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AccueilDroit européen52025DC0920
Acte préparatoire52025DC0920

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS sur la mise en œuvre et l’application de la politique commerciale de l’UE

CELEX52025DC0920
TypeActe préparatoire
Datelundi 3 novembre 2025

Résumé IA

Ce rapport de la Commission dresse un bilan de la mise en œuvre et de l'application de la politique commerciale de l'UE, incluant les instruments de défense commerciale et les accords de libre-échange. Il analyse l'efficacité des outils commerciaux existants et identifie les défis à relever pour garantir une concurrence loyale et protéger les intérêts économiques européens. Pour un professionnel du droit français, ce document offre une vision stratégique des priorités et des pratiques de la Commission en matière de contentieux commercial et de mise en conformité réglementaire.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 3.11.2025

COM(2025) 920 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

sur la mise en œuvre et l’application de la politique commerciale de l’UE


















































{SWD(2025) 940 final}


Table des matières

I.Résumé

II.Tirer au mieux parti des accords commerciaux préférentiels de l’UE

II.2 Mise en œuvre des accords commerciaux bilatéraux de l’UE

III.Aider les PME à trouver leur place dans le commerce mondial

IV. Lutter contre les obstacles et trouver des solutions

IV.1 État d’avancement et tendances en 2024

IV.2 Assurer l’application bilatérale et multilatérale des engagements commerciaux: résolution des conflits

IV.3 Le guichet unique



I.Résumé

Ces dernières années, le paradigme géopolitique mondial a connu un changement important, entraînant des changements dans la mise en œuvre et l’application de la politique commerciale de l’UE.

Ce cinquième rapport sur la mise en œuvre et l’application de la politique commerciale de l’UE reflète les efforts concertés visant à recalibrer et à renforcer les relations commerciales, à établir des partenariats de collaboration et à maîtriser les complexités d’un monde de plus en plus fragmenté, illustrant le rôle transversal que joue le commerce dans le renforcement de la compétitivité, de la sécurité et de la durabilité.

Les accords commerciaux ont contribué à renforcer la compétitivité de l’UE à l’échelle mondiale

En ces temps d’incertitude économique, les accords commerciaux ont contribué à renforcer l’accès des entreprises de l’UE aux marchés des pays tiers et à stimuler les exportations de l’UE dans des secteurs importants, comme le montrent les exemples suivants.

·Les exportations de biens de l’UE vers le Canada ont augmenté de 51 % depuis l’application provisoire de l’accord économique et commercial global (AECG), qui a débuté en septembre 2017. À titre de comparaison, les exportations de l’UE vers le reste du monde ont augmenté de 20 % au cours de la même période. L’agriculture, qui a vu ses exportations augmenter de 40 %, a été le moteur de cette croissance, les exportations de vin de l’UE vers le Canada ayant augmenté de 22 % et les exportations de fromage de 97 % 1 .

·Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de partenariat économique (APE) UE-Japon en 2019, les exportations de l’UE vers le Japon ont augmenté d’environ 267 millions d’EUR. Parmi les secteurs qui en ont bénéficié figurent le vin, les boissons et les produits agricoles transformés, les produits animaux (à l’exception de la viande porcine), les cultures arables et les produits végétaux.

·Les entreprises de l’UE ont vu leurs échanges commerciaux avec les pays andins, en particulier la Colombie, le Pérou et l’Équateur, augmenter en valeur de près de 4 milliards d’EUR, une conséquence directe de l’accord de libre-échange (ALE) de l’UE entré provisoirement en vigueur en 2013 avec la Colombie et le Pérou puis en 2017 avec l’Équateur.

En outre, les accords plus récents de l’UE visant à soutenir l’investissement et à promouvoir l’utilisation des règles et des normes de l’UE, garantissant ainsi des conditions de concurrence équitables, ont eu un effet positif sur les petites et moyennes entreprises (PME) et leur expansion en dehors de l’UE. Cela a été essentiel pour les plus de 680 000 PME de l’UE qui réalisent des exportations, et qui représentent 95 % de l’ensemble des entreprises exportatrices de l’UE.

Une récente étude d’évaluation ex post 2 sur l’AECG réalisée pour le compte de la Commission a comparé l’augmentation en pourcentage du nombre de PME de l’UE exportant vers le Canada au cours des années ayant précédé l’AECG (2012-2016) avec l’augmentation du pourcentage au cours des cinq premières années suivant son application provisoire (2017-2022). Elle a conclu que le nombre de PME de l’UE exportant vers le Canada avait augmenté de 20,3 %, soit un chiffre supérieur à la hausse de 13,8 % du nombre de grandes entreprises exportatrices.

Les accords commerciaux ont également renforcé la résilience et contribué à diversifier l’économie de l’UE

La poursuite des objectifs de la politique commerciale de l’UE dans le cadre d’un ensemble intégré de politiques de l’UE soutient également la transformation plus large de secteurs spécifiques.

·Secteur industriel/automobile: une fois que l’accord du Mercosur (conclu sur le plan politique en décembre 2024) entrera en vigueur, les droits de douane sur les pièces automobiles (actuellement de 14 %) et sur les voitures (actuellement de 35 %) seront progressivement supprimés, tandis que le risque de restrictions à l’exportation affectant l’approvisionnement en matières premières critiques pour la production de batteries de l’UE sera réduit.

·Commerce de biens et de services fondé sur le numérique: l’UE a inclus des chapitres sur le commerce numérique dans ses accords commerciaux bilatéraux avec le Japon (accord récemment complété par un accord bilatéral sur les flux de données) 3 , le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, ainsi que dans ses accords modernisés avec le Chili et le Mexique. Outre les accords bilatéraux comportant des chapitres sur le commerce électronique, l’UE a également conclu des négociations en vue d’accords sur le commerce numérique avec Singapour (juillet 2024) et avec la République de Corée (mars 2025).

·Marchés publics: l’UE est partie à des accords commerciaux, dont l’accord sur les marchés publics (AMP) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui contient des engagements en matière de marchés publics garantissant un accès réciproque à 40 pays 4 (parties à l’AMP et/ou à l’ALE) et lui donne accès à des marchés publics d’une valeur estimée à 1 800 milliards d’EUR.

Sécurité économique et sécurité de la chaîne d’approvisionnement: les accords commerciaux ont soutenu la diversification et garanti l’approvisionnement en intrants

Les accords commerciaux ont aidé les entreprises de l’UE à trouver de nouveaux marchés d’exportation tout en diversifiant leurs sources d’approvisionnement et leurs destinations d’exportation. Cela leur a permis de répondre avec souplesse aux risques mondiaux et de réduire les dépendances à l’égard de marchés spécifiques.

La baisse totale des exportations de biens de l’UE vers la Russie de 53,1 milliards d’EUR (moyenne de 2024 à 2019-2021) a été plus que contrebalancée par une augmentation de plus de 200 milliards d’EUR des exportations de l’UE vers les partenaires des ALE de l’UE au cours de la même période 5 .

Après l’imposition de sanctions commerciales à la Russie, les entreprises de l’UE ont rapidement trouvé de nouveaux marchés alternatifs, souvent dans des pays qui avaient déjà conclu un accord commercial avec l’UE.

·La baisse des ventes de véhicules et de pièces de véhicules à la Russie, d’une valeur de 8 milliards d’EUR, a été compensée par une augmentation des exportations vers le Royaume-Uni, d’une valeur de 8,8 milliards d’EUR à elles seules.

·La baisse des exportations de machines électriques, d’une valeur de 7 milliards d’EUR, a été compensée par une hausse des exportations (d’une valeur de 7,6 milliards d’EUR) vers certains pays, dont la Suisse, le Royaume-Uni, le Mexique et la Norvège.

Le réseau d’accords commerciaux de l’UE en place renforce la capacité de l’UE à accroître sa flexibilité stratégique, en soutenant les intérêts économiques à long terme de l’Union. La valeur des nouveaux accords commerciaux en attente d’adoption ou en cours de négociation a également fait l’objet d’une attention accrue compte tenu de l’évolution récente de la situation, notamment des mesures tarifaires américaines. Dans ce contexte, des accords tels que le Mercosur, une fois en place, apporteront une contribution importante à la diversification, qui constitue un élément central de la stratégie commerciale de l’UE. Un programme bilatéral fructueux pourrait également contribuer à contrer les répercussions des droits de douane américains, à savoir l’augmentation des exportations chinoises vers d’autres pays et l’érosion des parts de marché de l’UE qui en découle.

Le vaste réseau d’accords et de partenariats commerciaux de l’UE a renforcé sa présence géopolitique dans un environnement international qui se détériore rapidement. Dans ce contexte, il a contribué à la résilience de la chaîne d’approvisionnement en aidant l’UE à sécuriser les intrants essentiels, tels que l’énergie et les matières premières nécessaires à la transition vers une énergie propre et à d’autres secteurs critiques de l’économie de l’UE, et à réduire la dépendance excessive de l’UE à l’égard de marchés individuels, une vulnérabilité qui pourrait être utilisée contre elle.

·Les accords commerciaux de l’UE l’ont aidée à diversifier son approvisionnement en énergie et en matières premières en se détachant de la Russie. Par exemple, les importations de gaz et de gaz naturel liquéfié en provenance de Norvège, d’Algérie et du Kazakhstan ont contribué à combler le déficit d’approvisionnement généré par les sanctions à l’encontre du gaz russe (en complément des importations en provenance des États-Unis), tandis que les importations de cuivre en provenance du Chili et de la République démocratique du Congo ont comblé le vide laissé par la baisse des importations de cuivre en provenance de Russie.

·Les accords commerciaux de l’UE ont également contribué à diversifier l’approvisionnement, un plus grand nombre de produits étant échangés avec des partenaires d’ALE par rapport à des partenaires «similaires» sans ALE. Des recherches récentes menées par l’équipe de la DG TRADE/l’équipe économiste en chef en coopération avec le Conseil national suédois du commerce, portant sur les tendances des échanges de l’UE avec le Canada, le Japon, le Viêt Nam et Singapour entre 2016 et 2023, ont confirmé que les accords commerciaux de l’UE ont créé un approvisionnement plus diversifié au cours des premières années de leur mise en œuvre, en particulier dans le domaine des produits chimiques, l’une des catégories de produits les plus importantes. Cette observation reflète les objectifs plus larges de l’UE consistant à réduire les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement, à développer des partenariats avec des pays partageant les mêmes valeurs et à renforcer et approfondir la capacité industrielle de l’UE.

La lutte efficace contre les obstacles au commerce a permis aux entreprises d’être compétitives dans des conditions équitables et a garanti la réciprocité

La Commission a poursuivi ses travaux au sein de l’OMC et des structures de gestion des accords commerciaux afin de lutter contre les obstacles au-delà des frontières, en particulier les obstacles techniques. La valeur des exportations de l’UE affectées par les obstacles techniques au commerce (OTC) dans les pays tiers en 2024 était de l’ordre de 25 milliards d’EUR. Comme le montre le graphique ci-dessous, les exportations de l’UE les plus touchées par les OTC sont les exportations vers la Chine (14 milliards d’EUR), suivies de celle vers le Maroc (5 milliards d’EUR) et la Colombie (2 milliards d’EUR).

Figure 1: exemples d’exportations de l’UE touchées par des OTC dans des pays tiers (2024)

Les OTC les plus importants sont souvent liés aux partenaires qui n’ont pas conclu d’accord commercial avec l’UE ou dont l’accord conclu avec l’UE est relativement ancien.

La forte composante institutionnelle des accords commerciaux de l’UE a aidé toutes les parties à prévenir et à supprimer les obstacles au commerce aussi efficacement que possible, grâce à des contacts réguliers entre experts du commerce et experts sectoriels.

·À la suite d’un engagement bilatéral soutenu par l’APE UE-Japon, le Japon a révisé sa liste des additifs alimentaires sûrs d’une manière qui protège les intérêts des exportateurs de l’UE. En 2024, le Japon a confirmé que 33 additifs largement utilisés dans l’UE resteraient sur sa liste, soulignant la réputation dont bénéficie l’UE en ce qui concerne la fourniture de denrées alimentaires sûres et de qualité.

·À la suite d’un dialogue bilatéral avec la Serbie dans le cadre de l’accord de stabilisation et d’association, la Serbie a levé, en mars 2025, son interdiction (en vigueur depuis avril 2024) d’importer des granulés de bois, qui avait fait baisser d’environ 4 millions d’EUR les exportations de l’UE. De même, les restrictions quantitatives à l’importation de margarine et d’huile de tournesol introduites en mars 2024 ont été supprimées en mars 2025 et les restrictions quantitatives à l’exportation de ferraille, introduites en janvier 2025, ont été supprimées en juillet 2025.

En revanche, lorsque l’engagement diplomatique échoue, la Commission recourt au règlement des différends (cinq nouveaux cas ont été ouverts entre juin 2024 et juin 2025) ou met en œuvre des mesures autonomes pour défendre ses intérêts. En 2025, la Commission a commencé à utiliser les pouvoirs qui lui sont conférés par l’instrument de l’UE relatif aux marchés publics internationaux pour lutter contre les pratiques déloyales limitant l’accès des fournisseurs, biens et services de l’UE aux marchés publics dans les pays partenaires commerciaux, comme indiqué ci-dessous.

·Le 14 janvier 2025, après avoir ouvert une enquête sur le secteur des dispositifs médicaux en Chine, la Commission a publié des conclusions confirmant que la Chine avait traité de manière inéquitable les fournisseurs de dispositifs médicaux de l’UE dans le cadre de ses marchés publics portant sur de tels dispositifs.

·Le 19 juin 2025, la Commission a décidé d’instituer des mesures 6 à l’encontre de la Chine, empêchant les entreprises chinoises de soumissionner pour des marchés publics de dispositifs médicaux dans l’UE pour un montant supérieur à 5 millions d’EUR. En outre, les adjudicataires ne seraient pas autorisés à s’approvisionner en Chine pour plus de 50 % des intrants aux fins de ces contrats.

Les accords commerciaux ont joué un rôle majeur dans la promotion de la durabilité

Les accords commerciaux de l’UE ont continué de jouer un rôle majeur dans le renforcement du commerce et de la durabilité. Quatorze accords conclus depuis 2012 (le premier avec la République de Corée) contiennent des dispositions promouvant les normes internationales en matière de travail et d’environnement. La Commission a continué de recenser les priorités par pays couvrant les questions relatives au travail, au genre, à l’environnement, au climat et à la société civile, avec la participation étroite des groupes consultatifs internes (GCI) de l’UE créés dans le cadre de ces accords, réunissant les intérêts des entreprises, des syndicats et d’autres parties prenantes afin d’aider la Commission à mettre en œuvre ses accords commerciaux.

En 2024, des progrès ont été accomplis en Colombie, au Guatemala et en Moldavie en vue de la ratification et de la mise en œuvre des principales conventions internationales sur les droits des travailleurs.

Le guichet unique 7 de la Commission est en train d’évaluer deux plaintes formelles supplémentaires concernant le commerce et le développement durable, toutes deux concernant le Viêt Nam. L’une a été reçue en mars 2024 concernant sa ratification des principales conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’autre a été reçue en février 2025, concernant les violations des droits de l’homme et des droits des travailleurs.

Portée du rapport

Le présent document est le cinquième rapport annuel 8 consolidé sur la mise en œuvre et l’application des engagements commerciaux couverts par les accords commerciaux bilatéraux préférentiels 9 en place en 2024 et l’OMC. Il donne un aperçu des principales activités et réalisations de l’UE en 2024, ainsi que des sept premiers mois de 2025, sous la direction du responsable européen du respect des règles du commerce de la Commission.

Le document de travail des services de la Commission qui accompagne 10 le présent rapport contient des informations supplémentaires sur 41 des principaux accords préférentiels de l’UE. Le site internet de la Commission 11 contient des informations complémentaires au présent rapport concernant: i) l’évolution des échanges commerciaux de l’UE avec ses partenaires préférentiels en 2024, ii) l’utilisation des préférences tarifaires sur les exportations et importations de l’UE en provenance des partenaires commerciaux préférentiels, tant pour l’UE que pour les États membres, et iii) des données sur l’utilisation des contingents tarifaires dans le cadre de certains accords commerciaux.

Le présent rapport se concentre sur la mise en œuvre et l’application de la politique commerciale de l’UE par l’intermédiaire du réseau d’accords et de relations commerciaux préférentiels de l’UE. Il porte également sur des questions plus larges liées à la sécurité économique et à l’application de la législation dans des domaines spécifiques, qui ne sont que brièvement abordés dans le présent rapport, mais qui font l’objet de rapports à part entière de la Commission. Ces questions comprennent:

·le recours aux instruments de défense commerciale (antidumping, antisubventions et mesures de sauvegarde), couvert par le rapport annuel de la Commission sur la défense commerciale 12 ;

·la surveillance et la lutte contre la contrefaçon, le piratage et d’autres atteintes aux droits de propriété intellectuelle (DPI), traitées dans le rapport biennal de la Commission sur la protection et l’application des DPI dans les pays tiers 13 et dans la liste biennale de surveillance de la contrefaçon et du piratage 14 ,

·le filtrage des investissements directs étrangers (IDE) et le contrôle des exportations de biens à double usage, qui constituent les contrôles stratégiques du commerce et des investissements de l’UE visant à garantir la sécurité et qui sont couverts par les rapports annuels de la Commission sur le filtrage des IDE 15 et sur le règlement (UE) 2021/821 (le règlement sur le contrôle des exportations) 16 ,

·l’application du schéma de préférences généralisées (SPG) 17 de l’UE, couverte par les rapports de la Commission sur le SPG.

En outre, des rapports annuels séparés sur l’application du règlement relatif aux subventions étrangères 18 et de l’instrument relatif aux marchés publics internationaux 19 sont élaborés.

II.Tirer au mieux parti des accords commerciaux préférentiels de l’UE

II.1 Échanges commerciaux de l’UE avec les partenaires préférentiels: principales évolutions en 2024

L’année 2024 a vu l’entrée en vigueur de l’ALE UE-Nouvelle-Zélande (1er mai 2024) et de l’APE avec le Kenya (1er juillet 2024), portant à 44 20 le nombre d’accords commerciaux préférentiels en vigueur et représentant 46,1 % 21 du commerce extérieur total de l’UE.

Comme le montre le graphique 2 ci-dessous, les principaux partenaires préférentiels de l’UE (c’est-à-dire ceux qui représentent une part du total des échanges de l’UE avec ses partenaires préférentiels supérieure à 5 %) étaient le Royaume-Uni (21,8 % des échanges de l’UE avec ses partenaires préférentiels), suivi de la Suisse (14,2 %), de la Turquie (9,1 %), de la Norvège (6,9 %), du Japon (5,6 %) et de la Corée du Sud (5,3 %). À eux six, ces partenaires ont représenté 63 % du commerce préférentiel de l’UE en 2024.

Figure 2: échanges commerciaux de l’UE par partenaire préférentiel (2024)

Source: base Comext d’Eurostat.

Comme le montre la figure 3 ci-dessous, bien que les échanges commerciaux de l’UE avec ses partenaires préférentiels aient diminué de 0,8 % en 2024, une baisse plus importante a été enregistrée dans les échanges de l’UE avec tous les partenaires (– 1,1 %) et avec les partenaires hors ALE (– 1,4 %). Au cours de la même période, la croissance des exportations de l’UE vers les partenaires préférentiels a augmenté de 1,4 %, dépassant la croissance des exportations vers tous les partenaires (1,1 %) et vers les partenaires hors ALE (0,7 %).

Figure 3: croissance annuelle des échanges de marchandises de l’UE par type de partenaire (2023-2024)

Source: base Comext d’Eurostat.

En particulier, les accords commerciaux plus modernes, tels que l’AECG, l’APE UE-Japon ou l’ALE UE-Viêt Nam, tendent à faciliter l’accès au marché pour l’industrie de l’UE.

·Par exemple, l’ALE UE-Viêt Nam, entré en vigueur en août 2020, est l’un des accords commerciaux les plus ambitieux que l’UE ait conclus avec un pays en développement. Cet ALE a également progressivement éliminé les droits de douane et réduit les barrières non tarifaires, offrant ainsi de meilleures conditions d’accès au marché pour les deux parties. Au cours des cinq dernières années, les exportations de l’UE vers le Viêt Nam ont représenté les deux tiers de l’augmentation des exportations de l’UE vers l’Asean-4 22 . Les exportations de la catégorie de produits la plus importante pour l’UE, à savoir le chapitre 30 (produits pharmaceutiques), ont presque doublé, passant de 1,1 milliard d’EUR en 2019 à 2,1 milliards d’EUR en 2024, soit 60 % des exportations de produits pharmaceutiques de l’UE au cours de ces deux années 23 .

·Le nombre de soumissionnaires de l’UE retenus pour les marchés publics japonais n’a cessé d’augmenter depuis l’entrée en vigueur de l’APE UE-Japon. En 2022 (dernières données disponibles), les entreprises de l’UE ont remporté des marchés publics au Japon pour un montant de 317 millions d’EUR.

Les accords commerciaux de l’UE ont également aidé l’UE à conserver sa position en tant que premier exportateur de produits agroalimentaires

Les exportations agroalimentaires de l’UE vers tous les partenaires ont atteint un nouveau record en 2024, atteignant 235 milliards d’EUR (+ 2,8 % par rapport à 2023). En 2024, les échanges commerciaux de l’UE avec ses partenaires préférentiels (importations et exportations) ont augmenté davantage (+ 6,4 %) que les échanges de l’UE avec des partenaires hors ALE (+ 2,8 %).

Figure 4: croissance annuelle des échanges de produits agroalimentaires de l’UE par type de partenaire (2023-2024)

Le Royaume-Uni est resté de loin la première destination des exportations agroalimentaires de l’UE parmi les partenaires préférentiels ainsi que dans l’ensemble et représente 23 % des exportations totales de l’UE.

Les exportations agroalimentaires de l’UE vers le Royaume-Uni ont augmenté de 12 milliards d’EUR (+ 29 %) entre l’entrée en vigueur en 2021 de l’accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni et 2024. De même, les exportations de l’UE vers l’Ukraine ont augmenté de 2,1 milliards d’EUR (+ 139 %) depuis 2016, celles vers le Canada de 1,6 milliard d’EUR (+ 51 %) depuis 2017 et celles vers le Japon de 1 milliard d’EUR (+ 15 %) depuis 2019.

Après une baisse en 2023, les importations agroalimentaires de l’UE ont rebondi pour atteindre leurs niveaux de 2022 et s’établir à près de 172 milliards d’EUR en 2024. Cette reprise s’explique principalement par la hausse des prix à l’importation du cacao, du café, des fruits et des fruits à coque. Le Brésil a été le premier fournisseur de l’UE, représentant une part de marché de 10 % du total des importations agroalimentaires de l’UE, suivi par le Royaume-Uni (9 %), qui a consolidé sa position en tant que principale source d’importations agroalimentaires de l’UE parmi les partenaires préférentiels. L’Ukraine était également un fournisseur important de la chaîne alimentaire de l’UE (8 %), les céréales représentant la moitié des exportations ukrainiennes et destinées principalement au marché de l’alimentation animale de l’UE.

Le vaste réseau d’accords commerciaux de l’UE a contribué à ses bons résultats en matière d’échanges de produits agroalimentaires. En particulier, les échanges agroalimentaires de l’UE ont augmenté avec le Canada, le Japon et le Viêt Nam à la suite de la mise en œuvre des accords commerciaux correspondants, les exportations de produits qui bénéficient d’un accès préférentiel ayant connu des augmentations significatives grâce à l’élimination ou la réduction des droits de douane. Une étude de la Commission 24 publiée en novembre 2024 portant sur les résultats à l’exportation des produits de l’UE bénéficiant d’un accès préférentiel dans le cadre de l’AECG a révélé que les exportations avaient augmenté en moyenne de 14 % entre 2019 et 2023, ce qui représentait une valeur supplémentaire de 400 millions d’EUR. Ce succès pourrait s’expliquer en partie par l’élimination continue des obstacles sanitaires et phytosanitaires (SPS) dans les pays partenaires (95 entre 2020 et 2024) grâce à une coopération étroite avec les États membres.

Les exportations de produits de grande valeur de l’UE sont préservées par la protection des indications géographiques (IG) dans le cadre des ALE et d’autres accords internationaux. Au 31 décembre 2024, un grand nombre d’indications géographiques de l’UE bénéficiaient d’une protection au titre d’accords bilatéraux conclus avec plus de 30 pays, qui représentent ensemble environ 60 % du PIB mondial et 30 % de la population mondiale.

Nouvelle-Zélande: avantages pour les IG protégées de l’UE.

·En raison de la protection des IG requise par l’ALE UE-Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Zélande doit retirer de son marché les produits qui ne sont pas de véritables IG. Pour les IG les plus courantes (telles que la fêta, le porto et le prosecco), des périodes de transition allant jusqu’à neuf ans ont été autorisées et deux noms ont bénéficié d’une clause d’antériorité.

·La protection des IG dans le cadre de l’ALE UE-Nouvelle-Zélande profite aux producteurs de l’UE en préservant leurs droits et en éliminant la concurrence déloyale.

Dans l’ensemble, le commerce agroalimentaire de l’UE est très diversifié et fait participer de nombreux partenaires d’importation et d’exportation. Néanmoins, des dépendances commerciales subsistent pour certains produits agroalimentaires 25 . En ce qui concerne les importations, les ALE garantissent la stabilité des relations commerciales entre l’UE et ses partenaires, renforçant ainsi la résilience de l’UE. Le 12 juin 2025, le Conseil a également adopté un règlement instituant de nouveaux droits de douane sur les autres produits agricoles et certains engrais originaires de Russie et de Biélorussie qui n’étaient pas encore soumis à des droits de douane supplémentaires. L’objectif est de réduire la dépendance de l’UE à l’égard de ces importations ainsi que de faire baisser les recettes d’exportation de la Russie, limitant ainsi sa capacité à financer sa guerre d’agression contre l’Ukraine. Ce règlement est entré en vigueur le 1er juillet 2025.

Les échanges de services de l’UE avec les partenaires préférentiels ont augmenté davantage qu’avec les partenaires hors ALE

Le commerce des services de l’UE (importations et exportations) avec ses partenaires préférentiels 26 représentait 1 300 milliards d’EUR en 2023 (derniers chiffres disponibles), soit près de la moitié (48 %) du total des échanges de services de l’UE. Au cours de la période 2022-2023, les échanges de services entre l’UE et ses partenaires préférentiels ont augmenté plus rapidement que les échanges avec les partenaires hors ALE (+ 4,5 % contre + 1,2 %).

La balance commerciale de l’UE dans le domaine des services avec ses partenaires préférentiels a enregistré un excédent de 178,2 milliards d’EUR, tandis que sa balance commerciale avec le reste du monde affichait un déficit de 25,4 milliards d’EUR. La balance commerciale totale de l’UE dans le secteur des services s’élevait à 152,8 milliards d’EUR en 2023, ce qui représente une baisse de 15,6 % par rapport à 2022.

À la suite de la reprise post-pandémie de COVID-19, qui a vu les échanges de services de l’UE (importations et exportations) connaître une forte hausse entre 2021 et 2022 (+ 24,1 %), la croissance s’est ralentie pour atteindre un niveau plus normal en 2023 (+ 2,8 %). Dans le même temps, l’UE a exporté près de 1 427 milliards d’EUR de services en 2023 (+ 1,6 % par rapport à 2022). Les principaux secteurs d’exportation étaient les autres services aux entreprises (23,9 %), les télécommunications, les services informatiques et d’information (20,7 %), les services de transport (17,2 %), les services de voyage (126 %) et les services financiers (7,1 %). L’UE a importé près de 1 274 milliards d’EUR de services (+ 4,1 % par rapport à 2022).

Figure 5: croissance annuelle des échanges de services de l’UE (2022-2023)

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