, tels que l’offre de logements pour permettre de créer des emplois dans le cadre d’un projet d’entreprise ou, le cas échéant, l’aide au logement afin de favoriser les installations dans une région donnée et de limiter ainsi son dépeuplement.

3.7.

Le thème de l’eau est un aspect important de la réponse au changement climatique et constitue de ce fait un paramètre important du pacte vert pour l’Europe. Au regard de la nature transfrontière des cours d’eau, des sources d’eau et des risques liés aux inondations et à la sécheresse, ce thème est également un élément pertinent dans le cadre de l’examen de la politique de cohésion. Toutefois, en l’espèce, le CESE recommande clairement d’établir une distinction entre d’une part, les activités de prévention et d’investissement liées à l’utilisation des ressources hydriques et aux risques y afférents et d’autre part, les dépenses liées aux mesures d’urgence et à la gestion des conséquences des dommages, lesquelles devraient être traitées en dehors des programmes opérationnels de la politique de cohésion.

3.8.

La boussole pour la compétitivité et le pacte pour une industrie propre ont démontré de manière convaincante toute l’importance du système énergétique pour le bon fonctionnement de l’économie et pour la garantie d’un niveau de vie adéquat dans l’Union, qui s’est manifestée de manière évidente en particulier lors de la récente crise énergétique qui a fait des paramètres énergétiques un obstacle majeur à la compétitivité et a entraîné également une détérioration du niveau de vie de la population sous la forme d’une baisse de ses revenus réels. Les mesures à moyen et à long terme visant à améliorer le rapport coût-efficacité de la production d’énergie et de son transport sans heurts au sein des États membres et entre ceux-ci constituent donc incontestablement une priorité. Dans ce contexte, le CESE se contente de faire observer que les coûts gigantesques de la transition énergétique de l’Union dépassent de loin le cadre des possibilités réelles de la politique de cohésion, même après son examen, étant donné que l’essentiel du fardeau de ces coûts reposera sur les moyens financiers nationaux publics et privés et que les ressources de la politique de cohésion ne peuvent que partiellement alléger ce fardeau.

3.9.

Dans le même temps, le CESE peut légitimement s’interroger sur les raisons pour lesquelles certains autres thèmes essentiels n’ont pas été repris dans la liste des priorités stratégiques aux fins de l’examen à mi-parcours, alors qu’ils domineront fort probablement les débats sur la préparation du futur CFP. Parmi ces thèmes, l’on peut par exemple compter la question de l’éducation, qui présente sans aucun doute une dimension territoriale, et celle de l’élimination des obstacles inutiles sur le marché unique, qui revêt une gravité croissante à mesure que s’accentue l’escalade de la guerre commerciale et douanière mondiale provoquée par la nouvelle administration américaine. Cette élimination des obstacles peut conduire à ouvrir de nouveaux champs supplémentaires, notamment pour la libre circulation des services et des travailleurs et la liberté d’exercer des activités commerciales, autant d’aspects qui revêtent une importance particulière pour les relations interrégionales transfrontières.

3.10.

Le CESE apprécie qu’il soit proposé des incitations financières supplémentaires afin de réagir avec davantage de souplesse en vue de réaliser les nouvelles priorités stratégiques, et il recommande de développer plus avant cette idée et d’encourager les États membres, notamment ceux qui n’utilisent pas cette possibilité de manière appropriée, à recourir à des instruments financiers remboursables. La période récente a confirmé l’essor de ce type de financement dans des domaines où il n’était pas de tradition d’y recourir, tels que le logement, la formation professionnelle, le traitement de la problématique sociale et sanitaire, le développement de la recherche appliquée présentant des possibilités réelles de capitalisation, la transition énergétique, ce qui pourrait se répercuter dans une plus large mesure également dans le cadre de la politique de cohésion révisée.

3.11.

Dans le même temps, le CESE attire l’attention sur le fait que l’examen de la politique de cohésion ne présenterait pas forcément un caractère aussi urgent si l’on était parvenu à résoudre la question de l’obtention par l’Union de nouvelles ressources propres, qui seraient à même d’accroître la capacité budgétaire de l’Union et de lui permettre de réagir avec plus de souplesse à des circonstances imprévues dans un délai bien plus rapide et sans étapes administratives et procédurales supplémentaires.

4. Observations générales sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2021/1057 instituant le Fonds social européen plus (FSE+) (2)

4.1.

Le CESE demande instamment que toute réaffectation des ressources du FSE+ au titre du règlement modifié soit effectuée en étroite concertation avec les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les autorités locales et, en particulier, conformément aux objectifs et principes fondateurs du FSE+. Cette demande s’inscrit dans le droit fil du plaidoyer constant du CESE en faveur d’une gouvernance participative dans le cadre de la politique sociale et de celle de cohésion, étant donné que renforcer la participation des parties prenantes permet de préserver et de conforter la légitimité démocratique, le dialogue social et civil, l’appropriation régionale et un alignement plus efficace sur les besoins réels du marché du travail.

4.2.

Le CESE, tout en prenant acte qu’il importe de développer les compétences dans des secteurs stratégiques tels que la défense, la numérisation, la décarbonation et les technologies propres, insiste néanmoins sur le fait que cela ne saurait se faire au détriment de l’inclusion sociale, de la réduction de la pauvreté et de la promotion d’emplois de qualité. Le règlement modifié doit veiller à ce que les groupes vulnérables, y compris les travailleurs peu qualifiés, les chômeurs de longue durée et les groupes marginalisés ou autrement défavorisés tels que les femmes, les jeunes et les migrants, continuent de bénéficier du soutien du FSE+ en sa qualité de fonds doté d’emblée d’une forte dimension sociale.

4.3.

Le CESE se félicite de l’intention de la Commission de mettre en œuvre à titre expérimental une garantie de compétences; il recommande de déployer cette dernière à plus grande échelle de sorte à en faire un mécanisme permanent dans le cadre du FSE+. Cette mesure devrait garantir l’accès à la reconversion et au perfectionnement professionnels pour tous les travailleurs exposés au risque de déplacement, tout particulièrement dans les régions qui subissent une restructuration industrielle ou qui se reconvertissent dans le secteur de la défense.

4.4.

Au regard de l’importance stratégique que revêt la mobilité de la main-d’œuvre qualifiée entre les secteurs et les régions, notamment lorsque se produisent des changements structurels dans des secteurs tels que les technologies vertes et la défense, le CESE plaide en faveur de mesures ciblées du FSE+ afin de soutenir précisément cette mobilité transfrontière et intersectorielle. Ces mesures devraient notamment consister à mettre en adéquation l’offre et la demande d’emploi, à assurer une formation linguistique, à reconnaître les qualifications, à former, et dans la mesure du possible, à aider à la relocalisation.

4.5.

Le CESE soutient la proposition d’accroître la flexibilité et les mesures de préfinancement, en particulier pour les programmes qui réaffectent les ressources vers de nouvelles priorités et pour les régions frontalières confrontées à de graves difficultés. Toutefois, la simplification ne saurait remettre en question la transparence, l’efficacité ni le respect des valeurs fondamentales de l’Union et l’effort actuel de cofinancement national. Le CESE demande que l’utilisation des fonds reprogrammés fasse l’objet d’un suivi régulier et transparent, assorti d’une contribution appropriée des partenaires sociaux et d’autres organisations de la société civile, et il insiste sur l’impératif pour toutes les actions de demeurer conformes aux valeurs et principes fondamentaux en vigueur de l’Union.

4.6.

Le CESE soutient fermement l’octroi de flexibilités financières renforcées, telles que le financement à 100 % par l’Union et l’augmentation du préfinancement pour les programmes du FSE+ uniquement dans les régions situées aux frontières avec la Russie, la Biélorussie, l’Ukraine et plus généralement aux frontières orientales de l’Union. Ces territoires sont touchés au premier chef par les défis géopolitiques et sociaux que connaît l’Union et ils sont confrontés à des vulnérabilités spécifiques. Le CESE recommande d’élaborer au sein du FSE+ des stratégies adaptées afin de revitaliser les économies et les marchés du travail de ces régions, de lutter contre le déclin démographique et de renforcer les infrastructures sociales.

4.7.

Bien que la proposition à l’examen autorise un soutien ciblé aux compétences dans le domaine des technologies propres et de la numérisation, le CESE recommande que toutes les priorités du FSE+, qu’elles soient liées à la défense, à la résilience économique ou à la cohésion territoriale, intègrent systématiquement la double transition. Il s’agit notamment de soutenir l’habileté numérique, l’entrepreneuriat vert et les compétences en matière d’économie circulaire dans tous les secteurs et régions. Pour garantir des transitions équitables, justes et inclusives, il est nécessaire d’armer tous les travailleurs, et pas seulement ceux des secteurs de haute technologie, des compétences nécessaires, qui résistent à l’épreuve du temps, afin qu’ils puissent prospérer au sein de la nouvelle économie. À cet égard, le CESE souligne la nécessité de consacrer un pourcentage spécifique du FSE+ aux programmes de formation continue des travailleurs.

5. Observations particulières

5.1.

Le CESE fait observer que, pour ce qui est du soutien des activités liées à la défense et à la sécurité, par exemple dans le cas de l’industrie de la défense, il est fort probable qu’il soit possible d’exploiter celles-ci par la suite aussi à des fins civiles, en particulier lorsque s’atténueront les risques accrus en matière de sécurité.

5.2.

Dans le même temps, le CESE rappelle, en ce qui concerne la politique de cohésion, aussi bien dans sa forme révisée que future, toute la validité des conclusions qu’il a formulées dans son avis sur une politique de cohésion axée sur les résultats (3). Il s’agit en l’occurrence de souligner qu’une politique de cohésion efficace repose non seulement sur le choix de thèmes et de modalités de financement pertinents, mais aussi sur la mise au point de procédures et de critères internes, car ceux-ci influent précisément sur son efficacité.

5.3.

Dans le contexte des mesures touchant à l’eau, le CESE rappelle qu’il a élaboré, de sa propre initiative, le concept de «pacte bleu pour l’Europe», qu’il recommande également d’inclure dans le champ de ces mesures.

Bruxelles, le 29 avril 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) COM(2025) 123 final.

(2) COM(2025) 164 final.

(3) Avis du Comité économique et social européen — Mettre davantage l’accent sur les résultats dans la politique de cohésion de l’après-2027 — perspectives, défis, risques et atouts (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise) (JO C, C/2025/2018, 30.4.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2018/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3197/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)