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AccueilDroit européen52025DC0735
Acte préparatoire52025DC0735

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL sur le fonctionnement du marché européen du carbone en 2024

CELEX52025DC0735
TypeActe préparatoire
Datemercredi 3 décembre 2025

Résumé IA

Ce rapport de la Commission évalue le fonctionnement du système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'UE pour l'année 2024. Il analyse la mise en œuvre des réformes issues du paquet "Ajustement à l'objectif 55", notamment l'extension du SEQE à de nouveaux secteurs (maritime, bâtiment, transport routier) et le fonctionnement du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Le document fournit des données clés sur les prix du carbone, la liquidité du marché et l'utilisation des recettes, servant de base à d'éventuelles adaptations réglementaires.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 3.12.2025

COM(2025) 735 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

sur le fonctionnement du marché européen du carbone en 2024

{SWD(2025) 388 final}


Table des matières

1. Introduction

2. État d’avancement du SEQE de l’UE

2.1. Champ d’application et couverture

2.2. SEQE 2 – le nouveau système d’échange de quotas d’émission dans les secteurs du bâtiment et du transport routier et d’autres secteurs

2.3. Fonds social pour le climat

2.3.1. Plans sociaux pour le climat

3. Plafond des émissions

4. Mise aux enchères des quotas

4.1. Mise aux enchères et annulation de quotas en raison de l’extension du champ d’application du SEQE de l’UE au secteur maritime

4.2. Flexibilité au titre du règlement sur la répartition de l’effort

4.3. Annulation volontaire de quotas

5. Allocation de quotas à titre gratuit

5.1. Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

6. Marché du carbone de l’UE

6.1. Équilibre entre l’offre et la demande

6.2. Surveillance du marché

7. Tendances en matière d’émissions

7.1. Émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les installations

8. Recettes tirées du SEQE de l’UE

8.1. Aides pour compenser les coûts indirects

8.2. Fonds pour l’innovation du SEQE

8.3. Fonds pour la modernisation du SEQE

8.4. Fonds de décarbonation du SEQE pour la Grèce

9. Secteur de l’aviation

10. Transport maritime

11. Cadre de mise en œuvre du SEQE de l’UE

11.1. Surveillance et déclaration des émissions

11.1.1. Surveillance et déclaration des émissions provenant de l’incinération des déchets municipaux

11.1.2. Surveillance et déclaration des effets hors CO2 de l’aviation

11.2. Vérification et accréditation

11.3. Documents d’orientation

11.4. Autorités compétentes nationales

11.5. Conformité avec le SEQE de l’UE

11.6. Cadre de mise en œuvre pour le transport maritime

11.6.1. Surveillance et déclaration des émissions

11.6.2. Vérification et accréditation

11.6.3. Autorités responsables

11.6.4. Respect du SEQE de l’UE pour le transport maritime

11.6.5. Mise en œuvre du SEQE 2

12. Le SEQE de l’UE dans le contexte de la gouvernance climatique et énergétique de l’UE

13. Couplage du SEQE de l’UE et du SEQE de la Suisse

14. Synthèse



1.Introduction

Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE de l’UE) est l’une des pierres angulaires de la politique climatique de l’UE. Il a été conçu afin de réduire les émissions d’une manière efficace au regard des coûts. Conformément au principe du pollueur-payeur, il fixe un plafond et un prix pour les émissions des secteurs de l’énergie, de l’industrie et du transport maritime et d’une partie du secteur de l’aviation en Europe. Les émissions couvertes par le SEQE de l’UE représentent environ 40 % des émissions totales de l’UE.

Le plafond garantit que les émissions diminuent au fil du temps et que le prix du carbone, déterminé par le marché, incite les entreprises à déployer des solutions et à réaliser des investissements pour réduire leurs émissions, là où cela coûte le moins cher et de manière technologiquement neutre. Le prix du carbone détermine également les recettes générées par le SEQE de l’UE.

Depuis son lancement en 2005, le SEQE de l’UE a permis de réduire de 50 % les émissions provenant de la production d’électricité et de chaleur ainsi que de la production industrielle 1 et il est en bonne voie d’atteindre son objectif de réduction de 62 % fixé pour 2030 (par rapport à 2005). À ce jour, le système a généré quelque 248 milliards d’EUR de recettes tirées de la mise aux enchères des quotas, réparties principalement entre les budgets nationaux à utiliser pour l’action pour le climat et la transformation énergétique.

Le présent rapport fait le point sur le fonctionnement du SEQE de l’UE en 2024, en tenant également compte des évolutions pertinentes survenues au cours du premier semestre de 2025. Il fournit une vue d’ensemble actualisée des principaux aspects du cadre du système et met en lumière les évolutions annuelles.

Plus important encore, le rapport rappelle les tendances du SEQE de l’UE en matière d’émissions et de recettes tirées de la mise aux enchères des quotas. En 2024, les émissions couvertes par le SEQE de l’UE provenant des installations électriques et industrielles ont continué de diminuer, enregistrant une baisse de 5,8 % par rapport aux niveaux de 2023. Dans le secteur de l’aviation, les émissions intraeuropéennes ont augmenté de 15 % par rapport à 2023, en partie en raison de l’élargissement du champ d’application géographique (réinclusion des vols internationaux impliquant des régions ultrapériphériques). Dans le même temps, l’année 2024 a été la première année où les émissions du transport maritime ont été prises en compte dans le SEQE de l’UE.

Le total des recettes générées par le SEQE de l’UE en 2024 s’est élevé à 38,8 milliards d’EUR. Ces recettes ont été principalement allouées aux budgets des États membres, mais aussi aux fonds pour l’innovation et la modernisation ainsi qu’au budget de la facilité pour la reprise et la résilience pour le plan REPowerEU 2 . Le rapport décrit la manière dont les États membres ont utilisé leurs recettes du SEQE en 2024 et résume les évolutions dans le cadre des Fonds pour l’innovation et la modernisation.

Le rapport présente les ajustements du plafond du SEQE de l’UE qui prendront effet en 2026 en raison du réajustement prévu, de l’élargissement du champ d’application afin de couvrir davantage d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pour le transport maritime et d’une liste actualisée des petits émetteurs exclus du système.

Le rapport est présenté conformément à l’article 10, paragraphe 5, et à l’article 21, paragraphe 2, de la directive SEQE (directive 2003/87/CE) 3 . Il se fonde principalement sur les données du registre de l’Union ainsi que sur les rapports nationaux. Un document de travail des services de la Commission (Informations techniques) est joint au présent rapport. Le rapport a été rédigé avant la session du Conseil de l’Union européenne (Environnement) des 4 et 5 novembre 2025.

2.État d’avancement du SEQE de l’UE

Champ d’application et couverture

Le SEQE de l’UE s’applique dans les 27 États membres de l’UE, en Islande, au Liechtenstein et en Norvège, ainsi qu’aux installations de production d’électricité en Irlande du Nord 4 . Depuis janvier 2020, le SEQE de l’UE est couplé au système suisse d’échange de quotas d’émission (SEQE suisse).

Depuis 2024, le champ d’application sectoriel du SEQE de l’UE couvre les émissions de GES de plus de 12 000 entités provenant:

·des installations de production d’électricité et de chaleur et des installations de production en Europe;

·des exploitants d’aéronefs assurant des vols entre des aéroports situés dans l’Espace économique européen (EEE) et de l’EEE vers la Suisse et le Royaume-Uni;

·du transport maritime entre deux ports de l’EEE et lorsque les navires se trouvent dans des ports de l’EEE, ainsi que la moitié des émissions résultant de voyages à destination ou au départ de ports de l’EEE qui débutent ou se terminent en dehors de l’EEE.

Outre les émissions de CO2, le SEQE de l’UE couvre les émissions d’autres gaz à effet de serre provenant des installations de production d’électricité et de chaleur et des installations de production. Cela inclut:

·le N2O (protoxyde d’azote) provenant de la production d’acides nitrique, adipique et glyoxylique et de glyoxal;

·les PFC (hydrocarbures perfluorés) provenant de la production d’aluminium primaire.

Les émissions de CH4 (méthane) et de N2O (protoxyde d’azote) provenant des activités de transport maritime sont couvertes depuis janvier 2026.

En 2024, 23 pays ont déclaré la délivrance d’autorisations pour des activités relevant du SEQE-UE rejetant des émissions autres que le CO2. Quatre pays ont déclaré avoir inclus des activités de captage et de stockage du carbone dans les autorisations d’installation 5 .

Depuis 2024, les installations d’incinération des déchets municipaux surveillent et déclarent leurs émissions dans le cadre du SEQE de l’UE. Elles ne sont toutefois pas tenues de restituer des quotas pour leurs émissions. Les émissions provenant du traitement des déchets sont soumises à des objectifs nationaux de réduction au titre du règlement sur la répartition de l’effort [règlement (UE) 2018/842] 6 .

Des informations sur les installations, les exploitants d’aéronefs et les compagnies maritimes, ainsi que sur les émissions de GES déclarées dans le champ d’application du SEQE de l’UE (tel qu’il existait en 2024), figurent à la section 1 du document de travail des services de la Commission qui accompagne le présent rapport.

SEQE 2 – le nouveau système d’échange de quotas d’émission dans les secteurs du bâtiment et du transport routier et d’autres secteurs

Dans le cadre de la révision de 2023 de la directive SEQE, un nouveau système d’échange de quotas d’émission (SEQE 2) a été créé pour couvrir les émissions de CO2 dues à la combustion de combustibles dans les secteurs du bâtiment et du transport routier et d’autres secteurs (principalement les petites industries non couvertes par le SEQE de l’UE existant).

Le SEQE 2 est distinct du SEQE de l’UE existant. Si les deux sont des systèmes de plafonnement et d’échange, le SEQE 2 couvre les émissions en amont. Cela signifie que les fournisseurs de carburants (entités réglementées) sont tenus de surveiller et de déclarer les émissions correspondant à la combustion de carburants qu’ils mettent à la consommation dans les secteurs relevant du SEQE 2, ainsi que d’acheter et de restituer les quotas correspondant à ces émissions. À partir de janvier 2025, les entités réglementées relevant du SEQE 2 sont tenues de détenir une autorisation d’émettre des gaz à effet de serre (GES) ainsi qu’un plan de surveillance approuvé en vue de la surveillance et de la déclaration de leurs émissions annuelles.

La déclaration annuelle des émissions vérifiées sera obligatoire pour les émissions rejetées à partir de 2025, les rapports devant être remis au plus tard le 30 avril de l’année suivante, de sorte que les émissions pour 2025 devront être déclarées en 2026. Les entités réglementées devront restituer le nombre de quotas correspondant à leurs émissions au plus tard le 31 mai de l’année de déclaration. Cette obligation peut être reportée d’un an en cas de prix exceptionnellement élevés du gaz ou du pétrole au cours du premier semestre de 2026. Voir le chapitre 11 pour le cadre de mise en œuvre du SEQE 2 et les documents justificatifs.

En décembre 2024, la Commission a publié la quantité de quotas à l’échelle de l’UE pour le SEQE 2 en 2027. Ce plafond est fixé à 1 036 288 784 quotas pour 2027, pour l’EU-27 et les trois États de l’EEE-AELE. Le plafond du SEQE 2 pour 2027 a été calculé sur la base des émissions moyennes de CO2 résultant de la combustion de combustibles dans les activités du SEQE 2 de 2016 à 2018. Conformément à la directive SEQE, cette moyenne est réduite jusqu’en 2027 selon les modalités suivantes: i) jusqu’en 2024, une trajectoire de réduction linéaire compatible avec celle de toutes les émissions relevant du champ d’application du règlement sur la répartition de l’effort; et ii) pour les années 2025-2027, un facteur de réduction linéaire annuel de 5,1 %.

Le plafond du SEQE 2 applicable à partir de 2028 sera déterminé d’ici juin 2027, sur la base des émissions moyennes de CO2 déclarées par les entités réglementées relevant du SEQE 2 pour les années 2024 à 2026. Les États membres peuvent choisir d’inclure unilatéralement dans le SEQE 2 les émissions de CO2 provenant d’activités qui ne relèvent pas du champ d’application de la directive SEQE, sous réserve de l’approbation de la Commission européenne. À ce jour, la Commission a approuvé l’inclusion d’activités supplémentaires par l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède. Le plafond du SEQE 2 pour 2027 sera modifié afin de tenir compte des émissions supplémentaires résultant des inclusions nationales.

Le SEQE 2 complète les objectifs nationaux de réduction des émissions au titre du règlement sur la répartition de l’effort (RRE). Les États membres doivent mettre en œuvre des politiques complémentaires dans les secteurs relevant du SEQE 2 non seulement pour atteindre leurs objectifs, mais aussi pour garder le contrôle sur les prix du SEQE 2. En septembre 2025, la Commission a publié une vue d’ensemble des politiques et mesures efficaces susceptibles de contribuer à réduire les émissions dans les secteurs du transport routier et du bâtiment 7 .

Fonds social pour le climat

Le Fonds social pour le climat (FSC) a été créé parallèlement au SEQE 2 afin de fournir aux États membres un financement permettant de faire face aux incidences sociales découlant de l’inclusion des secteurs du bâtiment et du transport routier dans le nouveau système et de soutenir les groupes les plus vulnérables, en particulier les ménages en situation de précarité énergétique ou de précarité en matière de transport.

Le Fonds mettra à disposition 65 milliards d’EUR (en prix courants) sur la période 2026-2032, financés par les recettes affectées externes, générées principalement par la mise aux enchères des quotas du SEQE 2 ainsi que par la mise aux enchères de 50 millions de quotas du SEQE de l’UE existant (qui a déjà débuté en 2025). La dotation financière du Fonds allouée à chaque État membre a été établie sur la base d’indicateurs relatifs aux émissions, au profil de la population, à la précarité en matière d’énergie et de transport et à la prospérité relative. Les États membres devaient soumettre leurs plans sociaux nationaux pour le climat à la Commission pour approbation au plus tard le 30 juin 2025, en précisant la manière dont ils entendent dépenser leurs ressources du Fonds social pour le climat. En incluant une contribution minimale obligatoire de 25 % des États membres à leurs plans, le Fonds pour le climat mobilisera au moins 86,7 milliards d’EUR.

Plans sociaux pour le climat

Les plans sociaux pour le climat devraient comprendre une analyse des effets probables du SEQE 2 sur les groupes vulnérables, ainsi que des mesures structurelles et des investissements destinés à atténuer ces effets et ciblant les groupes vulnérables identifiés. Les mesures et les investissements pourraient porter sur l’amélioration de l’efficacité énergétique et la rénovation des bâtiments, le développement d’un chauffage et d’un refroidissement propres et l’intégration des énergies renouvelables, ainsi que sur le déploiement de solutions de mobilité à émissions nulles et, dans des cas dûment justifiés, à faibles émissions, y compris les transports publics.

Toutes les mesures et tous les investissements doivent respecter le principe consistant à «ne pas causer de préjudice important» en ce qui concerne les six objectifs environnementaux énoncés dans le règlement sur la taxinomie [règlement (UE) 2020/852]. Les États membres ont également la possibilité de consacrer une part limitée de leur dotation au titre du Fonds social pour le climat à une aide directe temporaire au revenu. En outre, ils doivent veiller à la cohérence des politiques avec leurs plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC), et les plans sociaux pour le climat peuvent inclure des mesures d’accompagnement visant à renforcer la cohérence et les incitations en faveur de solutions de remplacement propres.

Dès 2023, la Commission a mis en place un groupe d’experts spécifique, composé de représentants des États membres, afin d’examiner et d’échanger les bonnes pratiques. Ce groupe se réunit régulièrement. La Commission a également publié plusieurs notes thématiques et documents d’orientation. Deux notes sur les bonnes pratiques concernant des mesures et des investissements d’un bon rapport coût-efficacité et des consultations publiques appropriées ont été publiées en juin 2024. En mars 2025, deux documents d’orientation ont été publiés sur l’élaboration des plans sociaux pour le climat et sur l’application du principe consistant à «ne pas causer de préjudice important». Le dernier document d’orientation sur le suivi et la mise en œuvre a été publié en octobre 2025 8 . En outre, la Commission a mis en place une plateforme permettant aux États membres de soumettre des questions qui se posent de manière récurrente.

La Commission a directement soutenu 10 États membres dans l’élaboration de leurs plans sociaux pour le climat dans le cadre de l’instrument d’appui technique. Le soutien a porté sur une évaluation initiale des incidences du SEQE 2 et des groupes vulnérables, sur la participation des parties prenantes, ainsi que sur l’établissement d’une liste restreinte et la caractérisation des mesures et des investissements pertinents.

Fin 2024 et début 2025, les États membres ont lancé des consultations obligatoires des parties prenantes sur leurs plans sociaux pour le climat. Les consultations se poursuivront jusqu’à la présentation officielle des plans. Parallèlement, le commissaire Hoekstra a présidé le premier dialogue sur la mise en œuvre du SEQE 2 et du Fonds social pour le climat en juin 2025, réunissant un groupe diversifié de parties prenantes issues de secteurs tels que les pompes à chaleur, l’automobile, la rénovation des bâtiments, la micromobilité et l’approvisionnement en carburant et de la société civile.

À la mi-octobre 2025, deux États membres avaient officiellement présenté leurs plans à la Commission pour évaluation (la Lettonie et la Suède). La Commission a également examiné les projets de plans sociaux pour le climat d’une quinzaine de pays. Elle travaille en étroite collaboration avec tous les États membres tout au long du processus de (pré)soumission et d’évaluation, encourageant vivement les États membres à mettre rapidement en œuvre le Fonds social pour le climat et à déployer un soutien en faveur des groupes vulnérables.

La Commission dispose de cinq mois pour évaluer les plans qui ont été officiellement présentés. Elle peut formuler des observations ou demander des informations complémentaires à l’État membre concerné dans un délai de deux mois à compter de la réception de son plan.

3.Plafond des émissions

Le plafond du SEQE de l’UE fixe le volume maximal absolu d’émissions que les entités réglementées peuvent émettre au cours d’une phase d’échange. Il correspond au nombre de quotas délivrés pour cette période, lorsqu’un quota correspond à une tonne d’émissions d’éq CO2 (équivalent dioxyde de carbone). Ce plafond diminue chaque année afin que l’UE atteigne son objectif global de réduction des émissions. Il permet aux entreprises couvertes par le SEQE d’avoir une certitude quant à la rareté attendue de l’offre de quotas.

Le plafond est actuellement fixé de manière à réduire les émissions du SEQE de l’UE de 62 % d’ici à 2030 par rapport à 2005. De 2024 à 2027, le plafond diminue chaque année au taux de 4,3 % des émissions de référence visées aux articles 3 quater et 9 de la directive SEQE 9 . À partir de 2028, le taux de réduction annuel sera de 4,4 % par an.

Des calculs distincts du plafond s’appliquent aux émissions relevant du SEQE de l’UE qui proviennent de la production d’électricité et de chaleur, de la production industrielle et du transport maritime (conformément à l’article 9 de la directive SEQE) et de l’aviation (conformément à l’article 3 quater de la directive SEQE).

·En 2024, 1 386 051 745 quotas ont été délivrés pour la production d’électricité et de chaleur, la production industrielle et le transport maritime 10 , tandis que 27 563 529 quotas ont été délivrés pour l’aviation 11 .

·En 2025, 1 298 127 514 quotas ont été délivrés pour la production d’électricité et de chaleur, la production industrielle et le transport maritime, tandis que 26 233 302 quotas ont été délivrés pour l’aviation.

En vertu de l’article 9 de la directive SEQE, le plafond pour 2026 doit être réduit de 27 millions de quotas (conformément à l’objectif global de réduction des émissions à l’horizon 2030 pour le SEQE de l’UE).

Dans le même temps, le plafond doit être relevé pour tenir compte de l’extension du champ d’application du SEQE de l’UE aux émissions de N2O et de CH4 provenant du transport maritime.

Sur la base des émissions de l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles 12 , cette augmentation s’élève à 2 375 680 quotas. Ces quotas supplémentaires seront mis aux enchères et viendront s’ajouter au Fonds pour l’innovation, entièrement alimenté par le SEQE de l’UE (voir chapitre 8.2).

En outre, la liste des installations exclues par certains États membres en vertu de l’article 27 de la directive SEQE a été mise à jour pour la période 2026-2030, entraînant de légers ajustements du plafond et du facteur de réduction linéaire à partir de 2026.

En 2026, 1 185 420 090 quotas seront délivrés pour la production d’électricité et de chaleur, la production industrielle et le transport maritime, tandis que 24 903 076 quotas seront délivrés pour l’aviation 13 .

Le tableau 1 indique les quantités totales de quotas délivrés pour les différents secteurs dans le cadre du plafond du SEQE de l’UE.

Tableau 1. Plafond du SEQE de l’UE (2021-2026). Des calculs distincts du plafond s’appliquent i) aux émissions provenant de la production d’électricité et de chaleur, de la production industrielle et, à partir de 2024, du transport maritime, et ii) aux émissions de l’aviation relevant du SEQE de l’UE. Depuis le 1er janvier 2024, le champ d’application du SEQE de l’UE pour l’aviation s’étend aux émissions de la plupart des vols entre l’EEE et les neuf régions ultrapériphériques de l’UE, ainsi qu’aux vols au départ des régions ultrapériphériques à destination de la Suisse et du Royaume-Uni (voir chapitre 9). La quantité totale de quotas pour l’aviation à partir de 2024 reflète l’extension du champ d’application du SEQE de l’UE pour l’aviation.

Année

Quantité totale de quotas pour la production d’électricité et de chaleur, la production industrielle et le transport maritime

Quantité totale de quotas pour l’aviation

2021

1 571 583 007

28 306 545

2022

1 528 579 492

27 268 379

2023

1 485 575 977

26 341 779

2024

1 386 051 745

27 563 529

2025

1 298 127 514

26 233 302

2026

1 185 420 090

24 903 076

Le graphique 1 illustre l’évolution du plafond au cours de toutes les phases du SEQE de l’UE, y compris les réductions prévues.



Graphique 1. Plafond des émissions fixé dans le SEQE de l’UE, comparé aux émissions vérifiées. Le graphique prend en considération la révision de la directive relative au SEQE en 2023, c’est-à-dire le réajustement du plafond en 2024 et 2026, l’inclusion du secteur du transport maritime dans le SEQE de l’UE à partir de 2024, et le facteur de réduction linéaire de 4,3 % au cours de la période 2024-2027 et de 4,4 % à partir de 2028. Le secteur de l’aviation n’est pas inclus. En raison de changements apportés au champ d’application, les chiffres de 2005-2007 ne sont pas directement comparables avec les derniers chiffres. Depuis 2021, le SEQE de l’UE ne couvre plus les installations du Royaume-Uni. Seuls les producteurs d’électricité d’Irlande du Nord sont pris en considération. Depuis 2024, les émissions vérifiées dans le graphique incluent également le secteur maritime, de sorte que les émissions de 2024 et de 2023 ne sont pas comparables. Légende: barres (plafond), barres de couleur claire en 2014-2016 (quotas gelés des enchères), barres de couleur claire depuis 2019 (ajouts à la réserve de stabilité du marché en quotas), barres de couleur foncée depuis 2024 (extension du champ d’application au secteur maritime), ligne en tirets (émissions vérifiées).

4.Mise aux enchères des quotas

La mise aux enchères reste la principale méthode utilisée pour la répartition des quotas dans le SEQE de l’UE, représentant jusqu’à 57 % du plafond 14 . Le règlement sur la mise aux enchères [règlement (UE) 2023/2830] 15 fixe des règles pour garantir que les enchères se déroulent de manière ouverte, transparente, harmonisée et non discriminatoire. Il précise le calendrier, la gestion et d’autres aspects de la mise aux enchères des quotas d’émission.

En 2024, les séances d’enchères ont continué à se dérouler par l’intermédiaire de l’European Energy Exchange AG (EEX):

·en tant que plate-forme d’enchères commune pour les 25 États membres engagés dans une procédure conjointe de passation de marché;

·pour la Pologne, qui a choisi de se retirer de ladite procédure, mais qui n’a pas encore désigné sa propre plate-forme d’enchères;

·pour l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, après que l’accord EEE a été modifié en 2019 afin de permettre à ces pays d’être parties à l’accord sur une procédure conjointe de passation de marché pour la plate-forme d’enchères commune;

·pour le Royaume-Uni, afin qu’il puisse mettre aux enchères des quotas pour les installations de production d’électricité en Irlande du Nord;

·l’EEX a également mis aux enchères des quotas pour le compte de l’Allemagne en tant que plate-forme d’enchères «dérogatoire».

Le tableau 2 donne un aperçu des volumes annuels de quotas mis aux enchères par l’intermédiaire de l’EEX depuis 2021.

Tableau 2. Volumes totaux de quotas mis aux enchères (2021-2024).

Année

Quotas généraux

Quotas aviation

2021

582 952 500

3 785 500

2022

482 389 000

3 698 000

2023

517 587 000

5 720 500

2024

592 801 500

6 688 500

Au total, 221 enchères ont été organisées en 2024. Aucune séance d’enchères n’a été annulée. Depuis janvier 2025, les quotas délivrés pour le secteur de l’aviation sont des quotas généraux et ne constituent plus une catégorie de quotas distincte.

Depuis juillet 2023, les volumes mis aux enchères comprennent les quotas alloués à la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) au titre du règlement REPowerEU [règlement (UE) 2023/435] 16 . Les quotas mis aux enchères en vertu du règlement REPowerEU généreront 20 milliards d’EUR pour la FRR d’ici au 31 août 2026. Les États membres utiliseront ces ressources supplémentaires au titre de la FRR pour mener à bien de nouvelles réformes et réaliser des investissements en vue de faire progresser la transition vers une énergie propre et de renforcer la sécurité énergétique. Au 30 juin 2025, 11,5 milliards d’EUR avaient été levés pour la FRR — REPowerEU, 164 710 000 quotas ayant été mis aux enchères.

Le graphique 2 donne une vue d’ensemble des prix de clôture des enchères sur le marché du carbone de l’UE en 2024 et au cours du premier semestre de 2025. Le prix d’adjudication des quotas le plus élevé en 2024, soit 75,35 EUR, a été atteint le 3 juin. Le prix le plus bas en 2023, soit 49,50 EUR, a été atteint le 23 février. Le prix moyen en 2024 était de 64,74 EUR, contre 83,60 EUR en 2023. Les prix ont été assez proches en 2024, avec 182 valeurs sur 221 (82 %) comprises entre 60 EUR et 75 EUR.

La plate-forme d’enchères publie régulièrement les résultats détaillés de chaque séance d’enchères sur son site web 17 . Les rapports des séances d’enchères 18 des pays participant au SEQE de l’UE fournissent de plus amples informations sur le déroulement de ces séances, notamment sur la participation, le taux de couverture et les prix.

Graphique 2. Prix de clôture des enchères de quotas généraux (du 1er janvier 2024 au 30 juin 2025) [EUR/tonne de CO2]

Mise aux enchères et annulation de quotas en raison de l’extension du champ d’application du SEQE de l’UE au secteur maritime

Le transport maritime est inclus dans le SEQE de l’UE avec une période initiale de transition pour 2024 et 2025, au cours de laquelle les compagnies maritimes ne sont tenues de restituer des quotas que pour une partie de leurs émissions (respectivement 40 % et 70 %). Lorsque le nombre de quotas restitués sera inférieur aux émissions vérifiées du transport maritime en 2024 et en 2025, les États membres annuleront un nombre de quotas correspondant à cette différence. En vertu de l’article 3 octies ter et de l’article 12, paragraphe 3 sexies, de la directive SEQE, la différence doit être supprimée de la mise aux enchères. L’annulation pour 2024, pour un total de 54 243 768 quotas, aura lieu en 2026 au moyen d’une modification du calendrier des enchères.

L’article 9 de la directive SEQE prévoit qu’à partir de janvier 2026, la quantité de quotas est augmentée pour tenir compte des émissions de gaz à effet de serre autres que les émissions de CO2 des activités du transport maritime. Les quotas résultant de cette augmentation doivent être mis aux enchères en 2026 et ajoutés au Fonds pour l’innovation au moyen d’une modification du calendrier des enchères.

Flexibilité au titre du règlement sur la répartition de l’effort

Le règlement sur la répartition de l’effort (RRE) fixe des objectifs nationaux contraignants de réduction des émissions pour les États membres pour la période 2021-2030. Ces objectifs couvrent des secteurs qui ne relèvent pas du SEQE de l’UE existant, à savoir les transports nationaux (à l’exclusion de l’aviation), le bâtiment, l’agriculture, les déchets et la petite industrie.

Le règlement prévoit une flexibilité non renouvelable en vertu de laquelle neuf États membres 19 peuvent bénéficier d’une annulation jusqu’à concurrence de 100 millions de quotas du SEQE de l’UE collectivement afin de se conformer à leur objectif, à déduire de leurs volumes respectifs de quotas mis aux enchères.

De 2021 à 2024, six 20 de ces huit États membres ont utilisé la «flexibilité au titre du RRE» et ont collectivement déduit 28,8 millions de quotas de leurs volumes mis aux enchères. À l’avenir, la Suède commencera à utiliser la «flexibilité au titre du RRE» à partir de 2025, tandis que le Danemark et le Luxembourg cesseront de l’utiliser à partir de 2026.

Annulation volontaire de quotas

En vertu de l’article 12, paragraphe 4, de la directive SEQE, les États membres sont encouragés à annuler des quotas en cas de fermeture de capacités de production d’électricité sur leur territoire en raison de mesures nationales supplémentaires. De cette manière, les États membres peuvent éviter que la diminution des émissions qui en résulte ne soit compensée ailleurs dans le système.

L’État membre concerné doit informer la Commission de son intention d’annuler des quotas. L’annulation est effectuée en réduisant la quantité totale de quotas que l’État membre met aux enchères, et la quantité est limitée au maximum à la somme des émissions vérifiées pertinentes au cours des cinq années précédant la fermeture. La procédure d’annulation des quotas est définie à l’article 25 du règlement sur la mise aux enchères.

En décembre 2023, l’Allemagne a notifié à la Commission son intention d’annuler les quotas liés à la fermeture de deux centrales électriques en 2022 dans le cadre de la politique d’abandon progressif du charbon menée par le pays 21 . Les annulations sont prévues entre 2025 et 2030. Le nombre de quotas à annuler par rapport à la notification peut être communiqué à la Commission chaque année.

La méthode utilisée pour calculer le nombre de quotas à annuler faisait partie de la notification. Elle tient compte des émissions de la production d’électricité de remplacement sur le marché de l’électricité ainsi que du fonctionnement de la réserve de stabilité du marché.

En avril 2025, l’Allemagne a présenté à la Commission le nombre de quotas à annuler pour l’année 2023, du 1er septembre au 31 décembre 2025 22 . Sur la base de la méthode notifiée, le nombre de quotas à annuler dépendrait de l’indicateur d’excédent de la réserve de stabilité du marché dans le cadre du SEQE de l’UE (le nombre total de quotas en circulation, NTQC) en 2024 23 .

La Commission a publié le NTQC de 2024 le 28 mai 2025 (voir chapitre 6.1). Il s’élevait à 1,15 milliard de quotas. En conséquence, 514 000 quotas ont été annulés sur le volume de quotas mis aux enchères en Allemagne. Cela se reflète déjà dans les calendriers d’enchères révisés pour 2025 adoptés le 28 juillet 2025.

5.Allocation de quotas à titre gratuit

L’allocation de quotas à titre gratuit est une mesure transitoire qui s’adresse principalement à des secteurs industriels. Bien que la mise aux enchères soit la principale méthode utilisée pour la répartition des quotas dans le SEQE de l’UE, un volume considérable de quotas est alloué à titre gratuit aux installations afin d’éviter le risque de fuite de carbone 24 .

Une liste recense les secteurs qui sont considérés comme exposés à un risque de fuite de carbone (liste des secteurs exposés au risque de fuite de carbone) et qui peuvent bénéficier d’une allocation de quotas à titre gratuit à hauteur de 100 % des valeurs des référentiels pertinentes. La liste recense 63 secteurs et sous-secteurs couvrant la plupart des émissions industrielles dans le SEQE de l’UE. Les secteurs moins exposés reçoivent une allocation de quotas à titre gratuit correspondant au maximum à 30 % de la valeur du référentiel.

L’allocation de quotas à titre gratuit repose sur des référentiels de performance qui prennent en considération l’intensité moyenne des émissions par unité de produit des 10 % d’installations les plus efficaces dans chaque secteur. Étant donné que les quotas doivent être restitués pour toutes les émissions, ils doivent être achetés sur le marché pour les émissions dépassant les valeurs de ces référentiels. Ils sont également réduits progressivement afin d’inciter davantage les secteurs à décarboner et à faire progresser l’innovation.

En 2021, la Commission a mis à jour les valeurs des référentiels pour la période d’allocation 2021-2025 25 . Les référentiels seront mis à jour pour la période d’allocation 2026-2030, un processus qui est en cours au moment de la rédaction du présent document. Selon la directive SEQE révisée, les taux de réduction annuels des référentiels ont été augmentés afin de stimuler davantage la transformation industrielle: le taux minimal passera de 0,2 % à 0,3 % par an et le taux maximal de 1,6 % à 2,5 % par an à partir de 2026. Le taux de réduction annuel applicable sera déterminé spécifiquement pour chaque référentiel.

Depuis 2021, les volumes d’allocation de quotas à titre gratuit sont adaptés lorsque des changements significatifs interviennent dans les volumes de production industrielle, sur la base d’une comparaison entre les volumes initiaux et une moyenne des deux années précédentes 26 . Le seuil des adaptations est fixé à 15 % d’augmentation ou de diminution de la production, et les adaptations ultérieures peuvent avoir lieu par intervalles plus petits de 5 %. Les exploitants sont tenus de soumettre aux autorités nationales compétentes des rapports annuels sur les données de production, sur la base desquels les volumes de quotas alloués à titre gratuit peuvent être adaptés. Cette plus grande rigueur a entraîné une augmentation du nombre d’adaptations annuelles de l’allocation de quotas à titre gratuit. Le nombre moyen de demandes par an soumises au cours de la période 2021-2024 était d’environ 3 900, soit près de trois fois plus que la moyenne annuelle jusqu’en 2020. Ce nombre augmente d’année en année en raison des intervalles plus courts (5 %) nécessaires pour les adaptations ultérieures de l’allocation de quotas à titre gratuit.

Le volume total initial d’allocation de quotas à titre gratuit pour la période 2021-2025 avait été calculé à 2 791 millions de quotas pour 7 430 installations. En tablant sur un prix du carbone de 70 EUR/tonne éq CO2, la valeur de cette allocation s’élèverait à environ 39 milliards d’EUR par an au cours de cette période. À la mi-2025, la Commission avait adopté seize décisions afin d’adapter l’allocation de quotas à titre gratuit en raison de l’évolution des volumes de production de l’industrie, ce qui a entraîné une réduction nette de 173,7 millions de quotas 27 . En parallèle, la Commission a également adopté sept décisions corrigeant le niveau initial d’allocation de quotas à titre gratuit et ajoutant 2,3 millions de quotas 28 . Ces mesures étaient nécessaires en raison d’erreurs constatées dans les données soumises par les installations lorsqu’elles font une demande d’allocation de quotas à titre gratuit. Globalement, l’allocation de quotas à titre gratuit pour la période 2021-2025 a été réduite de 171,5 millions de quotas par rapport à l’allocation totale de quotas à titre gratuit initiale.

Les adaptations du niveau d’allocation de quotas à titre gratuit sont effectuées à partir de la réserve destinée aux nouveaux entrants (NER). Ces adaptations comprennent également les variations de l’allocation dues à l’ouverture ou à la fermeture d’installations. Le volume initial de la NER au début de 2021 s’élevait à 331,3 millions de quotas. Ce volume comprenait les quotas non alloués de la phase 3 (2013-2020) et 200 millions de quotas de la réserve de stabilité du marché.

Le tableau 3 résume les niveaux annuels d’allocation de quotas à titre gratuit au cours de la période d’allocation 2021-2025 (niveaux initial et ajusté), en indiquant les réductions de l’«allocation effective de quotas à titre gratuit» pour les années 2024 et 2025. Les principales raisons de cette réduction des volumes sont les incidences négatives sur les niveaux de production de certains secteurs en raison de la pandémie et de la crise énergétique, principalement en 2022 et 2023. Étant donné que les adaptations de l’allocation de quotas à titre gratuit sont fondées sur une comparaison tenant compte des niveaux moyens de production sur deux ans, le plein effet d’une baisse continue de la production est retardé de deux ans.

Tableau 3. Allocation de quotas à titre gratuit dans le cadre du SEQE de l’UE (2021-2025) [millions de quotas]. Données extraites du registre de l’Union le 30 juin 2025.

Année

2021

2022

2023

2024

2025

Total

Allocation initiale de quotas à titre gratuit (EU-27 + Islande, Liechtenstein
et Norvège)

559,6

558,9

558,2

557,5

556,8

2 791,1

Allocation réelle de quotas à titre gratuit

545,7

542,4

537,0

499,7

494,8

2 619,6

Allocation adaptée et corrigée de quotas à titre gratuit

-13,9

-16,5

-21,2

-57,8

-62,0

-171,5

Depuis 2013, le SEQE de l’UE repose sur le concept d’une approche harmonisée à l’échelle de l’UE pour un système transitoire d’allocation de quotas à titre gratuit sur la base de référentiels. Cette conception, et l’utilisation de référentiels, permet des situations dans lesquelles il est possible et autorisé que l’allocation de quotas à titre gratuit reçue par chaque installation dépasse les émissions vérifiées pendant une ou plusieurs années. Toutefois, l’excédent de quelques installations n’empêche pas que les émissions globales diminuent et la plupart des installations auraient un coût carbone pour obtenir la quantité requise de quotas supplémentaires pour couvrir leurs émissions. Les principales raisons pour lesquelles une installation pourrait recevoir gratuitement un excédent de quotas sont expliquées ci-dessous.

Les valeurs des référentiels sont fixées et régulièrement mises à jour sur la base de la performance moyenne des 10 % d’installations les plus efficaces (dont les émissions sont les moins élevées) utilisant ce référentiel. Cela signifie que, pour chaque référentiel, un certain nombre d’installations dépassant les 90 % restants recevraient suffisamment de quotas pour couvrir leurs émissions, voire un excédent de quotas. En outre, le règlement sur l’allocation de quotas à titre gratuit comprend des dispositions relatives à l’attribution de l’allocation de quotas à titre gratuit en cas d’exportation et d’importation de chaleur ou de gaz résiduaires, qui peuvent différer des modalités de déclaration des émissions. Les émissions et l’allocation de quotas à titre gratuit dans de tels cas pourraient être attribuées à des installations distinctes, ce qui aurait pour conséquence que l’une d’elles semblerait recevoir plus de quotas que ses émissions. Par exemple, une usine chimique qui importe de la chaleur d’une autre installation reçoit une allocation de quotas à titre gratuit pour atténuer les risques de fuite de carbone, tandis que les émissions sont déclarées par l’usine de production de chaleur.

Les règles relatives aux adaptations annuelles de la quantité de quotas à allouer à titre gratuit pour tenir compte des variations significatives des volumes de production industrielle (voir ci-dessus) sont également pertinentes pour un éventuel excédent de quotas. La moyenne sur deux ans crée un «tampon», ce qui signifie que le plein effet d’une baisse significative de la production ne s’appliquerait pas entièrement aux niveaux d’allocation de quotas à titre gratuit avant deux ans, c’est-à-dire que les émissions déclarées diminueraient immédiatement, mais pas l’allocation de quotas à titre gratuit.

Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

Dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55», le règlement relatif au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) [règlement (UE) 2023/956] 29 a été adopté pour atténuer le risque de fuite de carbone provenant de la suppression progressive de l’allocation de quotas à titre gratuit du SEQE, tandis que l’UE renforce son action pour le climat.

Dans certains secteurs industriels couverts par le SEQE de l’UE (ciment, aluminium, engrais, hydrogène, fer et acier), le MACF remplacera progressivement l’allocation de quotas à titre gratuit à partir de 2026. Ces secteurs représentent environ 54 % du total des quotas alloués à titre gratuit au cours de la période 2021-2025.

En veillant à ce qu’un prix équivalent soit payé pour les émissions de carbone intrinsèques générées lors de la production de certains biens importés dans l’UE, le MACF garantira que le prix du carbone pour les importations est équivalent au prix du carbone applicable à la production nationale (dans le cadre du SEQE de l’UE) et que les objectifs climatiques de l’UE ne sont pas compromis. Le MACF couvrira les émissions directes pour tous les secteurs couverts et les émissions indirectes (provenant de l’électricité consommée au cours des processus de production) pour le ciment et les engrais. Les émissions indirectes ne seront pas prises en considération dans un premier temps pour les secteurs admissibles au bénéfice de l’aide pour les coûts indirects du carbone (à savoir l’aluminium, l’hydrogène, le fer et l’acier – voir chapitre 8.1).

Une période transitoire a débuté en octobre 2023, au cours de laquelle les importateurs déclarent leurs émissions mais ne sont pas encore tenus d’effectuer des paiements. Elle se poursuit jusqu’à la fin de 2025, date à laquelle la mise en œuvre intégrale sera progressivement introduite.

Les importateurs de marchandises dans les secteurs couverts par le MACF dans l’UE devront acheter et restituer des certificats concernant les émissions intrinsèques à partir de 2026. Afin de soutenir l’industrie dans ses efforts de décarbonation, la directive SEQE oriente les recettes tirées de la mise aux enchères des quotas gratuits supprimés progressivement vers le Fonds pour l’innovation (voir chapitre 8.2), en accordant une attention particulière aux projets dans les secteurs couverts par le MACF.

L’UE prend également des mesures pour simplifier et renforcer le MACF en vue de sa phase définitive. En juin 2025, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord politique provisoire sur une proposition visant à simplifier le MACF. Cette proposition a été officiellement adoptée en septembre 2025 30 . L’un des principaux aspects de la proposition est de relever le seuil d’exemption afin de permettre à un importateur qui importe jusqu’à 50 tonnes de marchandises par an d’être exempté des obligations prévues par le MACF. Cette mesure devrait permettre d’exempter 90 % des entreprises, tout en continuant de couvrir 99 % des émissions. Au moment de la rédaction du présent document, la Commission prépare également plusieurs actes de droit dérivé (actes délégués et actes d’exécution) afin de garantir la mise en œuvre effective et en temps utile du MACF lorsque la phase définitive débutera en 2026.

La Commission prépare également des propositions législatives visant à étendre le MACF à certaines marchandises en aval afin de prévenir les fuites de carbone en aval 31 , de lutter contre le risque de contournement 32 et d’adapter les règles applicables aux importations d’électricité.

Dans le même temps, elle publiera une proposition visant à remédier au risque de fuite de carbone lié aux exportations de marchandises relevant du MACF et produites dans l’UE, comme annoncé dans sa communication intitulée «Mettre en œuvre le pacte pour une industrie propre» 33 . Comme indiqué dans le rapport sur le marché du carbone de l’année dernière, la suppression progressive de l’allocation de quotas à titre gratuit signifie que les producteurs européens de marchandises relevant du MACF devront payer pour leurs émissions intrinsèques de carbone, tandis que la fuite de carbone est prise en compte par le MACF, qui fixe un prix du carbone équivalent pour les marchandises importées.

La Commission prépare également un réexamen complet du MACF qui sera publié avant la fin de 2025, comme le prévoit le règlement MACF. Ce réexamen évaluera la possibilité d’étendre le champ d’application du MACF, les critères utilisés pour définir les marchandises relevant de celui-ci et la méthode de calcul des émissions indirectes. Il évaluera également le système de gouvernance, les coûts administratifs, les progrès accomplis dans les discussions internationales sur l’action pour le climat et l’incidence du MACF sur les importations en provenance des pays en développement, en particulier des pays les moins avancés.

6.Marché du carbone de l’UE

Équilibre entre l’offre et la demande

La réserve de stabilité du marché (RSM) favorise l’équilibre et la résilience du marché du carbone en ajustant l’offre de quotas à mettre aux enchères chaque année dans le cadre du SEQE de l’UE. Il s’agit d’un instrument fondé sur des règles, introduit initialement pour remédier au déséquilibre structurel entre l’offre et la demande de quotas sur le marché du carbone de l’UE au début de la phase 3. En 2013, le marché a enregistré un excédent de 2,1 milliards de quotas, que la réserve de stabilité du marché a depuis contribué à réduire. À court terme, la RSM réagit aux chocs soudains entre l’offre et la demande, par exemple en raison du ralentissement économique causé par la pandémie de COVID-19 en 2020.

La RSM adapte la fourniture de quotas sur le marché du carbone de l’UE en fonction de seuils prédéfinis du nombre total de quotas en circulation (NTQC). En fonction du niveau du NTQC, les quotas sont retirés des enchères et placés dans la RSM ou prélevés de la RSM et mis aux enchères. De cette manière, la RSM favorise l’équilibre et la résilience aux chocs entre l’offre et la demande, ce qui permet au marché du carbone de l’UE de fonctionner de manière harmonieuse. La RSM est devenue opérationnelle en 2019 et a depuis retiré des quotas de la circulation tous les ans.

La Commission publie le NTQC chaque année. Il est calculé pour l’année précédente, tandis que les adaptations de l’offre sont effectuées au cours des 12 mois suivant sa publication et selon une clé spécifique. Le 28 mai 2025, la Commission a publié une communication sur le NTQC en 2024 34 .

Le NTQC de 2024 s’élevait à 1,15 milliard de quotas, soit une légère augmentation par rapport à 2023. En conséquence, 276 millions de quotas (24 % du NTQC) seront retirés des enchères de septembre 2025 à août 2026.

Au début de chaque année, la RSM invalide les quotas qu’elle détient au-delà d’un seuil de 400 millions. Le 1er janvier 2025, la RSM a invalidé 271 millions de quotas, en laissant 400 millions dans la réserve. Depuis 2023, la RSM a invalidé au total 3,2 milliards de quotas.

Le graphique 3 illustre l’évolution de l’excédent de quotas sur le marché du carbone de l’UE depuis 2013. Les contributions nationales à la RSM sont présentées à la section 2 du document de travail des services de la Commission qui accompagne le présent rapport.

Graphique 3. Excédent de quotas dans le SEQE de l’UE (2013-2024)

Surveillance du marché

Le marché du carbone de l’UE est soumis à des règles strictes de surveillance, inscrites dans les marchés financiers de l’UE. Il consiste en un marché primaire, sur lequel les quotas d’émission sont vendus aux enchères aux acteurs du marché, et un marché secondaire, sur lequel les contrats au comptant et les contrats dérivés de quotas d’émission sont échangés entre les acteurs du marché. Les quotas d’émission au comptant et sur la base d’instruments dérivés sont considérés comme des instruments financiers au titre de la directive MiFID II – directive sur les marchés d’instruments financiers (directive 2014/65/UE) 35 . Cette classification est également prise en considération dans plusieurs actes de droit dérivé, dont le règlement sur la mise aux enchères, qui supervise le marché primaire (mise aux enchères des quotas).

La surveillance du marché du carbone de l’UE est partagée entre les autorités financières de l’ensemble des États membres 36 et coordonnée par le régulateur européen, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF). L’AEMF surveille le comportement des participants aux marchés au moyen d’obligations de déclaration et de transparence étendues. En outre, d’autres règles relatives aux marchés financiers s’appliquent à l’échange de quotas d’émission, telles que les règles visant à prévenir les abus de marché et les opérations d’initiés [règlement (UE) nº 596/2014] 37 , qui obligent les participants au marché à signaler immédiatement les ordres et transactions suspects. De leur côté, les autorités nationales ont le pouvoir de prendre des mesures correctives ou des sanctions si elles constatent des abus de marché.

À la suite de la révision de 2023 de la directive SEQE, plusieurs modifications ont été appliquées afin d’améliorer encore la transparence du marché du carbone de l’UE. L’AEMF a été chargée de surveiller et d’évaluer régulièrement le fonctionnement du SEQE de l’UE couvrant le marché primaire des enchères et les échanges sur les marchés secondaires. Dans son premier rapport annuel sur la surveillance des marchés du carbone de l’UE, publié le 7 octobre 2024 38 , et sur la base des données de 2023, l’AEMF n’a relevé aucun problème important dans le fonctionnement du marché. L’AEMF a estimé que la décarbonation du secteur de l’électricité et de l’activité industrielle était un moteur essentiel de l’évolution des prix sur les marchés du carbone de l’UE.

Dans son rapport le plus récent 39 , publié le 22 octobre 2025 et fondé sur les données du marché de 2024, l’AEMF a confirmé une nouvelle fois que les marchés du carbone avaient évolué conformément aux attentes du marché. L’analyse réaffirme les courants et tendances mis en évidence dans le rapport précédent. Le rapport de 2025 montre une baisse progressive initiale des prix du SEQE en 2024, suivie d’une stabilisation en raison de la faiblesse de la demande du secteur de l’électricité, qui a continué à décarboner, et d’une augmentation des volumes mis aux enchères. L’AEMF a également de nouveau confirmé la persistance d’une concentration relative des enchères, qui est due au fait que les exploitants préfèrent se procurer des quotas auprès d’intermédiaires financiers.

L’AEMF a observé que l’activité de négociation avait augmenté de 35 % en 2024, atteignant un total de 13,7 milliards de tonnes d’équivalent CO2 échangées sur 4,7 millions de transactions. La croissance du marché a été principalement portée par la négociation sur plate-forme, tandis que l’activité de négociation hors bourse (de gré à gré) est restée stable. Les entreprises d’investissement et les établissements de crédit continuent de jouer un rôle important tant sur les marchés boursiers que sur les marchés hors bourse, puisqu’ils représentent 63 % du volume total des transactions.

L’AEMF a souligné que les contrats à terme, qui représentaient les trois quarts des volumes négociés en 2024, étaient au cœur des marchés de produits dérivés. Dans l’ensemble, le marché secondaire contribue au bon fonctionnement du SEQE de l’UE en facilitant l’acquisition de quotas d’émission par les entités chargées de la conformité auprès d’intermédiaires financiers.

L’AEMF a également réaffirmé l’importance de mettre des identifiants d’entité juridique (LEI) à la disposition des entités dans le registre de l’Union et demande des efforts supplémentaires de la part des administrateurs nationaux pour garantir la mise en œuvre de l’obligation d’enregistrement des LEI pour les titulaires de comptes dans le registre de l'Union. Cela restera particulièrement pertinent en 2025, étant donné que le nombre de titulaires de comptes continue d’augmenter en raison de l’extension du SEQE de l’UE au secteur maritime et du lancement du SEQE 2 pour les secteurs du bâtiment et du transport routier et d’autres secteurs. L’AEMF estime qu’une analyse et un suivi plus approfondis du marché du carbone sont nécessaires à cet égard.

Bien qu’il ne soit pas obligatoire de disposer d’un LEI pour ouvrir un compte dans le registre de l’Union, les entités qui en possèdent un sont tenues de déclarer cette information dans le registre de l’Union lors de l’ouverture d’un compte. En outre, la modification de 2023 du règlement sur le registre [règlement délégué (UE) 2019/1122] 40 exige que les administrateurs nationaux examinent, d’ici à la fin de 2024, les comptes qui ne contiennent pas d’informations sur le LEI ou le statut de la plate-forme de négociation ou de la contrepartie centrale visés dans le tableau III-I de l’annexe III du règlement. Malgré l’obligation d’examiner les informations sur la disponibilité des LEI, celle-ci reste inférieure aux attentes.

Le 28 mars 2024, les versions révisées de la directive MiFID II 41 et du règlement MiFIR concernant les marchés d’instruments financiers [règlement (UE) 2024/791] 42 sont entrées en vigueur, renforçant encore les règles relatives aux marchés financiers, à la transparence et à la surveillance. L’article 57 du règlement MiFIR étend les contrôles en matière de gestion des positions aux plates-formes de négociation, qui négocient des instruments dérivés sur les quotas d’émission. L’article 58 du règlement MIFIR modifie le champ d’application des rapports sur les positions des plates-formes de négociation et des entreprises d’investissement en excluant les quotas d’émission et introduit une nouvelle obligation de présenter deux fois par semaine des rapports sur leurs positions 43 , ce qui renforce la transparence des échanges de quotas d’émission et de leurs instruments dérivés.

Dans le prolongement de ces nouvelles règles, la Commission réexamine actuellement le cadre réglementaire applicable aux marchés d’instruments dérivés sur matières premières, y compris les quotas d’émission. Elle examine si les limites de position et les contrôles en matière de gestion des positions pourraient contribuer à prévenir les abus de marché et à favoriser une cotation ordonnée et un règlement efficace. En outre, elle évalue les critères de définition des activités auxiliaires au niveau du groupe et étudie la possibilité de centraliser et d’harmoniser la collecte de données sur les transactions dans l’ensemble du règlement MIFIR et du règlement EMIR (règlement sur l’infrastructure du marché européen) [règlement (UE) nº 648/2012] 44 , ainsi que les données qui devraient être publiées et la meilleure manière de les diffuser. Dans le cadre de ces travaux, la Commission a mené une consultation ciblée 45 sur le réexamen du fonctionnement des marchés d’instruments dérivés sur matières premières et sur certains aspects relatifs aux marchés de l’énergie au comptant, qui couvrent également les règles des marchés financiers applicables aux quotas d’émission.

Les conclusions de la consultation ciblée sur le cadre applicable aux instruments dérivés sur matières premières alimenteront les travaux du groupe de travail sur le marché du gaz, mis en place début 2025 dans le cadre du plan d’action pour une énergie abordable 46 afin d’examiner le fonctionnement des marchés du gaz de l’UE et d’intervenir lorsque cela est nécessaire et approprié. Étant donné que les règles relatives aux produits dérivés sur l’énergie s’appliquent également, dans une large mesure, à l’échange de quotas d’émission et de produits dérivés associés, toute conclusion du groupe de travail, qui devrait achever ses travaux d’ici la fin de 2025, pourrait être pertinente pour les marchés du carbone de l’UE.

7.Tendances en matière d’émissions

En 2024, les émissions globales du SEQE de l’UE se sont élevées à 1 187 millions de tonnes (Mt) 47 . Ce chiffre est plus élevé qu’en 2023 (1 150,3 millions de tonnes équivalent CO2), en partie en raison de l’inclusion du secteur maritime dans le SEQE de l’UE. Si l’on ne tient compte que des installations et des exploitants d’aéronefs, les émissions couvertes par le SEQE en 2024 étaient inférieures de 4,4 % au niveau de 2023.

Les émissions des installations électriques et industrielles se sont élevées à 1 033,3 millions de tonnes équivalent CO2, ce qui représente une diminution de 5,8 % par rapport aux niveaux de 2023. Grâce à cette évolution positive, les émissions de ces installations couvertes par le SEQE sont désormais inférieures d’environ 50 % aux niveaux de 2005 et sont en bonne voie pour atteindre l’objectif de réduction de 62 % fixé pour 2030. Le tableau 4 présente les données relatives aux émissions annuelles des installations. Les émissions de l’aviation et du transport maritime sont examinées respectivement aux chapitres 9 et 10.

Les secteurs de la chaleur et de l’électricité ont été les principaux contributeurs à la réduction globale des émissions relevant du SEQE de l’UE. Les émissions dues à la production d’électricité et de chaleur ont chuté de 10,7 % par rapport à 2023 48 , en grande partie en raison d’une augmentation substantielle de la part des énergies renouvelables et du nucléaire dans le bouquet électrique, associée à une réduction de la dépendance à l’égard des principaux combustibles fossiles tels que le gaz naturel et le charbon (voir chapitre 7.1). Cette tendance est apparue malgré une baisse des prix moyens du carbone en 2024 (principalement dans la fourchette de 60 à 75 EUR) et une augmentation globale de la production d’électricité.

En 2024, les énergies renouvelables et les biocarburants ont été la principale source d’électricité dans l’Union, représentant une part de 47,2 %. Si la consommation de biocarburants a diminué de 5,2 %, la production globale d’électricité renouvelable a augmenté de 7,6 % en 2024, l’énergie solaire enregistrant une augmentation remarquable de 19,3 % et l’hydroélectricité progressant de 12 % 49 .

L’énergie nucléaire et la combustion de combustibles fossiles ont contribué respectivement à hauteur de 23,5 % et de 28,1 % à la production d’électricité. Ces chiffres incluent notamment une baisse de 11,9 % de l’électricité à base de charbon, une baisse de 8,1 % de la consommation de gaz naturel, une augmentation de 5,2 % de l’électricité à base de pétrole et une augmentation de 5,1 % de la production d’énergie nucléaire.

En 2024, l’UE a connu une nouvelle année record pour les installations de capacité d’énergie solaire, avec une augmentation de 65,5 GW, ce qui porte le total à 338 GW, selon SolarPower Europe. La capacité éolienne a atteint 234 GW, 12,9 GW ayant été installés la même année, selon WindEurope.

Les émissions des installations industrielles ont légèrement diminué en 2024, de 0,8 % par rapport à 2023. Malgré la réduction globale de la production industrielle 50 , une reprise modeste a été observée dans certains secteurs à forte intensité énergétique tels que l’acier, les engrais et les produits chimiques. Cela donne à penser que ces secteurs intensifient progressivement leur activité après la crise énergétique déclenchée par la flambée des prix du gaz naturel en 2022 en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La variation de la production dans les différents secteurs peut justifier la tendance générale à la baisse des émissions, même si de petites améliorations de l’efficacité énergétique ont également été observées dans certains secteurs en 2024.

Tableau 4. Émissions vérifiées des installations dans le SEQE de l’UE (2019-2024) [en millions de tonnes éq CO2]. Données extraites du registre de l’Union le 1er octobre 2025.

Année

2019

2020

2021

2022

2023

2024

Émissions vérifiées – installations

1 530

1 356

(1 253, hors Royaume-Uni)

1 337

1 313

1 096

1 033

Variation d’une année à l’autre

-9,1 %

-11,4 %

-1,4 %

(6,6 %, hors Royaume-Uni)

-1,8 %

-16,5 %

-5,7 %

Émissions vérifiées – production d’électricité et de chaleur

822

696

(653, hors Royaume-Uni)

708

725

552

493

Variation d’une année à l’autre

-14,7 %

-15,3 %

1,6 %

(8,5 %, hors Royaume-Uni)

2,4 %

-23,9 %

-10,7 %

Émissions vérifiées – production industrielle

708

660

(601, hors Royaume-Uni)

629

589

544

540

Variation d’une année à l’autre

-1,6 %

-6,9 %

-4,7 %

(4,7 %, hors Royaume-Uni)

-6,4 %

-7,5 %

-0,8 %

Émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les installations

Figures 4 Les graphiques 4 et 5 illustrent l’évolution des émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les installations couvertes par le SEQE de l’UE – respectivement en pourcentage des émissions totales des installations et par type de combustible 51 . Toutes les émissions relevant du SEQE ne proviennent pas de la combustion de combustibles fossiles. Certaines émissions proviennent directement de procédés industriels. Le graphique 4 montre la part des émissions provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les émissions totales des installations, et le graphique 5 montre la ventilation des émissions de combustion par type de combustible.

Dans l’ensemble, les émissions sont en baisse grâce à la décarbonation du secteur de l’électricité, à savoir le déploiement des énergies renouvelables, le remplacement du charbon par le gaz naturel et l’utilisation croissante de la biomasse 52 . Comme le montre le graphique Figure 5, la tendance à l’utilisation accrue de la houille observée en 2022 (et liée à la hausse des prix du gaz naturel due à l’invasion de l’Ukraine par la Russie) s’est inversée en 2024, la part du charbon atteignant son niveau le plus bas depuis 2013.

Graphique 4. Évolution des émissions totales provenant de la combustion de combustibles fossiles dans les installations couvertes par le SEQE de l’UE (2013-2024). Les étiquettes indiquent la part en % des émissions totales des installations.

Graphique 5. Évolution de la part des émissions provenant de la combustion de différents combustibles dans les installations couvertes par le SEQE de l’UE (2013-2024). Les étiquettes indiquent la part en % du total des émissions de combustion des installations. Il n’y a pas d’étiquettes si les émissions provenant de la combustion d’un combustible donné ne dépassent jamais une part de 3 %. Les autres combustibles fossiles* correspondent à des combustibles qui ne figurent pas déjà dans la légende. Les émissions provenant de la combustion de la biomasse sont égales à zéro dans le cadre du SEQE de l’UE, de sorte qu’elles s’ajoutent au total des émissions de combustion des installations.

8.Recettes tirées du SEQE de l’UE

La vente de quotas aux enchères du SEQE de l’UE génère d’importantes recettes permettant aux États membres de soutenir l’action pour le climat et la transformation énergétique. En 2024, les recettes totales des enchères se sont élevées à 38,8 milliards d’EUR.

·24,4 milliards d’EUR ont été distribués directement aux États membres et 0,3 milliard d’EUR à l’Islande, au Liechtenstein, à la Norvège et à l’Irlande du Nord.

·6,3 milliards d’EUR ont alimenté le Fonds pour la modernisation du SEQE, 2,3 milliards d’EUR ont alimenté le Fonds pour l’innovation du SEQE et les 5,6 milliards d’EUR restants ont alimenté la facilité pour la reprise et la résilience afin de financer le plan REPowerEU, que les États membres utilisent pour faire progresser la transition vers une énergie propre et renforcer la sécurité énergétique, en mettant en œuvre les réformes et les investissements prévus dans les chapitres REPowerEU de leurs plans pour la reprise et la résilience.

Le graphique 6 indique la répartition des recettes tirées de la mise aux enchères en 2024. Des données détaillées sur les recettes par pays et par fonds figurent à la section 3 du document de travail des services de la Commission qui accompagne le présent rapport.

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