P10_TA(2025)0092 — Rapports 2023 et 2024 sur la Turquie — Résolution du Parlement européen du 7 mai 2025 sur les rapports 2023 et 2024 de la Commission sur la Turquie (2025/2023(INI))
| CELEX | 52025IP0092 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 7 mai 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/577 | 24.2.2026 |
P10_TA(2025)0092
Rapports 2023 et 2024 sur la Turquie
Résolution du Parlement européen du 7 mai 2025 sur les rapports 2023 et 2024 de la Commission sur la Turquie (2025/2023(INI))
(C/2026/577)
Le Parlement européen,
| — | vu les conclusions du Conseil européen des 17 et 18 avril 2024, du 30 juin 2023, du 23 juin 2022, du 24 juin 2021 et du 12 décembre 2019, ainsi que toutes les précédentes conclusions du Conseil et du Conseil européen sur le sujet, |
| — | vu l’adhésion de la Turquie au Conseil de l’Europe et à l’OTAN, |
| — | vu l’accord entre l’Union européenne et la République de Turquie concernant la réadmission des personnes en séjour irrégulier (1) (accord de réadmission UE-Turquie), |
| — | vu la déclaration des membres du Conseil européen sur la Turquie du 25 mars 2021, |
| — | vu les déclarations UE-Turquie du 18 mars 2016 et du 29 novembre 2015, |
| — | vu le cadre pour les négociations avec la Turquie du 3 octobre 2005, |
| — | vu la déclaration de la Communauté européenne et de ses États membres du 21 septembre 2005, à la suite de la déclaration faite par la Turquie lors de sa signature, le 29 juillet 2005, du protocole additionnel à l’accord d’Ankara, |
| — | vu les conclusions du Conseil de décembre 2006 et mars 2020, et les conclusions de la présidence du Conseil européen de Copenhague des 21 et 22 juin 1993, également connues sous le nom de critères de Copenhague, |
| — | vu les conclusions du Conseil sur l’élargissement du 17 décembre 2024 et du 12 décembre 2023, |
| — | vu le droit international de la mer et la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), |
| — | vu la communication de la Commission du 30 octobre 2024 sur la politique d’élargissement de l’UE (COM(2024)0690) et le rapport 2024 sur la Turquie qui l’accompagne (SWD(2024)0696), |
| — | vu la communication de la Commission du 8 novembre 2023 sur la politique d’élargissement de l’UE (COM(2023)0690) et le rapport 2023 sur la Turquie qui l’accompagne (SWD(2023)0696), |
| — | vu le rapport spécial 06/2024 de la Cour des comptes européenne du 24 avril 2024 intitulé «La facilité en faveur des réfugiés en Turquie – Un plus pour les réfugiés et les communautés d’accueil, mais un impact et une durabilité encore incertains», |
| — | vu les communications conjointes de la Commission et du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité au Conseil européen du 29 novembre 2023 (JOIN(2023)0050) et du 22 mars 2021 (JOIN(2021)0008) intitulées «État des lieux en ce qui concerne les relations politiques, économiques et commerciales entre l’UE et la Turquie», |
| — | vu la communication de la Commission du 19 décembre 2024 intitulée «Huitième rapport annuel sur la facilité en faveur des réfugiés en Turquie» (COM(2024)0593), |
| — | vu les principes fondamentaux du droit international et la charte des Nations unies, les accords de haut niveau de 1977 et de 1979 entre les dirigeants des deux communautés, ainsi que les résolutions correspondantes du Conseil de sécurité des Nations unies sur Chypre, y compris la résolution 186 (1964) du 4 mars 1964, qui réaffirme la souveraineté de la République de Chypre, la résolution 550 (1984) du 11 mai 1984 sur les actions sécessionnistes à Chypre, la résolution 789 (1992) du 25 novembre 1992 et la résolution 2537 (2020) sur la force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), |
| — | vu l’article 46 de la convention européenne des droits de l’homme, qui dispose que les hautes parties contractantes s’engagent à se conformer aux arrêts définitifs de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans les litiges auxquels elles sont parties, et l’obligation qui en découle pour la Turquie de se conformer à tous les arrêts de la CEDH, |
| — | vu les résolutions du Comité des ministres du Conseil de l’Europe sur le sujet, |
| — | vu le rapport 2025 «Freedom in the World» publié par Freedom House, |
| — | vu le classement mondial 2024 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières, |
| — | vu le rapport de janvier 2025 sur les statistiques pénitentiaires publié par la Civil Society in the Penal System Association (association de la société civile dans le système pénal – CISST) et le profil de la Turquie publié par Prison Insider pour l’année 2024, |
| — | vu le rapport «Global Gender Gap Report 2024» (rapport mondial 2024 sur les inégalités entre les femmes et les hommes) publié par le Forum économique mondial, |
| — | vu les rapports récents de l’association «We Will Stop Femicide Platform» (Kadın Cinayetlerini Durduracağız Platformu), |
| — | vu la déclaration de l’UNESCO sur Sainte-Sophie du 10 juillet 2020, et les décisions 44 COM 7B.58 (2021) et 45 COM 7B.58 (2023) correspondantes du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, adoptées respectivement lors de ses 44e et 45e sessions, |
| — | vu ses résolutions antérieures sur la Turquie, notamment celles du 13 septembre 2023 sur le rapport 2022 de la Commission concernant la Turquie (2), du 7 juin 2022 sur le rapport 2021 de la Commission concernant la Turquie (3) et du 26 novembre 2020 sur l’escalade des tensions à Varosha à la suite des mesures illégales prises par la Turquie, ainsi que la nécessité de rouvrir les pourparlers de toute urgence (4), |
| — | vu sa résolution du 29 février 2024 sur l’approfondissement de l’intégration européenne dans la perspective des futurs élargissements (5), |
| — | vu sa résolution du 15 avril 2015 sur le centenaire du génocide arménien (6), |
| — | vu sa résolution du 5 mai 2022 sur le cas d’Osman Kavala en Turquie (7), sa résolution du 10 octobre 2024 sur le cas de Bülent Mumay en Turquie (8) et sa résolution du 13 février 2025 sur les récents cas de maires turcs démis de leurs fonctions et arrêtés (9), |
| — | vu la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Ankara en décembre 2024, |
| — | vu l’article 55 de son règlement intérieur, |
| — | vu le rapport de la commission des affaires étrangères (A10-0067/2025), |
| A. | considérant que la Turquie reste candidate à l’adhésion à l’Union et que l’adhésion à l’Union reste l’objectif politique déclaré à plusieurs reprises par le gouvernement turc bien que l’écart entre les valeurs et les intérêts de la Turquie et ceux de l’Union ne cesse de se creuser; que les négociations d’adhésion à l’Union sont au point mort depuis 2018, en raison de la détérioration de l’état de droit et de la démocratie en Turquie; |
| B. | considérant que tout pays en voie d’adhésion est censé respecter les valeurs démocratiques, l’état de droit et les droits de l’homme, ainsi que le droit de l’Union; que la Turquie doit démontrer de manière crédible son engagement en faveur de relations plus étroites et d’un alignement sur l’Union européenne afin de redynamiser sa perspective européenne; que le statut de pays candidat suppose une volonté de se rapprocher progressivement de l’acquis de l’Union et de s’y aligner à tous égards, y compris les valeurs, les intérêts, les normes et les politiques, notamment sa politique étrangère et de sécurité commune, de respecter et de remplir les critères de Copenhague, et de nouer et entretenir des relations de bon voisinage avec l’Union et tous ses États membres sans distinctions; que les tensions entre l’Union et la Turquie, liées à la situation en Méditerranée orientale, se sont apaisées, mais n’ont pas cessé; que la Turquie a été invitée à maintes reprises à s’abstenir de toute action qui viole la souveraineté et les droits souverains de tous les États membres de l’Union et qui enfreint le droit international ainsi que le droit de l’Union; |
| C. | considérant que le rapport de suivi 2023 de la Commission sur la Turquie a dressé un tableau faisant ressortir un recul constant, tandis que son dernier rapport de suivi de 2024 semble présenter un tableau général légèrement plus positif des progrès réalisés en ce qui concerne les réformes liées à l’élargissement en Turquie, notamment dans le domaine des politiques économiques et monétaires; que ce constat ne peut toutefois pas s’appliquer aux questions essentielles liées à la démocratie et aux droits fondamentaux, qui se sont même encore aggravées depuis la publication du dernier rapport de la Commission; que le fossé entre la Turquie et les valeurs et le cadre normatif de l’Union n’a pas été comblé au cours de la période récente, avec l’utilisation constante de lois et de mesures visant à restreindre l’état de droit, les droits de l’homme, les libertés fondamentales et les libertés civiles; |
| D. | considérant que la communication conjointe sur l’état des relations entre l’Union et la Turquie, du 29 novembre 2023, a adopté un ton plus positif, en proposant une série de recommandations en vue d’une coopération dans des domaines d’intérêt commun, de manière progressive, proportionnée et réversible, sur la base des conditionnalités établies; que seules quelques mesures concrètes conformes aux engagements pris dans cette communication ont été adoptées à ce jour; que le Conseil européen d’avril 2024 a chargé le Comité des représentants permanents de faire progresser la mise en œuvre de cette communication conjointe; que cette communication conjointe n’a toutefois pas encore reçu un soutien politique clair de la part du Conseil; |
| E. | considérant que la Turquie est membre du Conseil de l’Europe et que le pays est donc lié par les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme; que, pour avoir omis d’appliquer des arrêts historiques de la Cour européenne des droits de l’homme, la Turquie fait actuellement l’objet d’une procédure d’infraction sans précédent; que la Turquie se classe régulièrement parmi les pays qui violent le plus souvent les droits de l’homme et les libertés fondamentales protégés par la Convention européenne des droits de l’homme; que, fin novembre 2024, la Turquie avait le plus grand nombre d’affaires pendantes devant la Cour européenne des droits de l’homme, avec 22 450 requêtes, soit 36,7 % du total des 61 250 requêtes dont la Cour était saisie; |
| F. | considérant que la Turquie est classée comme «non libre» par Freedom House et a connu l’un des pires reculs en matière de liberté dans le monde au cours des dix dernières années; que la Turquie se classe 158e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2024; que le gouvernement turc a fermé des dizaines de médias, bloque régulièrement la publication d’articles en ligne, contrôle, selon certains, 85 % des médias nationaux et utilise son agence Anadolu comme organe de propagande; |
| G. | considérant que la constitution turque prévoit une protection suffisante des droits fondamentaux, mais que la pratique des institutions et l’état critique du système judiciaire, y compris le non-respect des arrêts de la Cour constitutionnelle, sont les principales raisons de la situation désastreuse de l’état de droit et des droits de l’homme dans le pays, problèmes décrits à maintes reprises dans les rapports de l’Union, du Conseil de l’Europe et d’organisations internationales; |
| H. | considérant que la Turquie a le taux d’incarcération le plus élevé et la population carcérale la plus importante de tous les États membres du Conseil de l’Europe, cette dernière ayant augmenté de 439 % entre 2005 et 2023 et représentant actuellement plus d’un tiers de tous les détenus des pays du Conseil de l’Europe; |
| I. | considérant que la Turquie est classée 127e sur 146 pays dans l’indice mondial 2024 d’écart entre les sexes, ce qui met en relief les graves inégalités entre les femmes et les hommes et les échecs systémiques dans la protection des droits des femmes; que selon le rapport de 2024 de l’association «We Will Stop Femicide» (Kadın Cinayetlerini Durduracağız Platformu), 394 femmes ont été assassinées par des hommes et 259 femmes ont été retrouvées mortes dans des circonstances suspectes en Turquie en 2024, soit le nombre le plus élevé enregistré depuis que ce groupe de la société civile a commencé à collecter des données en 2010; que, dans son rapport de 2023, l’association a relevé que 315 femmes ont été tuées par des hommes et que 248 femmes ont été retrouvées mortes dans des circonstances suspectes; |
| J. | considérant qu’au cours des derniers mois, la Turquie a pris des mesures en vue de la reprise d’un processus de résolution pacifique de la question kurde; que le 27 février 2025, Abdullah Öcalan, chef militant emprisonné, a appelé son Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à déposer les armes et à se dissoudre, créant ainsi une occasion historique de mettre fin au conflit turco-kurde; que ces efforts se sont accompagnés d’une répression croissante et d’une restriction des pouvoirs des gouvernements locaux démocratiques, avec notamment la destitution de maires kurdes et d’autres maires issus de l’opposition élus; |
| K. | considérant que, outre son statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne, la Turquie est un allié de l’OTAN et un partenaire clé dans les domaines du commerce, des relations économiques, de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et des migrations; que la Turquie continue de jouer un rôle essentiel dans la région, qu’elle fait office de pont entre l’Europe et l’Asie et qu’elle reste un partenaire clé pour la stabilité de l’ensemble de la région de la Méditerranée orientale; que la Turquie continue de jouer un rôle important dans le conflit syrien et maintient une présence militaire dans le nord de la Syrie; |
| L. | considérant que la Turquie ne s’est pas alignée sur les sanctions de l’Union contre la Russie; que les échanges commerciaux entre la Turquie et la Russie ont presque doublé depuis l’imposition de sanctions de la part de l’Union à l’encontre de la Russie; que, malgré l’adoption de quelques mesures, la Turquie n’a pas empêché son territoire d’être utilisé pour contourner les sanctions de l’Union à l’encontre de la Russie; |
| M. | considérant que le rapport de suivi 2024 de la Commission sur la Turquie indique qu’au 30 septembre 2024, le pays affichait un taux d’alignement très faible, de 5 %, sur les déclarations du haut représentant au nom de l’Union et sur les décisions du Conseil sur les questions pertinentes, contre 9 % en 2023; |
| N. | considérant que la Turquie est le cinquième partenaire commercial de l’Union, et que l’Union est de loin le premier partenaire commercial de la Turquie et sa principale source d’investissements directs étrangers; |
| O. | considérant qu’au cours de l’année écoulée, le niveau des contacts entre l’Union et la Turquie a augmenté tant en ce qui concerne les réunions techniques que les réunions de haut niveau dans les domaines sectoriels; |
| P. | considérant que la Turquie a demandé à devenir membre des BRICS+ et s’est montrée intéressée par une adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghaï; |
| Q. | considérant qu’après une période marquée par une politique économique peu orthodoxe, la Turquie a mis en œuvre, au cours de l’année écoulée, une politique monétaire plus rigoureuse, qui a permis de réduire les déséquilibres extérieurs et de modérer les pressions inflationnistes; |
| R. | considérant qu’en mars 2025, le gouvernement turc a dépensé au moins 10 milliards de dollars de ses réserves monétaires pour contrer l’effondrement de ses marchés financiers et la dévaluation de la livre causée par sa décision d’arrêter et de placer en détention Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et éminent responsable politique de l’opposition; considérant que l’affaiblissement par le gouvernement turc de la démocratie et de l’état de droit en Turquie crée un environnement défavorable pour les investissements directs étrangers et, de ce fait, affaiblit l’économie du pays, ce qui a de graves conséquences sur la situation socio-économique des citoyens turcs; |
| S. | considérant que la Turquie accueille la plus grande population de réfugiés au monde, avec environ 3,1 millions de réfugiés enregistrés, principalement originaires de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan; que depuis 2011, l’Union a consacré plus de 10 milliards d’euros à l’aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil en Turquie; que, selon un rapport d’enquête crédible réalisé par Lighthouse Reports et huit médias partenaires, l’Union finance des centres d’expulsion en Turquie dans lesquels on assiste à des mauvais traitements ainsi qu’à la détention et à la déportation forcée de réfugiés sous couvert de retour volontaire; |
| T. | considérant qu’en plus de l’aide d’urgence coordonnée par l’intermédiaire du mécanisme de protection civile de l’Union, dont la valeur financière est estimée à 38 millions d’euros, l’Union a fourni 78,2 millions d’euros d’aide humanitaire en réponse au tremblement de terre en 2023, et 26 millions d’euros d’aide humanitaire en 2024; que l’Union a signé une aide supplémentaire de 400 millions d’euros au titre du Fonds de solidarité de l’UE pour financer les opérations de remise en état après ce tremblement de terre dévastateur; |
| U. | considérant que la Turquie a systématiquement fait un usage abusif des lois antiterroristes pour cibler, entre autres, des élus, des responsables politiques de l’opposition, des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme; |
Engagement en faveur de l’adhésion à l’Union européenne
| 1. | reconnaît les aspirations de longue date de la société civile turque concernant l’adhésion à l’Union européenne; se félicite des récentes déclarations du gouvernement turc réitérant son engagement en faveur de l’adhésion à l’Union en tant qu’objectif stratégique, dans le cadre d’un effort visant à revitaliser les relations entre l’Union et la Turquie conformément aux conclusions du Conseil européen pertinentes en la matière, de manière progressive, proportionnée et réversible; reconnaît la volonté de l’Union de promouvoir cet engagement par un dialogue et une coopération renforcés, mais l’encourage à revoir ses attentes en ce qui concerne cet engagement dans un avenir proche, compte tenu de la détérioration des normes démocratiques qui a poussé le pays vers un modèle autoritaire ces dix dernières années, et qui s’est accélérée récemment avec l’arrestation pour des raisons politiques du principal opposant politique du président Recep Tayyip Erdoğan, le maire de la municipalité métropolitaine d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu; |
| 2. | souligne que l’adhésion à l’Union est subordonnée au respect des critères d’adhésion (critères de Copenhague), qui exigent des institutions stables garantissant la démocratie, l’état de droit, les droits de l’homme, le respect et la protection des minorités, de bonnes relations de voisinage, le respect du droit international et l’alignement sur la PESC de l’Union; note en outre qu’il s’agit de critères absolus, et non de questions soumises à des considérations stratégiques et négociations de type transactionnel; souligne que la reconnaissance de tous les États membres est un élément indispensable du processus d’adhésion; |
| 3. | regrette, à cet égard, que les déclarations positives susmentionnées n’aient été suivies d’aucune mesure concrète de la part des autorités turques pour combler l’écart considérable qui persiste entre la Turquie et l’Union en matière de valeurs et de normes, en particulier en ce qui concerne les éléments fondamentaux du processus d’adhésion; réaffirme la conclusion qu’il a déjà adoptée, selon laquelle le gouvernement turc continue de montrer, comme il le fait depuis plusieurs années, un manque évident de volonté politique pour mener à bien les réformes nécessaires à la relance du processus d’adhésion et continue de prôner une conception autoritaire profondément ancrée du système présidentiel; |
| 4. | reconnaît l’importance stratégique et géopolitique de la Turquie, ainsi que sa présence et son influence croissantes dans des zones critiques pour la sécurité internationale, telles que la région de la mer Noire, y compris l’Ukraine, et le Moyen-Orient; réaffirme que la Turquie est un partenaire stratégique et un allié de l’OTAN, ainsi qu’un pays avec lequel l’Union entretient des relations étroites dans les domaines de la sécurité, du commerce, de l’économie et de la migration; se réjouit d’une coopération plus étroite entre la Turquie et l’Union, à laquelle le gouvernement turc a fréquemment fait référence, mais souligne que cela ne saurait en aucun cas se substituer aux progrès réels nécessaires que la Turquie, en tant que pays candidat, doit accomplir en ce qui concerne le respect des exigences fondamentales de l’adhésion; souligne à cet égard que le processus d’adhésion ne connaît pas de raccourcis et qu’aucun argument ne permettra de faire l’économie d’une discussion sur les principes démocratiques, qui sont au cœur du processus d’adhésion; |
| 5. | note que le rapport 2024 de la Commission sur la Turquie dresse un tableau plus positif des réformes menées dans le contexte du processus d’adhésion de la Turquie avec une «absence de progrès» en ce qui concerne l’état de droit et les questions relatives aux droits de l’homme alors que le rapport de 2023 concluait à une détérioration sur ces points; est toutefois d’avis qu’au moins dans des domaines clés tels que la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux, cette situation s’explique par le fait qu’un point très bas avait déjà été atteint et que rien n’a changé depuis lors; |
| 6. | prend également note d’un changement d’orientation subtil du rapport de 2024 sur la Turquie par rapport à celui de l’année précédente, le dernier rapport en date s’attachant moins au processus d’adhésion qu’à un partenariat stratégique entre l’Union et la Turquie; est d’avis que l’état critique du processus d’adhésion pousse la Commission et le Conseil à se concentrer uniquement sur la dimension de partenariat des relations entre l’Union et la Turquie, comme le montrent également les communications conjointes sur l’état des relations entre l’UE et la Turquie du 29 novembre 2023 et du 22 mars 2021; attire l’attention sur la tendance croissante à privilégier un cadre différent pour ces relations, ce qui pourrait se faire au détriment du processus d’adhésion; |
Le cœur du processus d’adhésion: la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux
| 7. | estime que, en ce qui concerne les droits de l’homme et l’état de droit, les récentes résolutions du Parlement sur la question restent valables compte tenu de la situation désastreuse des droits de l’homme et du recul démocratique que la Turquie continue de connaître au cours de l’année écoulée; approuve pleinement les dernières résolutions de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et le rapport connexe de son comité de suivi, ainsi que les résolutions adoptées par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe, qui décrivent en détail le large éventail de lacunes graves en matière de droits de l’homme constamment signalées par des organisations de renommée locale et internationale de défense des droits de l’homme; |
| 8. | prend acte de l’engagement déclaré du gouvernement turc en faveur de la réforme judiciaire et de la mise en place de mesures de nature organisationnelle; souligne, toutefois, qu’il est nécessaire d’introduire des mesures structurelles garantissant l’indépendance de la justice; regrette profondément que, malgré une stratégie de réforme comportant neuf trains de réformes judiciaires, l’état d’indépendance du pouvoir judiciaire en Turquie reste déplorable en raison de l’ingérence systématique du gouvernement dans le système judiciaire et de l’instrumentalisation politique de celui-ci; déplore, à cet égard, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle constitutionnel qui subsistent, en particulier les recours individuels, et les violations fréquentes des droits de la défense; |
| 9. | est consterné par la persécution des professionnels de la justice, y compris, plus récemment, par l’action en justice intentée par le bureau du procureur général d’Istanbul, qui a abouti à la destitution des membres dirigeants du barreau d’Istanbul, accusés de «faire de la propagande pour une organisation terroriste» et de «diffuser publiquement des informations trompeuses» pour avoir demandé une enquête sur les meurtres de deux journalistes kurdes en Syrie, ainsi que par l’emprisonnement de l’un des membres du conseil d’administration du barreau d’Istanbul à la suite de son voyage à Strasbourg pour participer à des réunions avec des institutions du Conseil de l’Europe; |
| 10. | est alarmé par le manque flagrant d’application des décisions de la Cour constitutionnelle, y compris dans l’affaire du député Can Atalay, qui s’est soldée par une grave crise judiciaire, la Cour de cassation ayant déposé une plainte devant une juridiction pénale contre neuf juges de la Cour constitutionnelle; s’inquiète de la récente décision de la Cour de cassation d’annuler les condamnations et de libérer les terroristes impliqués dans l’attaque de Daech contre l’aéroport Atatürk d’Istanbul, qui a coûté la vie à 45 personnes en 2016; |
| 11. | invite la Turquie à renforcer son engagement en faveur de la gouvernance démocratique, notamment par des réformes garantissant l’indépendance du pouvoir judiciaire; prend note de l’annonce récente de la quatrième stratégie de réforme judiciaire, qui couvre la période 2025-2029; appelle le gouvernement turc à abandonner les changements superficiels apportés jusqu’à présent par les paquets de réformes et les plans d’action récurrents au profit d’une réforme profonde attendue depuis longtemps qui s’attaquera, grâce à une réelle volonté politique, aux lacunes graves et structurelles du système judiciaire turc; souligne que pour mettre fin à l’ingérence politique dans le système judiciaire, il n’est pas nécessaire de mettre en place une stratégie ou un ensemble de réformes, mais seulement d’avoir la volonté politique de le faire; |
| 12. | reste profondément préoccupé par la détérioration continue des normes démocratiques et par la répression continue et sans relâche exercée par les autorités turques à l’encontre de toute voix critique au moyen d’une batterie croissante de lois répressives, le détournement régulier des lois antiterroristes, y compris leur application aux mineurs (comme dans le procès «Kız Çocukları Davası»), l’utilisation disproportionnée du délit d’insulte à un agent public, le recours fréquent à des témoins secrets et à des affaires en sommeil dans le cadre de procédures judiciaires entachées d’irrégularités, ou encore la pratique récurrente des arrestations nocturnes et des perquisitions à domicile mises en scène de façon théâtrale afin de présenter les personnes ciblées comme extrêmement dangereuses; |
| 13. | se félicite du retrait, en novembre 2024, du projet d’amendement à la législation turque relative à l’espionnage, connue sous le nom de loi contre les «agents d’influence»; enjoint les autorités turques à s’abstenir de réintroduire à l’avenir toute loi similaire excessivement large et vague, compte tenu du risque sérieux qu’elle soit utilisée comme outil pour criminaliser davantage les activités légitimes des organisations de la société civile à l’intérieur du pays; demande aux autorités turques de s’assurer que le projet de loi sur la cybersécurité récemment approuvé servira son objectif légitime de protection de la confidentialité des données et de la sécurité nationale, sans donner lieu à des violations potentielles des droits fondamentaux ni devenir un nouvel outil de répression; souligne que l’appareil judiciaire reste très restrictif et qu’un ensemble complexe de lois sert d’outil pour contrôler systématiquement et réduire au silence toute voix critique, comme la loi de 2020 sur les réseaux sociaux, la loi de 2021 sur la lutte contre le blanchiment d’argent et la loi de 2022 sur la désinformation; |
| 14. | s’inquiète de l’approbation récente de dispositions légales accordant des pouvoirs extraordinaires au Conseil d’inspection de l’État (DDK) et au fonds de garantie des dépôts d’épargne (TMSF), y compris la possibilité pour le premier de révoquer des fonctionnaires de tous types et de tous niveaux et de nommer des administrateurs, ce qui pourrait être utilisé de manière arbitraire; |
| 15. | invite instamment les autorités turques à mettre fin aux graves restrictions actuelles des libertés fondamentales, notamment des libertés d’expression, de réunion et d’association, ainsi qu’aux atteintes constantes aux droits fondamentaux des membres de l’opposition, des défenseurs des droits de l’homme, des avocats, des syndicalistes, des membres de minorités, des journalistes, des universitaires, des artistes et des militants de la société civile, entre autres; condamne avec force les récentes vagues d’arrestations et d’emprisonnements massifs sur la base d’accusations politiquement motivées et de liens présumés avec le terrorisme, touchant des personnalités politiques, des universitaires et des journalistes, notamment les arrestations d’Elif Akgül, journaliste indépendante, de Yıldız Tar, rédacteur en chef du site d’information LGBT+ Kasos GL, d’Ender İmrek, chroniqueur du quotidien Evrensel et de Joakim Medin, journaliste suédois du média ETC, tous bien connus pour leur travail sur les questions relatives aux droits de l’homme; |
| 16. | condamne fermement les récentes arrestation et détention du journaliste suédois Joakim Medin; réaffirme que la liberté de la presse est un droit fondamental et une valeur fondamentale de l’Union; condamne avec force les accusations portées contre Joakim Medin, qui sont fondées uniquement sur son travail journalistique, et exige donc sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle des autres journalistes emprisonnés pour avoir exercé leur liberté d’expression; |
| 17. | déplore les poursuites, la censure et le harcèlement dont continuent de faire l’objet les journalistes et les médias indépendants, les privant ainsi de la liberté d’exercer leurs fonctions professionnelles et d’informer le public, condition indispensable au bon fonctionnement d’une société démocratique; appelle les autorités turques à s’abstenir de toute nouvelle attaque contre les médias indépendants et à défendre les droits fondamentaux et les libertés civiles telles que la liberté d’expression et la liberté de la presse; reste profondément préoccupé par la législation existante qui s’oppose à un internet libre et ouvert, avec de lourdes peines de prison infligées pour des messages postés sur les réseaux sociaux, de très nombreux blocages d’accès et ordres de suppression de contenu, ainsi que par le recours constant au Conseil supérieur de l’audiovisuel (RTÜK) pour réprimer les critiques des médias ou même les médias considérés comme vecteurs de «pessimisme» au lieu de bonnes nouvelles; |
| 18. | prend acte des développements positifs liés à la levée partielle, par le ministre de l’intérieur, des restrictions imposées aux veillées hebdomadaires des Mères du samedi, Cumartesi Anneleri, sur la place Galatasaray d’Istanbul, et l’acquittement récent de l’ensemble des 46 personnes poursuivies pendant plus de six ans dans l’affaire relative à la 700e réunion de l’organisation en août 2018; demande la levée complète de toutes les restrictions à leur manifestation pacifique, dans le plein respect de l’arrêt de la Cour constitutionnelle en la matière, et la fin des poursuites judiciaires en cours contre plusieurs de ses membres et sympathisants; est préoccupé par le procès en cours contre Nimet Tanrıkulu, éminente défenseuse des droits de l’homme, qui a été libérée le 4 mars 2025 après avoir passé 94 jours en détention provisoire; demande instamment aux autorités turques de libérer immédiatement toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs libertés fondamentales; |
| 19. | demeure consterné par le mépris constant affiché par les autorités turques, et en particulier le pouvoir judiciaire, à l’égard des arrêts historiques de la Cour européenne des droits de l’homme, qui restent lettre morte dans le pays; condamne à nouveau le détournement flagrant du système judiciaire par la Turquie et son refus de libérer le défenseur des droits de l’homme Osman Kavala et les opposants politiques Selahattin Demirtaș et Figen Yüksekdağ Șenoğlu, qui valent à la Turquie de faire l’objet d’une procédure d’infraction historique devant le Conseil de l’Europe, dont les conséquences, attendues de longue date, restent encore à déterminer; est consterné par le dépôt et l’acceptation récents d’un nouvel acte d’accusation dans lequel le bureau du procureur général de Diyarbakır requiert, à l’encontre de Selahattin Demirtaş, jusqu’à 15 ans d’emprisonnement et une interdiction de ses activités politiques sur la base de plusieurs discours prononcés en 2016; invite la Turquie à se conformer pleinement aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme concernant les personnes disparues et les biens immobiliers à Chypre (notamment dans l’affaire Fokas); déplore la motivation politique sous-tendant ces poursuites, qui s’inscrivent dans un schéma plus général de harcèlement judiciaire; invite la Turquie à appliquer pleinement toutes les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, conformément à l’article 46 de la Convention européenne des droits de l’homme et aux obligations inconditionnelles découlant de l’article 90 de la constitution turque; invite la Commission et les États membres à utiliser toutes les voies diplomatiques disponibles pour inciter la Turquie à respecter les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et à envisager de subordonner tout financement au respect des arrêts rendus par la CEDH; |
| 20. | appelle la Turquie à respecter la décision de la Cour européenne des droits de l’homme du 24 janvier 2008, qui a reconnu la Turquie coupable de violation de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme, en raison de son incapacité à retrouver et à poursuivre les auteurs des meurtres de Tassos Isaak et de Solomos Solomou, commis à Chypre en 1996; demande aux autorités turques d’exécuter les mandats d’arrêt internationaux émis à l’encontre des meurtriers présumés et de les remettre à la République de Chypre; |
| 21. | constate avec une vive inquiétude la situation désastreuse dans les prisons turques en raison de la forte surpopulation et des mauvaises conditions de vie, certains rapports, y compris ceux du Conseil de l’Europe, faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements généralisés et d’un accès très limité aux besoins fondamentaux, tels que l’hygiène et l’information; est particulièrement préoccupé par les conditions de détention des prisonniers âgés et gravement malades, comme dans le cas de Soydan Akay, injustement maintenu en détention; demande sa libération immédiate pour des raisons humanitaires et de santé; s’inquiète du recours constant à des fouilles corporelles humiliantes dans les prisons et autres lieux de détention ainsi que du harcèlement persistant dont est victime le député Ömer Faruk Gergerlioğlu, qui fait actuellement l’objet de six procédures de révocation de son siège parlementaire et de son immunité, notamment pour avoir dénoncé cette même pratique; |
| 22. | condamne fermement la décision du gouvernement turc de révoquer, à la suite des élections locales de mars 2024, les maires démocratiquement élus de 13 municipalités et districts (Hakkari, Mardin, Batman, Halfeti, Tunceli, Bahçesaray, Akdeniz, Siirt, Van et Kağızman remportés par le parti DEM, ainsi qu’Esenyurt Ovacık et Şişli, remportés par le parti CHP), et de les remplacer par des administrateurs du gouvernement nommés par le ministère de l’intérieur; considère cette pratique, existant de longue date, qui consiste à nommer des administrateurs, comme une attaque flagrante contre les principes les plus fondamentaux de la démocratie locale; enjoint les autorités turques à cesser immédiatement la répression de l’opposition politique et à en inverser le processus ainsi qu’à respecter le droit des électeurs d’élire les représentants de leur choix, conformément aux recommandations du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe et de la Commission de Venise; demande de nouveau à la HR/VP d’envisager des mesures restrictives au titre du régime mondial de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme à l’encontre des fonctionnaires turcs qui assument le rôle d’administrateurs et de ceux qui les nomment; dénonce la répression sévère des manifestations contre la destitution des maires élus, y compris l’arrestation arbitraire de centaines de manifestants, dont certains étaient mineurs; considère la décision du gouvernement turc de revenir à cette pratique après les dernières élections locales de mars 2024 comme un signe clair de son manque de volonté de remédier aux lacunes démocratiques dans le pays et en contradiction flagrante avec la volonté déclarée de relancer le processus d’adhésion, étant donné que de telles pratiques compromettent les perspectives d’un partenariat plus fort et plus approfondi avec l’Union et entravent les progrès à long terme dans le sens d’une coopération plus étroite; |
| 23. | déplore le fait que les partis politiques et les membres de l’opposition, qui continuent de subir des pressions croissantes, soient constamment pris pour cible; condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et la révocation récentes du maire du parti CHP de la municipalité d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, ainsi que des maires de Şişli et de Beylikdüzü, dans le cadre de deux enquêtes distinctes sur des allégations de corruption et des accusations liées au terrorisme impliquant un total de 106 suspects; souligne que ces dernières affaires, qui font partie d’une longue liste de 42 enquêtes administratives et de 51 enquêtes judiciaires depuis l’élection d’İmamoğlu en 2019, ont été lancées quelques jours seulement avant l’élection interne du parti pour le nommer candidat à l’élection présidentielle et le lendemain de la décision controversée de l’université d’Istanbul de révoquer son diplôme, condition nécessaire pour qu’il soit éligible à la présidence; est consterné par la décision d’interdire temporairement toutes les manifestations à Istanbul et dans d’autres provinces du paysainsi que par les restrictions imposées aux médias sociaux; condamne la répression sévère des grandes manifestations pacifiques par les autorités turques, notamment la détention de près de 2 000 personnes, dont un grand nombre d’étudiants, et les poursuites engagées contre des centaines d’entre elles dans le cadre de procès de masse hâtifs et en l’absence de toute preuve d’actes criminels; se déclare profondément préoccupé par l’arrestation illégale, le 8 avril 2025 lors de manifestations à Istanbul, d’Esila Ayık, étudiante en photographie à Gand, en particulier parce qu’elle ne peut plus suivre son traitement médical pour le cœur et les reins; demande la libération immédiate de toutes les personnes encore détenues et l’acquittement de toutes celles qui sont poursuivies pour avoir exercé leurs droits fondamentaux; déplore l’arrestation, la détention et l’expulsion de journalistes locaux et internationaux couvrant les manifestations, en violation de la liberté de la presse; demande instamment aux autorités turques d’enquêter rapidement et efficacement sur toutes les allégations de harcèlement et de recours excessif à la force contre les manifestants, et de respecter la liberté de réunion et de manifestation; estime que les attaques menées contre İmamoğlu constituent une démarche motivée par des considérations politiques visant à empêcher un opposant légitime de se présenter aux prochaines élections et que, par ces actions, les autorités turques actuelles poussent davantage le pays vers un modèle totalement autoritaire;; regrette que l’Union n’ait pas réagi avec force et unité à cette évolution alarmante; |
| 24. | se déclare en outre préoccupé par les récentes affaires distinctes contre le maire du parti CHP du district de Beșiktaș à Istanbul, Rıza Akpolat, le maire du parti CHP du district de Beykoz à Istanbul, Alaattin Köseler, le président de la branche jeunesse du CHP, Cem Aydın, et le président du parti Zafer, Ümit Özdag; est consterné par la répression brutale et sans relâche contre toute forme de critique dont tous les secteurs de la société turque ont récemment fait l’objet de la part des autorités turques, comme l’illustrent, entre autres, l’affaire Ayșe Barım, un célèbre agent de talents emprisonné depuis le 27 janvier 2025 pour son implication présumée dans les «manifestations de Gezi» il y a 12 ans, l’enquête ouverte contre Orhan Turan et Ömer Aras, respectivement président et cadre du principal groupement d’entreprises du pays, TÜSIAD, ou encore l’acte d’accusation demandant de lourdes peines de prison contre le rédacteur en chef de Halk TV, Suat Toktaș, et les journalistes Seda Selek, Barıș Pehlivan, Serhan Asker et Kürșad Oğuz, qui ont été provisoirement acquittés; est préoccupé par l’implication, dans ces affaires et dans d’autres, du procureur général d’Istanbul Akın Gürlek, récemment nommé, qui a participé de longue date, à différents postes, à des affaires très médiatisées contre des personnalités politiques, et qui pourrait donner des raisons d’envisager l’application de mesures restrictives au titre du régime mondial de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme; est également préoccupé par la pression financière croissante exercée sur les municipalités de l’opposition et par les annonces polémiques comme celle concernant les crèches gérées par ces municipalités; |
| 25. | exprime sa profonde inquiétude face à la détérioration des droits des femmes, à la violence sexiste et à l’augmentation du nombre de féminicides en Turquie en 2024, qui est le plus élevé depuis 2010, l’année précédant la signature de la convention d’Istanbul; réitère sa ferme condamnation du retrait de la Turquie, par décret présidentiel, de cet accord international et appel de nouveau à revenir sur cette décision; invite instamment les autorités turques à améliorer le cadre législatif et sa mise en œuvre, y compris en appliquant la loi de protection n° 6284, afin de lutter efficacement contre toutes les formes de violence contre les femmes et la pratique des «crimes d’honneur», de mettre fin à la politique d’impunité persistante en obligeant les agresseurs à rendre des comptes, et de progresser sur la voie de l’égalité entre les femmes et les hommes, en particulier en ce qui concerne la participation des femmes aux processus de prise de décision et d’élaboration des politiques; met en garde contre de nouvelles atteintes aux droits des femmes, comme l’illustre l’interdiction récente par la Turquie des césariennes électives dans les centres médicaux privés sans justification médicale, qui constitue une violation inacceptable de l’autonomie physique des femmes; |
| 26. | condamne fermement les violations persistantes et l’absence de protection en Turquie des droits fondamentaux des personnes LGBTI+, y compris la multiplication des discours haineux, des crimes de haine et des discours discriminatoires, ainsi que la persistance dans les médias de stéréotypes fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre; déplore que cette discrimination persistante soit souvent cautionnée par les autorités, comme en témoignent les arrestations massives opérées lors de la Marche des fiertés en 2023 et l’interdiction de la marche en 2024, alors que les marches anti-LGBTI+ étaient autorisées; enjoint les autorités turques à cesser d’interdire les activités de lutte contre l’homophobie, y compris les marches des fiertés, avec effet immédiat; |
| 27. | se félicite de l’intensification du dialogue avec les minorités chrétiennes, mais souligne qu’aucun progrès significatif n’a été enregistré en ce qui concerne la protection des droits des minorités ethniques et religieuses,, notamment en ce qui concerne leur personnalité juridique, y compris ceux de la population grecque orthodoxe des îles de Gökçeada (Imbros) et de Bozcaada (Tenedos); demande à la Turquie de mettre en œuvre les recommandations de la Commission de Venise et tous les arrêts pertinents de la Cour européenne des droits de l’homme à cet égard; constate avec inquiétude que les représentants de différentes confessions, y compris les communautés non musulmanes et alévies, continuent de se heurter à des obstacles bureaucratiques lorsqu’ils tentent d’enregistrer des lieux de culte; souligne qu’il s’agit d’une violation du droit à la liberté de religion et de conviction; demande à la Turquie d’adopter le règlement tant attendu sur l’élection des membres du conseil d’administration des fondations des minorités non musulmanes qui contrôlent les hôpitaux communautaires; réitère sa demande à la Turquie de respecter le rôle du patriarcat œcuménique pour les chrétiens orthodoxes du monde entier, et de reconnaître la personnalité juridique du patriarche œcuménique et l’usage public de son titre ecclésiastique; demande à la Turquie de respecter et de protéger pleinement la valeur universelle exceptionnelle de Sainte-Sophie et Saint-Sauveur-in-Chora, qui sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO; note avec inquiétude que la Turquie n’a toujours pas mis en œuvre deux décisions du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco de 2021 et 2023 concernant son obligation de prendre des mesures spéciales pour protéger ces monuments; déplore l’absence de protection du monastère de Sumela, qui a été proposé en vue de son inclusion dans la liste des monuments du patrimoine mondial de l’Unesco; souligne la nécessité de supprimer les restrictions pesant sur la formation, la désignation et la succession des membres du clergé; se félicite de la réouverture du séminaire de Halki et demande la levée de tous les obstacles à son bon fonctionnement; demande aux autorités turques d’enquêter efficacement sur tous les crimes de haine, y compris les discours de haine, commis à l’encontre des minorités, et de poursuivre les personnes responsables; condamne les déclarations antisémites faites dans les médias et par de hauts responsables à la suite des attaques terroristes du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023; constate que toutes ces pratiques à l’encontre de toute minorité religieuse sont incompatibles avec les valeurs de l’Union; |
| 28. | se félicite de l’appel lancé récemment par Abdullah Öcalan au PKK pour qu’il dépose les armes, se dissolve et s’engage dans un processus de paix, ce qui constitue une mesure historique et attendue de longue date qui pourrait contribuer à mettre fin à une période de 40 ans de violence qui a coûté la vie à plus de 40 000 personnes; salue les efforts déployés par toutes les parties prenantes pour contribuer à cette évolution, y compris l’approche constructive de différents dirigeants politiques initiée par le dirigeant du MHP, Devlet Bahçeli, les visites à la prison d’Imrali accordées à une délégation du parti DEM et les vastes consultations que ce parti a menées avec d’autres partis politiques; souligne qu’il s’agit d’une occasion importante qui doit être suivie d’un processus politique ouvert, dans lequel le Parlement turc joue un rôle de premier plan, visant à résoudre pacifiquement et durablement la question kurde dans ses aspects politiques, sociaux, démocratiques et liés à la sécurité; souligne la nécessité de défendre les droits de l’homme, le pluralisme politique et les droits civils pour tous les citoyens, y compris les Kurdes; regrette que la répression politique, le harcèlement judiciaire et les atteintes aux droits culturels et linguistiques dont sont victimes les citoyens kurdes persistent, car ils portent atteinte aux principes démocratiques et à la cohésion sociale; |
Coopération régionale et relations de bon voisinage
| 29. | salue à nouveau l’action de la Turquie, qui a accueilli environ 3,1 millions de réfugiés, dont 2,9 millions de Syriens sous protection temporaire en 2024, contre 3,2 millions en 2023; rappelle l’importance de la coopération avec la Turquie pour la gestion efficace et ordonnée des flux migratoires; se félicite en outre du fait que, depuis 2011, l’Union a versé près de 10 milliards d’euros pour aider la Turquie à accueillir des réfugiés; note qu’une partie des fonds de l’Union a été consacrée au renforcement des capacités turques de contrôle aux frontières et d’endiguement; prend acte de la décision de l’Union d’allouer un milliard d’euros supplémentaires en décembre 2024 pour continuer à soutenir les soins de santé, l’éducation et l’intégration des réfugiés en Turquie depuis la chute du régime Assad; note en outre que ces fonds avaient déjà été annoncés en mai 2024 et qu’ils ne constituent donc pas de nouveaux fonds; demande à la Commission de veiller à la plus grande transparence et à la plus grande justesse dans l’allocation des fonds et à ce que les projets financés par l’Union, en particulier ceux liés aux centres de rétention et au contrôle aux frontières, respectent toutes les normes applicables en matière de droits de l’homme; est alarmé par des rapports crédibles révélant de graves violations des droits de l’homme dans les centres de détention financés par l’Union en Turquie et demande à la Commission de lancer une enquête transparente et indépendante sur cette situation; constate avec inquiétude que le nombre de demandes d’asile en République de Chypre n’a cessé de croître ces dernières années; rappelle l’obligation de la Turquie de prendre toutes les mesures nécessaires pour bloquer les routes existantes de migration irrégulière et empêcher la création de nouvelles routes maritimes ou terrestres pour la migration illégale depuis la Turquie vers l’Union, en particulier vers la Grèce et la République de Chypre; souligne les risques liés à une éventuelle instrumentalisation des migrants par le gouvernement turc; insiste sur la nécessité d’assurer la protection des droits et des libertés de tous les réfugiés et migrants; invite la Turquie à garantir la mise en œuvre intégrale et non discriminatoire de la déclaration UE-Turquie de 2016 et de l’accord de réadmission conclu entre l’Union et la Turquie vis-à-vis de tous les États membres, y compris la République de Chypre; exprime l’espoir prudent que l’évolution de la situation en Syrie permettra progressivement à un nombre croissant de réfugiés de rentrer chez eux; rappelle que les retours ne doivent se faire que sur une base volontaire et dans des conditions sûres et dignes; condamne les attaques violentes répétées contre les réfugiés et les migrants, alimentées par un discours xénophobes de la part des personnalités politiques et au sein des communautés d’accueil; invite la Commission européenne et les États membres de l’Union à redoubler d’efforts pour préserver l’espace humanitaire et de protection pour les réfugiés syriens en Turquie et pour défendre le principe de non-refoulement, qui est une pierre angulaire des politiques de l’Union; |
| 30. | réaffirme son vif intérêt pour la stabilité et la sécurité en Méditerranée orientale; se félicite de la poursuite de la désescalade et de la dynamique positive dans la région ainsi que du climat récent de reprise du dialogue entre la Turquie et la Grèce, même si les questions non résolues continuent de peser sur les relations bilatérales; déplore le fait que la Turquie continue de violer la souveraineté et les droits souverains d’États membres de l’Union, tels que la Grèce et la République de Chypre, notamment en promouvant la doctrine dite de la «Patrie bleue»; souligne que, bien que les violations de l’espace aérien grec par la Turquie aient considérablement diminué, les violations des eaux territoriales grecques ont augmenté par rapport à 2023, et des navires turcs ont mené des activités systématiques de pêche illicite dans les eaux territoriales grecques; se dit vivement préoccupé par le fait que la Turquie maintient sa menace formelle de guerre contre la Grèce (casus belli)), au cas où cette dernière exercerait son droit légitime d’étendre ses eaux territoriales jusqu’à 12 milles marins dans la mer Égée, conformément à l’article 3 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer; invite la Turquie à respecter pleinement la souveraineté de tous les États membres de l’Union sur leurs eaux territoriales et leur espace aérien, ainsi que leurs autres droits souverains, y compris le droit d’explorer et d’exploiter leurs ressources naturelles, conformément au droit de l’Union et au droit international, notamment la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui fait partie des acquis de l’Union; réitère sa position selon laquelle le protocole d’accord entre la Turquie et la Libye sur la délimitation des juridictions maritimes en mer Méditerranée viole les droits souverains d’États tiers, est contraire au droit de la mer et ne saurait avoir de conséquences juridiques pour les États tiers; |
| 31. | regrette que le problème chypriote ne soit toujours pas résolu et appelle toutes les parties concernées à se réengager sérieusement et à faire preuve de volonté politique pour mener des négociations pacifiques sous l’égide des Nations unies, en vue de réaliser de réels progrès dans les pourparlers sur le règlement de la question chypriote; se félicite de la reprise des pourparlers informels sous les auspices du Secrétaire général des Nations unies les 18 et 19 mars 2025, qui se sont déroulés dans un climat constructif, dans lequel les deux parties ont manifesté une volonté claire de réaliser des progrès et de poursuivre le dialogue; se félicite de l’accord entre les deux parties sur l’ouverture de quatre points de passage, des opérations de déminage, la création d’une commission des affaires de la jeunesse et le lancement de projets dans le domaine de l’environnement et de l’énergie solaire, dans le cadre d’un nouvel ensemble de mesures destinées à renforcer la confiance; encourage toutes les parties à profiter de cette dynamique pour progresser sur la voie de la reprise des négociations; |
| 32. | réaffirme avec force que la seule solution au problème chypriote est celle d’un règlement équitable, global, viable et démocratique, y compris de ses aspects extérieurs, dans le cadre convenu des Nations unies, sur la base d’une fédération bicommunautaire et bizonale dotée d’une personnalité juridique internationale unique, d’une souveraineté unique, d’une citoyenneté unique et de l’égalité politique, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, aux zones de convergence convenues et au cadre du Secrétaire général des Nations unies, ainsi qu’au droit international et aux principes et valeurs sur lesquels l’Union est fondée; condamne fermement les tentatives de la Turquie d’améliorer le statut de l’entité sécessionniste dans la partie occupée de Chypre, y compris par l’intermédiaire de l’Organisation des États turcs, et demande à tous les États de respecter la souveraineté de Chypre conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies; appelle de toute urgence à la reprise des négociations sur la réunification de Chypre sous l’égide du Secrétaire général des Nations unies dans les plus brefs délais, au stade où elles ont été interrompues à Crans-Montana en 2017; demande à la Turquie de renoncer à la proposition inacceptable d’une solution à deux États à Chypre et de revenir à la base convenue pour une solution et au cadre des Nations unies; demande en outre à la Turquie de retirer ses troupes de Chypre et de s’abstenir de toute action unilatérale susceptible d’entériner sur le terrain la division permanente de l’île et de toute action qui compromettrait l’équilibre démographique; |
| 33. | demande à la Turquie de respecter le statut de la zone tampon et le mandat de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre; réitère son appel à la coopération entre la République de Chypre, la Turquie, le Royaume-Uni et les Nations unies pour mettre en œuvre des mesures concrètes de démilitarisation de la zone tampon et améliorer la sécurité sur l’île; exhorte la Turquie et les dirigeants chypriotes turcs à abandonner toutes les actions unilatérales et les violations à l’intérieur et à proximité de la zone tampon et à s’abstenir de toute nouvelle action ou provocation de ce type; condamne l’«ouverture» en cours de Varosha par la Turquie, qui détériore la situation sur le terrain, sape la confiance mutuelle et compromet les perspectives d’une reprise des pourparlers directs visant à trouver une solution globale au problème chypriote; appelle la Turquie à mettre fin à ses actions illégales en violation des résolutions 550 (1984) et 789 (1992) du Conseil de sécurité des Nations unies sur Varosha, qui invitent la Turquie à transférer la zone de Varosha à ses habitants légitimes sous l’administration temporaire des Nations unies, ainsi qu’à se retirer de Strovilia et à faciliter la pleine mise en œuvre de l’accord de Pyla; |
| 34. | se déclare à nouveau profondément préoccupé par toutes les actions unilatérales qui visent à ancrer sur le terrain la division permanente de Chypre par opposition à sa réunification; condamne, dans ce contexte, la récente visite illégale du président Erdoğan dans les zones occupées de la République de Chypre, ainsi que ses déclarations provocatrices, qui compromettent les efforts déployés par les Nations unies, l’Union européenne, la communauté internationale dans son ensemble et les autres parties concernées pour reprendre des négociations majeures dans le cadre convenu; regrette que de telles actions unilatérales équivalent à une intervention illégitime directe contre les intérêts des communautés chypriotes grecque et turque; |
| 35. | invite à nouveau la Turquie à donner à la communauté chypriote turque l’espace nécessaire pour agir conformément à son rôle de communauté légitime de l’île, qui est un droit consacré par la constitution de la République de Chypre; demande à nouveau à la Commission d’intensifier ses efforts pour nouer le dialogue avec la communauté chypriote turque afin de faciliter la résolution du problème chypriote, en rappelant que sa place est au sein de l’Union européenne; appelle toutes les parties concernées à faire preuve de plus de courage dans leurs efforts pour rapprocher les communautés; insiste sur la nécessité de mettre en œuvre le corpus juridique de l’Union sur l’ensemble de l’île, une fois que le problème chypriote aura été entièrement résolu; |
| 36. | prend acte du travail considérable fourni par le Comité des personnes disparues et réclame un meilleur accès aux zones militaires occupées par l’armée turque, ainsi qu’un accès aux archives et informations militaires concernant le déplacement des dépouilles des anciens lieux de sépulture vers les nouveaux lieux de sépulture; demeure profondément préoccupé par les restrictions et les obstacles en matière d’éducation et de religion auxquels sont confrontés les Chypriotes grecs vivant dans des zones enclavées; invite la Turquie à renforcer sa coopération avec le Conseil de l’Europe et ses organismes et institutions compétents, à tenir compte de leurs recommandations clés, à mettre pleinement en œuvre la convention européenne des droits de l’homme, en veillant à respecter la liberté de religion, la liberté d’opinion et d’expression, le droit d’accéder au patrimoine culturel et d’en jouir, et à mettre un terme à la destruction délibérée du patrimoine culturel et historique; condamne les tentatives répétées de la Turquie d’intimider et de réduire au silence les journalistes, les syndicalistes, les défenseurs des droits de l’homme chypriotes turcs et les citoyens progressistes de la communauté chypriote turque, en violation de leur droit à la liberté d’opinion et d’expression; invite la Turquie à mettre un terme à sa politique agressive de vente et d’exploitation des propriétés chypriotes grecques, une politique conçue pour créer des effets irréversibles sur le terrain, au mépris total de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme sur cette question; |
| 37. | déplore le refus persistant de la Turquie de respecter la législation de l’Union dans le domaine de l’aviation et d’établir une ligne de communication entre les centres de contrôle du trafic aérien en Turquie et en République de Chypre, car l’absence de cette dernière présente de véritables risques et dangers pour la sécurité, comme l’ont souligné l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne et la Fédération internationale des associations de pilotes de ligne; regrette également qu’elle refuse d’autoriser les navires battant pavillon d’un État membre à avoir accès aux détroits du Bosphore et des Dardanelles; estime qu’il s’agit là de domaines dans lesquels la Turquie peut démontrer sa volonté d’adopter des mesures visant à instaurer la confiance et invite la Turquie à collaborer en mettant pleinement en œuvre la législation de l’Union dans le domaine de l’aviation; regrette que la Turquie ait poursuivi ses tentatives visant à entraver la mise en œuvre du Great Sea Interconnector, un projet d’intérêt commun de l’Union, et qu’elle ait persisté à vouloir créer une interconnexion électrique illégale avec la zone occupée de Chypre; |
| 38. | regrette que la Turquie refuse depuis 20 ans de mettre en œuvre les obligations qu’elle a contractées à l’égard de l’Union, y compris celles relatives à Chypre, conformément au cadre pour les négociations d’octobre 2005; souligne que la reconnaissance de tous les États membres est un élément indispensable du processus d’adhésion; demande à nouveau à la Turquie de s’acquitter de son obligation de mise en œuvre intégrale et non discriminatoire du protocole additionnel à l’accord d’Ankara à l’égard de tous les États membres, y compris la République de Chypre; prie également la Turquie de veiller au plein respect des droits humains et politiques de tous les Chypriotes ainsi qu’à la conformité avec les principes fondamentaux et l’acquis de l’Union; |
| 39. | affirme être favorable à un avenir libre, sûr et stable pour la Syrie et ses citoyens et insiste sur la nécessité d’un processus de transition politique inclusif et pacifique, dirigé et assumé par les Syriens, qui inclut et protège les minorités religieuses et ethniques; s’engage en faveur d’une coopération constructive entre l’Union et la Turquie à cet effet, sur les questions de l’aide humanitaire, de la promotion d’une solution politique durable en Syrie et de la lutte contre Daesh, étant donné que la Turquie joue un rôle clé pour ce qui est de contribuer à la stabilité dans la région; rappelle que la souveraineté de la Syrie doit être rétablie; reconnaît l’importance de la reconstruction de l’économie syrienne comme pilier de la stabilité et de la prospérité à long terme de la région; invite la Turquie à respecter l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et à cesser immédiatement toutes les attaques et incursions sur le territoire syrien ainsi que son occupation, en pleine conformité avec le droit international; condamne les attaques menées ces dernières semaines, profitant de l’effondrement du régime Assad, par les milices soutenues par la Turquie contre les forces kurdes syriennes dans le nord de la Syrie; se dit vivement préoccupé par le fait que ces attaques augmentent le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, tout en compromettant l’efficacité et la continuité de la lutte contre Daech; note que sa présence persistante risque de déstabiliser davantage la Syrie et de saper les efforts déployés en vue d’une résolution politique durable dans ce pays; relève en outre que, invoquant des raisons de sécurité, la Turquie occupe également illégalement des zones en Iraq; réaffirme que les populations civiles ne devraient jamais être victimes d’actions militaires menées en légitime défense; réclame que les enquêtes nécessaires soient menées sur les cas où il y a eu des victimes civiles et qu’il soit mis fin à la répression contre les journalistes qui travaillent dans la région; demande à la Turquie de soutenir le processus de mise en œuvre de l’accord entre le gouvernement de transition syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, et de s’abstenir de toute ingérence dans les processus internes de la Syrie; |
| 40. | soutient la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie dans l’intérêt de la réconciliation et des relations de bon voisinage, ainsi que de la stabilité, de la sécurité et du développement socio-économique de la région, et se félicite des progrès accomplis jusqu’à présent; se félicite de la poursuite des efforts visant à rétablir les liens entre les deux pays; demande instamment à la Turquie de mettre rapidement en œuvre les accords conclus par les représentants spéciaux des gouvernements turc et arménien, concernant notamment l’ouverture de l’espace aérien et de la frontière entre les deux pays aux ressortissants de pays tiers, puis aux titulaires de passeports diplomatiques; se félicite de l’ouverture temporaire du point de passage frontalier Margara-Alican entre l’Arménie et la Turquie afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire vers la Syrie; espère que l’évolution de la situation pourra donner un élan à la normalisation des relations dans la région du Caucase du Sud, notamment en termes de sécurité et de développement socio-économique, et souligne l’intérêt de l’Union à soutenir ce processus; encourage la Turquie à jouer un rôle constructif dans la promotion de la stabilité régionale en facilitant la conclusion rapide du processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, notamment en exerçant son influence sur l’Azerbaïdjan et en dissuadant l’Azerbaïdjan de toute nouvelle action militaire contre la souveraineté arménienne; encourage une nouvelle fois la Turquie à reconnaître le génocide arménien afin d’ouvrir la voie à une véritable réconciliation entre les peuples turc et arménien ainsi qu’à respecter pleinement ses obligations en matière de protection du patrimoine culturel arménien; |
| 41. | note que la position de la Turquie à l’égard de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine continue d’avoir des répercussions sur les relations entre l’Union et la Turquie, étant donné que la Turquie tente de maintenir simultanément des liens avec l’Occident et la Russie; prend acte des efforts diplomatiques déployés par la Turquie pour servir de médiateur entre la Russie et l’Ukraine, notamment en ce qui concerne l’initiative céréalière de la mer Noire, ainsi que de son soutien indéfectible à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine, y compris son vote en faveur des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant l’agression russe contre l’Ukraine; regrette en revanche, que les échanges commerciaux entre la Turquie et la Russie aient fortement augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine, faisant de la Turquie le deuxième partenaire commercial de la Russie malgré les sanctions de l’Union à l’encontre de la Russie, et que la Turquie soit le seul État membre de l’OTAN à ne pas avoir imposé de sanctions à la Russie; relève également que l’Office européen de lutte antifraude a ouvert une enquête sur la possibilité d’une faille permettant à des pays comme la Turquie de modifier l’origine du pétrole russe soumis à des sanctions afin de l’exporter à destination de l’Union; se félicite toutefois de mesures positives telles que le blocage par la Turquie des exportations vers la Russie de certains biens à double usage, ainsi que de produits originaires des États-Unis et du Royaume-Uni qui sont utiles à l’action militaire russe; demande à nouveau au gouvernement turc de renoncer à son projet de centrale nucléaire d’Akkuyu, dont la construction, l’exploitation et la propriété reviendront à Rosatom, la société d’État russe de l’énergie atomique; se dit préoccupé par les discussions en cours entre la Turquie et la Russie en vue de la création d’une plateforme gazière à Istanbul, qui devrait entrer en service en 2025; |
| 42. | se félicite de la participation de la Turquie à diverses missions et opérations de gestion de crise (dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune); déplore néanmoins que le niveau d’alignement sur les positions de la politique étrangère et de sécurité commune, y compris en ce qui concerne les sanctions et la lutte contre le contournement des sanctions, ait continué à se dégrader pour atteindre un taux historiquement bas de 5 %, soit le taux le plus bas pour un pays candidat à l’adhésion; rappelle que les pays candidats à l’adhésion à l’Union sont tenus de s’aligner progressivement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne et de se conformer au droit international; regrette que la Turquie n’ait pris aucune mesure à cet égard, notamment en n’appliquant pas les sanctions de l’Union à l’encontre de la Russie, et que dans de nombreux domaines d’intérêt mutuel, les politiques étrangères de l’Union et de la Turquie présentent des divergences inquiétantes; presse la Turquie de s’aligner sur les sanctions de l’Union contre la Russie et de les mettre pleinement en œuvre, y compris les mesures anticontournement, et de coopérer étroitement avec l’envoyé spécial international pour la mise en œuvre des sanctions de l’UE; |
| 43. | souligne qu’il importe de renforcer la coopération entre l’Union et la Turquie en matière de sécurité globale, compte tenu notamment de l’évolution de la situation géopolitique et des changements potentiels dans la politique étrangère des États-Unis; exprime l’espoir prudent que l’engagement informel observé récemment, tel que la participation en 2024 du ministre turc des affaires étrangères à la réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l’Union, puisse donner une impulsion permettant de meilleures relations; reconnaît le rôle clé de la Turquie en tant qu’allié au sein de l’OTAN et se félicite de la décision du Parlement turc de ratifier l’adhésion de la Suède à l’OTAN en janvier 2024; rappelle à cet égard que la Turquie a une responsabilité essentielle à assumer pour favoriser la stabilité aux niveaux régional et mondial, et qu’elle se doit d’agir conformément à ses obligations dans le cadre de l’OTAN, en particulier dans le contexte des bouleversements géopolitiques actuels; préconise une participation constructive à un dialogue politique plus structuré et plus fréquent sur la politique étrangère, de sécurité et de défense afin de rechercher une collaboration sur les intérêts convergents tout en s’efforçant de réduire les divergences, notamment en ce qui concerne l’élimination des obstacles persistants au renforcement d’une véritable relation entre l’UE et l’OTAN, y compris l’acquisition auprès de la Russie du système de défense aérienne S-400; demeure vivement préoccupé par le fait que la Turquie continue d’exclure un État membre de la coopération avec l’OTAN; |
| 44. | se félicite de la position déjà ancienne de la Turquie en faveur d’une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien, de ses appels à un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas, et de ses efforts continus pour fournir une aide humanitaire à Gaza tout au long du conflit; regrette profondément, d’un autre côté, le soutien actif des autorités turques, y compris le Président, au groupe terroriste Hamas, inscrit sur la liste de l’UE, et leur position sur l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, que le gouvernement turc n’a pas condamnée; souligne que le soutien affiché de la Turquie au Hamas et son refus de le désigner comme organisation terroriste ne sont pas compatibles avec la politique étrangère et de sécurité de l’Union; appelle donc de ses vœux une révision de cette position; |
| 45. | note avec inquiétude que la Turquie a demandé à devenir membre des BRICS+ et s’est vu offrir le statut de «pays partenaire», et qu’elle envisage de faire de même pour l’Organisation de coopération de Shanghai, où elle a le statut de partenaire de dialogue; se déclare vivement préoccupé par l’intérêt croissant de la Turquie pour un autre cadre de partenariat, ce qui est fondamentalement incompatible avec le processus d’adhésion à l’Union; insiste sur le fait que le nouveau statut de la Turquie en tant que pays partenaire des BRICS ne doit pas affecter ses responsabilités au sein de l’OTAN; note que la Turquie cultive des formats de coopération, des partenariats et des alliances régionales au-delà de l’Union; est préoccupé par la tendance de la Turquie à utiliser cette approche multivectorielle pour défendre ses intérêts sans s’engager dans une coopération à part entière avec aucune de ces alliances; |
| 46. | demeure préoccupé par l’utilisation par le gouvernement turc de la diaspora turque comme instrument d’ingérence occasionnelle dans les politiques intérieures des États membres de l’Union; |
Réformes socio-économiques et en matière de durabilité
| 47. | se félicite que la Turquie soit revenue à une politique économique et monétaire plus conventionnelle, tout en maintenant une croissance solide et un déficit budgétaire modéré; regrette toutefois que ce coût soit à nouveau supporté par les citoyens sous la forme de taux d’intérêt plus élevés; souligne que les vulnérabilités sociales se sont accrues, en particulier chez les enfants et les personnes âgées, principalement en raison de l’absence d’une stratégie globale de réduction de la pauvreté et des inégalités de revenus; souligne que les autorités turques doivent mettre en œuvre des mesures globales de protection sociale, renforcer les droits de négociation collective, et veiller à ce que les réformes économiques accordent la priorité à la réduction des inégalités et à la création de possibilités de travail décent; |
| 48. | regrette qu’en dépit des progrès observés dans les politiques économiques et monétaires, d’autres actions du gouvernement turc liées à l’état de droit continuent de porter atteinte à des principes fondamentaux tels que la sécurité juridique, ce qui pèse sur la capacité potentielle de la Turquie à recevoir des investissements; se félicite du retrait de la Turquie de la liste grise du Groupe d’action financière en juin 2024, à la suite des progrès significatifs réalisés dans l’amélioration de son régime de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme; |
| 49. | se félicite de l’augmentation de l’activité d’investissement de la Turquie dans le secteur de l’énergie verte et invite la Turquie à continuer d’améliorer la compatibilité de sa politique énergétique avec l’acquis de l’Union, en exploitant son énorme potentiel dans le domaine des énergies renouvelables; se déclare préoccupé par l’absence de progrès significatifs en matière d’action climatique, notamment en raison de l’absence de loi globale sur le climat, de régime national d’échange de droits d’émission et de stratégie de développement à long terme à faible taux d’émission, ce qui compromet son objectif de neutralité climatique pour 2053; souligne la nécessité d’un cadre juridique solide et de mécanismes d’application plus stricts pour protéger l’environnement et les ressources naturelles; demande instamment à la Turquie d’aligner ses politiques environnementales sur l’acquis de l’Union, notamment en respectant les habitats naturels lors de la réalisation de projets d’exploitation minière, et souligne l’importance de l’adhésion de la Turquie à la convention d’Aarhus; salue le travail des défenseurs des droits de l’environnement en Turquie et met en garde contre l’impact environnemental désastreux de vastes projets gouvernementaux, tels que l’expansion de ses activités d’extraction de cuivre au Mont Ida (Kaz Daglari); |
| 50. | souligne que la Turquie a pris des mesures pour diversifier ses approvisionnements énergétiques et augmenter sa part d’énergie renouvelable; note que le pays est le septième plus grand marché de gaz naturel liquéfié et souligne son potentiel en tant que plaque tournante régionale dans le domaine de l’énergie; prend acte du fait que la Turquie a souscrit aux objectifs mondiaux en matière d’efficacité énergétique et de capacité de production d’énergie renouvelable d’ici à 2030; invite la Commission à prendre en compte le potentiel de la Turquie en tant que plaque tournante régionale de l’énergie dans les initiatives visant à accroître la capacité en énergies renouvelables installées dans la région méditerranéenne et dans l’élaboration du nouveau pacte pour la Méditerranée, et demande que la coopération énergétique fasse partie du programme commun; |
| 51. | observe quelques améliorations dans les conditions du marché du travail et attire l’attention sur un certain nombre de problèmes cruciaux qui doivent encore être surmontés, tels que l’emploi informel, l’écart entre les hommes et les femmes, et l’inégalité des revenus; s’inquiète de la faible couverture de la négociation collective et de l’absence de reconnaissance des droits syndicaux pour certains employés du secteur public; estime qu’il y a lieu de multiplier les efforts pour renforcer les mécanismes de dialogue social et s’atteler aux nouveaux problèmes concernant la sécurité au travail; rappelle que la liberté syndicale et le dialogue social sont essentiels au développement et à la prospérité d’une société pluraliste; déplore, à cet égard, les récentes détentions de syndicalistes, notamment Remzi Çalișkan, vice-président de la Confédération des syndicats ouvriers révolutionnaires et président de Genel-Iș, qui a été libéré après un mois d’emprisonnement, Kemal Göksoy, président de la section de Mersin de Genel-İș, qui est toujours en prison, et Mehmet Türkmen, président du syndicat du secteur textile BİRTEK SEN, qui a été placé en détention le 14 février 2025; |
Relations générales entre l’Union et la Turquie
| 52. | se déclare à nouveau fermement convaincu que, en dépit du gel actuel du processus d’adhésion, la Turquie est un pays d’importance stratégique, un partenaire essentiel pour la stabilité de la région dans son ensemble et qu’elle joue un rôle important dans la résolution des problèmes de sécurité, la gestion des migrations, la lutte contre le terrorisme et la sécurité énergétique; souligne qu’il importe de maintenir un dialogue constructif et d’approfondir la coopération dans des domaines d’intérêt stratégique mutuel; souligne qu’il existe une série de domaines d’action susceptibles de faire l’objet d’une action future, notamment la transition écologique, le commerce, l’énergie, une union douanière modernisée et la libéralisation des visas, entre autres; rappelle toutefois que le recul démocratique et le non-alignement sur la PESC ne sont pas propices à l’accomplissement de progrès substantiels en la matière; réaffirme que l’Union est déterminée à maintenir les meilleures relations possibles avec la Turquie fondées sur le dialogue, le respect et la confiance mutuelle, conformément au droit international et aux relations de bon voisinage; |
| 53. | souligne qu’il importe d’encourager, dans l’intérêt de l’Union, de tous ses États membres et de la Turquie, un approfondissement du partenariat dans tous les secteurs économiques; note en particulier l’importance de la coopération dans les domaines de l’énergie, de l’innovation, de l’intelligence artificielle, de la santé, de la sécurité et de la gestion des migrations, entre autres; prend acte à cet égard des différents dialogues de haut niveau qui ont eu lieu récemment, notamment le dialogue de haut niveau sur le commerce et le dialogue de haut niveau sur l’économie, qui constituent des étapes vers des formes pragmatiques de coopération dans des domaines d’importance mutuelle; appelle à nouveau à la reprise de tous les dialogues de haut niveau pertinents et à la mise en place de dialogues de haut niveau structurés sur la coopération sectorielle, afin de relever les défis communs et d’examiner les possibilités, à condition que cette coopération aille de pair avec une conditionnalité claire et cohérente fondée sur le respect des principes démocratiques, de l’état de droit et des droits fondamentaux, comme cela a déjà été souligné dans la présente résolution; |
| 54. | est prêt à soutenir une union douanière modernisée dotée d’un champ d’application plus large et mutuellement bénéfique, qui pourrait englober un large éventail de domaines d’intérêt commun, notamment la numérisation, l’alignement sur le pacte vert pour l’Europe pour les politiques d’énergie verte, les marchés publics, les engagements en matière de développement durable et le devoir de vigilance, contribuant ainsi à la sécurité économique des deux parties; est favorable à ce que cette union douanière modernisée s’accompagne d’un mécanisme efficace et efficient de règlement des différends; souligne que, pour que le Parlement donne son approbation à la fin du processus, une telle modernisation devrait reposer sur des conditions strictes liées aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, au respect du droit international et aux relations de bon voisinage, y compris la pleine mise en œuvre par la Turquie du protocole additionnel à l’accord d’Ankara à l’ensemble des États membres, sans exception et de manière non discriminatoire; |
| 55. | constate avec un profond regret que la Turquie n’a accompli aucun progrès sur la voie du respect des critères de référence requis pour la libéralisation du régime des visas; réaffirme sa volonté d’entamer le processus de libéralisation du régime des visas dès que les autorités turques auront pleinement satisfait aux six critères qui restent manifestement à remplir, de manière non discriminatoire à l’égard de tous les États membres de l’Union, tout en s’alignant sur la politique de l’Union en matière de visas; regrette que les citoyens turcs soient confrontés à des problèmes lorsqu’ils demandent un visa pour les États membres de l’Union en raison d’une augmentation sensible des demandes et de craintes d’abus du système; reconnaît toutefois la volonté politique d’améliorer l’accès aux visas et demande que les deux parties redoublent d’efforts pour lever les obstacles techniques et administratifs qui subsistent; invite les États membres de l’Union à augmenter les ressources allouées à cette question; soutient les mesures visant à faciliter l’obtention de visas, notamment en ce qui concerne les activités commerciales et les étudiants Erasmus; déplore vivement que les autorités turques cherchent constamment à reprocher à l’Union de ne pas avoir progressé sur ce dossier, tout en ne prenant pas les mesures nécessaires pour respecter les six critères restants; rappelle à la Turquie que l’absence de progrès tangibles et cumulés sur les conditions encore non remplies a un impact direct sur les activités commerciales et les étudiants Erasmus; salue la contribution inestimable des échanges Erasmus+, qui offrent de riches possibilités d’éducation interculturelle; regrette toutefois le manque de vigilance de la part de la Commission, comme en témoigne le partenariat Erasmus avec l’université islamique des sciences et technologies de Gaziantep, dont les dirigeants ont publiquement exprimé leur soutien à des actes terroristes; invite la Commission à s’assurer que les universités partenaires respectent la charte des droits fondamentaux de l’Union en procédant à des vérifications ex ante et à des contrôles périodiques; |
Perspectives pour les relations entre l’Union et la Turquie
| 56. | estime, à la lumière de ce qui précède, que le gouvernement turc n’a pas pris les mesures nécessaires pour remédier aux lacunes démocratiques fondamentales existantes dans le pays et réaffirme dès lors son point de vue selon lequel le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ne peut pas reprendre dans les circonstances actuelles, malgré les aspirations démocratiques et proeuropéennes d’une bonne partie de la société turque; rappelle que, comme pour tout autre pays candidat, le processus d’adhésion est subordonné au plein respect des critères de Copenhague et à la normalisation des relations avec tous les États membres de l’Union; |
| 57. | prie instamment le gouvernement turc, les institutions de l’Union et les États membres de continuer à œuvrer, au-delà du processus d’adhésion actuellement gelé, et sur la base des conclusions pertinentes du Conseil et du Conseil européen et de la conditionnalité établie, à un partenariat plus étroit, plus dynamique et plus stratégique, en s’attachant particulièrement à l’action pour le climat, à la sécurité énergétique, à la coopération dans la lutte contre le terrorisme et à la stabilité régionale; insiste sur la nécessité d’entamer un processus de réflexion sur la manière dont ce nouveau cadre constructif et progressif pour les relations entre l’Union et la Turquie peut tenir compte des intérêts de toutes les parties concernées, par exemple en modernisant et en renforçant l’accord d’association actuel; souligne qu’un tel processus positif doit avoir pour fondement et pour corollaire des progrès tangibles en Turquie en ce qui concerne son alignement sur la PESC, la démocratie, l’état de droit et le respect des valeurs fondamentales; |
| 58. | estime que la communication conjointe du 29 novembre 2023 sur l’état des lieux en ce qui concerne les relations entre l’UE et la Turquie constitue une bonne base pour faire avancer les relations au sens large entre l’Union et la Turquie; regrette que le Conseil n’ait pas, jusqu’à présent, apporté un soutien politique clair à cette communication conjointe; réaffirme que la reconnaissance de tous les États membres de l’Union est une composante nécessaire de tout accord entre l’Union et la Turquie; souligne que pour progresser vers une coopération plus étroite entre l’Union et la Turquie, il est essentiel que cette dernière manifeste une attitude constructive, y compris en ce qui concerne le problème chypriote; |
| 59. | met néanmoins en garde contre le fait qu’une nouvelle dérive autoritaire des autorités turques, telle que celle à laquelle nous avons assisté récemment, se traduira à terme par de lourdes conséquences sur toutes les dimensions des relations entre l’Union et la Turquie, y compris la coopération en matière de commerce et de sécurité, dans la mesure où elle nuit au climat de confiance et au sentiment de fiabilité nécessaires entre les partenaires et qu’elle oppose les deux parties sur la scène géopolitique actuelle; |
| 60. | continue de reconnaître et de saluer les aspirations démocratiques et proeuropéennes de la majorité de la société turque (en particulier parmi la jeunesse turque), que l’Union n’oubliera pas; considère ces aspirations comme une raison majeure de ne pas abandonner le processus d’adhésion de la Turquie; invite par conséquent la Commission à maintenir et à accroître son soutien politique et financier à la société civile dynamique et pro-démocratique en Turquie, dont les efforts peuvent contribuer à générer la volonté politique nécessaire à l’approfondissement des relations entre l’Union et la Turquie; souligne néanmoins que la reprise du processus d’adhésion dépend de la volonté politique résolue des autorités et de la société turques de devenir une démocratie à part entière, ce qui ne peut être imposé par l’Union; |
| 61. | réitère son appel à renforcer et à approfondir la connaissance et la compréhension mutuelles entre nos sociétés par la promotion du développement culturel et des échanges socioculturels ainsi que par la lutte contre toutes les manifestations de préjugés sociaux, religieux, ethniques ou culturels; encourage la Turquie et l’Union à promouvoir des valeurs communes, notamment en soutenant les jeunes; réaffirme son engagement sans faille à maintenir et à renforcer le soutien à la société civile indépendante turque; ° ° ° |
| 62. | charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au président du Conseil européen, au Conseil et à la Commission; demande que cette résolution soit traduite en turc et transmise au président, au gouvernement et au parlement de la République de Turquie. |
(1) JO L 134 du 7.5.2014, p. 3, ELI: http://data.europa.eu/eli/agree_internation/2014/252/oj.
(2) JO C, C/2024/1760, 22.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1760/oj.
(3) JO C 493 du 27.12.2022, p. 2.
(4) JO C 425 du 20.10.2021, p. 143.
(5) JO C, C/2024/6746, 26.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6746/oj.
(6) JO C 328 du 6.9.2016, p. 2.
(7) JO C 465 du 6.12.2022, p. 112.
(8) JO C, C/2025/206, 14.1.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/206/oj.
(9) Textes adoptés de cette date, P10_TA(2025)0016.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/577/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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