Initiative législative52025IE0595

Avis du Comité économique et social européen — Éléments constitutifs du renforcement de la base manufacturière de l’Europe dans le domaine des technologies propres (avis d’initiative)

CELEX52025IE0595
TypeInitiative législative
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) propose, dans cet avis d'initiative, des éléments clés pour renforcer la base manufacturière européenne dans le secteur des technologies propres. Il préconise une stratégie industrielle intégrée combinant un financement public et privé accru, une simplification des règles en matière d'aides d'État et un accès facilité aux matières premières critiques. L'objectif est de réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis des importations et de consolider sa souveraineté industrielle dans la transition écologique.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/14

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Éléments constitutifs du renforcement de la base manufacturière de l’Europe dans le domaine des technologies propres

(avis d’initiative)

(C/2026/14)

Rapporteure:

Corina MURAFA BENGA

Corapporteur:

Guido NELISSEN

Conseiller

Mihnea CĂTUȚI (pour la rapporteure du groupe III)

Décision de l’assemblée plénière

23.1.2025

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en section

10.7.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

97/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

L’Union européenne accueille différents écosystèmes de technologies propres, allant d’industries bien établies telles que celle de l’énergie éolienne à des secteurs émergents comme ceux des électrolyseurs, de la production de batteries, du captage du carbone et des technologies économes en eau. Toutefois, même si l’Union dispose d’une solide expertise en matière de recherche et de développement, la transition de l’innovation vers le déploiement commercial reste problématique, surtout par rapport à des concurrents mondiaux tels que la Chine et les États-Unis.

1.2.

Dans de nombreux secteurs, l’UE est un importateur net de technologies propres, qui dépend fortement de la Chine pour les panneaux photovoltaïques, les batteries et les matières premières, ce qui pose un risque stratégique. Les politiques américaines et chinoises mettent en péril la capacité de l’Europe à accroître les investissements et à renforcer son industrie des technologies propres, y compris dans les secteurs où elle est à la pointe.

1.3.

Les politiques fragmentées et les mécanismes de financement inclus dans le pacte vert pour l’Europe ne répondent que partiellement aux ambitions de l’Union en matière de fabrication propre. L’absence de coordination entre les politiques et les financements européens et nationaux entrave l’efficacité, étant donné que les aides d’État profitent actuellement de manière disproportionnée aux plus riches d’entre eux, et que les promoteurs de projets éprouvent toujours des difficultés à appréhender les financements. Les distorsions de la concurrence mondiale mettent en péril l’industrie des technologies propres de l’Union. Si l’Union adopte les politiques adéquates, elle pourrait transformer les défis liés à l’énergie et à l’eau en possibilités de création d’emplois, de développement de nouvelles compétences et de croissance des entreprises.

1.4.

C’est pourquoi le CESE demande à la Commission de prendre les mesures suivantes:

adopter un cadre stratégique industriel consolidé révisé visant à soutenir le développement de technologies propres pour la décarbonation et l’utilisation rationnelle de l’eau;

reconnaître que les technologies propres constituent un secteur industriel distinct, et soutenir leur développement en élaborant des feuilles de route technologiques, en réduisant les risques liés aux innovations grâce à des projets pilotes et à des partenariats et en augmentant le financement, surtout dans le cadre du programme Horizon Europe et du 10e programme-cadre pour la recherche et l’innovation (10e PC);

intégrer les objectifs de l’Union en matière de technologies propres dans tous les domaines d’action;

simplifier la réglementation et déployer des infrastructures pour l’entrée sur le marché, résoudre les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement et à l’adhésion du public, et améliorer l’accès au financement et à la protection des droits de propriété intellectuelle pour les jeunes pousses; encourager la collaboration entre les centres de recherche, les jeunes pousses et l’industrie afin d’accélérer la commercialisation des nouvelles technologies et promouvoir des cadres favorables à l’innovation, tels que les bacs à sable réglementaires dans le cadre du règlement pour une industrie «zéro net»;

promouvoir des incitations en faveur de l’économie circulaire, et notamment de la seconde vie, des achats locaux, et prévoir des quotas ou des étiquettes pour le contenu recyclé;

compléter chaque feuille de route technologique par une feuille de route relative à la dimension humaine et sociale, afin de soutenir tous les travailleurs lors de la transition en matière de compétences. Ces feuilles de route devraient inclure des données fournies par l’Observatoire des technologies énergétiques propres et l’Observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences;

investir, lorsque c’est nécessaire, dans des politiques de perfectionnement et de reconversion qui développent du contenu d’apprentissage dans les secteurs des technologies propres, y compris leur dimension liée à l’eau, tout en surveillant l’efficacité et l’impact des programmes qui ont déjà été lancés, comme l’académie européenne des batteries et l’académie solaire;

renforcer les compétences dans le domaine des technologies propres grâce à une évaluation, à l’échelle de l’UE, des pénuries de main-d’œuvre dans les secteurs de l’énergie propre et des technologies de l’eau, tout en garantissant la qualité élevée des emplois et l’accès inclusif pour les femmes et les autres groupes désavantagés. La Commission devrait créer un flux spécifique pour les technologies propres dans le cadre de l’Observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences, qui découle de l’union des compétences, afin de s’assurer que ces compétences soient disponibles rapidement;

développer des outils tels qu’un passeport européen des compétences, une certification harmonisée et des liens plus étroits entre la formation et l’industrie, afin de fluidifier les transitions vers des emplois à zéro émission nette;

stimuler les technologies de fabrication propres grâce à un Fonds européen pour la compétitivité, à la réaffectation du Fonds pour l’innovation et à la concentration en début de période des investissements de la Banque européenne d’investissement (BEI), tout en assurant la cohésion et l’accès des petites et moyennes entreprises (PME);

coordonner et rationaliser le financement, réformer les cadres des aides d’État et renforcer les capacités administratives, afin d’améliorer l’absorption des fonds et l’équité du marché;

investir à l’échelon régional dans les pôles de technologies propres, les réseaux électriques et l’intégration des marchés des capitaux, tout en accélérant l’octroi de permis;

renforcer la demande de technologies propres en mettant en œuvre le règlement pour une industrie «zéro net» au moyen de critères d’achat obligatoires non basés sur le prix, de quotas pour les produits écologiques et économes en eau, de technologies visant à assurer la propreté de l’eau et de normes de durabilité qui tiennent compte du carbone intrinsèque;

intégrer la décarbonation et l’utilisation rationnelle de l’eau aux accords commerciaux et établir des partenariats stratégiques en vue de renforcer les chaînes d’approvisionnement en technologies propres;

suivre en permanence l’évolution du secteur des technologies propres de l’Union et rendre compte des résultats de la mise en œuvre des politiques.

2. Informations contextuelles sur l’état des technologies de fabrication propres en Europe

2.1.

Depuis 2021, les investissements dans les technologies propres ont largement augmenté en Europe, surtout en raison de la production de cellules de batteries. Toutefois, dans d’autres secteurs, comme celui des panneaux photovoltaïques, les entreprises européennes dépendent fortement des importations, en particulier en provenance de Chine (1). Si les investissements sont répartis dans l’ensemble de l’Union, la plupart des projets sont concentrés dans une poignée de pays.

2.2.

En 2024, en raison des conditions macroéconomiques, et notamment des taux d’intérêt élevés, les investissements en fonds propres dans les technologies vertes ont ralenti de 24 % en glissement annuel au sein de l’Union, passant de 11,6 milliards en 2023 à 8,8 milliards en 2024. Cette contraction a été compensée par des investissements par endettement d’une valeur de 23,4 milliards en 2024, soit une nette amélioration par rapport aux 7,9 milliards de 2023 (2).

2.3.

Si, dans l’ensemble, l’Union conserve une forte empreinte industrielle dans les technologies propres, son paysage varie d’un secteur à l’autre. L’industrie des panneaux photovoltaïques est confrontée à une restructuration en raison de la concurrence mondiale, alors que celle de l’énergie éolienne connaît une croissance lente et inégale d’un point de vue géographique, ce qui met la compétitivité en péril. La production de batteries augmente grâce à des usines géantes, mais la demande de véhicules électriques dépend des incitations financières proposées par les gouvernements. La production de pompes à chaleur augmente malgré les obstacles macroéconomiques. La capacité en matière d’électrolyseurs devrait devenir plus importante, mais l’incertitude plane toujours sur les investissements et la demande. Le captage et le stockage du carbone se développent, tout comme le biogaz, grâce au soutien offert par les politiques. L’Union joue un rôle de premier plan dans les technologies thermiques océaniques et maritimes propres des domaines de la géothermie et du solaire (3).

2.4.

En coordonnant la politique industrielle de l’Union, il est possible de réduire le manque d’efficacité découlant de 27 approches concurrentes en matière de réindustrialisation. Un cadre solide de gouvernance de la politique industrielle de l’Union devrait aller au-delà de ce que la Commission européenne a proposé; si nécessaire, il conviendrait d’envisager des stratégies industrielles sectorielles et des programmes communs de soutien de l’Union. L’Union doit passer d’une approche largement réactive à une stratégie industrielle tournée vers l’avenir.

2.5.

En tant que promoteur de l’initiative phare du pacte bleu pour l’Europe, le CESE souligne que les technologies propres se doivent d’être économes en énergie et en eau alors que les mesures horizontales telles que l’amélioration de la collecte des données, le développement des infrastructures, les économies d’énergie, la numérisation et la facilitation de l’accès à une énergie et à de l’eau abordables sont essentielles pour encourager la compétitivité de la production de technologies propres de l’Union.

3. Stimulation de l’écosystème d’innovation dans le domaine des technologies propres

3.1.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, seule la moitié des technologies nécessaires pour parvenir à une décarbonation totale ont atteint la maturité commerciale. Il convient de développer et de déployer la prochaine génération de technologies propres.

3.2.

Plus d’un cinquième des technologies propres du monde entier sont développées dans l’Union. Toutefois, dans le cas de nombreuses technologies en phase de démarrage, elle gaspille ses ressources, car son potentiel d’innovation ne se traduit pas par des capacités de fabrication.

3.3.

En 2023, la Chine, l’Union européenne et les États-Unis représentaient 85 % des dépenses publiques en recherche et développement, investissant respectivement 17,5, 13,5 et 11 milliards d’USD (4). Au sein de l’Union, les investissements publics dans la recherche et l’innovation dans le domaine des énergies propres a augmenté, mais les investissements privés restent insuffisants.

3.4.

Le CESE demande à la Commission européenne de prendre les mesures suivantes:

3.4.1.

concevoir des feuilles de route technologiques pour les technologies émergentes afin de les aider à améliorer leur niveau de maturité technologique, soulignant leur rôle dans la réalisation des objectifs climatiques pour 2040 et 2050;

3.4.2.

renforcer davantage le financement européen de la recherche et de l’innovation; maintenir et accroître le financement au titre d’Horizon Europe, et le préserver lors des négociations portant sur le cadre financier pluriannuel (CFP);

3.4.3.

faire des technologies propres une priorité dans le 10e PC à venir pour 2028-2034;

3.4.4.

réduire les risques liés aux technologies en soutenant des projets de démonstration, des projets pilotes et la création de partenariats public-privé, y compris des entreprises communes de l’UE;

3.4.5.

renforcer la protection des droits de propriété intellectuelle et rendre les mécanismes de financement, tels que le Fonds pour l’innovation, plus accessibles aux jeunes pousses.

4. Accès aux matières premières critiques et circularité

4.1.

L’adoption des principes de l’économie circulaire peut ouvrir de nouvelles perspectives économiques et réduire la dépendance à l’égard des matières critiques. Si des normes étaient établies en matière de recyclabilité et d’utilisation efficace des ressources, les entreprises seraient fortement incitées à réduire leur dépendance à l’égard des matières premières primaires.

4.2.

Les recommandations du CESE se trouvent ci-dessous.

4.2.1.

L’acte législatif à venir sur l’économie circulaire devrait stimuler les investissements dans le recyclage et promouvoir l’utilisation circulaire des matériaux grâce aux technologies numériques et à des modèles économiques.

4.2.2.

Les États membres devraient renforcer leurs capacités nationales d’extraction et de raffinage des minéraux essentiels ainsi que de traitement intermédiaire, tout en maintenant des normes environnementales et sociales élevées.

4.2.3.

Il convient d’inciter à s’approvisionner localement en ressources circulaires et en déchets, et d’établir des quotas obligatoires ou des labels volontaires pour les matériaux recyclés.

5. Déploiement et compétences de la main-d’œuvre

5.1.

Les secteurs des technologies propres comptent parmi ceux qui ont les besoins les plus élevés en matière de formation et de reconversion. Il conviendra d’analyser de façon plus approfondie l’impact social du déploiement des technologies propres, afin d’anticiper et de gérer les défis structurels.

5.2.

Dans le secteur des technologies propres, les emplois connaissent une croissance plus rapide que dans le reste de l’économie (5). Un pacte pour une industrie propre ambitieux qui soutient la fabrication «zéro net» dans l’Union peut générer 1,6 million d’emplois supplémentaires d’ici à 2035. Ce chiffre pourrait atteindre 2,1 millions en 2040 (6), voire davantage si l’on tient compte de la dimension de l’eau.

5.3.

À cet égard, le CESE recommande les mesures suivantes:

5.3.1.

investir dans le renforcement des compétences en matière de technologies propres, promouvoir des formations ciblées, analyser, à l’échelle de l’Union, les pénuries de compétences dans les secteurs des technologies «zéro net», concevoir des programmes d’apprentissage ciblés et créer des académies de l’industrie «zéro net» là où elles sont nécessaires;

5.3.2.

surveiller en permanence le déficit de main-d’œuvre dans le domaine des technologies propres, grâce à l’Observatoire européen de veille stratégique sur les besoins en compétences qui a été annoncé récemment. Les technologies propres devraient se voir attribuer un rôle prioritaire clé au sein de cet observatoire, afin de pouvoir lancer des alertes précoces concernant les pénuries de compétences, et de veiller à ce qu’elles soient rapidement disponibles sur le marché du travail;

5.3.3.

donner la priorité à l’attractivité des emplois en maintenant des normes élevées en matière de travail et en créant des postes sûrs, bien payés et respectés dans la société. La feuille de route pour des emplois de qualité prévue par le pacte pour une industrie propre devrait guider l’évaluation des projets dans le cadre du règlement pour une industrie «zéro net» et du règlement sur les matières premières critiques;

5.3.4.

privilégier la reconversion professionnelle des groupes défavorisés tels que les travailleurs plus âgés et ceux dont l’emploi est précaire. Les emplois dans le domaine du «zéro net» devraient être classés parmi les professions en pénurie pour permettre d’assurer la stabilité financière des travailleurs pendant la formation, jusqu’à leur entrée sur le marché du travail (7); augmenter le taux de participation des femmes au marché du travail dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques;

5.3.5.

créer un passeport européen des compétences et harmoniser les systèmes de certification de l’Union;

5.3.6.

mettre en place des institutions intermédiaires visant à combler l’écart entre l’éducation et le monde du travail, notamment des partenariats entre les secteurs des technologies propres et les universités techniques, afin de renforcer le développement de la main-d’œuvre (8);

5.3.7.

viser à répartir équitablement les emplois entre les régions dont l’industrie est en déclin ou a besoin d’être restructurée (9), en utilisant les flux de financement existants comme le Fonds pour une transition juste.

6. Déblocage des investissements

6.1.

Étant donné que la marge de manœuvre budgétaire est limitée, les programmes de financement existants devraient se concentrer sur les étapes des chaînes de valeur des technologies propres où l’Union peut acquérir des avantages comparatifs. Elle devrait chercher à lever des fonds européens communs supplémentaires pour financer ses ambitions industrielles.

6.2.

En 2027, l’arrivée à terme de l’instrument NextGenerationEU privera le secteur «zéro net» de 35 milliards d’EUR d’investissements, créant un déficit de financement (10) qui pourrait être partiellement compensé par le futur fonds en faveur de la décarbonation industrielle, un futur Fonds de l’Union pour une transition bleue ou le Fonds européen pour la compétitivité qui est envisagé dans le prochain CFP.

6.3.

Le cadre d’aides d’État actuel a stimulé les investissements, mais a aussi provoqué des distorsions du marché. Les disparités régionales persistent. Entre 2022 et 2023, certaines régions de premier plan ont augmenté leurs investissements de 15 à 17 milliards d’USD, alors qu’en Europe méridionale, centrale et orientale, cette hausse n’atteignait que 3 milliards d’USD (11).

6.4.

Afin de rendre le soutien financier, tant public que privé, encore plus efficace, le CESE est favorable aux propositions suivantes:

6.4.1.

créer un Fonds européen pour la compétitivité dans le nouveau CFP, qui pourrait être soutenu par de nouveaux emprunts conjoints de l’Union via la création d’un actif sûr commun européen (2026). Ce fonds devrait soutenir le capital de croissance et cibler les chaînes de valeur des technologies propres, mais aussi viser à renforcer la cohésion européenne et à prévenir une Europe à deux vitesses;

6.4.2.

transformer le Fonds pour l’innovation en fonds de déploiement, dont une part serait consacrée au financement de la fabrication de technologies propres. Il convient d’accorder une plus grande attention à l’amélioration de l’accès des PME à de tels instruments;

6.4.3.

obliger les États membres à atteindre les objectifs sociaux, mais aussi à investir au moins 25 % de leurs recettes provenant du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) dans la fabrication de technologies propres, notamment en utilisant la fonction d’enchères en tant que service (12) du Fonds pour l’innovation. Les plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC) devraient comporter des plans de dépenses (13);

6.4.4.

rationaliser et coordonner l’ensemble des financements consacrés à la fabrication de technologies propres, par exemple en utilisant des portails centralisés tels que la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP); coordonner et harmoniser les régimes d’aide nationaux, mettre en place des guichets uniques européens et concevoir des procédures d’application uniformes;

6.4.5.

utiliser les futures recettes provenant du SEQE pour préalimenter des investissements dans les technologies propres, notamment via des emprunts de la BEI;

6.4.6.

promouvoir l’innovation dans le secteur des technologies propres en approfondissant les marchés des capitaux et en facilitant l’accès des jeunes pousses et des entreprises en expansion au capital-risque, en particulier grâce à une union des marchés des capitaux;

6.4.7.

renforcer le rôle de la BEI, et celui des banques nationales de développement, dans la promotion des investissements privés en étendant les (contre-)garanties aux secteurs des technologies propres;

6.4.8.

créer des pôles régionaux de technologies propres, surtout dans les zones en transition, en utilisant la spécialisation intelligente et les fonds existants et en promouvant une coopération active entre toutes les parties prenantes, qui associe les ressources publiques à des critères sociaux et environnementaux;

6.4.9.

simplifier les procédures en matière d’aides d’État prévues par le futur encadrement des aides d’État à l’industrie propre sur la base des enseignements tirés de l’encadrement temporaire de crise et de transition et du règlement général d’exemption par catégorie, tout en cherchant à assurer l’équité entre les régions et à éviter les distorsions du marché unique;

6.4.10.

réformer les projets importants d’intérêt européen commun et offrir un soutien financier et administratif pour aider les régions dont les revenus sont plus faibles à rejoindre plus facilement les chaînes de valeur de l’Union, y compris en renforçant les capacités administratives dans les pays qui peinent à absorber les fonds;

6.4.11.

accélérer la planification et les procédures d’autorisation des nouveaux projets de technologies propres;

6.4.12.

investir massivement dans la modernisation et la connexion des réseaux électriques européens, car le déploiement des technologies propres est actuellement limité par la lenteur des progrès dans l’électrification.

7. Développement des marchés et création de marchés pilotes

7.1.

Bon nombre de technologies propres sont toujours émergentes, et doivent être mieux adoptées par le marché. Il est possible de soutenir ce processus en encourageant l’adoption par le secteur privé et en intégrant le contenu local et les critères de résilience dans les procédures de marchés publics et privés.

7.2.

Les enchères au titre du règlement pour une industrie «zéro net» doivent inclure des critères portant sur la consommation d’eau, la conduite responsable des entreprises, la cybersécurité et les capacités d’exécution, la durabilité et la résilience représentant entre 15 et 30 %.

7.3.

Pour renforcer encore les marchés pilotes européens, le CESE préconise ce qui suit.

7.3.1.

Le règlement pour une industrie «zéro net» devrait être mis en œuvre au moyen de marchés publics et d’enchères pour les énergies renouvelables qui comprennent des critères obligatoires non liés aux prix, y compris des conditions sociales. Les normes de durabilité doivent être renforcées pour refléter l’empreinte carbone et hydrique des matériaux utilisés dans les technologies «zéro net», en allant bien au-delà des critères de référence actuels (14).

7.3.2.

Les États membres devraient renforcer la réglementation afin de stimuler la demande de produits renouvelables en ajoutant des critères explicites de durabilité et de résilience.

7.3.3.

Un bonus pour les chaînes de valeur «zéro net» de l’Union et des quotas pour les produits écologiques et économes en eau dans des secteurs clés tels que l’acier et les batteries pourraient contribuer à rétablir la position de chef de file de l’Union en matière de technologies propres. Pour hâter la décarbonation de l’industrie lourde, l’acte législatif visant à accélérer la décarbonation de l’industrie pourrait prévoir des quotas similaires, notamment concernant l’utilisation d’acier propre dans les voitures et les éoliennes.

7.3.4.

L’introduction de passeports européens communs pour les produits, par exemple les batteries, des labels de qualité ou des déclarations de l’empreinte carbone et hydrique augmenterait la transparence et aiderait les consommateurs et les entreprises à prendre des décisions en connaissance de cause, y compris sur les marchés d’exportation.

7.3.5.

Le coût supplémentaire des solutions en matière de technologies propres devrait être réduit par des mécanismes tels que des contrats d’écart compensatoire pour l’énergie ou des subventions fixes aux primes en fonction des performances environnementales des produits.

8. Uniformisation des conditions de concurrence internationales et mise en place d’une coopération

8.1.

Le secteur européen des technologies propres est de plus en plus soumis aux pressions des subventions mondiales, des normes environnementales plus souples et de la concurrence déloyale, ce qui entraîne une dépendance accrue à l’égard des pays tiers. Le déficit commercial croissant par rapport à la Chine, dû à sa position dominante en ce qui concerne les terres rares, à sa stratégie industrielle soutenue par l’État et à ses exportations à faible coût, met en lumière les défis auxquels l’Europe est confrontée en matière de compétitivité. L’Union accuse un retard en matière de capital-risque, n’en attirant que 5 % par rapport aux 52 % des États-Unis, ce qui limite sa capacité à intensifier l’innovation. Elle doit stimuler la production intérieure, diversifier les ressources et coordonner les politiques commerciale et industrielle internationales, afin de garantir une concurrence loyale et des chaînes d’approvisionnement résilientes.

8.2.

Le CESE recommande que:

8.2.1.

les accords commerciaux consacrent des chapitres spécifiques à la décarbonation, à l’utilisation rationnelle de l’eau et aux technologies propres. Ces chapitres devraient promouvoir le déploiement des technologies propres, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et faciliter l’accès au marché;

8.2.2.

l’Union développe des partenariats industriels stratégiques avec des pays partageant les mêmes valeurs afin de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement, car il est peu probable qu’elle parvienne à la contrôler complètement comme la Chine et les États-Unis cherchent à le faire. Les partenariats pour des échanges et des investissements propres peuvent renforcer la coopération, mais l’Union doit clarifier sa proposition de valeur vis-à-vis de ses partenaires;

8.2.3.

l’Union renforce sa défense commerciale, modernise les infrastructures énergétiques par l’intermédiaire de la stratégie «Global Gateway» et attire les investissements tout en encourageant le transfert de technologies. Elle doit concilier les avantages du libre-échange et la durabilité, en garantissant un approvisionnement responsable en minerais et le respect du devoir de diligence dans la chaîne d’approvisionnement;

8.2.4.

des options pour promouvoir les exportations de technologies propres grâce à des instruments conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) soient étudiées.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Bruegel: Clean industrial transformation: where does Europe stand? (Transformation industrielle propre: où en est l’Europe?).

(2) Cleantech for Europe: Financial Year 2024 Briefing (Note d’information sur l’exercice 2024).

(3) Observatoire des technologies énergétiques propres: Overall strategic analysis of clean energy technology in the EU (Analyse stratégique globale des technologies énergétiques propres dans l’Union).

(4) Strategic Perspectives: The global net-zero industrial race is on (La course mondiale de l’industrie «zéro net» a commencé).

(5) Strategic Perspectives: The global net-zero industrial race is on (La course mondiale de l’industrie «zéro net» a commencé).

(6) Strategic Perspectives: The global net-zero industrial race is on (La course mondiale de l’industrie «zéro net» a commencé).

(7) E3G: How to make the best of the Green Deal Industrial Plan (Comment tirer le meilleur parti du plan industriel du pacte vert).

(8) Strategic Perspectives: Poland, a strategic cleantech hub for Europe (La Pologne, un pôle stratégique des technologies propres pour l’Europe).

(9) Ecorys: The net-zero manufacturing industry landscape across Member States (Le paysage de l’industrie de la fabrication «zéro net» dans les différents États membres).

(10) Strategic Perspectives: The global net-zero industrial race is on (La course mondiale de l’industrie «zéro net» a commencé).

(11) Strategic Perspectives: The global net-zero industrial race is on (La course mondiale de l’industrie «zéro net» a commencé).

(12) Commission européenne: Competitive bidding (Appel à la concurrence).

(13) Cleantech for Europe: Open letter (Lettre ouverte).

(14) E3G: How to make the best of the Green Deal Industrial Plan (Comment tirer le meilleur parti du plan industriel du pacte vert).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/14/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)