COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 5.11.2025
COM(2025) 903 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Interconnecter l’Europe par le transport ferroviaire à grande vitesse
{SWD(2025) 960 final} - {SWD(2025) 961 final}
1.Introduction et objectifs
Un réseau ferroviaire européen à grande vitesse stimulera notre économie, créera des emplois de qualité, favorisera la cohésion, rapprochera les citoyens, réduira la pollution atmosphérique et contribuera à la réalisation de nos objectifs climatiques. Le transport ferroviaire à grande vitesse est essentiel pour rendre l’Europe plus unie et parée pour l’avenir, tout en renforçant la compétitivité de l’industrie européenne.
Un réseau ferroviaire à grande vitesse reliant les capitales et d’autres grandes villes de l’Union européenne peut offrir aux voyageurs une alternative pratique et propre aux vols court à moyen-courriers, ainsi qu’une alternative rapide et confortable aux trajets individuels en voiture ou aux voyages en bus. De meilleures liaisons peuvent contribuer à réduire la pression démographique sur les grandes zones urbaines, notamment sur le marché du logement, tout en prévenant le dépeuplement des petites villes.
Compte tenu de ce qui précède, la stratégie de mobilité durable et intelligente fixe des objectifs visant à doubler le trafic ferroviaire à grande vitesse d’ici à 2030 par rapport à 2015 et à le tripler d’ici à 2050. Le règlement sur le RTE-T de 2024 jette les bases pour la mise en place d’un réseau ferroviaire à grande vitesse en Europe. Il implique des liaisons ferroviaires à grande vitesse supérieures à 200 km/h entre les grands centres urbains européens et garantit leur intégration dans le reste du réseau. Ce réseau intégré et cohérent repose sur le réseau central et le réseau ferroviaire central étendu du RTE-T pour le transport de voyageurs, et devrait être progressivement achevé d’ici à 2040. Il permettra des liaisons rapides, tout en assurant la cohésion territoriale. Dans de nombreux cas, il devrait réduire de moitié ou plus les trajets entre les capitales européennes (voir figure 1). Le réseau ferroviaire à grande vitesse devrait être étendu aux pays candidats à moyen et long termes.
Toutefois, pour le moment, l’Union n’est pas sur la bonne voie: en 2023, le trafic ferroviaire à grande vitesse n’avait augmenté que de 17 % par rapport à 2015, tandis que la longueur des voies ferrées à grande vitesse en exploitation était de 12 128 km, principalement situées en Espagne, en France, en Italie et en Allemagne. L’Europe centrale et orientale restent mal connectées. Compte tenu de la fragmentation et des obstacles persistants, un réseau ferroviaire européen à grande vitesse véritablement connecté est donc encore loin d’être achevé. Dans son rapport de 2024, Mario Draghi a souligné que les investissements dans les infrastructures sont essentiels pour renforcer la compétitivité, la cohésion et la résilience de l’Europe, tout en soutenant les transitions écologique et numérique. Le rapport Letta fait clairement ressortir que, si le transport ferroviaire à grande vitesse a transformé les économies nationales et les paysages sociaux, il s’est arrêté aux frontières nationales.
Figure 1: exemples de gains de temps importants entre les capitales européennes sélectionnées
Pour ces raisons, la Commission présente une communication intitulée «Interconnecter l’Europe par le transport ferroviaire à grande vitesse» qui vise à promouvoir la compétitivité durable de l’Europe en intégrant des politiques en matière de décarbonation, d’industrie, de concurrence et d’économie, et en transformant l’innovation en leadership manufacturier et en création d’emplois. Pour atteindre les objectifs de la stratégie de mobilité durable et intelligente, il sera essentiel de réaliser les infrastructures requises et de définir les conditions-cadres permettant de créer des services attrayants. Dans la présente communication, la Commission présente une feuille de route claire et des mesures concrètes pour concrétiser la vision d’un réseau ferroviaire à grande vitesse performant et plus rapide d’ici à 2040. La mise en œuvre de ce plan demande une action forte et concertée de la part de la Commission, des États membres, du secteur ferroviaire, des investisseurs privés et de l’industrie européenne.
Dans la présente communication, la Commission invite instamment les États membres à évaluer et à planifier la possibilité de dépasser les exigences minimales du RTE-T dans le but de moderniser ou de construire, lorsque cela est économiquement réalisable, de nouvelles liaisons à grande vitesse, y compris à des vitesses dépassant largement les 250 km/h .
En outre, la communication fixe l’ambition de réduire considérablement la durée des trajets en train très fréquentés dans toute l’Europe, au moyen de mesures visant à éliminer les barrières commerciales et à réduire les coûts, afin de garantir un secteur ferroviaire prospère et compétitif à l’échelle mondiale et des choix abordables pour les voyageurs. À cette fin, la communication définit des priorités spécifiques en matière d’infrastructures à grande vitesse et appelle à la mise en place de liaisons à grande vitesse entre les capitales et les grands nœuds urbains de l’Union européenne.
Pour que cette vision se concrétise, des investissements importants seront nécessaires. C’est pourquoi la communication présente un plan de stratégie de financement. La communication aborde également les obstacles infrastructurels, commerciaux et techniques, y compris la disponibilité du matériel roulant et l’accès aux installations de service, et annonce des exigences harmonisées et une cocréation pour la prochaine génération de rames à grande vitesse européennes.
Enfin, dans la présente communication, la Commission appelle à renforcer le rôle de l’UE dans la planification, le financement et la coordination d’un tel réseau ferroviaire transfrontière à grande vitesse. Chaque itinéraire de ce réseau sera, par définition, exploité au-delà de plusieurs frontières. Il est essentiel d’opérer au bon niveau de gouvernance, en coopération avec les réseaux gérés au niveau national, pour faire en sorte que les propriétaires de voies et les opérateurs de trains à grande vitesse puissent prospérer et fournir leurs services à tous les Européens selon des normes similaires, répondant ainsi à la demande comprimée des Européens en faveur d’une offre ferroviaire à grande vitesse abordable.
Les avantages de ce plan vont bien au-delà du transport ferroviaire à grande vitesse. Il augmentera la capacité disponible sur le réseau conventionnel pour améliorer les services à moindre vitesse, tant pour les passagers que pour le fret, y compris pour la mobilité militaire. Cette dernière bénéficiera également des investissements importants réalisés dans les infrastructures sur le réseau ferroviaire à grande vitesse du RTE-T, ce qui permettra des mouvements militaires plus rapides, plus longs et plus lourds. Les trains de nuit et le fret ferroviaire bénéficieront grandement des améliorations proposées en matière de coordination des capacités, de redevances d’accès aux voies, d’autorisation des véhicules et de financement du matériel roulant. En outre, le déploiement plus rapide du système européen de gestion du trafic ferroviaire (ERTMS) renforcera la sécurité et l’interopérabilité.
Les principales mesures du plan sont présentées dans les sections suivantes et résumées en annexe.
Le document de travail des services de la Commission qui accompagne la présente communication illustre les gains de temps avec une série de cartes et de tableaux détaillés des principales liaisons entre les grandes villes, situées sur les corridors de transport européens et déployées selon la planification actuelle.
2.Le réseau ferroviaire européen à grande vitesse — nécessité d’accélérer et d’harmoniser
Les infrastructures de transport fonctionnent comme un réseau, de sorte que si un petit segment n’est pas conforme ou opérationnel, il peut nuire à l’efficacité et à la compétitivité du système dans son ensemble. Le développement d’un réseau ferroviaire européen à grande vitesse nécessite une vision et un cadre à long terme permettant la mise en œuvre ciblée des infrastructures nécessaires au moyen d’exigences harmonisées.
Le règlement sur le RTE-T de 2024 définit un tel cadre. Outre les exigences harmonisées en matière d’infrastructures ferroviaires, le règlement sur le RTE-T soutient l’adoption et le déploiement de nouvelles technologies numériques. Il s’agit notamment de promouvoir l’échange de données et les infrastructures de connectivité avec une couverture ininterrompue sur l’ensemble du réseau. L’objectif est de garantir le niveau de performance le plus élevé pour les infrastructures numériques et d’atteindre des niveaux d’automatisation plus élevés.
Les avantages en matière de connectivité liés à l’achèvement du réseau ferroviaire à grande vitesse du RTE-T sont considérables. Toutefois, la complexité de la planification, de l’octroi d’autorisation, de la coordination et du financement des grands projets d’infrastructures ferroviaires à grande vitesse entrave leur mise en œuvre en temps utile et entraîne souvent des retards, en particulier dans les projets transfrontières, un problème que la présente communication entend résoudre.
2.1. Accélérer le déploiement des infrastructures nationales et transfrontières
Depuis 2013, des progrès significatifs ont été accomplis dans l’achèvement des tronçons nationaux du réseau ferroviaire du RTE-T dans des pays tels que l’Espagne, la France, l’Italie et l’Allemagne. En outre, l’ambition du transport ferroviaire à grande vitesse progresse favorablement dans certaines parties de l’Europe centrale et orientale, comme en Pologne, en Tchéquie et sur certains tronçons en Hongrie et en Roumanie.
Les principaux projets transfrontières bénéficiant d’un soutien financier européen substantiel devraient être achevés pour la plupart d’ici à 2030 ou peu après. Il s’agit notamment du tunnel de base du Brenner, du tunnel de base Lyon-Turin, de la liaison fixe du détroit de Fehmarn et du Rail Baltica. Toutefois, de nombreux autres projets ferroviaires transfrontières à grande vitesse ou voies d’accès importantes seront encore incomplets d’ici là, ce qui laisse subsister des lacunes en matière d’infrastructures physiques dans le réseau. Les plans d’investissement de nombreux grands projets ferroviaires à grande vitesse déjà planifiés, en particulier ceux qui relient les frontières, ne sont toujours pas parvenus à maturité et n’ont pas de calendrier précis. Si bon nombre de ces lacunes seraient comblées d’ici à 2040 (voir figure 2), conjuguées à l’absence d’harmonisation des règles d’exploitation, elles représentent le risque que le plein potentiel des grandes infrastructures transfrontières reste inexploité.
Figure 2: état des lieux et étapes prévues pour le développement du réseau ferroviaire européen à grande vitesse le long des corridors de transport européens d’ici à 2040

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