Avis du Comité économique et social européen — Une planète saine pour des personnes en bonne santé: vers une approche Une seule santé (avis d’initiative)
| CELEX | 52025IE0757 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 18 septembre 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/16 | 16.1.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Une planète saine pour des personnes en bonne santé: vers une approche «Une seule santé»
(avis d’initiative)
(C/2026/16)
Rapporteure:
Nicoletta MERLOCorapporteur:
Arnaud SCHWARTZ| Conseillère | Bonolo MADIBE (pour la rapporteure) |
| Décision de l’assemblée plénière | 23.1.2025 |
| Base juridique | Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 25.6.2025 |
| Adoption en session plénière | 18.9.2025 |
| Session plénière no | 599 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 113/0/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | L’approche «Une seule santé» permet de sauver des vies, de réduire les coûts et de stimuler l’innovation et la compétitivité en facilitant les modes de réflexion et de collaboration multilatéraux, multiniveaux et transsectoriels. Dans le monde d’aujourd’hui, une telle approche est devenue une nécessité; c’est pourquoi le CESE encourage les institutions de l’UE à élaborer une stratégie européenne globale en la matière, suivie d’un plan d’action qui, doté de ressources financières adéquates, s’inscrive dans une gouvernance à plusieurs niveaux et une approche multipartite afin d’aider les États membres à le mettre en œuvre. |
| 1.2. | Afin de surmonter véritablement les cloisonnements et d’assurer une coordination horizontale, le CESE recommande de renforcer au sein de la DG SANTE la direction spécialisée chargée du principe «Une seule santé», en favorisant une coopération efficace entre toutes les DG concernées. |
| 1.3. | Le CESE souligne la nécessité d’insérer l’approche «Une seule santé» dans tous les grands cadres d’action de l’UE et d’intégrer cette perspective dans les cadres d’action existants et futurs de l’UE. En outre, le CESE recommande de renforcer la collaboration entre les agences de l’UE, de favoriser les synergies avec les partenaires internationaux et de promouvoir une gouvernance inclusive au moyen de dialogues sociaux et civils renforcés afin de garantir un large soutien et un alignement sur les efforts mondiaux fondés sur le principe «Une seule santé». |
| 1.4. | Le CESE invite instamment la Commission à allouer des ressources financières spécifiques dans le cadre du prochain CFP au soutien à la mise en œuvre du principe «Une seule santé», en accordant une attention particulière aux solutions fondées sur la nature, à la prévention, aux infrastructures locales et à la recherche. |
| 1.5. | Le CESE estime qu’il est fondamental de soutenir une surveillance intégrée des risques pour l’environnement, la santé animale et la santé humaine, et de financer la recherche transdisciplinaire afin de guider la conception des systèmes d’alerte précoce, des politiques et des stratégies de renforcement de la résilience. Le renforcement de la collaboration internationale est essentiel pour faire face à la nature interconnectée et complexe de ces risques et pour créer la base factuelle nécessaire à une réponse mondiale efficace et coordonnée. |
| 1.6. | Le CESE plaide en faveur de mécanismes inclusifs associant les acteurs locaux, les décideurs politiques, les acteurs économiques, la société civile organisée, l’industrie, la santé publique humaine et vétérinaire, les autorités environnementales, les communautés touchées et les jeunes, à tous les stades de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques. |
| 1.7. | Le CESE estime qu’il est fondamental de promouvoir des initiatives ciblées en matière d’éducation et de formation pour les jeunes, les consommateurs, les professionnels de la santé, les services vétérinaires, les paraprofessionnels et les pouvoirs publics, afin de renforcer leur compréhension des déterminants environnementaux et sociaux de la santé. |
| 1.8. | Le CESE souligne qu’il importe de recenser et de relever les défis spécifiques auxquels sont confrontés l’agriculture, la pêche, la sylviculture et l’industrie dans la transition vers des pratiques durables et alignées sur le principe «Une seule santé». En outre, il est jugé important de répondre aux besoins et aux préoccupations des plus vulnérables (du fait de leur exposome (1)) et de se pencher sur les moyens de les soutenir. |
| 1.9. | Le CESE estime que la stratégie «Une seule santé» doit prendre en considération ses implications financières et commerciales à l’échelle mondiale, y compris l’introduction de clauses miroirs en matière de santé et d’environnement dans les accords commerciaux afin de préserver la santé publique et de garantir des conditions de concurrence équitables. |
2. Contexte
| 2.1. | Le concept «Une seule santé» constitue une approche intégrée et unificatrice visant à équilibrer et à optimiser de manière durable la santé des êtres humains, des animaux, des végétaux et des écosystèmes. Cette approche mobilise de nombreux secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société afin qu’ils collaborent pour favoriser le bien-être et lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes, tout en répondant aux besoins collectifs en eau potable, en énergie propre et en air pur, en denrées alimentaires sûres et nutritives, en prenant des mesures contre le changement climatique et en contribuant au développement durable. Les principaux principes sous-jacents sont les suivants: équité, inclusivité et accessibilité; équilibre socioécologique; gestion par l’homme et responsabilité des êtres humains à l’égard de l’intégrité des écosystèmes; collaboration transdisciplinaire et multisectorielle (2). |
| 2.2. | Il y a une interdépendance étroite entre les humains, les animaux, les végétaux et les écosystèmes du point de vue de la santé, dès lors que tous ces groupes font partie intégrante du même environnement naturel. Les perturbations d’origine humaine — telles que la déforestation, la pollution et la dispersion des champignons en raison du changement climatique — peuvent entraîner une perturbation des écosystèmes et accroître le risque de développement et de propagation de nouvelles maladies humaines, animales et végétales. La triple crise que traverse la planète — changement climatique, perte de biodiversité et pollution — et la pandémie de COVID-19 ont mis en évidence la nécessité d’un cadre mondial pour en améliorer la surveillance et d’un système plus global et intégré qui soit capable de prévenir les menaces pour la santé, de s’y préparer et d’y réagir. |
| 2.3. | En 2022, la Banque mondiale estimait que le bénéfice attendu de l’approche «Une seule santé» pour la communauté mondiale s’élèverait à au moins 36,2 milliards d’euros chaque année. Les besoins annuels estimés en dépenses consacrées à la prévention représentent moins de 10 % de ce bénéfice (3). De même, d’après l’Organisation mondiale de la santé, depuis 2003, les maladies et les pandémies ont entraîné dans le monde plus de 15 millions de décès et coûté 3 520 milliards d’euros (4). Mieux vaut prévenir que guérir: la prévention est le meilleur investissement pour l’humanité et pour la compétitivité, et la seule voie à suivre pour parvenir à l’économie des soins dont nous avons besoin (5). |
| 2.4. | Le droit à un environnement sain est essentiel au bien-être social et économique des personnes en Europe et dans le monde (6). La reconnaissance de ce droit par la résolution 76/300 de l’Assemblée générale des Nations unies et la résolution du Parlement européen du 7 octobre 2021 souligne la nécessité de promouvoir une action intégrée en faveur de la santé humaine, animale et environnementale en tant que piliers essentiels pour répondre au principe «Une seule santé» à l’ère de la mondialisation. On estime que plus de 50 % du PIB mondial dépendent de la nature (7) et qu’environ 40 % des emplois dans le monde sont directement tributaires d’écosystèmes sains (8). Les programmes d’action pour l’environnement de l’Union considèrent de plus en plus l’environnement sain comme un droit. Le 8e programme d’action de l’UE pour l’environnement (9) affirme explicitement que «progresser vers la reconnaissance du droit à un environnement propre, sain et durable, tel qu’énoncé dans la résolution 48/13 du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, est une condition de facilitation aux fins de la réalisation [de ses] objectifs prioritaires». |
| 2.5. | Dans ce contexte, la présente initiative vise à:
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3. Exemples concrets de l’approche «Une seule santé»
| 3.1. | L’approche «Une seule santé» fournit une stratégie holistique et interdisciplinaire qui reconnaît l’interconnexion de la santé humaine, animale, végétale et environnementale. En promouvant une approche intersectorielle et en encourageant des modèles innovants de gouvernance à plusieurs niveaux, il permet de relever de manière globale des défis complexes et multiformes en matière de santé. |
| 3.2. | L’augmentation des coûts de l’inaction de l’UE en matière de pollution, de produits chimiques dangereux et de changement climatique s’élève déjà à des centaines de milliards d’euros par an en dommages sanitaires et environnementaux et à des milliers de morts, ce qui souligne la nécessité urgente de réponses politiques cohérentes et ambitieuses mettant fortement l’accent sur des mesures et des actions préventives. |
3.3. Maladies zoonotiques et résistance aux antimicrobiens (RAM)
| 3.3.1. | Les zoonoses, qui proviennent d’agents pathogènes transmis entre les animaux et les humains, représentent plus de 75 % des maladies infectieuses émergentes chez l’homme (12). Leur essor est imputable à des activités anthropogéniques telles que l’urbanisation, la déforestation, la mondialisation et l’augmentation des interactions entre l’homme et l’animal, ainsi qu’à des facteurs environnementaux et biologiques. Le changement climatique et la perte de biodiversité, accélérés par les activités humaines, aggravent encore la propagation des zoonoses en modifiant les écosystèmes, en augmentant les contacts entre l’homme et la faune et en élargissant la gamme des vecteurs de pathogènes. Une intégration accrue des systèmes de surveillance, soutenue par des plateformes de l’UE telles que l’Observatoire européen du climat et de la santé, en plus des systèmes intégrés de surveillance vectorielle et vétérinaire et de la santé publique, est essentielle pour la détection précoce, la surveillance et la réaction aux menaces potentielles pour la santé. En outre, l’évaluation en commun des risques et la prise de décisions conjointes quant à des mesures de lutte dans tous les secteurs sont essentielles pour prévenir et limiter les effets des maladies zoonotiques et vectorielles sur la santé humaine. Les écosystèmes tels que les forêts, les zones restaurées ou protégées et les fermes urbaines jouent un rôle crucial dans l’atténuation de ces risques en favorisant la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes, en réduisant la probabilité de transmission de maladies entre les animaux et les êtres humains et en sensibilisant aux pratiques agricoles et sanitaires durables. |
| 3.3.2. | La résistance aux antimicrobiens (RAM) est une menace croissante pour la santé mondiale, due à l’utilisation abusive et excessive des antibiotiques chez l’homme, l’animal et dans l’agriculture, entraînant l’apparition d’agents pathogènes résistants aux médicaments qui causent déjà plus d’un million de décès par an. La propagation de la RAM menace la sûreté alimentaire, réduit la productivité agricole et compromet les traitements médicaux, tout en se propageant par le biais d’aliments, d’environnements agricoles et de sources d’eau contaminés. Si elle n’est pas maîtrisée, la RAM pourrait avoir de graves conséquences sur le plan de la santé et de l’économie, entraîner une baisse des échanges commerciaux, une augmentation des coûts des soins de santé et une aggravation des disparités en matière de santé au niveau mondial, avec 10 millions de décès envisagés par an d’ici 2050 (13). La lutte contre la RAM doit permettre aux États membres non seulement d’arriver à des résultats probants en ce qui concerne l’efficacité des agents antimicrobiens utilisés pour traiter les maladies infectieuses, mais aussi de protéger tous les groupes vulnérables ne disposant que d’une proximité limitée par rapport aux services de soins de santé. |
3.4. Pollution de l’air, de l’eau, du sol
| 3.4.1. | La pollution atmosphérique est le principal risque pour la santé environnementale en Europe, provoquant des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des cancers du poumon et des décès prématurés, environ 250 000 de ceux-ci étant imputables chaque année à des polluants tels que PM2.5, NO2, et O3 (14). Si les efforts déployés ont permis de réduire le nombre de problèmes de santé liés à la pollution atmosphérique, des mesures supplémentaires sont nécessaires pour atteindre les objectifs de l’UE en matière de pollution zéro, comme illustré dans le deuxième rapport de surveillance et de prospective «zéro pollution» (15) et prévenir des problèmes de santé tels que l’asthme, les accidents vasculaires cérébraux et des liens potentiels avec la démence. Au-delà de la santé humaine, la pollution atmosphérique dégrade les écosystèmes car elle entraîne une acidification, une eutrophisation et une dégradation de l’ozone, en menaçant la biodiversité, réduisant le rendement des cultures et affaiblissant les services écosystémiques essentiels. La pollution sonore entraîne également un stress élevé pour au moins 18 millions de personnes, tandis que 5 millions de personnes souffrent de troubles graves du sommeil dus à une exposition à long terme au bruit (16). |
| 3.4.2. | La pollution et le changement climatique accroissent la propagation des maladies d’origine hydrique et alimentaire en modifiant le régime des précipitations, en réchauffant les températures et en intensifiant la contamination de l’eau. Le changement climatique aggrave le stress hydrique en réduisant la disponibilité et la qualité de l’eau en raison des sécheresses, de la hausse des températures et des précipitations extrêmes, touchant de manière disproportionnée les communautés vulnérables et portant préjudice à l’hygiène et à l’assainissement. De plus, les fortes pluies et le mauvais état des réseaux d’égouts contribuent à l’apparition de maladies telles que le choléra, l’Escherichia coli, l’hépatite A et les infections à Vibrio, car l’eau contaminée s’infiltre dans les systèmes d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation. En outre, les maladies d’origine alimentaire liées à des produits frais contaminés, telles que les norovirus et les salmonelles, représentent un risque sérieux pour la santé publique, accroissant encore la nécessité d’améliorer le traitement de l’eau, l’hygiène et les mesures de sécurité alimentaire. |
| 3.4.3. | Les sols sont essentiels à tous les écosystèmes terrestres et à leur biodiversité. Un écosystème biologique du sol actif et sain, riche en diversité d’animaux et de microbes du sol, est nécessaire pour rendre les nutriments suffisamment disponibles, ainsi que pour décomposer, filtrer et/ou immobiliser les polluants. Ceux-ci peuvent pénétrer dans le sol par différentes voies et sont susceptibles d’affecter les organismes vivant dans le sol — ce qui réduit la diversité des espèces végétales —, de contaminer la chaîne alimentaire, l’eau potable et l’eau d’irrigation, et de se propager par les inondations, les ruissellements de surface et l’érosion due à l’eau et au vent (17). Des plantes saines contribuent au maintien d’écosystèmes de sols sains. Elles concourent à la fertilité des sols et empêchent l’érosion. À l’inverse, les plantes en mauvaise santé peuvent entraîner une dégradation des sols, un problème qui a des conséquences en cascade sur la productivité agricole et le bien-être environnemental global. |
| 3.4.4. | Les efforts déployés pour atteindre les objectifs de l’UE en matière de pollution zéro d’ici à 2030 sont essentiels pour protéger la santé et l’environnement. La réalisation des objectifs ambitieux fixés dans le plan d’action «zéro pollution» (18) nécessitera des efforts soutenus, solidement ancrés dans l’approche «Une seule santé» qui reconnaît l’interconnexion de la santé humaine, animale, végétale et environnementale. |
3.5. Le changement climatique
| 3.5.1. | L’augmentation des températures ainsi que la chaleur et l’humidité extrêmes causées par le changement climatique présentent de graves risques pour la santé, notamment les coups de chaleur, la déshydratation et l’exacerbation des maladies cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques (19). De même, les vagues de chaleur accroissent la pression sur les systèmes de santé, entraînant une augmentation des visites aux urgences et une aggravation des maladies chroniques, en plus d’un impact sur les fonctions cognitives et la productivité. L’exposition à une chaleur extrême pendant la grossesse est liée à un risque accru de naissance prématurée, de faible poids à la naissance et de mortinaissance. Le stress thermique peut également affecter la fonction cardiovasculaire maternelle, la déshydratation et les flux sanguins dans le placenta, ce qui peut perturber le développement du fœtus (20). Par ailleurs, les incendies de forêt augmentent encore les risques pour la santé et la sécurité des personnes et des animaux, en particulier ceux qui vivent dans des environnements extrêmement chauds. Pour se préparer à ces problèmes, il y a également lieu d’inclure une coordination renforcée entre les systèmes de santé et en matière d’adaptation au changement climatique, en particulier dans les régions vulnérables et les zones transfrontalières. |
| 3.5.2. | Le changement climatique influe considérablement sur les maladies à transmission vectorielle en modifiant les schémas de température, en étendant les habitats et en intensifiant le cycle de l’eau. La hausse des températures prolonge les saisons de transmission et les aires de répartition géographique de vecteurs tels que l’Aedes aegypti, ce qui accroît la propagation de maladies telles que la dengue et le Zika. Les pluies créent des zones de reproduction pour les moustiques, tandis que les sécheresses peuvent également contribuer aux épidémies en intensifiant le stockage de l’eau dans des conteneurs qui deviennent des habitats pour les moustiques. Ces changements climatiques, combinés à des facteurs socio-économiques, soulignent le besoin urgent de mesures de santé publique adaptatives pour atténuer les risques de maladies à transmission vectorielle. |
| 3.5.3. | En exploitant des instruments tels que l’«IVCDCI — Europe dans le monde» et les initiatives «Équipe Europe» pour investir dans le renforcement des systèmes de santé et dans la recherche et le développement de vaccins axés à la fois sur la santé animale et humaine, l’UE serait en mesure de faire face aux menaces communes pour la santé à la source, en promouvant des solutions qui alignent les investissements dans le domaine de la santé sur des objectifs de développement plus larges. Grâce à la stratégie de l’UE en matière de santé mondiale et à la stratégie «Global Gateway», l’Union peut promouvoir des réponses transfrontières intégrées en matière de santé qui améliorent la santé humaine et animale tout en renforçant la sécurité sanitaire mondiale tant pour les pays partenaires que pour les États membres de l’UE. |
3.6. Sûreté et sécurité alimentaires
| 3.6.1. | Le changement climatique nourri par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre provoque un stress thermique sur les cultures, réduit les rendements et nuit à la croissance des plantes en raison de l’augmentation de l’ozone troposphérique. Les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations menacent encore davantage l’agriculture, les sécheresses étant à elles seules responsables de 65 % des pertes de récoltes dans le monde, ce qui représente 11,45 milliards d’euros de pertes de production agricole par an (21). Ces perturbations entraînent une hausse des prix des denrées alimentaires et une baisse de la qualité nutritionnelle, de même qu’elles contribuent à des problèmes de santé tels que l’obésité, tout en exacerbant les inégalités en matière de santé au niveau mondial (22). |
| 3.6.2. | La sûreté et la sécurité alimentaires sont de plus en plus menacées par la pollution de l’environnement, les conditions météorologiques extrêmes, les pesticides, les cultures contaminées et les emballages alimentaires, qui peuvent introduire des risques microbiologiques et des produits chimiques nocifs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Des substances chimiques telles que le bisphénol A (BPA), les phtalates, les PFAS et d’autres substances chimiques en contact avec les aliments risquent de migrer à partir des matériaux d’emballage et présentent de graves risques pour la santé, notamment des perturbations endocriniennes, une baisse de la fertilité et des effets cancérigènes potentiels. Malgré les efforts de réglementation, tels que l’interdiction du BPA proposée par l’UE, des milliers de substances chimiques en contact avec les aliments restent utilisées, ce qui suscite des inquiétudes quant à leur impact à long terme sur la santé humaine et la qualité des denrées alimentaires. L’éducation des consommateurs sera essentielle pour donner aux citoyens les moyens de faire des choix alimentaires plus sains et plus durables. Dans le même temps, il est fondamental de maintenir la cohérence réglementaire et d’éviter ainsi des conséquences indésirables telles que des interruptions des stocks et de la disponibilité du matériel d’emballage alimentaire, qui pourraient compromettre la sécurité alimentaire. |
| 3.6.3. | Il est essentiel de continuer de s’attaquer à ces risques et de les réduire pour préserver les systèmes alimentaires et la santé publique à l’échelle mondiale. Malgré les améliorations récentes et les efforts importants déployés par les agriculteurs et les pêcheurs pour mettre en œuvre des pratiques plus durables, un soutien accru est nécessaire pour utiliser pleinement ces pratiques, ainsi que les objectifs de la législation environnementale de l’UE. La mise en place de politiques intégrées de l’UE établissant un lien entre l’agriculture et la santé pourrait promouvoir des pratiques agricoles durables qui réduisent l’utilisation des antimicrobiens, l’exposition aux pesticides et les risques de zoonoses, ce qui profiterait directement à la santé humaine (23). En alignant la politique agricole sur les objectifs de santé publique, l’UE renforcerait le programme «Une seule santé», favorisant la résilience des systèmes alimentaires et l’amélioration de la santé des populations. |
3.7. Résultats en matière de santé mentale
| 3.7.1. | Selon les estimations, les effets du changement climatique, de la pollution atmosphérique et de l’accès insuffisant aux espaces verts sur la santé mentale devraient atteindre un coût supérieur à 41,41 milliards d’euros par an d’ici à 2030, pour atteindre plus de 473,17 milliards d’euros par an d’ici à 2050 (24). Pour les jeunes Européens, cela démontre la nécessité d’investir davantage dans un urbanisme qui donne la priorité à l’accès à la nature afin d’offrir une approche préventive favorisant le bien-être (par exemple en créant des environnements propices à l’interaction sociale, à l’exercice et à la détente) et réduisant les effets néfastes de la chaleur extrême. |
| 3.7.2. | Le changement climatique, en particulier sous la forme de chaleurs extrêmes et de catastrophes naturelles, exacerbe également les problèmes de santé mentale, augmentant les risques de mortalité et les admissions à l’hôpital pour les personnes souffrant de troubles mentaux préexistants. Les températures élevées sont liées à des taux de suicide plus élevés, en particulier de suicides violents, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention du suicide et des mesures d’adaptation (25). Dès lors que les épisodes de chaleur extrême devraient se multiplier, les systèmes de santé publique doivent intégrer des considérations de santé mentale dans les systèmes d’alerte météorologique afin d’atténuer ces risques. |
| 3.7.3. | La distension croissante du lien entre l’homme et la nature, associée à l’augmentation du temps passé sur les écrans, a également un impact préjudiciable sur la santé mentale. L’exposition prolongée aux appareils numériques entraîne souvent des sentiments d’isolement, d’anxiété et de dépression, car les individus ne profitent pas des bienfaits apaisants et réparateurs du temps passé à l’extérieur. Cet éloignement des expériences basées sur la nature réduit les possibilités d’activité physique et de bien-être émotionnel, exacerbant les problèmes de santé mentale dans le monde d’aujourd’hui, où sévit rythme effréné et où les écrans sont omniprésents. |
4. Vision pour une stratégie européenne «Une seule santé»
| 4.1. | Le CESE soutient les recommandations formulées lors de la conférence qui s’est tenue à Luxembourg en 2023 en vue de développer et d’appliquer l’approche «Une seule santé» (26) et se félicite de la création d’un groupe de travail interagences «Une seule santé» au niveau de l’Union européenne. Afin de démanteler tous les cloisonnements, le CESE suggère de poursuivre le renforcement de la direction de la DG SANTE consacrée à l’approche «Une seule santé» dans son champ d’application horizontal, et estime qu’il est fondamental que toutes les DG (27) traitant de cette question coopèrent étroitement et de manière coordonnée. |
| 4.2. | En outre, le CESE souligne la nécessité d’intégrer une approche «Une seule santé» dans toutes les politiques de l’UE, et en particulier s’agissant de ses politiques globales actuelles, dont le pacte pour une industrie propre, le prochain train de mesures sur l’industrie chimique et la «Vision pour l’agriculture et l’alimentation». |
| 4.3. | Le CESE recommande que l’UE élabore des politiques plus robustes en matière de santé publique qui intègrent pleinement les incidences et les risques de la triple crise planétaire. Cela comprend l’expansion de la recherche transdisciplinaire et le suivi des indicateurs de santé liés au climat, à l’environnement et à la pollution, l’amélioration des systèmes d’alerte précoce et de réponse aux urgences, ainsi que des investissements dans des infrastructures de santé résilientes. En outre, il est essentiel d’adopter une approche équitable en matière de politique climatique et environnementale, qui protège les plus vulnérables. L’Observatoire européen du climat et de la santé devrait être davantage mobilisé pour soutenir la prise de décision au niveau national et renforcer les liens entre la santé publique et l’adaptation et la résilience au changement climatique. Ses activités devraient être coordonnées avec les principaux acteurs de l’UE, tels que les agences techniques, afin d’orienter ses actions dans les secteurs ad hoc au niveau de la santé végétale, environnementale, animale et publique. Une telle approche nécessitera une coordination entre les différents secteurs et disciplines et aura des avantages communs majeurs dans des domaines tels que la sécurité et la sûreté alimentaires, l’eau et l’assainissement, une alimentation saine, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, la protection de l’environnement, la prévention des maladies infectieuses et non transmissibles, la santé au travail et la santé mentale (28). |
| 4.4. | Le CESE reconnaît que pour surmonter les limites des approches fragmentées et spécifiques à un secteur, il est urgent de mettre en place un paradigme transdisciplinaire qui favorise un cadre conceptuel commun et encourage des modèles de gouvernance innovants. Ce cadre doit inclure les dimensions sociales et mettre l’accent sur une collaboration et une coopération internationales inclusives, allant au-delà d’une approche anthropocentrique pour intégrer les dimensions environnementales et sociales de manière holistique (29). |
| 4.5. | Au niveau des Nations unies, grâce aux énergies combinées des organisations quadripartites (FAO, PNUE, OMS et OMSA), un plan d’action conjoint global (30) fondé sur le principe «Une seule santé» a été élaboré et publié en 2022 et un guide pour la mise en œuvre du plan d’action conjoint «Une seule santé» au niveau national (31) a été publié en 2023. Tous deux ont été soutenus et conseillés par le groupe d’experts de haut niveau «Une seule santé». De même, le CESE invite les institutions européennes à développer une coopération intersectorielle et interinstitutionnelle entre différents acteurs. Certes, l’Observatoire européen du climat et de la santé travaille en partenariat avec différentes organisations européennes et internationales pour donner accès à des informations et des outils scientifiques pertinents, mais la coordination politique entre toutes les parties prenantes n’en reste pas moins à améliorer. |
| 4.6. | Le CESE estime par ailleurs que le développement et la mise en œuvre efficace de l’approche «Une seule santé» nécessiteront une collaboration inclusive qui aille au-delà du monde universitaire et implique les acteurs locaux, les décideurs politiques, les acteurs économiques, la société civile organisée, l’industrie, les acteurs de la santé humaine et animale, ainsi que les autorités environnementales et les communautés concernées, dont les populations autochtones et les jeunes, à chaque étape du processus décisionnel, afin de garantir des solutions équitables et adaptées au contexte. Malgré les promesses de l’approche «Une seule santé», il est nécessaire d’être plus inclusifs et de voir plus grand pour s’attaquer aux défis mondiaux en matière de santé et d’environnement. |
| 4.7. | Les groupes vulnérables — en particulier les enfants et les jeunes, les femmes et les personnes âgées — sont touchés de manière disproportionnée par les effets de la triple crise à l’échelle de la planète. Pour garantir une réponse juste et efficace, il est essentiel d’investir dans l’éducation et la sensibilisation, non seulement pour les jeunes, mais aussi pour les consommateurs de tous âges, afin de favoriser des choix plus sains et plus durables. Dans le même temps, le rôle des femmes doit être activement soutenu et renforcé dans le cadre de l’approche «Une seule santé», en reconnaissant leur contribution essentielle à la santé, aux systèmes alimentaires, aux soins et à la résilience des communautés, et en veillant à l’égalité de genre. En outre, le CESE encourage les administrateurs des services de santé publique à éduquer les professionnels de la santé afin de les sensibiliser aux liens entre la détérioration de l’environnement, le changement climatique et les résultats en matière de santé, et ce dans le but de les aider à intégrer les considérations relatives aux écosystèmes dans les évaluations et interventions sanitaires qui sont les leurs au quotidien. |
| 4.8. | Le CESE suggère que des cadres complémentaires tels que Planetary Health (32) ou l’«intégration des questions de santé dans toutes les politiques» — qui mettent l’accent sur les déterminants environnementaux et sociaux — soient associés par les institutions européennes à l’accent placé par «Une seule santé» sur la santé animale et les maladies zoonotiques, afin de favoriser la coopération transdisciplinaire en vue d’une stratégie «Une seule santé» de l’UE à l’échelle de la planète. |
| 4.9. | Le CESE demande aux institutions de l’UE d’élaborer conjointement une telle stratégie et, dans un deuxième temps, le plan d’action nécessaire à sa mise en œuvre dans les États membres, dans une perspective multi-niveaux et multi-acteurs, au sein d’un cadre de gouvernance inclusif et transparent permettant le dialogue civil qui sied. Le CESE souligne à cet égard qu’il sera essentiel, en coopération avec les partenaires sociaux, d’identifier les besoins et les préoccupations des différents secteurs (y compris l’industrie, l’agriculture, la pêche, la sylviculture, etc.) et les moyens de les soutenir. |
| 4.10. | Le CESE attire également l’attention des institutions européennes sur le fait que la mise en œuvre d’une stratégie européenne «Une seule santé», par le biais d’un plan d’action spécifique, doit obligatoirement tenir compte de considérations financières et commerciales pertinentes à l’échelle mondiale afin de créer des conditions de concurrence équitables pour la population et l’économie de l’UE. |
| 4.11. | L’interaction de plus en plus permanente des phénomènes météorologiques extrêmes, de la perte de biodiversité, des perturbations du cycle de l’eau douce, de l’élévation du niveau de la mer et des tensions géopolitiques est appelée à générer de nouvelles formes d’instabilité au sein des États membres, entre ceux-ci et à l’échelle de la planète. Cela exige des institutions de l’UE qu’elles intègrent de manière proactive l’interconnexion des défis liés à l’environnement, à la santé publique et à la sécurité sociétale dans les processus décisionnels, en favorisant une action coordonnée et multisectorielle qui couvre la cohésion interne, les relations extérieures et la sécurité (33). |
| 4.12. | Le CESE estime que le renforcement du soutien politique en faveur de la protection et de la restauration de la nature — en tant que pilier préventif de l’approche «Une seule santé» — doit s’accompagner d’un financement adéquat dans le prochain CFP de l’UE afin de faire face à la triple crise et de donner une application réelle et concrète à ladite approche. |
Bruxelles, le 18 septembre 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) L’exposome est un concept utilisé pour décrire les expositions environnementales d’un individu au cours de sa vie et son lien avec la santé et la maladie (ScienceDirect).
(2) The One Health Definition and Principles (Définition et principes de l’approche «Une seule santé»), OHHLEP (groupe d’experts de haut niveau «Une seule santé»)].
(3) One Health Approach Can Prevent the Next Pandemic (L’approche «Une seule santé» peut prévenir la prochaine pandémie), Banque mondiale.
(4) One Health (Approche «Une seule santé»), OMS.
(5) The Care Economy (L’économie des soins), Tim Jackson.
(6) JO C, C/2024/6880, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6880/oj et JO C 228 du 29.6.2023, p. 10.
(7) Study for a methodological framework and assessment of potential financial risks associated with biodiversity loss and ecosystem degradation (Étude pour un cadre méthodologique et une évaluation des risques financiers potentiels liés à la perte de biodiversité et à la dégradation des écosystèmes), Commission européenne.
(8) Emploi et questions sociales dans le monde 2018, Organisation internationale du travail.
(9) Programme d’action pour l’environnement à l’horizon 2030.
(10) Conférence «Une seule santé», Commission européenne.
(11) One Health governance in the European Union (Gouvernance de l’approche «Une seule santé» dans l’Union européenne), Mécanisme de consultation scientifique (SAM).
(12) An Overview of Anthropogenic Actions as Drivers for Emerging and Re-Emerging Zoonotic Diseases (Aperçu des actions anthropiques en tant que moteurs des maladies zoonotiques émergentes et réémergentes), Tazerji et al., 2022.
(13) Résistance aux antimicrobiens, OMS.
(14) Harm to human health from air pollution in Europe (Préjudice pour la santé humaine de la pollution atmosphérique en Europe), AEE.
(15) Zero pollution monitoring and outlook 2025 (Surveillance et prospective «zéro pollution» 2025), AEE.
(17) Soil pollution and ecosystems (Pollution des sols et écosystèmes), AEE.
(18) Plan d’action de l’UE: «Vers une pollution zéro dans l’air, l’eau et les sols».
(19) Hot weather and heat extremes: health risks (Temps chaud et températures extrêmes: risques pour la santé), Ebi et al., 2021.
(20) Associations between high temperatures in pregnancy and risk of preterm birth, low birth weight, and stillbirths: systematic review and meta-analysis (Liens entre les températures élevées pendant la grossesse et le risque de naissance prématurée, de faible poids à la naissance et de mortinaissance: analyse systémique et méta-analyse), Chersich et al., 2020.
(21) Post Disaster Needs Assessment surveys (PDNAs) (Enquêtes d’évaluation des besoins post-catastrophe), 2023, FAO.
(22) JO C 349 du 29.9.2023, p. 108 et JO C 190 du 5.6.2019, p. 9.
(23) JO C, C/2025/4207, 20.8.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4207/oj.
(24) Global Research and Action Agenda for Climate Change and Mental Health (Programme mondial de recherche et d’action pour le changement climatique et la santé mentale), Connecting Climate Minds.
(25) Associations between high ambient temperatures and heat waves with mental health outcomes: a systematic review (Associations entre températures ambiantes élevées et vagues de chaleur ayant des effets sur la santé mentale: un examen systématique), Thompson et al., 2018.
(26) JO C, C/2023/883, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/883/oj.
(27) DG SANTE, DG AGRI, DG ENV, DG CLIMA, DG TRADE (en particulier en ce qui concerne les négociations sur les accords de libre-échange, afin que ceux-ci incluent des clauses de sauvegarde et de protection de l’environnement et la réciprocité des normes de production), DG RECHERCHE.
(28) JO C, C/2023/883, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/883/oj.
(29) One health: a structured review and commentary on trends and themes (Une seule santé: examen structuré et commentaires sur les tendances et les thèmes), Brown et al., 2024.
(30) One Health Joint Plan of Action, (Plan d’action conjoint «Une seule santé»), 2022-2026, FAO, PNUE, OMS et OMSA.
(31) A guide to implementing the One Health Joint Plan of Action at national level, (Guide de mise en œuvre du plan d’action conjoint «Une seule santé» à l’échelon national), FAO, PNUE, OMS et OMSA.
(32) One Health and planetary health research: leveraging differences to grow together («Une seule santé» et la recherche en santé à l’échelle planétaire: Tirer parti des différences pour croître ensemble), De Castañeda et al., 2023.
(33) JO C, C/2024/2106, 26.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2106/oj.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/16/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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