COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 11.12.2025
COM(2025) 781 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur les passifs éventuels découlant des garanties budgétaires et de l'assistance financière et sur la viabilité de ces passifs éventuels
Situation à la date du 31 décembre 2024
Table des matières
1.Introduction
2.Analyse des différentes sources de passifs éventuels
2.1Garanties budgétaires
2.2Prêts provisionnés pour l’assistance financière à des pays tiers
2.3Prêts couverts par la marge de manœuvre
2.4Vue d’ensemble des passifs éventuels à la fin de 2024
3.Évaluation de la viabilité des passifs éventuels de l’UE
3.1Cadre d’évaluation
3.2Évaluation de la viabilité des passifs éventuels provisionnés
3.3Évaluation de la viabilité des passifs éventuels couverts par la marge de manœuvre
4.Conclusions
5.Annexes
Viabilité et marge de manœuvre par rapport au plafond permanent des ressources propres (en milliards d’EUR, prix courants)
Viabilité et marge de manœuvre par rapport au plafond temporaire des ressources propres pour NextGenerationEU (en milliards d’EUR, prix courants)
1.Introduction
Le présent rapport est publié conformément aux dispositions de l’article 256 du règlement financier et doit être lu en combinaison avec:
·les comptes annuels consolidés de l’Union européenne (exercice 2024) ;
·le document de travail XI qui accompagne le projet de budget de l’UE pour l’exercice 2026 et qui fournit des informations détaillées sur les garanties budgétaires et les prêts provisionnés pour l’assistance financière de l’UE (Rapport au titre de l’article 41, paragraphe 5) ; et
·le rapport sur les prévisions à long terme concernant les entrées et les sorties futures du budget de l’UE (2026-2034), qui tient compte des dépenses budgétaires prévues .
Le premier objectif du présent rapport est de fournir une vue d’ensemble du montant et de la composition des passifs éventuels, tant provisionnés que couverts par la marge de manœuvre , supportés par le budget de l’UE au 31 décembre 2024. Les passifs éventuels sont des passifs financiers potentiels, qui découlent d’engagements contraignants existants ou d’événements contractuels antérieurs . La mesure dans laquelle ces passifs éventuels entraîneront ou non un recours effectif au budget de l’UE et l’importance de ce type de recours dépendront d’événements futurs qui ne peuvent être prédits avec certitude.
À la fin de 2024, le budget de l’UE était exposé à des passifs éventuels liés à des prêts à hauteur d’environ 300 milliards d’EUR (255 milliards d’EUR à la fin de 2023). Sur ces 300 milliards d’EUR, 252 milliards provenaient de prêts accordés aux États membres. Les 48 milliards d’EUR restants concernaient des prêts à des États non-membres de l’UE (dont 42,4 milliards d’EUR sur les 48 milliards d’EUR composés de prêts à l’Ukraine). Sur les 42,4 milliards d’EUR de prêts à l’Ukraine, 31,1 milliards d'EUR étaient couverts par la marge de manœuvre. Le budget de l’UE était également exposé à des passifs éventuels liés à des garanties budgétaires s’élevant à environ 110 milliards d’EUR (108 milliards d’EUR à la fin de 2023). Ces garanties budgétaires ont été fournies dans le cadre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) , d’InvestEU , du mandat de prêt extérieur (MPE) , du Fonds européen pour le développement durable (FEDD) , du FEDD+ et du cadre d’investissement pour l’Ukraine, qui est la garantie budgétaire destinée à soutenir les investissements en Ukraine mise en place au titre du règlement établissant la facilité pour l’Ukraine .
Le total des passifs éventuels, comprenant à la fois les garanties budgétaires et les prêts, est passé à 410 milliards d’EUR en 2024, contre 363 milliards d’EUR en 2023, soit une augmentation de 13 %. Ce taux d’augmentation est globalement conforme au taux d’augmentation observé en 2023 (+ 16 %) et inférieur au taux d’augmentation observé en 2022 (40 %). L’essentiel de cette augmentation provient de décaissements supplémentaires de prêts aux États membres au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) , ainsi que du soutien financier à l’Ukraine au titre de la facilité pour l’Ukraine.
Deuxièmement, le présent rapport contient également une évaluation de la viabilité à long terme des passifs éventuels, fondée sur des facteurs tant qualitatifs que quantitatifs, y compris des tests de résistance. Cette évaluation de la viabilité est réalisée par comparaison des passifs éventuels avec:
·la valeur de marché des provisions existantes détenues dans les compartiments respectifs du fonds commun de provisionnement (FCP) établi par la Commission pour les passifs éventuels provisionnés, c’est-à-dire les passifs découlant des garanties budgétaires et de l’assistance financière aux pays tiers;
·les limites du plafond des ressources propres et de la marge de manœuvre disponible pour les passifs éventuels couverts par la marge de manœuvre.
La principale conclusion de l’analyse de viabilité de fin 2024 est que le budget de l’UE dispose de ressources suffisantes pour faire face à la matérialisation potentielle des passifs éventuels encourus au 31 décembre 2024. Trois raisons principales, exposées aux points ci-dessous, expliquent cette conclusion.
·En ce qui concerne les passifs éventuels découlant des garanties budgétaires et de l’assistance financière aux pays tiers, le provisionnement disponible à la fin de 2024 est adéquat eu égard aux exigences des cadres juridiques respectifs .
·La capacité financière de l’UE au titre du cadre juridique existant pour 2026 et 2027 [à savoir la décision relative aux ressources propres (RP) et le règlement fixant le cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2021-2027 ] et, à partir de 2028, des nouvelles propositions de décision relative aux ressources propres (RP) et de règlement CFP pour la période 2028-2034 est suffisante pour faire face à tous les passifs éventuels couverts par la marge de manœuvre découlant des dettes émises au titre i) de la FRR, de SURE et d’autres prêts aux États membres, ii) de l’instrument d’assistance macrofinancière + (AMF +) à l’Ukraine et iii) de la facilité pour l’Ukraine, même dans des circonstances extrêmement défavorables. En d’autres termes, la marge de manœuvre est dotée de ressources suffisantes pour garantir la solidité du système financier de l’UE et son degré de solvabilité, même dans un scénario extrêmement négatif qui combine des incidences négatives en ce qui concerne les conditions économiques, les recettes et les dépenses.
Les risques découlant des passifs éventuels sont gérés et contrôlés au moyen d’un cadre général à l’échelle de la Commission, lequel comprend de vastes mesures et garde-fous que la Commission peut employer pour protéger le budget de l’UE contre les pertes potentielles découlant des passifs éventuels . Le comité directeur pour les passifs éventuels a joué un rôle central dans ce cadre . Ce cadre a été renforcé au début de l’année 2025 par la décision (UE, Euratom) 2025/369 de la Commission, qui a étendu le rôle du directeur des risques. Agissant indépendamment des DG de la Commission chargées des opérations financières, le directeur des risques remplit une fonction essentielle et spécifique de surveillance des risques financiers pour toutes les opérations financières, à savoir:
- l’emprunt, la gestion de dette et la gestion connexe de la liquidité;
- les opérations de prêt et les garanties budgétaires;
- la gestion d’actifs, y compris la gestion des provisions du fonds commun de provisionnement, qui représentent les réserves constituées pour répondre aux appels de garanties budgétaires de l’UE .
| Encadré nº 1 — Le CFP 2028‑2034 L’objectif du présent rapport est d’évaluer la viabilité des passifs éventuels supportés par le budget de l’UE. Alors que les garanties budgétaires et les prêts provisionnés sont testés par rapport à la valeur de marché des provisions détenues dans le FCP, les passifs éventuels couverts par la marge de manœuvre et supportés par le budget de l’UE sont évalués de façon prospective, en partie en examinant l’évolution prévue des paiements du CFP et le plafond des ressources propres. Pour les années 2028-2034, l’évaluation inclut donc le plafond des ressources propres proposé fixé à 1,75 % du revenu national brut (RNB) de l’UE et les dépenses prévues liées à la proposition relative au CFP 2028-2034, comme indiqué dans le rapport sur les prévisions à long terme concernant les entrées et les sorties futures du budget de l’UE [COM(2025)573]. La projection de marge de manœuvre qui en résulte constitue le scénario de référence à partir duquel les passifs éventuels supportés par le budget à la fin de 2024 sont évalués. La Commission a présenté sa proposition pour le prochain CFP le 16 juillet 2025. Cette proposition prévoit un recours accru aux instruments financiers, aux garanties budgétaires et aux prêts garantis par le budget de l’UE pour: i) augmenter l’effet de levier; ii) permettre au budget de l’UE de jouer un rôle plus important dans la réduction des risques liés aux investissements privés et iii) débloquer les financements par les investisseurs institutionnels. En ce qui concerne les garanties budgétaires et les instruments financiers, la proposition comprend une garantie budgétaire de l’Union pour les politiques intérieures, prévue dans l’acte de base pour le Fonds européen pour la compétitivité (FEC), et une garantie pour les politiques extérieures (avec un sous-plafond pour l’Ukraine), établie dans l’acte de base pour l’instrument «Europe dans le monde». D’autres programmes relevant des politiques intérieures et extérieures peuvent également utiliser les garanties prévues par le FEC et Europe dans le monde. Le FEC et Europe dans le monde ont été dotés d’un montant maximal de garantie budgétaire de respectivement 70 milliards d’EUR et 143 milliards d’EUR (ce dernier montant comprenant 48 milliards d’EUR de garanties budgétaires pour l’Ukraine financées par la réserve pour l’Ukraine). Les différents programmes peuvent progressivement utiliser la totalité de la capacité. Le montant maximal de l’instrument «Europe dans le monde» couvrira également les prêts aux pays tiers (par exemple, l’assistance macrofinancière, les prêts à l'appui de réformes et Euratom). La proposition de budget à long terme de la Commission prévoit également le recours accru à des prêts aux États membres et à l’Ukraine garantis par la marge de manœuvre du budget de l’UE. Dans le cas de l’Ukraine, la proposition de réserve pour l’Ukraine, d’un montant de 100 milliards d’EUR, sera mise en œuvre sous la forme de prêts et de subventions, les prêts devant être financés par des emprunts et garantis par la marge de manœuvre, comme dans le cas de la facilité pour l’Ukraine, par exemple. La répartition effective entre prêts et subventions sera décidée en fonction des besoins. La Commission propose également de recourir davantage aux prêts aux États membres, dans le cadre du programme «Catalyst Europe» des plans de partenariat national et régional. Catalyst Europe fournirait jusqu’à 150 milliards d’EUR de prêts financés par l’emprunt et garantis par la marge de manœuvre pour soutenir les réformes et les investissements. Enfin, la Commission a également proposé un nouveau mécanisme extraordinaire et temporaire pour faire face aux conséquences de crises graves, de difficultés graves ou de menaces graves de difficultés touchant l’UE ou ses États membres. Cet outil permettra d’accorder aux États membres des prêts garantis par un emprunt de l’UE uniquement pour la période du prochain budget à long terme, en cas de crise grave et sur décision du Conseil, après approbation du Parlement européen. L’emprunt serait garanti par un compartiment spécifique supplémentaire sous le plafond des ressources propres égal à 0,25 % du RNB de l’UE, qui aurait pour seul objet de garantir ces prêts, si le mécanisme était activé. La viabilité des passifs éventuels futurs liés à la mise en œuvre des nouveaux instruments proposés dans le cadre du prochain CFP et d’autres instruments adoptés ou mis en œuvre en 2025 (à savoir le mécanisme de coopération pour les prêts à l’Ukraine et les prêts de l’instrument «Agir pour la sécurité de l’Europe») dépendra de l’utilisation effective des prêts et sera évaluée lors des prochaines éditions. La viabilité du mécanisme extraordinaire de réaction aux crises graves ne sera évaluée que si et lorsqu’une assistance financière effective est fournie sous ce plafond. |
2.Analyse des différentes sources de passifs éventuels
2.1Garanties budgétaires
Il s’agit des garanties accordées aux différents partenaires chargés de la mise en œuvre au titre des mandats du MPE, de l’EFSI, du FEDD, d’InvestEU, du FEDD+ et du cadre d’investissement pour l’Ukraine . Dans le cadre de tous ces instruments, l’UE fournit des garanties aux partenaires chargés de la mise en œuvre afin de couvrir une partie des pertes et coûts potentiels découlant de leurs opérations de financement et d’investissement (c’est-à-dire les opérations de prêt ou de fonds propres).
Les six programmes de garantie portent chacun sur une zone géographique différente, ce qui influence les risques qu’ils supportent. L’EFSI et InvestEU contribuent à combler les déficits d’investissement au sein de l’Union européenne. Le MPE, le FEDD et le FEDD+ comptent parmi les politiques extérieures de l’Union européenne et soutiennent le financement et l’investissement dans les pays tiers (le MPE et la fenêtre d’investissement nº 1 du FEDD+ étant axés principalement sur les contreparties souveraines, tandis que le FEDD et l’architecture ouverte et la fenêtre d’investissement nº 4 du FEDD+ ciblent principalement les opérations privées). Le cadre d’investissement pour l’Ukraine vise à soutenir les investissements aux fins du redressement et de la reconstruction de l’Ukraine engagés par les autorités ukrainiennes, les entreprises du secteur privé, les municipalités, les entreprises publiques ou d’autres acteurs.
Tableau 1— Situation des garanties budgétaires (au 31 décembre 2024) (en millions d’EUR)(*)
| | Garantie maximale disponible signée avec les partenaires chargés de la mise en œuvre | Garantie disponible relative aux opérations signées par les partenaires chargés de la mise en œuvre avec les bénéficiaires finaux | Garantie disponible relative aux opérations signées par les partenaires chargés de la mise en œuvre et payée aux bénéficiaires finaux |
| | | | |
| EFSI | 25 373 | 22 998 | 21 033 |
| FEDD | 759 | 667 | 521 |
| MPE | 25 772 | 25 772 | 19 184 |
| InvestEU | 27 042 | 11 769 | 3 468 |
| Cadre d’investissement pour l’Ukraine | 790 | 172 | 132 |
| FEDD+ | 30 173 | 11 228 | 1 341 |
| Total | 109 909 | 72 606 | 45 678 |
(*) La garantie signée avec les contreparties représente le montant de la garantie accordée au partenaire chargé de la mise en œuvre par la signature de l’accord de garantie. La garantie relative aux opérations signées par les contreparties comprend les montants de la garantie dans toutes les opérations signées par les contreparties avec les destinataires finals/intermédiaires financiers. La garantie relative aux opérations signées et décaissées comprend les montants des opérations versés par la contrepartie au destinataire final/aux intermédiaires financiers.
a) Garanties budgétaires destinées à soutenir l’investissement hors de l’UE
Le MPE est la plus ancienne garantie budgétaire de l’Union. Il permet à la Banque européenne d’investissement (BEI) d’entreprendre des opérations de financement dans des environnements plus risqués à l’extérieur de l’UE dans des domaines tels que le développement des infrastructures socio-économiques.
En 2017, la garantie au titre du FEDD a été mise en place pour soutenir les investissements et améliorer l’accès au financement, principalement en Afrique et dans les pays voisins limitrophes de l’UE, ainsi que pour aider ces pays à atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies.
En s’appuyant sur l’expérience du MPE et du FEDD, le FEDD+ a été établi pour la période du CFP 2021-2027 en tant que dispositif financier intégré offrant une capacité de financement aux pays d’Afrique subsaharienne, d’Asie, du Pacifique, d’Amérique latine et des Caraïbes ainsi qu’aux pays du voisinage et concernés par l’élargissement. Le soutien au titre du FEDD+ est axé sur les investissements qui contribuent à: i) la réduction des inégalités socio-économiques, ii) la croissance durable et inclusive, iii) l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, iv) la protection et la gestion de l’environnement et v) la création d’emplois.
Le cadre d’investissement pour l’Ukraine est conçu pour fournir un financement aux priorités recensées dans le plan pour l’Ukraine . Le cadre d’investissement pour l’Ukraine fait partie du règlement établissant la facilité pour l’Ukraine, dont l’objectif est: i) d’attirer les investissements publics et privés pour le redressement et la reconstruction de l’Ukraine et ii) de soutenir l’Ukraine sur la voie de son adhésion à l’UE .
b) Garanties budgétaires destinées à soutenir l’investissement au sein de l’UE
En 2015, l’EFSI a été lancé pour remédier au problème de la faiblesse prolongée de l’investissement privé dans l’UE à la suite de la crise financière. Il prend la forme d’une garantie budgétaire maximale de 26 milliards d’EUR accordée par le budget de l’UE au groupe BEI, qui est complétée par une enveloppe de 7,5 milliards d’EUR provenant des ressources propres de la BEI.
Lancé dans le cadre du CFP 2021-2027, le programme InvestEU vise à donner un nouvel élan aux investissements favorisant la reprise économique, la résilience, la croissance verte et l’emploi dans l’UE au cours de la période 2021-2027. Il s’agit, pour atteindre cet objectif, de mobiliser des sources de financement publiques et privées afin que, dans le difficile contexte économique et social actuel, un financement et un soutien à long terme soient fournis aux entreprises et aux projets conformément aux priorités de l’UE.
c) Analyse comparative des garanties budgétaires
Les six programmes de garantie budgétaire se différencient par plusieurs caractéristiques, dont leurs différents stades de mise en œuvre. Bien que le MPE (établi en 1977) ait un long bilan, les périodes de constitution de l’EFSI et du FEDD n’ont pris fin qu’en 2022 et 2024 respectivement. Or, la phase d’investissement d’InvestEU, du FEDD+ et du cadre d’investissement pour l’Ukraine a commencé plus récemment. Ces différentes étapes de la mise en œuvre des six programmes de garantie budgétaire sont présentées dans le tableau ci-dessus. En ce qui concerne le MPE et l’EFSI, les chiffres montrent que la quasi-totalité du montant maximal des garanties a été promise aux partenaires chargés de la mise en œuvre, lesquels se sont engagés à soutenir des opérations à hauteur de la totalité de ces montants. Les nouvelles garanties budgétaires telles que le FEDD+, InvestEU et le cadre d’investissement pour l’Ukraine sont en revanche à un stade beaucoup plus précoce de leur montée en puissance.
Les nouvelles garanties budgétaires telles qu’InvestEU, le FEDD+ et le cadre d’investissement pour l’Ukraine se sont appuyées sur l’expérience des garanties plus anciennes, et présentent des caractéristiques comparables. Toutefois, InvestEU, le FEDD+ et le cadre d’investissement pour l’Ukraine comptent tous davantage de partenaires chargés de la mise en œuvre («architecture ouverte») et une plus grande variété de produits.
2.2Prêts provisionnés pour l’assistance financière à des pays tiers
Les passifs éventuels relevant de cette rubrique découlent de l’assistance financière fournie sous la forme de prêts au titre du programme d’assistance macrofinancière (AMF) et de prêts Euratom à des pays tiers . Les prêts accordés à l’Ukraine au titre du programme AMF+ et de la facilité pour l’Ukraine, d’un montant de 31,1 milliards d’EUR à la fin de 2024, sont garantis par la marge de manœuvre et seront examinés à la section 2.3.
Le soutien financier aux pays tiers sous forme de prêts bilatéraux de l’UE a été accordé essentiellement dans le cadre du programme d’AMF, qui vise les États non-membres de l’UE confrontés à une crise de leur balance des paiements. En 2024, de nouveaux prêts au titre de l’AMF d’un montant de 1,15 milliard d’EUR ont été décaissés .
Dans le cadre d’investissement en faveur des Balkans occidentaux (CIBO), des dispositions visant à accorder des prêts d’un montant maximal de 4 milliards d’EUR à six pays candidats à l’élargissement ont été mises en place en 2024, le versement des premières tranches devant commencer en 2025. Une facilité de prêt distincte a également été mise en place pour la Moldavie (1,5 milliard d’EUR); le décaissement devrait également commencer en 2025. Outre les prêts au titre de l’AMF aux États souverains non-membres de l’UE, 300 millions d’EUR de prêts Euratom, qui ont été accordés au programme ukrainien d’énergie nucléaire, sont toujours en cours au 31 décembre 2024.
Tableau 2— Encours des prêts à des États non-membres de l’UE* (au 31 décembre 2024) (en millions d’EUR)
| | Encours des prêts | Intérêts échus | Total |
| AMF(*) | 15 738 | 118 | 15 856 |
| Euratom | 300 | 1 | 301 |
| Total | 16 038 | 119 | 16 157 |
(*) À l’exclusion des prêts AMF+ à l’Ukraine et des prêts accordés au titre de la facilité pour l’Ukraine (couverts par la marge de manœuvre).
Habituellement, les prêts aux États non-membres de l’UE sont financés par des opérations d’emprunt adossées (opérations «back-to-back»): autrement dit, chaque prêt est financé par une obligation de l’UE correspondante, dont l’échéance, le taux d’intérêt et le calendrier de remboursement concordent exactement avec ceux du prêt de l’UE. En janvier 2023, une approche différenciée, à savoir l’approche unifiée en matière de financement, a été établie en tant que méthode générale d’emprunt pour les obligations de l’UE . Dans le cadre de l’approche unifiée en matière de financement, la Commission collecte tous les produits des émissions dans une réserve de financement centralisée et les alloue ensuite en interne aux différents programmes d’action. Les investisseurs en obligations de l’UE sont exposés au faible risque de crédit de l’UE et non au risque de crédit du pays bénéficiaire final. Le passif pour l’UE est un passif éventuel, puisque le pays bénéficiaire se trouve contractuellement obligé de fournir le flux de revenus servant à rembourser les obligations de l’UE. Tant que le bénéficiaire du prêt n’est pas en défaut, aucune sortie de ressources de l’UE n’est nécessaire pour régler la dette de l’UE.
Dans le cas où le pays bénéficiaire ne rembourserait pas les intérêts ou le principal du prêt reçu, le budget de l’UE réserve des provisions pour ces prêts. Traditionnellement et conformément à la législation en vigueur, 9 % de la valeur des prêts sont détenus à titre de provisions dans des compartiments spécifiques du FCP pour les prêts AMF ou Euratom aux États non-membres de l’UE. Les niveaux de provisionnement pour ces prêts sont examinés plus en détail à la section 3.2.
Les montants de remboursement indiqués dans le tableau 3 doivent donc être considérés comme les montants maximaux prévisibles susceptibles d’être imputés sur les provisions au cours des années 2025-2030.
Tableau 3 — Échéancier annuel de remboursement de l’encours des prêts provisionnés aux États non-membres de l’UE (principal + intérêts) au titre des programmes existants pour les années 2025-2030 (au 31 décembre 2024)
(en millions d’EUR)
| Année | Euratom | AMF | Tous les programmes |
| 2025 | 1 | 162 | 163 |
| 2026 | 1 | 410 | 411 |
| 2027 | 51 | 442 | 493 |
| 2028 | 51 | 441 | 492 |
| 2029 | 0 | 1 185 | 1 185 |
| 2030 | 100 | 308 | 408 |
| Total | 204 | 2 948 | 3 152 |
2.3Prêts couverts par la marge de manœuvre
Les passifs éventuels relevant de cette rubrique proviennent de prêts aux États membres [c’est-à-dire de prêts accordés au titre du mécanisme de soutien à la balance des paiements (BDP) , de prêts du mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) , de prêts du mécanisme de prêts de l’Euratom, de prêts au titre de SURE et de prêts au titre de la FRR, qui sont accordés pour soutenir les investissements et les réformes]. En outre, les prêts à l’Ukraine accordés en 2023 et 2024 (18 milliards d’EUR de prêts AMF+ à l’Ukraine et 13,1 milliards d’EUR de prêts accordés au titre de la facilité pour l’Ukraine) sont également couverts par la marge de manœuvre budgétaire sous le plafond des ressources propres.
Les passifs éventuels découlant des prêts aux États membres et de prêts récents à l’Ukraine ne sont pas provisionnés ex ante. En revanche, ils sont couverts par la possibilité de mobiliser des «ressources propres» supplémentaires auprès des États membres, prévue par le cadre budgétaire de l’UE (dans les limites du plafond des ressources propres, c’est-à-dire en utilisant la «marge de manœuvre» du budget).
Autrement dit, dans le cas où un bénéficiaire n’honorerait pas ses obligations envers l’UE, celle-ci serait habilitée, en dernier recours et seulement après avoir épuisé toutes les autres solutions possibles dans le cadre financier pluriannuel existant, à demander aux États membres de couvrir le montant en question. Ces appels de fonds seraient effectués au-delà des plafonds du CFP, mais dans le plein respect des plafonds des ressources propres.
Les prêts plus récents (prêts FRR et prêts au titre de l’instrument AMF+ en faveur de l’Ukraine et de la facilité pour l’Ukraine) sont financés au moyen de l’approche unifiée en matière de financement, dans le cadre de laquelle les prêts aux bénéficiaires sont accordés pour de longues durées, généralement une période prolongée au cours de laquelle le principal n’est pas remboursé, suivie d’une longue période avec un léger réamortissement annuel du principal .
En 2024, la Commission, agissant au nom de l’UE, a géré quatre programmes dans le cadre desquels elle avait accordé des prêts à des États membres. Aucun nouveau prêt n’a été versé au titre des trois premiers programmes en 2024. Les détails de ces quatre programmes sont présentés dans les points ci-dessous.
·Le mécanisme de soutien des balances des paiements a été créé en 2002 afin d’aider les pays de l’UE n’appartenant pas à la zone euro qui connaissent ou risquent de connaître des difficultés de balance des paiements.
·Le MESF a été mis en place en 2010 afin d’apporter un soutien financier aux États membres qui connaissent ou risquent de connaître de graves difficultés financières dues à des événements exceptionnels échappant à leur contrôle.
·Le programme SURE a été adopté en juin 2020 afin de contribuer au financement des augmentations soudaines et importantes des dépenses publiques nationales liées aux régimes nationaux de chômage partiel et aux mesures similaires prises en réponse à la crise de la COVID-19. Étant donné que cet instrument d’urgence a été mis en place avant l’entrée en vigueur de l’augmentation du plafond des ressources propres et de la marge de manœuvre en 2020, tous les États membres sont convenus de fournir des garanties irrévocables, inconditionnelles et à la demande pour 25 % du montant maximal de l’assistance financière . Chaque État membre contribue au montant total de la garantie proportionnellement à sa part relative dans le RNB total de l’UE (sur la base du budget de l’UE pour 2020).
·La FRR constitue le pilier central du programme NextGenerationEU (NGEU) de 2020 . C’est un instrument temporaire destiné à soutenir les réformes et les investissements dans les États membres dans le but ultime de faciliter la reprise après la pandémie de COVID-19 tout en soutenant les transitions écologique et numérique. Dans le cadre de l’instrument de l’UE pour la relance, la Commission emprunte des fonds que la FRR utilise ensuite pour financer les réformes et les investissements des États membres. Ce financement peut prendre la forme d’un prêt (soutien remboursable) ou d’une subvention (soutien non remboursable). Seuls les prêts (et non les subventions) au titre de la FRR donnent lieu à des passifs éventuels et c’est pourquoi seuls ces prêts sont pris en considération aux fins du présent rapport.
À la fin de 2024, le budget de l’UE avait contracté des passifs éventuels liés à deux programmes de soutien à l’Ukraine qui ont été imputés sur la marge de manœuvre. Le premier de ces programmes est l’AMF+, pour laquelle les encours atteignaient 18 milliards d’EUR à la fin de 2023, aucun nouveau prêt supplémentaire n’ayant été versé en 2024. Le deuxième de ces programmes est la facilité pour l’Ukraine (13,1 milliards d’EUR d’encours à la fin de 2024). Les coûts d’intérêt dans le cadre des deux programmes sont subventionnés au cours de la période allant jusqu’à la fin de 2027 afin d’accroître la concessionnalité de ces prêts, selon des modalités différentes. Les États membres couvrent les coûts d’intérêt des prêts AMF+ au moyen de recettes affectées externes par l’intermédiaire du budget de l’UE, tandis que celui-ci couvre les coûts d’intérêt des prêts accordés au titre de la facilité pour l’Ukraine.
Tableau 4 — Prêts décaissés couverts par la marge de manœuvre budgétaire de l’UE (au 31 décembre 2024) (en millions d’EUR)
| | Prêts décaissés | Intérêts échus | Total |
| Mécanisme de soutien à la balance des paiements | 200 | 1 | 201 |
| MESF | 42 000 | 380 | 42 380 |
| SURE | 98 355 | 104 | 98 459 |
| FRR (prêts) | 108 686 | 1 434 | 110 120 |
| AMF + | 18 000 | 273 | 18 273 |
| Facilité pour l’Ukraine | 13 112 | 205 | 13 317 |
| Total | 280 353 | 2 397 | 282 750 |
Entre la fin de 2023 et la fin de 2024, l’augmentation la plus significative a été enregistrée pour les prêts au titre de la FRR, qui sont passés de 79,6 milliards d’EUR à 110,1 milliards d’EUR, soit une augmentation de 30,5 milliards d’EUR depuis la fin de 2023 (+ 38,3 %). Globalement, les encours totaux sont passés de 239,7 milliards d’EUR à la fin de 2023 à 282,8 milliards d’EUR à la fin de 2024, ce qui représente une augmentation de 43,0 milliards d’EUR (+ 17,9 %).
Le tableau 5 ci-dessous présente les montants des remboursements annuels totaux (principal + intérêts) dus par tous les bénéficiaires des prêts de l’UE accordés dans le cadre de: i) l’assistance financière aux États membres et ii) l’assistance financière à l’Ukraine au titre des instruments AMF+ et de la facilité pour l’Ukraine.
Pour chacune des années considérées, ces montants fournissent un indicateur du maximum théorique de sortie à couvrir par le budget de l’UE en ce qui concerne les passifs éventuels découlant de l’assistance financière aux États membres et à l’Ukraine à la fin de 2024.
À l’horizon temporel du prochain CFP (jusqu’en 2034), les remboursements du principal et des intérêts par les bénéficiaires de prêts (c’est-à-dire à l’exclusion des prêts au titre de la FRR) pertinents pour le plafond permanent s’élèvent à 9,2 milliards d’EUR en moyenne chaque année. Les remboursements du principal et des intérêts par les bénéficiaires de prêts couverts par le plafond de NextGenerationEU (c’est-à-dire les prêts au titre de la FRR) s’élèvent en moyenne à 2,8 milliards d’EUR par an pour la période 2025-2034.
Tableau 5 — Échéancier annuel de remboursement de l’encours des prêts couverts par la marge de manœuvre (capital + intérêts) au titre des programmes existants pour les années 2025-2030 (au 31 décembre 2024) (en millions d’EUR)
| Année | BDP | MESF | SURE | Prêts au titre de la FRR (*) | AMF + (**) | Facilité pour l’Ukraine(***) | Tous les programmes |
| 2025 | 206 | 306 | 8 217 | 2 215 | 570 | 320 | 11 834 |
| 2026 | 0 | 6 913 | 8 327 | 2 216 | 570 | 391 | 18 417 |
| 2027 | 0 | 3 587 | 327 | 2 216 | 570 | 391 | 7 091 |
| 2028 | 0 | 4 612 | 10 327 | 2 219 | 571 | 392 | 18 121 |
| 2029 | 0 | 1 790 | 8 464 | 2 218 | 571 | 391 | 13 434 |
| 2030 | 0 | 371 | 10 327 | 2 216 | 570 | 391 | 13 875 |
| Total | 206 | 17 579 | 45 989 | 13 300 | 3 423 | 2 277 | 82 772 |
(*) Les intérêts pour les prêts au titre de la FRR dans le cadre du programme NextGenerationEU sont calculés sur une base glissante selon une méthode spécifique [voir la décision d’exécution C(2022)9701 final de la Commission du 19.12.2022]. La charge d’intérêt annuelle pour ces prêts présentée ci-dessus est donc une estimation fondée sur les conditions de financement actuelles. (**) Conformément à l’article 17 du règlement (UE) 2022/2463, l’UE peut, chaque année, à la demande de l’Ukraine, accorder une bonification d’intérêt pour couvrir les coûts d’intérêt liés aux prêts AMF+.
(***) Conformément à l’article 23 du règlement (UE) 2024/792, l’Ukraine peut demander chaque année une bonification d’intérêt pour couvrir les coûts d’intérêt liés aux prêts accordés au titre de la facilité pour l’Ukraine.
2.4Vue d’ensemble des passifs éventuels à la fin de 2024
Fin 2024, le budget de l’UE était exposé à des passifs éventuels pour un montant total de 410 milliards d’EUR, qui peuvent être ventilés comme suit: i) plus de 300 milliards d’EUR liés à des prêts accordés à des États membres et à des pays tiers; et ii) 110 milliards d’EUR liés aux garanties fournies par l’intermédiaire de l’EFSI, d’InvestEU, du MPE, du FEDD, du FEDD+ et du cadre d’investissement pour l’Ukraine. L’ensemble d’expositions le plus important pour le budget de l’UE provient des programmes de prêts destinés aux États membres.
Illustration 1 — Ventilation des passifs éventuels par source au 31 décembre 2024
(*) Sur la base du montant total de la «garantie disponible maximale signée avec des partenaires chargés de la mise en œuvre» (voir le tableau 1).
L’importance croissante des garanties budgétaires et des programmes d’assistance financière pour la mise en œuvre des politiques de l’UE ressort de la tendance constante à la hausse au cours de la période 2021-2024. L’augmentation enregistrée en 2024 (+ 13 % par rapport à l’année précédente) correspond à l’augmentation enregistrée entre la fin de l’exercice 2022 et la fin de l’exercice 2023 (+ 16 %). Elle est à comparer avec la forte augmentation de 40 % observée entre la fin de l’exercice 2021 et la fin de l’exercice 2022, à partir d’une base inférieure.
Illustration 2 — Ventilation des passifs éventuels par source au cours de la période 2021-2024 (en milliards d’EUR)

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