Avis institutionnel52025AE1425

Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — — Un plan d’action européen pour l’acier et les métaux [COM(2025) 125 final]

CELEX52025AE1425
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) émet un avis sur la communication de la Commission européenne relative à un plan d'action pour l'acier et les métaux. Il soutient l'objectif de renforcer la compétitivité et la décarbonation du secteur sidérurgique et métallurgique européen, tout en soulignant la nécessité de préserver l'emploi et de garantir des conditions de concurrence équitables face aux importations. Cet avis, bien que non contraignant, orientera les futures propositions législatives et mesures de soutien de l'Union européenne dans ce domaine stratégique.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/36

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions —

Un plan d’action européen pour l’acier et les métaux

[COM(2025) 125 final]

(C/2026/36)

Rapporteur:

Anastasis YIAPANIS (CY-III)

Corapporteur:

Michal PINTÉR (SK-Cat. 1)

Conseillers

Mihai Ivaşcu (pour le rapporteur du groupe III)

Bartosz Nienałtowski (pour le corapporteur de la catégorie 1)

Décision du bureau

21.1.2025

Consultation

Commission européenne, 13.5.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en section

10.7.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

95/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) exprime sa profonde préoccupation face à la crise à laquelle est confrontée l’industrie sidérurgique de l’UE et demande que des mesures urgentes soient prises pour rétablir la compétitivité, maintenir des emplois de qualité et stimuler les investissements dans la transition des secteurs de l’acier et des métaux. Ces mesures devraient répondre aux problèmes à court terme et faire l’objet d’un suivi attentif afin de permettre des ajustements là où cela s’avère nécessaire.

1.2.

Le CESE plaide notamment pour que l’on entreprenne les démarches propres:

a)

au dépôt urgent d’une nouvelle mesure commerciale globale visant à remplacer l’actuelle mesure de sauvegarde sur l’acier avant son expiration le 1er juillet 2026, couvrant tous les pays et tous les produits sidérurgiques touchés par une surcapacité mondiale, et recourant au système de contingents tarifaires lié à la part de marché des importations et à l’utilisation des capacités nationales, afin d’éviter de nuire aux utilisateurs en aval tout en préservant la viabilité du secteur;

b)

à l’introduction immédiate d’une règle «fondu et coulé» afin de lutter efficacement contre le contournement et d’améliorer la traçabilité de l’origine de l’acier, ainsi qu’à la suspension sélective de la règle du «droit moindre»;

c)

à la publication de la proposition législative sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), assortie de dispositions visant à conserver des quotas gratuits pour les exportations vers des pays tiers qui ne disposent pas d’engagements comparables en matière de climat. La proposition devrait établir des valeurs d’émissions par défaut solides afin de décourager la redistribution des ressources et de défendre les objectifs environnementaux du MACF, ainsi que d’étendre le champ d’application du MACF aux secteurs à forte intensité d’acier situés en aval;

d)

l’adoption rapide de la proposition omnibus I (1) visant à protéger les PME de charges administratives et coûts excessifs dans le cadre du MACF, tout en veillant à ce que les objectifs environnementaux et sociaux ne soient pas compromis;

e)

à ce que la Commission reconnaisse le rôle stratégique de la ferraille en tant que matière première secondaire et à proposer un système solide de surveillance des exportations de ce matériau. Ce dispositif devrait comprendre des mesures telles que des droits à l’exportation ou des contingents tarifaires afin de garantir l’approvisionnement intérieur, une application renforcée des règles contre les exportations illégales de déchets ferreux et l’intégration du recyclage de ces déchets dans la législation sur les produits en fin de vie;

f)

à l’adoption de dispositions de droit dérivé — dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les transferts de déchets — afin de garantir que seules les exportations de déchets vers des pays respectant des normes environnementales équivalentes à celles de l’UE soient autorisées;

g)

à une réforme structurelle du marché de l’électricité et une analyse d’impact complète des autres modèles de marché afin de transférer les avantages de coûts de l’électricité propre vers les ménages ainsi que vers les consommateurs industriels;

h)

à l’introduction, dans le cadre des aides d’État pour une industrie propre (CISAF), d’orientations spécifiques à l’intention des États membres sur la mise en œuvre de régimes temporaires d’allègement des prix de l’énergie pour les industries à forte intensité énergétique exposées au commerce international;

i)

à ce qu’il soit possible qu’une part prédéfinie de l’électricité subventionnée issue d’accords d’achat d’électricité (AAE) soit fournie à certaines industries à forte intensité énergétique moyennant une tarification à coût majoré, au moyen de nouvelles lignes directrices sur les AAE et les contrats d’écart compensatoire (CEC);

j)

à ce que la Commission donne la priorité aux utilisateurs industriels en matière d’accès à l’hydrogène en allouant des budgets sectoriels spécifiques dans le cadre des futures enchères de la Banque européenne de l’hydrogène, révise l’acte délégué sur l’hydrogène renouvelable afin de permettre une production nationale rentable et adopte rapidement un acte délégué sur l’hydrogène bas carbone. En outre, les critères relatifs à l’électricité verte devraient être assouplis afin de faciliter un déploiement plus rapide de l’hydrogène;

k)

à une proposition relative à des critères ambitieux en matière de résilience et de durabilité afin de renforcer la fabrication de produits propres dans l’UE — impliquant des emplois de qualité — dans le cadre de la loi sur l’accélération de la décarbonation industrielle;

l)

à ce que la Commission évalue les besoins d’investissement et de financement des industries sidérurgique et métallurgique et envisage un soutien financier accru et spécifique — accompagné de conditions d’ordre social lorsque c’est pertinent — notamment en réservant et en acheminant jusqu’aux secteurs concernés des ressources ressortissant du MACF, ainsi qu’en orientant les recettes du SEQE de l’UE vers le soutien de projets à l’échelle industrielle dans les secteurs de l’acier et des métaux, y compris par l’intermédiaire de la future banque de décarbonation industrielle;

m)

à la mise en place d’un Fonds pour une transition juste consacré aux industries à forte intensité énergétique, en mettant l’accent sur les programmes de perfectionnement et de reconversion professionnels et le soutien à la mobilité afin d’aider les travailleurs à passer d’une région et d’un secteur à l’autre;

n)

à une participation effective des partenaires sociaux à toutes les politiques de transition écologique, soutenue par des engagements clairs de promouvoir le dialogue social, la négociation collective et le respect des normes applicables en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail.

2. Observations générales

2.1.

Le 26 février 2025, la Commission a lancé le pacte pour une industrie propre et le plan d’action pour une énergie abordable. Ce pacte, qui comprend des mesures visant à renforcer la compétitivité des industries à forte intensité énergétique et du secteur des technologies propres, répond à l’urgence de soutenir la décarbonation des industries à forte intensité énergétique, de passer à l’énergie propre et de lutter contre les coûts élevés de l’énergie, la concurrence mondiale déloyale et la complexité des réglementations.

2.2.

Le CESE reconnaît les défis auxquels sont confrontés les secteurs sidérurgique et métallurgique; il s’agit notamment de la surcapacité mondiale et des pratiques commerciales déloyales qui compromettent l’égalité des conditions de concurrence, des coûts élevés de l’énergie, du risque de fuite de carbone, de la nécessité d’investir dans la décarbonation, ainsi que de l’importance de conserver les déchets métalliques à l’intérieur de l’Union européenne. Il note également que les industries européennes des métaux, qui représentent une part importante des émissions de gaz à effet de serre de l’UE, se sont engagées à atteindre les objectifs climatiques et environnementaux de l’Union. En outre, le CESE souligne la nécessité de protéger et de promouvoir des emplois industriels de qualité, étant donné que le secteur fournit des emplois directs et indirects à près de trois millions de travailleurs.

2.3.

La part de l’UE dans la production mondiale d’acier et de métaux a considérablement diminué au cours de la dernière décennie. La Chine, mais aussi l’Inde, d’autres pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et le Moyen-Orient ont considérablement augmenté leurs capacités de production, souvent soutenues par des subventions qui faussent le marché. Selon les données de l’OCDE, la surcapacité sidérurgique mondiale passera de 602 millions de tonnes en 2024 à 721 millions de tonnes d’ici à 2027 (2), soit plus de cinq fois la production annuelle d’acier de l’UE.

2.4.

Le CESE partage le point de vue de la Commission européenne selon lequel l’acier et les métaux sont essentiels pour l’économie, l’autonomie stratégique et la transition écologique et numérique de l’UE ainsi que pour sa défense. Par exemple, un char de combat contient 50 à 60 tonnes d’acier de haute qualité et un système d’artillerie autopropulsé jusqu’à 100 tonnes; 3 tonnes d’aluminium sont nécessaires pour fabriquer un avion de combat (3). Dans le contexte géopolitique actuel, il est essentiel de garantir une chaîne d’approvisionnement stable et résiliente pour ces matériaux.

2.5.

La surcapacité mondiale, les faibles marges bénéficiaires, les coûts élevés de l’énergie, un marché réticent à payer une prime pour les produits verts et des financements insuffisants entravent les investissements dans la décarbonation. Le CESE souligne que des mesures urgentes sont nécessaires pour éviter de nouvelles fermetures d’usines, des pertes d’emploi et le déclin de l’industrie dans toute l’Europe et pour faire en sorte que les industries sidérurgique et métallurgique puissent continuer à répondre aux besoins des secteurs stratégiques tels que la défense et les technologies propres.

2.6.

Le secteur de l’aluminium a définitivement perdu une part importante de sa capacité de production européenne, avec plus de 50 % de la production primaire à l’arrêt depuis 2021. Dans le même temps, la production d’acier de l’UE est passée de 160 millions de tonnes en 2017 à 126 millions de tonnes en 2023. Le taux actuel d’utilisation des capacités sidérurgiques est d’environ 65 %: cette situation n’est pas soutenable, dans la mesure où les industries à forte intensité de capital requièrent un taux d’utilisation des capacités supérieur à 85 % pour rester compétitives (4).

2.7.

S’appuyant sur le dialogue stratégique sur l’acier qui s’est tenu avec la présidente de la Commission européenne le 4 mars 2025, le CESE soutient le plan d’action européen sur l’acier et les métaux proposé par la Commission, mais souligne qu’une action immédiate est nécessaire. Depuis des années, le Comité plaide en faveur d’un soutien spécifique aux secteurs de l’acier et des métaux, et l’UE ne peut pas se permettre de nouveaux retards. Bien que le plan d’action constitue un pas dans la bonne direction, le Comité souligne qu’il est urgent de présenter des propositions législatives assorties d’un calendrier spécifique (en particulier en ce qui concerne la défense commerciale et les prix de l’énergie), compte tenu de la situation géopolitique actuelle. Il demande instamment à la Commission européenne d’aller au-delà d’une perspective à moyen et long terme et de prendre de toute urgence des mesures de portée immédiate visant à préserver l’avenir du secteur et à faire face à la crise économique et sociale à laquelle il est confronté.

3. Garantir l’accès des industries métallurgiques à une énergie propre et abordable

3.1.

Le CESE reconnaît l’intention de la Commission de réduire les coûts de l’énergie pour les consommateurs les plus durement touchés, en particulier les industries à forte intensité énergétique, au moyen des mesures prévues dans le plan d’action pour une énergie abordable. Il souligne que, si ce plan d’action comprend des mesures positives visant à réduire les coûts liés aux redevances de réseau, il repose principalement sur des mesures nationales, l’intégration du marché, et des accords d’achat et de stockage d’électricité, lesquels s’inscrivent dans le moyen à long terme.

3.2.

Le CESE souligne qu’en l’absence de mesures supplémentaires, les coûts de l’énergie pourraient entraver la compétitivité des industries sidérurgique et métallurgique à court terme, étant donné que ces coûts représentent une part importante des coûts de production. Le CESE note qu’en 2025, les prix de l’énergie restent plus élevés que les niveaux historiques et sont deux à trois fois plus importants dans l’UE qu’aux États-Unis (5), tandis que les prix du gaz naturel sont près de cinq fois supérieurs à ceux des États-Unis (6). Des mesures urgentes à court terme sont donc nécessaires pour rétablir la compétitivité et débloquer les investissements dans la décarbonation.

3.3.

Le CESE demande instamment à la Commission de mettre en œuvre des mesures plus solides pour réduire les prix de l’énergie, ainsi qu’un cadre clair pour une électricité industrielle compétitive. Il regrette dès lors que la Commission n’ait pas proposé de section consacrée aux coûts élevés de l’énergie dans le projet d’encadrement des aides d’État à l’industrie propre récemment publié. La dépendance à l’égard de la flexibilité de la demande, des subventions ou des allègements fiscaux temporaires n’est pas viable à long terme. La Commission devrait donc évaluer le cadre réglementaire actuel pour les marchés de l’électricité et procéder à une analyse d’impact approfondie, comportant une évaluation des modèles d’organisation du marché dits «de substitution», afin de mieux garantir que tant les ménages que les consommateurs industriels puissent jouir d’une électricité à des prix abordables, conformément au pacte pour une industrie propre.

3.4.

Le CESE estime également qu’il est essentiel que l’encadrement des aides d’État à l’industrie propre comporte une section contenant des lignes directrices à l’intention des États membres sur la conception de mesures d’allègement des prix de l’énergie pour les industries à forte intensité énergétique exposées au commerce international. Ces mesures devraient servir d’outils temporaires pour permettre une consommation d’énergie abordable à court terme.

3.5.

Les futures lignes directrices de la Commission sur les AAE et les CEC devraient permettre qu’une part prédéfinie de l’électricité subventionnée provenant des AAE soit fournie, moyennant des coûts de production majorés, à des industries spécifiques grandes consommatrices d’énergie et exposées à la concurrence internationale.

3.6.

Bien que le plan d’action européen pour l’acier et les métaux propose que les utilisateurs industriels bénéficient d’un meilleur accès à l’hydrogène, les références aux initiatives existantes sont insuffisantes pour garantir une expansion rapide et abordable de l’hydrogène pour les secteurs de l’acier et des métaux. Le CESE plaide dès lors en faveur de mesures visant à soutenir l’achat d’hydrogène dans les secteurs à forte intensité énergétique, conformément au principe de hiérarchisation des priorités prévu à l’article 3, paragraphe 6, du train de mesures révisé sur la décarbonation de l’hydrogène et du gaz, par exemple au moyen de budgets sectoriels pour les industries à forte intensité énergétique lors des futures enchères de la Banque de l’hydrogène. Il recommande également de revoir l’acte délégué sur l’hydrogène renouvelable — afin de favoriser une production nationale rentable d’hydrogène renouvelable — et d’adopter dans les plus brefs délais un acte délégué sur l’hydrogène bas carbone.

4. Prévenir les fuites de carbone

4.1.

Le CESE convient que les échappatoires recensées par la Commission dans le pacte pour une industrie propre et dans le plan d’action pour l’acier et les métaux pourraient compromettre l’efficacité du MACF s’agissant de prévenir les fuites de carbone et d’atteindre ses objectifs environnementaux. Le Comité appelle de ses vœux une proposition législative rapide dans le cadre du réexamen du MACF afin d’inclure des mesures spécifiques visant à prévenir les fuites de carbone dans les exportations, sous la forme du maintien de quotas gratuits pour les exportations des secteurs couverts par le MACF vers des pays tiers qui n’ont pas d’objectifs climatiques comparables pour leurs industries sidérurgiques nationales, afin de maximiser l’efficacité du MACF. La proposition devrait également fixer des valeurs d’émissions par défaut appropriées pour garantir l’intégrité environnementale du MACF, décourager les pratiques de redistribution des ressources et étendre le champ d’application du MACF, tel que défini à l’annexe I du règlement qui l’institue, afin de couvrir les secteurs à forte intensité d’acier situés en aval, tout en préservant la compétitivité des PME en adoptant rapidement la proposition Omnibus I.

4.2.

Compte tenu de l’évolution récente des politiques et des incertitudes concernant les principaux investissements stratégiques visant à produire de l’acier à faible intensité de carbone en Europe, le cadre d’action de l’UE pour lutter contre les fuites de carbone devra être réévalué afin d’offrir une sécurité aux entreprises envisageant d’investir dans la décarbonation. Si le mécanisme s’avère ne serait-ce que partiellement inefficace, le CESE recommande à la Commission de revoir la trajectoire de suppression progressive des quotas gratuits dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE).

5. Promouvoir et protéger les capacités industrielles européennes

5.1.

La répercussion de la surcapacité mondiale menace la viabilité de la production d’acier et de métaux dans l’UE. Le CESE souligne que les droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium imposés par les États-Unis le 12 mars 2025 exacerbent encore la crise actuelle en restreignant l’accès au marché de l’UE et en exerçant une pression croissante sur les exportations mondiales d’acier et de métaux détournés des États-Unis vers l’UE. Le CESE met en garde contre les graves conséquences pour l’économie de l’UE au sens large, y compris les industries clés en aval.

5.2.

L’UE a récemment achevé un réexamen de la mesure de sauvegarde existante sur l’acier. Bien qu’il reconnaisse le travail accompli par la Commission, le CESE regrette que les ajustements opérés ne répondent pas efficacement aux défis auxquels est confronté le secteur sidérurgique de l’UE, en particulier la pression intense exercée sur les importations dans des segments tels que l’acier inoxydable, ou l’absence d’alignement des contingents sur la nouvelle situation du marché. Le CESE note également que la mesure de sauvegarde devrait expirer le 1er juillet 2026.

5.3.

Le CESE se félicite de l’annonce de la Commission concernant la mise en œuvre d’une nouvelle mesure commerciale destinée à remplacer le régime de sauvegarde actuel et à offrir un niveau de protection hautement efficace contre les effets commerciaux négatifs des surcapacités mondiales. L’efficacité de la mesure dépendra de la manière dont elle est conçue: elle doit être complète et couvrir tous les produits sidérurgiques et tous les pays exportateurs dans lesquels existe une surcapacité mondiale. À l’instar de la mesure de sauvegarde existante, la nouvelle mesure devrait prendre la forme d’un contingent tarifaire afin d’éviter des coûts supplémentaires pour les utilisateurs d’acier ainsi que des pénuries d’approvisionnement, de même qu’elle devrait être calibrée en subordonnant les parts de marché des importations à des niveaux durables d’utilisation des capacités nationales. Le CESE demande instamment à la Commission de présenter sans délai la proposition afin d’éviter des détournements de trafic induits par les droits de douane généraux de 25 % sur l’acier imposés par les États-Unis et de veiller à ce que le nouveau régime soit pleinement opérationnel bien avant l’expiration de la mesure de sauvegarde, le 1er juillet 2026.

5.4.

Le CESE se félicite que la Commission ait annoncé qu’elle envisagerait de lancer une enquête de sauvegarde sur l’aluminium.

5.5.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel le contournement croissant sape les mesures de défense commerciale. Il souligne que l’introduction d’une règle «fondu et coulé» — qui permettrait à la Commission d’identifier le pays d’origine d’un bien comme étant le lieu où le métal a été fondu à l’origine, quel que soit le lieu de transformation ultérieure — constituerait une réponse efficace aux contournements et réduirait le nombre d’enquêtes commerciales. Cette mesure peut être mise en œuvre rapidement et est alignée sur les obligations existantes en matière de preuve au titre des sanctions imposées à la Russie.

5.6.

Le CESE souligne que la levée de la règle du «droit moindre» renforcerait l’efficacité des instruments de défense commerciale dans des cas spécifiques, en particulier à l’encontre des exportations chinoises. La suspension de cette règle serait une mesure très efficace, compatible avec les règles de l’OMC.

6. Promouvoir la circularité des métaux

6.1.

Le CESE reconnaît que la circularité reste une voie importante pour la décarbonation des industries des métaux. Le recyclage des déchets contribue à réduire la dépendance à l’égard des matières premières primaires importées, y compris des matières premières stratégiques et critiques. Le CESE recommande d’orienter les investissements vers le renforcement et l’expansion des infrastructures de recyclage de l’UE, en garantissant un accroissement de la transformation des métaux recyclés à l’échelle nationale afin de renforcer l’économie circulaire au sein de l’UE.

6.2.

Les producteurs de pays tiers paient des prix plus élevés pour la ferraille en raison de leurs normes environnementales moins strictes et de l’absence de coûts réglementaires, ce qui entraîne une diminution de la disponibilité de ferraille d’acier et de métal dans l’UE, tandis que d’autres pays, tels que la Chine, mettent en œuvre des stratégies délibérées afin de s’approvisionner en ferraille d’aluminium dans l’UE. Le CESE regrette que les exportations de ferraille aient plus que doublé ces dernières années, tandis que celles de débris d’aluminium devraient dépasser 1,3 million de tonnes (7).

6.3.

Le CESE se félicite dès lors de la reconnaissance de la ferraille en tant que matière première secondaire stratégique dans le plan d’action pour l’acier et les métaux, en raison de son importance pour la transition vers une économie circulaire à faible intensité de carbone ainsi que pour les économies d’énergie. Au troisième trimestre 2025, la Commission devrait introduire un système de contrôle et de surveillance des exportations de ferraille, mettre en œuvre des restrictions à l’exportation sous la forme d’un droit à l’exportation ou d’un système de contingents tarifaires, lutter contre les exportations illégales et promouvoir le recyclage des déchets ferreux dans la législation pertinente sur les produits en fin de vie (par exemple véhicules, navires, équipements électriques et électroniques mis au rebut).

6.4.

Le CESE plaide également en faveur d’une mise en œuvre effective du règlement sur les transferts de déchets — au moyen du droit dérivé — afin d’évaluer et de faire appliquer efficacement les normes et réglementations équivalentes sur le plan environnemental et social à celles de l’UE dans les pays de destination des déchets exportés par l’UE.

6.5.

Le CESE attendait davantage de clarté sur la loi sur l’économie circulaire prévue pour 2026, y compris des plans et des calendriers détaillés afin de garantir une mise en œuvre et un impact effectifs.

7. Défendre des emplois industriels de qualité

7.1.

Le CESE reconnaît l’engagement de l’ESMAP en faveur d’emplois industriels de qualité, caractérisés par une rémunération décente, des conditions de travail stables et des normes élevées en matière de santé et de sécurité. Il soutient la protection des droits des travailleurs, en particulier en ce qui concerne l’information, la consultation et la participation, éléments essentiels étant donné que les secteurs de l’acier et des métaux de base font l’objet d’une profonde transition écologique et numérique.

7.2.

Le CESE estime qu’aucun travailleur ni aucune région ne devrait être laissé pour compte dans le cadre de la transition écologique. Il reconnaît l’importance de conserver des emplois de qualité, y compris pour les travailleurs techniques qualifiés. Il recommande la mise en place d’un Fonds pour une transition juste consacré aux industries à forte intensité énergétique, lequel mettrait l’accent sur des programmes de perfectionnement et de reconversion professionnels afin de doter les travailleurs des compétences nécessaires aux industries vertes et de soutenir la mobilité en vue d’aider les travailleurs à passer d’une région et d’un secteur à l’autre.

7.3.

Le Comité accueille favorablement la proposition visant à modifier le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation afin de soutenir les transitions entre emplois pour les travailleurs touchés par les mutations industrielles. Le Fonds devrait servir d’outil proactif pour retenir les travailleurs par la reconversion et le perfectionnement professionnels en prévision des restructurations, plutôt que de réagir uniquement une fois que des licenciements sont intervenus.

7.4.

Le CESE invite instamment la Commission et les États membres à veiller à ce que les partenaires sociaux soient associés à toutes les futures interventions stratégiques et à prendre des engagements clairs pour maintenir un dialogue social solide et préserver des normes élevées en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail tout au long du processus de transition écologique. Cela favorisera une transition juste et équitable pour tous. Le CESE souligne également le rôle important du dialogue social, y compris la négociation collective, pour assurer une transition juste.

8. Réduire les risques liés aux projets de décarbonation grâce aux marchés pilotes

8.1.

L’utilisation d’énergie non fossile entraînera des coûts d’exploitation plus élevés et un renchérissement des produits à faible intensité de carbone. Le CESE souligne qu’il est essentiel de développer des marchés pilotes afin d’offrir une prime verte et de soutenir les investissements dans les secteurs de l’acier et des métaux. Une mise en œuvre rapide et efficace des mesures est maintenant essentielle.

8.2.

Le CESE prend note de l’annonce de la Commission selon laquelle elle élabore un label volontaire pour l’acier à faible teneur en carbone, ainsi que de son intention de travailler sur la législation relative aux produits afin de mettre en place des marchés pilotes. Il s’agit notamment d’instaurer des initiatives telles que l’acte législatif visant à accélérer la décarbonation de l’industrie et d’utiliser des critères de résilience et de durabilité pour stimuler la production de produits propres fabriqués dans l’UE. Le CESE invite également le Comité européen de normalisation (CEN) et le Comité européen de normalisation électrotechnique (Cenelec) à élaborer une norme correspondante à un stade ultérieur.

8.3.

La Commission doit élargir le champ d’application du règlement sur les matières premières critiques afin d’y inclure les matières premières secondaires stratégiques telles que la ferraille d’acier. Bien que le nickel et d’autres éléments d’alliage soient reconnus comme critiques, le plan d’action devrait également donner la priorité à ces matières secondaires et introduire un suivi renforcé afin de garantir leur disponibilité et leur utilisation durables dans le cadre de la transition écologique.

8.4.

Le CESE souligne qu’un financement sera nécessaire pour réduire les risques liés aux projets industriels de grande envergure. Il se félicite que la Commission ait annoncé dans la décision d’exécution du Conseil qu’elle lancera une banque de décarbonation industrielle, ainsi que des mesures visant à améliorer l’utilisation des ressources existantes, en particulier les recettes du SEQE. Le CESE souligne la nécessité d’affecter spécifiquement les recettes du SEQE à des projets de décarbonation industrielle et demande le déploiement immédiat de la Banque européenne de décarbonation industrielle, assorti d’instruments ciblés pour les secteurs de l’acier et des métaux.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Omnibus I — COM(2025) 87.

(2) OCDE — 97e session du comité de l’acier.

(3) Répertoire des publications du JRC — Matières premières dans l’industrie européenne de la défense.

(4) Plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux.

(5) Plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux.

(6) Plan d’action pour une énergie abordable.

(7) Plan d’action de l’UE pour l’acier et les métaux.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/36/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)