Initiative législative52025IE1686

Avis du Comité économique et social européen — Les biens publics européens: une priorité politique pour financer la croissance durable de l’UE et relever les défis mondiaux (avis d’initiative)

CELEX52025IE1686
TypeInitiative législative
Datejeudi 18 septembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) propose, dans cet avis d'initiative, de faire des "biens publics européens" une priorité politique pour orienter le financement de l'UE vers des objectifs de croissance durable et de résilience face aux défis mondiaux. Il s'agit d'identifier et de financer des projets transnationaux (comme la défense, la santé, le climat ou les infrastructures numériques) qui ne peuvent être efficacement assurés par les seuls budgets nationaux. Pour un professionnel du droit français, cet avis préfigure un possible changement de paradigme dans la justification et l'allocation des fonds européens, en insistant sur la nécessité de ressources propres pérennes pour l'UE.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/8

16.1.2026

Avis du Comité économique et social européen

Les biens publics européens: une priorité politique pour financer la croissance durable de l’UE et relever les défis mondiaux

(avis d’initiative)

(C/2026/8)

Rapporteur:

M. Stefano PALMIERI

Décision de l’assemblée plénière

27.2.2025

Base juridique

Article52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

5.9.2025

Adoption en session plénière

18.9.2025

Session plénière no

599

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

99/3/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Compte tenu de l’importance que revêt leur prestation pour le bien-être des citoyens, le CESE est convaincu qu’une attention toute particulière doit être portée à la question de la fourniture des biens publics européens ainsi qu’à leur inscription dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour l’après-2027.

1.2.

Vu la persistance de l’actuelle situation de crise polymorphe, le CESE attire également l’attention sur l’importance croissante qui s’attache à des biens publics d’envergure mondiale tels que la paix, la lutte contre la pauvreté, la protection de l’environnement et la stabilité financière, entre autres, et souligne qu’il est nécessaire de renforcer la gouvernance mondiale et les instances qui en ont la responsabilité (Nations unies, Organisation mondiale du commerce, Fonds monétaire international, Banque mondiale et d’autre encore).

1.3.

Une attention particulière doit être accordée aux «biens publics européens fonctionnels», c’est-à-dire ceux qui découlent de l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE) et qui sont de nature à garantir la bonne marche de l’Union: il s’agit en l’occurrence de l’achèvement du marché unique; de l’achèvement de l’Union économique et monétaire; de la cohésion économique, sociale et territoriale; de l’autonomie stratégique ouverte de l’Union (en ce qui concerne par exemple sa politique commune dans le domaine de la santé, la sécurité alimentaire ou encore l’union européenne de l’énergie); de la défense et de la sécurité; de la recherche et du développement dans l’Union; et enfin de l’état de droit.

1.4.

Outre ces biens publics européens fonctionnels, le CESE demande que des moyens financiers soient mobilisés pour investir dans des priorités stratégiques, comme la réalisation des transitions écologique et numérique, la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et le renforcement de la compétitivité de l’Union (comme recommandé dans le rapport Draghi).

1.5.

Le CFP de l’après-2027 devra aussi être flexible pour pouvoir relever certains défis. Il pourrait s’agir notamment de ménager une «phase d’urgence» au cours de laquelle un soutien financier serait accordé à titre temporaire pour limiter les risques de chômage (en s’inspirant de certaines bonnes pratiques, sur le modèle de l’instrument SURE) dans les secteurs particulièrement pénalisés par les transitions énergétique et/ou numérique, par exemple celui de l’automobile ou ceux qui sont très dépendants de procédés à forte intensité de carbone. Il conviendrait aussi de prévoir une évaluation des effets qu’un régime européen permanent de réassurance chômage pourrait produire du point de vue économique et social.

1.6.

Le CESE souligne qu’il est important de tenir compte de la valeur ajoutée européenne dans toutes les discussions portant sur les biens publics européens. Un autre avantage que ces biens pourraient susciter serait la production de 2 800 milliards d’euros de PIB supplémentaire de 2022 à 2032, correspondant à un taux de croissance du PIB réel de 2,9 % par an en moyenne sur cette période (1). Si l’Union européenne ne pousse pas son intégration plus avant, le potentiel que représente ce PIB supplémentaire risque d’être perdu — c’est ce que l’on appelle le «coût de la non-Europe».

1.7.

Vu le cadre dans lequel s’insèrent les biens publics européens tel qu’il se dessine actuellement, les priorités stratégiques qui ont été fixées et les défis que pose la situation actuelle d’une crise polymorphe, il faudra que le prochain CFP soit ambitieux, comme le CESE l’a déjà fait observer dans son avis ECO/662, où il indiquait que «le niveau du prochain CFP — exprimé en pourcentage du RNB — ne doit pas diminuer en termes réels, mais au contraire augmenter de manière significative, pour pouvoir relever les défis croissants auxquels l’Union est confrontée» (2).

1.8.

Le CESE estime qu’il est désormais plus important que jamais de se pencher plus en détail sur les différentes modalités qui permettront de financer des biens publics européens grâce à un volume suffisant de ressources propres de l’Union.

1.9.

Le CESE s’inquiète de ce que les décisions concernant les ressources propres de l’Union restent au point mort, et il adresse une mise en garde contre l’éventualité d’un blocage sur ces sujets, qui pourrait mettre en péril l’existence même de l’Union européenne.

2. Les biens publics, aux niveaux mondial, régional, national, local

2.1.

La notion de «biens publics» est intimement liée à celle du bien-être des citoyens à qui ces biens sont appelés à être fournis. C’est dans le domaine de l’économie qu’elle trouve son origine, mais elle a acquis au fil du temps un sens institutionnel et politique et l’application qui en est faite est désormais plus large.

2.2.

Les biens publics sont le plus souvent définis comme des «biens de consommation collective». D’après l’économiste américain Paul Samuelson, «la consommation d’un tel bien par un individu n’entraîne aucune diminution de sa consommation par d’autres» (3).

2.2.1.

Les biens publics présentent deux caractéristiques distinctives: il y a d’une part la «non-rivalité», ce qui signifie que la consommation par une personne ne réduit pas la possibilité pour les autres de les consommer; et d’autre part la «non-exclusivité», à savoir qu’il est impossible ou inopportun d’empêcher les autres d’en bénéficier.

2.2.1.1.

Du point de vue économique, les biens publics présentent des caractéristiques particulières qui les rendent bien plus avantageux que s’ils étaient fournis par un agent privé: 1) chaque individu a la possibilité de bénéficier d’un bien public dès lors que sa fourniture est assurée, peu importe qu’il soit ou non disposé à le payer (théorie du «passager clandestin»); 2) il peut arriver dans certains cas que le bénéfice pour la collectivité qui découle de la consommation de certains biens publics soit supérieur à l’avantage qui en est retiré individuellement; 3) dans certaines situations, le coût de la fourniture d’un bien public doit être couvert à court terme, tandis que les avantages qu’il procure ne peuvent être matériellement perçus qu’à moyen et long termes. Par conséquent, il apparaît plus pertinent et plus approprié que ce soit la puissance publique qui assure la fourniture des biens publics, mais il n’en demeure pas moins essentiel d’en définir le périmètre (local, national, régional, mondial), d’où la nécessité d’engager la discussion sur les modalités par lesquelles ces biens publics sont financés.

2.2.1.2.

Du point de vue économique, le périmètre de la fourniture de biens publics — que ce soit au niveau local, national, régional (comme c’est le cas des biens publics européens) ou mondial (biens publics mondiaux) — dépendra des facteurs suivants: 1) le degré d’hétérogénéité dans les préférences exprimées par les localités/régions/États nationaux; 2) l’évaluation des externalités positives que le bien public peut dégager ou de l’internalisation de ses effets externes négatifs; 3) l’évaluation des économies d’échelle et des économies comptables, après avoir déterminé l’amplitude des coûts fixes liés à la fourniture des biens publics en question.

2.3.

Les raisons motivant le passage de la fourniture d’un bien public de l’échelle locale ou nationale à une échelle régionale (européenne) ou mondiale ne sont pas seulement d’ordre économique, mais aussi de nature institutionnelle et politique.

2.3.1.

Du point de vue institutionnel, la dimension transfrontière des biens publics, que ceux-ci soient fournis et financés au niveau régional (européen) ou mondial, favorise l’intérêt mutuel qu’ont les États à coopérer, ce qui augmente la valeur ajoutée du bien public lui-même.

2.3.2.

Sur le plan politique, le raisonnement est le suivant: 1) d’une part, une organisation supranationale (comme l’Union européenne ou les Nations unies) retire de la fourniture d’un bien public, européen ou mondial, un avantage qui est supérieur à la simple somme des bénéfices qui reviendraient à chaque État si la fourniture dudit bien public avait été gérée au niveau national; 2) d’autre part, la fourniture du bien public, que ce soit au niveau européen ou mondial, joue un rôle essentiel dans la réalisation des priorités stratégiques de l’Union ou des Nations unies.

2.4.

Pour résumer, la décision de fournir un bien public au niveau local, national, européen ou mondial sera prise en fonction de trois angles distincts: économique, institutionnel et politique.

3. Les biens publics mondiaux

3.1.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la demande pour différents types de biens publics a augmenté, du fait à la fois de la mondialisation et d’une plus grande sensibilisation à certaines problématiques d’envergure mondiale (comme la paix, la stabilité financière, l’environnement et d’autres encore).

3.2.

À la lecture des travaux de recherche existants, les biens publics mondiaux peuvent être définis comme «des biens qui se caractérisent par la dimension publique de leur consommation, laquelle: s’étend à plusieurs régions du globe, voire au monde entier; est susceptible d’atteindre, sans autorisation, des pays et territoires au-delà de la juridiction nationale; et peut s’inscrire dans le temps long» (4).

3.3.

Le processus décisionnel aboutissant à la fourniture de biens publics mondiaux (mais aussi européens) est long et complexe. Il fait intervenir de nombreux acteurs qui interagissent au sein d’un système dynamique où s’entrecroisent à plusieurs niveaux et dans une structure à la fois horizontale et verticale des rapports de gouvernance, d’incitation, d’aubaine, de pression, d’offre et de demande, de coercition et d’externalité.

3.4.

L’importance des biens publics mondiaux (et européens) devient de plus en plus manifeste en temps de crise. Pour donner un exemple, on pourra citer la pandémie de SARS-CoV-2, qui a fait se multiplier les craintes et les appels en faveur d’un système de santé interconnecté à l’échelle mondiale, capable de résister à des crises sanitaires qui sont une source de déstabilisation.

3.4.1.

La lutte planétaire contre le changement climatique pour atténuer les catastrophes naturelles, le maintien de la paix, la lutte contre la pauvreté dans le monde ou encore la stabilité financière sont des problématiques étroitement liées aux biens publics et elles appellent une structure de gouvernance appropriée afin de garantir que les décisions légitimes soient prises dans l’intérêt à la fois des générations futures et de la collectivité tout entière.

4. Les biens publics européens

4.1.

On peut, sur le plan conceptuel, assimiler les biens publics européens — qui en l’espèce sont de nature «régionale», en référence spécifiquement à la macrorégion «Union européenne» — à des biens publics mondiaux qui s’inscriraient dans un périmètre plus restreint, délimité par les frontières de l’Union. La question des biens publics européens refait surface dans le débat européen tous les sept ans, au moment d’élaborer le cadre financier pluriannuel de l’Union, quand il s’agit d’arrêter ses grandes priorités et les enveloppes budgétaires correspondantes.

4.2.

Sachant que le choix des biens publics européens qui seront fournis dépend de nombreux facteurs différents qui ne sont pas seulement d’ordre économique, mais aussi de nature institutionnelle et politique, cette décision ne saurait être dissociée du contexte historique dans lequel elle s’inscrit.

Dans la première phase de sa construction (années 1950-1960), l’Europe a fondé ses «éléments constitutifs» sur ce qu’étaient ses priorités en matière de sécurité: la politique sociale, dans l’industrie charbonnière et la sidérurgie, avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA, 1951); l’énergie, avec Euratom (1958); et l’alimentation, avec la politique agricole commune (PAC, 1962). Elle a par ailleurs essayé d’asseoir sa sécurité dans le domaine de la défense, avec la Communauté européenne de défense en 1952 et la Communauté politique européenne entre 1952 et 1954, mais ces deux tentatives ont échoué.

Dans la deuxième phase, celle de l’«intégration» et de la «convergence» (des années 1970 aux années 2010), les priorités ont consisté à créer l’Union économique et monétaire (1992), avec l’introduction de l’euro en 1999 et la mise en place du marché unique en 1993, suivie par l’introduction de la politique de cohésion l’année suivante.

La troisième phase, celle que nous connaissons actuellement dans les années 2020, sur le thème «Sécurité et autonomie stratégique», fait place à la tentative de réaction de l’Union face aux menaces que font peser sur elle des crises multiples («polycrise»), en se donnant pour but de relancer son autonomie stratégique pour garantir sa sécurité à divers égards: 1) la sécurité économique et sanitaire (grâce au plan de relance Next Generation EU); 2) la sécurité dans le domaine de la défense; 3) les transitions numérique et écologique; 4) la sécurité des chaînes de production; 5) une gestion sécurisée des flux migratoires et des demandes d’asile; 6) la sécurisation des réseaux de transport; etc.

5. La nature constitutionnelle des biens publics européens

5.1.

Outre les logiques politiques, institutionnelles et économiques qui infléchissent la définition donnée aux biens publics européens, le CESE estime qu’il existe une composante «constitutionnelle». Si l’on ajoute cette dimension constitutionnelle, il se dégage une catégorie «primordiale» de biens publics européens qu’il y aurait lieu, sans équivoque, de reconnaître comme telle et d’ériger au plus haut rang, puisqu’elle découle de l’un des éléments constitutifs de l’Union, à savoir le traité sur l’Union européenne (TUE).

5.2.

L’objectif fondamental qui consiste pour l’Union à tendre vers le bien-être de ses citoyens est consacré à l’article 3, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne: «L’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples (5)

5.2.1.

Mais allons plus loin, l’article 3 du TUE établit une véritable liste de biens publics européens, qu’il expose dans ses paragraphes 2 à 5, et le projet que constitue l’Union européenne est investi de la charge consistant à les mettre à la disposition de ses citoyens afin d’améliorer leur bien-être. De fait, on trouve de multiples références:

à l’Union européenne en tant qu’«espace de liberté, de sécurité et de justice» et, partant, au besoin de mesures en matière «de contrôle des frontières extérieures, d’asile, d’immigration ainsi que de prévention de la criminalité et de lutte contre ce phénomène» — article 3, paragraphe 2;

au «marché intérieur», qui doit assurer «le développement durable de l’Europe» grâce à «une croissance économique équilibrée» et «une économie sociale de marché [...] compétitive», «qui tend au plein emploi et au progrès social», avec «un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement», qui «promeut le progrès scientifique et technique», mais aussi qui «combat l’exclusion sociale et les discriminations» et «promeut la justice [...] sociale», «l’égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l’enfant». Cette disposition légale met aussi en avant l’engagement de promouvoir «la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres», et de «respecter la richesse de sa diversité culturelle et linguistique», en veillant «à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel» — article 3, paragraphe 3;

à l’engagement d’établir «une union économique et monétaire dont la monnaie est l’euro» — article 3, paragraphe 4;

à l’engagement pour l’Union européenne de contribuer «à la paix, à la sécurité, au développement durable», «à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples», «au commerce libre et équitable», «à l’élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l’homme», ainsi qu’«au strict respect et au développement du droit international, notamment au respect des principes de la charte des Nations unies» — article 3, paragraphe 5;

tous ces éléments constituant des objectifs que l’Union est appelée à poursuivre par des moyens appropriés, en fonction des compétences qui lui sont attribuées dans les traités — article 3, paragraphe 6.

6. Le cadre des biens publics européens

6.1.

Sur la base du raisonnement exposé plus haut, le CESE considère que la préparation du cadre financier pluriannuel (CFP) pour l’après-2027 doit inclure une réflexion approfondie sur la fourniture des biens publics européens et sur leur inscription systématique dans le prochain CFP.

6.2.

Il convient de distinguer parmi ces biens une première catégorie que sont les biens publics européens fonctionnels, sans lesquels l’Union européenne serait fragilisée et son fonctionnement serait compromis. Ceux-ci devraient assurer la bonne marche de l’Union en tant qu’économie sociale de marché capable d’atteindre des objectifs durables sur le plan économique, social et environnemental, moyennant:

l’achèvement du marché unique pour les biens et les services, en renforçant la compétitivité de l’Union et en développant une politique de protection des consommateurs et un espace européen unique des transports;

l’achèvement de l’Union économique et monétaire, en mettant la dernière main à l’union bancaire et à l’union des marchés des capitaux, en améliorant la coordination de la politique budgétaire, en viabilisant les finances publiques et en adoptant partout l’euro numérique;

la cohésion économique, sociale et territoriale, de sorte que les territoires de l’Union soient en mesure d’exprimer pleinement leur potentiel de développement, étant entendu qu’il faudra, dans le même temps, veiller à ce que ces territoires et les citoyens européens puissent échapper aux pièges de développement — états de sous-performance du PIB, de la productivité et de l’emploi (6);

l’autonomie stratégique ouverte de l’Union, dans le but de garantir l’approvisionnement en matières premières critiques et leur transformation, mais aussi des circuits commerciaux et des chaînes de valeur durables à l’échelle mondiale ainsi qu’une meilleure coordination de l’aide au développement. Trois biens publics européens relèvent de cette catégorie de l’autonomie stratégique ouverte de l’Union:

une politique commune de l’Union dans le domaine de la santé, afin de renforcer sa préparation, sa coordination et sa réaction face aux crises sanitaires et d’assurer un accès équitable à des médicaments abordables dans tous ses États membres;

la sécurité alimentaire, afin de disposer d’un système de production alimentaire durable qui soit en mesure de garantir l’approvisionnement alimentaire; et

une union européenne de l’énergie à même de garantir un approvisionnement énergétique intégré, fiable, sûr et durable;

la défense des frontières extérieures de l’Union et la sécurité sur son territoire, en luttant contre la criminalité, organisée ou non;

le renforcement de la recherche et du développement dans l’Union;

le plein respect de l’état de droit dans tous les territoires de l’Union, en liant plus étroitement cette exigence au budget européen.

6.3.

Outre ceux-ci qui sont de nature fonctionnelle, le CESE réclame, dans le cadre du CFP pour l’après-2027, des plans d’investissement spécifiques pour les biens publics européens qui sont étroitement liés aux priorités stratégiques que constituent la réalisation des transitions écologique et numérique, la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et le renforcement de la compétitivité de l’Union (comme recommandé dans le rapport Draghi).

6.4.

Le CFP de l’après-2027 devra aussi être flexible et affecter spécifiquement des enveloppes budgétaires à certaines priorités. Il pourrait s’agir notamment de ménager une «phase d’urgence» au cours de laquelle un soutien financier serait accordé à titre temporaire pour limiter les risques de chômage (sur le modèle de l’instrument SURE) dans les secteurs particulièrement pénalisés par les transitions énergétique et/ou numérique, par exemple celui de l’automobile ou ceux qui sont très dépendants de procédés à forte intensité de carbone. Il conviendrait aussi de prévoir une évaluation des effets qu’un régime européen permanent de réassurance chômage pourrait produire du point de vue économique et social.

6.5.

Le CESE partage les constats largement établis par le service de recherche du Parlement européen en ce qui concerne le potentiel manque à gagner auquel on s’exposerait à l’avenir si l’on ne poursuivait pas une action stratégique, au niveau de l’Union, dans le domaine des biens publics européens — ce qu’on pourrait qualifier du «coût de la non-Europe» et qui reviendrait à se priver de 2 800 milliards d’euros de PIB supplémentaire de 2022 à 2032, correspondant à un taux de croissance du PIB réel de 2,9 % par an en moyenne sur cette période grâce à des efforts ciblés d’intégration (7).

6.5.1.

Des experts ont estimé que 1 300 milliards d’euros seront nécessaires entre 2025 et 2031 pour couvrir les biens publics européens de base. Sur ce montant, 900 milliards d’euros devraient provenir de nouvelles sources, nécessitant une augmentation du budget de l’Union, qui passerait de 1,1 % à 1,8 % du revenu national brut (RNB) de l’Europe. Toutefois, si l’on prend en compte l’intégralité des biens publics européens, l’on prévoit que le budget de l’Union grimpe jusqu’à atteindre 4 % du RNB (8).

6.5.2.

Bien que les deux études citées proviennent de sources différentes et ne se rapportent pas au même horizon temporel (2022-2032 pour l’une et 2025-2031 pour l’autre), on notera que le gain net obtenu grâce aux économies comptables que la fourniture de biens publics européens permet de réaliser sur le «coût de la non-Europe» (2 800 milliards d’euros) et le coût de leur fourniture même (1 300 milliards d’euros) seraient de l’ordre de 1 000 milliards d’euros.

6.6.

Le CESE considère aussi que les priorités qui ont été formulées lors de la conférence sur l’avenir de l’Europe devraient être incluses dans le CFP pour l’après-2027 (9).

7. Le financement des biens publics européens

7.1.

Le temps est venu pour l’Union européenne et ses 27 États membres de joindre le geste à la parole. Le consensus qui s’est formé autour du rapport Draghi et de son contenu doit être suivi par des actes tout aussi unanimes et résolus, sachant que «pour atteindre les objectifs énoncés dans ce rapport, des investissements supplémentaires d’au moins 750 à 800 milliards d’euros seront nécessaires chaque année, sur la base des dernières estimations de la Commission, soit de l’ordre de 4,4 à 4,7 % du PIB de l’Union en 2023» (10). Bon nombre des interventions proposées dans le rapport Draghi sont de nature à augmenter la compétitivité de l’Union et, dans le même temps, à fournir des biens publics européens fonctionnels.

7.2.

Par conséquent, le CESE estime qu’il est plus important que jamais de se pencher plus en détail sur les différentes modalités qui permettront de financer des biens publics européens grâce à un volume suffisant de ressources propres de l’Union.

7.3.

Le CESE considère qu’il y aurait lieu d’évaluer attentivement la possibilité de financer ces biens à l’aide des différentes sources disponibles qui sont énumérées ci-après.

7.3.1. Les ressources propres de l’Union à l’heure actuelle

Les contributions sur la base du RNB (actuellement, environ 61,5 % des recettes de l’Union).

Des ressources propres traditionnelles, essentiellement composées des droits de douane sur les importations dans l’Union (13,7 % des recettes de l’Union).

Une ressource propre fondée sur la TVA (16 % des recettes de l’Union).

La ressource propre «plastique», qui est une contribution nationale fondée sur la quantité de déchets engendrés par les emballages en plastique non recyclés dans chacun des États membres (4,9 % des recettes de l’Union).

Les autres recettes, auxquelles s’ajoute le solde reporté de l’exercice précédent (7 % des recettes de l’Union) (11).

7.3.2. De nouvelles ressources propres

Le système d’échange de quotas d’émission (SEQE), qui est le marché européen du carbone au sein duquel les entreprises de l’Union achètent ou reçoivent des quotas d’émission (à partir de 2028, on s’attend à ce que ce système génère quelque 19 milliards d’euros).

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui assigne au carbone causé par les importations dans l’Union un prix visant à compenser les coûts encourus pour la production des mêmes marchandises à l’intérieur du marché unique (qui devrait générer 1,5 milliard d’euros à partir de 2028).

La ressource propre statistique temporaire fondée sur les bénéfices des entreprises, qui sera remplacée à l’avenir par le cadre pour l’imposition des entreprises en Europe (BEFIT).

7.3.3. Des ressources propres complémentaires (véritables ou partagées)

Des ressources fondées sur les biodéchets/déchets dangereux/déchets alimentaires.

Des ressources propres fondées sur l’écart de rémunération entre hommes et femmes.

Une taxe sur les transactions financières.

Des taxes sur les activités liées aux crypto-actifs.

Un droit d’accise sur les rachats d’actions.

Une taxe numérique sur le trafic de données.

La TVA sur les services financiers.

Un mécanisme d’ajustement équitable aux frontières de l’Union pour lutter contre la concurrence déloyale (dumping social).

7.3.4. La dette émise par l’Union

Cet outil permettrait de relier directement les investissements en faveur d’un bien public européen spécifique et la dette nécessaire à son financement.

7.3.5.

Le transfert des parts correspondant aux contributions de chacun des 27 États membres au budget de l’Union, dans la mesure où les biens publics européens seraient fournis au niveau de l’Union.

7.4.

Pour chacune de ces options, le CESE demande que des analyses d’impact et de faisabilité soient réalisées et que les modalités de leur mise en œuvre soient soigneusement évaluées. Pour finir, le CESE fait écho aux recommandations que le Parlement européen a formulées dans sa résolution sur le thème «Les ressources propres: un nouveau départ pour les finances de l’Union, un nouveau départ pour l’Europe», indiquant «que les arrangements relatifs aux ressources propres devraient être guidés par les objectifs généraux de simplicité, de transparence et d’équité» et que «[l]a légitimité budgétaire doit être garantie par des représentants élus» (12).

Bruxelles, le 18 septembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Voir l’étude du Parlement européen de février 2023, Accroı̂tre la valeur ajoutée européenne en des temps de défis mondiaux — Évaluer le coût de la non-Europe (2022-2032); et l’étude du Parlement européen d’octobre 2023, Mapping the cost-of non-Europe — Theoretical foundations and practical considerations.

(2) Stellungnahme des Europäischen Wirtschafts- und Sozialausschusses — Mitteilung der Kommission an das Europäische Parlament, den Europäischen Rat, den Rat, den Europäischen Wirtschafts- und Sozialausschuss und den Ausschuss der Regionen — Der Weg zum nächsten Mehrjährigen Finanzrahmen (COM(2025) 46 final) (JO C, C/2025/3202, 2.7.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3202/oj).

(3) Samuelson, P.A. (1954), «The Pure Theory of Public Expenditure», The Review of Economics and Statistics, 36(4), 387-389.

(4) Kaul, I., Blondin, D., Nahtigal, N. (2016), «Understanding Global Public Goods: Where We Are and Where to Next», in: Kaul, I. (éd.) (2016), Global Public Goods, The International Library of Critical Writings in Economics 321, introduction publiée chez Edward Elgar.

(5) Union européenne. (2016), version consolidée du traité sur l’Union européenne, Journal officiel de l’Union européenne, C202/1, 7.6.2016.

(6) Commission européenne, 2024, document de travail des services de la Commission accompagnant la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur le 9e rapport sur la cohésion (SWD/2024/79 final); et Andrés Rodríguez-Pose, Lewis Dijkstra et Hugo Poelman, 2023, The geography of EU discontent and the regional development trap (La géographie européenne du mécontentement et le piège du développement régional). Commission européenne. Politique régionale et urbaine.

(7) Voir l’étude du Parlement européen de février 2023, Accroı̂tre la valeur ajoutée européenne en des temps de défis mondiaux — Évaluer le coût de la non-Europe (2022-2032); et l’étude du Parlement européen d’octobre 2023, Mapping the cost-of non-Europe — Theoretical foundations and practical considerations.

(8) Thone, M. (2024), European Public Goods and the 2028-2034 Multiannual Financial Framework — Financing the EU in a decade of reform, Parlement européen, département thématique des affaires budgétaires; et Felbermayr, G. et Pekanov, A. (2024), Pan-European Public Goods: Rationale, Financing and Governance, Parlement européen, Unité Contrôle de la gouvernance économique et de l’UEM.

(9) Conférence sur l’avenir de l’Europe, mai 2022.

(10) Draghi, M. (2024), The future of European Competitiveness, partie A: «A competitiveness strategy for Europe».

(11) Kowald, K. et Pari, M. (2025), Future of EU long-term financing — Post-2027 needs and how to finance them, service de recherche du Parlement européen.

(12) Résolution du Parlement européen du 10 mai 2023 [2022/2127(INI)].


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/8/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)