Le rapport sur le mécanisme d'alerte (RMA) désigne les États membres dont la Commission estime, sur la base d'une lecture économique du tableau de bord de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM), qu’ils peuvent être touchés par des déséquilibres, ou risquent de l’être. La lecture économique du tableau de bord se fonde sur les données effectives pour 2024 (graphique 1). Ces données sont interprétées d’une manière prospective, tenant compte des évolutions économiques de l’année en cours (2025) et des projections pour 2025, 2026 et 2027 contenues dans les prévisions de la Commission de l’automne 2025, s’il y a lieu (graphique 2). La présente communication expose la lecture économique du tableau de bord, et ses annexes donnent une présentation plus détaillée de l’évolution des données pertinentes. Parallèlement, le rapport macroéconomique européen, publié cette année pour la première fois, présente une analyse de l’évolution plus globale des vulnérabilités et des déséquilibres touchant les économies de l’UE et de ses États membres, en replaçant dans un contexte plus large les évolutions nationales examinées dans le cadre de la PDM.
L’économie mondiale est en proie à des changements structurels et se trouve confrontée à une incertitude politique accrue, ce qui rend difficile l’environnement extérieur de l’UE. Ces dernières années, et notamment les douze derniers mois, qui ont vu les États-Unis accroître fortement leurs droits à l’importation, les barrières commerciales ont de plus en plus été utilisées comme des outils géopolitiques et de politique industrielle. L’économie mondiale traverse une période d’adaptation à ce nouvel ordre, qui affecte les flux commerciaux et les taux de change. En outre, cette période d’incertitude fait suite à une série de turbulences économiques, qui ont relancé l’inflation et laissé les taux d’intérêt à des niveaux plus élevés que les années précédentes. Ces événements géopolitiques ont également accru la nécessité pour l’UE d’augmenter ses dépenses de défense dans les années à venir, afin de gagner en indépendance géostratégique.
Si l’inflation est en recul dans l’UE dans son ensemble, les tensions inflationnistes restent fortes dans certains États membres, en partie sous l’effet d’une évolution dynamique des salaires. Après avoir culminé en 2022-23, l’inflation a diminué dans l’ensemble de l’UE. Depuis 2024, l’inflation des prix à la consommation dans l’UE est stabilisée aux alentours de 2,5 %. Le déflateur du PIB, qui reflète les tensions sur les coûts intérieurs, a également diminué, quoique plus lentement. En dépit de la difficile conjoncture économique des dernières années, le marché du travail a résisté, avec un taux de chômage historiquement bas et des taux d’emploi élevés. En moyenne, les salaires ont presque comblé l’écart en termes réels avec leurs niveaux de 2019, mais on note une hétérogénéité marquée entre les États membres, certains enregistrant des augmentations significatives des salaires réels et d’autres encore des baisses. Dans les États membres où l’inflation reste élevée par rapport aux moyennes historiques et aux autres États membres de l’UE ou de la zone euro, le facteur salarial a souvent joué un rôle particulièrement important. Récemment, les marchés du travail ont toutefois montré des signes de ralentissement, qui devrait favoriser une atténuation progressive des pressions sur les salaires.
La modération de l’inflation dans la zone euro a permis un assouplissement significatif de la politique monétaire, tandis que les coûts d’emprunt des administrations publiques sont souvent restés globalement stables. L’assouplissement de la politique monétaire a conduit à des conditions de financement plus favorables pour le secteur privé. Les taux débiteurs des banques sont en diminution depuis 2024, et l’emprunt privé repart lentement à la hausse. En ce qui concerne le secteur des administrations publiques, les rendements des emprunts publics à long terme n’ont guère évolué en 2024 et 2025, ce qui a contribué à une augmentation du coût moyen de la dette, qui est également fonction de la structure de la dette et des niveaux de déficit et d’endettement publics des États membres.
Les perspectives en matière de déséquilibres
L’excédent extérieur persistant de la zone euro et de l’UE traduit un déséquilibre chronique entre épargne et investissement, qui compromet le potentiel de croissance à long terme de l’Union. En 2024, le solde courant de la zone euro et de l’UE a progressé, sous l’effet d’un recul de l’investissement parallèlement à une épargne stable. Ce recul de l’investissement, dans un contexte de coûts de financement toujours élevés et d’incertitude économique, a un impact sur la capacité de l’UE à soutenir la croissance et à financer des priorités critiques tels que les transitions numérique et climatique, ainsi qu’à renforcer sa préparation en matière de défense. Dans le même temps, l’excédent courant de la zone euro/de l’UE a diminué par rapport à son niveau d’avant la pandémie, tandis que l’excédent courant de la Chine a augmenté et que le déficit courant des États-Unis s’est creusé, tout cela se traduisant par une baisse de la contribution de la zone euro/de l’UE aux déséquilibres mondiaux.
Au niveau des États membres, on relève tant des excédents courants que des déficits courants, chaque situation masquant des risques spécifiques. Les excédents courants substantiels de certains États membres, alimentés par la faiblesse de la demande, se sont encore accrus récemment. De nombreuses années d’excédents ont abouti à l’accumulation d’importants actifs nets, exposant les États membres concernés aux fluctuations économiques mondiales liées, notamment, aux monnaies, aux risques d’évaluation et aux incertitudes en matière de politique commerciale. Dans le même temps, un certain nombre d’États membres continuent d’afficher de forts déficits extérieurs. Même s'ils ont été en mesure de réduire le ratio de leur dette extérieure au PIB ces dernières années grâce à une croissance nominale élevée, ce désendettement passif devrait prendre fin dans un contexte de diminution des tensions inflationnistes. Une forte dépendance aux financements extérieurs représente une vulnérabilité dans l’hypothèse où ils seraient perçus comme représentant un risque plus élevé par leurs bailleurs de fonds.
L’augmentation divergente des niveaux de prix et de coûts au cours des cinq dernières années a entraîné une détérioration de la compétitivité-coûts pour certains États membres, avec un arrêt de la convergence économique dans certains cas. Dans certains États membres, cette divergence est entretenue dans la hausse des prix et des coûts. Toutefois, rien n’indique que les États membres qui ont connu la plus forte détérioration de leur compétitivité-coûts aient subi une détérioration disproportionnée de leurs résultats à l’exportation. Si la convergence économique peut avoir comme conséquence annexe des écarts d’inflation plus élevés, il convient de noter que, dans certains des États membres où la compétitivité-coûts s’est détériorée le plus fortement – notamment la Tchéquie, l’Estonie et, dans une moindre mesure, la Lettonie – elle semble au point mort.
Du côté des ménages, les revenus se sont accrus et l’endettement a reculé, tandis que la rentabilité des entreprises et leur capacité de service de la dette ont diminué. La croissance du revenu réel disponible des ménages a dépassé 2 % en 2024, tandis que leurs engagements financiers ont baissé de 7 % en termes réels depuis 2019. Cette érosion de la dette résulte en grande partie de la récente période d’inflation élevée, qui a désormais pris fin. En ce qui concerne les entreprises, bien que leur endettement ait diminué en 2024, leurs vulnérabilités se sont accrues, parce que leur capacité à assurer le service de leur dette a baissé. Les entreprises ont épuisé les réserves de trésorerie qu’elles avaient accumulées pendant la pandémie et la période de profits élevés qui a immédiatement suivi, et leurs coussins de liquidité se sont contractés.
Du côté des administrations publiques, les déficits élevés ont globalement maintenu la dette au-dessus de son niveau d’avant la pandémie, malgré les importants effets de dénominateur liés à la croissance nominale élevée et alors que d’importants besoins d’investissement se profilent à l’horizon. Ces effets de dénominateur vont s’affaiblir à l’avenir, ce qui rendra le désendettement plus difficile. En outre, l’impact de taux d’intérêt plus élevés que dans la période antérieure à 2022 ne s’est pas encore fait pleinement sentir; or la dette continuant d’être reconduite à des taux plus élevés, les paiements d’intérêts augmentent. Ces paiements d’intérêts plus élevés viennent s’ajouter à la nécessité d’augmenter certaines catégories de dépenses cruciales, comme les dépenses de défense ou les dépenses liées au vieillissement démographique, et de financer les investissements publics, mettant les politiques budgétaires de nombreux États membres à rude épreuve.
Le niveau élevé des prix des logements constitue une préoccupation économique croissante dans l’ensemble de l’UE. Après une pause en 2022 et 2023, ces prix sont repartis fortement à la hausse à mesure que la demande se redressait alors que l’offre stagnait. Les prix élevés des logements constituent un défi économique et social dans un nombre croissant d’États membres et, dans certains cas, leur croissance est très forte depuis des années déjà. Si le peu d’emprunts hypothécaires et l’atonie de la construction réduisent le risque pour le secteur bancaire et le risque de correction brutale dans le secteur de l’immobilier, ils peuvent sérieusement impacter l’accessibilité des logements pour les ménages et, de ce fait, réduire la mobilité de la main-d’œuvre et peser globalement sur la compétitivité régionale et nationale. Ce sont dans les régions où la productivité est la plus élevée, notamment les capitales, que se concentrent plus particulièrement les logements inabordables, et les cohortes plus jeunes sont les premières touchées. Ce problème rend difficile l’ajustement de l’offre de main-d’œuvre à la demande et conduit les jeunes à avoir moins d’enfants, ce qui exacerbe les pressions démographiques à long terme. Les prix élevés des logements peuvent également restreindre la consommation, puisqu’une partie élevée des revenus est consacrée aux coûts du logement.
Le secteur bancaire est résilient, mais le secteur financier non bancaire, qui s’est développé ces dernières années, pourrait être une source de vulnérabilité, et de nouveaux risques émergent. Le secteur bancaire de la zone euro et de l’UE reste résilient, conservant une forte rentabilité et des ratios de fonds propres élevés. Néanmoins, les expositions sur l’immobilier et les emprunteurs souverains demeurent une source de vulnérabilité, et l’immobilier commercial reste sous pression. Parallèlement, le secteur des intermédiaires financiers non bancaires, qui s’est rapidement développé au cours des dernières années, se trouve exposé à des risques spécifiques, et son interconnexion avec le secteur bancaire est une source de vulnérabilité. Enfin, le secteur financier de l’UE est confronté à de nouveaux risques difficiles à quantifier, notamment les cyberrisques, et l’importance croissante des crypto-actifs et leur interconnexion avec le secteur financier.
Conclusions par pays et surveillance de suivi
En 2026, des bilans approfondis seront élaborés pour les sept États membres qui ont été identifiés comme présentant des déséquilibres ou des déséquilibres excessifs en 2025. L’annexe de la présente communication donne une vue d’ensemble de l’évolution des données clés qui sous-tendent ces déséquilibres. Une évaluation économique visant à déterminer si ces déséquilibres s’aggravent, sont en voie de correction ou ont été corrigés, en vue de mettre à jour les évaluations existantes et d’évaluer si de nouvelles mesures restent nécessaires, sera réalisée dans le cadre des bilans approfondis de 2026 qui seront publiés au premier semestre de 2026. Les pays concernés seront la Grèce, l’Italie, la Hongrie, les Pays-Bas, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède.
Pour les autres États membres, il n’est pas nécessaire, à ce stade, de procéder à un bilan approfondi.
Pour un certain nombre d’États membres, la lecture économique du tableau de bord permet de conclure qu’un bilan approfondi n’est pas nécessaire, mais qu’il faut prêter attention à un certain nombre d’évolutions. En Bulgarie, les prix de l’immobilier connaissent une forte croissance, parallèle à celle de l’endettement des ménages, et la poursuite de la très forte progression des coûts salariaux unitaires fait peser un risque de tensions sur les prix. Dans le même temps, en dépit d'une légère détérioration, la position extérieure reste saine, ce qui, avec le processus de convergence nominale en cours, atténue les risques. L’Estonie a fait l’objet au printemps d’un bilan approfondi, qui n’a relevé aucun déséquilibre. Néanmoins, les pertes de compétitivité-coûts persistent, et les écarts d’inflation par rapport à la zone euro se sont creusés de manière inattendue en 2025, parallèlement à une pause ou à la fin de la convergence économique. La croissance des prix des logements et du crédit ont également été dynamiques. La balance courante n’a enregistré que des déficits modérés, mais ceux-ci pourraient se creuser en cas de reprise de la demande. En Croatie, les pressions sur les prix et l’évolution de la compétitivité-coûts sont problématiques. En outre, les prix des logements ont nettement augmenté, et l’activité de prêt bancaire à l’achat d’un logement a été dynamique, ce qui appelle un suivi. La Lettonie a enregistré l’une des plus fortes hausses cumulées des prix observées dans l’UE ces dernières années, et la croissance des coûts salariaux unitaires reste élevée, même si elle ralentit. Les pressions sur les prix pèsent sur la compétitivité-coûts, ce qui, conjugué à l’atonie de l’environnement extérieur, peut avoir contribué à une baisse des exportations.
Graphique 1: indicateurs du tableau de bord du RMA pour 2024, par État membre |
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