Initiative législative52025IP0035

P10_TA(2025)0035 — La nécessité du soutien de l’Union en faveur d’une transition et d’une reconstruction justes en Syrie — Résolution du Parlement européen du 12 mars 2025 sur la nécessité du soutien de l’Union en faveur d’une transition et d’une reconstruction justes en Syrie (2025/2569(RSP))

CELEX52025IP0035
TypeInitiative législative
Datemercredi 12 mars 2025

Résumé IA

Cette résolution du Parlement européen, adoptée le 12 mars 2025, appelle l'Union européenne à intensifier son soutien en faveur d'une transition politique inclusive et d'une reconstruction juste en Syrie, dans le respect du droit international et des droits de l'homme. Le texte insiste sur la nécessité de conditionner l'aide européenne à des progrès tangibles en matière de justice transitionnelle, de lutte contre l'impunité et de respect des minorités. Pour le professionnel du droit français, cette initiative législative non contraignante fixe un cadre politique pour l'action extérieure de l'UE, pouvant influencer les futures sanctions et programmes d'aide.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/3152

20.6.2025

P10_TA(2025)0035

La nécessité du soutien de l’Union en faveur d’une transition et d’une reconstruction justes en Syrie

Résolution du Parlement européen du 12 mars 2025 sur la nécessité du soutien de l’Union en faveur d’une transition et d’une reconstruction justes en Syrie (2025/2569(RSP))

(C/2025/3152)

Le Parlement européen,

vu la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) du 18 décembre 2015,

vu la création de l’institution indépendante des Nations unies chargée de la question des personnes disparues en République arabe syrienne, en vertu de la résolution 77/301 de l’Assemblée générale des Nations unies du 29 juin 2023,

vu sa recommandation du 28 février 2024 au Conseil, à la Commission et à la vice-présidente de la Commission / haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité concernant la situation en Syrie (1),

vu la déclaration de la haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité du 9 décembre 2024,

vu les conclusions du Conseil du 19 décembre 2024,

vu les mandats d’arrêt internationaux émis par le tribunal judiciaire de Paris les 14 novembre 2023 et 21 janvier 2025 à l’encontre de Bachar al-Assad et des membres de sa famille, ainsi que les affaires de compétence universelle portées devant les tribunaux européens,

vu la déclaration conjointe des gouvernements de la France, de la Syrie, de l’Allemagne, de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, du Canada, de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Espagne, de la Grèce, de l’Iraq, de l’Italie, du Japon, de la Jordanie, du Koweït, du Liban, d’Oman, du Qatar, du Royaume-Uni et de la Turquie, de l’Union européenne, de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Syrie, du secrétaire général de la Ligue des États arabes et du secrétaire général du Conseil de coopération des États arabes du Golfe du 13 février 2025,

vu la décision 2025/406/PESC du Conseil du 24 février 2025 modifiant la décision 2013/255/PESC concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Syrie (2),

vu le communiqué publié à l’issue de la conférence de dialogue national qui s’est tenue à Damas le 25 février 2025,

vu la déclaration du porte-parole du Service européen pour l’action extérieure du 8 mars 2025 sur l’évolution récente de la situation en Syrie,

vu l’article 136, paragraphes 2 et 4, de son règlement intérieur,

A.

considérant qu’un changement historique s’est produit en Syrie en décembre 2024, lorsque la coalition rebelle dirigée par le groupe armé Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), l’armée nationale syrienne, la Chambre des opérations du Sud (anciennement le Front du Sud) et plusieurs autres forces d’opposition a renversé le régime meurtrier de Bachar al-Assad; que l’effondrement historique de la dynastie Assad marque la fin d’un demi-siècle de souffrances du peuple syrien, et ce alors que le pays a connu une tyrannie et un chaos sans précédent après la répression brutale du soulèvement de 2011 par le régime de Bachar al-Assad, qui a débouché sur une guerre civile, ainsi que le début d’un nouveau chapitre pour le peuple syrien et le Moyen-Orient dans son ensemble;

B.

considérant que le régime renversé de Bachar al-Assad s’est livré à des actes de répression systématique, à des arrestations massives, à des actes de tortures, à des disparitions forcées, à des exécutions extrajudiciaires et à d’autres violations graves des droits de l’homme, et qu’il est responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité attestés, y compris des actes dirigés contre les civils, de sièges menant à la famine de masse, de l’utilisation de bombes-barils et du déploiement d’armes chimiques, en violation du droit international; que, depuis 2011, au moins un demi-million de Syriens sont morts et 14 millions ont été contraints de fuir leur foyer, parmi lesquels environ 7 millions ont été déplacés à l’intérieur du pays, à la suite de la répression féroce et de l’ingénierie démographique perpétrées par le régime Assad et ses alliés ainsi que par les groupes terroristes; que le sort et le lieu de détention de dizaines de milliers de personnes restent inconnus;

C.

considérant que la Russie et l’Iran, sous couvert d’alliances stratégiques, ont été à la fois des facilitateurs et des intervenants actifs dans la guerre menée par le régime sanglant de Bachar al-Assad contre sa propre population et ont utilisé la Syrie comme un champ de bataille géopolitique propice à la déstabilisation de la région, comme une plaque tournante pour le trafic d’armes et de stupéfiants, ainsi que comme un terrain d’essai pour les capacités et les tactiques militaires, en ciblant systématiquement les infrastructures civiles et les convois d’aide humanitaire, en violation manifeste du droit international; que le pouvoir exercé par Bachar al-Assad reposait sur l’appui constant de la Russie et de l’Iran et sur l’apport d’hommes et d’armes qu’ils lui assuraient, ainsi que sur celui de leurs forces supplétives, notamment le groupe Wagner, le Hezbollah libanais, les milices irakiennes et les mercenaires afghans; que la chute soudaine du régime constitue une défaite géostratégique patente pour les deux pays;

D.

considérant qu’après avoir joué un rôle de premier plan dans le renversement du régime, Ahmed al-Charaa, ancien dirigeant du HTS, a été désigné président par intérim et a engagé un processus de transition politique, prévoyant une nouvelle constitution et la tenue d’élections dans quatre à cinq ans; que le président par intérim a été chargé de former un conseil législatif temporaire, qu’il a désigné un gouvernement intérimaire et qu’il s’est engagé à mettre en place, d’ici au début du mois de mars 2025, un nouveau gouvernement non confessionnel, global, crédible et inclusif qui reflète la diversité ethnique et religieuse de la Syrie; que, les 24 et 25 février 2025, le gouvernement intérimaire syrien a organisé la conférence du dialogue national annoncée; que la constitution syrienne de 2012 a été annulée et que l’Assemblée du peuple et le parti Baas ont été dissous; que de nombreux groupes armés ont aussi officiellement accepté de se dissoudre et d’intégrer l’armée syrienne;

E.

considérant que l’Union européenne a, à juste titre, refusé de normaliser ses relations avec le régime Assad jusqu’à la chute de celui-ci et a joué un rôle important comme grand pourvoyeur d’aide humanitaire aux populations civiles syriennes et comme terre d’accueil de 1,3 million de réfugiés fuyant les conflits; que, depuis 2011, l’Union et ses États membres ont mobilisé plus de 33,3 milliards d’euros d’aide humanitaire, d’aide au développement, d’aide économique et d’aide à la stabilisation, en mettant l’accent sur l’aide vitale, sur des programmes de résilience et sur la mise en œuvre politique de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité des Nations unies; qu’en décembre 2024, l’Union européenne a mis en place un pont aérien humanitaire afin d’apporter des soins d’urgence et d’acheminer d’autres fournitures essentielles; qu’au lendemain de la chute du régime Assad, certains États membres ont annoncé une suspension des demandes d’asile en cours déposées par des Syriens; que l’Union a suspendu des sanctions à l’encontre de secteurs économiques clés afin de faciliter le dialogue avec la Syrie et sa reconstruction;

F.

considérant que les autorités intérimaires contrôlent le territoire syrien en très grande partie, mais pas en totalité, et que la situation générale en matière de sécurité reste fragmentée et instable en Syrie; que les événements violents, y compris les meurtres motivés par la vengeance, la violence sectaire et les activités criminelles, semblent augmenter, en particulier dans les zones côtières et rurales; que, depuis le 6 mars 2025, des groupes armés pro-Assad, et probablement d’autres groupes, ont mené des attaques coordonnées dans les gouvernorats de Lattaquié, Tartous et Homs, ce qui a entraîné des affrontements meurtriers avec les forces de sécurité syriennes; qu’en retour, des membres des forces de sécurité syriennes et de l’armée nationale syrienne, des combattants étrangers et des djihadistes auraient participé à des actes de représailles et à des exécutions injustifiables visant des civils alaouites en raison de leur appartenance ethno-religieuse; déplore également l’assassinat confirmé d’au moins dix chrétiens; que, malgré la déclaration du président de fait, Ahmed al-Charaa, les combats ont duré plusieurs jours et ont fait jusqu’à présent plus de 1 000 victimes; que le président de fait, Ahmed al-Charaa, a annoncé la création d’une «commission d’enquête» et d’une «commission supérieure»;

G.

considérant que le nord-est de la Syrie est encore administré par l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie et contrôlée militairement par les forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes; que, le 10 mars 2025, un accord en vue de leur intégration au sein de toutes les institutions de l’État syrien a été signé conjointement par le président de fait, Ahmed al-Sharaa, et le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi; que, depuis décembre 2024, les milices de l’ANS soutenues par la Turquie, dont certaines n’ont pas été intégrées au gouvernement de transition, et la Turquie elle-même, ont intensifié les attaques et les incursions dans le nord de la Syrie, dont des attaques contre des civils et des infrastructures civiles dans les zones de Manbij et de Kobané susceptibles de constituer des crimes de guerre;

H.

considérant qu’Israël occupe une partie du territoire syrien sur le plateau du Golan depuis 1967; qu’après le renversement du régime d’Assad, Israël s’est aussi emparé de la zone démilitarisée au-delà du plateau du Golan où patrouillent les Nations unies et a mené plusieurs frappes sur des cibles militaires en Syrie; que le ministre israélien de la défense a déclaré que «les forces de défense israéliennes resteront indéfiniment au sommet du mont Hermon et dans la zone de sécurité»;

I.

considérant que la Russie cherche à conserver ses bases militaires en Syrie, en particulier la base navale de Tartous et l’aérodrome militaire d’Hmeimim; que Bachar el-Assad et sa famille ont fui le pays après avoir obtenu l’asile politique en Russie; que la Russie et les nouvelles autorités syriennes ont établi des contacts diplomatiques;

J.

considérant que le régime d’Assad a soutenu l’invasion de l’Ukraine par la Russie et a reconnu les régions occupées de Louhansk et de Donetsk en Ukraine ainsi que la région d’Abkhazie en Géorgie; que le service de renseignement militaire d’Ukraine a systématiquement signalé que la Russie entraînait des mercenaires recrutés en Syrie pour l’aider dans sa guerre contre l’Ukraine; que l’initiative «Grain from Ukraine» a été déployée en Syrie après la suspension des exportations alimentaires russes;

K.

considérant que Daech a causé d’innommables souffrances en Syrie et perpétré de nombreux attentats dans le monde et qu’elle continue ses opérations en Syrie et depuis ce pays, en s’appuyant sur son centre de planification des opérations extérieures implanté dans la région de Badia; qu’environ 10 000 combattants de Daech et 40 000 membres de leur famille sont actuellement détenus dans les centres de détention d’Al-Hol et de Roj sous la surveillance, principalement, des FDS dirigés par les Kurdes; que, selon certaines sources, les forces de sécurité syriennes pourraient reprendre la gestion des centres de détention dans le prolongement de l’accord conclu le 10 mars 2025 entre le président de fait, Ahmed al-Sharaa, et le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi;

L.

considérant que la population chrétienne de Syrie a fortement diminué depuis 2011, car prise pour cible par le régime Assad ainsi que par Daech et d’autres groupes terroristes;

M.

considérant que la situation en Syrie demeure l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, neuf Syriens sur dix vivant sous le seuil de pauvreté et près de 17 millions de personnes, soit 70 % de la population, ayant besoin d’une aide humanitaire en raison de l’insécurité alimentaire généralisée et du manque d’infrastructures et de services publics de base;

N.

considérant que, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, la réponse humanitaire en faveur de la Syrie est largement sous-financée, puisqu’elle a permis de mobiliser moins de 10 % des 1,2 milliard de dollars nécessaires jusqu’en mars 2025; que le décret, pris par l’administration du président américain Donald Trump, qui a instauré pour 90 jours une suspension de tous les programmes d’aide extérieurs, y compris ceux administrés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a des répercussions sur les programmes humanitaires et les organisations non gouvernementales qui interviennent sur le terrain en Syrie et ne manquera d’en avoir encore; que le Royaume-Uni et plusieurs États membres de l’Union européenne ont également annoncé des réductions importantes de leurs budgets d’aide internationale;

O.

considérant que la situation économique de la Syrie est désastreuse, avec une inflation qui flambe, atteignant un niveau record de 40,2 % en 2024, des pénuries d’électricité et des matières premières qui renchérissent; que l’effondrement de l’économie syrienne a été exacerbé par la corruption du régime, par des politiques économiques prédatrices et par la dépendance à l’égard d’activités illicites, dont la production et le trafic de Captagon; qu’un effort colossal de reconstruction devra être déployé en même temps que le pays devra s’attacher à instaurer une économie de marché ouverte, compte tenu de l’effondrement des exportations par rapport aux niveaux d’avant-guerre;

P.

considérant que 5,5 millions de réfugiés syriens vivent dans les cinq pays limitrophes de la Syrie, à savoir la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Iraq et l’Égypte, et que l’Union apporte son concours pour les aider à en assumer les coûts; que depuis l’effondrement du régime d’Assad, environ 500 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et 300 000 réfugiés qui avaient quitté la Syrie sont retournés dans leur région d’origine, où des services inadaptés, des moyens de subsistance limités et des infrastructures endommagées entravent leur réintégration durable;

1.

salue le courage, la dignité et la résilience du peuple syrien, qui est finalement parvenu à renverser la féroce dictature d’Assad; rend hommage aux innombrables victimes du régime; demande que l’Union saisisse cette occasion historique de soutenir une transition politique menée par les Syriens pour unifier et reconstruire le pays, ainsi que d’aider la Syrie à mener à bien sa reconstruction et à effectuer une transition politique juste et inclusive; demeure toutefois préoccupé par la grande instabilité qui règne en Syrie et dans la région; souligne que le Proche-Orient, le voisinage méridional de l’Union européenne et l’Union elle-même ont beaucoup à gagner à l’instauration d’une Syrie stable et pacifique;

2.

se félicite du nouveau départ pris par les relations entre l’Union et la Syrie, qu’illustrent la nomination d’un chargé d’affaires de l’UE à Damas, le dialogue diplomatique et les réunions à haut niveau auxquels participent des dirigeants des États membres et de l’Union, ainsi que l’organisation anticipée de la neuvième conférence de Bruxelles, qui doit avoir lieu le 17 mars 2025; encourage l’Union et tous ses États membres à collaborer avec les autorités par intérim de la Syrie de façon transparente, coordonnée et responsable et à se montrer disposés à apporter leur aide au renforcement de l’État s’il y a lieu; se félicite du dialogue mené avec les partenaires régionaux suivant le «format d’Aqaba»;

3.

est fermement convaincu que la stabilité de la Syrie naîtra d’une transition politique pluraliste incluant des représentants crédibles de toutes les composantes de la société syrienne et de toutes les zones géographiques, à savoir toutes les religions et communautés ethniques, les femmes, la société civile et les forces d’opposition pacifiques; se félicite que le président par intérim reconnaisse la diversité de la Syrie tout en prenant acte du fait que la composition du gouvernement par intérim actuel n’est pas représentative à cet égard; souligne combien il importe que le futur gouvernement incarne ce pluralisme, que le futur cadre constitutionnel garantisse l’égalité des droits et des chances pour tous les Syriens, conformément aux principes démocratiques, à l’état de droit ainsi qu’aux droits et libertés fondamentaux, dont la liberté de religion, telle qu’elle est protégée par le droit international, et que le respect de ces droits dans les décisions nationales et locales soit attesté de manière concrète et manifeste;

4.

prend acte, à cet égard, de la conférence de dialogue national qui s’est tenue le 25 février 2025 et qui porte le germe d’une culture du dialogue pour tous les Syriens; se déclare préoccupé par l’exclusion des représentants politiques kurdes, ainsi que par le défaut de représentation de toutes les composantes de la société civile syrienne, en particulier des femmes; rappelle en outre qu’il convient de poursuivre ce dialogue afin d’éviter que les antagonismes et la discorde ne s’amplifient entre les principales composantes de la société syrienne et que la situation sécuritaire déjà fragile ne devienne plus instable encore; invite le gouvernement par intérim à élaborer une feuille de route exposant son plan pour mener à bien le processus de transition politique et améliorer la transparence à l’égard des citoyens syriens;

5.

relève avec inquiétude le passé violent des factions qui ont renversé le régime Assad et qui participent aujourd’hui au gouvernement; prend bonne note des déclarations d’intention encourageantes du président par intérim, mais s’engage à surveiller l’action des autorités nationales et locales pour évaluer l’opportunité d’aller plus loin dans la coopération; exprime son optimisme prudent quant au comportement adopté par les autorités intérimaires à l’égard de la liberté de religion et les encourage à mettre en place de nouvelles mesures de confiance; invite la haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et les États membres à s’exprimer systématiquement contre toute violation éventuelle des libertés fondamentales et des droits de l’homme en Syrie par le gouvernement intérimaire ou d’autres groupes;

6.

est profondément préoccupé par la fragilité de la situation sécuritaire en Syrie, en particulier dans la zone côtière, et condamne vigoureusement les mouvements de rétorsion qui visent la communauté alaouite au motif de ses liens supposés avec le régime Assad; invite les autorités intérimaires à contenir toutes les factions violentes, y compris celles appelées à intégrer l’armée ou les forces de sécurité syriennes, à protéger tous les citoyens civils contre la violence et à garantir leur droit à vivre en sécurité; demande que des enquêtes rapides, transparentes et impartiales soient menées sur tous les assassinats et autres violations et que les responsables aient à répondre de leurs actes, conformément aux normes juridiques internationales; presse le gouvernement intérimaire de veiller à ce que toutes les nominations à des fonctions militaires et à des postes liés à la sécurité soient strictement fondées sur des qualifications professionnelles, sur le respect du droit international en matière de droits de l’homme et du droit international humanitaire, et sur un engagement en faveur de la lutte contre le terrorisme; se déclare préoccupé par la présence de combattants extrémistes étrangers, dont des citoyens européen, parmi les forces qui ont renversé le régime Assad, et met en garde contre leur intégration permanente à l’appareil syrien de sécurité; reconnaît que le risque d’insurrection de la part de groupes armés fidèles à l’ancien régime complique la mise en place ordonnée d’un État; encourage les autorités intérimaires à organiser le désarmement des organisations paramilitaires et des civils;

7.

salue le rôle inestimable joué par la société civile, en Syrie et ailleurs, qui a été le dépositaire et le défenseur des aspirations du peuple syrien tout au long des années qu’a duré la répression violente; rend hommage en particulier aux Casques blancs, cible d’une campagne de dénigrement orchestrée par le régime et soutenue par la Russie; demande à l’Union européenne d’accroître son soutien financier, en particulier aux organisations de la société civile syriennes, pour les aider à s’adapter à l’évolution de leurs conditions d’intervention, en portant une attention particulière au dialogue civique, notamment entre les communautés ethniques, culturelles et religieuses, afin de favoriser le pluralisme, la coexistence pacifique et la confiance dans la société syrienne;

8.

souligne qu’il est important de tenir compte du rôle joué par les violences sexuelles et sexistes dans les processus de justice et de responsabilisation, et salue l’importance des politiques visant à garantir la pleine participation et représentation des femmes dans la vie politique, ainsi que leur autonomisation économique; réclame, en outre, des mesures spécifiques pour lutter contre les souffrances infligées aux enfants;

9.

est préoccupé par la croissance exponentielle de la désinformation provenant à la fois de l’intérieur de la Syrie et de l’étranger; met en garde contre le risque d’instrumentalisation des communautés, y compris par des acteurs étrangers; souligne la nécessité de voir éclore un paysage médiatique pluraliste opérant à l’abri de la censure et dans le cadre d’une liberté de la presse protégée par la loi; demande à l’Union européenne et à ses États membres de continuer de fournir des moyens financiers et de renforcer les capacités à cet égard;

10.

est fermement convaincu que la réussite de la transition politique syrienne, notamment la sauvegarde de la paix civile et l’instauration de la confiance dans les institutions de l’État, réside dans un dispositif de justice transitionnelle et de réconciliation permettant de lutter contre l’impunité de tous ceux qui sont responsables de violations du droit humanitaire international et de violations des droits de l’homme; demande que la réforme de la justice soit une priorité politique à laquelle il faut s’atteler de toute urgence; encourage le gouvernement syrien intérimaire à établir une commission indépendante pour la justice transitionnelle afin que toutes les factions répondent des violations des droits de l’homme qu’elles ont commises dans le passé, et souligne qu’il est impossible de parvenir à l’unification militaire sans un mécanisme judiciaire crédible qui permettra d’instaurer la confiance au sein des groupes armés et auquel participeront notamment des représentants des factions méridionales, les FDS et d’anciens officiers du régime;

11.

invite les autorités intérimaires à coopérer pleinement avec les instances internationales compétentes, en particulier avec les mécanismes des Nations unies chargés spécialement d’enquêter sur les crimes graves commis en Syrie, dont le Mécanisme international, impartial et indépendant, la commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie, l’institution indépendante chargée de la question des personnes disparues et la Rapporteure spéciale des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et à faciliter leurs activités sur le terrain; encourage la Syrie à ratifier le statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) et à aligner sa législation nationale sur celui-ci, ainsi qu’à conférer à la CPI une compétence rétroactive au moyen d’une déclaration; rend hommage au rôle irremplaçable joué par Farid Al-Mazhan («César») dans la collecte de preuves des crimes du régime, ainsi qu’au travail accompli par le Réseau syrien des droits de l’homme pour assurer le suivi des disparitions; souligne qu’il importe à présent que ces processus soient menés à leur terme; demande à l’Union d’appuyer le renouvellement du mandat de la commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie et d’augmenter le financement de tous les mécanismes nécessaires, compte tenu notamment du désinvestissement des États-Unis;

12.

salue les mesures prises pour lutter contre l’impunité avec l’ouverture en Allemagne, en France et dans d’autres États membres, dans le cadre d’affaires relevant de la compétence universelle, de poursuites contre des individus liés au régime Assad et à Daech; encourage les tribunaux à poursuivre ces actions et espère que le recueil d’éléments nouveaux et la coopération fructueuse avec les autorités syriennes déboucheront sur la progression notable des enquêtes et de condamnations;

13.

insiste pour que les autorités syriennes de transition prennent toutes mesures pour obtenir et préserver les preuves physiques de crimes internationaux graves dans l’ensemble du pays, y compris par la coopération et le dialogue avec des experts internationaux et les mécanismes internationaux en place et pour accorder à toutes les organisations compétentes l’accès aux documents d’archives; encourage l’Union à fournir son appui pour la collecte en temps utile d’éléments de preuve sur le terrain, avec notamment des équipements et des expertises médico-légaux pour repérer et analyser les fosses communes, ainsi que le recueil de témoignages de rescapés;

14.

souligne que la Syrie est l’un des pays les plus pollués par les mines; s’inquiète du nombre croissant de victimes, y compris d’enfants, qui ont été tuées ou blessées par des mines et d’autres explosifs, un problème qui ne fait que s’aggraver à mesure que les retours deviennent plus nombreux; salue les efforts déployés par les organisations internationales et locales pour identifier, marquer et éliminer les munitions explosives et demande que l’Union apporte d’urgence son appui aux opérations de déminage aux côtés des acteurs spécialisés et des autorités syriennes;

15.

condamne une nouvelle fois avec la plus grande fermeté l’effroyable emploi fait des armes chimiques par le régime Assad contre des civils syriens; se félicite que le gouvernement intérimaire syrien ait annoncé qu’il détruirait tout stock d’armes chimiques restant en Syrie et dit de sa volonté de coopérer avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques;

16.

salue la détermination déployée par les autorités intérimaires pour faire cesser la production et le trafic de drogue, en particulier de captagon, qui ont des répercussions dommageables sur l’ensemble de la région depuis des années; encourage la coopération internationale contre le trafic de drogue et d’armes et la traite des êtres humains;

17.

souligne qu’il importe de protéger le patrimoine culturel syrien et demande une collaboration internationale afin de restaurer les sites historiques et les monuments religieux et d’empêcher le commerce illicite d’objets pillés; presse l’Union européenne à soutenir la Syrie dans ses efforts visant à restaurer les zones et les lieux d’importance culturelle pour la population syrienne et l’humanité, y compris le site de Palmyre, inscrit sur la liste de l’Unesco, qui a été partiellement détruit de façon révoltante par Daech en 2015;

18.

constate que l’économie syrienne est en ruine, et que des déficits d'investissement considérables entravent la stabilisation des prix et la création durable d’emplois, il faut combler les profonds déficits d’investissement dont elle pâtit; demande que toutes les mesures nécessaires soient prises pour encourager et faciliter les investissements directs étrangers dans le respect des normes internationales, et que soient mises en place des réformes portant sur le droit au logement, les droits fonciers et les droits de propriété, ainsi que des politiques visant à favoriser un développement équilibré des zones urbaines et rurales afin de réduire les disparités régionales; encourage la séparation économique d’avec la Russie et l’Iran étant donné que ces deux pays ont profité de l’effondrement économique de la Syrie pour extraire des ressources et contrôler les industries stratégiques du pays;

19.

salue la suspension progressive et conditionnelle des sanctions dans toute une série de secteurs économiques et la prorogation illimitée des exemptions humanitaires; souligne que, malgré de récents ajustements, les politiques de sanctions de l’Union, des États-Unis et du Royaume-Uni à l’égard de la Syrie constituent un obstacle aux efforts de reconstruction; invite la Commission et le Conseil à s’adresser aux autres pays qui imposent des sanctions à la Syrie, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni; est favorable à une levée totale, mais réversible, de toutes les sanctions sectorielles, avec une attention particulière pour le secteur financier, de manière à donner à l’économie syrienne le poumon dont elle a tant besoin, tout en surveillant attentivement le processus de transition politique; prévoit que la surconformité demeurera un problème tant que des sanctions américaines et britanniques de grande ampleur seront en vigueur, compte tenu notamment de leur dimension extraterritoriale invite la Commission et les États membres à fournir aux entreprises et aux banques européennes des assurances juridiques pour éviter la surconformité; demande néanmoins le maintien des sanctions individuelles imposées au personnel militaire, aux fonctionnaires, aux entités commerciales et aux personnes liés à la famille Assad; souhaite que, lors du réexamen annuel du régime de sanctions de l’Union avant son expiration le 1er juin 2025, la pertinence de toutes les sanctions renouvelées soit évaluée de manière adéquate pour répondre au besoin de clarté, et demande au Conseil européen de définir et de communiquer clairement les mesures précises que les autorités syriennes doivent mettre en œuvre pour obtenir un nouvel allégement des sanctions ou éviter l’activation d’un mécanisme de rétablissement de celles-ci;

20.

se félicite de l’annonce de la Commission d’allouer 235 millions d’euros d’aide humanitaire supplémentaire aux Syriens et invite l’Union européenne et ses États membres à soutenir les efforts d’aide humanitaire et de développement, tout en maintenant le soutien financier aux pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens; invite l’Union à explorer des voies d’utilisation des avoirs gelés du régime d’Assad pour un fonds fiduciaire consacré à la reconstruction de la Syrie ainsi qu’à la réinsertion et à l’indemnisation des victimes; est extrêmement préoccupé par la suspension de tous les financements USAID liés à la Syrie ou aux réfugiés syriens, ainsi que par la non-participation prévue des États-Unis à la prochaine conférence de Bruxelles;

21.

demande à l’Union d’étendre stratégiquement son champ d’action au-delà de l’aide humanitaire, en incluant la relance et la reconstruction économiques accélérées et rapides dans des secteurs clés, tels que l’énergie, l’approvisionnement en eau, les soins de santé et l’éducation, afin d’obtenir des résultats tangibles tout en veillant à ce que la programmation s’accompagne d’un devoir de diligence et d’un suivi indépendant; prie instamment l’Union européenne et ses États membres de convenir de la fourniture conjointe d’un financement durable lors de la neuvième conférence de Bruxelles qui se tiendra prochainement;

22.

salue les décisions prises, par exemple, par la France d’autoriser les réfugiés à rentrer en Syrie pour participer à sa reconstruction sans pour autant compromettre leur statut, et notamment à y effectuer des visites de reconnaissance; invite les États membres et les pays tiers à reproduire d’urgence cette initiative; invite la Commission à encourager les États membres et à leur fournir des orientations et de bonnes pratiques sur la mise en œuvre du droit de l’Union en la matière, y compris en ce qui concerne la différence entre «voyage» et «ré-établissement»; insiste sur la nécessité de soumettre toutes les demandes d’asile et tous les renouvellements du statut de réfugié à un examen individuel et approfondi; souligne l’importance d’une participation équilibrée de la diaspora syrienne au processus de transition politique, car elle constitue un atout essentiel pour la transition et la reconstruction du pays; reconnaît l’importance des envois de fonds parallèlement à l’aide publique au développement et invite instamment les États membres à lever toute restriction à l’envoi de fonds vers la Syrie; rappelle en outre que, conformément à la convention des Nations unies relative au statut des réfugiés, les conditions pour un retour sûr, volontaire et digne des réfugiés ne peuvent être remplies qu’à la suite de changements fondamentaux et durables en Syrie;

23.

rappelle la présence en Syrie de plus de 400 000 réfugiés palestiniens, dont certains ont été déplacés à plusieurs reprises, et le rôle que joue l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) pour répondre aux besoins de cette population; rappelle que le camp de Yarmouk a été assiégé par les factions assadistes de 2013 à 2015;

24.

invite la Syrie à rompre avec ses alliances notoires de longue date avec Téhéran et Moscou, qui ont causé des souffrances au peuple syrien et une déstabilisation dans le Moyen-Orient et au-delà; invite en outre les autorités syriennes intérimaires à mettre fin à la présence militaire russe en Syrie; condamne la Russie pour avoir accueilli Bachar Al-Assad et sa famille et les avoir protégés de la justice internationale, après avoir entravé la justice en interférant activement dans les enquêtes internationales et en s’opposant aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU visant à lutter contre les crimes de guerre commis par le régime syrien et par ses propres forces;

25.

invite les pays limitrophes à respecter l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et à cesser immédiatement toutes leurs attaques et incursions sur le territoire syrien ainsi que son occupation, en pleine conformité avec le droit international;

26.

est fermement convaincu que l’unification de toutes les composantes de la Syrie, y compris l’intégration de toutes les factions armées au sein d’une armée nationale, nécessite une solution politique négociée conduite par les Syriens; demande à l’Union et aux États membres d’utiliser toutes les voies diplomatiques pour plaider en faveur de la stabilisation de la Syrie, qui est dans l’intérêt de la plupart des pays de la région, et soutenir les discussions en vue d’une solution pacifique et stable et de veiller à ce que le bien-être et la préservation des libertés fondamentales et des droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que l’égalité entre les hommes et les femmes de tous les Syriens, notamment ceux qui vivent dans le nord-est de la Syrie, restent au centre des décisions; salue, à cet égard, l’accord conclu le 10 mars 2025 entre le président de fait, Ahmed Al-Charaa, et le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, et espère que sa mise en œuvre se déroulera sans heurts; prend acte du résultat positif des négociations tenues il y a peu entre les groupes armés kurdes de Turquie et le gouvernement turc en vue du désarmement;

27.

insiste sur le fait que les différents groupes ethniques et religieux doivent être protégés afin de créer une Syrie pacifique; invite dès lors l’Union européenne et les États membres à soutenir le processus de mise en œuvre de l’accord entre le gouvernement de transition syrien et l’Administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie, dirigée par les Kurdes, afin de garantir la pleine reconnaissance de la communauté kurde et sa participation politique en Syrie;

28.

souligne l’importance de la lutte menée par la coalition internationale contre Daech, qui a bénéficié du soutien inestimable des combattants kurdes, et appelle à une coopération étroite entre cette coalition et le gouvernement intérimaire syrien afin d’empêcher Daech et d’autres groupes djihadistes de se réorganiser; exprime sa vive inquiétude devant le fait que, non seulement, les attaques conduites ou soutenues par la Turquie dans le nord-est de la Syrie font des victimes civiles et viennent accroître le nombre des personnes déplacées à l’intérieur du pays, mais aussi qu’elles compromettent l’efficacité et la continuité de la lutte contre Daech; invite instamment les autorités intérimaires à afficher clairement leur détermination à lutter contre le terrorisme et à coopérer avec les partenaires internationaux tant pour combattre les cellules actives qui demeurent en Syrie que pour enquêter sur les crimes commis antérieurement, notamment contre la communauté yézidie;

29.

demande instamment qu’une solution durable soit trouvée entre toutes les parties concernées, ces camps restant propices à la radicalisation et constituant une menace latente pour la sécurité en Syrie comme en Europe; met en garde contre le risque grave que le désengagement soudain des États-Unis dans la région ferait peser sur la sécurité internationale dans ce contexte d’incertitude; exhorte une nouvelle fois les États membres à rapatrier tous leurs ressortissants, et tout spécialement les enfants, d’Al-Hol et de Roj et à faire juger les adultes dans le cadre de procédures équitables;

30.

demande à la République islamique d’Iran de cesser toutes ses activités visant à torpiller les mesures politiques et économiques prises par le gouvernement intérimaire syrien et à modifier le statu quo par la force; félicite les autorités intérimaires pour avoir intercepté avec succès des cargaisons d’armes iraniennes destinées au Hezbollah au Liban et se réjouit de l’effondrement total des vastes infrastructures et réseaux iraniens en Syrie;

31.

salue l’engagement pris par le président de facto al-Charaa de s’employer à nouer des relations pacifiques avec tous les voisins de la Syrie; invite les autorités syriennes intérimaires à veiller à ce que cet engagement soit traduit en actes afin d’empêcher que des menaces ne pèsent sur la sécurité sur les pays voisins et au-delà et de s’abstenir d’en faire peser;

32.

condamne les responsables politiques européens, dont des députés européens, anciens ou actuels, qui ont relayé à plusieurs reprises des discours pro-Assad et se sont employés activement à en disculper la dictature sanguinaire; se dit vivement préoccupé par l’invitation émise dernièrement par l’intergroupe «Chrétiens du Moyen-Orient» d’organisations étroitement liées à des assadites visés par des sanctions de l’Union européenne;

33.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution aux institutions compétentes de l’Union, aux gouvernements et aux parlements des États membres et au gouvernement syrien par intérim, et de la faire traduire et publier en arabe.


(1) JO C, C/2024/6749, 26.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6749/oj.

(2) JO L, 2025/406, 25.2.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/dec/2025/406/oj.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3152/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)