Avis institutionnel52025AE1394

Avis du Comité économique et social européen — Comment une approche de prévention active et inclusive peut-elle contribuer à améliorer la santé et la sécurité sur le lieu de travail — Un objectif zéro décès? (avis exploratoire à la demande de la présidence danoise du Conseil de l’UE)

CELEX52025AE1394
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Cet avis exploratoire du CESE, sollicité par la présidence danoise, examine comment une approche de prévention active et inclusive peut contribuer à l'objectif "zéro décès" sur les lieux de travail. Il propose des pistes pour renforcer la culture de prévention, notamment via une meilleure participation des travailleurs et une adaptation aux risques émergents. Pour un professionnel du droit français, ce texte préfigure les orientations politiques futures de l'UE en matière de santé et sécurité au travail, pouvant influencer l'évolution du cadre réglementaire national.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/22

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Comment une approche de prévention active et inclusive peut-elle contribuer à améliorer la santé et la sécurité sur le lieu de travail — Un objectif «zéro décès»?

(avis exploratoire à la demande de la présidence danoise du Conseil de l’UE)

(C/2026/22)

Rapporteure:

Nicoletta MERLO

Conseillers

Kris De Meester (pour le groupe I)

Károly György (pour la rapporteure)

Consultation par la présidence

danoise du Conseil de l’UE

Lettre du 7 février 2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Avis exploratoire

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

3.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

178/2/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE recommande à l’Union européenne et à ses États membres de veiller à assurer la protection de la santé et de la sécurité sur le lieu de travail (SST) et la prévention des risques connexes pour toutes les personnes sur le lieu de travail conformément à la directive-cadre sur la SST, quels que soient la forme de leur contrat de travail, l’intitulé de leur emploi ou leur parcours de formation. Cette protection prévoit un niveau minimal mais complet de bien-être physique, mental et social sur le lieu de travail. Afin d’en garantir l’efficacité et la pertinence, il convient de compléter ces normes au moyen de démarches ciblées et flexibles, telles que les conventions collectives à l’échelle de la branche ou de l’entreprise, les codes de conduite et les accords bilatéraux entre les partenaires sociaux, qui tiennent compte des risques, des structures et des réalités opérationnelles propres aux différents secteurs et formes de travail, également dans la perspective d’associer, conformément aux règles en vigueur, les travailleurs et leurs représentants. En outre, les mesures de prévention doivent prendre en compte toutes les personnes présentes sur le lieu de travail, y compris à celles qui participent de manière indirecte aux activités productives.

1.2.

Le CESE recommande de renforcer la coopération et la responsabilité partagée de toutes les parties prenantes, en particulier des partenaires sociaux, afin d’assurer une gestion efficace de la SST. Il est essentiel de faire participer activement les représentants des travailleurs et de promouvoir le dialogue social au niveau de l’entreprise. Une formation inclusive et, dans la mesure du possible, une formation associant conjointement les personnes chargées par l’entreprise de la SST et les représentants des travailleurs, ainsi que le partage des connaissances, devraient donner à toutes les parties les moyens de prendre conscience des risques et de les gérer, que ceux-ci soient déjà connus ou émergents, notamment ceux liés à la numérisation et aux nouvelles formes de travail.

1.3.

Le CESE rappelle combien il importe d’évaluer les risques de manière exhaustive et de prendre ce faisant en compte l’ensemble des risques professionnels physiques et psychosociaux auxquels les travailleurs sont exposés. Ces risques peuvent être liés aux nouveaux modèles de travail et aux défis environnementaux. Il convient d’intégrer aux stratégies de SST orientées sur la prévention les événements liés au climat, tels que les vagues de chaleur, les inondations et les perturbations hydrogéologiques.

1.4.

Le CESE prend acte de l’approche adoptée dans certains États membres, où les accidents survenus sur le chemin du travail sont reconnus comme des accidents du travail, afin que les assurances les couvrent. Compte tenu de la diversité des définitions et classifications qui prévaut dans l’Union, le CESE souligne qu’il importe d’envisager des mesures appropriées au niveau national, en vue d’améliorer tant les stratégies de prévention que la qualité et la comparabilité de la collecte des données, et il encourage la Commission et les États membres à étudier les moyens de promouvoir des approches plus cohérentes en matière d’accidents survenus sur le chemin du travail.

1.5.

Le CESE souligne que pour la SST des jeunes, il est capital d’allier formation et expérience professionnelle. Les établissements d’enseignement devraient fournir des informations ou des formations générales en matière de santé et de sécurité, tandis que les employeurs devraient dispenser une formation spécifique pour l’emploi exercé, en particulier lors des périodes d’apprentissage et de stage. Il est nécessaire de favoriser une culture de la sécurité afin de faire progresser la prise de conscience par les employeurs et les travailleurs de leur obligation de veiller à leurs propres sécurité et santé au travail, ainsi qu’à celles des autres personnes concernées par leurs actions ou leurs omissions au travail. En outre, il est nécessaire de veiller à l’adoption d’une approche qui tient compte de la dimension de genre dans le cadre de la formation et des pratiques sur le lieu de travail, de sorte à mettre en œuvre des mesures de prévention inclusives et adaptées, en prenant en considération les risques spécifiques et différents auxquels sont confrontés les hommes et les femmes.

1.6.

Le CESE recommande d’adapter les politiques en matière de SST aux tendances lourdes de la démographie, et de prêter ce faisant une attention particulière au vieillissement de la main-d’œuvre, puisque garantir des conditions de travail saines à tous les groupes d’âge contribue à maintenir l’employabilité, favorise le vieillissement actif et renforce le lien entre la santé au travail et la santé publique. À cet égard, il met en relief l’importance des travaux qu’est en train de mener le comité consultatif pour la sécurité et la santé sur le lieu du travail (ACSH) sur la reconnaissance des nouvelles maladies professionnelles.

1.7.

Le CESE recommande de procéder à intervalles réguliers à des évaluations de la mise en œuvre de l’acquis de l’Union européenne en matière de SST et, le cas échéant, à sa mise à jour en se fondant sur des données probantes afin de tenir compte de l’évolution des modes de travail. Réaliser l’objectif de la «vision zéro» nécessite une approche qui mêle de manière équilibrée lignes directrices, textes législatifs et leur application, et le cas échéant, adaptation aux nouvelles formes de travail, dans le but ultime de renforcer la santé et la sécurité sur tous les lieux de travail.

1.8.

Le CESE souligne qu’il importe d’intensifier les actions visant à faire respecter et appliquer les règles en vigueur en matière de SST, car il s’agit là d’une étape déterminante en vue de réaliser l’objectif «zéro décès». Pour ce faire, les services d’inspection du travail doivent disposer de ressources adéquates et d’un personnel de qualité, ainsi que d’un cadre juridique approprié et qui fonctionne bien dans le droit fil des directives de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les principes généraux de l’inspection du travail. Il convient également de soutenir les syndicats et les organisations patronales dans le rôle qu’ils tiennent pour suivre et diffuser les bonnes pratiques en matière de SST sur le lieu de travail et mettre en évidence les risques avant que ceux-ci ne conduisent à des accidents.

1.9.

Le CESE recommande d’utiliser de manière responsable les systèmes d’intelligence artificielle à des fins de prévention, de suivi des risques et de personnalisation des mesures préventives. Il est essentiel à cet égard de garantir la transparence, la confidentialité et l’intégrité des données, ainsi que remédier aux biais possibles. Pour ce faire, il est indispensable de renforcer les compétences qui permettent d’utiliser l’intelligence artificielle de manière éclairée, y compris sur le lieu de travail.

2. Observations générales

2.1.

Le CESE se félicite de l’intérêt éminent que porte la présidence danoise à la sécurité et à la santé au travail (SST), ainsi que de la demande d’avis exploratoire qu’elle lui a adressée sur la manière de faire avancer des stratégies actives et inclusives de prévention pour garantir à long terme des lieux de travail plus sûrs et plus sains, y compris en étudiant les bonnes pratiques de l’échelon national et les politiques qui y sont mises en œuvre, de sorte à faire de l’objectif «zéro décès» de l’Union européenne une réalité.

2.2.

Le dictionnaire européen des relations industrielles d’Eurofound fait valoir que dans le cadre de l’Union européenne, la santé et la sécurité sont loin de se limiter à éviter les accidents et à prévenir les maladies et visent à inclure l’ensemble des aspects du bien-être d’un travailleur. L’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont la même définition de la santé et de la sécurité au travail. Selon cette définition, les règles édictées en la matière visent à l’avancement et au maintien du degré le plus élevé de bien-être physique, mental et social des travailleurs dans tous les métiers. En résumé, la santé et la sécurité favorisent l’adaptation du travail à la personne et de chaque personne à ses tâches (1).

2.3.

La vaste perspective qui vient d’être esquissée requiert de mobiliser de multiples disciplines (2). Par conséquent, la SST devrait s’attacher avant tout au rapport direct entre les dangers qui se présentent sur le lieu de travail et leurs conséquences, telles que les blessures et les maladies professionnelles, en tenant compte également des mutations des milieux de travail et des nouveaux risques professionnels. Il est également besoin d’une prise de conscience accrue des effets des facteurs extérieurs au travail et à la SST — tels que les maladies chroniques, les conditions socio-économiques et les pandémies —, qui appellent une approche multidisciplinaire et nécessitent d’être évalués. Le lien qu’entretiennent le travail et le style de vie revêt une importance toute particulière; ainsi, des modes de vie sains, consistant entre autres à pratiquer une activité physique ou à veiller à la qualité de son alimentation, ont sans aucun doute des conséquences positives pour le travail; la réciproque est vraie, au sens où la satisfaction au travail a des effets positifs sur la vie privée. Cette approche exhaustive allie les évaluations des risques auxquelles il est d’usage de procéder et l’appréhension de la manière dont les facteurs professionnels et non professionnels interagissent et évoluent tout au long de la carrière d’une personne, et elle favorise en fin de compte le bien-être au sens plus large des travailleurs (3).

2.4.

À l’échelon de l’Union européenne, la directive-cadre sur la sécurité et la santé au travail (4) a pour objet la mise en œuvre des mesures visant à promouvoir l’amélioration de la sécurité et de la santé des travailleurs au travail. À cette fin, elle pose des principes généraux concernant la prévention des risques professionnels et la protection de la sécurité et de la santé, l’élimination des facteurs de risque et d’accident, l’information, la consultation, la participation équilibrée des travailleurs conformément aux législations et/ou pratiques nationales, la formation des travailleurs et de leurs représentants, ainsi que des lignes directrices générales pour mettre en œuvre lesdits principes (5). En outre, la directive-cadre s’applique à tous les secteurs d’activités, tant privés que publics, et les entreprises ont la responsabilité juridique de faire en sorte que les travailleurs et les personnes présentes sur leur lieu de travail restent en sécurité à tout moment. Pour ce qui est de la sous-traitance, les travailleurs des sous-traitants sont couverts par la SST dans le cadre de la relation de travail qui les lie à leur employeur, sachant que l’article 6, paragraphe 4, de ladite directive comprend des dispositions relatives à coopération entre employeurs lorsque plusieurs entreprises sont présentes dans un même lieu de travail. Le principe no 10 du socle européen des droits sociaux prévoit par ailleurs que «[l]es travailleurs ont droit à un niveau élevé de protection de leur santé et de leur sécurité au travail».

3. Observations particulières

3.1.

En 2022, il s’est produit dans l’Union européenne 2,97 millions d’accidents non mortels ayant entraîné au moins quatre jours civils d’absence du travail, ainsi que 3 286 accidents mortels, soit un ratio d’environ 905 entre les premiers et les seconds. Cette même année, trois accidents du travail non mortels sur dix (29,9 %) dans l’Union se sont produits sur des sites industriels. Toujours en 2022, plus d’un quart (27,4 %) des accidents du travail mortels dans l’Union ont été provoqués par la perte de maîtrise d’une machine, d’un outil ou d’un équipement de transport ou de manutention. Les types d’accidents du travail non mortels les plus fréquents dans l’Union sont causés par un stress physique ou mental (22,4 %) ou par une collision contre un objet stationnaire (21,6 %) (6).

3.2.

La directive-cadre sur la SST prévoit dans son champ d’application que la protection qu’elle procure dans son domaine et la prévention des risques englobent toutes les formes d’emploi, indépendamment du type de contrat de travail, de l’intitulé du poste ou des modalités de formation, et garantissent ce faisant que chaque travailleur bénéficie d’un niveau minimal de normes de sécurité et de santé et d’autres normes visant à contribuer à son bien-être social, mental et physique (c’est-à-dire portant sur «l’intégralité de sa personne»). Dans le même temps, il est possible de compléter cette protection par des approches adaptées, sous la forme par exemple d’accords bilatéraux entre les partenaires sociaux, y compris à l’échelle du secteur et de l’entreprise, et de codes de conduite, qui permettent de prendre en compte les besoins spécifiques des différents secteurs, organisations et profils de risque, également dans la perspective d’associer les travailleurs et leurs représentants conformément aux règles en vigueur. Dans l’optique de la «vision zéro», il conviendrait de viser à une approche inclusive qui prend en compte l’ensemble des personnes présentes sur le lieu de travail.

3.3.

Les principes directeurs de l’OIT (7) soulignent toute l’importance d’élaborer des lignes directrices pour les systèmes de gestion de la SST qui soient à la fois nationales et spécifiques, afin de tenir compte de la diversité des situations et des exigences qui se présentent sur tous les lieux possibles de travail, notamment les considérations liées à la taille des organisations et à la nature de leurs activités, et qui associent les travailleurs et leurs représentants syndicaux. En matière de prévention, un exemple de réussite est celui des «inspecteurs sociaux du travail» en Pologne, où ceux-ci jouent un rôle d’appui et d’appoint depuis les années 1950 (8).

3.4.

L’expérience acquise en Italie lors de l’application des dispositions prises pour lutter contre la pandémie constitue une bonne pratique car elle a montré qu’il est possible d’adapter efficacement des règles universelles aux circonstances particulières de chacun des différents lieux de travail, grâce à la négociation collective et à des comités paritaires, et elle a mis ce faisant en relief l’intérêt de pratiquer le dialogue social et l’importance de combiner une large protection et des mesures spécifiques au cas par cas.

3.5.

Pour une gestion efficace de la SST, il est fondamental de faire jouer la coopération et la responsabilité partagée de toutes les parties prenantes, en particulier des partenaires sociaux, ainsi que de s’assurer d’un dialogue social effectif sur la SST et d’associer conformément aux règles en vigueur les représentants des travailleurs à ces questions. Conformément à la législation européenne et nationale ou aux conventions collectives, les employeurs ont une obligation de garantir la sécurité sur le lieu de travail, mais prendre en charge les risques liés à la SST, notamment les nouveaux risques et leurs mutations, tels que ceux qui découlent de la transformation technologique et du changement climatique, exige d’en appeler à la responsabilité conjointe des pouvoirs publics, des services d’inspection, des syndicats et des travailleurs eux-mêmes. Il est indispensable de donner à tous les acteurs clés les moyens d’agir et, pour ce faire, de diffuser auprès d’eux les connaissances et les bonnes pratiques, de renforcer la participation active des représentants des travailleurs au niveau de l’entreprise, et d’assurer la formation de tous; aussi s’impose-t-il d’associer activement les travailleurs, les employeurs et les institutions publiques aux mesures aussi bien de prévention que de participation. La participation effective des représentants des travailleurs en matière de sécurité et la mise en place de comités sur la SST, là où les systèmes nationaux de relations de travail le prévoient, se sont avérés efficaces pour favoriser une coopération active des employeurs et des travailleurs afin d’instaurer un milieu de travail sûr et sain.

3.6.

En outre, les initiatives de formation se devraient d’être inclusives, et lorsque c’est possible, d’associer aussi bien les représentants de l’entreprise que ceux des travailleurs, ainsi que de permettre à toutes les parties d’être à même de discerner et de gérer les risques émergents, notamment ceux liés à la numérisation et à l’évolution des milieux de travail. Au Danemark, il existe des «dispositifs collaboratifs à l’échelon de la branche en faveur de la SST sur le lieu de travail» (BFA) qui, partiellement financés par les pouvoirs publics, rassemblent les représentants des employeurs et des travailleurs, font avancer des initiatives concrètes sur le lieu de travail, et proposent ce faisant des conseils et des outils pratiques afin d’améliorer la santé et la sécurité en fonction des besoins propres aux différents secteurs et milieux de travail.

3.7.

Relever les défis liés aux nouveaux modèles et milieux de travail nécessite d’évaluer les risques et d’adopter une approche exhaustive portant sur les risques aussi bien physiques que psychosociaux. Par exemple, l’exposition à des agents cancérigènes demeure une préoccupation majeure; ainsi, la feuille de route de 2016 relative auxdits agents (9) estimait à environ 120 000 le nombre de cas de cancer liés au travail chaque année dans l’Union. Il est également nécessaire et urgent de prendre systématiquement en compte les maladies professionnelles, notamment celles causées par les risques psychosociaux et les troubles musculo-squelettiques, et de concevoir et d’étoffer une liste des maladies professionnelles reconnues pour l’ensemble de l’Union. Il convient d’améliorer encore les outils modernes tels que l’évaluation interactive des risques en ligne (OIRA) (10), en particulier dans les secteurs des micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Les comités consultatifs pour la sécurité et la santé sur le lieu du travail devraient en permanence faire leurs les débats sur ces défis politiques.

3.8.

Le travail à distance, qu’il soit pratiqué à domicile, dans des espaces de travail collaboratif ou dans un autre État, ajoute de nouvelles dimensions à la nécessité de garantir la SST des travailleurs. À l’heure actuelle, on estime que dans l’Union européenne, quelque 12,3 % des travailleurs pratiquent le télétravail, tandis que les tendances les plus récentes indiquent que ce chiffre ne cesse d’augmenter, pour éventuellement s’élever à 15 % d’ici à 2025 (11). Puisque les milieux de travail englobent des espaces publics et les domiciles et mettent ainsi en évidence les nouveaux défis en matière de SST que posent les nouvelles formes de travail dont relève également le télétravail, que ce soit du point de vue de l’employeur ou du travailleur, par exemple en matière d’accès des employeurs ou de protection des données, il est nécessaire d’étudier l’opportunité d’adapter les politiques en matière de SST à ces nouvelles réalités, en tenant compte des pratiques nationales et en respectant le rôle et l’autonomie des partenaires sociaux. Selon une étude d’Eurofound (12), dans les États membres où ont été mises en place des mesures prévoyant le droit à la déconnexion, les données montrent que celles-ci ont un effet positif sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, sur la santé et le bien-être, ainsi que sur la satisfaction professionnelle d’ensemble.

3.9.

Le lien entre la SST et les problèmes environnementaux, tels que le changement climatique et les risques hydrogéologiques, ne cesse de gagner en importance et il est susceptible d’exposer les travailleurs à de nouveaux dangers sur leur lieu de travail, notamment des maladies, des blessures et un stress psychologique et physique liés à leur travail, qui pourraient donc nécessiter d’évaluer les risques de manière intégrée et d’adopter des mesures préventives.

3.10.

D’un État membre à l’autre, il n’existe pas de cohérence dans la catégorisation des accidents survenus sur le chemin du travail en tant qu’accidents du travail. Il importe toutefois d’envisager à cet égard des approches appropriées au sein des États membres, y compris à des fins de prévention et en vue d’améliorer la qualité et la comparabilité de la collecte des données. Le concept de «vision zéro» de l’UE en matière de sécurité routière peut également s’avérer utile pour réaliser les objectifs en matière de SST (13).

3.11.

Pour ce qui est des programmes de formation sur le lieu de travail destinés aux jeunes, tels que l’apprentissage et les stages, la formation en matière de santé et de sécurité devrait constituer une responsabilité conjointe des établissements d’enseignement et des employeurs. Ainsi, les écoles devraient se charger d’une information ou d’une formation générale à la santé et à la sécurité, tandis que les entreprises devraient fournir une formation spécifique pour l’emploi exercé. Faire prospérer une culture de la sécurité comme valeur fondamentale dès le début d’un parcours professionnel aide à s’assurer que tous les jeunes travailleurs sont armés pour identifier et gérer les risques sur leur lieu de travail. Cette culture de la sécurité devrait donner lieu à une prise de conscience accrue des employeurs et des travailleurs de leur obligation de veiller à leur sécurité et à leur santé au travail, ainsi qu’à celles des autres personnes concernées par leurs actions ou leurs omissions au travail. En outre, il convient de généraliser une approche qui tient compte de la dimension de genre aussi bien dans le cadre de la formation que des pratiques sur le lieu de travail, et de prendre acte ce faisant du fait que les hommes et les femmes peuvent être confrontés à des risques professionnels différents et requérir des mesures préventives adaptées, de sorte à garantir le caractère inclusif et l’efficacité des systèmes de SST à l’égard de tous les travailleurs, quel que soit leur genre.

3.12.

Pour garantir une vie professionnelle en bonne santé et faire effectivement le lien entre la santé dans le cadre du travail et les problèmes de santé publique au sens large, il est essentiel d’adapter la SST à la démographie de la main-d’œuvre, et en particulier à son vieillissement. Les réformes des systèmes de retraite et l’allongement de la vie active nécessitent de repenser le contenu des emplois et les conditions qui permettent aux travailleurs âgés de rester actifs et en bonne santé au travail. Les mesures de prévention en matière de SST doivent tenir compte de ces évolutions démographiques, et mettre ce faisant l’accent sur une approche fondée sur le cycle de vie qui s’attache en premier lieu à prévenir, à évaluer les risques en fonction de la capacité à travailler plutôt que de l’âge, ainsi qu’à adapter le lieu de travail pour répondre aux besoins individuels et à reconvertir professionnellement.

3.13.

Compte tenu des mutations rapides de l’organisation du travail et des formes d’emploi, il est essentiel d’évaluer à intervalles réguliers la mise en œuvre de l’acquis de l’Union européenne en matière de SST tel que le définissent les directives correspondantes, afin de s’assurer qu’il demeure pertinent et effectif. Il s’agit notamment d’évaluer la validité des règles en vigueur et d’envisager d’instaurer si nécessaire de nouvelles mesures fondées sur des données probantes. Il convient de porter une attention particulière aux nouveaux modèles de travail. Toutes ces démarches devraient concourir à l’objectif général d’améliorer la santé et la sécurité sur le lieu de travail.

3.14.

Une autre étape importante sur la voie de l’objectif «zéro décès» consiste à assurer le contrôle, le respect et l’application des réglementations en vigueur en matière de SST. Il s’agit notamment de fournir suffisamment de ressources et de personnel de qualité aux services d’inspection du travail, ainsi qu’un cadre juridique opérationnel approprié et qui fonctionne bien. En outre, les syndicats et les organisations patronales peuvent jouer un rôle pour suivre et faire connaître les pratiques en matière de SST.

3.15.

Afin d’analyser et de prévenir les accidents du travail, il a été mis en évidence plusieurs bonnes pratiques, qu’il est possible de mettre en commun et de promouvoir, à savoir notamment:

enregistrer et analyser les quasi-accidents (14) (y compris en collectant des données fiables qui permettent d’élaborer des politiques fondées sur des données probantes);

surveiller l’absentéisme et l’ambiance au sein de l’entreprise (15);

accroître le degré de participation active des travailleurs et de leurs représentants, et faire en sorte qu’ils assument leurs fonctions en matière de SST (16);

assurer, dès lors que la réglementation nationale le prévoit, la présence de comités paritaires sur la SST à l’échelon de l’entreprise, auxquels participent tant l’encadrement que les représentants élus des travailleurs (17);

former de manière appropriée les diverses parties en jeu (18), à savoir les différents acteurs au sein de l’entreprise: l’employeur, l’encadrement, les contrôleurs; les profils techniques: responsables des services de prévention et de protection et médecins du travail; ainsi que les travailleurs et leurs représentants; notamment sous la forme de certifications officielles de la formation en matière de SST et au moyen de sessions conjointes de formation et de brèves pauses-formations sur le lieu de travail;

recourir aux systèmes d’intelligence artificielle pour prévenir et suivre les risques, et pour personnaliser cette prévention (19). L’intelligence artificielle est à même de concourir de manière significative à définir les risques et les mesures de prévention et de protection qui en découlent, et à améliorer ce faisant l’efficacité et l’efficience du travail. Toutefois, au regard de possibles biais, il est essentiel de garantir la transparence, ainsi que la confidentialité et l’intégrité des données, conformément à la législation en vigueur. Pour ce faire, il est indispensable de renforcer les compétences qui permettent d’utiliser l’intelligence artificielle en connaissance de cause sur le lieu de travail. Sur cette question, nous renvoyons également à l’avis SOC/818, notamment à son paragraphe 2.5;

assurer la liaison avec les organismes de surveillance et de contrôle (20). À cet égard, le système des «inspecteurs sociaux» en Pologne constitue un exemple efficace de participation des représentants des travailleurs au travail de prévention, en soutenant les services d’inspection de l’État; et

collecter et diffuser les données en matière de SST à l’échelle de l’Union européenne et de ses États membres, y compris secteur par secteur.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Eurofound https://www.eurofound.europa.eu/en/publications/all/european-industrial-relations-dictionary-info-sheet.

(2) Notamment la médecine du travail, la santé publique, l’ingénierie industrielle, l’ergonomie, la chimie et la psychologie.

(3) Voir la page web correspondante du site internet de l’EU-OHSA (en anglais).

(4) Directive 89/391/CEE du Conseil, JO L 183 du 29.6.1989, p. 1.

(5) La directive prévoit en son article 5 non seulement que «[l]’employeur est obligé d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs dans tous les aspects liés au travail.» mais aussi que, sans préjudice des dispositions de son article 13 relatif aux obligations des travailleurs, «[l]es obligations des travailleurs dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail n’affectent pas le principe de la responsabilité de l’employeur.»

(6) Eurostat, Accidents at work — statistics on causes and circumstances («Données statistiques sur les causes et les circonstances des accidents du travail»).

(7) OIT, Principes directeurs concernant les systèmes de gestion de la sécurité et de la santé au travail, 15 mars 2022.

(8) Page relative à la Pologne de la base de données de l’OIT sur le droit du travail, la sécurité sociale et les droits de la personne (NATLEX).

(9) Une entreprise menée en continu depuis 2016 et relayée par les présidences du Conseil.

(10) Site internet de l’EU-OHSA consacré à l’OIRA.

(11) Site internet de Seastreammedia, Watrisse, R., The Evolution of Remote Work in Europe: 2024 and Beyond («Les évolutions du télétravail en Europe en 2024 et au-delà»), 16 avril 2024.

(12) Eurofound, Le droit à la déconnexion: mise en œuvre et incidence au niveau de l’entreprise.

(13) Commission européenne, Vers une «vision zéro» de l’UE en matière de sécurité routière.

(14) Site web de «Safety Matters Weekly», Near Miss Incidents, 9 novembre 2014; site web de Türk Loydu, Near-Miss Incidents and Proactive Approaches in Occupational Safety, 26 mars 2025; site web de Draeger Belgium NV, Near misses – a learning opportunity for working towards zero accidents; site web de Vatix, 35 Common Near Miss Examples in the Workplace, 27 mars 2024.

(15) Site web de Diversio, Tackling Workplace Absenteeism: Causes, Effects, and Solutions , 29 mai 2024; site web de NumberAnalytics, Managing Absenteeism: Best Practices , 25 mai 2025; site web de IceHrm, Best practices for managing absenteeism , 6 janvier 2025; site web de Access Group, 7 Ways To Effectively Reduce Absenteeism in the Workplace .

(16) Page web de l’EU-OSHA consacrée à la «Prise en main et participation des travailleurs».

(17) Page web de l’EU-OSHA consacrée au rapport technique Analysis of the findings of the European Survey of Enterprises on New and Emerging Risks on the effectiveness and support for worker representation and consultation on health and safety , 17 avril 2012; site web de WorkSafeBC, page Joint health & safety committees and worker health & safety representatives ; page web de SFM, Expert tips and best practices to make your safety committee thrive , 10 mars 2023; site web de EcoOnline, How to Set up Effective Health and Safety Committees .

(18) Site web de Training magazine, 10 Best Practices for an Effective Safety Training Program , 6 septembre 2022.

(19) Site web de l’EU-OSHA, rapport Artificial intelligence for worker management: implications for occupational safety and health , 2022.

(20) Site web de l’OIT, page « Comment gérer la SST? ».


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/22/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)