Avis du Comité économique et social européen — Évaluer l’incidence des politiques publiques à moyen et long termes grâce à la budgétisation intergénérationnelle (avis d’initiative)
| CELEX | 52025IE0476 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 18 septembre 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/12 | 16.1.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Évaluer l’incidence des politiques publiques à moyen et long termes grâce à la budgétisation intergénérationnelle
(avis d’initiative)
(C/2026/12)
Rapporteure:
Nicoletta MERLO| Conseiller | Luciano MONTI (pour la rapporteure, groupe II) |
| Décision de l’assemblée plénière | 23.1.2025 |
| Base juridique | Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 3.9.2025 |
| Adoption en session plénière | 18.9.2025 |
| Session plénière no | 599 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 99/0/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le présent avis d’initiative vise à mettre en avant l’introduction d’une «budgétisation intergénérationnelle» en encourageant une approche qui serait mieux à même de faire connaître la manière dont les ressources sont allouées aux différentes générations, et en particulier aux jeunes, par les programmations financières européenne, nationale et locale, ce qui devrait se faire dans le plein respect des compétences et de l’autonomie budgétaire des États membres. |
| 1.2. | Le CESE invite les États membres à tenir systématiquement compte de la dimension intergénérationnelle dans leurs budgets, par exemple en appliquant le «test jeunesse» à tous les postes budgétaires nationaux concernés ou par d’autres méthodes, en identifiant clairement les mesures générationnelles et celles qui le sont potentiellement. Cet outil contribuerait à mieux mettre en cohérence les dépenses publiques et les principes d’équité intergénérationnelle, tout en favorisant un échange générationnel entre personnes jeunes et âgées. Une telle approche devrait également promouvoir la participation des jeunes, en particulier pour déceler les mesures potentiellement générationnelles. |
| 1.3. | Dès lors que les priorités générationnelles et sources de financement principales ont été définies, le CESE encourage les acteurs concernés à envisager de stimuler une participation structurée et significative des jeunes en tant que partie intégrante de la planification et du suivi budgétaires. À cet égard, le Conseil a invité la Commission européenne, conformément au principe de subsidiarité, à veiller à ce que le point de vue des jeunes soit pris en compte à tous les niveaux, grâce à l’introduction du «test jeunesse» ou «bilan jeunesse» à l’échelle européenne, d’une évaluation de l’impact sur les jeunes ou d’autres instruments similaires d’intégration de la jeunesse (1). |
| 1.4. | Le CESE estime que, pour promouvoir l’équité entre les générations, les budgets des États membres devraient garantir un juste équilibre entre les dépenses par habitant destinées à la famille et aux enfants, et celles au profit des seniors. À cette fin, il demande que soit envisagée l’introduction d’un seuil significatif pour les dépenses de la catégorie «familles et enfants» dans les budgets de la protection sociale, en veillant à ce qu’une partie fixe des fonds publics soit consacrée à la «protection de la jeunesse». |
| 1.5. | Le CESE souligne qu’il importe de garantir la viabilité à long terme des systèmes de protection sociale en procédant à des évaluations quantitatives de l’équité intergénérationnelle. |
| 1.6. | Conformément à l’article 322, paragraphe 1, point a) (2), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui dispose que le Parlement et le Conseil, statuant selon la procédure législative ordinaire, et après consultation de la Cour des comptes, adoptent les règles financières qui régissent la procédure d’établissement et d’exécution du budget, ainsi que la reddition et la vérification des comptes, le CESE suggère que la budgétisation intergénérationnelle nationale et régionale soit introduite dans le cadre de la conditionnalité du nouveau cycle de programmation de la politique de cohésion 2028-2034 et de la mise en œuvre des nouveaux plans de partenariat nationaux et régionaux. C’est ainsi que l’on pourra garantir la viabilité budgétaire à long terme et renforcer l’équité intergénérationnelle des dépenses publiques. |
2. Contexte
| 2.1. | Les crises économiques, sociales et environnementales affectent de manière asymétrique les différents segments de la population et ont des répercussions particulièrement graves sur les jeunes générations. Comme le souligne la Commission (3), «les jeunes figurent parmi les principales victimes des crises économiques et sociales, lesquelles ont un impact potentiellement durable sur leurs perspectives de carrière, leur bien-être et leur confiance dans les institutions». Près de la moitié des jeunes ont signalé des problèmes émotionnels ou psychosociaux au cours de l’année écoulée — des événements mondiaux tels que la pandémie de COVID-19 ou des crises géopolitiques ayant contribué à accroître les niveaux de stress (4). |
| 2.2. | Le phénomène du vieillissement démographique en Europe pose de plus en plus la question de l’équité intergénérationnelle, d’autant plus que la diminution constante du nombre de personnes de moins de 30 ans entraîne le risque de voir leurs intérêts insuffisamment représentés dans l’élaboration des politiques des États membres. Ce risque est renforcé par deux facteurs: d’une part, la part de la population appartenant à ce groupe d’âge est en constante diminution, d’autre part, plus de la moitié des moins de trente ans, en particulier les moins de dix-huit ans, ne pèsent pas dans la balance électorale. Alors qu’en 2000, les moins de vingt ans représentaient 23,7 % de la population, on estime qu’ils n’en représenteront plus que 19,2 % en 2030. Il est attendu que cette proportion diminue régulièrement pour atteindre 18,3 % en 2050 et 17,8 % d’ici à 2100 (5). Une baisse comparable peut aussi être observée dans la tranche d’âge des 15-24 ans, dont la part dans la population devrait passer de 10,5 % en 2020 à 9,5 % en 2050 (6), ce qui témoigne d’une évolution démographique plus large vers une population vieillissante. À l’inverse, la proportion des plus de soixante-cinq ans, qui était de 16,9 % en 2000, devrait atteindre 26,1 % à la fin de la décennie. |
| 2.3. | L’évolution démographique a une incidence sur les marchés du travail, les systèmes de retraite et de protection sociale, et la position géopolitique de l’Europe dans le monde (7). Des pénuries de main-d’œuvre existent dans divers secteurs et professions, et elles devraient s’aggraver avec la baisse prévue de la population en âge de travailler, qui devrait passer de 265 millions en 2022 à 258 millions d’ici à 2030 (8). Comme souligné dans l’avis du CESE SOC/796, le rapport de dépendance économique des personnes âgées, à savoir le nombre de personnes de plus de soixante-cinq ans pour 100 personnes âgées de quinze à soixante-quatre ans, évolue rapidement, et devrait passer de 33,3/100 en 2023 à 45,5/100 en 2040, et à 59,7/100 en 2100, ce qui signifie que 59,7 retraités dépendront de 100 personnes en âge de travailler. |
| 2.4. | Les données montrent clairement la nécessité de garantir la viabilité des systèmes de protection sociale: les politiques en matière de pensions, de santé et de protection sociale devraient être structurées de manière à éviter les déséquilibres entre les générations. Avec le vieillissement de la population européenne, si les politiques actuelles ne prévoient pas d’investissements adéquats pour améliorer les taux de natalité, d’emploi des jeunes et d’apprentissage tout au long de la vie, le risque est que les générations futures n’aient pas accès à des niveaux appropriés de protection sociale. |
3. Observations générales
| 3.1. | Les choix politiques et budgétaires influencent la répartition des ressources publiques. Les États membres doivent rembourser les fonds reçus au titre de la FRR, tout en soutenant les investissements prévus dans le cadre du nouveau plan ReARM, ce qui rend indispensable l’introduction de mesures et de garanties pour éviter que la charge ne pèse de manière disproportionnée sur les jeunes générations. |
| 3.2. | Comme l’a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans sa lettre de mission adressée au commissaire à l’équité intergénérationnelle, à la jeunesse, à la culture et aux sports, «la Commission européenne doit veiller à ce que les décisions prises aujourd’hui ne portent pas préjudice aux générations futures et garantissent que les intérêts des générations actuelles et futures seront respectés dans toutes les politiques et législations européennes». Il convient donc de promouvoir la solidarité et l’équité intergénérationnelle dans l’accès aux ressources. C’est ainsi que le commissaire a été chargé d’élaborer une stratégie globale sur l’équité intergénérationnelle, et il sera soutenu dans cette tâche par le Centre commun de recherche (JRC), qui a récemment lancé un laboratoire politique européen pour faciliter la conception de la stratégie (9). Cette initiative vise à éviter une approche de «travail cloisonné» en associant toutes les directions générales, et envisage la collaboration et la participation du Forum européen de la jeunesse, de l’OCDE, de plateforme AGE Europe et d’autres parties prenantes externes afin de cocréer la stratégie. |
| 3.3. | Comme indiqué dans l’avis du CESE SOC/759 (10), l’Union devrait encourager les États membres à renforcer les mesures visant à lutter contre l’injustice intergénérationnelle et à promouvoir la justice sociale, en garantissant une coordination solide pour assurer la cohérence des politiques. Par ailleurs, les États membres devraient renforcer les politiques intersectorielles en faveur des jeunes et réduire les fractures générationnelles. Plusieurs projets pilotes ont été menés dans ce domaine au sein de l’Union et ont donné lieu à des études d’impact sous la forme de travaux de recherche et à des analyses de suivi (11), voire ont débouché sur des évaluations a posteriori ou des projets de loi en faveur des jeunes. Deux pays européens — l’Autriche et l’Allemagne (12) — ont réalisé des évaluations ex ante («Jugend-Check») et ex post particulièrement intéressantes, tandis que le bilan jeunesse est particulièrement développé en Italie au niveau local («Valutazione di Impatto Generazionale» (13)). |
| 3.4. | L’évaluation de l’impact générationnel des politiques à moyen et long terme devrait favoriser les mécanismes de participation des jeunes à la prise de décision publique et, partant, contribuer à ce que les politiques soient formulées en tenant compte des besoins et attentes des nouvelles générations. Des initiatives telles que l’évaluation d’impact du point de vue des jeunes (14), introduite dans certains pays et promue au niveau de l’UE par le CESE, visent précisément à évaluer à l’avance l’incidence d’une nouvelle législation sur les jeunes, afin de rendre les politiques plus inclusives et davantage tournées vers l’avenir. Dans de récentes conclusions (15), le Conseil a invité la Commission, conformément au principe de subsidiarité, à «veiller à ce que la voix des jeunes soit prise en compte à tous les niveaux, grâce à l’introduction d’un “test jeunesse” au niveau européen, d’une évaluation d’impact du point de vue des jeunes ou d’autres instruments similaires d’intégration de la jeunesse». C’est ainsi que la Commission s’est aussi engagée sur la voie de la participation des jeunes générations dans le cadre des initiatives de dialogue de l’Union européenne en faveur de la jeunesse (16) et de dialogues politiques en faveur de la jeunesse. |
| 3.5. | La conditionnalité en ce qui concerne certaines conditions favorisantes transversales et thématiques a déjà été adoptée dans le cycle actuel de la politique européenne de cohésion 2021-2027. Le règlement (UE) 2021/1060 portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au FSE+, au Fonds de cohésion et à d’autres fonds — et en particulier son considérant 21, son article 15 ainsi que ses annexes III et IV — définit les conditions favorisantes thématiques actuelles requises pour l’utilisation efficace et efficiente de ces fonds. Il s’agit notamment de la présence d’un cadre stratégique national pour les politiques d’égalité entre les hommes et les femmes (condition favorisante 4.2), ainsi que de cadres stratégiques dans des domaines tels que l’éducation et la formation, la santé, les soins de longue durée et l’inclusion sociale (conditions favorisantes 4.3, 4.4 et 4.6). Lesdites conditions favorisantes s’appliquent à l’actuelle période de programmation 2021-2027 et constituent les exigences de base pour l’accès au financement de la cohésion de l’UE dans le cadre réglementaire (17) existant. La conditionnalité est également requise dans le cadre de la FRR (18). |
4. Exemples spécifiques de mécanismes d’évaluation
| 4.1. | Le document de réflexion de la Commission intitulé «The Intergenerational Dimension of Fiscal Sustainability» (La dimension intergénérationnelle de la viabilité budgétaire) fournit un cadre pour l’évaluation des contributions fiscales nettes d’une génération à l’autre en expliquant comment fonctionne la comptabilité générationnelle. Il révèle que les politiques budgétaires actuelles de l’UE font peser une charge disproportionnée sur les générations futures, avec des dépenses liées au vieillissement (retraites, soins de santé) devant atteindre 20 % du PIB. L’étude adopte deux mesures clés: l’écart budgétaire intertemporel, qui mesure l’ajustement nécessaire pour stabiliser la dette publique sur cinquante ans, et l’indicateur Auerbach-Gokhale-Kotlikoff (AGK), qui quantifie le déséquilibre budgétaire entre les générations actuelles et futures. Cette analyse montre que les Européens à naître pourraient être confrontés à des taux d’imposition deux à trois fois supérieurs à ceux des retraités actuels, même si, grâce aux réformes des régimes de retraite, l’incidence des déséquilibres générationnels est nettement plus faible. La méthodologie décrite dans ce document de réflexion est basée sur la répartition des dépenses publiques entre les différents groupes d’âge et s’appuie sur des données statistiques et des modèles économiques. Les dépenses publiques sont classées en catégories fonctionnelles selon les statistiques sur le revenu et les conditions de vie (SRCV) et la classification des fonctions des administrations publiques (CFAP) (19), ce qui garantit la comparabilité entre les pays. Pour estimer la répartition des dépenses publiques par groupe d’âge, le rapport élabore des profils d’âge pour différentes catégories de dépenses, en s’appuyant sur des données administratives, des comptes nationaux et des projections de la Commission. La méthodologie consiste à identifier les principaux bénéficiaires des services publics, à modéliser les schémas de dépenses au cours du cycle de vie et à appliquer ces répartitions aux données démographiques (les dépenses d’éducation concernent principalement les groupes d’âge plus jeunes, les coûts des soins de santé augmentent avec l’âge et les dépenses consacrées au paiement des pensions sont affectées aux cohortes plus âgées). |
| 4.2. | La classification CFAP répartit les dépenses publiques dans dix catégories, de «01 — Services publics généraux» à «10 — Protection sociale» (20). Dans le manuel, la section «Assigning an appropriate function: case studies section» (Attribution d’une fonction appropriée: section relative aux études de cas) analyse le «Cas 4 — Protection de la jeunesse». Ce cas concerne la classification des dépenses publiques visant à protéger et à soutenir les jeunes. Dans le cadre de la CFAP, ces dépenses sont généralement affectées à la «Fonction 10.4 — Famille et enfants», qui relève de la catégorie «10 — Protection sociale». Cette catégorie couvre des interventions telles que les services de protection de l’enfance, les allocations familiales et les programmes d’aide à la jeunesse. En Europe, les dépenses de protection sociale sont restées relativement stables au cours de la dernière décennie, se situant autour de 19-20 % du PIB. Une grande majorité de ces dépenses est allouée à la catégorie de dépenses «vieillesse» de la CFAP (soit environ 10-11 % du PIB), tandis que seule une part beaucoup plus faible (entre 1,7 % et 2 %) est consacrée à la catégorie «familles et enfants» (21). Au fil des ans, le rapport entre les dépenses affectées à la vieillesse et celles réservées aux familles et aux enfants reste plafonné dans une marge de un à dix. Cette situation est clairement influencée par le vieillissement de la population et, par conséquent, par les retraites, qui détournent la structure du système de protection sociale de l’investissement en faveur des politiques familiales et du soutien aux nouvelles naissances. |
| 4.3. | Une autre expérience intéressante en matière d’évaluation des politiques publiques est celle de l’évaluation d’impact du point de vue des jeunes (22), un outil pratique pour assurer la prise en compte systématique de l’impact des politiques sur les jeunes. Cet instrument permet de labéliser les mesures d’intervention ciblant les jeunes (mesures générationnelles), celles qui sont potentiellement orientées vers les jeunes et celles qui sont «anti-générationnelles» (23). Certaines expériences régionales et locales (24) montrent déjà comment les mesures générationnelles et potentiellement générationnelles en faveur des jeunes ont été mises en œuvre au moyen d’actes budgétaires, ce qui met en évidence l’applicabilité pratique de cette classification dans leur formulation. En 2023, la région italienne d’Émilie-Romagne a expérimenté une évaluation de l’impact générationnel dans le cadre de son projet Safe-ER, en l’appliquant aux programmes régionaux 2021-2027 cofinancés par le FSE+ et le Fonds européen de développement régional (25). Il s’agissait de la première tentative d’utilisation systématique de l’analyse d’impact générationnelle tant au niveau régional qu’européen, de manière à contribuer à la mise en place d’un modèle susceptible d’être transposé dans d’autres contextes. Au niveau local, la municipalité de Parme a été la première à soumettre son «document de programmation unique» pour la période 2023-2025 à une analyse d’impact générationnelle, en identifiant précisément les mesures générationnelles et potentiellement générationnelles présentes dans ses documents de planification. L’administration a lancé un processus de cartographie des mesures publiques, en classant ces dernières selon les catégories établies par le Comité d’évaluation de l’impact générationnel des politiques publiques (COVIGE) (26) et en préparant le premier rapport annuel sur l’analyse d’impact générationnel dans lequel ont été présentés les premiers éléments probants mis en lumière par le suivi des mesures générationnelles et potentiellement générationnelles. |
| 4.4. | Pour repérer les inégalités liées à l’âge dans les politiques publiques, la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU) a élaboré une méthodologie. Son approche consiste à comparer différents résultats politiques selon les groupes d’âge et à calculer un «écart de vieillissement», ce qui permettrait aux responsables politiques de recenser les disparités et d’évaluer le caractère inclusif des politiques (27). |
| 4.5. | L’approche des seuils minimaux a été adoptée de façon massive par la FRR, dans le but de promouvoir et soutenir la double transition écologique et numérique, grâce à l’introduction d’objectifs et d’un étiquetage. Pour la transition verte, les États membres étaient tenus d’allouer au moins 37 % des ressources reçues à cette fin et, pour la transition numérique, l’exigence minimale était de 20 % (28). Pour démontrer le respect de ces deux objectifs, un système d’étiquetage (ou de balisage ou marquage) a été introduit, suivant l’approche déjà testée dans le cadre du FSE+, qui exige que les plans d’investissement nationaux ou régionaux recensent les mesures spécifiques susceptibles de contribuer à la réalisation de ces objectifs. |
5. Observations spécifiques
| 5.1. | Dans son avis SOC/800 (29), le CESE souligne que «la solidarité entre les générations est aussi cruciale pour surmonter la discrimination fondée sur l’âge envers les jeunes ou les personnes âgées, ainsi que les inégalités entre les générations dans le contexte de l’actuel développement démographique. Il est essentiel de concevoir des politiques et des services sociaux qui adoptent une approche fondée sur le cycle de vie, et qui sont équitables, accessibles et disponibles pour tous les groupes d’âge. Les jeunes et les personnes âgées font souvent l’objet d’une discrimination basée simplement sur leur âge». |
| 5.2. | Dans le même avis, le CESE demande que la solidarité entre les générations figure parmi les objectifs du Fonds social européen dans le CFP 2028-2034 et ses règlements d’application. |
| 5.3. | Au vu de ces principes, et avec pour visée de faciliter des politiques publiques qui garantissent une approche équilibrée entre les différentes générations et tiennent compte de l’équité intergénérationnelle à moyen et à long terme, l’objectif du présent avis est de mettre en avant l’introduction d’une «budgétisation intergénérationnelle» en encourageant une approche qui serait mieux à même de faire connaître la manière dont les ressources sont allouées aux différentes générations par les programmations financières européenne, nationale et locale — ce qui devrait se faire dans le plein respect des compétences et de l’autonomie budgétaire des États membres. Un telle approche devrait également promouvoir la participation des jeunes, en particulier pour déceler les mesures potentiellement générationnelles, en ayant recours à des outils déjà testés actuellement dans certains États membres, tels que le test jeunesse ou l’évaluation d’impact du point de vue des jeunes. |
| 5.4. | Grâce à cette approche de budgétisation intergénérationnelle, les responsables politiques et la société dans son ensemble pourraient mieux comprendre qui sont les bénéficiaires finaux des ressources allouées par les budgets publics. Grâce à des mesures d’atténuation, elle permettrait donc de corriger d’éventuels déséquilibres en faveur d’une génération et de s’assurer que les ressources publiques sont dépensées de la manière la plus efficace et la plus équilibrée possible. Elle peut ainsi favoriser une réelle amélioration de l’allocation et du ciblage des investissements en adoptant une perspective intergénérationnelle dans tous les domaines, en particulier dans les domaines social, de l’emploi, de la formation et de la santé. |
| 5.5. | Plus précisément, le CESE propose d’appliquer aux politiques de cohésion de l’UE un mécanisme similaire à celui des plans nationaux pour la reprise et la résilience et du FSE+ afin de garantir des ressources futures adéquates, tant pour les jeunes générations (jeunes et enfants) que pour les générations plus âgées (personnes de plus de soixante-cinq ans) en recensant précisément les postes de dépenses et les mesures qui devraient contribuer à atteindre l’équité intergénérationnelle. |
Bruxelles, le 18 septembre 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Conseil de l’Union européenne, Conclusions du Conseil sur la santé mentale et le travail précaire, https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-8876-2025-REV-1/fr/pdf, 9 octobre 2023.
(2) JO C 202 du 7.6.2016, p. 187.
(4) https://data.europa.eu/doi/10.2797/17.
(5) Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/proj_23ndbi__custom_16194651/default/table.
(6) Perspectives de la population mondiale de l’ONU 2024, https://population.un.org/wpp/graphs?loc=908&type=Probabilistic%20Projections&category=Pop%20Percentages&subcategory=
(7) JO C, C/2024/6867, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6867/oj.
(8) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_23_3704.
(9) Commission européenne, « Paving the way for an EU Intergenerational Fairness Strategy », 2025.
(10) JO C 293 du 18.8.2023, p. 68.
(11) Martinelli, V. et Monti, L., «Misurare l’impatto generazionale delle politiche pubbliche: una sfida, un metodo», in Amministrazione in Cammino, 29 mars 2021; Monti, L., «La valutazione di impatto generazionale delle politiche pubbliche: dalle linee guida del COVIGE al possibile Youth-check in Italia», Amministrazione in Cammino, 30 décembre 2022.
(12) Cioffi, C. et Pierattini S., «Contrastare il divario generazionale attraverso la valutazione delle politiche pubbliche rivolte ai giovani», Amministrazione in Cammino, 2023.
(13) Cioffi, C. et Monti, L., «Rethinking policies for the younger generation in the era of recovery and resilience: The Italian Youth-check challenge», Amministrazione in Cammino, Forum, septembre 2024; Monti, L., «Legiferare meglio: la valutazione di impatto generazionale del Documento Unico di Programmazione», Rivista Di Diritto Ed Economia Dei Comuni, vol. 2/2024, p. 53-67.
(14) JO C 486 du 21.12.2022, p. 46.
(15) JO C, C/2025/2977, 23.5.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2977/oj.
(16) https://youth.europa.eu/strategy/euyouthdialogue_fr.
(17) JO L 231 du 30.6.2021, p. 159.
(18) Règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience, considérant 71 (JO L 57 du 18.2.2021, p. 17).
(19) La classification CFAP (classification des fonctions des administrations publiques) est un système normalisé adopté par les États membres de l’Union pour classer les dépenses publiques en fonction de leur finalité.
(20) Tableau 3: Structure de la classification CFAP, P. 37. https://ec.europa.eu/eurostat/documents/3859598/10142242/KS-GQ-19-010-EN-N.pdf/ed64a194-81db-112b-074b-b7a9eb946c32?t=1569418084000.
(21) Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Government_expenditure_on_social_protection.
(22) Forum européen de la jeunesse, https://www.youthforum.org/news/european-commission-commits-to-a-youth-check.
(23) JO C 293 du 18.8.2023, p. 68.
(24) Cioffi, C. et Monti, L., «Rethinking Policies for the Younger Generation in the Era of Recovery and Resilience: The Italian Youth-Check Challenge», Amministrazione in Cammino, septembre 2024.
(25) https://www.giovazoom.emr.it/it/fairer/eventi/partecipazione/youth-check-valutazione-impatto-emilia-romagna-europa-r2b-25-giugno.
(26) https://www.politichegiovanili.gov.it/comunicazione/news/2022/6/linneguidaimpattogen/.
(27) Commission économique des Nations unies pour l’Europe, Age-Sensitive Analysis and Age-Responsive Policy Formulation to Advance Mainstreaming Ageing in Public Policies, 2023.
(28) Règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience, article 16 (JO L 57 du 18.2.2021, p. 17).
(29) JO C, C/2024/6869, 28.11.2024, ELI: https://eur-lex.europa.eu/eli/C/2024/6869/oj?eliuri=eli%3AC%3A2025%3A2013%3Aoj&locale=fr.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/12/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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