COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 5.12.2025
COM(2025) 751 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport annuel 2025 sur l’application de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Bilan de la mise en œuvre de la stratégie visant à renforcer l’application de la charte des droits fondamentaux dans l’Union européenne
Rapport annuel 2025 sur l’application de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Bilan de la mise en œuvre de la stratégie visant à renforcer l’application de la charte des droits fondamentaux dans l’Union européenne
Table des matières
1.Introduction
2.Garantir l’application effective de la charte par les États membres
3.Donner des moyens d’action aux organisations de la société civile, aux défenseurs des droits et aux professionnels de la justice
4.Encourager les institutions de l’UE à utiliser la charte pour baliser leur action
5.Sensibiliser davantage les citoyens aux droits que leur confère la charte
6.Conclusion
1.Introduction
L’année 2025 marque le 25e anniversaire de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la «charte»). Proclamée le 7 décembre 2000 à Nice, la charte consacre les droits fondamentaux de toute personne dans l’Union européenne. Elle réaffirme et rassemble les droits civils et politiques, ainsi que les droits économiques et sociaux, en les traduisant dans le contexte de l’UE. La charte souligne le rôle des droits fondamentaux en tant que valeurs fondatrices de l’Union, que tant les institutions de l’UE que les États membres de l’UE sont tenus de respecter lorsqu’ils appliquent le droit de l’UE.
En 2020, la Commission européenne a présenté sa stratégie visant à renforcer l’application de la charte des droits fondamentaux dans l’UE (ci-après la «stratégie relative à la charte»), reconnaissant la nécessité de faire des droits et principes de la charte une réalité pour tous. En application de 2020 à 2030, la stratégie relative à la charte repose sur une coopération efficace entre la Commission et les parties prenantes qui sont essentielles pour renforcer la mise en œuvre et l’application des droits fondamentaux: les autorités nationales, régionales et locales, la société civile et les défenseurs des droits de l’homme, les professionnels de la justice et les institutions de l’UE. La stratégie répond également à la nécessité d’informer le public sur les droits fondamentaux et les voies de recours disponibles en cas de violation des droits fondamentaux.
Ces dernières années, la promotion et la protection des droits fondamentaux ont fait l’objet d’une attention accrue dans l’ensemble de l’Union européenne. Les droits fondamentaux consacrés dans la charte, avec ses composantes que sont la dignité humaine, les libertés, l’égalité, la solidarité, les droits des citoyens et la justice, sont au cœur de la législation et des politiques de l’UE, reflétant notre engagement commun en faveur d’une société démocratique et juste. Au cours des cinq premières années de mise en œuvre de la stratégie, une nouvelle législation de l’UE qui protège et promeut des droits fondamentaux spécifiques a été adoptée. Cette législation a détaillé certaines des obligations des États membres en matière de droits fondamentaux et a chargé les groupes de parties prenantes, tels que les organismes indépendants de défense des droits fondamentaux et la société civile, de soutenir l’application de la charte en participant à l’application du droit de l’Union en la matière.
Néanmoins, les progrès en matière de protection des droits fondamentaux ne peuvent être considérés comme acquis. Les mécanismes de protection de ces droits doivent rester opérationnels à tout moment, et des efforts soutenus sont nécessaires à tous les niveaux pour garantir et renforcer la protection des droits prévus par la charte.
| Quand la charte s’applique-t-elle? Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, la charte a acquis la même valeur juridique que les traités, c’est-à-dire le droit de l’Union sur lequel reposent la législation et les politiques de l’Union. Les institutions, organes et organismes de l’UE doivent la respecter dans toutes leurs activités, de même que les États membres lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union. Les États membres mettent en œuvre le droit de l’Union lorsqu’ils: - donnent effet à la législation de l’Union en adoptant des mesures nationales d’exécution; - adoptent une législation sur une question où le droit de l’Union impose des obligations spécifiques ou admet une dérogation; - adoptent des mesures spécifiques destinées à contribuer à la réalisation de l’objectif d’un acte de l’Union, lorsque l’acte en question l’y autorise; - mettent en œuvre des programmes de financement de l’UE conformément aux règles de financement de l’UE. |
Le rapport de cette année sur la charte offre une occasion importante de faire le point sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie relative à la charte. Il présente une vue d’ensemble des mesures prises entre 2020 et 2025 pour renforcer l’application de la charte au niveau de l’UE et dans les États membres. Il met également en évidence les défis qui subsistent à cet égard et précise les aspects sur lesquels devront porter les efforts supplémentaires, en proposant des domaines à améliorer et en soutenant une coopération plus approfondie entre les institutions de l’UE, les États membres et les autres parties prenantes pour la seconde moitié de la mise en œuvre de la stratégie.
La Commission a recueilli des données aux fins du présent rapport dans le cadre de diverses consultations ciblées et d’un appel à contributions. Le présent rapport s’appuie sur une évaluation qualitative des retours d’information issus des consultations, y compris des consultations en ligne ciblées avec: i) les États membres; ii) les points focaux pour la charte; iii) les autorités locales et régionales; iv) le réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme (REINDH), le réseau européen des organismes de promotion de l’égalité (Equinet) et le réseau européen des médiateurs et leurs membres; v) les juges et autres praticiens de la justice, les prestataires de formation judiciaire et leurs réseaux; vi) les services de la Commission et vii) l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA). Une consultation en ligne avec la société civile a été menée par l’intermédiaire de la plateforme des droits fondamentaux de la FRA; tout comme une série de réunions de consultation.
2.Garantir l’application effective de la charte par les États membres
Les États membres jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre et l’application de la charte, les autorités nationales donnant pleinement effet aux droits fondamentaux chaque fois qu’elles mettent en œuvre le droit de l’Union. Dans la stratégie relative à la charte, la Commission s’est donc engagée à renforcer son partenariat avec les États membres afin de garantir la mise en œuvre et l’application effectives de la charte en prévenant les violations des droits fondamentaux, en promouvant la sensibilisation aux droits fondamentaux, en renforçant la coordination et en veillant au respect de ces droits.
2.1.Les points focaux pour la charte
Afin d’assurer une coordination et une coopération efficaces en ce qui concerne l’application de la charte, la grande majorité des États membres ont désigné un point focal national pour la charte. La Commission a soutenu les travaux de ces points focaux en organisant des réunions d’information et des échanges de bonnes pratiques, tant en ligne qu’en présentiel, et en partageant des informations actualisées sur la charte. Afin de renforcer encore ces efforts, la Commission organisera le travail des points focaux pour la charte sous forme de réseau de la Commission afin d’échanger régulièrement sur la mise en œuvre et l’application de la charte.
Les administrations nationales sont les mieux placées pour déterminer l’organisation des tâches des points focaux pour la charte afin d’améliorer efficacement la coordination en matière de droits fondamentaux dans chaque contexte national. Les consultations indiquent également que les points focaux pourraient renforcer le dialogue avec les organismes de défense des droits fondamentaux, la société civile et les autorités locales et régionales. La Commission invite dès lors les États membres à renforcer les actions d’information, de sensibilisation et de renforcement des capacités liées à la charte au niveau national, notamment en soutenant les activités des points focaux pour la charte, et en associant la société civile et les institutions nationales de défense des droits de l’homme (INDH) à ces travaux.
2.2.Promouvoir la formation sur la charte
Dans la stratégie relative à la charte, les États membres sont invités à promouvoir la sensibilisation à la charte et son utilisation en élaborant des orientations et des formations à l’intention des administrations nationales, régionales et locales, en partageant des bonnes pratiques, et en encourageant l’apprentissage mutuel sur la charte. Si la moitié des États membres ont organisé des formations spécifiques sur la charte, des formations plus ciblées sont nécessaires pour veiller à ce que les autorités compétentes aient une connaissance suffisante des droits fondamentaux. La Commission continuera de soutenir ces efforts en lançant un programme d’apprentissage mutuel sur la charte afin d’aider les parties prenantes nationales à mettre en œuvre et à appliquer la charte par des échanges entre pairs, des ateliers et le partage transnational des bonnes pratiques.
La FRA a soutenu l’application de la charte au niveau national par la collecte et l’analyse de données, y compris dans ses rapports sur les droits fondamentaux et Charterpedia. Afin de permettre l’échange de bonnes pratiques sur la charte, la FRA et la Commission organisent depuis 2023 un événement annuel en ligne, CharterXchange, qui réunit des praticiens et d’autres participants intéressés, y compris les administrations nationales, afin de partager leur expérience et de discuter des défis et des possibilités liés à l’application de la charte.
La Commission et la FRA ont élaboré des programmes et du matériel de formation sur la charte et continueront de sensibiliser au matériel, aux informations et outils existants. Les États membres sont en outre encouragés à élaborer du matériel d’information et de formation sur la charte dans leurs langues nationales, y compris, le cas échéant, en traduisant les outils de la FRA dédiés à la charte et en les adaptant au contexte national.
2.3.Accroître le recours aux analyses d’impact sur les droits fondamentaux au niveau national
Dans la stratégie relative à la charte, les États membres ont été invités à recourir à des analyses d’impact et à des procédures de contrôle législatif pour veiller à ce que les initiatives visant à mettre en œuvre le droit de l’Union soient conformes à la charte. Certains États membres ont élaboré des lignes directrices et ont recours à des organes consultatifs et à des consultations publiques pour aider à appliquer la charte, tandis que les ministères et les organes parlementaires jouent également un rôle central dans la supervision et l’examen de la conformité des propositions législatives avec la charte. Dans le même temps, les recherches de la FRA indiquent que les évaluations des incidences des propositions législatives sur les droits fondamentaux ne sont pas effectuées systématiquement, et que les évaluations ex post sont l’exception plutôt que la règle. Cela montre qu’il est nécessaire de continuer à aider les autorités nationales à évaluer les incidences que la législation transposant les obligations de l’UE peut avoir sur les droits fondamentaux, lorsque les mesures de transposition sont susceptibles d’avoir une incidence majeure sur les droits consacrés par la charte. La Commission invite les points focaux pour la charte à diffuser des outils et des informations pertinents à l’intention des décideurs politiques aux niveaux national et local afin de les aider à réaliser ces analyses d’impact.
2.4.Le rôle des autorités locales et régionales
La charte est utilisée par les autorités locales et régionales et le cadre des villes des droits humains de la FRA est jugé utile pour les aider à élaborer des plans d’action et des réseaux fondés sur les droits fondamentaux. Des outils de formation spécifiques sont en cours d’élaboration dans le cadre du projet RIGHTSCITIES financé au titre du programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV). Depuis 2021, la Commission aide les autorités locales et régionales à promouvoir la charte au moyen de l’appel à propositions relatif à des projets de jumelage de villes dans le cadre du programme CERV. Le jumelage de villes crée des possibilités de coopération entre les municipalités de différents pays, ce qui permet aux autorités locales de relever des défis communs sous l’angle de la charte. Les projets ont, par exemple, mis l’accent sur la non-discrimination, l’inclusion, la participation démocratique, l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits des personnes appartenant à des minorités.
De plus amples informations sont toutefois nécessaires sur la valeur ajoutée de la charte par rapport à d’autres instruments relatifs aux droits de l’homme, et sur les circonstances dans lesquelles elle s’applique au niveau local. Les consultations indiquent qu’un soutien pratique supplémentaire, tel qu’une formation sur mesure, une sensibilisation et un financement, est nécessaire. La Commission invite dès lors les États membres à aider les autorités locales et régionales à appliquer la charte, par exemple en s’appuyant sur le matériel mis au point dans le cadre du projet RIGHTSCITIES.
2.5.Prévention, suivi de l’application et contrôle du respect
En vertu du droit de l’Union, les autorités nationales sont les principales responsables de l’application correcte du droit de l’Union. Les juridictions nationales jouent un rôle essentiel dans l’application de la charte en appliquant et en interprétant le droit de l’Union dans l’ordre juridique interne. Le mécanisme de renvoi préjudiciel met en place un mécanisme de dialogue entre la Cour de justice de l’Union européenne et les juridictions nationales afin de garantir une interprétation uniforme du droit de l’Union, y compris de la charte.
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission a souligné l’importance d’un dialogue régulier avec les États membres afin de prévenir les violations des droits fondamentaux. Ce dialogue se déroule notamment au sein de groupes de travail spécifiques et dans le cadre d’activités d’apprentissage mutuel. Dans le même temps, la Commission a réaffirmé son engagement à contrôler l’application de la charte et de la législation connexe de l’Union et à suivre de près les cas dans lesquels un État membre présente une défaillance systémique dans l’application de la charte lors de la mise en œuvre du droit de l’Union. Ces dernières années, la Commission a lancé des procédures d’infraction liées au respect de droits spécifiques prévus par la charte, tels que le droit à un recours effectif, la protection des données à caractère personnel, le respect de la vie privée et familiale, le droit à la liberté de réunion pacifique, la liberté d’association, la non-discrimination en raison de la nationalité, du sexe ou de l’orientation sexuelle, le respect de la dignité humaine, la liberté d’expression et le pluralisme des médias, le droit à la confidentialité des communications entre avocats et clients et la présomption d’innocence.
Depuis 2021, la Commission présente des rapports annuels sur l’application de la charte, qui examinent son incidence dans des domaines d’action particuliers. La stratégie relative à la charte et les rapports annuels sur l’application de la charte s’inscrivent dans le cadre d’une initiative plus large au niveau de l’UE visant à renforcer les valeurs fondatrices, notamment le respect des droits de l’homme, l’état de droit, la démocratie et l’égalité. Cette initiative comprend également les rapports annuels sur l’état de droit, le plan d’action pour la démocratie européenne, le paquet «Défense de la démocratie», les rapports sur la citoyenneté de l’Union, le bouclier européen de la démocratie, la stratégie en faveur de la société civile et des stratégies visant à répondre aux besoins de groupes spécifiques de titulaires de droits.
Pour élaborer les rapports annuels sur l’application de la charte, la Commission travaille en partenariat avec d’autres institutions et agences de l’UE, en particulier la FRA, afin de recueillir des informations et des données pour les rapports, et procède à de larges consultations des parties prenantes. Les rapports sur la charte sont des outils précieux pour souligner la pertinence des droits fondamentaux dans les différentes politiques, tout en rappelant le large champ d’application et l’applicabilité de la charte. Les rapports sont également jugés utiles pour la société civile et le pouvoir judiciaire, car ils fournissent régulièrement des résumés agrégés de la législation pertinente de l’UE, guident les actions de sensibilisation en faveur des droits fondamentaux et, dans l’ensemble, soulignent la reconnaissance des défis existants. Toutefois, les parties prenantes ont appelé à renforcer l’utilisation des rapports en tant qu’outils de suivi, notamment en suggérant de se concentrer sur la protection de droits spécifiques de la charte; et d’inclure des références aux décisions judiciaires.
La Commission étudiera les moyens de développer davantage les rapports sur la charte afin de fournir une vue d’ensemble plus détaillée des principales évolutions concernant l’application de droits spécifiques de la charte liés au thème sélectionné, y compris les décisions judiciaires pertinentes. La Commission étayera ses conclusions par des indicateurs de données pertinents, lorsqu’ils seront disponibles, provenant d’Eurostat et d’autres sources pertinentes. Elle réalisera une étude de faisabilité afin d’analyser d’autres possibilités de renforcer le suivi des droits fondamentaux dans le cadre des rapports thématiques annuels sur la charte. Ces aspects seront également examinés dans le cadre de la nouvelle plateforme de la société civile qui sera mise en place en 2026.
Les consultations montrent que le suivi des rapports sur la charte au niveau national est resté limité. Par conséquent, la Commission invite les États membres à redoubler d’efforts dans le suivi des rapports sur la charte, notamment en organisant des événements avec les groupes de parties prenantes concernés afin de débattre du sujet du rapport annuel dans le contexte national.
La Commission a également invité le Parlement européen et le Conseil à organiser des discussions de fond pour donner suite aux rapports sur la charte. En 2021, le Conseil a adopté des conclusions sur le renforcement de l’application de la charte, détaillant les mesures que les États membres pourraient prendre pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie. Chaque année, il a invité la Commission à présenter aux États membres les conclusions du rapport sur la charte et a adopté des conclusions sur le sujet du rapport, assorties de nouvelles recommandations.
Dans la stratégie, la Commission encourageait également le Parlement européen et les parlements nationaux à intensifier la coopération interparlementaire sur les questions liées à l’application de la charte. Elle invite à nouveau le Parlement européen à associer les parlements nationaux au renforcement de l’application de la charte, notamment en organisant une réunion de coordination interparlementaire sur l’application de la charte. La Commission est prête à soutenir le développement de cette initiative.
2.6.Garantir la protection des valeurs de la charte au moyen de fonds de l’UE
Le financement de l’UE est essentiel pour soutenir la mise en œuvre des politiques de l’UE. Afin de garantir que la mise en œuvre des fonds de l’UE est conforme à la charte, le règlement portant dispositions communes (RPDC) contient une «condition favorisante» horizontale relative à l’application et à l’exécution effectives de la charte (condition favorisante horizontale relative à la charte). La condition favorisante horizontale relative à la charte impose aux États membres de mettre en place des modalités visant à garantir que les programmes soutenus par les fonds relevant du RPDC respectent la charte à toutes les étapes de leur programmation et de leur mise en œuvre. Les États membres sont encouragés à associer les organisations de la société civile, telles que les organismes indépendants de défense des droits fondamentaux, à ces modalités. Ils sont également tenus de prévoir des modalités d’information des comités de suivi en ce qui concerne les cas de non-respect de la charte dans le cadre d’opérations ainsi que les plaintes concernant la charte.
La Commission continuera de vérifier si la condition favorisante horizontale relative à la charte reste remplie tout au long de la période de programmation et prendra les mesures nécessaires pour garantir la conformité le cas échéant. Les consultations indiquent toutefois qu’il est nécessaire de disposer de davantage d’informations et d’orientations pour aider les autorités nationales et régionales chargées de la gestion des fonds de l’UE à appliquer la charte, par exemple en fournissant des orientations au moyen de modules de formation, du renforcement des capacités ou de l’échange de bonnes pratiques. Conformément à l’engagement pris dans la stratégie relative à la charte, ces orientations ont été publiées sous la forme d’un manuel destiné à aider les autorités et organismes nationaux et régionaux à assurer une mise en œuvre cohérente et efficace de la condition favorisante horizontale relative à la charte. La Commission traduira le manuel dans les langues officielles de l’UE afin de veiller à ce qu’il soit accessible aux parties prenantes nationales. Elle examinera également si des mesures supplémentaires sont nécessaires dans le cadre du prochain CFP, telles que des activités de renforcement des capacités ou l’échange de bonnes pratiques.
La proposition de la Commission pour le prochain CFP prévoit des garanties et des incitations solides afin que le financement de l’Union respecte la charte et l’état de droit. Le respect des principes de l’état de droit et de la charte est une condition préalable au soutien financier. Pour que leurs plans nationaux et régionaux soient approuvés, les États membres devront démontrer qu’ils disposent de mécanismes adéquats pour garantir le respect de l’état de droit et de la condition favorisante horizontale relative à la charte tout au long de la mise en œuvre des fonds.
3.Donner des moyens d’action aux organisations de la société civile, aux défenseurs des droits et aux professionnels de la justice
3.1.Société civile
La stratégie relative à la charte souligne la contribution indispensable des OSC et des défenseurs des droits de l’homme pour faire en sorte que toute personne puisse jouir des droits fondamentaux. Dans cette stratégie, la Commission a invité les États membres à promouvoir un environnement favorable et sûr pour les OSC et les défenseurs des droits de l’homme dans leur pays, y compris au niveau local.
La Commission a consacré le rapport 2022 sur la charte à un espace civique prospère, dans lequel elle a décrit le rôle des OSC, des défenseurs des droits de l’homme, des INDH, des organismes de promotion de l’égalité et des médiateurs dans le soutien à l’application de la charte, répertorié les mesures prises au niveau de l’UE et au niveau national pour les protéger, les soutenir et leur donner les moyens d’agir, et recensé les défis, les lacunes et les domaines d’amélioration à cet égard. Le rapport relève une nouvelle réduction de l’espace civique dans l’ensemble de l’UE, avec des menaces et des cas de harcèlement signalés par les OSC, les défenseurs des droits de l’homme et leurs membres.
Pour donner suite au rapport 2022 sur la charte, la Commission a organisé une série de séminaires sur les mesures nécessaires pour mieux protéger, soutenir et renforcer le pouvoir d’action de la société civile, qui s’est achevée par un événement de haut niveau en novembre 2023. Un rapport final recommandait aux États membres et aux institutions de l’UE de s’engager en faveur de la protection, de la promotion et du soutien d’un espace civique dans l’UE. Ces conclusions ont alimenté une recommandation de la Commission de 2023 relative à la promotion de l’implication des citoyens et des organisations de la société civile dans les processus d’élaboration des politiques publiques et de leur participation effective à ces processus. Conformément à cette recommandation, la Commission a mis au point des outils pour associer les citoyens à l’élaboration de ses politiques, en particulier les panels de citoyens européens, qui pourraient inciter les gouvernements nationaux et locaux à établir leurs propres stratégies d’engagement des citoyens. En 2024, la Commission a également adopté deux directives relatives à des normes minimales concernant le fonctionnement des organismes pour l’égalité de traitement afin d’améliorer leur efficacité et de garantir leur indépendance.
Sur la base de ces initiatives et en réponse aux appels de la société civile, la Commission a adopté, le 12 novembre 2025, la stratégie de l’UE en faveur de la société civile. Cette stratégie met en place un cadre visant à favoriser le dialogue avec les OSC, à les protéger, à les soutenir et à garantir leur financement durable et transparent au niveau de l’UE et au niveau national. La Commission mettra en place une plateforme de la société civile afin de renforcer son dialogue avec les organisations de la société civile qui œuvrent dans le domaine des droits fondamentaux et d’autres politiques de l’UE fondées sur des valeurs. La Commission invite également les États membres à associer la société civile aux activités liées à la charte au niveau national afin de garantir l’échange d’informations et le renforcement mutuel des capacités.
La Commission s’est également engagée à soutenir un environnement favorable à la société civile, notamment au moyen d’un financement au titre du programme CERV. Entre 2022 et 2025, plus de 1,3 milliard d’EUR ont été accordés à des acteurs qui contribuent à l’application des valeurs consacrées à l’article 2 du TUE et dans la charte.
En juillet 2025, la Commission a adopté sa proposition de nouveau programme de financement AgoraEU afin de continuer à financer la promotion et la protection des droits fondamentaux par l’intermédiaire de son volet «Démocratie, citoyens, égalité, droits et valeurs» («CERV+») de 2028 à 2034. Dans le cadre du nouveau CFP, en collaborant avec les budgets nationaux et en complétant d’autres efforts aux niveaux européen et national, l’Union européenne aidera la société civile à faire progresser l’application de la charte, y compris au moyen du programme AgoraEU proposé et du programme «Justice» une fois adoptés.
Enfin, la Commission a invité les réseaux de la société civile à intensifier leurs efforts de renforcement des capacités en coopérant en matière de formation à la charte et de partage des pratiques, en s’appuyant sur le soutien et les outils mis au point par la Commission et la FRA. Elle a noté que les OSC, les défenseurs des droits de l’homme et les INDH, les organismes pour l’égalité de traitement et les médiateurs sont bien placés pour partager des informations et aider les personnes à accéder à une protection judiciaire en cas de violation de leurs droits fondamentaux. Une protection juridictionnelle effective et le contentieux stratégique, en particulier, peuvent contribuer à l’application effective des droits fondamentaux et la Commission a financé plusieurs projets visant à renforcer la capacité de la société civile à mener de telles actions sur la base de la charte.
Afin de renforcer encore la mise en œuvre des engagements susmentionnés, la Commission invite les OSC, les défenseurs des droits de l’homme, les INDH, les organismes de promotion de l’égalité et les médiateurs à redoubler d’efforts pour coopérer et partager les pratiques relatives à la charte. Elle invite en outre ces parties prenantes, ainsi que les praticiens de la justice et les bénéficiaires de financements de l’UE, à partager la jurisprudence et d’autres bonnes pratiques relatives à la charte avec la FRA afin de soutenir la mise à jour de la base de données Charterpedia.
3.2.Le rôle des institutions nationales de défense des droits de l’homme
Le deuxième volet de la stratégie relative à la charte souligne l’importance de disposer d’INDH fortes et indépendantes. Avec des mandats étendus couvrant tous les droits fondamentaux, les INDH ont un rôle unique à jouer pour veiller à ce que les droits fondamentaux soient protégés par les acteurs étatiques et pour créer des liens entre les gouvernements et la société civile. Dans la stratégie relative à la charte, la Commission a donc invité les États membres qui n’ont pas encore mis en place une INDH indépendante à le faire. Elle a également invité les autres États membres à veiller à ce que les INDH disposent des outils et des moyens nécessaires pour se conformer aux principes de Paris des Nations unies, et à faire référence à la charte dans leur mandat. Elle a pris note du rôle joué par le REINDH pour aider les États membres à obtenir et à conserver l’accréditation de statut A de leurs INDH, notamment en coordonnant le renforcement des capacités et en partageant les pratiques relatives à la charte.
Après l’adoption de la stratégie relative à la charte, cinq INDH supplémentaires ont été accréditées de statut A (en Autriche, à Chypre, en Estonie, en Slovénie et en Suède) et des progrès ont été accomplis en vue de la mise en place d’une INDH accréditée en Tchéquie et en Roumanie. Le REINDH aide les institutions désignées à obtenir et à renforcer leur accréditation au moyen de conseils et de consultations techniques. La Commission suit la situation des médiateurs, des INDH, des organismes de promotion de l’égalité et d’autres autorités indépendantes dans ses rapports sur l’état de droit au titre du pilier «Autres questions institutionnelles liées à l’équilibre des pouvoirs».
À la suite de l’adoption de la stratégie relative à la charte, le REINDH et les INDH ont de plus en plus contribué à soutenir l’application de la charte. Le REINDH organise le renforcement des capacités en ce qui concerne la charte et contribue, avec ses membres, à l’élaboration de la législation et des politiques qui touchent aux droits fondamentaux et aux valeurs fondatrices.
Pour soutenir leurs efforts, la Commission examinera la nécessité de prévoir des orientations supplémentaires concernant le rôle des INDH en vertu du droit de l’Union, y compris dans l’application de la charte, et la manière dont les États membres pourraient les soutenir. La Commission continuera de soutenir les INDH dans l’application de la charte, y compris au moyen d’un financement au titre du programme CERV 2021-2027 et du programme AgoraEU proposé, une fois adopté.
La Commission invite en outre les INDH, les organismes pour l’égalité de traitement et les médiateurs à continuer de soutenir l’application de la charte au moyen d’activités spécifiques dans leurs États membres, notamment en fournissant des informations et des conseils aux citoyens sur les droits fondamentaux et les voies de recours juridiques en cas de violation de leurs droits.
Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour que les INDH puissent soutenir l’application de la charte dans tous les États membres. La Commission invite donc les États membres à associer les INDH aux processus de consultation afin de leur permettre de contribuer utilement à l’évaluation des incidences sur les droits fondamentaux lors de l’élaboration de la législation et des politiques dans les domaines où la charte s’applique. Elle invite également les États membres à élaborer des initiatives de sensibilisation et de renforcement des capacités concernant la charte aux niveaux national, régional et local, en s’appuyant sur les connaissances partagées des INDH, des défenseurs des droits de l’homme, de la société civile, des autorités locales et régionales et du gouvernement.
3.3.Praticiens de la justice
Les juges et autres praticiens de la justice ont un rôle unique à jouer pour garantir l’application des droits fondamentaux. Dans la stratégie relative à la charte, la Commission s’est engagée à financer des possibilités de formation à la charte pour les juges et autres praticiens de la justice dans le cadre du programme «Justice». Dans la stratégie de formation judiciaire pour la période 2021-2024, la Commission a précisé que les professionnels de la justice devraient recevoir une formation spécifique sur l’application de la charte, son champ d’application et des droits spécifiques, ainsi que sur sa relation avec le droit national et son interaction avec la convention européenne des droits de l’homme.
Les juridictions nationales se réfèrent de plus en plus à la charte. Le nombre de demandes de décision préjudicielle se référant à la charte a augmenté chaque année à partir de 2020, pour atteindre 128 demandes en 2024. Selon les consultations des praticiens de la justice menées à l’appui de ce réexamen, la charte est considérée comme apportant une valeur ajoutée en tant que norme juridique supplémentaire aux dispositions constitutionnelles et aux obligations internationales en matière de droits de l’homme, en particulier dans les affaires de migration et d’asile, et dans l’application de la législation de l’UE relative au mandat d’arrêt européen, à la protection des données, à la protection de l’enfance et à la fiscalité. Les professionnels de la justice qui ont répondu font également référence à l’application des droits procéduraux garantis par la charte (articles 47 à 50 de la charte). Pourtant, les praticiens font état de certaines difficultés qu’ils rencontrent pour déterminer l’applicabilité de la charte.
La formation judiciaire relative à la charte doit encore être dispensée à un plus grand nombre de praticiens de la justice. Les raisons les plus fréquemment citées de ne pas participer à une telle formation sont le manque de sensibilisation ou l’insuffisance des possibilités de formation au niveau national et au niveau de l’UE. La Commission continuera de soutenir la formation judiciaire sur la charte, y compris dans le cadre du programme «Justice» proposé au titre du nouveau CFP, une fois qu’il aura été adopté. La Commission invite également les États membres à veiller à ce que la formation judiciaire initiale et continue sur la charte soit dispensée dans leur langue nationale.
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission s’est également engagée à soutenir le développement d’un outil d’apprentissage en ligne pour les juges. En décembre 2025, elle publiera les «capsules électroniques sur le droit de l’Union», de courtes formations en ligne résumant les principales caractéristiques du droit de l’Union sur plus de 40 sujets, dont la charte. Au début de l’année 2026, elle publiera également 53 formations gratuites en ligne sur la charte, qui introduisent chaque article de fond et les dispositions générales de la charte en sessions de 30 minutes. Un manuel écrit complémentaire résumera la jurisprudence pertinente pour chaque article. Les cours s’adressent aux fonctionnaires nationaux et européens. Toutes les formations susmentionnées seront accessibles au public sur la «plateforme européenne de formation» du portail européen e-Justice.
Afin de garantir la disponibilité d’informations sur la charte, la Commission a invité les réseaux de juges et d’autres praticiens de la justice à coopérer en matière de formation et de partage de bonnes pratiques sur l’application de la charte, en s’appuyant sur le soutien et les outils proposés par la Commission, le réseau européen de formation judiciaire (REFJ) et la FRA. La connaissance et l’utilisation de ces matériaux sont toutefois restées faibles. Cela traduit un besoin supplémentaire d’orientations pratiques et d’informations jurisprudentielles sur la charte, telles que des bases de données et des fiches d’information, ainsi que d’échanges de bonnes pratiques sur l’application de la charte et la traduction de documents clés dans les langues nationales. La Commission continuera donc à sensibiliser les professionnels de la justice aux ressources de formation en ligne existantes sur la charte, en coopération avec la FRA, et invite les établissements de formation judiciaire à utiliser ces ressources dans leur offre de formation. Elle invite également les États membres à partager avec le pouvoir judiciaire des informations sur les possibilités de formation sur la charte et les outils en ligne existants, tout en veillant au respect de l’indépendance de la justice. La Commission améliorera également l’accessibilité de ses nouveaux cours en ligne sur la charte et continuera de fournir des informations sur la charte et son application sur son site internet.
La Commission a reconnu que la numérisation de la justice était susceptible d’améliorer la capacité des juridictions à traiter efficacement les questions relatives aux droits fondamentaux et soutient par conséquent les efforts de numérisation des États membres. Dans le même temps, la numérisation de la justice doit être effectuée de manière à garantir le respect des droits fondamentaux, notamment en veillant à ce que les parties qui en ont besoin puissent participer personnellement aux procès afin d’exercer effectivement leurs droits fondamentaux.
4.Encourager les institutions de l’UE à utiliser la charte pour baliser leur action
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission souligne que le respect de la charte est essentiel à la durabilité de la législation de l’UE. Elle s’est engagée à évaluer la conformité avec la charte des initiatives clés susceptibles d’avoir une incidence majeure sur les droits fondamentaux dès la phase préparatoire et tout au long du processus décisionnel.
Afin de mieux aider le personnel de l’UE à évaluer les incidences sur les droits fondamentaux, la Commission a mis à jour les orientations destinées à son personnel sur l’application de la charte dans les analyses d’impact et les diffusera en tant que source d’information pour les décideurs politiques aux niveaux national et local, comme elle s’y est engagée dans la stratégie. Outre les sessions de formation régulières sur l’amélioration de la réglementation, la Commission a mis au point un cours de formation spécifique sur «la charte des droits fondamentaux de l’UE dans les analyses d’impact» afin de former le personnel de l’UE sur la charte et de le guider dans l’évaluation des incidences des propositions législatives sur les droits fondamentaux conformément aux règles pour une meilleure réglementation. La FRA a également dispensé des conseils aux institutions de l’UE et aux États membres sur l’évaluation des incidences des projets de législation et des politiques sur les droits fondamentaux. Les cours en ligne sur la charte de la Commission contiennent des conseils à l’intention du personnel de l’UE sur la manière de garantir le respect des droits fondamentaux lors de la formulation d’initiatives législatives.
La Commission s’appuie sur les contributions des parties prenantes pour élaborer ses initiatives, notamment en ce qui concerne l’intégration de la charte dans ses politiques et propositions. La société civile est également associée au moyen d’une série de formes décentralisées de dialogue structuré et de consultations et participe à de nombreux groupes d’experts de la Commission. La nouvelle stratégie de l’UE en faveur de la société civile établit un cadre commun pour guider et renforcer le dialogue entre la Commission et les organisations de la société civile.
La task-force sur l’égalité mise en place par la Commission s’emploie à garantir l’intégration des considérations relatives à l’égalité dans toutes les initiatives. Elle a développé des processus afin d’aider le personnel de la Commission à veiller à ce que les politiques, la législation et les programmes de financement de l’UE promeuvent l’égalité entre les femmes et les hommes et luttent contre la discrimination. Elle a également dispensé des formations au personnel sur l’intégration de l’égalité. En outre, les stratégies relevant de l’Union de l’égalité contribuent à traduire l’égalité et la non-discrimination en mesures stratégiques.
Les conventions relatives aux droits de l’homme auxquelles l’UE est partie servent en outre de référence aux institutions de l’UE dans l’application de la charte, l’Union étant tenue de respecter leurs normes dans son processus législatif. L’adhésion à l’UE renforce donc la mise en œuvre de la charte dans les domaines d’action couverts par ces conventions. Le processus d’adhésion de l’UE à la convention européenne des droits de l’homme s’est également poursuivi en vue de faire en sorte que les droits fondamentaux dans l’UE fassent l’objet d’un contrôle extérieur supplémentaire.
Afin de développer l’intégration de la charte tout au long du processus législatif de l’UE, la Commission a également invité le Parlement européen et le Conseil à utiliser les outils à leur disposition pour garantir l’application effective de la charte. Les présidences du Conseil ont organisé des formations sur l’application de la charte à l’intention du personnel du Conseil et des délégations des États membres. En 2024, la formation s’est concentrée sur le rôle de chaque institution dans l’évaluation de l’incidence sur les droits fondamentaux lors de la réalisation d’analyses d’impact. Afin de renforcer encore ces travaux, la Commission encourage le Parlement européen et le Conseil à organiser des échanges de bonnes pratiques pour veiller à ce que la charte soit respectée tout au long du cycle législatif. Elle invite le Conseil à continuer de sensibiliser ses groupes de travail à ses orientations sur le respect des droits fondamentaux.
Conformément à la stratégie relative à la charte, la Commission a continué de veiller à ce que l’action intérieure et l’action extérieure de l’UE visant à promouvoir et à protéger les droits fondamentaux soient cohérentes et se renforcent mutuellement. En 2020, elle a adopté le plan d’action de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie pour la période 2020-2024. Ce plan guide les travaux bilatéraux et multilatéraux de l’UE en matière de droits de l’homme et est aligné sur la charte.
Au niveau multilatéral, l’UE dialogue avec le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, la Troisième Commission et l’Assemblée générale, et soutient le mandat et l’indépendance du Haut-Commissaire aux droits de l’homme. Depuis 2020, l’Union a mené plus de 60 dialogues et consultations sur les droits de l’homme avec des tiers.
Conformément à son engagement de tenir compte de la charte lors de la préparation et de la négociation des accords en matière de commerce et d’investissement, l’UE a continué de surveiller le respect, par les pays tiers, des normes internationales en matière de droits de l’homme. L’UE met en œuvre sa politique commerciale, y compris les chapitres sur le commerce et le développement durable de ses accords commerciaux, en s’inspirant de la communication de 2022 intitulée «La force des partenariats commerciaux: ensemble pour une croissance économique verte et juste» et la communication de 2022 sur le «travail décent dans le monde». La Commission a continué d’examiner les plaintes des parties prenantes concernant le non-respect par les partenaires des engagements pris par les parties aux accords commerciaux.
La Commission a également continué d’aider les pays visés par l’élargissement à s’aligner sur les normes de l’UE en matière de droits fondamentaux. Les pays candidats doivent s’aligner progressivement sur les dispositions de la charte, en vue de parvenir à un alignement complet d’ici à la date d’adhésion. La Commission apporte son soutien sous la forme d’une aide financière et technique à cet égard et suit les progrès accomplis dans le cadre du paquet «élargissement» annuel.
Les pays candidats et les pays ayant conclu un accord d’association peuvent demander le statut d’observateur auprès de la FRA afin de faciliter l’alignement de leur législation et de leurs politiques sur l’acquis en matière de droits fondamentaux. L’Albanie, la Macédoine du Nord et la Serbie ont actuellement le statut d’observateur et d’autres pays candidats ont fait part de leur intérêt à l’obtenir.
5.Sensibiliser davantage les citoyens aux droits que leur confère la charte
Le dernier volet de la stratégie relative à la charte est axé sur la sensibilisation du public. Une enquête Eurobaromètre sur la connaissance de la charte, réalisée au printemps 2025, indique que 49 % des personnes ont entendu parler de la charte, ce qui témoigne d’une légère amélioration depuis 2019. Toutefois, seuls 12 % des répondants se sentent bien informés des droits que leur confère la charte, ce qui montre qu’il est encore nécessaire de poursuivre les efforts de sensibilisation. Les répondants souhaitent en savoir plus sur les instances auxquelles s’adresser en cas de violation des droits (64 %), sur le contenu de la charte (62 %) et sur les circonstances dans lesquelles elle s’applique (62 %).
Une protection juridictionnelle effective est essentielle, car elle permet aux particuliers de faire valoir leurs droits fondamentaux. L’enquête Eurobaromètre de 2025 montre qu’en cas de violation des droits que leur confère la charte, 23 % des personnes se plaignent auprès de la police, 21 % se tournent vers une institution de l’Union et 18 % s’adressent à une juridiction nationale. Seuls 5 % d’entre eux contacteraient une organisation de la société civile. Ces résultats ne diffèrent que légèrement de l’enquête de 2019.
Depuis la stratégie de 2010, la Commission a noté combien il était difficile pour les citoyens de savoir quelles voies de recours appropriées utiliser en cas de violation de la charte. La Commission reçoit en moyenne 1 500 lettres de citoyens par an sur des violations des droits fondamentaux, qui concernent principalement des situations pour lesquelles elle n’est pas compétente parce que ces situations n’ont aucun lien avec le droit de l’Union. Étant donné qu’il incombe au premier chef aux États membres de prévoir des voies de recours dans des cas individuels, la Commission les a invités, dans le cadre de la stratégie relative à la charte, à élaborer des initiatives visant à sensibiliser les citoyens aux droits que leur confère la charte et aux instances auxquelles s’adresser en cas de violation de ces droits, notamment en donnant aux représentants locaux les moyens d’agir. Ces initiatives restent toutefois largement inconnues du public. Il est donc possible de fournir au public davantage d’informations sur la manière de trouver des voies de recours effectives. La Commission invite donc les États membres à collaborer avec des institutions indépendantes de défense des droits fondamentaux et la société civile afin de partager des informations sur les droits fondamentaux et les voies de recours disponibles en cas de violation des droits fondamentaux à tous les niveaux.
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission a également souligné le rôle essentiel des autorités locales dans la sensibilisation à la charte. Les autorités locales et régionales sont bien placées pour organiser des initiatives de sensibilisation, y compris des campagnes d’information, des activités de mobilisation de la communauté, des formations pour les fonctionnaires locaux et des initiatives dans le domaine de la sensibilisation par l’éducation telles que les «Journées de la charte». Même si ce potentiel est actuellement sous-exploité, ces efforts restent pertinents pour rapprocher la charte des citoyens.
La Commission a également pris note de l’importance d’expliquer les droits fondamentaux aux citoyens en s’appuyant sur des histoires vécues. De 2021 à 2022, elle a mené une campagne de sensibilisation afin d’informer les citoyens des droits que leur confère la charte. En 2025, à l’occasion du 25e anniversaire de la proclamation de la charte, la Commission mène une campagne sur les médias sociaux afin de sensibiliser le public aux différents articles de la charte et de savoir ce que les gens pensent et savent des droits fondamentaux.
Le programme Erasmus+ a également soutenu des projets sur les droits fondamentaux ainsi que des projets visant à informer les jeunes des droits consacrés par la charte. En outre, l’éducation aux valeurs fondamentales et aux droits de l’homme est un élément clé du programme en matière d’éducation à la citoyenneté mondiale dans le cadre du programme pour l’éducation et la sensibilisation aux problèmes de développement (DEAR).
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission s’est également engagée à sensibiliser les enfants à leurs droits dans le cadre de la stratégie de l’UE sur les droits de l’enfant. La stratégie, adoptée en 2021, a été élaborée avec et pour les enfants afin de rapprocher les politiques et la législation de l’UE des enfants. Les enfants ont également contribué à la rédaction de lignes directrices visant à rendre les documents plus simples et plus accessibles. Depuis la création de la plateforme européenne de participation des enfants en 2022, les enfants ont été consultés sur certaines initiatives stratégiques et ont participé à la «traduction» de ces initiatives dans des formats adaptés aux enfants.
Afin d’améliorer encore l’information et la sensibilisation à la charte, la Commission continuera de financer ces efforts aux niveaux national, local et régional par l’intermédiaire du programme CERV et de son successeur, le volet CERV+ du programme AgoraEU proposé, une fois adopté; et en menant ses propres actions de sensibilisation, y compris des activités de communication et une conférence à l’occasion du 25e anniversaire de la charte.
6.Conclusion
Un quart de siècle après sa proclamation, la charte guide fermement les politiques et la législation de l’UE ainsi que leur mise en œuvre et leur application dans les États membres. Cet examen à mi-parcours montre que la plupart des engagements pris dans le cadre de la stratégie relative à la charte ont été respectés. La Commission a renforcé la coopération avec les États membres, soutenu la société civile et les organismes indépendants de défense des droits fondamentaux, encouragé la formation judiciaire et renforcé l’utilisation de la charte dans les processus législatifs. Les consultations menées dans le cadre de cet examen confirment en outre que les parties prenantes dans l’ensemble de l’UE prennent des mesures significatives conformément à la stratégie.
Dans le même temps, des difficultés subsistent pour garantir l’application effective de la charte. Il convient d’améliorer la sensibilisation des autorités publiques, des professionnels et du grand public à la charte. Le renforcement durable des capacités, l’amélioration de l’accès à l’information, ainsi que le suivi de l’application et le contrôle du respect de la charte restent essentiels pour garantir sa mise en œuvre et son application cohérentes à tous les niveaux. En particulier, les efforts devraient se concentrer sur le renforcement des actions d’information et de formation afin que davantage de fonctionnaires, de parties prenantes de la société civile et de professionnels de la justice puissent bénéficier de ces mesures et contribuer à renforcer l’application globale de la charte. Le présent examen à mi-parcours définit d’autres mesures dans ces domaines.
Au cours de la seconde moitié de la mise en œuvre de la stratégie relative à la charte, la Commission poursuivra l’élaboration de ses rapports annuels sur la charte et prendra des mesures renforcées pour soutenir la mise en œuvre et l’application de la charte dans les États membres. Elle organisera les travaux des points focaux pour la charte sous forme de réseau de la Commission afin de les aider à assurer une coordination et une coopération efficaces en ce qui concerne l’application de la charte et lancera un programme d’apprentissage mutuel pour aider les parties prenantes nationales à échanger les bonnes pratiques relatives à la charte à tous les niveaux. Des efforts supplémentaires sont également nécessaires pour faire en sorte que la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et les organismes indépendants de défense des droits fondamentaux continuent d’être habilités à soutenir l’application de la charte. La Commission mettra en œuvre les actions prévues dans le cadre de la stratégie de l’UE en faveur de la société civile et étudiera la nécessité de prévoir des orientations supplémentaires en ce qui concerne le rôle des INDH en vertu du droit de l’UE.
Une action déterminée est nécessaire pour renforcer le respect et la protection des droits consacrés par la charte dans tous les domaines d’action de l’UE. Les États membres et les autres parties prenantes sont donc encouragés à diffuser ce rapport aux niveaux national, régional et local. Il est nécessaire que les institutions de l’UE, les États membres et les autres parties prenantes continuent à coopérer afin de garantir la mise en œuvre et l’application de la charte de 2026 à 2030 et au-delà.