Avis institutionnel52025AE2264

Avis du Comité économique et social européen — Comité économique et social européen — Proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres [COM(2025) 230 final — 2025/0154 (NLE)]

CELEX52025AE2264
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) émet un avis sur la proposition de la Commission européenne relative aux lignes directrices pour les politiques de l'emploi des États membres pour 2025. Ce texte, qui s'inscrit dans le cadre du Semestre européen, vise à orienter les réformes nationales en matière d'emploi, en mettant l'accent sur la montée en compétences, la transition numérique et verte, ainsi que l'inclusion des jeunes et des personnes vulnérables. Pour un professionnel du droit français, cet avis, bien que non contraignant, constitue un indicateur clé des priorités politiques de l'UE qui influenceront les futures recommandations spécifiques par pays et, potentiellement, les conditionnalités liées aux financements européens.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/34

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Comité économique et social européen

Proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres

[COM(2025) 230 final — 2025/0154 (NLE)]

(C/2026/34)

Rapporteure:

Mariya MINCHEVA

Conseillère

Anna KWIATKIEWICZ (pour la rapporteure du groupe I)

Consultation

Conseil, 26.6.2025

Base juridique

Article 148, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

3.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

101/3/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) soutient la reconduction des lignes directrices pour l’emploi pour 2025 dans le cadre du paquet de printemps du Semestre européen, lesquelles serviront de base aux propositions de recommandations par pays présentées par la Commission dans les différents domaines concernés.

1.2.

Le CESE estime que les nouveaux éléments introduits dans les considérants en 2025 reflètent correctement les mutations et les enjeux qui touchent, respectivement, le développement économique et les marchés du travail.

1.3.

Le CESE prend également note avec satisfaction de l’inclusion d’une référence aux objectifs nationaux à l’horizon 2030 en rapport avec les grands objectifs fixés dans le plan d’action relatif au socle européen des droits sociaux. Celle-ci permet un suivi et une évaluation appropriés des mesures prises et des efforts supplémentaires nécessaires pour rester sur la bonne voie.

1.4.

Il y a lieu de saluer les efforts fournis pour maintenir le cap vers la réalisation du grand objectif en matière d’emploi à l’horizon 2030. Il convient de noter que les niveaux d’emploi ont augmenté davantage dans les secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre relativement importantes. Dans le même temps, des niveaux d’inactivité relativement élevés subsistent parmi les groupes sous-représentés (femmes, jeunes, personnes âgées, personnes peu ou moyennement qualifiées, personnes handicapées et migrants). Cette situation appelle des efforts accrus au niveau national, auxquels il y a lieu d’associer de manière appropriée les partenaires sociaux et les organisations de la société civile concernées.

1.5.

La faiblesse persistante de la productivité du travail ayant une incidence négative sur la compétitivité, la croissance économique, la création d’emplois et le niveau de vie, les États membres doivent de toute urgence inverser cette tendance et donner la priorité aux mesures qui créent les conditions permettant aux entreprises d’investir dans la numérisation et la robotisation, les nouvelles technologies, la R&I, la qualification et le perfectionnement des travailleurs. Des systèmes de négociation collective performants demeurent un instrument important pour accroître la productivité du travail et trouver le juste équilibre dans la fixation des salaires nécessaire pour garantir l’équité et un bon ajustement de ceux-ci à l’évolution de la productivité.

1.6.

Le CESE s’inquiète du fait que la plupart des États membres restent en deçà de leurs objectifs nationaux en matière d’éducation et de formation des adultes à l’horizon 2030. Dans le même temps, il souligne que l’exclusion de différents types d’éducation non formelle des données collectées donne une image tronquée de la réalité des activités d’apprentissage entreprises. Les États membres devraient être encouragés à mettre en œuvre des solutions nationales efficaces pour garantir le droit à la formation et à l’apprentissage tout au long de la vie tel que le prévoit le socle européen des droits sociaux, et pour remédier aux obstacles et au manque de motivation en matière de qualification et de perfectionnement professionnel.

1.7.

Une éducation inclusive et de haute qualité à tous les niveaux, ainsi qu’une main-d’œuvre qualifiée, sont des conditions préalables essentielles à la compétitivité de l’UE et à l’amélioration du niveau de vie. Des mesures décisives sont nécessaires pour améliorer le niveau des compétences de base, ainsi que pour rendre l’enseignement et la formation professionnels (EFP) attrayants, inclusifs et innovants, et faire en sorte qu’ils correspondent aux besoins. L’UE doit mettre en place des moyens efficaces pour développer et attirer des talents dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) et de l’IA. La maîtrise de l’intelligence artificielle devrait être reconnue comme une compétence clé, et intégrée dans des stratégies plus larges d’apprentissage tout au long de la vie.

1.8.

Malheureusement, les progrès en matière d’intégration des groupes sous-représentés sur le marché du travail ne sont pas suffisants. Étant donné qu’une proportion élevée de personnes ne faisant pas partie de la population active peut avoir une incidence négative sur la croissance économique et la cohésion sociale, il importe d’accorder une attention particulière à ces groupes, y compris ceux issus de zones rurales et à faible densité de population, ainsi que de mettre en œuvre des mesures visant à améliorer l’employabilité des personnes exclues du marché du travail, notamment celles qui sont peu qualifiées.

1.9.

Dans un contexte de contraction des marchés du travail et de taux de chômage historiquement bas, le CESE soutient les efforts déployés par de nombreux services publics de l’emploi afin d’accorder une attention particulière aux mesures d’activation et de mettre davantage l’accent sur les compétences et le soutien aux travailleurs confrontés à des transitions professionnelles de manière à favoriser les transitions écologique et numérique. Le Comité souligne qu’il convient de prêter une attention spécifique aux jeunes, en facilitant le passage de l’école au monde du travail.

1.10.

Le CESE constate avec inquiétude que, malgré certaines évolutions positives, les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs nationaux de réduction de la pauvreté d’ici à 2030 varient considérablement d’un État membre à l’autre; une nette accélération s’impose donc d’ici la fin de la décennie pour atteindre l’objectif de l’UE. En outre, le taux de pauvreté infantile reste alarmant. Le Comité estime que les stratégies visant à améliorer la productivité et à créer de l’emploi ainsi que des mesures efficaces de réduction de la pauvreté des travailleurs, soutenues par des régimes de protection sociale, selon les contextes nationaux spécifiques, sont au cœur de la lutte contre la pauvreté. Une évaluation régulière des mesures prises au niveau national, ainsi que leur réexamen le cas échéant, sont essentiels pour réaliser les changements souhaités.

1.11.

Le CESE souligne que, malgré les défis géopolitiques et les nouveaux objectifs stratégiques liés à la préparation, à la sécurité et à la défense, la politique de cohésion doit rester au cœur des priorités politiques de l’UE et devrait être dûment financée par le cadre financier pluriannuel (CFP).

1.12.

Le CESE rappelle que le rôle des partenaires sociaux dans l’élaboration et la mise en œuvre des réformes du marché du travail, y compris concernant les mécanismes de fixation des salaires, conformément aux pratiques nationales en matière de dialogue social et de négociation collective, demeure essentiel. Les États membres devraient également exploiter l’expertise des organisations de la société civile actives dans les domaines de l’intégration sur le marché du travail et de l’inclusion sociale.

2. Observations générales

2.1.

Les lignes directrices pour l’emploi continuent d’apporter une contribution précieuse à la coordination et à la réforme des marchés du travail nationaux dans le cadre du Semestre européen, comme le prévoit l’article 148, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Les politiques économiques et de l’emploi de l’Union et de ses États membres devraient s’étayer mutuellement afin d’accroître la compétitivité et la productivité, d’améliorer les conditions de travail et de promouvoir une convergence socio-économique ascendante susceptible de déboucher sur une meilleure qualité de vie.

2.2.

Le CESE soutient la reconduction des lignes directrices pour l’emploi pour 2025, à la suite d’une mise à jour complète de celles-ci l’année dernière. Cette révision comprenait des références aux objectifs nationaux fixés pour 2030, facilitant le suivi de la mise en œuvre du plan d’action sur le socle européen des droits sociaux, qui fixe les grands objectifs de l’UE. Elle mettait davantage l’accent sur l’incidence des progrès technologiques et de l’intelligence artificielle. En outre, elle soulignait l’importance de remédier aux pénuries de main-d’œuvre et de compétences, y compris au moyen d’une migration légale, de manière à attirer des talents et des compétences provenant de pays tiers. Le Comité maintient que cette approche est appropriée, reconnaissant que les effets des réformes introduites tendent à se manifester après un certain laps de temps.

2.3.

Le CESE souscrit aux amendements proposés en 2025, qui visent à mieux refléter l’évolution du paysage géopolitique, notamment les nouveaux éléments liés aux tensions sur la politique commerciale, ainsi que l’initiative relative à l’union des compétences et la convergence sociale ascendante après la deuxième année de mise en œuvre du cadre de convergence sociale, et accordent une attention particulière à la compétitivité.

2.4.

Le CESE note que les tensions géopolitiques sont une source d’insécurité économique et sociale. La politique de cohésion doit être dûment intégrée au CFP, y compris pour ce qui concerne les nouveaux objectifs stratégiques liés à la préparation, à la sécurité et à la défense.

2.5.

Le Semestre européen s’aligne désormais également sur la boussole pour la compétitivité, qui, comme indiqué dans la proposition de la Commission, fournit un cadre pour relancer la compétitivité en comblant l’écart en matière d’innovation, en décarbonant notre économie, en réduisant les dépendances excessives, en renforçant la sécurité et en définissant des catalyseurs horizontaux tels que, parmi d’autres, les compétences, des emplois de qualité et l’équité sociale. Ces différentes mesures, tout comme le cadre de convergence sociale, contribueront à rendre les marchés du travail plus inclusifs.

2.6.

Le CESE observe que les lignes directrices sont conformes au nouveau cadre de gouvernance économique de l’Union, entré en vigueur le 30 avril 2024. Il souligne que les ressources limitées disponibles doivent être utilisées de manière à maximiser leur incidence sur des groupes ciblés et à promouvoir des marchés du travail inclusifs, compte tenu également des objectifs nationaux fixés pour 2030. Il convient de trouver un équilibre entre la nécessaire discipline budgétaire et la préservation des investissements qui s’imposent dans les politiques sociales nationales.

2.7.

Les réformes du marché du travail doivent faire l’objet d’une étude attentive et être correctement conçues avec la participation significative des partenaires sociaux et, séparément, des organisations de la société civile concernées qui sont actives dans les domaines de l’intégration sur le marché du travail et de l’inclusion sociale.

3. Observations particulières

3.1. Ligne directrice no 5: stimuler la demande de main-d’œuvre

3.1.1.

Le CESE constate avec satisfaction que, malgré un ralentissement économique, la croissance de l’emploi a été soutenue entre 2023 et 2024, de même qu’en 2025, et que l’UE reste sur la bonne voie pour atteindre son grand objectif en matière de taux d’emploi d’ici à 2030 (1). Toutefois, la croissance de l’emploi a été plus prononcée dans les secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre relativement importantes (2), et l’UE continue de faire face à des taux d’inactivité (notamment chez les personnes handicapées (3) , (4)), à des taux de chômage des femmes (5) et des jeunes (6) relativement élevés, qui restent une préoccupation permanente (7). Le CESE note également que de nombreux travailleurs dans l’ensemble de l’Union sont toujours confrontés à la précarité de l’emploi et à de faibles salaires, pour des raisons qui sont multiples.

3.1.2.

Les tendances démographiques, le développement technologique et la double transition figurent parmi les principaux facteurs à l’origine de ces pénuries et de ces exigences en matière de compétences. Les pénuries de main-d’œuvre qualifiée touchent tous les secteurs (8) et les entreprises de toutes tailles, et entravent l’activité économique, la croissance et le progrès social (9).

3.1.3.

C’est désormais la croissance de l’emploi plus que la productivité qui stimule la croissance du PIB dans la plupart des États membres. Le CESE reconnaît que la faiblesse persistante de la productivité du travail (10) a une incidence négative sur la compétitivité, la croissance économique, la création d’emplois (11) et le niveau de vie. Compte tenu du déclin démographique, les moyens d’accroître la productivité peuvent inclure des investissements dans la numérisation et la robotisation, les nouvelles technologies, la R&I, l’éducation et la formation. L’augmentation des investissements dans l’éducation et les compétences est un outil puissant pour augmenter les revenus et créer des emplois de qualité, et constitue une mesure préventive efficace contre l’exclusion, la marginalisation et les inégalités.

3.1.4.

Le travail indépendant connaissant, depuis 2022, une tendance à la baisse (12), qui varie d’un pays et d’un secteur à l’autre, le CESE souligne la nécessité de soutenir le véritable travail indépendant choisi. En outre (13), il convient de mettre davantage l’accent sur les compétences entrepreneuriales à tous les niveaux d’enseignement, ainsi que sur le renforcement de la culture financière, afin de stimuler les perspectives de revenus, la productivité, mais aussi l’évolution des carrières.

3.2. Ligne directrice no 6: renforcer l’offre de main-d’œuvre et améliorer l’accès à l’emploi ainsi que l’acquisition de qualifications et de compétences tout au long de la vie

3.2.1.

Le CESE note avec inquiétude que la plupart des États membres restent en deçà de leurs objectifs nationaux en matière d’éducation et de formation des adultes à l’horizon 2030 (14). Toutefois, ce constat est tiré de l’enquête sur l’éducation des adultes, qui exclut quatre types d’activités d’apprentissage non formel de la collecte de données: les cours, les ateliers ou séminaires, la formation encadrée sur le lieu de travail (périodes prévues d’enseignement, d’instruction ou de formation dispensés directement sur le lieu de travail, organisés par l’employeur avec l’aide d’un instructeur), et les cours privés. Les données ne reflètent donc pas pleinement la réalité des activités d’apprentissage entreprises. Les États membres, en consultation avec les partenaires sociaux et les organisations de la société civile concernées, doivent être associés à la mise en œuvre de solutions nationales efficaces pour garantir le droit à la formation et à l’apprentissage tout au long de la vie tel que le prévoit le socle européen des droits sociaux, et, le cas échéant, dans un contexte national, remédier aux obstacles et au manque de motivation en matière de qualification et de perfectionnement professionnel.

3.2.2.

Le CESE soutient (15) l’ambition qui sous-tend l’union des compétences et souligne l’importance stratégique d’une éducation inclusive et de haute qualité et d’une main-d’œuvre qualifiée en tant que composantes essentielles de la compétitivité de l’UE et de l’amélioration des conditions de travail.

3.2.3.

Les compétences de base sont essentielles. La baisse des résultats dans les écoles primaires, qui dégringolent dans la plupart des États membres, entrave les progrès en matière d’enseignement et de formation professionnels, d’enseignement supérieur et d’éducation et de formation des adultes. Les programmes de formation professionnelle sont souvent en retard par rapport à l’évolution des exigences en matière de compétences. Des efforts sont nécessaires pour renforcer la réputation de l’enseignement et de la formation professionnels, en les rendant plus attrayants, inclusifs et innovants, y compris pour les personnes handicapées, en tenant compte de leurs besoins.

3.2.4.

Le CESE constate la lenteur des progrès en matière d’éducation et d’accueil de la petite enfance ces dix dernières années, avec des différences notables entre les États membres. Un point positif qui mérite d’être signalé est que l’abandon précoce de l’éducation et de la formation diminue dans l’ensemble de l’UE, même s’il reste problématique, notamment chez les jeunes hommes. S’attaquer à cette question peut avoir une incidence favorable sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, l’égalité entre les hommes et les femmes et le développement des enfants, et améliorer ainsi la participation des femmes au marché du travail et leurs possibilités d’emploi.

3.2.5.

Pour façonner l’avenir de l’économie européenne et réduire les écarts en matière de productivité et d’innovation, il convient d’être plus ambitieux en ce qui concerne le développement de talents de premier ordre dans les STIM et l’IA. La maîtrise de l’intelligence artificielle devrait être reconnue comme l’une des principales compétences et intégrée dans des stratégies plus larges d’apprentissage tout au long de la vie. L’éducation et la formation, la promotion de l’inclusion et les mesures visant à attirer les groupes sous-représentés, en particulier les femmes, sont importantes.

3.2.6.

Le CESE réaffirme que si l’Europe veut devenir plus attrayante pour les talents du monde entier, elle doit faire en sorte de disposer de procédures administratives rationalisées, de mesures visant à faciliter la délivrance de visas et de voies accélérées pour les migrants qualifiés dans les secteurs stratégiques, tout en s’assurant que ces derniers bénéficient d’un accès et d’un traitement égaux et équitables sur le marché du travail de l’UE et sans perdre de vue le risque d’exode des cerveaux que cela peut entraîner dans les pays d’origine.

3.2.7.

Malheureusement, malgré les progrès accomplis, les femmes et les jeunes, de même que les personnes âgées peu ou moyennement qualifiées ou handicapées et les migrants, restent sous-représentés sur le marché du travail, selon le contexte propre à chaque pays. Le CESE convient que, dans le cadre de l’union des compétences, il y a lieu d’accorder une attention particulière à ces groupes, y compris ceux issus de zones rurales et à faible densité de population. Les espaces d’apprentissage communautaires proposés dans la communication sur l’union des compétences peuvent être développés grâce aux centres communautaires d’apprentissage tout au long de la vie du Cedefop (16).

3.2.8.

Il est essentiel que les États membres renforcent l’attractivité du marché du travail, étant donné qu’une proportion élevée de personnes ne faisant pas partie de la population active peut entraver la croissance économique et, partant, la productivité et la compétitivité. Cet objectif peut être atteint au moyen de mesures structurelles visant à faciliter l’inclusion des groupes vulnérables en s’appuyant sur une combinaison de politiques nationales appropriées, comme par exemple des prestations liées à l’emploi (17) pour accroître l’employabilité, le perfectionnement et la reconversion professionnels des personnes peu qualifiées, la combinaison de revenus provenant de diverses sources comme le travail à temps partiel et les allocations familiales, afin d’encourager les parents à réintégrer plus rapidement le marché du travail, la promotion de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée grâce à une organisation souple du travail et au soutien à des arrangements contractuels divers mais prévisibles, ou encore la garantie d’accès à des catalyseurs horizontaux fiables et de qualité dans le domaine des services publics, tels que les transports et les services d’accueil, tout en éliminant les attitudes discriminatoires et en soutenant les mesures en faveur d’aménagements raisonnables au travail pour les personnes handicapées (18).

3.3. Ligne directrice no 7: améliorer le fonctionnement des marchés du travail et l’efficacité du dialogue social

3.3.1.

Le CESE se félicite de la baisse du chômage de longue durée dans l’ensemble de l’UE, en particulier dans les États membres où les taux étaient les plus élevés. Toutefois, la participation aux politiques actives du marché du travail varie encore considérablement d’un État membre à l’autre. Dans ce contexte, le rôle des partenaires sociaux dans l’élaboration et la mise en œuvre des réformes du marché du travail par le dialogue social et la négociation collective demeure essentiel. Leur contribution est déterminante lorsqu’il s’agit de proposer des solutions spécifiques au niveau approprié (national/sectoriel/entreprise).

3.3.2.

Le CESE convient (19) que la consultation des organisations de la société civile peut également être cruciale pour élaborer des politiques efficaces et inclusives.

3.3.3.

Dans un contexte de déclin des taux de chômage, le CESE se félicite des efforts déployés par de nombreux services publics de l’emploi afin de mettre davantage l’accent sur les mesures d’activation ainsi que sur les compétences et le soutien aux travailleurs confrontés à des transitions professionnelles dans le but de favoriser les transitions écologique et numérique, et encourage les autres à suivre cette voie. Le Comité souligne qu’il convient de prêter une attention spécifique aux jeunes, en facilitant le passage de l’école au monde du travail. La mise en œuvre intégrale de la garantie pour la jeunesse est essentielle.

3.4. Ligne directrice no 8: promouvoir l’égalité des chances pour tous, favoriser l’inclusion sociale et combattre la pauvreté

3.4.1.

Le CESE soutient pleinement les efforts visant à promouvoir l’égalité des chances pour tous et des marchés du travail inclusifs, et à attirer davantage de travailleurs vers l’emploi ou des activités professionnelles. Il est aujourd’hui encore plus crucial, en raison des pénuries de compétences et de main-d’œuvre et de la pression exercée sur les budgets publics, de disposer de marchés du travail inclusifs.

3.4.2.

Malgré les crises récentes qui ont eu une incidence sur la situation socio-économique de l’UE (crise de la COVID-19, coûts élevés de l’énergie, inflation et coût de la vie), la pauvreté a diminué (20). Toutefois, les avancées dans la réalisation des objectifs nationaux de réduction de la pauvreté varient considérablement d’un État membre à l’autre. Cela est particulièrement vrai pour la pauvreté infantile, dont les taux, bien que globalement stables, restent alarmants, malgré une légère baisse en 2023. Le CESE estime que les stratégies visant à améliorer la productivité et à créer de l’emploi ainsi que des mesures efficaces de réduction de la pauvreté des travailleurs soutenues par des régimes de protection sociale sont au cœur de la lutte contre la pauvreté. Une évaluation régulière des mesures prises au niveau national, ainsi que leur réexamen le cas échéant, sont essentiels pour réaliser les changements souhaités et favoriser une meilleure qualité de vie. Les partenaires sociaux et organisations de la société civile jouent un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté.

3.4.3.

Le CESE est préoccupé par le fait que la pauvreté des travailleurs dans l’ensemble de l’Union est plus élevée chez les citoyens de pays tiers (22,5 %) et ceux nés en dehors de l’Union (18,5 %), ainsi que chez les travailleurs peu instruits (18,4 %), à temps partiel (12,6 %) ou temporaires (12,6 %) et au sein des ménages ayant des enfants à charge (10,0 %) (21). La pauvreté des travailleurs est une question complexe, qui requiert une approche globale. Pour lutter contre ce phénomène, des mesures telles que des politiques actives du marché du travail, l’éducation et la formation, un soutien à la création d’emplois de qualité, des salaires équitables qui correspondent à l’évolution de la productivité et des logements abordables sont nécessaires. La mise en place de conditions propices à la négociation collective est également une mesure efficace.

3.4.4.

L’évolution démographique pose des défis importants aux systèmes de protection sociale et met à mal leur capacité à garantir des régimes de retraite et des soins de longue durée adéquats et viables sur le plan budgétaire. Dans ce contexte, en tenant compte de la diversité des pratiques et modèles nationaux et du rôle des partenaires sociaux et de la négociation collective, il est essentiel, au niveau national, de procéder à une évaluation du rôle des pensions de retraite complémentaires en complément des régimes publics de retraite et, le cas échéant, de développer celui-ci. À cet égard, la culture financière est importante pour permettre aux individus de mieux comprendre d’autres formes d’aide supplémentaire au revenu pour leur retraite (22).

3.4.5.

Il est primordial de relever les défis structurels, notamment la disponibilité, le caractère abordable et la qualité des soins de longue durée, qui sont également aggravés par les pénuries de main-d’œuvre et de compétences.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Commission européenne, Rapport conjoint sur l’emploi 2025.

(2) Commission européenne, Rapport conjoint sur l’emploi 2025.

(3) En 2024, le taux d’emploi des personnes handicapées s’élevait à 51,8 %, soit 24 points de pourcentage de moins que le taux d’emploi global de 75,8 % (Eurostat).

(4) Voir également Avis du Comité économique et social européen — Promouvoir l’intégration sociale des personnes handicapées et des personnes ayant une capacité de travail altérée (avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise) (JO C, C/2024/6875, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6875/oj).

(5) Taux d’emploi des femmes de 70,8 %, contre 80,8 % pour les hommes en 2024 (Eurostat).

(6) Voir également Avis du Comité économique et social européen sur le thème «L’égalité de traitement des jeunes sur le marché du travail» (avis d’initiative) ( JO C 293 du 18.8.2023, p. 48).

(7) Le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) s’élevait à 14,6 % en 2022 et 2023, avant d’augmenter légèrement pour atteindre 14,9 % en 2024 (Eurostat).

(8) Les pénuries de compétences et de main-d’œuvre sont particulièrement persistantes dans les secteurs des soins de santé, des STIM (notamment les TIC), de la construction, des transports et dans certaines professions liées aux services (par exemple, les cuisiniers et les serveurs). Les pénuries de main-d’œuvre dans l’industrie manufacturière sont particulièrement élevées et continuent de croître dans certains pays (Eurofound, Enquête sur les entreprises en Europe 2019; Commission européenne, Rapport 2023 sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe: remédier aux pénuries de main-d’œuvre et aux déficits de compétences dans l’UE).

(9) Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — L’union des compétences [COM(2025) 90 final] — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur un plan d’action en matière de compétences de base [COM(2025) 88 final] — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Un plan stratégique pour l’éducation dans les STIM: des compétences au service de la compétitivité et de l’innovation [COM(2025) 89 final] (JO C, C/2025/5159, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5159/oj).

(10) Commission européenne, Rapport conjoint sur l’emploi 2025.

(11) La croissance de la productivité s’élevait en moyenne à 1,4 % avant 2007, avant de tomber à 0,8 % entre 2010 et 2019, et de poursuivre son déclin pour atteindre 0,7 % en 2023 (Commission européenne, Rapport 2024 sur l’évolution du marché du travail et des salaires en Europe).

(12) 10,5 % en 2024 contre 11,7 % en 2022 (Eurostat).

(13) Avis du CESE sur le thème «Union des compétences» (JO C, C/2025/5159, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5159/oj).

(14) De 37,4 % en 2016 à 39,5 % en 2022 (rapport conjoint sur l’emploi 2025).

(15) Avis du CESE sur le thème «Union des compétences» (JO C, C/2025/5159, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5159/oj).

(16) Avis du CESE sur le thème «Union des compétences» (JO C, C/2025/5159, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5159/oj).

(17) L’OCDE définit les prestations liées à l’emploi comme «des crédits ou abattements d’impôt permanents liés à l’emploi, ou des régimes équivalents de prestations liés à l’emploi, conçus dans le double but de réduire la pauvreté des travailleurs et de renforcer les incitations au travail pour les travailleurs à faibles revenus».

(18) Lignes directrices pour l’emploi de 2025.

(19) Commission européenne, Rapport conjoint sur l’emploi, 2025.

(20) En 2023, le nombre de personnes exposées à des risques de pauvreté ou d’exclusion sociale a diminué de 703 000 par rapport à 2022 et de 1 571 000 par rapport à l’année de référence 2019. Cette dernière lecture des données représente la deuxième année consécutive de diminution, après une période de stabilité entre 2018 et 2021. Rapport conjoint sur l’emploi 2025.

(21) Commission européenne, Rapport conjoint sur l’emploi 2025.

(22) Avis du Comité économique et social européen — Compétences et éducation des Européens en matière financière (avis exploratoire à la demande de la Commission européenne) (JO C, C/2025/5149, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5149/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/34/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)