Avis institutionnel52025AE1284

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union, et abrogeant la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, la directive 2001/40/CE du Conseil et la décision 2004/191/CE du Conseil [COM(2025) 101 final — 2025/0059(COD)]

CELEX52025AE1284
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) porte sur la proposition de la Commission visant à remplacer la directive « retour » actuelle (2008/115/CE) par un règlement directement applicable. Il vise à harmoniser et à renforcer les procédures de retour des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière, en simplifiant les délais et en durcissant les conditions de rétention et de réadmission. Pour le professionnel du droit français, ce texte annonce un changement de paradigme vers une politique de retour plus coercitive et uniforme, susceptible d'impacter la pratique contentieuse et les garanties procédurales actuellement offertes aux étrangers.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/33

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union, et abrogeant la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, la directive 2001/40/CE du Conseil et la décision 2004/191/CE du Conseil

[COM(2025) 101 final — 2025/0059(COD)]

(C/2026/33)

Rapporteur:

José Antonio MORENO DÍAZ

Corapporteur:

Cristian PÎRVULESCU

Conseillers

Claudiu CRĂCIUN (pour le corapporteur, groupe III)

Gemma PINYOL (pour le rapporteur, groupe II)

Procédure législative

EU Law Tracker

Consultation

Commission européenne, 13.5.2025

Conseil de l’Union européenne, 7.5.2025

Base juridique

Article 79, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Document de la Commission

COM(2025) 101 final

Objectifs de développement durable (ODD) pertinents

ODD 10 — Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre

ODD 16 — Paix, justice et institutions efficaces

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

3.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

96/2/6

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) insiste sur le fait que toute politique de l’Union en matière de retour doit reposer sur des motifs clairs et axés sur les droits de l’homme. Il demande que soit réalisée une analyse d’impact globale qui tienne compte des obligations contraignantes découlant du droit international et européen relatif aux droits de l’homme, y compris la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). L’élaboration, la mise en œuvre et l’interprétation des mesures de retour devraient s’appuyer sur ces cadres juridiques, de façon à garantir le plein respect de la législation.

1.2.

Le CESE regrette que le règlement ne s’inscrive pas dans une stratégie plus large visant à promouvoir des voies de migration légales et sûres. En l’absence de véritables solutions de substitution, les procédures de retour resteront inefficaces et perpétueront un modèle fondé sur l’exclusion, la surveillance et l’endiguement. Le règlement privilégie une approche légaliste et sécuritaire, qui fait fi de l’intégration réussie des ressortissants de pays tiers et de la contribution qu’ils peuvent apporter aux sociétés et aux économies de l’Union.

1.3.

Le CESE déplore également l’absence d’une véritable analyse d’impact ex ante de la proposition. Ce règlement affectant la vie de millions de personnes, il eût été nécessaire de procéder à des analyses rigoureuses et des consultations structurées d’organismes spécialisés et d’organisations de la société civile. L’absence d’analyse spécifique de ses répercussions pour les groupes vulnérables (comme les mineurs, les femmes célibataires, les victimes de la traite des êtres humains ou les personnes atteintes de maladies physiques ou mentales) constitue une omission grave qui contrevient à l’obligation de l’Union d’appliquer une approche fondée sur les droits.

1.4.

Le CESE souligne la nécessité de mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces, indépendants et transparents afin de vérifier le respect des règles, y compris le contrôle des pratiques en matière de retour, des conditions de rétention et des méthodes employées par les autorités compétentes, conformément aux recommandations du Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe.

1.5.

Rappelant à cet égard l’engagement initial de l’Union en vertu des conclusions de Tampere de 1999, le CESE rappelle que le retour doit se faire en premier lieu sur une base volontaire. Ce principe doit demeurer la pierre angulaire de la politique de l’Union en la matière, les retours forcés ne devant être envisagés qu’en dernier recours, après que toutes les autres options ont été explorées.

1.6.

Le CESE demande que soient ajoutées dans les définitions de la proposition de règlement sur le retour des garanties procédurales essentielles, comme l’accès à des conseils juridiques, à des services d’interprétation professionnels et à la traduction des documents officiels. Les recours n’entraînant plus automatiquement la suspension de l’exécution des décisions de retour (article 28, paragraphes 2 à 4), des expulsions risquent d’avoir lieu avant qu’une décision n’ait été prise. Le CESE plaide pour que les recours en première instance aient obligatoirement un effet suspensif lorsque le principe de non-refoulement risque de ne pas être respecté, de façon à s’assurer que les personnes concernées ne soient pas renvoyées vers des endroits où elles pourraient être persécutées alors que des recours sont pendants. Toute procédure de retour — qu’elle soit volontaire ou forcée — doit respecter les droits de la personne qui en fait l’objet.

1.7.

Le CESE craint que la proposition ne restreigne considérablement les droits des migrants et ne porte atteinte à l’état de droit. Le Comité se déclare ainsi vivement préoccupé par les dispositions actuelles relatives à la rétention. Il juge que les motifs de rétention (article 29) sont trop larges et que la définition du «risque de fuite» (article 30), vague et fondée sur des présomptions, est encore plus discutable. Il demande instamment à l’Union de préciser ces dispositions et de supprimer la possibilité de rétention aux fins de vérifier l’identité, sauf en cas d’absolue nécessité et pour la durée la plus courte possible. Toute décision de rétention doit respecter pleinement les droits fondamentaux, notamment ceux relatifs à la liberté et à la dignité de la personne.

1.8.

Le CESE souligne l’importance de normes contraignantes en matière de droits de l’homme afin d’éviter les retours dans les cas où les personnes concernées pourraient être victimes de graves persécutions ou de violations de leurs droits. Les décisions de retour, notamment lorsqu’elles impliquent des transferts vers des pays tiers, doivent être fondées sur des évaluations individuelles et faire l’objet d’un contrôle juridictionnel indépendant. La reconnaissance mutuelle automatique des décisions de retour entre États membres ne doit pas s’appliquer lorsque des violations systémiques des droits de l’homme ont été documentées dans le pays qui les émet.

1.9.

Le CESE n’est pas favorable au retour vers d’autres pays que celui d’origine. Si le retour vers le pays d’origine n’est pas possible, quelle qu’en soit la raison, la procédure de retour doit être suspendue. Le CESE juge les «plateformes de retour» contraires au cadre juridique international, notamment la convention de Genève, et considère qu’elles portent atteinte à certains droits fondamentaux tels que le non-refoulement, la protection juridictionnelle effective et le droit de former un recours effectif.

1.10.

Le CESE s’oppose fermement à la création ou au maintien de «plateformes de retour», qui sont selon lui incompatibles avec les obligations en vertu du droit européen et international. Le Comité recommande en outre de clarifier les exigences des États membres concernant l’obligation pour les ressortissants de pays tiers de coopérer aux procédures de retour et de réadmission (articles 21 à 23) afin de s’assurer qu’elles soient suffisamment précises et proportionnées. Il demande que des limites soient fixées à la collecte de données et aux fouilles physiques, et insiste sur le fait qu’aucune sanction ne doit être appliquée sans garanties procédurales adéquates ni procédure régulière.

1.11.

Le CESE met par ailleurs en garde contre le fait que l’article 6 de la proposition de règlement, qui impose des obligations de détection et de rapport, risque de compromettre l’accès à des services essentiels et de saper la confiance des migrants sans papiers envers les prestataires de services.

1.12.

Le CESE estime que le règlement ne répond pas de manière adéquate à la question de la rétention des enfants dans le cadre de l’immigration. Cette pratique devrait disparaître, conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme, et notamment la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, qui stipule que la rétention n’est jamais dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

1.13.

Le CESE craint que le financement des investissements liés au retour nécessaires au niveau de l’Union et des États membres au moyen du Fonds «Asile, migration et intégration» (FAMI) ne prive les actions et programmes d’intégration de ressources, alors que la plupart d’entre eux sont déjà sous-financés aux deux échelons. Grâce à ses consultations structurées avec des organisations de la société civile et des partenaires sociaux participant au FAMI, le CESE est parfaitement conscient des difficultés qu’ils rencontrent déjà actuellement pour maintenir les programmes et en conserver le personnel et l’expertise (1).

1.14.

Le CESE se dit préoccupé par le fait que dans des situations dites d’urgence, l’article 47 autorise la suspension de garanties fondamentales sur la base de critères vagues et non définis, ce qui pourrait donner lieu à des violations généralisées des droits des migrants.

2. Notes explicatives

2.1.

En accord avec l’approche globale de la politique migratoire de l’Union et le pacte sur la migration et l’asile adopté en 2024, la Commission européenne a présenté une proposition de règlement établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union. Cette proposition vise à remplacer l’actuelle directive «retour» (2008/115/CE) (2) et plusieurs autres dispositions fragmentées, dans le but de doter l’Union d’un cadre législatif moderne, cohérent et opérationnel pour l’application des procédures de retour.

2.2.

La Commission estime que ce nouveau règlement répond à la nécessité de renforcer l’efficacité des politiques de retour, qui constituent l’un des piliers du système européen de gestion de la migration. Le contexte actuel — marqué par des tensions géopolitiques, des pressions migratoires constantes, des mouvements secondaires non autorisés et de faibles taux de retour effectif — a mis en évidence les limites du cadre juridique existant et sa fragmentation entre les différents États membres.

2.3.

Les données disponibles concernant les retours révèlent plusieurs défis systémiques (3). La grande majorité des ressortissants de pays tiers arrivent dans l’Union de manière autorisée, le nombre moyen de premiers titres délivrés annuellement au cours des trois dernières années (2021-2023) étant supérieur à 3,5 millions. En moyenne, le nombre d’entrées irrégulières annuelles dépasse les 300 000, selon les chiffres de Frontex pour la période 2022-2024. Dans les années qui ont précédé la pandémie de COVID-19, le taux de retour moyen était de près de 33 %, contre 19 % en 2023 et une hausse à 24 % en 2024 (4). Frontex contribue à environ 50 % des retours en provenance des États membres et fournit un appui opérationnel à toutes les phases du processus de retour et de réintégration. L’agence a par ailleurs mis en place le programme de réintégration de l’UE, qui offre une aide à la réintégration après l’arrivée et à plus long terme aux personnes faisant l’objet d’un retour, qu’il soit volontaire ou forcé, et a aidé plus de 19 000 personnes entre 2022 et fin 2024.

2.4.

Dans ses conclusions de février et octobre 2024, le Conseil européen a invité la Commission à présenter d’urgence une législation qui permette d’améliorer l’efficacité des procédures de retour. En réponse, le nouveau règlement offre d’harmoniser les procédures de retour, de réduire les divergences entre les États membres et d’assurer la cohérence avec d’autres instruments du pacte, comme le règlement sur les procédures d’asile et le règlement relatif à la gestion de la migration.

2.5.

Sur le papier, la proposition établit une procédure de retour commune fondée sur des règles claires et proportionnées, qui respectent les droits fondamentaux et sont directement applicables dans tous les États membres. Ce nouveau cadre vise à combler les vides juridiques, à empêcher le contournement du système par des mouvements entre États membres et à mettre en place des outils tels que la décision de retour européenne, la reconnaissance mutuelle des décisions de retour et des critères harmonisés pour évaluer le risque de fuite et imposer des mesures coercitives.

3. Observations relatives à la proposition de règlement établissant un système commun en matière de retour

3.1.

Le Comité économique et social européen prend note de la proposition de règlement de la Commission établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union. Il prend acte du fait que soit reconnue la nécessité d’unifier les procédures, de réduire la fragmentation juridique et de garantir une gestion efficace des retours, autant de démarches censées contribuer à l’élaboration d’une politique migratoire plus cohérente, mieux intégrée et plus performante. Cette proposition constitue une avancée par rapport à la directive «retour» de 2008 sur la voie menant à une approche européenne mieux intégrée et plus efficace, et tient compte du fait que le système actuel de retour ne fonctionne pas comme prévu.

3.2.

Le CESE voit dans la volonté de doter les États membres de règles communes et claires — qui concourront à réduire l’insécurité juridique, améliorer la coopération et éviter une gestion non coordonnée ou inégale des flux de migration irrégulière au sein de l’Union — une occasion de mettre en place des normes et des instruments communs, notamment des garanties plus solides en matière de respect des droits fondamentaux.

3.3.

Si le document de travail des services de la Commission qui accompagne le règlement est le bienvenu, il ne remplace pas une analyse d’impact en bonne et due forme (5). Il compare trois scénarios possibles pour avancer dans le dossier du retour, qui consistent à conserver le cadre actuel ou bien à l’améliorer au moyen d’un nouvel instrument, soit une directive soit un règlement. Malheureusement, les critères d’évaluation des options utilisés se bornent à une approche sécuritaire qui met l’accent sur l’efficacité des retours forcés. L’évaluation de l’impact sur les droits fondamentaux se veut purement formelle et n’est guère convaincante.

3.4.

Le CESE s’inquiète du fait que le règlement proposé puisse renforcer une approche restrictive et sécuritaire, qui risquerait de porter atteinte aux engagements de l’Union relatifs aux droits de l’homme, à la légalité internationale et à la place centrale accordée à l’individu dans la politique migratoire. Le CESE note également que la proposition fait écho à un discours qui entretient un amalgame inacceptable entre la migration irrégulière et les menaces ou les risques pour la sécurité, en la mettant sur le même plan que la criminalité ou le terrorisme.

3.5.

Selon le CESE, le discours dominant fait du retour une «obligation fonctionnelle» du système migratoire, en occultant les causes structurelles de la migration et sans remédier aux lacunes des systèmes d’accueil et d’asile de l’Union.

3.6.

Le CESE insiste sur le fait que les faibles taux de retour ne sont pas seulement dus à un manque d’instruments juridiques ou de coopération de la part des migrants, mais s’expliquent en grande partie par l’absence d’une véritable politique commune en matière de migration et d’asile, un manque de confiance des États membres envers les institutions de l’Union et le renvoi des responsabilités vers les pays tiers.

3.7.

Le CESE maintient la position qu’il a déjà exprimée par le passé, à savoir qu’une des faiblesses stratégiques de la politique d’immigration et d’asile de l’Union européenne est d’être axée, de manière quasi exclusive, sur la lutte contre les situations irrégulières, qu’elle soit menée aux frontières ou s’exerce par les retours, volontaires ou forcés. Une fois de plus, il invite donc la Commission à revoir son cadre de référence et à œuvrer réellement dans l’optique de conférer à cette politique une vision globale, qui favorise une mobilité ordonnée, régulière et sûre (6).

3.8.

Le CESE souligne que toutes les procédures de retour doivent respecter scrupuleusement le principe de non-refoulement et que les retours forcés ne sauraient faire l’économie d’une évaluation individuelle rigoureuse, qui tienne compte des risques pour la personne, de son état de santé, de sa situation familiale et d’autres facteurs pertinents.

3.9.

Le CESE se dit fortement préoccupé par les mesures que les États membres doivent mettre en place pour détecter les ressortissants de pays tiers. En 2016, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) du Conseil de l’Europe avait appelé à «[d]issocier le contrôle de l’immigration et ses mesures d’application de la fourniture des services et de la garantie des droits [...] et [à] décharger les services dont les tâches principales relèvent d’autres domaines (tels que l’éducation, la santé, le logement, la sécurité et assistance sociales, la protection au travail et la justice) de l’ingérence par les politiques et les institutions liées à l’immigration et à ses mesures d’application» (7). Le CESE souscrit à cet appel et suggère à la Commission de clarifier plus avant les limites et les garanties procédurales visant à protéger les droits fondamentaux en matière de détection.

3.10.

Le règlement explicite les motifs qui peuvent donner lieu à un retour forcé. Il convient cependant de clarifier sur le plan procédural certaines notions telles que le refus de coopérer (de quoi s’agit-il concrètement?) et le fait de «présent[er] des risques pour la sécurité» (comment ces risques seront-ils évalués, par qui et à quelles fins?).

3.11.

Le CESE fait part de son inquiétude quant aux changements apportés à la définition du «pays de retour» et à l’extension de la liste des pays vers lesquels les ressortissants de pays tiers peuvent être renvoyés de force, au-delà de leur pays d’origine, à des pays où ils ont par exemple résidé auparavant, des pays tiers sûrs, leur premier pays d’asile, des pays dans lesquels ils ont le droit d’entrer ou des pays qui ont conclu un accord ou un arrangement en matière de retour (plateformes de retour). Cette démarche pose problème, car elle nie la capacité d’agir et les préférences des ressortissants de pays tiers et les place dans une situation dangereuse du point de vue de leurs droits et de leur sécurité. Ils pourraient en effet être expulsés vers des pays avec lesquels ils n’ont ni liens ni affinités et où ils se retrouveraient dans une situation de flou et de vulnérabilité. Le récent arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) (8) se révèle d’ailleurs particulièrement pertinent, puisqu’il préconise un examen plus rigoureux du concept de «pays tiers sûr». L’arrêt insiste sur la nécessité de s’assurer que ce concept soit appliqué selon des critères objectifs et uniformes, dans le plein respect des droits fondamentaux et du principe de non-refoulement, et d’empêcher son utilisation arbitraire en tant qu’instrument d’externalisation des retours.

3.12.

Le CESE met en garde contre le risque que les accords de réadmission conclus avec des pays tiers, y compris les «plateformes de retour», portent atteinte aux droits fondamentaux en raison de l’absence de garanties suffisantes et de mécanismes de contrôle indépendants. Le fait de subordonner la coopération extérieure de l’Union au contrôle des migrations et à l’acceptation des retours nuit à la cohérence des politiques, à la solidarité internationale et au respect de l’état de droit.

3.13.

Le Comité estime par ailleurs que les outils proposés, comme la décision de retour européenne, les mécanismes de reconnaissance automatique et le renforcement de l’obligation de coopérer pour les personnes concernées, réduisent de manière inquiétante le nombre de garanties procédurales. La simplification des procédures pourrait aboutir à des pratiques administratives accélérées qui ne permettent pas d’évaluer comme il se doit les besoins en matière de protection ou les vulnérabilités propres à la personne, violant ainsi le principe de non-refoulement. Le fait d’imposer des délais uniformes pour faire appel d’une décision ou coopérer à la procédure de retour risque de compromettre l’accès effectif aux voies de recours, en particulier pour les personnes qui ne bénéficient pas gratuitement de services d’interprétation ou d’une aide juridictionnelle en rétention.

3.14.

Le CESE insiste sur l’importance d’appliquer avec une extrême prudence les dispositions relatives à la rétention et au risque de fuite. Il faut en effet éviter que la rétention ne devienne une composante systématique de la gestion des retours et veiller à ce qu’elle ne serve qu’en dernier ressort, à la suite d’une évaluation individuelle et proportionnée. Le recours à de longues listes mal étayées pour déterminer le risque de fuite normalise ce qui devrait rester une mesure exceptionnelle. La période de rétention de 24 mois — appliquée non pas pour des infractions pénales, mais pour une simple irrégularité administrative — est par ailleurs excessive et susceptible de constituer une atteinte au droit à la liberté. Si le règlement sur le retour semble considérer la migration irrégulière comme une question pénale, il n’offre pas les garanties procédurales qui se rattachent habituellement à cette branche du droit.

3.15.

Les États membres évalueront le risque de fuite — premier motif autorisant la rétention des personnes soumises à une décision de retour — sur la base d’une liste de critères qui, dans la pratique, peuvent manquer de clarté ou donner lieu à des abus, comme l’absence de lieu de résidence. Celle-ci peut en effet découler de pratiques discriminatoires dans l’accès au logement ou l’application du droit, et non de la volonté des personnes concernées.

3.16.

Le CESE se félicite du fait que les États membres soient tenus de mettre en place un mécanisme indépendant pour veiller au respect des droits fondamentaux lors des opérations d’éloignement. Le Comité s’inquiète néanmoins de voir que la proposition impose de nouvelles obligations pour les personnes faisant l’objet d’une décision de retour (comme une coopération active avec les autorités), sans renforcer en contrepartie les garanties juridiques ni assurer un accès effectif aux voies de recours, à une représentation juridique gratuite ou à un soutien psychosocial.

3.17.

Si le CESE salue la volonté de renforcer les programmes de retour volontaire et de réintégration, il précise néanmoins que ceux-ci nécessitent des investissements significatifs et une véritable coopération avec les pays d’origine. À cet égard, le CESE insiste sur le fait que la politique de retour ne peut reposer uniquement sur des incitations ou des pressions exercées sur les pays tiers, et que la coopération doit être fondée sur le respect des droits de l’homme, de l’état de droit et du développement durable.

3.18.

Bien que les États membres puissent accorder des délais minimaux différents aux personnes faisant l’objet d’une décision de retour pour quitter volontairement leur territoire, le maximum est fixé au niveau de l’Union à seulement trente jours, ce qui peut être trop court pour un processus logistique aussi complexe et lourd. Les personnes concernées doivent en effet tout à la fois prendre leurs dispositions pour les membres de leur famille qui restent, quitter leurs proches, s’acquitter de leurs obligations professionnelles, résilier leur contrat de bail et renoncer à leurs engagements au sein de la société, puis se préparer à retourner dans leur pays d’origine.

3.19.

En conclusion, le CESE reconnaît l’importance d’œuvrer à un système commun en matière de retour plus efficace, plus cohérent et plus juste. Cet objectif ne saurait toutefois être atteint au détriment des garanties juridiques, de l’accès à la protection internationale et des engagements de l’Union en matière de droits de l’homme. Le CESE recommande dès lors de renforcer les mécanismes de protection et de garantir le contrôle démocratique des procédures de retour, tout en avançant dans l’ouverture de voies migratoires légales et sûres vers l’Union européenne.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Voir le rapport d’évaluation du CESE sur l’Évaluation ex post du Fonds «Asile, migration et intégration» pour la période de programmation 2014-2020, adopté le 26.3.2025. Référence SOC/789-EESC-2024.

(2) Directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (JO L 348 du 24.12.2008, p. 9).

(3) Document de travail des services de la Commission — Document analytique accompagnant la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union, et abrogeant la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, la directive 2001/40/CE du Conseil et la décision 2004/191/CE du Conseil, SWD(2025) 250 final, p. 6.

(4) Dernières données en provenance des Statistiques sur la migration vers l’Europe (en anglais), DG Migration et affaires intérieures, Commission européenne.

(5) Document de travail des services de la Commission — Document analytique accompagnant la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union, et abrogeant la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, la directive 2001/40/CE du Conseil et la décision 2004/191/CE du Conseil, SWD(2025) 250 final.

(6) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil — «La stratégie de l’UE en matière de retour volontaire et de réintégration» [COM(2021) 120 final] (JO C 517 du 22.12.2021, p. 86).

(7) Voir la recommandation de politique générale no 16 de l’ECRI sur la protection des migrants en situation irrégulière contre la discrimination adoptée le 16 mars 2016, disponible à l’adresse https://rm.coe.int/recommandation-de-politique-generale-n-16-de-l-ecri-sur-la-protection-/16808b5b0c.

(8) https://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2025-08/cp250103fr.pdf.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/33/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)