Avis institutionnel52025AE1308

Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — L’union des compétences [COM(2025) 90 final] — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur un plan d’action en matière de compétences de base [COM(2025) 88 final] — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Un plan stratégique pour l’éducation dans les STIM: des compétences au service de la compétitivité et de l’innovation [COM(2025) 89 final]

CELEX52025AE1308
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 17 juillet 2025

Résumé IA

Cet avis du CESE approuve l'initiative de la Commission visant à créer une « Union des compétences », tout en formulant des recommandations pour renforcer son efficacité. Il souligne la nécessité de lutter contre les pénuries de main-d'œuvre par la formation tout au long de la vie, d'améliorer les compétences de base et de promouvoir l'éducation aux STIM, en insistant sur l'importance de la dimension sociale et de l'inclusion. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage sur les orientations politiques européennes en matière de formation professionnelle et d'emploi, pouvant influencer les futures réformes nationales et les critères d'éligibilité aux financements européens.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/5159

28.10.2025

Avis du Comité économique et social européen

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — L’union des compétences

[COM(2025) 90 final]

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur un plan d’action en matière de compétences de base

[COM(2025) 88 final]

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Un plan stratégique pour l’éducation dans les STIM: des compétences au service de la compétitivité et de l’innovation

[COM(2025) 89 final]

(C/2025/5159)

Rapporteures: Tatjana BABRAUSKIENĖ

Mariya MINCHEVA

Justyna Kalina OCHĘDZAN

Conseillers

Robert PLUMMER (pour la rapporteure du groupe I)

Agnès ROMAN (pour la rapporteure du groupe II)

Andrei FRANK (pour la rapporteure du groupe III)

Consultation

Commission européenne, 14.7.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

27.6.2025

Adoption en session plénière

17.7.2025

Session plénière no

598

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

113/00/00

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) souligne l’importance stratégique d’une éducation inclusive de haute qualité et d’une main-d’œuvre qualifiée, en tant que pierres angulaires de la compétitivité, de la cohésion sociale et du développement durable en Europe. Des réformes systémiques ambitieuses et des investissements dans une éducation et des systèmes de formation inclusifs de haute qualité sont requis pour relever les défis actuels, tels que les déficits et les inadéquations de compétences qui persistent, les pénuries de main-d’œuvre et la nécessité d’attirer les enseignants et les formateurs.

1.2.

Le CESE soutient l’ambition qui inspire l’union des compétences. Il insiste toutefois sur le fait que son succès est tributaire d’une gouvernance efficace et coopérative, d’un financement adéquat et d’une représentation inclusive des partenaires sociaux, des autorités nationales et d’autres parties prenantes, y compris les organisations de la société civile, les enseignants et les apprenants.

1.3.

En raison du retard pris par l’Europe en matière de prospérité, de productivité et d’innovation, il convient d’être plus ambitieux en ce qui concerne le développement de talents de classe mondiale dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) et l’intelligence artificielle (IA). Il importe de promouvoir l’inclusion et de lutter contre les stéréotypes de genre dans l’accès aux professions ainsi qu’à l’éducation et à la formation. Par conséquent, le CESE recommande de mettre au point et en œuvre des méthodes innovantes pour attirer les groupes sous-représentés, en particulier les femmes, également sous la forme d’initiatives d’action positive.

1.4.

La prochaine période de programmation doit prévoir un budget solide et ciblé pour l’éducation, la formation et le développement des compétences. Le CESE demande à la Commission et aux États membres de garantir une augmentation des investissements publics et une meilleure utilisation des fonds de l’Union pour renforcer les systèmes éducatifs à tous les niveaux.

1.5.

L’union des compétences doit être alignée sur l’espace européen de l’éducation et ancrée dans les principes du socle européen des droits sociaux, afin de s’assurer que chaque personne dispose du droit et de l’accès à une éducation et à des qualifications formelles inclusives et de haute qualité, qu’elle habite dans une zone urbaine ou rurale.

1.6.

Des écosystèmes de formation spécifiques au domaine sont nécessaires pour remédier aux pénuries persistantes de main-d’œuvre et de compétences, surtout dans des secteurs stratégiques tels que la fabrication numérique, l’hydrogène d’origine renouvelable, la cybersécurité et les professions liées à la transition écologique comme les monteurs en isolation, les spécialistes du chauffage, de la ventilation et de la climatisation, les installateurs de panneaux photovoltaïques, etc.

1.7.

Le CESE demande d’accroître la qualité, l’inclusivité, l’attractivité et l’efficacité de l’enseignement et de la formation professionnels (initiaux et continus) et de la formation des adultes, tout comme l’accès à ceux-ci, d’améliorer les offres d’aptitudes de base et de compétences clés pour tous, et de favoriser un accès plus inclusif à une reconversion et un perfectionnement professionnels efficaces et de qualité.

1.8.

Il convient d’accroître la transférabilité des compétences entre les États membres et l’osmose entre les parcours d’éducation et de formation, dans le respect des compétences des ministères, des partenaires sociaux et des parties prenantes concernées lorsqu’il s’agit de définir les qualifications et de reconnaître les professions, qu’elles soient réglementées ou non.

1.9.

L’Europe doit devenir plus attrayante pour les talents du monde entier. Pour cela, il faut rationaliser les formalités administratives, faciliter l’obtention des visas et prévoir des procédures accélérées pour les migrants qualifiés dans des secteurs stratégiques, tout en leur garantissant un accès égal et juste à l’emploi sur le marché du travail de l’Union.

1.10.

Des aides sur mesure pour les petites et moyennes entreprises (PME) sont essentielles. Au cœur des stratégies en matière de compétences, il faut prévoir des mesures ciblées pour les femmes et les personnes défavorisées dans le domaine de l’éducation et de la formation et sur le marché du travail, notamment pour augmenter leurs aptitudes de base et leurs compétences clés, y compris en matière de citoyenneté et de finance (1).

1.11.

Le CESE estime qu’il est nécessaire d’innover, notamment, dans le domaine de l’éducation, en raison de la numérisation en cours, qui a une incidence significative sur notre manière d’apprendre.

1.12.

Le CESE invite instamment la Commission à mettre sur la table des programmes distincts de l’Union à l’intention des enseignants et des formateurs, à consulter à cette fin les organisations professionnelles compétentes représentant les enseignants, à proposer des actions efficaces aux États membres pour accroître l’attractivité de ces professions en améliorant les conditions de travail, notamment en prévoyant des possibilités d’offrir des salaires intéressants, une évolution professionnelle et de la reconnaissance, tout en respectant dûment les compétences nationales, dont l’autonomie des partenaires sociaux. Ces mesures peuvent être soutenues par un futur programme Erasmus+, conçu conjointement avec les enseignants, qui tienne mieux compte de la nécessité d’améliorer l’accès à une plateforme multilingue de l’Union soutenant le perfectionnement professionnel continu reconnu pour tous les enseignants en matière de pédagogie, de leadership et de valeurs européennes, et favorisant la mobilité au sein de l’Union, en tant que perfectionnement professionnel continu reconnu.

1.13.

Il convient de remédier à la fragmentation de la gouvernance en ce qui concerne les politiques d’éducation et de formation. Le CESE propose de simplifier la gouvernance de l’espace européen de l’éducation en créant un comité consultatif de haut niveau pour l’éducation, en remplacement des groupes informels, qui se concentrerait sur les thématiques transversales et les questions spécifiques au secteur de l’éducation et rassemblerait tous les acteurs concernés, ainsi qu’un groupe consultatif sur la profession d’enseignant.

1.14.

Le CESE souligne qu’il est nécessaire de disposer de définitions plus claires, notamment de la formation des adultes, de critères de référence plus stricts (par exemple en matière de participation à la formation des adultes et d’acquisition d’aptitudes de base, avec un objectif en matière de compétences citoyennes) ainsi que de données et de statistiques fiables, comparables et ventilées par sexe et par âge.

1.15.

Les recommandations sur l’éducation et les compétences devraient être pleinement intégrées dans le processus du Semestre européen, et mettre dûment l’accent sur un apprentissage tout au long de la vie efficace et inclusif et sur des transitions équitables sur le marché du travail.

1.16.

Le soutien financier ou les subventions en faveur des employeurs et des travailleurs devraient être concentrés là où ils sont les plus nécessaires, et pourraient s’étendre d’incitations fiscales à une meilleure utilisation des marchés publics, dans le respect des conditionnalités sociales, afin d’améliorer les solutions telles que le financement ciblé.

1.17.

La maîtrise de l’intelligence artificielle devrait être reconnue comme une compétence clé, et intégrée dans des stratégies plus larges d’apprentissage tout au long de la vie. Les politiques éducatives devraient comprendre un volet consacré à la prévention des préjugés sexistes dans les algorithmes.

2. Observations générales

2.1.

Le CESE accueille favorablement l’initiative de la Commission européenne intitulée «L’union des compétences». La population européenne actuelle doit absolument être dotée d’un large éventail d’aptitudes et de compétences ainsi que d’une bonne compréhension de ses droits au sein de notre démocratie et du marché du travail.

2.2.

Le CESE approuve que l’initiative s’attache avant tout à stimuler la compétitivité, l’innovation et la continuité des activités, ainsi qu’à créer des emplois de qualité. La formation et le développement des compétences doivent aussi contribuer au progrès social et à la pérennité de la démocratie, à l’égalité de genre et à l’égalité d’accès à une éducation de qualité pour les habitants des zones rurales, quel que soit leur âge. Une main-d’œuvre qualifiée est un élément essentiel de la compétitivité. Il faut absolument que l’accès à la formation soit lié à la création d’emplois sûrs, bien rémunérés et pérennes, à des perspectives de carrière fondées sur des conditions de travail équitables et de solides protections sociales.

3. Principaux volets de l’union des compétences

Renforcer les compétences pour la vie courante grâce à un socle éducatif solide

3.1.

Les aptitudes de base sont essentielles à l’apprentissage tout au long de la vie, mais les difficultés scolaires représentent des défis pour l’enseignement professionnel, l’enseignement supérieur et les apprenants adultes. En outre, les programmes de formation professionnelle sont souvent mal adaptés à l’évolution rapide de la demande de compétences. Les politiques européennes doivent promouvoir la souplesse, tout en respectant les compétences nationales et l’engagement des partenaires sociaux et des parties prenantes.

3.2.

Les pénuries de main-d’œuvre qualifiée touchent tous les secteurs et les entreprises de toutes tailles, y compris les entreprises sociales, et entravent les opérations, la croissance et le progrès social. Les compétences, les qualifications, l’emploi, l’évolution de la nature du travail et le développement d’un marché du travail inclusif ont fait l’objet de multiples avis du CESE, lesquels conservent à ce jour toute leur pertinence (2).

3.3.

Pour réaliser pleinement son potentiel, l’union des compétences doit être conçue dans un cadre cohérent et ambitieux qui concilie les besoins stratégiques de l’économie avec les besoins et aspirations des individus, qui évoluent. Tout en respectant strictement les compétences nationales, le financement européen consacré à l’union des compétences se doit d’être coordonné, pour atteindre les objectifs généraux de l’Union.

3.4.

Le CESE a souligné qu’une attention particulière devrait être accordée aux personnes, travailleurs et demandeurs d’emploi peu qualifiés et âgés, provenant tant des régions rurales qu’urbaines.

3.5.

À mesure que la double transition écologique et numérique (3) transforme la société, une approche globale du développement des compétences devrait aller au-delà du savoir-faire technique pour inclure les aptitudes transversales et les compétences clés, en se concentrant sur les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie, des arts et des mathématiques, qui sont essentiels pour les qualifications formelles, mais aussi pour l’engagement civique actif. Il convient de mettre davantage l’accent sur les compétences entrepreneuriales à tous les niveaux d’enseignement, ainsi que sur le renforcement de la culture financière.

3.6.

Les politiques éducatives devraient également tenir compte de la santé mentale, de l’hygiène informatique ainsi que de l’identification et de l’élimination des préjugés que peuvent avoir les algorithmes, dans toute la mesure nécessaire pour prévenir la violence dans le monde virtuel, notamment envers les femmes, les membres de la communauté LGBTQI, les migrants et d’autres groupes défavorisés, en respectant également la législation nationale en vigueur à ce sujet.

3.7.

Le CESE souligne l’importance d’encourager davantage de femmes à suivre des études liées aux STIM, pour améliorer l’acquisition de compétences dans ces domaines en Europe. Il est essentiel de s’attaquer aux stéréotypes sexistes et de mieux communiquer sur les possibilités de carrière que procurent des études dans les domaines des STIM, éventuellement en prenant la perspective plus large des sciences, des technologies, de l’ingénierie, des arts et des mathématiques, comme l’a envisagé le Centre commun de recherche (4).

3.8.

Le CESE se félicite qu’une attention accrue soit accordée à l’amélioration de la qualité dans les secteurs européens de l’éducation supérieure et de la recherche, ainsi que de l’accès à ceux-ci. Il souligne l’importance d’une évolution de carrière équitable pour le personnel académique, y compris pour les chercheurs qui sont au début de leur parcours professionnel.

Perfectionnement et reconversion professionnels pour garantir des compétences tournées vers l’avenir

3.9.

Au sein de l’Union, seuls 39,5 % des adultes prennent part annuellement à des activités de formation, un chiffre inférieur à l’objectif du socle européen des droits sociaux. Il est essentiel de disposer de statistiques précises. Les États membres ont besoin de données ventilées par sexe et par âge pour accroître la portée de l’orientation gratuite et de qualité en matière de carrière et de formation, tout au long de la vie professionnelle, ainsi que pour l’améliorer. Elles sont tout aussi essentielles pour valider l’apprentissage non formel et informel afin de reconnaître les divers parcours de développement des compétences. Une attention particulière doit être accordée à la formation des jeunes et à la formation intergénérationnelle. Le CESE recommande de mener un débat ouvert au sujet de la recommandation du Conseil sur l’orientation tout au long de la vie et de renouveler l’engagement en faveur de la validation et de la reconnaissance de l’apprentissage non formel et informel.

3.10.

Le CESE note que l’accès au perfectionnement et à la reconversion professionnels est inégal au sein des entreprises. Il estime que l’union des compétences est un outil essentiel pour mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux et permettre à chacun, y compris aux travailleurs et aux demandeurs d’emploi, comme aux employeurs, de consacrer le temps et les ressources nécessaires à la formation. Il convient de se concentrer davantage sur les écosystèmes de formation spécifiques à différents secteurs, tels que la fabrication numérique, l’hydrogène d’origine renouvelable, la cybersécurité et les professions liées à la transition écologique comme les monteurs en isolation et les spécialistes du chauffage, de la ventilation et de la climatisation. En outre, la transition de l’éducation au marché du travail est de plus en plus longue et incertaine, rendant indispensable la mise en œuvre complète de la garantie pour la jeunesse.

3.11.

Le CESE reconnaît qu’il faut que l’union des compétences reflète la responsabilité partagée des gouvernements, des partenaires sociaux, des services publics de l’emploi, des prestataires de formation à but non lucratif et de l’industrie en matière de perfectionnement et de reconversion professionnels. Le soutien accordé aux fonds de formation des partenaires sociaux et les subventions à l’intention des employeurs doivent être ciblés, pour se concentrer là où ils sont les plus nécessaires. Il peut notamment s’agir d’incitations fiscales et d’une amélioration des marchés publics, tout en respectant les conditions sociales qui régissent l’augmentation du financement ciblé qui s’ajoute à celui de l’Union en matière de compétences.

3.12.

Le projet pilote de garantie de compétences, les comptes de formation individuels, la microcertification et le perfectionnement dans le domaine des STIM au moyen de stages intensifs ouvrent des perspectives intéressantes. Le CESE plaide en faveur d’un élargissement de l’accès à la formation, surtout dans les secteurs menacés de restructurations et de réductions d’effectifs.

3.13.

Le CESE souligne le rôle d’un soutien ciblé au moyen des initiatives mentionnées en faveur des groupes défavorisés sur le plan socio-économique, au moyen de subventions pour leur participation à la formation, ainsi qu’en faveur des femmes dans les secteurs où il existe des inégalités entre les genres.

3.14.

Il est nécessaire de soutenir les PME pour y favoriser le développement de la formation et de politiques de mise en valeur du capital humain. Il serait important de promouvoir la mise en commun des ressources des PME confrontées à des difficultés spécifiques pour remplacer les travailleurs pendant leur formation. Les formations non formelles et informelles dispensées sur le lieu de travail au sein des PME doivent aussi absolument être reconnues. Les entités de l’économie sociale sont également confrontées à des défis spécifiques et ont besoin de soutien pour que leur politique de formation et de développement du capital humain soit mieux à même de les relever.

Circulation des personnes qualifiées et répartition des compétences afin de libérer tout le potentiel du marché unique

3.15.

L’éducation et la formation relèvent principalement des attributions nationales, les exigences en matière de compétences et de qualifications étant actualisées dans le cadre d’un dialogue avec les partenaires sociaux. Les alliances entre écoles européennes, les diplômes européens d’enseignement et de formation professionnels, les centres d’excellence professionnelle, les diplômes européens d’enseignement supérieur et d’ingénierie ainsi que la promotion des compétences du domaine des STIM dans le cadre de la classification européenne des aptitudes, compétences, certifications et professions (ESCO) devraient viser à renforcer les systèmes éducatifs nationaux tout en respectant les rôles des acteurs nationaux dans leur développement.

3.16.

Les qualifications sont essentielles pour la reconnaissance de la formation et la mobilité. Il est crucial de maintenir des normes de qualité et de simplifier la reconnaissance des qualifications professionnelles, que les professions soient réglementées ou non. Les États membres devraient éviter de créer des obstacles à la mobilité de la main-d’œuvre, comme des exigences administratives excessives. La Commission européenne pourrait quant à elle faciliter l’apprentissage mutuel en matière de reconnaissance grâce à des activités entre pairs.

3.17.

En ce qui concerne l’initiative sur la transférabilité des compétences, il est essentiel de respecter le rôle des partenaires sociaux s’agissant de définir les exigences en matière de qualifications qui s’appliquent aux professions réglementées, ainsi que les processus de recrutement, et d’analyser les compétences non réglementées. Le CESE estime que cette initiative a du potentiel, et appelle les gouvernements, les partenaires sociaux et les parties prenantes à poursuivre les discussions, à envisager d’élargir la liste des professions réglementées automatiquement reconnues et à créer des cadres communs de formation au titre de la directive 2005/35/CE du Parlement européen et du Conseil (5), en s’attaquant aux obstacles à sa mise en œuvre.

Attraction et rétention des talents des pays tiers pour remédier aux pénuries de compétences et développer les meilleurs talents en Europe

3.18.

L’attraction de talents dans l’Union doit être soutenue par un processus de simplification des formalités administratives, de facilitation de l’obtention des visas et de procédures accélérées pour les migrants qualifiés dans des secteurs stratégiques, tout en leur garantissant un accès égal et juste à l’emploi sur le marché du travail de l’Union. Ce constat vaut aussi pour les chercheurs. À cet égard, le CESE attend avec intérêt de pouvoir commenter la future stratégie de l’UE relative à la politique des visas. Les programmes de formation en vue de recrutements (train to hire programmes) pourraient offrir un soutien précieux aux employeurs pour trouver les compétences dont ils ont besoin. La migration circulaire peut aussi constituer un outil utile pour éviter la fuite des cerveaux (6).

Investissement dans l’éducation et les compétences

3.19.

Le CESE convient du fait que «financer l’éducation et l’acquisition de compétences est un investissement — pas un coût». Toutefois, les contraintes budgétaires de l’Union, qui limitent la capacité des États membres à augmenter leurs dépenses publiques, mettent en péril un financement adéquat de l’éducation et de la formation.

3.20.

Le programme ambitieux de l’union des compétences devrait être soutenu par un solide budget de l’Union, qui renforce le programme Erasmus+ et le Fonds social européen plus (FSE+) dans la prochaine période de programmation, associé à une évaluation de l’utilisation équitable des fonds de l’Union et coordonné avec le Semestre européen. Le Fonds européen de développement régional (FEDER) devrait en outre être renforcé pour permettre des investissements stratégiques dans l’apprentissage formel, non formel et informel et la numérisation, conformément à l’engagement d’investir 1,3 milliard d’EUR dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les compétences numériques dans le cadre du programme pour une Europe numérique.

3.21.

L’éducation doit toujours être principalement financée sur les deniers des pouvoirs publics, et gérée par ces derniers, afin de garantir un accès équitable et de préserver sa mission essentielle, qui consiste à préparer les apprenants non seulement à entrer sur le marché de l’emploi, mais aussi à participer de façon significative à la société. Le futur programme Erasmus+ devrait mieux tenir compte des besoins des partenaires sociaux et des parties prenantes concernés.

Gouvernance

3.22.

Le CESE plaide en faveur d’une réflexion approfondie sur la structure de gouvernance de l’union des compétences. En ce qui concerne les mécanismes de gouvernance aux niveaux européen, national et sectoriel, l’union des compétences reconnaît l’importance de promouvoir le dialogue social à tous les échelons, afin de donner une forme concrète au développement des compétences grâce à la négociation collective, aux fonds de formation, aux services d’orientation et à la mise en adéquation des emplois et des compétences. Toutefois, il se présente l’occasion de clarifier plus avant la manière dont les partenaires sociaux et les parties prenantes concernées seront activement associés à la gouvernance de ces initiatives.

3.23.

Le CESE prend note du débat d’orientation au sein du Conseil «Éducation» au sujet de la gouvernance de l’union des compétences et de l’espace européen de l’éducation, lors duquel des craintes ont été exprimées concernant le morcèlement de la gouvernance en matière d’éducation et de formation, et surtout le rôle des groupes ministériels informels, auxquels les parties prenantes ne sont pas associées. Il défend une approche collaborative de la politique d’éducation, et souligne ce faisant la nécessité de concevoir des programmes de formation cohérents au regard des informations obtenues au sujet du marché du travail et des compétences. Le CESE précise que le comité consultatif tripartite pour la formation professionnelle (CCFP) est essentiel pour assurer une représentation équilibrée dans les discussions avec la Commission européenne sur l’enseignement et la formation professionnels. Sans méconnaître la valeur du conseil européen à haut niveau sur les compétences et du groupe exécutif européen dans le domaine des STIM, il souligne l’importance d’une prise de décision inclusive qui associe les gouvernements, les partenaires sociaux, les éducateurs, les praticiens et la société civile afin de prendre en compte les besoins économiques et sociaux.

3.24.

En outre, le CESE insiste sur la nécessité d’élaborer les politiques de l’Union en se fondant sur la recherche afin de définir des concepts tels que «formation des adultes», de fixer des critères de participation à ces activités de formation, et de faire en sorte de disposer de statistiques fiables. Il exprime son inquiétude quant à la proposition de l’union des compétences relative à la recherche centralisée sur les compétences dans le cadre d’un observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences. Il prévient que cette mesure ne saurait entraver la gouvernance tripartite du Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) ou sa mission de soutien aux politiques de l’Union en matière de formation professionnelle, de compétences et de qualifications.

3.25.

Le CESE soutient le projet de la Commission de proposer une nouvelle recommandation sur l’éducation et les compétences dans le cadre du Semestre européen. Comme il l’a déjà affirmé précédemment (7), le renforcement des compétences ainsi que la mise en œuvre effective du droit à l’apprentissage tout au long de la vie et de l’accès à celui-ci doivent faire partie intégrante des stratégies déployées plus largement au service de la croissance économique et des plans pour la reprise et la résilience.

4. Plan d’action pour les compétences de base

4.1.

Le plan reconnaît dûment les lacunes en matière d’accès des adultes aux compétences numériques et aux autres aptitudes essentielles. De plus, les parents doivent absolument participer au développement des compétences de base des plus jeunes. Il convient d’améliorer l’accès de tous les enfants, et surtout de ceux qui ont besoin de développer leurs compétences et aptitudes, aux dispositifs d’éducation et d’accueil de la petite enfance (8).

4.2.

Le CESE accueille favorablement les nouveaux objectifs fixés par le plan d’action en matière de compétences de base, mais précise qu’aucun objectif nouveau n’a été prévu en matière de compétences citoyennes, même si elles sont désormais considérées comme des aptitudes de base. La Commission européenne doit élaborer un indicateur qui évalue la participation des apprenants à des cours liés à l’éducation à la citoyenneté (9) ou fixer un objectif en matière de compétences de citoyenneté de base, conformément au cadre européen pour les compétences clés personnelles, sociales et la capacité d’apprendre à apprendre (LifeComp), qui devra être porté au même niveau que les objectifs définis dans les domaines de la lecture et de l’écriture, des mathématiques (y compris la culture financière), des sciences et du numérique.

4.3.

Le CESE est favorable à la proposition de créer une boîte à outils pour les compétences de base dans le cadre des apprentissages afin de fournir des orientations pratiques aux établissements d’enseignement et de formation professionnels et aux employeurs. Il est favorable à l’association des enseignants, des formateurs, des apprentis, des employeurs et des syndicats à l’élaboration de cette initiative, pour faire en sorte qu’elle réponde aux besoins des apprentis, et soutient la mise en œuvre effective des conventions collectives et de la recommandation du Conseil du 15 mars 2018 relative à un cadre européen pour un apprentissage efficace et de qualité.

4.4.

Le CESE se félicite du fait que le texte contienne davantage de références aux aptitudes numériques, mais estime qu’il convient absolument de mettre davantage l’accent sur le bien-être dans ce cadre, et d’encourager un usage responsable des technologies qui trouve un juste équilibre entre une surexposition aux outils numériques et une adaptation saine aux transitions numériques. Le Comité demande que les outils numériques soient utilisés de façon plus responsable au cours du parcours d’études et de formation.

4.5.

Il est essentiel de garantir un système de gouvernance cohérent et une forte participation des partenaires sociaux et des services publics, afin d’améliorer l’accès des adultes à la formation et de toucher réellement les personnes peu qualifiées. Les espaces d’apprentissage communautaires proposés dans la communication sur l’union des compétences peuvent être développés grâce aux centres communautaires d’apprentissage tout au long de la vie du Cedefop.

5. Plan stratégique pour l’enseignement des STIM

5.1.

Le CESE se félicite de l’intention de mettre en œuvre le plan stratégique pour l’enseignement des STIM au moyen de la coordination stratégique des réformes et des investissements, ainsi qu’en mettant davantage l’accent sur les STIM dans le suivi des réformes du Semestre européen en matière d’éducation et de compétences. Les écarts de productivité et de capacité d’innovation de l’Union (10) nécessitent en effet un nouveau niveau d’ambition et d’action, si nous voulons cultiver les meilleurs talents dans le domaine des STIM et l’entrepreneuriat, mais aussi favoriser le développement industriel de classe mondiale au sein de l’Union, surtout dans des secteurs comme l’IA, les semi-conducteurs, la cybersécurité, les sciences de la vie, les chaînes de blocs, les technologies propres, les biotechnologies ou la fabrication avancée.

5.2.

Il convient de mener des actions à long terme pour lutter contre les stéréotypes et les préjugés sexistes, et d’accroître la sensibilisation, afin d’attirer davantage de personnes, et surtout des femmes, dans le domaine des STIM. Les campagnes auprès du grand public et le partage des bonnes pratiques sont des outils essentiels à cet effet. Comme le précise le plan stratégique pour l’enseignement des STIM, pour atteindre les objectifs ambitieux qui ont été fixés, il sera crucial que davantage de femmes s’engagent dans l’étude des STIM.

5.3.

Le CESE estime qu’il convient de redoubler d’efforts pour accroître le prestige et la valeur sociale de l’enseignement et de la formation professionnels afin de les rendre plus attrayants, plus inclusifs et plus innovants, notamment en renforçant les aptitudes de base et les compétences clés dans leurs programmes initiaux. Cette mesure est essentielle pour soutenir la compétitivité et l’innovation dans l’Union, alors que l’on escompte que celle-ci se réindustrialise.

5.4.

Pour accroître l’attrait de l’enseignement et de la formation professionnels initiaux auprès des étudiants et de leurs parents, il faut continuellement repenser les compétences essentielles de la vie courante comme apprendre des langues, apprendre à apprendre, participer à la vie civique, travailler en équipe et se montrer créatif. L’enseignement et la formation professionnels devraient attirer tous les apprenants ainsi que les meilleurs enseignants et formateurs. Il est crucial de promouvoir l’inclusion, de lutter contre les stéréotypes sexistes et de garantir un accès égal pour tous aux métiers. L’efficacité des mesures dépend de la coconception de l’enseignement et de la formation professionnels dans le cadre des politiques sociales et de l’emploi, surtout en ce qui concerne la qualité des postes auxquels ces diplômes donnent accès.

5.5.

Le CESE se réjouit de la proposition de programme européen pour les enseignants et les formateurs. Il appelle de ses vœux une stratégie globale qui protège l’autonomie professionnelle et la liberté académique, et permet aux éducateurs de faire usage de leur expertise et de promouvoir l’innovation. Des salaires compétitifs, des conditions de travail durables et des investissements adéquats dans l’éducation sont essentiels pour attirer et retenir des professionnels qualifiés. L’accès à une formation initiale de qualité des enseignants et des possibilités de perfectionnement professionnel actualisées en permanence, organisées idéalement pendant les heures de travail, sont indispensables pour permettre aux enseignants de s’adapter à l’évolution des besoins en matière d’éducation. Le Comité demande instamment la mise en place d’un futur programme Erasmus+ qui aborde la nécessité d’améliorer l’accès à une plateforme multilingue de l’Union soutenant le perfectionnement professionnel continu reconnu pour tous les enseignants en matière de pédagogie, de leadership et de valeurs européennes, et favorise la mobilité au sein de l’Union, en tant que perfectionnement professionnel continu.

5.6.

Le CESE souligne le rôle important que jouent les services publics de l’emploi, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les autres parties prenantes concernées pour aider les adultes, et surtout les demandeurs d’emploi, les jeunes sans emploi qui ne suivent ni études ni formation, et les femmes à développer des aptitudes de base et des compétences dans le domaine de STIM. Il met aussi en exergue les actions menées par les entreprises en matière de sensibilisation et d’orientation, pour aider les travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs migrants devraient bénéficier du même accès à ces mesures. Ces aspects pourraient être renforcés davantage dans les initiatives actuelles.

5.7.

Le plan stratégique pour l’enseignement des STIM doit être bénéfique pour les employeurs, et refléter l’évolution des besoins de chaque personne, en particulier les travailleurs et les demandeurs d’emploi, ainsi que ceux de la société dans son ensemble. Le plan doit promouvoir la reconversion et le perfectionnement professionnels inclusifs. Le renforcement des capacités pour les actions dans le domaine des STIM au sein des pays concernés par l’élargissement de l’Union et des pays prioritaires doit prévenir la fuite des cerveaux tout en favorisant la rétention des talents, l’égalité d’accès à la formation, et la mobilité des travailleurs au sein des régions et entre les zones urbaines et rurales et en associant les entreprises et les syndicats.

5.8.

Le CESE insiste sur l’inclusion de la maîtrise de l’intelligence artificielle dans le développement des compétences au sens plus large. L’IA est source de nouvelles possibilités et de nouveaux risques, de sorte que chacun doit en comprendre l’incidence et participer activement à sa conception et à sa mise en œuvre. La maîtrise de l’intelligence artificielle devrait faire partie de la formation dispensée par les services publics de l’emploi et sur les lieux de travail. Pour s’assurer que tout le monde bénéficie de l’IA, il convient d’associer les entreprises, les syndicats, la société civile et les autres parties prenantes. Des lignes directrices et des réglementations éthiques claires sont cruciales pour protéger les droits et prévenir l’utilisation abusive des données.

Bruxelles, le 17 juillet 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Action 7 — Donner aux citoyens les moyens d’agir grâce à l’éducation financière — Commission européenne: https://finance.ec.europa.eu/capital-markets-union-and-financial-markets/capital-markets-union/capital-markets-union-2020-action-plan/action-7-empowering-citizens-through-financial-literacy_en.

(2) Voir notamment: JO C 146 du 27.4.2023, p. 15; JO C 237 du 6.7.2018, p. 8; JO C 14 du 15.1.2020, p. 60; JO C 14 du 15.1.2020, p. 46; JO C 286 du 16.7.2021, p. 20; JO C 10 du 11.1.2021, p. 40; JO C 286 du 16.7.2021, p. 27; JO C 429 du 11.12.2020, p. 210; JO C 194 du 12.5.2022, p. 34; JO C 105 du 4.3.2022, p. 128; JO C 290 du 29.7.2022, p. 109; l’étude de l’observatoire du marché du travail (OMT) sur le thème « Le travail de demain: assurer l’apprentissage et la formation des salariés tout au long de la vie » (2022) https://www.eesc.europa.eu/en/our-work/publications-other-work/publications/work-future-ensuring-lifelong-learning-and-training-employees.

(3) Y compris le renforcement de la résilience dans le domaine de l’eau.

(4) Centre commun de recherche (2025), « STEM and STEAM education, and disciplinary integration: a guide to informed policy action »: https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/JRC141438.

(5) Directive 2005/35/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la pollution causée par les navires et à l'introduction de sanctions en cas d'infractions (JO L 255 du 30.9.2005, p. 11).

(6) Train de mesures sur la mobilité des talents.

(7) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Encourager l’évolution du marché du travail: comment préserver l’aptitude à l’emploi, stimuler la productivité et renforcer les compétences, en particulier parmi les petites et moyennes entreprises» (avis d’initiative) ( JO C 146 du 27.4.2023, p. 15).

(8) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de recommandation du Conseil établissant une garantie européenne pour l’enfance [COM(2021) 137 final] et sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Stratégie de l’UE sur les droits de l’enfant» [COM(2021) 142 final] ( JO C 374 du 16.9.2021, p. 58).

(9) Selon la recommandation du Conseil du 22 mai 2018 relative aux compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE), «les compétences citoyennes sont la capacité à agir en tant que citoyens responsables et à participer pleinement à la vie civique et sociale, en se fondant sur la compréhension des notions et structures sociales, économiques, juridiques et politiques, de l’évolution de la situation mondiale et du développement durable».

(10) Une boussole pour la compétitivité de l’UE: https://commission.europa.eu/document/download/10017eb1-4722-4333-add2-e0ed18105a34_en?filename=Communication_1.pdf.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5159/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)