Avis institutionnel52025AE1633

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 228/2013 en ce qui concerne une aide supplémentaire et une flexibilité accrue en faveur des régions ultrapériphériques touchées par de graves catastrophes naturelles et dans le contexte du cyclone Chido ayant dévasté Mayotte

CELEX52025AE1633
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 18 juin 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve la proposition de règlement visant à accorder une aide supplémentaire et une flexibilité accrue aux régions ultrapériphériques de l'UE, spécifiquement Mayotte, durement touchée par le cyclone Chido. Ce texte adapte le régime POSEI pour permettre des dérogations aux règles de gestion des fonds et des programmes, facilitant ainsi une réponse rapide et ciblée face à des catastrophes naturelles graves. Pour un professionnel du droit français, cet avis confirme la légitimité d'un cadre dérogatoire au droit agricole et de cohésion de l'UE, ouvrant la voie à des mesures d'urgence spécifiques pour Mayotte.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/4213

20.8.2025

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 228/2013 en ce qui concerne une aide supplémentaire et une flexibilité accrue en faveur des régions ultrapériphériques touchées par de graves catastrophes naturelles et dans le contexte du cyclone Chido ayant dévasté Mayotte

[COM(2025) 190 final — 2025/0104 (COD)]

(C/2025/4213)

Rapporteur:

Joël DESTOM

Consultation

Conseil de l’Union européenne, 2.5.2025

Parlement européen, 13.5.2025

Base juridique

Article 42, article 43, paragraphe 2, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

5.6.2025

Adoption en session plénière

18.6.2025

Session plénière no

597

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

203/0/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) salue la proposition de la Commission européenne, qui reconnaît pleinement la vulnérabilité structurelle des régions ultrapériphériques (RUP) face aux catastrophes naturelles et au changement climatique en envisageant des mesures de flexibilité pour tenir compte des situations d’urgence climatique et humanitaire dans ces régions, notamment à Mayotte.

1.2.

Le CESE soutient les modifications ciblées du règlement (UE) no 228/2013 (1) qui visent à:

assurer la continuité du soutien au titre du programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité (POSEI) pendant les phases de reconstruction, même en l’absence d’activité productive;

supprimer le plafond de 10 % de redéploiement des fonds du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) à Mayotte;

repousser la date limite de sélection des bénéficiaires au-delà du 30 juin 2025.

1.3.

Toutefois, comme déjà souligné dans son avis précédent (2), le CESE invite la Commission et les États membres à:

veiller à ce que les réaffectations de fonds ne soient pas réalisées au détriment des projets structurels de développement rural. L’aide d’urgence doit être conçue comme un complément et non un substitut aux stratégies de résilience à long terme;

intégrer dans le règlement une disposition encourageant le recours aux solutions naturelles dans la phase de reconstruction post-catastrophe;

maintenir un suivi annuel rigoureux et transparent des engagements pris par les bénéficiaires.

1.4.

Le CESE presse la Commission d’œuvrer en lien étroit avec les États membres, les autorités locales et les organisations de la société civile afin de faire l’usage le plus efficace et le plus rapide des possibilités qui sont offertes pour soutenir les régions touchées. Les organisations de la société civile, les travailleurs, les PME et les ONG ont été sévèrement touchés par les catastrophes naturelles et il convient de leur réserver une part substantielle des fonds pour qu’ils puissent se remettre des graves dommages subis (3).

1.5.

Par ailleurs, le CESE recommande que:

une procédure de reconnaissance rapide des situations de calamité naturelle soit formalisée au niveau européen;

la création d’un fonds européen spécifique pour les catastrophes climatiques soit envisagée pour répondre efficacement aux crises majeures sans compromettre les politiques structurelles financées par le Feader ou la politique agricole commune (PAC). Ce fonds, complémentaire du Fonds de solidarité de l’Union européenne, garantirait la soutenabilité des aides futures dans un contexte d’amplification des risques majeurs (4);

les adaptations du règlement s’inscrivent dans le cadre stratégique plus large de la vision à long terme pour les zones rurales de l’UE (LTVRA), en assurant la cohérence entre aide d’urgence, résilience territoriale et développement rural durable.

1.6.

Le CESE est d’avis que l’UE doit se doter d’un nouveau mécanisme qui soit fiable et solide, tout en se montrant adaptable, flexible et prêt à réagir aux crises nouvelles et émergentes dans les années et les décennies à venir. Il est essentiel que le fonctionnement de ce mécanisme, davantage axé sur des réponses rapides et urgentes, soit cohérent avec les politiques globales de l’UE en matière de climat, d’environnement et d’énergie, qui, à long terme, réduiront la dépendance à l’égard des réponses d’urgence et protégeront les ressources humaines ainsi que naturelles (5).

1.7.

Enfin, le CESE appelle à une coordination renforcée entre les différents instruments européens de réponse aux catastrophes et à la mise en place d’un cadre de prévention structuré, incluant un guichet unique pour les RUP et un mécanisme d’alerte rapide climat-RUP et des procédures administratives simplifiées pour l’octroi des aides. Ces mesures devraient permettre une instruction accélérée des demandes en cas de catastrophe, garantissant une réponse rapide et adaptée aux besoins des territoires sinistrés.

2. Contexte de l’avis

2.1.

L’archipel de Mayotte a été violemment frappé par le cyclone Chido en décembre 2024, puis par la tempête Dikeledi en janvier 2025. Ces phénomènes météorologiques ont provoqué des dégâts sans précédent: pertes humaines, destruction d’infrastructures vitales et effondrement de toute forme de production.

2.2.

Cette double catastrophe a mis en évidence la vulnérabilité accrue des RUP face au dérèglement climatique, exacerbée par des fragilités structurelles telles que l’insularité, l’éloignement, la très faible diversification économique ou encore la prédominance de la monoculture.

2.3.

Dans ce contexte, la proposition de la Commission vise à introduire des assouplissements ciblés dans le règlement POSEI, permettant de mobiliser les fonds européens de façon optimale dans l’intérêt des territoires sinistrés.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE reconnaît le caractère ciblé et justifié de la proposition. Celle-ci constitue une réponse concrète à une situation d’urgence dans une région ultrapériphérique de l’Union.

3.2.

Le CESE se félicite de la reconnaissance explicite par la Commission des limites du principe classique de force majeure ainsi que de l’intégration d’un délai de reconstruction étendu et flexible dans le POSEI.

3.3.

Le CESE exprime son inquiétude quant aux incidences de la récurrence et de l’amplitude de tels phénomènes sur le financement des dispositifs d’urgence ad hoc au détriment des stratégies de développement à moyen et long terme.

3.4.

Le CESE plaide pour une approche globale, anticipative et structurée de la résilience territoriale des RUP, fondée sur le triptyque prévention, adaptation et reconstruction (6).

4. Observations particulières

4.1.

Sur l’engagement de chaque bénéficiaire du POSEI: le CESE soutient une logique d’engagement formel simplifié du bénéficiaire à rétablir sa production. Il suggère vivement l’instauration d’outils de suivi qualitatif et d’accompagnement technique, notamment pour les petites, voire très petites exploitations, pour le maintien d’un suivi annuel rigoureux et transparent des engagements pris par les bénéficiaires.

4.2.

Sur la suppression du plafond Feader à Mayotte: le CESE considère que la mesure est nécessaire et proportionnée. Il recommande que les incidences sur les différents projets fassent l’objet d’une très large communication à destination des populations et des organisations de la société civile organisée.

4.3.

Sur les solutions retenues pour la reconstruction: le CESE recommande l’intégration dans le règlement d’une disposition explicite encourageant le recours aux solutions naturelles dans le cadre des modalités de reconstruction post-catastrophe.

Bruxelles, le 18 juin 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Règlement (UE) n ° 228/2013 du Parlement européen et du Conseil du 13 mars 2013 portant mesures spécifiques dans le domaine de l'agriculture en faveur des régions ultrapériphériques de l'Union et abrogeant le règlement (CE) n ° 247/2006 du Conseil (JO L 78 du 20.3.2013, p. 23).

(2) Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2020/2220 en ce qui concerne des mesures spécifiques au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) visant à fournir une aide supplémentaire aux États membres touchés par des catastrophes naturelles [COM(2024) 495 final — 2024/0274 (COD)] (JO C, C/2025/775, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/775/oj).

(3) Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil — RESTORE — Soutien régional d’urgence à la reconstruction modifiant le règlement (UE) 2021/1058 et le règlement (UE) 2021/1057 [COM(2024) 496 final — 2024/0275 (COD)] (JO C, C/2025/774, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/774/oj).

(4) Ce fonds spécifique devrait être conçu en respectant les engagements internationaux de l’Union, notamment ceux pris lors de la COP 28, comme également mentionné dans l’avis du CESE (paragraphe 1.5) (JO C, C/2025/775, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/775/oj).

(5) JO C, C/2025/774, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/774/oj.

(6) Voir l’avis du CESE (paragraphe 1.6) (JO C, C/2025/775, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/775/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4213/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)