Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité européen des régions — Plan d’action industriel en faveur du secteur automobile européen [COM(2025) 95 final]
| CELEX | 52025AE1374 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 16 juillet 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/5158 | 28.10.2025 |
Avis du Comité économique et social européen
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité européen des régions — Plan d’action industriel en faveur du secteur automobile européen
[COM(2025) 95 final]
(C/2025/5158)
Rapporteur:
Gonçalo LOBO XAVIER (PT - groupe I)Corapporteur:
Guido NELISSEN (BE - catégorie 2)| Consultation | Commission européenne: 13.5.2025 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Commission consultative des mutations industrielles |
| Adoption en section | 10.7.2025 |
| Adoption en session plénière | 16.7.2025 |
| Session plénière no | 598 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 186/4/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) reconnaît l’importance capitale de l’industrie automobile en tant que pilier stratégique de l’économie européenne, tant du point de vue de l’emploi que de la valeur ajoutée industrielle, et souligne la nécessité de garantir au secteur un avenir compétitif et durable. |
| 1.2. | Le Comité soutient les objectifs climatiques du pacte vert pour l’Europe ainsi que la transition vers une mobilité à émissions nulles, et précise que cette transformation doit s’accompagner de mesures sociales et économiques fortes pour éviter d’exacerber les inégalités entre les régions et les groupes sociaux au sein de l’Union. |
| 1.3. | Le CESE plaide en faveur d’une stratégie européenne globale en vue d’une transition équitable et compétitive dans le secteur automobile, reposant sur des investissements dans les compétences, l’innovation, les infrastructures et l’économie circulaire, avec une attention particulière pour les petites et moyennes entreprises (PME). |
| 1.4. | Le Comité estime que le dialogue social et la participation active des travailleurs seront essentiels à la réussite du processus de transformation et demande d’accroître le soutien à la négociation collective, à l’information et à la consultation des travailleurs et au dialogue sectoriel, dans une démarche constructive. |
| 1.5. | Le CESE souligne la nécessité de soutenir les régions les plus touchées et les travailleurs les plus vulnérables, en particulier dans les PME et les réseaux de sous-traitance dans de nombreux États membres, au moyen de programmes de reconversion professionnelle ciblés, d’investissements publics et privés et de la mobilisation de fonds de l’Union. |
| 1.6. | Le CESE demande instamment à la Commission européenne de garantir l’équilibre entre la stabilité et la cohérence réglementaires et une flexibilité ciblée, notamment dans des domaines tels que les objectifs en matière d’émissions de CO2 et les carburants durables, et d’accroître d’urgence l’autonomie stratégique s’agissant des matières premières critiques, afin de favoriser la planification à long terme et de conserver la confiance de l’industrie. |
| 1.7. | Le CESE souligne également l’importance d’une stratégie industrielle coordonnée au niveau européen pour relever les défis structurels auxquels l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement automobile est confrontée, comme la dépendance à l’égard des matières premières critiques, la concurrence déloyale de la Chine en ce qui concerne les systèmes d’importation directe de véhicules mais aussi de production, et les tensions géopolitiques qui affectent les chaînes d’approvisionnement. |
| 1.8. | Le Comité recommande d’accélérer le déploiement de l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques, en garantissant une couverture uniforme dans toutes les régions de l’Union afin d’éviter des disparités dans l’accès à la mobilité durable. |
| 1.9. | Le CESE souligne l’importance d’investir dans l’éducation et la recherche et le développement (R&D), en particulier dans les technologies des batteries et les logiciels automobiles, afin de rétablir la position de chef de file de l’Europe dans ces domaines clés. |
| 1.10. | Le CESE demande l’harmonisation des normes et réglementations relatives aux véhicules autonomes et connectés, afin de promouvoir le test et le déploiement de ces véhicules sur la voie publique et de garantir la sécurité et la confiance des consommateurs. |
| 1.11. | Le Comité promeut la diversification des partenariats commerciaux et le renforcement des relations avec les pays tiers en vue de réduire la dépendance à l’égard de certains marchés et de renforcer la résilience du secteur. |
| 1.12. | Le CESE recommande la mise en place de programmes de soutien ciblés à l’intention des PME du secteur automobile afin de leur faciliter l’accès aux financements, à l’innovation et aux marchés internationaux et, comme évoqué, de promouvoir les programmes de formation et de reconversion professionnelles. |
| 1.13. | Le programme d’action ne portant que sur le secteur en amont, le CESE plaide pour un programme d’action destiné au secteur en aval, le marché de l’après-vente ayant lui aussi un rôle important à jouer dans la décarbonation des transports et faisant face aux mêmes défis que les autres maillons de la chaîne de valeur automobile. |
| 1.14. | Enfin, le CESE appelle à une meilleure coordination et à un meilleur échange des bonnes pratiques de l’ensemble des initiatives en faveur de l’électrification du secteur des transports, qu’elles soient financières ou non (comme les «villes intelligentes»). |
2. Les défis à venir
| 2.1 | Pendant de nombreuses décennies, l’industrie automobile de l’Union européenne, mue par une ingénierie de premier ordre et une main-d’œuvre hautement qualifiée, a connu un formidable succès. Elle compta parmi les secteurs les plus performants de la seconde révolution industrielle et devint un acteur mondial de premier plan, pourvoyeur d’emplois et de croissance économique. |
| 2.2 | Aujourd’hui encore, l’industrie automobile et sa longue chaîne d’approvisionnement restent un atout essentiel du tissu industriel européen. Le secteur automobile se trouve également au cœur des transitions numérique et écologique. Il emploie quelque 3,5 millions de personnes (soit plus de 11 % de l’emploi dans l’industrie manufacturière européenne), dont 2,4 millions dans la production automobile directe et parmi les équipementiers, et le reste dans d’autres secteurs tels que la chimie et les textiles. La production de véhicules s’accompagne d’un vaste écosystème situé en aval, qui emploie pas moins de 4,5 millions de personnes dans les domaines de l’entretien, des réparations, des concessions, des stations-service et du contrôle technique. L’industrie automobile investit énormément dans la recherche et le développement (R&D), puisqu’elle y consacre pas moins de 15 % de sa valeur ajoutée brute, ce qui représente 32 % du total des dépenses de R&D dans l’Union, et a affiché un excédent commercial considérable de 89,3 milliards d’EUR en 2024. Des bouleversements guettent cependant le secteur, qui fait face à une transformation profonde. Le monde occidental a atteint son «pic automobile», alors que de nouveaux venus (en provenance de la région Asie-Pacifique, des États-Unis et du secteur des technologies de l’information) accaparent de manière agressive des parts de marché au détriment des acteurs établis. Les tensions géopolitiques se font croissantes et perturbent les chaînes d’approvisionnement ainsi que le commerce international. Les technologies automobiles évoluent à un rythme jamais vu, tandis que les modèles d’entreprise numériques déstabilisent le marché de l’après-vente. |
Quatre grandes tendances caractériseront l’avenir du secteur:
| a) | De la mondialisation à la régionalisation: la tendance générale à la mondialisation observée ces dernières décennies stagne sous l’effet des tensions géopolitiques, des mesures protectionnistes et du raccourcissement des chaînes d’approvisionnement, la Chine devenant le cœur de la croissance des véhicules électriques et des batteries. Ces évolutions rendent les stratégies de mondialisation plus difficiles à mettre en place et favorisent une tendance à la production locale. |
| b) | De l’humain à l’intelligence artificielle: l’augmentation du nombre de systèmes avancés d’aide à la conduite nous mène tout droit vers des voitures autonomes à la demande, une tendance qui reposera sur les technologies de l’intelligence artificielle. |
| c) | Du matériel au logiciel: la conception des voitures reposera de plus en plus sur des plateformes logicielles, et les fonctionnalités qui en découlent devraient devenir le principal critère d’achat. La numérisation du marché de l’après-vente (tant son organisation que la manière d’entretenir les véhicules) s’inscrit elle aussi dans cette évolution. |
| d) | Des véhicules à moteur à combustion interne aux véhicules électriques: la part croissante des véhicules électriques sur le marché entraîne des changements structurels tout au long de la chaîne de valeur, notamment en ce qui concerne leur intégration dans le système énergétique. |
| 2.3. | Afin de relever ces défis uniques en leur genre, la Commission européenne a présenté, le 5 mars 2025, son plan d’action industriel en faveur du secteur automobile européen, qui s’appuie sur des initiatives telles que le parcours de transition pour la mobilité et le rapport Draghi, et se fonde sur les résultats du dialogue stratégique sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. Avec pas moins de 41 mesures, ce plan se veut très complet. De nombreux instruments proposés n’en étant encore qu’au stade d’annonces et d’intentions, sa mise en œuvre exigera un engagement résolu de la part des décideurs et des parties prenantes à tous les niveaux. La manière dont l’industrie s’adaptera à la transformation rapide du paysage automobile sera elle aussi déterminante. |
3. La numérisation: la voie vers le prochain paradigme automobile
| 3.1. | Le secteur automobile passe du matériel au logiciel et de la mécanique à l’électronique. Les données et l’innovation fondée sur celles-ci ne cessent de gagner en importance et peuvent apporter des avancées majeures sur le plan de l’efficacité et de la durabilité: conduite automatisée, plus grande efficacité de la logistique et de l’ensemble de la chaîne de valeur, optimisation des processus (de production), maintenance prédictive avec jumeaux numériques et numérisation du processus de fin de vie. C’est pourquoi les entreprises spécialisées dans le numérique et les technologies s’intéressent de plus en plus à l’écosystème de la mobilité. Les constructeurs automobiles traditionnels font par ailleurs face à la nécessité d’investir dans la technologie des logiciels automobiles, qui transforme l’industrie et aboutira, à terme, à l’avènement de véhicules connectés et autonomes ayant recours à l’intelligence artificielle. |
| 3.2. | Si l’industrie automobile européenne est leader de la recherche et du développement de manière générale, elle reste à la traîne dans le domaine plus spécifique des technologies de l’information et de la communication. Les grands acteurs du numérique et les nouveaux venus sur le marché européen ne sont par ailleurs pas assez nombreux par rapport à ceux des États-Unis et de la Chine, respectivement. Tout cela a des répercussions sur la position de chef de file de l’Union européenne dans le secteur. |
| 3.3. | L’industrie automobile européenne doit faire de la transformation numérique un atout concurrentiel. Afin de combler l’écart actuel en matière de R&D dans le domaine des technologies de l’information et de la communication et de libérer le plein potentiel de la mobilité connectée et automatisée, l’Union devrait:
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4. L’essor de la mobilité propre
| 4.1. | En 2023, les véhicules électriques représentaient 22,3 % des nouvelles immatriculations en Europe (14,6 % pour les véhicules électriques à batterie et 7,7 % pour les véhicules hybrides rechargeables). Les principaux défis à leur égard sont leur prix relativement plus élevé, la capacité insuffisante du réseau, le bas niveau de rentabilité des modèles à batterie, les préoccupations quant à leur réparabilité, leur faible valeur résiduelle (du fait de la rapidité des évolutions technologiques) et une infrastructure de recharge répartie de manière inégale. Les fabricants et fournisseurs d’équipements d’origine européens s’appuient par ailleurs dans une large mesure sur la technologie transitoire des véhicules hybrides rechargeables, dont les perspectives à long terme sont plus limitées que celles des véhicules électriques à batterie. |
| 4.2. | De l’avis du CESE, l’Union doit favoriser la transition vers une mobilité propre en:
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5. Réussir la transition de la main-d’œuvre
| 5.1. | La transformation des processus de production et des chaînes d’approvisionnement aura des répercussions profondes sur la structure de l’emploi de l’industrie automobile. Elle risque de faire augmenter le chômage dans les régions spécialisées dans la production automobile et de faire disparaître les PME de la chaîne d’approvisionnement des véhicules à moteur à combustion interne. Les véhicules électriques à batterie nécessitent en effet moins de main-d’œuvre, car ils contiennent moins de composants que les véhicules à moteur à combustion interne. De plus, la demande en voitures de manière générale stagne, ce qui va engendrer une baisse de la demande en travailleurs spécialisés dans la métallurgie et les machines. En 2024, l’outil de veille sur les restructurations d’entreprises d’Eurofound a recensé quelque 104 annonces de restructuration touchant pas moins de 94 597 travailleurs, dont 35 000 rien que chez Volkswagen. |
| 5.2. | Dans le même temps, l’industrie automobile fait face à une pénurie de main-d’œuvre disposant de compétences numériques, à tous les niveaux. De nouveaux emplois seront créés dans la chaîne de valeur de l’électromobilité (électronique, batteries, réseaux, services de mobilité, technologies numériques, intelligence artificielle), mais probablement à d’autres endroits, à d’autres moments et pour des compétences totalement différentes. |
| 5.3. | Pour éviter d’abandonner tous ces travailleurs à leur sort et permettre la transformation de l’industrie automobile, des plans de soutien ciblés et à grande échelle doivent être élaborés dans le but d’aider les travailleurs à s’adapter aux nouvelles technologies et d’assurer une transition harmonieuse d’un emploi à un autre pour toutes les personnes concernées. Cette question revêt une importance capitale si l’on souhaite éviter des tensions sociales et maintenir la stabilité politique. |
| 5.4. | Pour préparer la main-d’œuvre aux transformations écologique et numérique du secteur, le CESE juge important:
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6. La compétitivité
L’industrie automobile de l’Union fait face à des défis sans précédent en matière de compétitivité. Alors que les équipementiers européens ont longtemps compté sur la Chine en tant que moteur de leur croissance, les exportations vers le pays ont baissé tandis que les importations depuis celui-ci continuent d’augmenter (y compris les importations de constructeurs automobiles occidentaux qui produisent en Chine). L’Union affiche également un déficit commercial de plus en plus marqué en ce qui concerne les pièces et les composants. Les droits de douane imposés par Donald Trump mettent par ailleurs en péril les exportations européennes de 750 000 voitures vers les États-Unis. L’industrie automobile américaine bénéficie en outre des avancées des grandes entreprises technologiques en matière d’intelligence artificielle, de conduite autonome et de connectivité. De plus, les constructeurs automobiles européens ont mis plus de temps que la plupart de leurs concurrents chinois pour passer aux technologies des véhicules électriques, tandis que le Japon et la Corée du Sud se sont rapidement forgé une avance au niveau de la technologie des batteries.
Pour finir, l’écosystème automobile européen reste fortement dépendant des pays tiers pour des composants et des technologies essentiels tels que les batteries, les semi-conducteurs, les terres rares et les infrastructures numériques critiques.
| 6.1. | Pour rétablir la compétitivité de l’industrie automobile européenne, il sera important de prendre des mesures en matière:
|
Bruxelles, le 16 juillet 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5158/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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