Avis institutionnel52025AE2283

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 575/2013 concernant les exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit pour ce qui est des exigences relatives aux expositions de titrisation [COM(2025) 825 final — 2025/0825 (COD)] — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2017/2402 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2017 créant un cadre général pour la titrisation ainsi qu’un cadre spécifique pour les titrisations simples, transparentes et standardisées [COM(2025) 826 final — 2025/0826 (COD)]

CELEX52025AE2283
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen porte sur deux propositions législatives visant à modifier le cadre prudentiel des banques (règlement CRR) et le cadre général de la titrisation (règlement STS). L'objectif est d'ajuster les exigences de fonds propres applicables aux expositions de titrisation et d'affiner les critères des titrisations simples, transparentes et standardisées, afin de stimuler le marché de la titrisation en Europe tout en préservant la stabilité financière.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/32

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 575/2013 concernant les exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit pour ce qui est des exigences relatives aux expositions de titrisation

[COM(2025) 825 final — 2025/0825 (COD)]

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2017/2402 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2017 créant un cadre général pour la titrisation ainsi qu’un cadre spécifique pour les titrisations simples, transparentes et standardisées

[COM(2025) 826 final — 2025/0826 (COD)]

(C/2026/32)

Rapporteur:

Petru Sorin DANDEA

Corapporteur:

Kęstutis KUPŠYS

Conseillères

Véronique ORMEZZANO (pour le groupe I)

Myriam VANDER STICHELE (pour le corapporteur)

Procédure législative

EU Law Tracker — 2025/0826 COD

EU Law Tracker — 2025/0825 COD

Consultations

Conseil de l’Union européenne, 15.7.2025

Parlement européen, 8.9.2025

Base juridique

Articles 114 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Documents de la Commission

COM(2025) 825 final — 2025/0825 (COD)

COM(2025) 826 final — 2025/0826 (COD)

Calendrier législatif — Résumé de la proposition (en anglais uniquement)

Objectifs de développement durable (ODD) pertinents

Objectif 8: Travail décent et croissance économique

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

5.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

98/0/0

1. RECOMMANDATIONS

Le Comité économique et social européen (CESE):

1.1.

demande qu’un soutien soit apporté aux objectifs fixés dans les propositions de la Commission européenne (1), à savoir la relance du marché de la titrisation d’une manière qui soit dûment ciblée et calibrée, dans le but notamment de contribuer au financement des objectifs stratégiques de l’Union européenne, en ce compris les investissements dans les transitions écologique, numérique et sociale, en espérant, sans toutefois pouvoir le garantir, que les banques aient recours au capital dit «libéré» pour octroyer des prêts plus nombreux et plus abordables aux ménages et aux entreprises de l’Union, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME); recommande que la révision des modèles de déclaration prévoie d’y inclure des informations standardisées en matière environnementale, sociale et de gouvernance (ESG);

1.2.

demande que soit prise en compte l’observation faite par les autorités européennes de surveillance (AES) (2) et par le CESE dans son avis d’initiative de 2024 (3), à savoir que le recalibrage des exigences prudentielles ne suffira pas, à lui seul, à garantir la relance du marché de la titrisation; recommande que des mesures supplémentaires soient prises, outre le paquet «titrisation» et les mesures stratégiques liées à l’union de l’épargne et des investissements, pour remédier aux faiblesses fondamentales qui grèvent actuellement le financement de l’économie réelle, et que parallèlement à ces mesures, le marché des actions de l’Union soit lui aussi développé (4);

1.3.

souligne qu’il y a lieu de trouver le bon équilibre entre, d’une part, la réduction des obstacles injustifiés à l’émission et à l’investissement et d’autre part, le cadre prudentiel d’ensemble de l’Union en vigueur actuellement en matière de titrisation, lequel a été introduit après la crise financière mondiale, tout en évitant d’induire des risques, qu’ils menacent la stabilité financière, l’intégrité du marché ou la protection des investisseurs, ou qu’ils soient d’ordre climatique ou liés à l’intermédiation financière non bancaire, ou encore les risques de contagion et la concentration des risques; met en évidence la préséance qu’il faut accorder au bon fonctionnement des institutions du secteur bancaire et des marchés des capitaux, ainsi qu’à l’amélioration de l’emploi des capitaux, plutôt qu’aux effets minimes qui pourraient découler des modifications législatives proposées; insiste pour que l’on évite, dans la mesure du possible, d’affaiblir d’une quelconque manière les garanties offertes aux banques ou de s’écarter des normes internationales, de manière à maintenir toute la rigueur des normes élaborées au niveau international et à prévenir ainsi les risques systémiques émergents à l’échelle mondiale;

1.4.

propose une harmonisation des différentes clauses de suivi, d’établissement de rapports et de révision que compte la proposition afin de disposer d’une meilleure analyse de l’impact des modifications sur la propension des établissements de crédit à octroyer davantage de prêts aux ménages et aux entreprises, y compris aux PME (5); suggère la mise en place d’un mécanisme de suivi accéléré par lequel les organismes de contrôle bancaire peuvent examiner chaque année si le capital «libéré» se traduit par l’octroi volontaire et plus fréquent, par les banques, de prêts plus abordables en faveur de l’économie réelle, des ménages et des PME, ou s’il donne lieu à davantage d’actifs titrisés non conservés, à la détention d’actifs titrisés à titre de sûretés pour obtenir des liquidités de la banque centrale, ou à la distribution de dividendes aux actionnaires et au rachat d’actions à ces derniers; recommande d’abaisser à deux ans les périodes de réexamen et d’établissement de rapports par la Commission et les AES, et d’inclure les résultats du mécanisme accéléré de suivi dans les rapports bisannuels qui doivent être publiés, sur la base de la coopération entre les AES et la Commission; préconise que tout réexamen de la législation évalue s’il y a lieu de prévoir d’autres mesures et conditionnalités, compte tenu de la nécessité urgente d’accroître les mécanismes de financement alternatifs;

1.5.

invite les colégislateurs à soutenir les propositions de la Commission en faveur d’une surveillance plus cohérente, homogène et harmonisée, et dotée de ressources suffisantes, de sorte à former une solution intermédiaire pragmatique à la problématique que représente la mise en place d’une surveillance plus centralisée, à laquelle le CESE est favorable (6);

1.6.

sollicite un ajustement de certaines propositions du paquet législatif, en particulier celles qui pourraient nuire à son efficacité. Il pourrait s’agir, par exemple, 1) de corriger certaines incohérences en matière de calibrage et de définition, notamment en ce qui concerne les «positions résilientes»; 2) de veiller à ce que les propositions techniques visant à rendre les planches de pondération de risque «sensibles aux risques» évitent l’écueil du risque de modélisation et l’arbitrage entre les banques dotées de systèmes de notation interne (NI) et les banques qui adoptent l’approche standard (SA); 3) d’examiner plus avant la proposition visant à calibrer les titrisations simples, transparentes et standardisées (STS) autres que de rang supérieur ainsi que les expositions autres que STS pour les investisseurs en assurances; et 4) d’inverser la possibilité de dérogation (suppression de l’exigence de non-rétention) lorsque la titrisation comprend une tranche de première perte garantie par des entités publiques;

1.7.

demande que des mesures supplémentaires soient prises afin de préserver la relation de longue durée entre les prêteurs et les emprunteurs à chaque étape du processus de titrisation de prêt. Ceci vaut notamment lors de la phase d’initiation du prêt, pendant la période de gestion du prêt, et lorsque la restructuration des paiements apporterait le soutien financier nécessaire, de telle manière que les droits à l’emprunt de la clientèle que sont les ménages et les PME soient maintenus dans un cadre réglementaire et de surveillance strict; insiste pour que l’on assure la transparence de toutes les relations tout au long du processus de titrisation, et que l’on s’abstienne de déplacer le processus d’initiation des prêts vers des acteurs non bancaires peu ou pas réglementés, comme le secteur des crédits privés, ou encore de transférer les processus de titrisation vers des juridictions où une planification fiscale agressive est possible.

2. NOTES EXPLICATIVES

Arguments à l’appui de la recommandation 1.1

2.1.

Le présent avis porte sur les propositions COM(2025) 825 final et COM(2025) 826 final, qui relèvent de la communication de la Commission intitulée «Union de l’épargne et des investissements — Une stratégie destinée à favoriser la richesse des citoyens et la compétitivité économique dans l’UE» (7).

2.2.

S’il fonctionne bien, le marché européen de la titrisation peut contribuer à accroître le montant du financement disponible pour l’économie réelle, et s’il est correctement calibré, il peut aider à renforcer la croissance économique et faciliter le financement des objectifs stratégiques de l’UE, y compris les investissements dans la transition écologique, numérique et sociale, comme l’affirme la Commission européenne dans sa proposition. En tant qu’instrument d’investissement, la relance de la titrisation pourrait convenir à la méthode de gestion des risques de divers investisseurs et contribuer ainsi à un marché financier plus dynamique.

2.3.

Le CESE relève également, comme l’indiquent les exposés des motifs des propositions, qu’il est attendu des banques qu’elles utilisent le capital susceptible d’être ajouté à leur bilan (dit «capital libéré») pour accorder des prêts plus nombreux et plus abordables aux ménages et aux entreprises, y compris aux PME. Toutefois, les opérations de prêt étant du ressort des banques, il est impossible de garantir que les volumes financiers supplémentaires générés par la titrisation seront dirigés vers les PME.

2.4.

Comme indiqué dans le document de travail des services de la Commission [SWD(2025) 825 final], l’initiative en vue de réviser le cadre relatif à la titrisation ne vise ni à atteindre un objectif spécifique s’agissant du niveau de croissance de la titrisation, ni à introduire des conditions particulières applicables aux banques.

2.5.

Il reste à voir si les modifications relatives aux exigences relatives aux titrisations STS (articles 20, 26 ter, 26 quater et 26 sexies) (8), qui visent à abaisser de 100 % à 70 % la part du panier d’expositions sous-jacent devant être constituée de prêts aux PME, aboutiront effectivement à un accès plus flexible, pour les banques de petite et moyenne taille, aux marchés de la titrisation avec des portefeuilles moins granulaires, tels que les prêts-projets.

2.6.

Dans son avis d’initiative (9), le CESE indique expressément que la titrisation peut jouer un rôle positif dans le financement de la transition écologique, par exemple en favorisant davantage les prêts destinés à la rénovation de biens immobiliers afin de les rendre résilients face au changement climatique. Le cadre actuel n’impose toutefois aux initiateurs d’opérations de titrisation qu’une obligation limitée de publier des informations en matière de durabilité. L’extension des obligations de publication existantes en matière environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) à tous les émetteurs de titrisations et à un plus large éventail d’actifs titrisés, en sus des règles intégrées au règlement sur les obligations vertes européennes, ou la mise en place d’un cadre spécifique et bien défini pour la «titrisation verte», pourrait présenter une valeur ajoutée pour les investisseurs. À cet effet, la révision des modèles de déclaration devrait prévoir d’y inclure des informations ESG standardisées.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.2

2.7.

Un rapport du comité mixte des autorités européennes de surveillance (10) indique que si l’on se concentre uniquement sur le cadre prudentiel, sur la supposition qu’il existe des barrières à l’entrée pour les émetteurs et les investisseurs, ou encore sur les incitations faussées concernant tous les instruments et acteurs du marché des capitaux, il ne peut être tenu compte de la nature interconnectée et complexe des facteurs en jeu, notamment l’impact des exigences en matière de diligence appropriée et de transparence. Par conséquent, le cadre prudentiel en soi est loin d’être le seul facteur qui entrave la croissance d’un marché de la titrisation. Remédier aux divers obstacles qui entravent l’investissement — en particulier dans le domaine des assurances — et nuisent à la liquidité du marché devrait contribuer à réduire les barrières à l’entrée.

2.8.

Dans son avis d’initiative (11), le CESE a également émis des réserves, affirmant que le recalibrage des exigences prudentielles ne pourrait garantir à lui seul la relance du marché de la titrisation.

2.9.

L’Europe doit remédier aux faiblesses qui ébranlent les fondements du financement actuel de l’économie réelle, notamment au moyen de fonds propres. À cet égard, on pourrait suivre cette voie en ce qui concerne, par exemple, le modèle fiscal qui favorise le financement des entreprises par l’endettement plutôt que par les fonds propres.

2.10.

Le CESE estime qu’en raison de son caractère fragmenté, le secteur financier de l’UE dispose d’un potentiel inexploité. Au terme d’une décennie de débats au sujet de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux, les progrès accomplis se révèlent pour le moins décevants. Si la titrisation peut contribuer aux financements et à la prise de risques au-delà des frontières, y compris de la part d’investisseurs de pays tiers, lesquels représentent actuellement la grande majorité des investisseurs, la feuille de route ne devrait toutefois pas perdre de vue les facteurs de plus grande envergure qui font obstacle au marché unique du financement.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.3

2.11.

Le CESE demande instamment que des efforts soient déployés pour éviter d’affaiblir les garanties offertes aux banques et, surtout dans le contexte géopolitique actuel, que l’on évite de fragiliser les normes élaborées au niveau international, ce qui pourrait accroître les risques systémiques mondiaux.

2.12.

Le CESE tient à rappeler que la titrisation des crédits hypothécaires à risque a été l’un des principaux facteurs qui ont nourri la crise financière mondiale. Bon nombre de ces actifs titrisés avaient reçu les notations les plus élevées des agences de notation, entraînant une prise de risque excessive de la part de certaines banques et certains investisseurs. La titrisation peut être risquée si la qualité des actifs inclus dans les produits titrisés est mal connue. Les investisseurs doivent en effet connaître la qualité des actifs sous-jacents d’un produit titrisé afin de pouvoir évaluer avec précision les risques qu’ils prennent.

2.13.

Cette tendance à la prise de risque excessive de la part des banques et des investisseurs a donné lieu à des réformes introduisant des garde-fous qui ont considérablement réduit les risques d’agence et de modèle, et offrent à présent la possibilité de réduire la non-neutralité des fonds propres qui a été introduite après la crise financière mondiale, précisément pour tenir compte des risques d’agence et de modèle observés à l’époque. Le CESE prend acte des mesures prises par la Commission européenne pour évaluer les exigences de fonds propres applicables aux compagnies d’assurance opérant selon la formule standard.

2.14.

Les règles globales actuelles en matière de titrisation, instaurées après les réformes, en particulier dans le domaine prudentiel, sont considérées comme suffisantes et globalement satisfaisantes. L’approche de la Commission devrait préserver le cadre général de la titrisation et garantir le respect de normes élevées en matière de transparence, de protection et de surveillance des investisseurs lorsqu’il s’agit de réduire les coûts prudentiels et administratifs indus pour les émetteurs et les investisseurs.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.4

2.15.

Le CESE propose de rationaliser et d’harmoniser les différentes clauses relatives au suivi, à l’évaluation d’impact, à l’établissement de rapports et au réexamen, ainsi que d’accélérer leur exécution. Il s’agit d’adapter les articles suivants: le paragraphe (14) du préambule (modifié) et l’article 506 quinquies, paragraphes 1 et 2, du document COM(2025) 825 final; l’article 44, point a), et l’article 46, point b), du document COM(2025) 826 final; l’article 13 modifié et l’ajout au paragraphe 15 du règlement délégué de la Commission modifiant le règlement délégué (UE) 2015/61; et le document SWD(2025) 825 final, pp. 77-78. Compte tenu de la nécessité urgente d’accroître les sources alternatives de financement, il est extrêmement important de contrôler si le capital «libéré» est effectivement utilisé au profit de l’économie et de l’ensemble des entreprises et des ménages de toute l’UE. La Commission reconnaît elle-même les limites de sa proposition, puisque dans son exposé des motifs, elle affirme seulement espérer, sans toutefois pouvoir le garantir, que les banques «[profiteront] de l’allègement des exigences de fonds propres qui en résulte pour accorder plus de prêts».

2.16.

Pour que la proposition du CESE produise les effets escomptés, les conditions suivantes doivent être rassemblées: 1) l’ensemble des exigences en matière de suivi, d’évaluation et de réexamen figurant dans les articles susmentionnés doivent rationaliser les différentes lignes directrices et indicateurs utilisés pour évaluer et établir des rapports sur la manière dont le cadre modifié sur la titrisation contribue au financement de l’économie de l’UE et à un accroissement des prêts accordés par les établissements de crédit aux entreprises européennes, notamment les PME, et aux ménages; 2) les périodes d’évaluation et de diffusion publique d’informations devraient être abaissées à deux ans, puisque les articles susmentionnés prévoient à présent des périodes diverses de deux, trois, quatre et cinq ans; 3) la Commission européenne, le comité mixte des autorités européennes de surveillance, l’Autorité bancaire européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles doivent coopérer et coordonner leurs travaux en vue de produire les rapports bisannuels.

2.17.

Le Comité propose également que soit mis en place un mécanisme accéléré d’évaluation afin que les autorités de surveillance des banques puissent évaluer chaque année l’utilisation du capital «libéré». Les résultats de ce mécanisme accéléré devraient être inclus dans les rapports bisannuels susmentionnés. Au cours des dernières années, les banques n’ont pas connu de pénurie de fonds propres, et la BCE indique n’avoir observé aucun déficit de financement ces dernières années, pourtant caractérisées par un faible niveau de croissance et d’investissements (12). Selon l’analyse d’impact de la Commission (13), plus de 40 % des opérations de titrisation classique ont été utilisées comme garanties pour l’obtention de liquidités auprès de la BCE. Il est donc important de concentrer la réforme et son suivi sur le développement du marché de la titrisation non retenue. Le CESE estime qu’il importe d’évaluer soigneusement les effets négatifs qui peuvent se manifester lorsque le capital libéré par le recours accru à la titrisation est redistribué aux actionnaires, sous la forme de dividendes ou de rachats d’actions, ou lorsqu’il est utilisé à des fins spéculatives, plutôt que pour financer l’économie réelle, ou les PME en particulier. Le Comité ne doute pas que la BCE et les autorités nationales de surveillance supervisent déjà les politiques de dividende et de rachat de parts en ce qui concerne l’adéquation des fonds propres et l’expansion du crédit. Il reconnaît également qu’au vu de la situation actuelle sur les marchés financiers, des politiques stables en matière de dividendes contribuent à maintenir la confiance des investisseurs, à réduire le coût du capital et à lever de nouveaux fonds propres susceptibles de contribuer à la croissance des prêts.

2.18.

Le CESE estime que lors de toute révision législative proposée par la Commission sur la base du suivi et des évaluations figurant dans les rapports bisannuels, celle-ci doit envisager d’autres mesures et conditionnalités afin d’agir sur l’ensemble des facteurs, sans se limiter aux considérations relatives au faible niveau de l’offre et de la demande de titrisation.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.5

2.19.

À la lumière de ce qui précède, le Comité est favorable à une surveillance centralisée des opérations de titrisation par les AES, au regard des avantages qu’elle apporterait au plan du renforcement de l’expertise, de l’accès aux données et d’observation du marché, ainsi que des économies d’échelle. Un argument supplémentaire en faveur d’une telle surveillance centralisée réside dans le fait que la majorité des opérations de titrisation sont par nature transfrontières, c’est-à-dire qu’elles impliquent la mise en commun des risques et leur vente à des investisseurs dans tous les États membres. La surveillance centralisée devrait encourager les autorités de surveillance à coopérer plus étroitement, notamment en recueillant et en échangeant les données pertinentes et les évaluations des risques (14). Le CESE est donc favorable à la proposition de la Commission relative à la surveillance, dans l’optique d’une première démarche pragmatique en la matière.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.6

2.20.

Le CESE estime que la proposition de la Commission fait montre d’une prudence raisonnable, les attentes en matière d’information et de diligence appropriée restant largement supérieures à celles qui sous-tendent d’autres instruments financiers. Toutefois, l’abaissement effectif des planchers de pondération de risque pour les rendre «sensibles au risque» ne devrait pas se muer en mécanisme de modélisation des risques, dans la mesure où il deviendrait lui-même sensible au risque de modélisation. Comme la Commission l’a déjà souligné précédemment, le calibrage vise à donner des résultats «ambitieux (...) en termes de réduction des exigences de fonds propres» (15). Le CESE fait toutefois valoir que ces ambitions devraient renforcer les efforts visant à assurer un suivi étroit d’un point de vue microprudentiel et macroprudentiel.

2.21.

Le CESE considère par ailleurs qu’il serait possible pour les colégislateurs d’ajuster les propositions susceptibles de nuire à l’efficacité du paquet, notamment la définition des positions résilientes, certaines incohérences de calibrage entre positions résilientes et non résilientes, les titrisations STS et non STS, ainsi que d’autres critères spécifiques, tels que la définition de l’épaisseur minimale et l’accès pour les assureurs. En procédant à ces ajustements, il convient de veiller à ce que la titrisation soit accessible à un plus grand nombre de catégories d’actifs (y compris les actifs de haute qualité), d’émetteurs (y compris les banques de petite et moyenne taille qui utilisent l’approche standard) et d’investisseurs (y compris les assurances et les fonds). Il pourrait être nécessaire, pour atteindre les objectifs fixés par la Commission, de mener une évaluation plus approfondie des expositions STS autres que de rang supérieur en ce qui concerne les exigences de fonds propres applicables aux prestataires d’assurance opérant selon la formule standard.

2.22.

L’affirmation, figurant dans la proposition, selon laquelle une position de titrisation garantie par une banque multilatérale de développement ou une autre entité publique correspond à une pondération de risque de 0 % pourrait avoir des répercussions sur les finances publiques. Le simple fait qu’une banque multilatérale de développement garantisse intégralement une tranche de rang supérieur ne signifie pas que la situation présente un «faible risque» à l’échelle du système, comme en témoignent les exemples de Fannie Mae et Freddie Mac aux États-Unis. Il y a donc lieu de supprimer la possibilité de dérogation à l’exigence de non-rétention pour les titrisations garanties par des entités publiques.

Arguments à l’appui de la recommandation 1.7

2.23.

La crise financière mondiale s’est accompagnée de problèmes de restructuration des prêts. Les clients, tout particulièrement les ménages et les PME, étaient laissés dans l’ignorance et ne savaient pas à qui s’adresser. Le CESE fait observer que le paquet sur la titrisation doit introduire des mesures supplémentaires visant à préserver la relation entre prêteurs et emprunteurs tout au long de la période de prêt, notamment lorsque la restructuration des paiements pourrait apporter un soutien financier dûment réglementé. Lors du processus d’élaboration de toute nouvelle réglementation relative à la titrisation, les colégislateurs devraient faire montre de prudence et prévoir des mesures supplémentaires pour assurer la transparence de toutes les relations au long du processus de titrisation, en particulier lorsque les expositions de crédit sont déplacées du secteur réglementé vers une sphère peu ou pas réglementée, comme les crédits privés et d’autres intermédiaires financiers non bancaires (IFNB). Ces derniers devraient, à cette fin, faire l’objet d’un cadre réglementaire et de surveillance spécifique.

3. AMENDEMENTS PROPOSÉS À LA PROPOSITION LÉGISLATIVE DE LA COMMISSION

Amendement 1

COM(2025) 826 final, amendement portant sur l’article 44.

Texte proposé par la Commission

Amendement du CESE

L’article 44 est modifié comme suit:

a)

au premier alinéa, le point e) est remplacé par le texte suivant :

« e)

la contribution de la titrisation au financement des entreprises de l’Union et à l’économie de l’Union.»;

b)

le second alinéa est supprimé;

L’article 44 est modifié comme suit:

a)

au premier alinéa, le point e) n’est pas modifié :

b)

le second alinéa n’est pas supprimé;

c)

au premier alinéa, le point f) est ajouté comme suit:

« f)

la contribution de la titrisation au financement des entreprises de l’Union, en particulier des PME, ainsi qu’à celui des ménages et à l’économie de l’Union;»

Exposé des motifs

Il importe de préserver la transparence de l’ensemble du processus de titrisation et du cadre réglementaire en matière de fiscalité. Si l’on supprime l’obligation (au motif que les autorités de surveillance ne disposent pas des données nécessaires) d’évaluer si la localisation géographique des entités de titrisation a été choisie en raison de régimes fiscaux ou réglementaires favorables, il existe un risque de créer une faille dans la surveillance et d’entraîner une concurrence indue, un arbitrage réglementaire, une planification fiscale agressive et de possibles risques financiers ou menaçant la stabilité financière. En lieu et place de cette suppression, il serait plus judicieux de combler le manque de données en assurant la coopération avec les autorités fiscales et les experts. La cohérence des indicateurs d’évaluation et de suivi est indispensable pour évaluer la contribution du cadre de l’UE relatif à la titrisation au financement des entreprises de l’Union, en particulier des PME, ainsi qu’à celui des ménages et à l’économie de l’Union.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) COM(2025) 825 final, COM(2025) 826 final et SWD(2025) 825 final.

(2) Comité mixte des autorités européennes de surveillance, Joint Committee Advice on the Review of the Securitisation Prudential Framework , 12 décembre 2022 (en anglais uniquement).

(3) Avis du Comité économique et social européen — Révision du cadre juridique relatif à la titrisation dans l’UE (avis d’initiative) (JO C, C/2025/763, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/763/oj).

(4) Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Union de l’épargne et des investissements — Une stratégie destinée à favoriser la richesse des citoyens et la compétitivité économique dans l’UE [COM(2025) 124 final] (JO C, C/2025/5155, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5155/oj).

(5) Voir les articles énumérés au paragraphe 2.15.

(6) JO C, C/2025/763, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/763/oj.

(7) COM(2025) 124 final.

(8) COM(2025) 826 final.

(9) JO C, C/2025/763, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/763/oj.

(10) Comité mixte des autorités européennes de surveillance, Joint Committee Advice on the Review of the Securitisation Prudential Framework , 12 décembre 2022 (en anglais uniquement).

(11) JO C, C/2025/763, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/763/oj.

(12) Banque centrale européenne, rapport SAFE, juillet 2025; OCDE, Perspectives économiques de l’OCDE, juin 2025, pp. 72, 75, 77 et 78 (ces deux documents sont uniquement disponibles en anglais).

(13) SWD(2025) 825 final, p. 11 (en anglais uniquement).

(14) JO C, C/2025/763, 11.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/763/oj (paragraphe 3.3).

(15) COM(2025) 825 final.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/32/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)