Avis du Comité économique et social européen — Considérations supplémentaires sur la voie à suivre pour le Semestre européen 2025 (avis d’initiative)
| CELEX | 52025IE1561 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 18 septembre 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/10 | 16.1.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Considérations supplémentaires sur la voie à suivre pour le Semestre européen 2025
(avis d’initiative)
(C/2026/10)
Rapporteur:
Javier DOZ ORRIT| Conseiller | Olivier Cédric VAUZELLE (pour le rapporteur) |
| Décision de l’assemblée plénière | 27.3.2025 |
| Base juridique | Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 5.9.2025 |
| Adoption en session plénière | 18.9.2025 |
| Session plénière no | 599 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 92/0/6 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) est préoccupé par l’existence de multiples facteurs et sources d’instabilité et de risques géopolitiques, en particulier ceux qui menacent la paix, la démocratie et le respect des droits de l’homme, mais aussi ceux, tels que les guerres commerciales, qui ont une incidence sur la croissance, l’inflation, la sécurité des chaînes d’approvisionnement et l’accès aux matières premières critiques. |
| 1.2. | Les prévisions du printemps ont abaissé les projections de croissance déjà faibles pour l’Union européenne (UE) et la zone euro, ce qui a permis à l’inflation d’atteindre plus facilement les objectifs monétaires. Le CESE s’inquiète du fait que les tendances en matière d’investissements, tant publics que privés, sont loin de contribuer à une réduction significative de l’important déficit d’investissement accumulé par les économies européennes ou de se rapprocher des objectifs fixés dans le rapport Draghi. |
| 1.3. | Le CESE approuve les deux grandes priorités stratégiques exposées dans le paquet de printemps du Semestre européen 2025, à savoir le renforcement de la compétitivité et l’amélioration des capacités de défense, et il soutient l’objectif principal consistant à mettre en œuvre les investissements et les réformes prévus dans les plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR) d’ici à 2026. Il estime en outre que les recommandations spécifiques de nature générale sont globalement appropriées. Il regrette toutefois que le renforcement de la cohésion sociale n’ait pas été défini comme une priorité politique essentielle. |
| 1.4. | Le CESE estime qu’une fois l’inflation maîtrisée, le moment sera venu d’élaborer une politique monétaire modérément expansionniste qui encourage l’investissement tout en tirant parti de la faiblesse du dollar pour renforcer le rôle de l’euro comme monnaie de réserve mondiale, au moyen des trois mesures suivantes: l’introduction de l’euro numérique; l’utilisation du stock de dette qui, tout en finançant la politique d’investissement, encourage les échanges commerciaux sur les marchés; et l’achèvement d’urgence de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux. |
| 1.5. | Le CESE est d’avis qu’il serait nécessaire que le cadre financier pluriannuel (CFP) pour l’après-2027 atteigne l’équivalent de 2 % du PIB de l’UE afin de réaliser les objectifs d’investissement suivants: réduire l’écart de compétitivité; encourager la recherche et l’innovation technologique; garantir des transitions écologique et numérique justes; renforcer la cohésion sociale et le respect du socle européen des droits sociaux; favoriser l’autonomie stratégique en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense; et renforcer l’industrie européenne au moyen de politiques et de mesures qui facilitent les investissements, afin d’attirer des capitaux internes et externes. |
| 1.6. | Le CESE juge nécessaire d’adopter un ensemble de mesures visant à renforcer les investissements d’ici à 2028, notamment: assurer la mise en œuvre de tous les fonds de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et des nouveaux objectifs et, si nécessaire, déployer des fonds inutilisés pour de nouveaux programmes d’investissement dans les biens publics européens; créer un Fonds européen pour les investissements stratégiques; renforcer la capacité de prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) afin d’étendre InvestEU; et examiner la possibilité d’utiliser les fonds du mécanisme européen de stabilité. |
| 1.7. | Le CESE exprime une nouvelle fois son inquiétude face aux retards dans la révision du modèle actuel d’analyse de la soutenabilité de la dette, car ces retards pourraient indûment sacrifier les dépenses sociales au profit d’autres dépenses, à un moment où les États membres doivent atteindre des objectifs inchangés en matière de déficit. Cette situation pourrait être exacerbée par le plan ReArm Europe, qui permet aux États membres d’accroître leur déficit public jusqu’à 1,5 % du PIB pour financer des dépenses supplémentaires dans le domaine de la défense. |
| 1.8. | Le CESE souscrit au principe général qui sous-tend les trains de mesures législatives «omnibus I et II» visant à clarifier et à simplifier la législation européenne et à réduire les charges administratives inutiles qui pèsent sur les entreprises, en particulier les PME, mais il craint que certaines de ces dispositions ne conduisent à un affaiblissement de la législation en matière de finance durable et, partant, compromettent la réalisation des objectifs du pacte vert et de son plan d’action. Le Comité souligne que le principal instrument pour accroître la productivité et stimuler la compétitivité est l’investissement, en particulier dans la recherche, le développement et l’innovation (R&D&I), la formation et la bonne organisation des entreprises. |
| 1.9. | Le CESE réitère son appel en faveur d’une participation permanente et structurée des partenaires sociaux et des organisations de la société civile aux différentes étapes du processus du Semestre européen. Il invite instamment la Commission, le Parlement européen et le Conseil à engager un dialogue institutionnel avec le CESE et le Comité européen des régions afin d’examiner le type de mesures à prendre pour garantir cette participation de la société civile, ainsi que celle des parlements nationaux et des collectivités locales et régionales. |
2. Observations générales
| 2.1. | Un nouvel élément est venu s’ajouter aux risques et aux difficultés du cadre géopolitique déjà recensés par le CESE au début de l’année (1): le lancement de nouvelles politiques dans le cadre du deuxième mandat de Donald Trump en tant que président des États-Unis. Une guerre commerciale a été déclenchée de façon unilatérale et en violation des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette guerre est caractérisée par le mépris d’un ordre international fondé sur des règles et des institutions multilatérales, par des manifestations d’hostilité à l’égard de l’UE et de ses valeurs, ainsi que par le soutien de choix politiques qui remettent en question les valeurs de l’Union. Tous ces éléments induisent de nouvelles incertitudes et de nouveaux risques dans une situation géopolitique déjà très complexe. Ces risques affectent la sécurité, la défense, le commerce, l’économie, les relations politiques, les institutions supranationales et, en fin de compte, la liberté, la démocratie et les droits de l’homme. La détérioration, à l’échelle mondiale, de la situation en ce qui concerne les trois derniers points a été mise en évidence par l’ensemble des institutions indépendantes chargées de les surveiller. |
| 2.2. | La crise que connaissent l’ordre international et les institutions établies à la suite de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les Nations unies et les institutions associées, s’est aggravée au cours des trois dernières années. Elle se constate de façon manifeste dans les guerres d’agression lancées en violation des principes fondateurs des Nations unies, du droit international et des traités internationaux. En Ukraine et à Gaza, les violations du droit international et humanitaire sont flagrantes. Il est essentiel de rétablir le respect de ces normes législatives dans toute perspective de paix et en vue de restaurer la stabilité politique et économique indispensable au développement et au bien-être humain. C’est pourquoi le CESE soutient fermement à la fois la demande du gouvernement ukrainien adressée au gouvernement russe afin de mettre en place un cessez-le-feu immédiat pour permettre des pourparlers de paix et la récente demande de 25 nations démocratiques d’Europe, d’Amérique et d’Asie invitant instamment Israël à mettre un terme à la guerre et aux souffrances de la population civile à Gaza et à permettre à toute l’aide alimentaire et médicale dont celle-ci a besoin d’entrer sur le territoire. |
| 2.3. | Bien qu’il soit trop tôt pour déterminer quelles seront les conséquences économiques et les répercussions des décisions politiques de la Maison blanche, en partie en raison de leur caractère erratique, il convient à l’heure actuelle de souligner une baisse de la croissance aux États-Unis et une tendance à la dévaluation du dollar et à la hausse de l’inflation. En outre, les perspectives de croissance du commerce mondial et de l’économie ont été revues à la baisse tant par l’OMC (qui prévoit une baisse de 0,2 % du commerce mondial au lieu de la croissance de 3 % attendue au départ) (2) que par le FMI (qui s’attend à une baisse de 0,5 point de pourcentage de la croissance du PIB mondial et une réduction de 0,9 point de pourcentage de la croissance pour les États-Unis) (3). Tous ces éléments soulignent à quel point il est difficile d’établir des prévisions précises dans une situation imprévisible et instable. |
| 2.4. | Les risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement, sur la sécurité de l’approvisionnement et sur les prix des composants constituent des facteurs qu’il convient de systématiquement prendre en compte lors de l’élaboration des politiques. Ces risques sont liés aux conséquences de la guerre commerciale et à la vive concurrence visant à sécuriser les approvisionnements, voire à contrôler l’approvisionnement stratégique en matières premières pour les secteurs présentant la plus grande capacité d’innovation technologique ainsi que pour les secteurs et les produits de l’économie verte. |
| 2.5. | En juin dernier, lors du sommet du G7 et des réunions des ministres des finances, il a été décidé d’exempter les entreprises multinationales américaines dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’EUR de l’impôt minimum sur les sociétés de 15 % dû par toutes les multinationales américaines et établi dans le cadre de l’accord de l’OCDE sur le Pilier Deux («Règles globales anti-érosion de la base d’imposition»), signé par 147 pays en 2021. Cette concession a été accordée après que l’administration Trump a menacé d’imposer une «taxe vengeresse» (revenge tax) aux investisseurs étrangers aux États-Unis. Les mesures prévues par cette «taxe vengeresse» ont finalement été supprimées du projet américain de loi budgétaire à la suite de la décision du G7. Le CESE estime que la décision du G7 crée, pour les multinationales américaines, une situation très favorable, entraînant des conséquences négatives en matière d’équité fiscale, et qu’elle favorise ainsi un environnement totalement inégal pour les entreprises. |
3. Prévisions économiques du printemps et paquet de printemps 2025 (4)
| 3.1. | S’appuyant sur une préoccupation raisonnable quant à la difficulté d’établir des prévisions précises en cette période particulièrement instable en ce qui concerne la géopolitique et l’économie mondiales, la Commission européenne revoit ses prévisions à la baisse par rapport aux attentes déjà limitées qu’elle avait formulées dans les prévisions de l’automne. Pour 2025 et 2026, les projections de croissance du PIB tant pour l’UE que pour la zone euro ont été abaissées. De même, les prévisions d’inflation ont également été légèrement revues à la baisse pour ces deux régions, dans la perspective qu’elles atteignent les objectifs fixés par la politique monétaire conventionnelle. |
| 3.2. | Les prévisions de croissance de l’investissement global, tant public que privé, ont également été révisées pour les années à venir, indiquant une légère augmentation, cependant insuffisante pour compenser la baisse de la croissance de l’année précédente. Une légère accélération de la croissance de l’investissement est attendue en 2026, bien que des prévisions précises soient difficiles à établir, notamment en ce qui concerne les éventuelles augmentations des dépenses de défense. L’investissement public en pourcentage du PIB devrait rester stable et les objectifs en matière de déficit public demeurent inchangés. Les prévisions relatives à la formation brute de capital fixe ont également été quelque peu réduites. En outre, les ratios d’endettement public devraient augmenter progressivement au cours des prochaines années. |
| 3.3. | Les recommandations par pays se concentrent sur deux domaines prioritaires, à savoir l’augmentation des capacités de défense et le renforcement de la compétitivité, ainsi que sur un objectif: mettre en œuvre les PNRR, les investissements et les réformes au titre de l’instrument NextGenerationEU afin de veiller à ce qu’ils soient achevés d’ici à la date cible de 2026. Ces recommandations préconisent également d’accroître les investissements dans la R&D, de faciliter le financement public et privé, de renforcer l’efficacité du soutien à l’innovation, d’améliorer l’accès au financement, de simplifier les procédures administratives et réglementaires, de remédier aux pénuries de compétences et de moderniser les infrastructures et les systèmes sociaux pour répondre aux défis mondiaux de plus en plus nombreux et stimuler la croissance durable. |
4. Observations générales
| 4.1. | Depuis que le CESE a adopté son avis sur le paquet d’automne du Semestre européen 2025 (5), de nombreuses évolutions géopolitiques et géoéconomiques, en particulier au cours du premier semestre de 2025, justifient l’élaboration du présent avis, qui comporte des considérations supplémentaires. Ces événements et tendances ont affecté, ou sont susceptibles d’affecter, les principaux indicateurs macroéconomiques, le commerce mondial, les investissements, l’accès aux matières premières critiques et la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Par ailleurs, les guerres en cours, et le risque d’en voir éclater de nouvelles, ont un effet déstabilisateur potentiellement plus grave, outre la tragédie humaine qui en résulte. |
| 4.2. | Les risques et les incertitudes de la situation géopolitique et ceux découlant de l’issue incertaine de la guerre commerciale déclenchée par le gouvernement américain ont une incidence négative sur les décisions d’investissement des entreprises en Europe et dans le monde. Toutefois, si elle s’emploie à combiner la promotion de l’autonomie stratégique en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense avec une politique industrielle européenne servant les objectifs des transitions écologique et numérique justes, ainsi qu’avec des politiques et des mesures spécifiques de facilitation des investissements, une politique européenne claire et ferme attirerait des capitaux nationaux et étrangers — dont certains pourraient provenir de sources refusant d’investir aux États-Unis — en vue de réaliser des investissements productifs, notamment dans le secteur de l’économie sociale, qui joue un rôle essentiel dans la promotion d’une croissance inclusive et de la résilience. De l’avis du CESE, il est plus que jamais nécessaire que l’Union européenne véhicule une image de sécurité, de cohérence, de puissance et de capacité d’action, sur la base de la solidité de ses politiques. |
| 4.3. | Les prévisions indiquent que des objectifs d’inflation conformes aux objectifs de la politique monétaire seront atteints en 2025 et que l’inflation pourrait même être inférieure à ces seuils en 2026, en particulier dans la zone euro. Compte tenu de la faiblesse persistante de la croissance, le CESE estime qu’il devrait être possible de mettre un terme à la politique monétaire restrictive et de passer à une politique légèrement expansionniste pour contribuer à stimuler la croissance. |
| 4.4. | L’autre défi de taille en ce qui concerne la politique monétaire consiste à veiller à ce que l’euro renforce son rôle de monnaie de réserve mondiale, tandis qu’en conséquence des politiques de l’administration Trump, le dollar présente une importante faiblesse et voit sa valeur fortement varier. Le CESE est d’avis que pour y parvenir, outre des politiques monétaires et budgétaires cohérentes et prévisibles, il sera nécessaire: a) d’achever sans plus tarder l’union bancaire et l’union des marchés des capitaux, comme le proposent les rapports Draghi et Letta et comme le Comité l’a demandé dans ses avis au cours des dernières années; b) d’utiliser l’encours de la dette commune, en euros, en restant toujours dans les limites de la soutenabilité, ce qui contribuerait dans le même temps à répondre aux besoins d’investissement public et privé, grâce au large éventail d’instruments dont dispose l’Union, afin d’encourager l’évolution de l’euro en tant que monnaie de réserve; et c) de poursuivre la mise en œuvre de l’euro numérique. |
| 4.5. | Dans les années à venir, l’Union européenne sera confrontée à une série d’objectifs et de défis économiques, sociaux et de sécurité, qui nécessiteront des investissements importants pour combler le déficit d’investissement des dernières décennies. Ce déficit est un facteur essentiel expliquant la faiblesse de la croissance de l’UE et la baisse de sa productivité et de sa compétitivité, en particulier dans les secteurs les plus avancés sur le plan technologique de l’économie européenne. Les mesures d’investissement doivent prévoir de consentir des efforts considérables pour mobiliser des financements privés pour le capital-risque afin de combler un retard croissant en matière d’innovation. |
| 4.6. | Selon les estimations présentées dans le rapport Draghi, les besoins d’investissement annuels supplémentaires des économies européennes — publiques et privées, nationales et européennes — s’élèvent à 830 milliards d’EUR pour atteindre les objectifs suivants: une double transition juste, à la fois écologique et numérique; des investissements dans la R&D et l’innovation, en particulier dans l’IA, afin de réduire l’écart en ce qui concerne les technologies les plus avancées entre l’UE et ses concurrents les plus directs que sont les États-Unis et la Chine; le renforcement de la sécurité et de la défense; et la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux — en ce compris l’ensemble des politiques associées en faveur de l’emploi et de l’inclusion des groupes vulnérables tels que les personnes handicapées — et des politiques de cohésion. Le CESE invite les institutions de l’Union à mettre en place les plans nécessaires pour mettre en œuvre les principales conclusions du rapport Draghi. |
| 4.7. | Le CESE estime que, pour répondre aux défis majeurs et aux nouvelles exigences en matière de dépenses auxquels l’UE est confrontée, le CFP pour l’après-2027 devrait au moins maintenir le pouvoir d’achat de l’actuel CFP et des fonds NextGenerationEU combinés, ce qui signifie que le cadre devrait atteindre 2 % du PIB de l’Union, comme le recommande le Comité dans son avis (6). Il propose également que le prochain CFP accorde une attention particulière au fait de recenser et fournir des biens publics européens. |
| 4.8. | Toutefois, il considère également qu’il n’est pas possible d’attendre 2028 pour commencer à financer les programmes d’investissement européens prioritaires. Le CESE recommande dès lors à la Commission:
|
| 4.9. | Dans une communication (8) qu’elle a récemment publiée, la Commission européenne confirme que le délai de paiement des décaissements au titre de la FRR pour un projet relevant des PNRR est fixé au 31 décembre 2026. Le CESE se félicite de l’éventail de solutions de substitution proposées pour utiliser les ressources: extension des projets existants; réduction du nombre de systèmes sursouscrits; scission de projets relevant des PNRR en vue de les poursuivre au moyen de fonds nationaux ou d’autres fonds de l’UE; création d’instruments financiers et de subventions; transferts vers InvestEU; contributions en capital aux banques et institutions nationales de développement (BIND); et contributions au programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP) et aux programmes de l’Union pour les communications par satellite. Toutefois, il n’est pas certain que toutes ces mesures permettent d’atteindre les objectifs souhaités, et il est difficile pour les États membres d’accélérer la mise en œuvre des plans actuels et, parallèlement, de préparer des solutions de remplacement en un peu plus d’un an. Il convient de reconnaître qu’il est ardu de mettre en œuvre de telles modalités, qui nécessitent une conception adéquate, la participation de la société civile organisée et les garanties inhérentes à l’utilisation des fonds publics. Le CESE a déjà souligné qu’en ce qui concerne la capacité à gérer de tels investissements, les États membres présentent des inégalités tant administratives que découlant des différences qui existent dans leur tissu économique et institutionnel. Compte tenu de toutes ces circonstances, le Comité propose que la société civile organisée soit activement associée à l’examen de la mise en œuvre des PNRR à la fin de cette année, afin de promouvoir leur mise en œuvre plus efficace et plus appropriée, ainsi qu’une assistance technique si nécessaire. Si, après que toutes les mesures pour faciliter la mise en œuvre ont été prises, des fonds restent inutilisés, le CESE propose que la Commission les utilise pour financer des programmes en faveur de biens communs européens. |
| 4.10. | La promotion de l’autonomie stratégique dans les politiques industrielles, commerciales, de sécurité et de défense doit, de l’avis du CESE, constituer une préoccupation essentielle et permanente pour ce qui est de la gouvernance de l’Union. Il s’impose également d’assurer une coordination étroite entre ces politiques et l’extension de notre autonomie stratégique. En outre, la transition vers l’élaboration de politiques européennes communes dans les domaines de l’industrie, de la sécurité et de la défense, à l’instar de la politique commerciale, doit être initiée en coordonnant rigoureusement lesdites politiques et, le cas échéant, en recourant à la procédure de coopération renforcée. À l’heure actuelle, la sécurité économique dans des domaines sensibles tels que l’accès garanti aux matières premières et aux ressources essentielles et critiques, ainsi que la sécurité des chaînes d’approvisionnement dépendent de l’existence d’une politique commerciale efficace et de politiques de sécurité et de défense opérantes, communes ou étroitement coordonnées. |
| 4.11. | Les dépenses et les investissements dans le domaine de la défense augmentent en Europe et dans le monde entier. Il est extrêmement inquiétant que cette situation se produise à un moment où les valeurs démocratiques, les droits de l’homme et le droit international sont bafoués par de nombreux pays et puissances, et où les institutions multilatérales du système des Nations unies sont attaquées et ébranlées. Le CESE estime que l’UE, grâce à une politique étrangère commune ou étroitement coordonnée, a plus que jamais un rôle de premier plan à jouer dans la quête de la paix et d’un ordre mondial juste qui favorise le bien-être général, la démocratie et les droits de l’homme. Toutefois, cette approche doit s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de paix axée sur la primauté de la diplomatie et de la non-agression, ce qui n’est pas en contradiction avec le fait que le Comité plaide également en faveur d’une augmentation des investissements dans la sécurité et la défense européennes dans le cadre d’une politique commune ou étroitement coordonnée. De l’avis du CESE, la nécessité de renforcer les capacités de défense de l’Europe devrait reposer sur le renforcement de l’industrie européenne de la défense et sur une coordination étroite des forces armées des États membres dans le cadre de l’OTAN. Le Comité regrette donc que cette approche n’ait pas servi de base aux propositions relatives au plan ReArm Europe et à l’instrument «Agir pour la sécurité de l’Europe» (SAFE), programmes qui se bornent à prévoir des emprunts européens et autorisent des emprunts nationaux — en activant les clauses de sauvegarde relevant du pacte de stabilité et de croissance — permettant aux pays européens d’acheter des armes et des munitions sans même définir un plan précis d’exigences ou d’objectifs communs ni fixer la préférence européenne comme condition. |
| 4.12. | La participation des partenaires sociaux et des organisations de la société civile au Semestre européen, dans ses phases nationales, n’est pas garantie et n’est assurée, a fortiori, par aucun processus de consultation structuré ou permanent, alors que le CESE a formulé des demandes répétées à ce propos (9). Les plans budgétaires et structurels nationaux du nouveau cadre européen de gouvernance macroéconomique ont été adoptés en informant très peu la société civile organisée et en ne la faisant pratiquement pas participer. Il a été avancé que les délais étaient serrés et ne pouvaient être reportés, ce qui signifie qu’il n’y avait pas de temps pour des consultations. Il y a lieu de ne pas reproduire cette situation dans le cadre du Semestre européen. Le Comité convient qu’il est important d’associer les parlements nationaux et les institutions locales et régionales à la gouvernance économique européenne et soutient la récente résolution du Comité européen des régions (10) (CdR) sur cette question. Le CESE invite la Commission, le Parlement européen et le Conseil à engager un dialogue institutionnel sur le sujet, en l’associant lui-même ainsi que le CdR, afin d’étudier les types de mesures à adopter pour garantir la participation qu’il réclame, ce qui aurait sans aucun doute une incidence positive sur un sentiment d’appropriation nationale des mesures à adopter dans le cadre du Semestre européen. |
5. Observations spécifiques
| 5.1. | Les trains de mesures législatives «omnibus I et II» portent sur la simplification de la législation en matière de finance durable, en particulier les règles régissant la publication d’informations et le devoir de vigilance des entreprises à ce sujet. Cette simplification est proposée au motif principal que la réduction de la charge administrative qui pèse sur les entreprises contribuerait à accroître la compétitivité. Le CESE souscrit au principe général de clarification et de simplification de la législation européenne et de réduction de toute charge administrative inutile pour les entreprises, en particulier les PME, pour autant que cela ne se traduise pas par la suppression des exigences nécessaires à la réalisation des objectifs du pacte vert et de son plan d’action ou par un affaiblissement de la législation sur la finance durable. En outre, les PME devraient bénéficier de l’aide des autorités compétentes pour respecter leurs obligations à cet égard. Dans le même temps, le Comité attire l’attention sur le fait que la simplification législative ne peut être considérée à elle seule comme le principal levier pour stimuler la compétitivité. Elle doit d’abord s’accompagner de mesures qui encouragent des investissements correctement ciblés, comme mentionné dans le présent avis, qui sont des instruments pour dynamiser la productivité et la compétitivité. |
| 5.2. | Le CESE se déclare une nouvelle fois préoccupé (11) par le retard pris dans la révision du modèle actuel d’analyse de la soutenabilité de la dette. Selon les estimations du dernier rapport «Debt Sustainability Monitor» (rapport de suivi de la soutenabilité de la dette) (12), la soutenabilité de la dette présente, dans deux États membres, un risque élevé à court terme, dans onze États membres, un risque élevé à moyen terme et, dans quatre États membres, un risque élevé à long terme. Cependant, cette analyse a été réalisée avant qu’il ne soit proposé, dans le cadre de l’initiative ReArm Europe, que les États membres augmentent leurs dépenses de défense en empruntant à l’UE, tout en les autorisant à appliquer la clause de sauvegarde relevant du pacte de stabilité et de croissance, qui permet un déficit public supplémentaire pouvant aller jusqu’à 1,5 % du PIB pour les emprunts sur les marchés obligataires. Par conséquent, étant donné que les États membres sont désormais confrontés à une augmentation significative des dépenses de défense, l’inquiétude que le CESE a exprimée lors de la réforme du cadre de gouvernance macroéconomique s’est accrue, à savoir que l’utilisation du modèle actuel d’analyse de la soutenabilité de la dette reviendrait à sacrifier les dépenses sociales pour augmenter les dépenses dans d’autres domaines afin d’atteindre les objectifs inchangés en matière de déficit et de dette. |
| 5.3. | La révision des critères en matière de déficit excessif est tout aussi importante, en particulier depuis que la Commission a autorisé les États membres à appliquer la clause de sauvegarde relevant du pacte de stabilité et de croissance, qui permet un déficit public supplémentaire pouvant aller jusqu’à 1,5 % du PIB pour les emprunts destinés aux dépenses de défense. Le CESE estime également que les indices de surveillance des déséquilibres macroéconomiques utilisés par la Commission sont obsolètes. Si nous ajoutons que la mise en œuvre finale des PNRR et le lancement des plans budgétaires et structurels nationaux se recoupent avec les recommandations par pays du cycle ordinaire, que l’établissement de liens entre l’outil de coordination de la compétitivité et le Semestre européen a été annoncé et qu’il existe une proposition relative à d’éventuels liens avec le Semestre pour les dépenses au titre du prochain CFP, au moins pour une partie du futur Fonds de cohésion, il convient de conclure qu’il est urgent de réexaminer le cadre de gouvernance économique de l’UE, c’est-à-dire le Semestre européen. Les partenaires sociaux et les organisations de la société civile doivent être consultés dans le cadre de ce réexamen et le Comité devrait être un partenaire privilégié dans ce processus. |
| 5.4. | Le CESE souligne que le processus du Semestre européen devrait également se concentrer sur les critères sociaux, l’amélioration du niveau de vie et les inégalités croissantes, ainsi que sur des questions essentielles telles que la crise du logement et le déclin des négociations collectives. Les institutions de l’Union européenne doivent, au-delà du respect des critères techniques et économiques, faire de la qualité de vie une préoccupation majeure. |
Bruxelles, le 18 septembre 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Semestre européen 2025 — Paquet d’automne [COM(2024) 700 final] (JO C, C/2025/2019, 30.4.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2019/oj).
(2) https://www.wto.org/french/res_f/publications_f/trade_outlook25_f.htm.
(3) https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2025/04/22/world-economic-outlook-april-2025.
(4) « Prévisions économiques du printemps 2025 » et « Semestre européen 2025 — Paquet de printemps ».
(5) Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Semestre européen 2025 — Paquet d’automne [COM(2024) 700 final] (JO C, C/2025/2019, 30.4.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2019/oj).
(6) Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — La voie vers le prochain cadre financier pluriannuel [COM(2025) 46 final] (JO C, C/2025/3202, 2.7.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3202/oj).
(7) Avis du Comité économique et social européen — Un fonds d’investissement de l’UE en faveur de la résilience économique et de la compétitivité durable (avis d’initiative) (JO C, C/2024/6862, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6862/oj).
(8) «NextGenerationEU — La voie vers 2026», COM(2025) 310 final.
(9) Avis ECO/600 du CESE sur le thème « Recommandations du CESE pour une réforme vigoureuse du semestre européen » ( JO C 228 du 29.6.2023, p. 1), avis ECO/651 du CESE sur le thème « Le point de vue de la société civile organisée des États membres de l’UE sur les propositions nationales de réforme et d’investissement et leur mise en œuvre (cycle 2024-2025 du Semestre européen) » et avis ECO/652 du CESE sur le thème «Recommandations du CESE sur les propositions de réforme et d’investissement formulées dans le cadre du cycle 2024-2025 du Semestre européen» (JO C, C/2025/3194, 2.7.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3194/oj).
(10) «Résolution dans la perspective du prochain cadre financier pluriannuel (CFP)», Comité européen des régions.
(11) JO C, C/2023/880, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/880/oj.
(12) « Debt Sustainability Monitor 2024 », Commission européenne, mars 2025.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/10/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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P10_TA(2025)0340 — Enlèvement massif d’enfants au Nigéria, y compris à l’école catholique Saint Mary, à Papiri — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les enlèvements massifs d’enfants au Nigéria, y compris à l’école catholique Saint Mary, à Papiri (2025/3029(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0345 — Attaques hybrides continues de la Biélorussie contre la Lituanie — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les attaques hybrides continues de la Biélorussie contre la Lituanie (2025/3025(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0339 — Arrestations et jugements arbitraires en Azerbaïdjan des universitaires Bahruz Samadov et Igbal Abilov — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les arrestations et jugements arbitraires en Azerbaïdjan des universitaires Bahruz Samadov et Igbal Abilov (2025/3028(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0343 — Mise en œuvre du régime de conditionnalité liée à l'état de droit — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur la mise en œuvre du régime de conditionnalité liée à l’état de droit (2025/2061(INI))
18/12/2025