Initiative législative52025IE0972

Avis du Comité économique et social européen — Réduire les obstacles à l’entrepreneuriat inclusif, promouvoir l’innovation et assurer l’égalité des chances pour tous (avis d’initiative)

CELEX52025IE0972
TypeInitiative législative
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Cet avis d'initiative du CESE identifie les obstacles structurels et réglementaires qui entravent l'entrepreneuriat inclusif dans l'UE, notamment pour les femmes, les jeunes, les seniors et les personnes handicapées. Il formule des recommandations pour adapter les cadres juridiques nationaux et européens afin de favoriser l'innovation et l'égalité des chances, en insistant sur la simplification administrative et l'accès au financement. Pour un professionnel du droit français, ce texte sert de référence prospective pour anticiper d'éventuelles évolutions législatives en matière de droit des sociétés et de non-discrimination.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/13

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Réduire les obstacles à l’entrepreneuriat inclusif, promouvoir l’innovation et assurer l’égalité des chances pour tous

(avis d’initiative)

(C/2026/13)

Rapporteure:

Juliane Marie NEIIENDAM

Conseillères

Marine CORNELIS (pour la rapporteure, groupe III)

Tellervo KYLÄ-HARAKKA-RUONALA (pour le groupe I)

Décision de l’assemblée plénière

27.2.2025

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

3.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

106/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) appelle de ses vœux une action urgente et coordonnée de la Commission européenne et des États membres afin de libérer le potentiel inexploité de l’entrepreneuriat inclusif et de bâtir une économie plus juste et plus résiliente. L’entrepreneuriat doit constituer, pour tout un chacun, une véritable possibilité de tirer pleinement parti du potentiel de main-d’œuvre de l’Union européenne (UE). Des politiques inclusives, un soutien ciblé et une conception accessible sont susceptibles de permettre aux groupes marginalisés et sous-représentés — notamment les personnes handicapées, celles atteintes de troubles de la santé mentale, les femmes en situation précaire, les personnes LGBTQIA+, les migrants et les communautés confrontées à des discriminations ethniques telles que les Roms et les Sámi — de mettre à profit leurs talents et de stimuler l’innovation. L’entrepreneuriat inclusif est à la fois une possibilité économique et une question de justice sociale et de droits de l’homme.

1.2.

Le CESE recommande que la Commission européenne et les États membres intègrent l’inclusion dans toutes les politiques entrepreneuriales. L’entrepreneuriat inclusif requiert une approche large et globale qui soutienne l’ensemble des entrepreneurs dans tous les secteurs, allant des domaines traditionnels à ceux des hautes technologies, en passant par la sphère à but lucratif et l’économie sociale. Particulièrement essentielles pour les groupes sous-représentés, les entreprises de l’économie sociale promeuvent des modèles d’entreprises inclusifs et des objectifs sociaux. Le plan d’action de l’Union pour l’économie sociale peut contribuer à surmonter les obstacles systémiques en stimulant l’entrepreneuriat en tant que moteur de l’innovation et de la cohésion.

1.3.

Le CESE invite instamment la Commission et les États membres à allouer des financements adaptés aux pépinières d’entreprises et à concevoir des fonds permettant d’offrir des garanties de partage des risques aux créateurs qui sont sous-représentés ainsi que des microsubventions aux entrepreneurs débutants confrontés à de multiples obstacles. Il convient, à cet effet, d’appliquer des critères d’investissement qui tiennent compte de la dimension de genre, du handicap, de la neurodiversité et de l’âge, et de prévoir des options pour les entrepreneurs LGBTQIA+. Le Comité recommande également d’envisager des modèles plus équitables d’évaluation du risque de crédit et de garantir la diversité au sein des comités d’investissement pour les fonds de capital-risque financés par les pouvoirs publics.

1.4.

Le CESE plaide en faveur de la mise en œuvre et du suivi systématiques de l’acte législatif européen sur l’accessibilité dans l’ensemble des services liés à l’entrepreneuriat qui relèvent de son champ d’application, en particulier ceux qui bénéficient d’un financement public. L’accessibilité des infrastructures d’entreprise, telle qu’elle est prévue par l’acte législatif européen susmentionné, reste incohérente d’un État membre à l’autre. Elle concerne à la fois des espaces physiques et des interfaces numériques comme les portails de candidature, les plateformes de formation et les systèmes d’information.

1.5.

Le CESE recommande que les États membres intègrent l’entrepreneuriat dans les programmes nationaux d’études et que la Commission soutienne des formations accessibles et ciblées pour les groupes sous-représentés, ce qui est indispensable pour faire de l’entrepreneuriat inclusif une réalité. Étant donné que l’entrepreneuriat dépend de capacités humaines ainsi que d’un soutien matériel, il est essentiel d’investir dans les compétences, afin d’autonomiser tout un chacun, y compris les personnes vulnérables, et de libérer leur potentiel.

1.6.

Le CESE plaide en faveur d’un suivi efficace de la directive sur l’égalité de traitement en matière d’emploi, en accordant une attention particulière à la communauté LGBTQIA +, et préconise de mettre en place des marchés publics inclusifs pour soutenir les entrepreneurs vulnérables. Le soutien à l’entrepreneuriat devrait tenir compte des défis uniques auxquels sont confrontées les femmes et les personnes LGBTQIA+ et cet impératif devrait se traduire par l’intégration d’une dimension de genre dans les budgets, l’utilisation de données ventilées, la fourniture de subventions et de mentorats ciblés, ainsi que l’organisation de gardes d’enfants et de services de soins de longue durée par les États membres. Ce soutien devrait également répondre aux besoins des entrepreneurs tant jeunes que plus âgés, notamment grâce au co-entrepreneuriat intergénérationnel et à la transmission d’entreprises.

1.7.

Le CESE demande de garantir l’égalité des conditions d’entrepreneuriat et des protections sociales dans tous les secteurs. La Commission devrait examiner le cadre juridique qui régit le travail du sexe précaire et se pencher sur la nécessité éventuelle de prendre des mesures spécifiquement axées sur le travail du sexe. Chacun devrait se voir garantir l’accès à l’émancipation économique grâce à des points d’entrée sûrs, légaux et bénéficiant d’un soutien.

1.8.

Le CESE maintient son appel en faveur d’instruments efficaces destinés à lutter contre les discriminations, y compris en dehors du monde du travail, et invite instamment les colégislateurs à adopter la proposition de directive horizontale sur l’égalité de traitement. Il préconise également d’adopter une approche intersectionnelle dans la future stratégie en faveur de l’égalité de genre 2026-2030.

1.9.

Le CESE invite la Commission et les États membres à s’attacher à rendre les réglementations pour les entrepreneurs simples, claires et compréhensibles, ainsi qu’à réduire la charge administrative. Si la simplification du cadre réglementaire et la réduction des charges administratives sont essentielles pour toutes les entreprises, elles sont d’autant plus importantes pour les entrepreneurs vulnérables, qui sont confrontés à de nombreux autres défis.

1.10.

Le CESE invite les États membres à mettre en place des points focaux nationaux pour soutenir l’activité indépendante et à renforcer la reconnaissance transfrontière des droits des personnes handicapées et des droits des travailleurs indépendants au titre de la carte européenne du handicap. Une coordination et une supervision renforcées sont indispensables pour soutenir l’entrepreneuriat inclusif dans l’ensemble de l’Union.

1.11.

Le CESE demande instamment à la Commission européenne et aux États membres d’intégrer les principes de conception universelle, d’accessibilité, d’intersectionnalité et de capacité d’agir dans toutes les politiques entrepreneuriales. L’entrepreneuriat inclusif n’est pas un cas particulier: il s’agit du critère de référence pour faire en sorte que notre économie soit équitable, résiliente et parée pour l’avenir. Toutes les initiatives, qu’elles soient liées au financement, à la formation, à la réglementation ou à l’évaluation, doivent être évaluées sous l’angle de l’inclusivité.

2. Introduction

2.1.

Le présent avis formule des recommandations sur les moyens de réduire les obstacles à l’activité professionnelle indépendante pour les groupes vulnérables et de favoriser des écosystèmes entrepreneuriaux plus inclusifs, conformément aux valeurs de l’Union que sont l’égalité, l’innovation et la justice sociale. Les cadres pertinents de l’UE sont mentionnés afin de fournir une vue d’ensemble plus complète des politiques actuelles, de recenser les lacunes et de proposer des solutions.

2.2.

Le CESE reconnaît l’important potentiel inexploité que recèle l’entrepreneuriat inclusif en tant que moteur de la croissance économique, de l’innovation et de l’intégration sociale. L’entrepreneuriat est susceptible de stimuler l’activité économique, de créer des emplois de qualité et d’autonomiser les groupes marginalisés et sous-représentés, en réduisant les inégalités et en renforçant la participation démocratique.

2.3.

Si l’entrepreneuriat constitue souvent une option judicieuse et souhaitée, il pourrait également s’agir de la seule possibilité viable de percevoir des revenus pour les personnes exclues des marchés du travail traditionnels en raison de problèmes de santé qui les empêchent de travailler à temps plein ou de façon constante, ou du fait d’obstacles structurels et de discriminations. Les groupes vulnérables sont souvent confrontés à des obstacles plus importants et ont besoin d’un soutien adapté. Tout entrepreneur a besoin de financements et d’autres ressources, d’un accès aux marchés, de compétences et d’aptitudes pertinentes, ainsi que de possibilités de mise en réseau et de coopération avec d’autres entrepreneurs et parties prenantes.

2.4.

Les personnes handicapées ou celles atteintes de troubles de la santé mentale, les femmes confrontées à des inégalités structurelles, les personnes LGBTQIA+, les migrants et les communautés subissant des discriminations ethniques, telles que les Roms, les Sámi et d’autres groupes racialisés, continuent de rencontrer des écueils tenaces liés à des obstacles structurels provoquant des inégalités, des stéréotypes culturels et des angles morts politiques (1). Ces groupes, dont les entrepreneurs manquent à l’appel, sont systématiquement sous-représentés dans le travail indépendant dans l’ensemble de l’UE, cette situation variant selon les États membres (2). Il importe également, en ce qui concerne l’entrepreneuriat inclusif, d’accorder une attention particulière tant aux jeunes qu’aux personnes âgées.

3. Obstacles rencontrés par les entrepreneurs vulnérables

3.1. Personnes handicapées et atteintes de troubles mentaux

3.1.1.

Selon Eurostat (3), 101 millions de personnes dans l’UE, soit un adulte sur quatre, présentent une forme de handicap. Les problèmes de santé mentale touchent environ 84 millions de personnes (4), ce qui correspond à une personne sur six (5). Les deux groupes sont confrontés, sur le plan structurel et institutionnel, à des obstacles persistants au travail indépendant et à l’entrepreneuriat inclusif dans l’ensemble de l’UE (6), notamment la stigmatisation sociale, la discrimination, l’exclusion et l’absence de soutien ciblé.

3.1.2.

Les taux d’emploi (7) restent nettement plus faibles pour les personnes handicapées (seulement 50 %) que pour les personnes valides (74,8 %). En outre, les personnes présentant un handicap et celles souffrant de problèmes de santé mentale sont sous-représentées dans le travail indépendant, en partie en raison de freins systémiques et d’un soutien adapté limité. L’un des obstacles majeurs est le «piège de l’assistanat», dans le cadre duquel le risque de perdre les prestations de protection sociale liées au handicap peut l’emporter sur les avantages potentiels du travail indépendant.

3.1.3.

L’accessibilité des infrastructures d’entreprise, tant physiques que numériques, reste incohérente d’un État membre à l’autre. Les mécanismes de soutien, tels que les programmes de développement des entreprises, les accélérateurs et la formation à l’entrepreneuriat, sont peu souvent adaptés aux besoins spécifiques des personnes atteintes de déficiences sensorielles, de troubles cognitifs ou de difficultés motrices (8). La politique en matière d’entrepreneuriat et les écosystèmes de soutien tiennent rarement compte des besoins spécifiques des personnes présentant des handicaps psychosociaux ou des troubles chroniques de la santé mentale. Les coupes dans les services publics peuvent également entraîner un manque de services et de personnel disponibles pour aider les personnes qui présentent des besoins particuliers.

3.1.4.

Les entrepreneurs présentant des troubles mentaux sont également confrontés à une stigmatisation et à des préjugés dans les réseaux professionnels et au sein des établissements financiers. Les régimes de financement ont souvent des critères d’éligibilité excluant les personnes qui connaissent des problèmes de santé épisodiques ou fluctuants. Il est rare que la formation, le mentorat et les outils financiers soient suffisamment souples pour tenir compte de périodes de diminution de la fonctionnalité ou d’interruptions de travail pour raisons de santé (9). Une mauvaise coordination entre les services de santé et ceux de l’emploi peut empêcher les personnes concernées de bénéficier d’un soutien adéquat pendant les périodes de maladie ou de rétablissement. De plus, la complexité des procédures et les retards de paiement des soins de santé ou des prestations connexes compliquent encore la capacité à gérer à la fois des responsabilités liées à l’entreprise et des obligations personnelles, s’agissant notamment de s’occuper d’une famille.

3.1.5.

L’écosystème entrepreneurial suppose souvent une productivité et une disponibilité constantes et ne prend ainsi pas en considération les schémas de travail non linéaires ou les modèles d’entreprise flexibles qui pourraient convenir aux personnes handicapées ou atteintes de troubles mentaux. Les nouvelles entreprises de l’économie sociale, qui privilégient les objectifs sociaux plutôt que les bénéfices, peuvent jouer un rôle clé dans la création de voies accessibles vers des possibilités d’emploi et d’entrepreneuriat de qualité tant pour les personnes handicapées que pour celles présentant des troubles mentaux. Un soutien financier au moyen de subventions ciblées peut également permettre de fournir des aménagements raisonnables qui garantiraient, à ce groupe cible, des possibilités d’emploi et d’entrepreneuriat inclusifs.

3.1.6.

Cadres pertinents de l’UE:

a)

le principe no 17 du socle européen des droits sociaux, qui affirme explicitement que «les personnes handicapées ont droit à une aide au revenu leur permettant de vivre dans la dignité, à des services leur permettant de participer au marché du travail et à la société, ainsi qu’à un environnement de travail adapté à leurs besoins»;

b)

l’article 27 de la CNUDPH, qui préconise, entre autres, de «promouvoir les possibilités d’exercice d’une activité indépendante, l’esprit d’entreprise, et l’organisation de coopératives et la création d’entreprise» pour les personnes handicapées;

c)

la stratégie en faveur des droits des personnes handicapées 2021-2030, qui promeut la pleine inclusion sociale et économique et la lutte contre la discrimination à l’égard des personnes handicapées dans l’ensemble de l’Union;

d)

le plan d’action de l’Union pour l’économie sociale (2021), qui soutient le financement et le renforcement des capacités en faveur de l’entrepreneuriat social;

e)

la stratégie de l’Union en matière de santé mentale (2023), qui reconnaît la santé mentale comme une question intersectorielle.

3.2. Femmes

3.2.1.

Les femmes entrepreneures, en particulier celles qui assument des responsabilités familiales (10) et/ou présentent des vulnérabilités croisées telles qu’un handicap ou une origine migratoire, font face à des défis structurels et socio-économiques à plusieurs niveaux, comme un accès limité au capital, un manque de services adéquats et abordables de garde d’enfants, de soins aux personnes âgées ou de soins de longue durée, et une exclusion des réseaux d’innovation dominés par les hommes. Seuls 30 % des entrepreneurs de l’Union sont des femmes, et cette proportion est encore plus faible parmi les femmes handicapées ou atteintes de troubles de la santé mentale (11).

3.2.2.

L’accès au financement demeure un obstacle de taille. En 2020, seuls 2,3 % des financements en capital-risque en Europe ont été alloués à des équipes exclusivement féminines (12).

3.2.3.

En outre, les femmes sont souvent exclues des écosystèmes d’innovation, lesquels manquent de structures inclusives et de possibilités de mentorat. Les stéréotypes culturels, en particulier dans les communautés traditionnelles ou rurales, renforcent les rôles genrés et découragent la participation des femmes au monde de l’entreprise.

3.2.4.

Cadres pertinents de l’UE:

a)

la stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025, qui promeut l’égalité en matière d’indépendance économique;

b)

la stratégie axée sur les PME pour une Europe durable et numérique (2020), qui reconnaît l’entrepreneuriat féminin comme une priorité;

c)

la directive 79/7/CEE (13), qui soutient la mise en œuvre progressive du principe d’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, notamment contre les risques de maladie, d’invalidité, de vieillesse, d’accident du travail, de maladie professionnelle et de chômage, ainsi que dans les dispositions concernant l’aide sociale;

d)

la directive 2006/54/CE (14), qui interdit la discrimination fondée sur le sexe;

e)

la directive 2010/41/UE (15), qui met en application le principe d’égalité de traitement entre les hommes et les femmes exerçant une activité indépendante et encourage les actions positives, ayant par exemple pour but de promouvoir les initiatives d’entrepreneuriat des femmes.

3.3. Personnes exerçant un travail précaire et criminalisé

3.3.1.

Certains indépendants, telles que les travailleurs du sexe, dont beaucoup travaillent dans des contextes juridiquement ambigus voire criminalisés, restent systématiquement exclus des programmes d’entrepreneuriat, des systèmes financiers et de la protection sociale en raison d’une stigmatisation structurelle et de dispositions juridiques les empêchant d’accéder à l’émancipation économique par des points d’entrée sûrs, légaux et bénéficiant d’un soutien.

3.3.2.

Cadre pertinent de l’UE:

a)

la directive 2011/36/UE (16) et le socle européen des droits sociaux font référence à des protections pertinentes en matière de violence, de droit du travail et de non-discrimination.

3.4. Questions liées au genre et à l’identité

3.4.1.

De nombreux entrepreneurs LGBTQIA+, en particulier les personnes transgenres, non binaires et de genre variant, se voient exclus du soutien à l’entrepreneuriat (17) du fait de l’absence de reconnaissance juridique de leur genre, des traitements discriminatoires que leur font subir les établissements financiers et de leur invisibilité dans les données.

3.4.2.

Cadre pertinent de l’UE:

a)

la communication «Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025», qui célèbre la diversité comme une force de l’Union européenne, où tout le monde peut «être en sécurité et libre d’être soi-même», sans crainte de discrimination, de violence ou d’exclusion.

3.5. Questions liées à l’origine raciale ou ethnique: les Roms et les Sámi

3.5.1.

Les entrepreneurs issus de minorités raciales ou ethniques et les entreprises dirigées par ceux-ci continuent d’être confrontés à des obstacles systémiques au développement des entreprises, notamment des inégalités en ce qui concerne l’accès au capital, à la formation et aux débouchés commerciaux. Ces défis trouvent leur origine dans les préjugés à l’encontre des Roms, des Sámi et d’autres groupes racialisés, le sous-investissement et le manque de reconnaissance de la capacité d’action économique de ces communautés, en particulier les femmes et les jeunes.

3.5.2.

Cadres pertinents de l’UE:

a)

le cadre stratégique de l’UE pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms (2020-2030), qui encourage les États membres à améliorer les possibilités d’emploi et d’entrepreneuriat pour les Roms;

b)

la recommandation du Conseil sur l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms (2021), qui invite les États membres à promouvoir l’emploi indépendant et l’entrepreneuriat chez les Roms en améliorant l’accès au financement, le renforcement des capacités et la mise en réseau;

c)

le programme du Fonds européen de développement régional en faveur du Norrland septentrional (2021-2027), qui finance des projets (18) favorisant des modèles entrepreneuriaux combinant innovation et patrimoine culturel ancrés dans la culture Sámi.

4. Questions structurelles et politiques en matière d’entrepreneuriat inclusif

4.1.

Les marchés du travail européens évoluent en raison de la numérisation, des changements démographiques et du travail via des plateformes, et cette évolution met en évidence des lacunes en matière de protection sociale pour les travailleurs indépendants (19). Si le travail indépendant est susceptible d’autonomiser des groupes sous-représentés, nombre d’entre eux sont confrontés à des protections juridiques et financières limitées et à des règles nationales complexes. Sans filets de sécurité adéquats, le (faux) travail indépendant peut entraîner les personnes vulnérables dans des situations précaires, décourageant ainsi l’esprit d’entreprise. Les administrations des États membres et les stratégies déployées par l’Union dans ce domaine devraient non seulement promouvoir l’inclusion active au sein du marché du travail, mais également garantir un soutien de qualité à la création d’entreprises, à l’entrepreneuriat et à la copropriété d’entreprises sociales, en particulier pour les chômeurs.

4.2.

Accès à la protection sociale pour les travailleurs indépendants: le principe no 12 du socle européen des droits sociaux dispose que «les travailleurs salariés et, dans des conditions comparables, les travailleurs non salariés ont droit à une protection sociale adéquate, quels que soient le type et la durée de la relation de travail». Cependant, l’accès aux soins de santé, aux prestations d’invalidité, au congé parental et de maternité, ainsi qu’aux allocations de chômage et aux pensions varie d’un État membre à l’autre. Eurofound (20) indique qu’environ 50 % des travailleurs indépendants dans l’UE ne sont pas couverts contre ces risques sociaux majeurs ou ne disposent que d’une couverture limitée (21). Si l’Union peut orienter les politiques, les systèmes de sécurité sociale restent une compétence nationale.

4.3.

Les activités indépendantes effectuées dans un environnement numérique ou via une plateforme, comme les emplois en freelance et ceux fondés sur des applications, peuvent brouiller les frontières entre emploi et entrepreneuriat. De nombreux travailleurs des plateformes peuvent être classés à tort comme travailleurs indépendants. Cette situation limite leurs droits, leur pouvoir de négociation et leur accès à la représentation collective. La Commission a publié, en 2022, des lignes directrices relatives à l’application du droit de la concurrence de l’Union aux conventions collectives concernant les conditions de travail des travailleurs indépendants sans salariés. Le CESE plaide en faveur d’une application et d’un suivi cohérents de ces lignes directrices.

4.4.

Le CESE note que la directive relative au travail via une plateforme est entrée en vigueur et que les États membres doivent mettre en œuvre les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires au plus tard le 2 décembre 2026. Toutefois, cette directive ne tient pas pleinement compte de l’entrepreneuriat inclusif.

4.5.

Le soutien à l’entrepreneuriat prend rarement en considération les obstacles intersectionnels. Par exemple, une migrante transgenre handicapée est confrontée à des obstacles administratifs, sociaux et juridiques encore plus nombreux, tels qu’un manque de reconnaissance juridique de son identité de genre, des difficultés à accéder aux droits des personnes handicapées par-delà les frontières, ainsi que le racisme, la transphobie ou la xénophobie dans l’environnement professionnel. Les politiques en faveur de l’entrepreneuriat inclusif devraient tenir compte de ces exclusions qui se chevauchent. De nombreuses stratégies nationales et européennes, y compris la stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025, la stratégie en faveur des droits des personnes handicapées 2021-2030 et le plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025, font référence à l’emploi, mais pas au travail indépendant.

4.6.

La proposition de directive horizontale sur l’égalité de traitement vise à étendre la protection contre les discriminations au-delà de l’emploi, en couvrant des domaines tels que le logement, l’éducation et l’accès aux services. Le CESE soutient la proposition et continue d’attirer l’attention sur la lutte contre les discriminations (22), qui sont accentuées par l’intersectionnalité, et sur les obstacles sociaux et juridiques qui y sont associés.

4.7.

Les services de soutien à l’entrepreneuriat, tels que les pépinières, le mentorat et le financement, suivent souvent un modèle unique, qui favorise les personnes diplômées de l’enseignement supérieur et disposant de ressources financières et de réseaux solides. Cette approche normalisée tend à exclure les personnes atteintes de déficiences cognitives ou sensorielles qui ont besoin de formats de communication adaptés, ainsi que les entrepreneurs présentant des troubles mentaux qui gagneraient à disposer de délais flexibles, d’un mentorat de soutien ou de pratiques tenant compte des traumatismes, et les personnes disposant de compétences numériques limitées ou d’un accès restreint au numérique.

4.8.

Peu de programmes appliquent les principes de conception universelle, selon laquelle les services et les environnements devraient être utilisables par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessiter d’adaptation. Cette situation entraîne une exclusion structurelle dans des domaines allant des processus de candidature aux sessions de formation à la gestion d’entreprise en passant par les plateformes en ligne.

4.9.

L’entrepreneuriat repose sur la capacité des personnes à innover, mais l’inégalité d’accès à l’éducation, au perfectionnement, à la reconversion et à la formation demeure un obstacle structurel pour les groupes vulnérables.

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Avis du Comité économique et social européen — Promouvoir l’intégration sociale des personnes handicapées et des personnes ayant une capacité de travail altérée (avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise) (JO C, C/2024/6875, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6875/oj).

(2) OCDE/Commission européenne, «The Missing Entrepreneurs 2023: Policies for Inclusive Entrepreneurship and Self-Employment» (Pallier la pénurie d’entrepreneurs 2023 — Politiques de l’entrepreneuriat inclusif et du travail indépendant), Édition OCDE, Paris, 2023, https://doi.org/10.1787/230efc78-en (disponible en anglais uniquement).

(3) Conseil de l’Union européenne, «Le handicap dans l’UE: faits et chiffres», 2025, https://www.consilium.europa.eu/fr/infographics/disability-eu-facts-figures/.

(4) OCDE/Union européenne, «Health at a Glance: Europe 2022» (Panorama de la santé: Europe 2022), Édition OCDE, Paris, 2022, https://doi.org/10.1787/507433b0-en (disponible en anglais uniquement).

(5) Costa, M., Silveira, A., «The transversality of mental health in a “European Health Union” » (La transversalité de la santé mentale dans une «union européenne de la santé»), 15 février 2021, https://officialblogofunio.com/2021/02/15/the-transversality-of-mental-health-in-a-european-health-union/ (disponible en anglais uniquement).

(6) Nations unies, «Règles pour l’égalisation des chances des personnes handicapées», décembre 1993, https://www.un.org/esa/socdev/enable/dissrfr1.htm.

(7) Eurostat, «Emploi par niveau de handicap (restriction d’activité) et profession», https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfsa_egaidl/default/table?category=dsb.dsb_lab&utm.

(8) Abdulzaher, R, Bazan, C., Tiasakul, S., «Accessibility of Entrepreneurship Training Programs for Individuals with Disabilities» (Accessibilité des programmes de formation à l’entrepreneuriat pour les personnes handicapées), 1er août 2024, https://www.thefreelibrary.com/Accessibility%2Bof%2BEntrepreneurship%2BTraining%2BPrograms%2Bfor%2BIndividuals...-a0807404219 (disponible en anglais uniquement).

(9) Martinelli, A., «The key pillars of psychosocial disability: a European perspective on challenges and solutions» (Les principaux piliers du handicap psychosocial: point de vue européen des défis et des solutions), Frontiers in Psychiatry, volume 16, 7 avril 2025, https://doi.org/10.3389/fpsyt.2025.1574301 (disponible en anglais uniquement).

(10) Avis du Comité économique et social européen — Assurer pour tous un équilibre entre vie professionnelle et vie privée fondé sur les besoins: comment des conditions de travail flexibles adéquates peuvent soutenir la solidarité intergénérationnelle et l’autonomisation des femmes (avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise) (JO C, C/2025/116, 10.1.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/116/oj).

(11) OCDE/Commission européenne, «The Missing Entrepreneurs 2021: Policies for Inclusive Entrepreneurship and Self-Employment» (Pallier la pénurie d’entrepreneurs 2021 — Politiques de l’entrepreneuriat inclusif et du travail indépendant), Édition OCDE, Paris, 2021, https://doi.org/10.1787/71b7a9bb-en (disponible en anglais uniquement).

(12) PitchBook, «PitchBook Launches Interactive Dashboard to Track European Venture Capital Investment in Female-Founded Companies» (PitchBook lance un tableau de bord interactif pour suivre les investissements européens en capital-risque dans des entreprises fondées par des femmes), 26 octobre 2020, https://pitchbook.com/media/press-releases/pitchbook-launches-interactive-dashboard-to-track-european-venture-capital-investment-in-female-founded-companies (disponible en anglais uniquement).

(13) JO L 6 du 10.1.1979, p. 24.

(14) JO L 204 du 26.7.2006, p. 23.

(15) JO L 180 du 15.7.2010, p. 1.

(16) JO L 101 du 15.4.2011, p. 1.

(17) Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, «LGBTIQ equality at a crossroads: progress and challenges» (L’égalité des personnes LGBTIQ à la croisée des chemins: progrès et défis), Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg, 2024, https://fra.europa.eu/sites/default/files/fra_uploads/fra-2024-lgbtiq-equality_en.pdf (disponible en anglais uniquement).

(18) Commission européenne, «Strengthening ties between the Sámi people and the EU» (Renforcer les liens entre les Sámi et l’UE), 29 septembre 2021, https://ec.europa.eu/regional_policy/projects/projects-database/strengthening-ties-between-the-sami-people-and-the-eu_en (disponible en anglais uniquement).

(19) Avis du Comité économique et social européen — L’accès à la protection sociale pour les travailleurs indépendants — état des lieux, lacunes et possibilités d’amélioration de leur condition (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise) (JO C, C/2025/2964, 16.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2964/oj).

(20) Adăscăliței, D., Eiffe, F., Weber, T., «Self-employment in the EU: Job quality and developments in social protection» (Le travail indépendant dans l’UE: qualité de l’emploi et évolution de la protection sociale), Eurofound, 30 janvier 2024, https://www.eurofound.europa.eu/fr/publications/2024/le-travail-independant-dans-lue-qualite-de-lemploi-et-evolution-de-la-protection (disponible en anglais uniquement).

(21) Conseil de l’Union européenne, «Protection sociale des travailleurs non salariés: le Conseil demande que des mesures soient prises pour combler les disparités qui subsistent», 9 octobre 2023, https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2023/10/09/social-protection-for-the-self-employed-council-calls-for-action-to-address-remaining-gaps/.

(22) Avis du Comité économique et social européen — Nouveau plan d’action pour mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux (avis d’initiative) (JO C, C/2025/4203, 20.8.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4203/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/13/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)