Avis institutionnel52025AE1467

Avis du Comité économique et social européen — Train de mesures sur l’énergie citoyenne: engagement des citoyens, communautés énergétiques et prosumérisme (avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

CELEX52025AE1467
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) émet un avis exploratoire sur le train de mesures visant à promouvoir l'énergie citoyenne, en se concentrant sur l'engagement des citoyens, les communautés énergétiques et le prosumérisme. Cet avis examine les obstacles réglementaires et financiers actuels, et propose des recommandations pour faciliter la participation active des citoyens et des collectivités à la transition énergétique, dans le respect du cadre juridique européen existant. Pour un professionnel du droit français, ce texte est une source d'orientation sur les futures évolutions législatives et réglementaires de l'UE en matière d'autoconsommation collective et de partage d'énergie.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/27

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Train de mesures sur l’énergie citoyenne: engagement des citoyens, communautés énergétiques et prosumérisme

(avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

(C/2026/27)

Rapporteure:

Corina MURAFA BENGA

Conseillers

George JIGLAU (pour la rapporteure)

Priska LUEGER (pour le groupe II)

Décision du bureau

25.3.2025

Consultation

Commission européenne, 20.3.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

4.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

97/3/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE s’inquiète depuis de nombreuses années du fait que la Commission européenne peine à concrétiser de manière adéquate sa volonté de placer le citoyen au centre du système énergétique, qu’elle avait énoncée dans son paquet «union de l’énergie» (1). C’est pourquoi il se félicite que la Commission ait pris l’initiative d’élaborer un train de mesures sur l’énergie citoyenne, de sorte à faire activement participer les citoyens et les communautés pour parvenir à un système énergétique abordable, sûr et durable. Ce train de mesures doit enfin fournir les garanties nécessaires à cet effet.

1.2.

Le train de mesures sur l’énergie citoyenne devrait clairement reconnaître, et mettre en avant, le rôle stratégique que jouent les communautés énergétiques citoyennes dans le cadre de la politique énergétique. Il doit clarifier les concepts clés en lien avec l’énergie communautaire comme l’appartenance, l’autonomie et le contrôle effectif, qui sont actuellement interprétés de façon très différente par les États membres. Il devrait contenir une boîte à outils de bacs à sable réglementaires que les États membres doivent mettre immédiatement en place, afin de faire des communautés énergétiques et du droit de partager l’énergie des réalités fonctionnelles partout dans l’Union. Il devrait aussi clairement indiquer comment établir et gérer des communautés énergétiques, surtout en ce qui concerne les déductions fiscales et tarifaires, ainsi que les services et l’assistance technique proposés par les gestionnaires de réseau de distribution (GRD), dont les États membres ne sauraient faire fi.

1.3.

Grâce au prochain cadre financier pluriannuel, y compris les outils de suivi des aides d’État, et aux futurs moyens financiers au titre de la cohésion et de la transition juste, la Commission doit créer des flux de financement spécifiques en faveur des communautés énergétiques. Le train de mesures pour l’énergie citoyenne devrait prévoir l’obligation pour la Banque européenne d’investissement de mettre en place un mécanisme en faveur des communautés énergétiques à l’intention de celles actives à l’échelon local et régional, à l’instar du mécanisme existant en faveur des PME. Il devrait chercher à développer à une plus grande échelle d’autres bonnes pratiques (2) qui existent déjà en matière de financement des communautés énergétiques. Les financements devraient également s’attacher prioritairement à faire participer les jeunes, à favoriser la connaissance des enjeux énergétiques et à développer les compétences vertes, autant de domaines pour lesquels ils devraient être conditionnés à la réalisation de normes minimales. Il convient de financer des audits énergétiques complémentaires afin d’appuyer la collecte de données déterminantes des ménages. En outre, les États membres doivent rattacher tout dispositif de financement public en faveur de projets énergétiques à la participation des communautés locales en tant qu’actionnaires de ces projets et à d’autres formes de partage des bénéfices.

1.4.

Sans énergies, il ne saurait y avoir de citoyenneté. Aussi, afin de garantir la pleine mise en œuvre de la citoyenneté européenne, le train de mesures pour l’énergie citoyenne doit-il prévoir des actions plus vigoureuses pour lutter contre la précarité énergétique dans l’Union européenne et à cette fin, en donner une définition unifiée et recenser sur la base de données les ménages qui en souffrent, en partant de l’échelon local. Les jalons de la précarité énergétique devraient s’attacher au premier chef aux ménages et n’user des indicateurs macroéconomiques qu’en tant qu’outils complémentaires.

1.5.

Pour enclencher l’autonomisation des citoyens et la mise en place des conditions nécessaires à l’atténuation de la précarité énergétique, nous recommandons que l’Union européenne: 1) impose sur l’ensemble de son territoire une interdiction des coupures d’énergie pour les ménages; 2) renonce au système de préséance économique qui lie les prix de l’électricité à ceux du gaz; 3) rectifie sa politique linguistique pour ce qui est de l’énergie, et utilise le terme de «citoyens» au lieu de celui de «consommateurs»; et 4) institue un médiateur européen de l’énergie.

2. Éléments de contexte

2.1.

La transition énergétique ne se résume pas uniquement à des enjeux de technologies et de réalisation d’objectifs. Il s’agit aussi d’une question de confiance, de protection et de participation, lesquelles devraient constituer le socle d’un pacte social pour une transition énergétique menée par les citoyens. Aussi le train de mesures sur l’énergie citoyenne devrait-il marquer une étape significative pour aider l’ensemble des citoyens de l’Union européenne, et non constituer une simple liste de contrôle des mesures politiques. Il devrait considérer chaque personne non pas comme un simple consommateur, mais comme un citoyen et un acteur engagé aux côtés d’autres pour créer l’avenir en matière d’énergie, de sorte à faire de la transition énergétique une réalité. Par la voie du présent avis, le CESE expose le dessein qu’il nourrit pour ledit train de mesures.

2.2.

Il y a plus d’une décennie, la Commission européenne déclarait dans sa communication relative au paquet «union de l’énergie»: «Notre vision est celle d’une union de l’énergie focalisée sur le citoyen — dans laquelle ce dernier prend à son compte la transition énergétique, tire avantage des nouvelles technologies pour réduire sa facture et prend une part active au marché — et qui permette aussi de protéger les consommateurs les plus vulnérables.» Les dix années qui se sont écoulées depuis lors n’ont pas donné lieu à la moindre réalisation notable de ces promesses.

2.3.

Le prochain train de mesures sur l’énergie citoyenne intervient à un moment où les niveaux de précarité énergétique au sein de l’Union restent élevés, où le grand public est très méfiant vis-à-vis du marché de l’énergie, presque deux décennies après sa libéralisation en Europe, où les procédures nationales de transposition de la législation européenne sur les communautés énergétiques sont inefficaces, où les modèles de participation citoyenne et de partage de l’énergie rencontrent un succès inégal dans les différents États membres, et où la viabilité technique et financière à long terme du prosumérisme suscite un scepticisme croissant.

2.4.

Le CESE n’a cessé de proposer des moyens de renforcer le rôle des citoyens dans le secteur de l’énergie, et surtout de l’électricité. Un véritable progrès dépend de la façon dont la réforme du marché de l’électricité est structurée. Dans ses avis TEN/793 (3) et TEN/837 (4), le Comité plaide en faveur d’un marché libéralisé lorsque cela est possible et réglementé lorsque cela est nécessaire, pour garantir la protection des citoyens, des prosommateurs et des communautés énergétiques.

3. Observations générales

3.1.

À l’heure actuelle, le discours tenu dans l’Union européenne en ce qui concerne l’énergie tend souvent à considérer les particuliers comme des «consommateurs», ce qui renforce implicitement les modèles centrés sur le marché. Il y a toutefois lieu de s’orienter davantage vers une vision des personnes en tant que «citoyens», c’est-à-dire des membres d’une communauté politique jouissant de droits en matière d’énergie. La charte européenne des droits des consommateurs d’énergie (5) reconnaît en outre l’importance cruciale de l’énergie pour la cohésion sociale et territoriale. Comme l’indique la directive (UE) 2019/944 (6), les services énergétiques sont essentiels pour préserver le bien-être des citoyens et favoriser l’inclusion sociale.

3.2.

Adopter un discours axé sur les citoyens permet de réorienter le débat et d’encourager la conception de politiques qui mettent en avant la dignité, les droits et la participation. Ce changement de paradigme est déterminant pour s’assurer du soutien et de la coopération des citoyens en faveur de la transition énergétique, à l’heure où la précarité énergétique touche des millions d’Européens, tout particulièrement les femmes et les jeunes (7), limitant leur capacité à chauffer et à refroidir leur logement, ou encore à l’alimenter en énergie, à des prix abordables. En dépit de la reconnaissance formelle du problème de la précarité énergétique et des efforts politiques visant à y remédier dans tous les États membres, la mise en œuvre de stratégies d’atténuation efficaces demeure atone.

3.3.

Les citoyens n’ont qu’un contrôle limité sur leur accès à l’énergie et sur leur consommation, et perçoivent les institutions comme peu réactives. Le déficit de confiance entre les acteurs du marché et les acteurs étatiques complique encore la coordination des mesures, conduisant à une impasse qui nourrit, à son tour, un effet d’inertie lorsqu’il s’agit de satisfaire les besoins énergétiques des plus vulnérables. Il ne suffit pas de se contenter de transposer les directives de l’Union en droit national, comme le montrent les résultats suboptimaux produits par la législation sur les communautés énergétiques.

3.4.

Afin de donner un sens à long terme à la citoyenneté énergétique, il convient de donner aux citoyens, par l’intermédiaire d’organismes représentatifs tels que les organisations de consommateurs existantes, des mécanismes structurés qui leur permettent d’influer sur les politiques énergétiques et d’en mener le suivi, et qui s’insèrent dans la structure de gouvernance à plusieurs niveaux de l’Union européenne. En outre, il est nécessaire d’intégrer le concept d’équité intergénérationnelle dans les politiques de l’Union en matière d’énergie et de veiller ce faisant à ce que les décisions prises aujourd’hui ne portent pas préjudice aux générations futures et que les jeunes y prennent part sur une base permanente. S’il n’en va pas ainsi, le passage du statut de «consommateur» à celui de «citoyen» continuera de n’être qu’un simple artifice de rhétorique.

3.5.

En outre, en s’appuyant sur le principe no 20 du socle des droits sociaux relatif au droit d’accéder à des services essentiels, l’Union européenne devrait immédiatement instituer un médiateur de l’énergie, doté de succursales locales (8). Une telle instance donnerait aux citoyens les moyens d’agir sur les questions d’énergie et rétablirait leur confiance. Ce médiateur devrait recevoir les plaintes, présenter les requêtes nécessaires auprès des régulateurs et offrir une aide juridique aux citoyens ayant fait l’objet d’abus de la part des fournisseurs, ainsi qu’aux communautés énergétiques et aux prosommateurs dont le développement est entravé par des obstacles réglementaires et de mise en œuvre. Il devrait également aider les citoyens dans leurs démarches auprès des acteurs publics et privés pour ce qui est des mesures visant à atténuer leur situation de précarité énergique ou le risque qu’ils s’y retrouvent.

4. Observations spécifiques sur la participation des citoyens et le rétablissement de la confiance du public dans le secteur de l’énergie

4.1.

L’autonomisation va bien au-delà de l’information: elle implique de donner aux citoyens les moyens d’agir. Ceux-ci ont besoin de pouvoir faire de véritables choix en matière d’utilisation et de production d’énergie, et d’investissement dans ce domaine. Ceci vaut non seulement lorsqu’il s’agit du compteur d’électricité d’un ménage privé, mais aussi bien plus largement. Les réseaux doivent être mis à la disposition des citoyens. La participation des citoyens, en tant que prosommateurs ou que membres de communautés énergétiques, accroît l’indépendance énergétique, et lorsqu’elle est associée à une bonne isolation et à un ciblage efficace, elle peut contribuer à réduire la précarité énergétique. Pour atteindre cet objectif, le train de mesures sur l’énergie citoyenne devrait prévoir l’obligation pour les États membres, avec le soutien des acteurs tant publics que privés, de simplifier les procédures pour permettre un accès plus flexible à l’énergie, de créer des guichets uniques dotés d’un personnel bien formé et aussi proches que possible du terrain, et de promouvoir les initiatives communautaires.

4.2.

Les collectivités locales et régionales sont particulièrement bien placées pour assumer le cas échéant la médiation entre les politiques énergétiques nationales et les besoins des citoyens. Elles pourraient définir leurs propres politiques énergétiques à l’échelon communal et les adapter en fonction des conditions socio-économiques et climatiques spécifiques dans lesquelles vit leur population. Elles pourraient aussi agir en tant qu’agrégateurs de la demande, favoriser la passation de marchés publics dans le domaine des technologies vertes, fournir des espaces pour installer des équipements et collaborer avec des organisations locales pour fournir conjointement des services. Malheureusement, il n’est toutefois possible d’observer une telle politique que dans un nombre infime de communes, tandis que la plupart des autres n’entreprennent presque rien en matière de politique énergétique. De ce fait, le train de mesures sur l’énergie citoyenne devrait aussi s’adresser explicitement aux communes. Par conséquent, le Comité réitère son appel en faveur de la promotion de modèles d’«autoconsommation collective étendue», telle qu’il l’a proposée dans son avis TEN/801 (9), qui peut être mise en œuvre efficacement par l’intermédiaire de plateformes municipales, qui constituent alors un moyen d’encourager la participation citoyenne.

4.3.

À elles seules, les solutions techniques ne suffiront pas à rétablir la confiance du public dans le système énergétique; il faut leur adjoindre une gouvernance transparente, des processus de prise de décision inclusifs et une communication cohérente. Lorsqu’ils constatent des avantages tangibles, les citoyens sont davantage enclins à participer et à investir dans ces systèmes. Ces avantages peuvent prendre entre autres la forme de mesures telles que des rabais sur l’électricité, d’initiatives de rénovation et de conservation ou de financements municipaux pour les régions concernées par des projets énergétiques de plus grande envergure. La réforme du marché de l’électricité mentionnée au paragraphe 2.4 constitue une condition préalable à ces mesures.

4.4.

Pour donner aux citoyens les moyens d’agir, il est vital de s’assurer qu’ils ont connaissance des enjeux énergétiques. Informer correctement les citoyens implique nécessairement de veiller à ce qu’ils comprennent le fonctionnement des systèmes énergétiques, soient capables d’interpréter leurs factures énergétiques, sachent comment réduire leur consommation et comment participer à des systèmes collectifs. Cette éducation aux enjeux énergétiques peut se faire par l’intermédiaire de campagnes auprès du grand public, de programmes scolaires et d’ateliers communautaires. Les organisations de consommateurs, les organisations non gouvernementales, les organisations de la société civile et les institutions éducatives doivent jouer un rôle central pour concevoir et réaliser de telles initiatives, lesquelles devraient s’appuyer sur un accès transparent et en temps réel aux données relatives à la consommation d’énergie, aux coûts et aux émissions au moyen de plateformes numériques conviviales. Les programmes pour faire connaître les enjeux énergétiques devraient également prévoir spécifiquement d’associer les organisations de jeunesse à la coconception de matériels et de campagnes d’éducation. Il convient de considérer les jeunes non seulement comme des bénéficiaires, mais aussi comme des cocréateurs et des multiplicateurs d’initiatives en matière d’éducation aux enjeux énergétiques, et de permettre de la sorte d’asseoir la justice intergénérationnelle et la durabilité à long terme.

4.5.

Le développement des compétences vertes, en particulier dans les domaines de l’installation et de la maintenance des infrastructures ainsi que de l’audit énergétique, est essentiel pour soutenir les transitions énergétiques au niveau local. L’intégration des questions énergétiques dans les programmes de formation professionnelle, d’éducation des adultes et d’enseignement universitaire peut garantir l’inclusion des citoyens de tous les groupes d’âge et de tous les secteurs. Une vague d’audits énergétiques dans l’ensemble de l’Union, afin de contribuer à atténuer la précarité énergétique, pourrait transformer ces compétences vertes en emplois verts.

4.6.

Si le financement public joue un rôle déterminant pour guider la transition énergétique, il arrive souvent qu’il n’apporte aucun avantage direct aux communautés qui mettent sur pied des projets énergétiques. Trop d’investissements sont réalisés sans réelle participation locale ni valeur partagée, ce qui a pour effet d’accentuer un modèle descendant qui risque de susciter une réticence du public à l’égard de ces démarches. Les règles de l’Union européenne devraient exiger des États membres qu’ils rattachent les subventions accordées pour l’énergie ou les régimes de financement à la participation des communautés locales en tant qu’actionnaires à des projets énergétiques et à d’autres formes de partage des bénéfices.

4.7.

Sept ans après l’adoption de son avis TEN/657 (10), le Comité regrette qu’aucun dialogue efficace sur l’énergie n’ait été mis en place avec la société civile organisée aux niveaux national, régional ou local, bien que certains progrès aient été enregistrés au niveau de l’Union grâce au forum des citoyens pour l’énergie. Le CESE recommande d’organiser un dialogue selon les modalités de la gouvernance multi-niveaux afin d’offrir aux États membres les outils leur permettant de supprimer les obstacles commerciaux et institutionnels qui empêchent le grand public, les consommateurs, les communautés et les PME de participer à la transition vers une énergie propre et d’en retirer les avantages. Un tel dialogue pourrait également améliorer la qualité de la communication et contribuer à rétablir la confiance entre les citoyens et les parties prenantes.

5. Observations spécifiques sur les communautés énergétiques

5.1.

Le CESE réitère le point de vue qu’il a déjà fait maintes fois connaître: la production d’électricité à petite échelle doit être encouragée, de sorte que les réseaux puissent être plus flexibles. Il est bien plus aisé de parvenir à engager activement les citoyens, les PME et les collectivités locales dans le cadre de la production décentralisée d’électricité que dans celui de structures centralisées dotées de grandes centrales électriques. Le CESE déplore que le modèle décentralisé ne se voie pas accorder une priorité stratégique dans l’organisation actuelle du marché de l’Union. Il convient de mettre en évidence, de manière prioritaire, les mécanismes qui permettent de garantir que les jeunes et les groupes vulnérables confrontés à des obstacles financiers soient inclus dans des dispositifs innovants de mise en commun de l’énergie.

5.2.

Par conséquent, il s’impose de reconnaître les communautés énergétiques menées par les citoyens comme un élément stratégique de la politique énergétique. Pour autant que celles-ci soient conçues de sorte à permettre de redistribuer l’énergie, à soutenir les ménages vulnérables et à encourager les investissements locaux, elles peuvent favoriser la solidarité sociale. Ces communautés concourent grandement à la justice sociale et à la sécurité de l’approvisionnement, et favorisent ce faisant le soutien apporté à une transition énergétique juste (11). Le CESE invite instamment les pouvoirs publics à mettre en place des communautés énergétiques, ainsi qu’à les promouvoir, afin de s’assurer d’une participation significative des citoyens à leur conception et à leur gouvernance, y compris de ceux d’entre eux qui connaissent des problèmes du fait de leur qualité ou non de propriétaires, tels que les locataires.

5.3.

Permettre aux prosommateurs et aux communautés d’énergie renouvelable de bénéficier autant que possible de l’électricité qu’ils produisent eux-mêmes, même s’ils l’injectent dans le réseau, devrait constituer un principe fondamental du train de mesures sur l’énergie citoyenne. La création d’une «banque d’électricité» pourrait fournir l’exemple d’une autre manière de procéder en ce sens, plus honnête à l’égard des petits producteurs. Le CESE décrit plus avant cet exemple dans son avis sur la réforme du marché de l’électricité (se reporter au dossier TEN/793).

5.4.

La politique actuelle de l’Union ne prévoit pas de suivi systématique des communautés énergétiques. Dans de nombreux États membres, il est possible, en théorie et sur le plan juridique, de créer des communautés énergétiques, mais celles-ci ne fonctionnent pas en pratique en raison de l’absence de procédures adéquates d’engagement des citoyens et de cadres législatifs véritablement fonctionnels. L’octroi de licences pour une communauté énergétique nécessite trop de bureaucratie, des compétences techniques que les citoyens ordinaires ne possèdent pas, et souvent d’importants paiements d’avance.

5.5.

Le train de mesures devrait viser à renforcer la législation de l’Union relative aux communautés énergétiques à l’occasion des prochaines révisions des directives en vigueur dans le domaine de l’énergie. Par exemple, la législation de l’Union relative à l’énergie communautaire pêche encore par des définitions vagues et sa mise en œuvre demeure incohérente. Des termes clés tels que «communauté énergétique» et «partage de l’énergie» sont interprétés différemment d’un État membre à l’autre. L’application insuffisante des critères de l’Union risque d’entraîner un accaparement par les entreprises. Il est essentiel de renforcer les garanties pour protéger l’intégrité de l’énergie communautaire.

5.6.

Les autorités qui devraient éliminer les obstacles rencontrés par les communautés énergétiques ne remplissent pas correctement leur fonction, en raison soit de leur manque de personnel et de savoir-faire, soit de pressions exercées par les opérateurs historiques. Les exigences en matière d’enregistrement sont trop importantes, et les GRD refusent ou reportent le raccordement de nouvelles communautés énergétiques et de nouveaux prosommateurs. Ils devraient améliorer la capacité de raccordement et répondre de leurs actes lorsqu’ils s’abstiennent de réagir dans les délais impartis. Pour ce faire, il est indispensable que les plans d’aménagement énergétique de haut niveau et à l’échelle régionale et les plans de développement des réseaux prennent en compte le nombre croissant de tels systèmes énergétiques alternatifs.

6. Observations spécifiques sur la précarité énergétique

6.1.

La persistance de taux élevés de précarité énergétique révèle la nécessité d’avoir recours à une approche transformatrice qui s’appuie sur l’autonomisation des citoyens et va au-delà du respect de la réglementation (12). À titre de conditions préalables, l’Union européenne devrait: 1) imposer sur l’ensemble de son territoire une interdiction des coupures d’énergie car celles-ci placent les ménages en situation de précarité énergétique et ne font qu’exacerber leur vulnérabilité puisqu’ils doivent se soumettre à des procédures compliquées pour se reconnecter; et 2) réformer le marché de l’électricité, de sorte à renoncer au système de préséance économique qui lie les prix de l’électricité à ceux du gaz (13), afin de permettre aux entreprises et aux citoyens de bénéficier du prix modique des énergies renouvelables.

6.2.

Si l’Union a pleinement pris conscience de la précarité énergétique, elle a laissé aux États membres le soin de se charger des définitions et des réponses, limitant la cohérence des actions en raison des différences politiques et financières. Cette approche n’a pas fonctionné, car les données à l’échelle de l’Union et de ses États montrent la persistance de niveaux élevés de précarité énergétique. L’Union se doit d’adopter résolument une approche unifiée fondée sur la capacité d’un ménage à satisfaire ses besoins minimaux en énergie. Le train de mesures sur l’énergie citoyenne doit donner lieu à la mise en place d’un mécanisme de calcul des besoins minimaux en énergie grâce aux données relatives aux bâtiments et aux ménages, afin d’enclencher un processus cohérent de collecte des données à tous les échelons de gouvernance. Il convient de renforcer le rôle d’Eurostat en coordination avec les instituts nationaux de statistique, les pouvoirs publics locaux et les fournisseurs d’énergie, afin de collecter efficacement les données des ménages.

6.3.

Il est indispensable d’améliorer la qualité des logements (14), pour atténuer la précarité énergétique liée aux saisons froides, mais aussi de plus en plus fréquemment celle qui se manifeste en été. Il convient d’intégrer les audits énergétiques et les subventions à la rénovation dans les stratégies locales, et il s’impose d’améliorer la collecte de données sur la performance énergétique des logements, de sorte à mieux cibler les interventions. Les entreprises du secteur de l’énergie, les sociétés de logement social et/ou les pouvoirs publics locaux peuvent aider à financer les investissements nécessaires en amont; les citoyens pourraient ensuite les rembourser (partiellement) en réalisant des économies sur leurs factures énergétiques (15). Il convient de prévoir des dispositions spécifiques pour les locataires, pour lesquels les mesures en matière d’énergie s’inscrivent dans le cadre de leur lien contractuel avec un propriétaire et qui peuvent aussi être confrontés à une hausse de leur loyer en cas de rénovation.

6.4.

La diversité des régimes de propriété des logements devrait être clairement reconnue comme un facteur susceptible de favoriser la précarité énergétique. Aussi les stratégies visant à atténuer cette dernière devraient-elles prévoir des mécanismes pour protéger les locataires et pour donner aux associations de propriétaires les moyens d’agir, et correspondre aux contextes locaux régissant le droit de propriété.

6.5.

L’utilisation de combustibles solides, et surtout du bois, est liée à la précarité énergétique dans les zones rurales et urbaines marginalisées. Le bois provient souvent de marchés informels, ce qui entraîne une volatilité des prix, un accès limité et une faible qualité, et son utilisation contribue aux dommages environnementaux causés par l’exploitation illégale des forêts, ainsi qu’aux risques pour la santé et la sécurité. De ce fait, le stockage adéquat du bois et la bonne qualité du poêle devraient constituer des préoccupations majeures pour les pouvoirs publics locaux, qui peuvent intervenir pour gérer un stockage approprié et une distribution ciblée fondée sur les données.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Pour plus de précisions, voir JO C 262 du 25.7.2018, p. 86 et JO C 123 du 9.4.2021, p. 22.

(2) Telles que le fonds renouvelable pour le chauffage communautaire des arrondissements aux Pays-Bas.

(3) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2019/943 et (UE) 2019/942 ainsi que les directives (UE) 2018/2001 et (UE) 2019/944 afin d’améliorer l’organisation du marché de l’électricité de l’Union [COM(2023) 148 final — 2023/0077 (COD)] (JO C 293 du 18.8.2023, p. 112).

(4) Avis du Comité économique et social européen — L’avenir de l’offre d’électricité et de sa tarification dans l’Union européenne (avis d’initiative) (JO C, C/2025/1187, 21.3.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1187/oj).

(5) COM(2007) 386 final, p. 3.

(6) Directive (UE) 2019/944 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 concernant des règles communes pour le marché intérieur de l'électricité et modifiant la directive 2012/27/UE (refonte) (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE.) (JO L 158 du 14.6.2019, p. 125).

(7) Comme le montrent les données concernant l’Autriche ou la Grèce.

(8) La Croatie offre un exemple de bonne pratique (en anglais) pour ce qui est de faire le récit de l’intégration de l’énergie dans le champ de compétence du médiateur national.

(9) Avis du Comité économique et social européen sur l’autoconsommation d’énergie individuelle et collective comme élément de la lutte pour la transition écologique et énergétique et pour l’équilibre économique et social (avis d’initiative) (JO C, C/2024/873, 6.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/873/oj).

(10) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Troisième rapport sur l’état de l’union de l’énergie [COM(2017) 688 final] (JO C 262 du 25.7.2018, p. 86).

(11) Avis du Comité économique et social européen sur «Entre un super-réseau transeuropéen et des îlots énergétiques locaux — Le juste équilibre entre solutions décentralisées et structures centralisées pour une transition énergétique durable sur le plan économique, social et écologique» (avis d’initiative) (JO C 429 du 11.12.2020, p. 85).

(12) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Lutte contre la précarité énergétique et résilience de l’Union: enjeux économiques et sociaux» (avis exploratoire à la demande de la présidence tchèque) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 88).

(13) Avis du Comité économique et social européen — L’avenir de l’offre d’électricité et de sa tarification dans l’Union européenne (avis d’initiative) (JO C, C/2025/1187, 21.3.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1187/oj).

(14) Avis du Comité économique et social européen — Des logements sociaux décents, durables et abordables dans l’UE (avis d’initiative) (JO C, C/2025/771, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/771/oj).

(15) En s’appuyant sur les bonnes pratiques telles que celles mises en évidence par la BEI.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/27/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)