Avis institutionnel52025AE1265

Avis du Comité économique et social européen — Compétences et éducation des Européens en matière financière (avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

CELEX52025AE1265
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 17 juillet 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) souligne la nécessité de renforcer les compétences financières des citoyens européens, en réponse à une demande exploratoire de la Commission. Cet avis préconise une approche globale incluant l'éducation formelle, la formation continue et des campagnes de sensibilisation, tout en insistant sur l'adaptation des programmes aux groupes vulnérables et à l'ère numérique. Pour un professionnel du droit français, ce texte annonce des orientations politiques non contraignantes mais susceptibles d'influencer de futures initiatives législatives ou recommandations de la Commission en matière de protection des consommateurs et d'inclusion financière.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/5149

28.10.2025

Avis du Comité économique et social européen

Compétences et éducation des Européens en matière financière

(avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

(C/2025/5149)

Rapporteur:

Giuseppe GUERINI

Conseiller

Samuel CORNELLA (pour le rapporteur)

Consultation

Lettre de Maroš ŠEFČOVIČ, commissaire européen chargé du commerce, de la sécurité économique, des relations interinstitutionnelles et de la transparence, datée du 20.3.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

4.7.2025

Adoption en session plénière

17.7.2025

Session plénière no

598

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

131/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) souligne que la culture financière est essentielle si l’on veut favoriser la capacité des individus et des ménages à épargner et investir, qui leur permet de tendre vers la stabilité et l’indépendance économique. Il convient donc de promouvoir activement cette capacité, qui est un préalable indispensable à la culture financière.

1.2.

Le CESE fait remarquer que la culture financière aide à acquérir une compréhension approfondie de l’endettement, du fonctionnement des marchés financiers, du traitement fiscal des investissements ainsi que de l’assurance comme outil de gestion du risque. Ces considérations sont déterminantes pour la capacité de chacun à faire face aux risques financiers et non financiers, à saisir les occasions économiques en toute connaissance de cause et à planifier sa propre retraite.

1.3.

Le CESE relève qu’il conviendrait de résorber les écarts de niveau importants que l’on observe en matière de culture financière d’un État membre à l’autre et entre différentes catégories de la population au moyen d’initiatives ciblées, y compris à l’échelon européen. Ces initiatives devraient tenir compte des mesures qui ont déjà été prises au niveau national et être modulées aussi en fonction de ces disparités que l’on constate à diverses échelles dans le domaine de la culture financière.

1.4.

Le CESE fait observer qu’il est essentiel aussi d’investir dans la culture financière pour réduire les inégalités et les situations de vulnérabilité, ainsi que pour renforcer les droits sociaux dans l’Union européenne. De fait, études et enquêtes montrent que ce sont les couches les plus fragiles de la population qui sont les plus touchées par le manque de compétences financières.

1.5.

Le CESE considère que la culture financière est désormais, et ce sera d’autant plus vrai à l’avenir, un outil complémentaire au service d’une planification efficace de la sécurité sociale et des retraites, mais aussi de l’accès à l’assurance-maladie ou de la prise en charge de la perte d’autonomie. Cet aspect apparaît particulièrement important à la lumière des tendances démographiques et de la pression croissante qui s’exerce sur les systèmes nationaux de protection sociale.

1.6.

Le CESE souligne qu’il est important de faire mieux comprendre aux citoyens de tout âge trois notions clés: i) l’importance de la diversification; ii) le rôle de la corrélation et de la décorrélation entre les différentes classes d’actifs, à la lumière notamment des épisodes de forte corrélation entre actions et obligations que l’on a connus lors des séquences d’inflation (2022, 2025); iii) l’importance du temps, de la patience et du maintien d’une perspective de long terme pour tirer pleinement parti des avantages que procurent les intérêts composés.

1.7.

Le CESE recommande aux institutions de consacrer des initiatives majeures à l’éducation financière des citoyens européens dès les premières années de leur scolarité, et dans ce contexte, d’étudier la possibilité d’introduire cette matière dans les programmes scolaires. Dans le même temps, il faut soutenir la culture financière et les compétences entrepreneuriales des personnes qui s’engagent dans la création d’entreprise, en accordant une attention particulière aux nouveaux entrepreneurs issus de milieux défavorisés, y compris ceux qui sont en marge du circuit éducatif traditionnel. Le CESE encourage la société civile à œuvrer activement à cet égard, en soulignant que les acteurs à but non lucratif doivent jouer un rôle de premier plan si l’on veut garantir une approche impartiale et critique des programmes d’éducation financière. Dans cette perspective, il pourrait être utile, pour promouvoir une action de sensibilisation pérenne, de mettre en place une «Journée européenne de l’éducation financière».

1.8.

Le CESE souligne qu’il est important de mettre au point rapidement un cadre réglementaire suffisamment souple pour suivre le rythme auquel se dessinent les tendances sur les marchés financiers et de veiller, ce faisant, à ce que les réponses réglementaires arrivent à point nommé et qu’elles visent juste face aux évolutions concrètes telles que l’avènement des réseaux sociaux et des «influenceurs financiers».

1.9.

Le CESE adresse une mise en garde contre les dangers croissants que représentent les escroqueries financières et la fraude en ligne. Ces phénomènes mettent en évidence l’importance non seulement des connaissances et des compétences financières, mais aussi d’une plus grande sensibilisation aux comportements à adopter. Le risque est encore plus prégnant lorsque l’intelligence artificielle est utilisée pour commettre des fraudes et dérober des données sensibles, au préjudice notamment des personnes qui ont une moins bonne maîtrise de l’usage des outils numériques. Il apparaît nécessaire et urgent de mener des actions coordonnées au niveau européen, assorties d’interventions à l’échelon national, tant en ce qui concerne la réglementation que dans le domaine des investissements dans la cybersécurité.

2. Éléments de contexte

2.1.

D’après une enquête internationale sur la culture financière des adultes (1), près de la moitié de la population majeure dans l’Union européenne n’est pas capable de comprendre efficacement les notions financières fondamentales (2). Il est particulièrement préoccupant que ce problème touche les couches les plus vulnérables de la société de façon disproportionnée par rapport à d’autres catégories.

2.2.

Les résultats d’une enquête Eurobaromètre sur la culture financière publiée par la Commission européenne en juillet 2023 (3) montrent que seuls 18 % des citoyens de l’Union possèdent un niveau élevé de culture financière, 64 % un niveau moyen et les 18 % restants un faible niveau. On observe en outre des différences marquées entre les États membres, puisqu’il n’y a que dans quatre pays (Pays-Bas, Suède, Danemark et Slovénie) que plus de 25 % des personnes interrogées ont obtenu un score élevé à l’évaluation de leur culture financière.

2.3.

Il ressort des résultats de l’enquête Eurobaromètre sur la culture financière que l’éducation financière doit cibler en particulier les femmes, les jeunes, les personnes à bas revenus et celles dont le niveau d’éducation est globalement inférieur, car ces catégories ont en moyenne tendance à posséder une moins bonne culture financière que d’autres groupes. En outre, le CESE a déjà constaté que des taux plus faibles d’éducation formelle, conjugués à un niveau de compétences numériques inférieur par rapport à ceux de la population générale, compliquent les perspectives d’insertion professionnelle et sociale des personnes handicapées (4).

2.4.

Ces dernières années, la Commission a pris soin de promouvoir la culture financière tant dans la population adulte qu’auprès des jeunes Européens. Plusieurs cadres de référence ont été publiés à ce sujet et la Commission s’emploie actuellement à aider les autorités nationales, la société civile et les parties prenantes à mettre au point des politiques, des programmes et des supports pédagogiques consacrés à la culture financière.

2.5.

La Commission et l’OCDE ont notamment élaboré en commun un «cadre de compétences financières» à destination des enfants et des jeunes, publié le 27 septembre 2023 (5), afin d’aider les États membres, les professionnels et les autres parties prenantes à mettre en place des initiatives et des programmes visant à améliorer le niveau de culture financière des jeunes générations et leur permettre ainsi de prendre des décisions plus avisées en ce qui concerne leurs finances.

2.6.

Dans les conclusions sur la culture financière qu’il a approuvées le 14 mai 2024, le Conseil: i) insiste sur l’urgence de prendre de nouvelles mesures pour promouvoir la culture financière dans toute l’Union européenne; ii) reconnaît que la culture financière est importante pour améliorer la santé financière des citoyens de l’Union, ainsi que l’inclusion financière; iii) souligne que la culture financière est porteuse d’avantages non seulement pour les individus, mais pour la société au sens large, et relève par ailleurs qu’une meilleure culture financière serait de nature à resserrer les liens de confiance entre les citoyens et les institutions financières (6).

2.7.

Dans ses conclusions, le Conseil fait en outre observer qu’en raison de la numérisation du paysage financier, il apparaît d’autant plus nécessaire et urgent d’améliorer encore la culture financière et les compétences numériques dans l’Union, et il relève que des connaissances financières plus poussées pourraient aider les particuliers à saisir les nouvelles possibilités que leur offre la finance numérique.

2.8.

Le CESE signale que le Financial Times a récemment mené une campagne en faveur de la culture et de l’inclusion financières, exhortant les responsables politiques à traiter les connaissances financières élémentaires comme une compétence essentielle dans la vie, qu’il y aurait lieu de renforcer dans le cadre de l’enseignement des mathématiques en mettant l’accent sur le rôle des «mathématiques appliquées au quotidien» (7). Des études réalisées spécifiquement à ce sujet sous la direction d’Annamaria Lusardi, de l’université de Stanford, ont mis en évidence de façon empirique un déficit de compétences arithmétiques fondamentales, de nombreuses personnes étant incapables de comprendre les conséquences de l’inflation sur leur propre revenu ou de calculer les frais annuels d’un prêt assorti d’un taux d’intérêt de 2 % (8).

2.9.

Dans le présent avis, le CESE entend formuler quelques observations sur la culture financière dans l’Union européenne afin d’apporter dans le débat actuel une contribution constructive au nom des entreprises et de la société civile européennes, y compris sous la forme de recommandations politiques, étant entendu qu’il partage le point de vue de la Commission et du Conseil selon lequel la culture financière est une priorité fondamentale pour un marché intérieur plus fort et plus efficace.

2.10.

Le CESE partage le point de vue de la Commission lorsqu’elle indique, dans sa communication du 5 mars 2025 intitulée «L’union des compétences» (9), que le déficit de compétences financières et entrepreneuriales des Européens limite le potentiel d’innovation et de croissance de l’Union européenne. Il encourage donc la Commission à adopter des mesures concrètes pour promouvoir des interventions généralisées dans le domaine de l’éducation financière.

3. Observations générales et particulières

3.1.

Le CESE souligne que la culture financière peut contribuer à la capacité d’épargne, de planification et de budgétisation des citoyens, favorisant ainsi leur stabilité et leur indépendance financières. Il convient donc de soutenir et de promouvoir activement cette culture.

3.2.

Le CESE souligne également que des connaissances financières élémentaires sont un préalable fondamental pour permettre aux individus et aux ménages de faire des choix éclairés qui renforcent leur stabilité financière et favorisent leur indépendance économique. Ces connaissances élémentaires — ce par quoi on entend la capacité concrète à comprendre les notions financières de base que sont par exemple l’épargne, la planification de son budget, les intérêts et une dépense responsable — sont essentielles pour pouvoir appliquer efficacement les principes financiers dans la vie quotidienne. Il conviendrait par conséquent d’en faire la promotion et de les soutenir activement car elles sont une composante primordiale de toute stratégie en faveur de la culture financière.

3.3.

Le CESE souligne qu’une compréhension approfondie de ce que sont l’endettement, le traitement fiscal des investissements, les responsabilités juridiques et la couverture d’assurance comme outil de gestion du risque est essentielle à une culture financière complète. Ces considérations sont déterminantes pour la capacité d’un individu à gérer les risques financiers et non financiers et à saisir les occasions économiques. Les personnes qui ne connaissent pas suffisamment ces sujets sont davantage exposées au risque de surendettement et aux retombées économiques d’événements imprévus.

3.4.

Le CESE fait observer qu’il est fondamental d’investir dans la culture financière pour réduire les inégalités et alléger les difficultés, ainsi que pour renforcer les droits sociaux dans toute l’Union. De fait, plusieurs études et enquêtes (10) montrent que ce sont les couches les plus vulnérables de la population qui sont les plus touchées par le manque de culture financière.

3.5.

Le CESE relève en particulier la nécessité que l’éducation financière soit adaptée aux besoins des femmes, et tienne compte: i) des difficultés spécifiques auxquels les femmes sont confrontées tout au long de leur vie, par exemple des revenus inférieurs à ceux des hommes ou des interruptions de carrière; ii) du rôle des femmes dans les décisions d’achat des ménages; iii) de l’effet de l’indépendance économique des femmes sur la prévention de la violence sexiste, qui, dans de nombreux cas, s’accompagne de formes de dépendance économique imposées ou est exacerbée par celles-ci.

3.6.

Le CESE souligne qu’il conviendrait de résorber les écarts de niveau importants que l’on observe en matière de culture financière d’un État membre à l’autre au moyen d’initiatives ciblées, à l’échelon européen, qui devraient tenir compte de celles déjà menées par les États membres et être modulées en fonction aussi de ces disparités que l’on constate en Europe dans le domaine de la culture financière. Cette démarche contribuerait à assurer une large diffusion des connaissances financières dans le marché intérieur et offrirait un outil supplémentaire pour favoriser la convergence et la prospérité globale au sein de l’Union.

3.7.

Le CESE estime qu’une meilleure culture financière pourrait aider les citoyens européens à mieux faire face à des chocs soudains qui diminueraient leurs revenus, ce qui pourrait s’avérer crucial dans un contexte de tensions croissantes dans le commerce international et les chaînes de valeur mondiales. Selon un sondage réalisé récemment, une personne interrogée sur quatre (25 %) déclarait qu’en cas de perte de sa principale source de revenus, elle ne pourrait subvenir à ses besoins que pendant un mois seulement sans recourir à des prêts ou des transferts (11). Les personnes qui entrent dans la catégorie de celles dont la culture financière est la plus faible sont apparues particulièrement vulnérables, ce qui met d’autant plus en évidence l’urgence d’intervenir dans ce domaine.

3.8.

Le CESE considère que la culture financière est désormais, et ce sera d’autant plus vrai à l’avenir, un outil complémentaire au service de la planification efficace des instruments de protection sociale, sachant que la responsabilité de garantir un système de protection sociale adéquat doit rester un pilier fondamental des systèmes publics de retraite. Toutefois, les pensions de retraite complémentaires et la prise en charge de l’assurance-maladie, de la perte d’autonomie et des soins de longue durée semblent être des formes de protection de plus en plus importantes. Face à la pression croissante de la démographie et à celle, constante, qui s’exerce sur les systèmes nationaux de protection sociale, il s’agit là d’un aspect crucial. Comme l’ont mis en évidence des publications importantes, «le manque de connaissances financières empêche les individus de préparer leur avenir. Les personnes qui ont peu de connaissances financières sont moins susceptibles de planifier leur retraite ou leur assurance de soins de longue durée. C’est le même constat qui ressort de façon notable d’un pays à l’autre (12)

3.9.

Le CESE soutient la méthodologie récemment adoptée par la Commission européenne dans l’enquête qu’elle a effectuée en 2023 pour évaluer les connaissances financières dans l’Union (13). Dans cette enquête, elle s’est concentrée sur cinq grands facteurs: i) la compréhension des effets de l’inflation; ii) les intérêts composés et leur fonctionnement; iii) la détermination du prix de base des actifs; iv) le rapport entre risque et rendement; v) la diversification des risques.

3.10.

Pour encourager les investissements, le CESE estime important de se concentrer spécifiquement sur une meilleure compréhension de trois notions essentielles par les citoyens de tout âge, à savoir: i) l’importance de la diversification, grâce à des produits largement diversifiés comme le sont les fonds négociés en bourse ou les fonds indiciels qui, même s’ils présentent des risques, permettent globalement d’en éviter la concentration excessive sur une seule action ou obligation; ii) le rôle de la corrélation et de la décorrélation entre les différentes classes d’actifs, en particulier à la lumière des récentes tendances inflationnistes (2022, 2025), qui ont accentué la corrélation entre actions et obligations, plus qu’à l’accoutumée; iii) l’importance du temps, de la patience et du maintien d’une perspective de long terme pour tirer pleinement parti des avantages que procurent les intérêts composés.

3.11.

Le CESE considère également qu’il est stratégique de mettre l’accent sur une meilleure compréhension de ce que sont les dettes et les prêts, afin que les citoyens puissent adapter les leurs à leurs conditions de vie spécifiques, de manière à disposer des outils adéquats pour échapper à la pauvreté et favoriser l’épargne.

Parmi les éléments dont les citoyens de tous âges devraient avoir des connaissances fondamentales, on peut citer: i) les types de prêts disponibles (taux fixe, taux variable ou prêt modulable); ii) leur durée; iii) le taux d’intérêt; iv) le capital financé par rapport à l’objectif; v) les commissions perçues; vi) le taux annuel effectif global (TAEG); vii) les possibilités de refinancement.

3.12.

Le CESE partage le point de vue du Conseil (14) quand il estime que les décisions financières sont de plus en plus influencées par les technologies financières, et que la façon dont les particuliers s’informent et prennent des décisions évolue à un rythme sans précédent.

3.13.

Le CESE adresse cependant une mise en garde contre les dangers posés par la menace croissante que représentent les escroqueries financières et la fraude en ligne, auxquelles le public se trouve de plus en plus exposé. Ces tendances mettent en évidence l’importance non seulement des connaissances et des compétences financières, mais aussi d’une sensibilisation aux comportements à adopter. Ces risques deviennent particulièrement prégnants lorsque l’intelligence artificielle est utilisée pour commettre des fraudes et dérober des données, au préjudice avant tout des personnes qui maîtrisent mal l’usage et la gestion des appareils numériques. Il serait donc utile et nécessaire de mener des actions coordonnées au niveau européen et mises en œuvre par les États membres, tant en ce qui concerne la réglementation que dans le domaine des investissements dans la cybersécurité.

3.14.

Le CESE souligne qu’il est important de mettre au point rapidement un cadre réglementaire suffisamment souple pour tenir compte du rythme auquel se dessinent les tendances nouvelles sur les marchés financiers et de veiller, ce faisant, à ce que les réponses réglementaires suivent la cadence des mutations qui s’opèrent dans le monde. Comme l’a fait remarquer Carmine Di Noia, directeur des affaires financières et des entreprises à l’OCDE, «il y a un objectif qui évolue constamment et qui porte sur les compétences nécessaires pour acquérir une culture financière de base. On évolue en terre inconnue. Il y a dix ans, nous n’aurions pas parlé de cryptomonnaies, d’intelligence artificielle ou de finfluencers [influenceurs dans le domaine financier] (15)

3.15.

À cet égard, le CESE note que lors d’un sondage Hargreaves réalisé en 2021 sur le marché britannique, 43 % des jeunes de 18 à 34 ans interrogés déclaraient avoir acquis leurs connaissances financières sur les sites web d’entreprises financières. En juillet 2024, ce pourcentage n’était plus que de 29 %. En revanche, le nombre de personnes utilisant Reddit pour guider leurs investissements a augmenté, passant de 17 % à 26 %, et la part de celles utilisant TikTok à cette même fin a grimpé de 12 % à 20 % (16).

3.16.

Le CESE relève que les investissements durables et éthiques, ainsi que ceux ayant une incidence sociale, revêtent une importance croissante, un nombre significatif d’investisseurs privilégiant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) lorsqu’ils prennent leurs décisions financières. Le CESE recommande dès lors que les compétences nécessaires pour évaluer les produits labellisés ESG deviennent à l’avenir une composante importante de la culture financière afin que les citoyens puissent vérifier correctement si et de quelle manière ces produits concilient les valeurs éthiques et les rendements financiers.

3.17.

Le CESE encourage les institutions à prendre des initiatives en matière d’éducation financière des citoyens européens dès les premières années de leur scolarité, et d’intégrer éventuellement cette matière dans les cursus scolaires, avec l’aide d’enseignants et de pédagogues. Commencer à investir quand on est jeune présente de nombreux avantages, le plus notable d’entre eux étant l’accumulation des intérêts composés générés par les investissements au fil du temps. Dans les premières années de la scolarité, cet enseignement devrait se concentrer sur des notions élémentaires, comme la valeur et la fonction de l’argent. Des thématiques plus complexes, comme l’épargne, la gestion d’un budget et l’investissement, pourraient être abordées de façon progressive à mesure que les élèves grandissent.

3.18.

Le CESE relève en outre qu’il est fondamental d’aider les jeunes générations à se familiariser dès le plus jeune âge avec la volatilité inhérente à la gestion des investissements, tant que les montants en jeu sont faibles et que la nécessité de pouvoir s’appuyer sur le fruit de ces investissements pour subvenir à ses besoins est moins pressante qu’elle ne l’est à des étapes ultérieures de la vie.

3.19.

Le CESE note que les créateurs d’entreprise manquent souvent de compétences financières, qu’ils ne connaissent pas le monde de la finance et qu’ils n’ont pas accès aux outils existants qui pourraient leur être utiles. Pour remédier à cette lacune, des programmes de formation pourraient leur être proposés, moyennant un accompagnement par des entrepreneurs et des experts des PME. Le CESE encourage la société civile à œuvrer activement à cet égard, en soulignant que les acteurs à but non lucratif doivent jouer un rôle de premier plan si l’on veut garantir une approche impartiale et critique des programmes d’éducation financière. Dans cette perspective, il pourrait être utile, pour promouvoir une action de sensibilisation pérenne, de mettre en place une «Journée européenne de l’éducation financière».

3.20.

Le CESE considère que le contenu des initiatives de formation en matière de culture financière, comme le matériel utilisé, devraient être ciblés de telle sorte que celles-ci répondent aux besoins spécifiques de leurs bénéficiaires et incluent les catégories vulnérables. L’éducation financière des étudiants et des jeunes adultes est de nature à améliorer aussi les connaissances financières de celles et ceux qui font partie de leur entourage immédiat. On peut y voir un potentiel effet multiplicateur de l’éducation financière dispensée aux plus jeunes. «Vu la composition démographique de la population estudiantine et de celle des parents, les principaux bénéficiaires des effets multiplicateurs sont les personnes de la catégorie d’âge à cheval entre les quadragénaires et les quinquagénaires. Les retombées sont d’autant plus fortes chez ceux dont les performances initiales en matière de culture financière étaient les plus faibles» (17).

3.21.

Le CESE encourage les efforts visant à sensibiliser aussi les enfants et les jeunes à la numérisation croissante de l’argent et des paiements, qui se caractérise par un recours moins fréquent aux espèces et la diffusion de plus en plus large des cartes sans contact, des applications financières et des services financiers en ligne. Cette démarche devrait s’inscrire dans un environnement contrôlé afin d’aider les jeunes à se familiariser très tôt avec la «culture financière numérique», y compris les implications du recours à des services tels que les facilités de paiement différé et les risques associés aux jeux en ligne payants.

3.22.

De la même façon, des dispositifs devraient s’adresser aux plus âgés pour leur apprendre à accéder en toute sécurité aux informations en ligne sur les produits financiers. Les organisations de la société civile peuvent jouer un rôle fondamental à cet égard, en assurant une éducation continue et tout au long de la vie à des catégories vulnérables spécifiques, notamment les personnes handicapées, les femmes issues de milieux ethniques et sociaux différents ainsi que les citoyens analphabètes, qui n’ont peut-être pas eu l’occasion d’acquérir plus jeunes des connaissances financières.

3.23.

Il y aurait lieu aussi que les initiatives en matière d’éducation financière soient rendues accessibles aux jeunes vulnérables, en élargissant les programmes qui s’adressent aux jeunes en décrochage du système scolaire formel et à ceux qui sont en situation de vulnérabilité (les jeunes sans emploi et qui ne suivent ni études ni formation ou «NEET», ceux qui sont issus de milieux à bas revenus, de la migration, des territoires ruraux, etc.). Les États membres devraient, avec l’aide des fonds de l’Union (FSE+, Erasmus+), mettre en place des ateliers de proximité, des programmes de mentorat et des activités dans les maisons de jeunes pour enseigner des compétences financières, en plus de soutenir les initiatives éventuelles de la société civile.

3.24.

Enfin, le CESE salue le programme et les expériences pratiques que la Finlande déploie dans le cadre d’un réseau national d’ateliers économiques destinés à améliorer la culture financière des jeunes, dans le cadre du programme «Yrityskylä», ou «village des entreprises»: selon certaines sources, «pas moins de 91 % des écoliers finlandais participent à un programme de dix leçons au cours duquel ils apprennent le fonctionnement des entreprises, de l’économie et de la société, mais aussi comment postuler à un emploi» (18), dans le cadre de l’objectif plus large et ambitieux que poursuit la Finlande et qui consiste à atteindre le plus haut niveau de culture financière au monde d’ici 2030.

3.25.

D’après les participants à ce programme, «l’objectif que nourrit la Finlande en matière de culture financière est que la population prenne des décisions économiques durables et qui créent de la valeur [...]. Ces décisions sont prises à des titres divers, aussi bien par des individus que par des ménages ou des entreprises, et concernent pour ainsi dire toutes les activités au sein de la société. Il ne s’agit donc pas seulement de savoir comment gérer sa santé financière et son capital» (19).

Bruxelles, le 17 juillet 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Réseau international de l’OCDE sur l’éducation financière (INFE), International survey of adult financial literacy , 2023: https://www.oecd.org/en/publications/oecd-infe-2023-international-survey-of-adult-financial-literacy_56003a32-en.html.

(2) Suivi du niveau de culture financière dans l’Union européenne, Eurobaromètre, juillet 2023: https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/2953.

(3) OCDE et Commission européenne, Cadre de compétences financières pour les enfants et les jeunes dans l’Union européenne , septembre 2023: https://finance.ec.europa.eu/system/files/2023-09/230927-financial-competence-framework-children-youth_en.pdf.

(4) Avis du Comité économique et social européen — L’inclusion des personnes handicapées dans le contexte de l’essor des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle: perspectives, défis, risques et atouts (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise) (JO C, C/2025/2959, 16.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2959/oj).

(5) OCDE et Commission européenne, Cadre de compétences financières pour les enfants et les jeunes dans l’Union européenne , septembre 2023: https://finance.ec.europa.eu/system/files/2023-09/230927-financial-competence-framework-children-youth_en.pdf.

(6) Conseil de l’Union européenne, Conclusions du Conseil sur la culture financière, 14 mai 2024: https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2024/05/14/capital-markets-union-council-approves-conclusions-on-financial-literacy/.

(7) Financial Times, Financial literacy: https://www.ft.com/financial-literacy.

(8) Annamaria Lusardi, Olivia S. Mitchell, Financial Literacy Around the World: an Overview , 2011: https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-pension-economics-and-finance/article/financial-literacy-around-the-world-an-overview/0488F901318E0FBC4C92DC6E964AB89C.

Annamaria Lusardi, Olivia S. Mitchell, The Economic Importance of Financial Literacy: Theory and Evidence , 2014: https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/jel.52.1.5.

(9) Commission européenne, L’union des compétences , 5 mars 2025: https://eur-lex.europa.eu/legal-content/en/TXT/PDF/?uri=CELEX%3A52025DC0090.

(10) OCDE, Recommandation du Conseil sur les principes et les bonnes pratiques relatifs à la sensibilisation et l’éducation financières , 2005; OCDE, Cadre d’évaluation et d’analyse du cycle PISA 2012 — Compétences en matières financières , Paris, 2012: https://legalinstruments.oecd.org/en/instruments/OECD-LEGAL-0338; Willis, L.E., «Alternatives to financial education», dans Nicolini, G. et Cude, B.J. (dir.), The Routledge Handbook of Financial Literacy, Routledge, 2022: https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9781003025221-23/alternatives-financial-education-lauren-willis?context=ubx&refId=25b658dd-07f9-4784-8c49-e7d71a16fec2; Forum économique mondial, New Vision for Education. Unlocking the Potential of Technology , Genève, 2016: https://widgets.weforum.org/nve-2015/index.html.

(11) Commission européenne, European Financial Stability and Integration Review (EFSIR) , 18 juin 2024: https://finance.ec.europa.eu/document/download/513c318e-a9ba-46f2-8854-0d134aa9bf18_en?filename=european-financial-stability-and-integration-review-2024_en.pdf&prefLang=it.

(12) Annamaria Lusardi, Olivia S. Mitchell, Financial Literacy Around the World: an Overview , 2011: https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-pension-economics-and-finance/article/financial-literacy-around-the-world-an-overview/0488F901318E0FBC4C92DC6E964AB89C.

Annamaria Lusardi, Olivia S. Mitchell, The Economic Importance of Financial Literacy: Theory and Evidence , 2014: https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/jel.52.1.5.

(13) Suivi du niveau de culture financière dans l’Union européenne, Eurobaromètre, juillet 2023: https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/2953.

(14) Conseil de l’Union européenne, Conclusions du Conseil sur la culture financière, 14 mai 2024: https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2024/05/14/capital-markets-union-council-approves-conclusions-on-financial-literacy/.

(15) OCDE, résultats de l’enquête PISA 2022, volume IV, How Financially Smart Are Students? , 2024: https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2022-results-volume-iv_5a849c2a-en.html.

(16) Barrett, C., « Would you turn to Reddit for investment ideas? », Financial Times, 19 juillet 2024: https://www.ft.com/content/ad8437e4-053e-4db4-bb46-4d17da2d30c3.

(17) Bruegel, The ripple effect of financial education , 23 mars 2023: https://www.bruegel.org/analysis/ripple-effect-financial-education.

(18) The Interdisciplinary Learning Network, Yrityskylä: Young Finnish Learners Experience Life in the Workplace , 21 novembre 2025: https://idlnetwork.substack.com/p/yrityskyla-young-finnish-learners.

(19) Milne, R., « Finland fuels children’s future with financial literacy and food: World-beating ambition drives real-life business practice and free lunches for kids », Financial Times, 6 janvier 2025: https://www.ft.com/content/26c56174-76ab-493b-9770-6d1ed4996505.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5149/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)