Initiative législative52025IR0139

Avis du Comité européen des régions — Mise en œuvre de l’action pour le climat en vue de la contribution de l’UE à la COP 30 de la CCNUCC

CELEX52025IR0139
TypeInitiative législative
Datejeudi 3 juillet 2025

Résumé IA

Le Comité européen des régions souligne le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre des politiques climatiques de l'UE en vue de la COP30. Il appelle à un renforcement de la gouvernance multi-niveaux et à un financement adéquat pour atteindre les objectifs de la contribution déterminée au niveau national (CDN) de l'UE. Cet avis insiste sur la nécessité d'intégrer les spécificités territoriales dans les futures réglementations climatiques européennes.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/4416

29.8.2025

Avis du Comité européen des régions

Mise en œuvre de l’action pour le climat en vue de la contribution de l’UE à la COP 30 de la CCNUCC

(C/2025/4416)

Rapporteure

:

Nadia PELLEFIGUE (FR/PSE), vice-présidente du conseil régional d’Occitanie

Texte de référence

:

Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil — Rapport d’étape sur l’action climatique de l’UE (2024)

COM(2024) 498 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)

Combler le manque d’ambition et le déficit de mise en œuvre en renforçant la diplomatie infranationale et le rôle moteur de l’Union lors de la COP 30

1.

constate avec inquiétude que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde et la première au cours de laquelle la température moyenne de la planète a dépassé de 1,5 °C son niveau préindustriel; salue dans ce contexte les efforts considérables déployés par l’équipe de négociation de l’Union pour préserver le processus et le multilatéralisme lors de la COP 29 et se félicite de l’accord intervenu sur le nouvel objectif collectif quantifié pour le financement de l’action climatique; regrette toutefois le manque global d’ambition et d’engagement dans le processus;

2.

souligne que dans le paysage géopolitique actuel, la transition climatique doit rester une priorité pour garantir la résilience économique et la sécurité énergétique à long terme grâce à des trajectoires réalistes pour atteindre les objectifs climatiques; fait observer que la stabilité et la cohérence des cadres réglementaires sont essentielles pour que les entreprises continuent d’investir dans les technologies propres, et invite les gouvernements nationaux à mettre en place les conditions nécessaires, y compris la sécurité réglementaire à long terme, des incitations publiques à la décarbonation et une coordination efficace des politiques; relève que les villes et les régions ne se contentent pas de mettre des politiques en œuvre, mais qu’elles façonnent activement les marchés de solutions industrielles propres et doivent donc être dotées des outils financiers nécessaires pour mener à bien cette transition;

3.

reconnaît qu’il est urgent d’élaborer des contributions déterminées au niveau national (CDN) ambitieuses avant la COP 30, dans le respect du délai fixé par la CCNUCC et conformément aux recommandations formulées dans le rapport 2024 du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions; insiste sur la nécessité, dans le cadre de la COP 30, d’accroître le financement de la lutte contre le changement climatique, de disposer de solides indicateurs d’adaptation et de renforcer les trajectoires pour une transition juste qui favorisent une économie respectant les limites de la planète et les écosystèmes, la création d’emplois, la sécurité énergétique et la protection des populations civiles et de la biodiversité, tout en veillant à ce que les villes et les régions soient structurellement associées aux négociations sur le climat;

4.

rappelle le consensus des Émirats arabes unis établi lors de la COP 28, qui a introduit des engagements novateurs en matière de transition énergétique et a explicitement reconnu le rôle essentiel d’une action à plusieurs niveaux, inclusive, tenant compte de la dimension de genre et coopérative pour mettre en œuvre l’accord de Paris; invite instamment toutes les parties à adopter une approche de planification et de gouvernance à plusieurs niveaux lors de l’élaboration de leurs CDN, de leurs stratégies à long terme et de leurs plans nationaux d’adaptation (PNA); accueille favorablement les CDN du Royaume-Uni, du Brésil, du Panama et du Canada, qui mettent l’accent sur le rôle des collectivités locales et régionales dans la promotion de l’action pour le climat et définissent des actions claires à différents niveaux de gouvernement pour soutenir leur mise en œuvre;

5.

déplore que les États-Unis aient l’intention de se retirer de l’accord de Paris, mais salue les efforts déployés par les collectivités infranationales américaines, notamment les membres de réseaux tels que Climate Mayors et l’Alliance américaine pour le climat, pour respecter les engagements pris au titre de la CCNUCC;

6.

fait observer que les villes engagées en faveur de l’action pour le climat pourraient contribuer à hauteur de 40 % aux efforts visant à combler l’écart mondial entre la réduction des émissions fixée par les CDN et une trajectoire vers un réchauffement de 1,5 °C d’ici à 2030 (1); rappelle à cet égard qu’il est essentiel d’opérer un transfert modal du transport routier, en particulier du trafic lourd de transit, vers le rail; souligne que les villes et les régions influencent les conditions industrielles et commerciales grâce à l’aménagement du territoire, au développement des infrastructures, à la création d’emplois et aux possibilités de développement des compétences, d’éducation et de formation, en insufflant une dynamique mutuellement bénéfique qui permet de faire progresser les objectifs économiques, sociaux et environnementaux;

7.

attire l’attention sur de nombreux exemples de participation des collectivités locales et régionales tant à des réseaux d’autorités publiques régionales qu’à des réseaux internationaux tels que la circonscription des gouvernements locaux et des autorités municipales (LGMA), le comité consultatif sur les autorités infranationales et la biodiversité, la Convention mondiale et européenne des maires, l’ICLEI, la coalition Under2, Regions4, C40 Cities et l’Alliance pour le climat, qui jouent un rôle clé dans la conception, la mise en œuvre, le financement et le suivi des solutions aux crises climatique et environnementale;

8.

reconnaît la fragilité, la riche biodiversité et le rôle climatique essentiel des écosystèmes amazoniens et l’importance des connaissances autochtones dans la région qui accueillera la COP 30; dans ce contexte, prend acte avec inquiétude des rapports concernant la destruction d’une section de 13 kilomètres de forêt tropicale pour construire une autoroute afin de faciliter l’accès au sommet, ce qui risque de compromettre les objectifs environnementaux ambitieux de la manifestation; constate que des régions ultrapériphériques de l’Europe telles que la Guyane française, voisine du pays hôte de la COP 30, le Brésil, sont confrontées à des défis similaires en matière de climat et d’environnement, et insiste pour que l’Union tienne spécifiquement compte de ses régions ultrapériphériques dans ses CDN et sa réaction aux changements climatiques;

9.

invite les présidences polonaise et danoise du Conseil à reconnaître, dans les conclusions du Conseil sur la COP 30, le rôle moteur joué par les collectivités locales et régionales dans l’accélération et l’élargissement des mesures d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci; soutient avec force que la CDN de l’Union et son objectif climatique à l’horizon 2040 devraient tenir compte de la situation socio-économique locale et régionale, respecter le principe de subsidiarité et garantir un soutien à tous les secteurs de l’économie afin de favoriser la transition, la durabilité et la compétitivité de l’Europe;

10.

souligne la contradiction entre les engagements de la COP 30 en matière de climat et les incidences environnementales causées par les déplacements et le développement des infrastructures à grande échelle pour accueillir les conférences; insiste sur la nécessité d’élaborer des mesures visant à rendre les COP de la CCNUCC plus durables, notamment en réduisant les voyages en avion, en favorisant la production de carburants durables d’aviation (CDA), le soutien au transport multimodal et l’utilisation de formats virtuels ou hybrides, en particulier pour les manifestations parallèles, et en exigeant des villes hôtes qu’elles adoptent une charte de durabilité assortie de critères stricts, élaborée en consultation avec les parties prenantes locales;

Vers une CDN européenne ambitieuse et multiniveau

11.

réitère son appel en faveur d’une CDN de l’Union réaliste, inclusive et économiquement viable qui, de concert avec la proposition législative prévoyant de modifier la loi de l’Union sur le climat afin de l’assortir d’un objectif de réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre de 90 % d’ici à 2040, soit alignée sur l’évaluation de la Commission et sur l’avis du CdR intitulé «L’avenir de la politique climatique de l’UE — Aligner les objectifs d’atténuation et les défis en matière d’adaptation»; invite l’Union à reconnaître, dans sa CDN, le rôle moteur et les responsabilités des acteurs locaux, y compris les collectivités locales et régionales, dans l’accélération et l’élargissement de l’action climatique socialement juste, et insiste sur la nécessité que les collectivités locales et régionales jouent un rôle plus officiel au sein des structures européennes de planification et de gouvernance en matière de climat, notamment en ce qui concerne la législation sectorielle qui suivra l’objectif à l’horizon 2040;

12.

demande une nouvelle fois à la Commission européenne et aux États membres d’intensifier leur coopération avec les collectivités locales et régionales dans le cadre de la préparation, de la mise en œuvre et du financement de l’objectif climatique à l’horizon 2040 et de la CDN, conformément au paragraphe 161 des résultats du premier bilan mondial, afin d’éviter tout décalage entre les politiques locales, régionales, nationales et européennes de manière à garantir une action cohérente en faveur du climat; les prie instamment de tirer parti d’initiatives telles que les missions de l’Union sur des villes neutres pour le climat et intelligentes et sur l’adaptation au changement climatique, la Convention des maires et la coalition pour des partenariats multiniveaux de grande ambition (CHAMP);

13.

exhorte l’Union à renforcer ses partenariats avec les parties prenantes internationales grâce à des investissements, à l’accès aux technologies et au partage des connaissances de manière à pouvoir jouer un rôle de premier plan dans l’innovation technologique et les modèles économiques de décarbonation, notamment en facilitant le transfert de technologies et de connaissances vers les pays du Sud global;

Une diplomatie climatique infranationale plus forte pour un multilatéralisme efficace

14.

fait valoir que la diplomatie infranationale rehausse les ambitions en matière de climat en favorisant la coopération entre les villes et les régions du monde entier, permettant ainsi aux collectivités locales et régionales d’échanger les bonnes pratiques, d’appliquer plus largement les solutions en matière de climat et d’influencer les stratégies climatiques nationales et mondiales; relève que l’engagement des collectivités locales et régionales par l’intermédiaire de la circonscription LGMA joue un rôle clé dans l’élaboration du plan mondial d’action pour le climat;

15.

met en lumière les principales initiatives de la COP, notamment celle de la COP 27 sur la résilience urbaine durable pour la prochaine génération (SURGe) et la coalition de la COP 28 pour des partenariats multiniveaux de grande ambition (CHAMP); se réjouit de la création, lors de la COP 29, de la coalition de Bakou pour la continuité, qui constitue une étape essentielle pour assurer la cohérence et la continuité entre les présidences de la COP;

16.

invite la Commission européenne et les États membres à soutenir la diplomatie infranationale et reste déterminé à contribuer à ce que l’Union occupe le devant de la scène dans les négociations internationales sur le climat grâce à une diplomatie climatique renforcée au niveau infranational, et à mobiliser tous les organes qui, en son sein, traitent des relations extérieures (ARLEM, Corleap, comités consultatifs paritaires, coopération entre pairs), afin de faire en sorte que les engagements pris au niveau mondial trouvent une traduction concrète dans l’action menée sur le terrain; souligne qu’il importe de mieux reconnaître les contributions des gouvernements infranationaux, d’encourager davantage de partenariats à plusieurs niveaux pour soutenir la mise en œuvre et d’associer structurellement l’échelon infranational de manière à renforcer les collaborations dans le cadre du processus de la COP; accueille favorablement à cet égard l’annonce de l’organisation, dans le cadre de la COP 30, d’un forum des dirigeants locaux destiné à mettre en lumière les solutions locales en matière de climat, à démontrer comment les acteurs infranationaux accélèrent les progrès en ce qui concerne les objectifs climatiques fixés au niveau mondial et à renforcer le multilatéralisme par la diplomatie infranationale; se déclare en conséquence déterminé à contribuer à cette initiative;

17.

insiste sur l’importance des COP régionales, telles que celles organisées par les régions françaises, des débats menés dans le cadre des «Town Hall COPs» («COP locales») sous l’égide de la circonscription LGMA, des conférences locales et régionales de la jeunesse (LCOY et RCOY) et d’autres initiatives locales telles que l’observatoire du climat de Macaronésie; estime que les résultats de ces dialogues locaux devraient être intégrés dans les CDN et les plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC) afin de combler le fossé entre les efforts locaux et les cadres climatiques nationaux et internationaux. Il s’impose de consentir des efforts particuliers pour associer les collectivités locales rurales ainsi que les régions périphériques et montagneuses à ces dialogues afin de veiller à ce que les points de vue et les besoins des communautés isolées ne soient pas négligés dans le processus de gouvernance à plusieurs niveaux;

Mise en œuvre du programme de travail en matière d’atténuation

18.

déplore l’absence de progrès en ce qui concerne le programme de travail sur l’atténuation lors de la COP 29, ainsi que le manque d’engagement des parties à respecter les promesses qu’elles avaient faites lors de la COP 28, à savoir abandonner progressivement les combustibles fossiles, doubler l’efficacité énergétique et tripler les capacités en énergies renouvelables;

19.

salue les efforts déployés par les coprésidents du programme de travail, qui ont fait progresser, tout au long de 2024, les discussions sur le thème «Villes: bâtiments et systèmes urbains»; attend avec intérêt les discussions qui auront lieu en 2025 et 2026 sur les solutions d’atténuation dans l’industrie, dans le secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres, ainsi que dans le secteur des déchets; attire l’attention sur le rôle essentiel des collectivités locales et régionales, notamment celles des zones rurales, dans la gestion des déchets et la promotion de pratiques d’économie circulaire adaptées aux contextes non urbains, telles que l’énergie renouvelable décentralisée et l’agriculture durable, qui leur permet de créer et d’encourager une symbiose entre l’industrie et la ville, et demande qu’elles soient activement associées à ce processus;

20.

fait observer que les villes sont responsables de plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et consomment environ 80 % de l’énergie mondiale, et que les collectivités locales et régionales sont le niveau le plus proche des citoyens et les garantes de la visibilité et de la crédibilité de l’action pour le climat; reconnaît la forte mobilisation des collectivités locales et régionales de l’Union pour mettre en œuvre l’accord de Paris, comme en témoignent des initiatives telles que les missions de l’UE, la Convention des maires, le pacte pour le climat, l’initiative d’économie circulaire pour les villes et les régions, ainsi que leur participation active à des projets tels que la plateforme des acteurs concernés par l’ambition «zéro pollution»;

21.

salue les efforts déployés actuellement par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour préparer son rapport spécial sur le changement climatique et les villes, lequel fournira une évaluation scientifiquement solide et politiquement pertinente des risques et des solutions climatiques dans les zones urbaines; se félicite en outre que l’évaluation européenne des risques climatiques ait inclus une étude ad hoc sur les risques climatiques dans les régions ultrapériphériques, laquelle étude est susceptible de contribuer à mieux intégrer les réalités spécifiques desdites régions dans les politiques climatiques européennes; souligne, dans ce contexte, l’importance des données provenant de Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre, qui fournissent notamment des informations à l’appui des politiques publiques au niveau régional, ainsi que la pertinence du jumeau numérique de l’océan mis au point par Mercator Ocean International, en tant qu’outil essentiel pour mieux comprendre les risques liés au climat, mieux les anticiper et mieux y répondre, en particulier pour les territoires côtiers et insulaires; reconnaît le rôle que joue le GIEC dans la lutte contre la désinformation climatique en fournissant des informations fondées sur des données probantes à propos de l’efficacité des politiques climatiques, des mesures d’adaptation et des stratégies de réduction des émissions à l’échelon local; invite l’Union à tirer parti de ce rapport pour renforcer la compréhension des citoyens, soutenir une prise de décision éclairée au niveau infranational et consolider les cadres de gouvernance climatique à niveaux multiples accordant la priorité à une action climatique transparente et fondée sur la science;

22.

prie les parties de veiller à ce que les résultats du bilan mondial en ce qui concerne la nécessité d’opérer une transition vers une sortie des combustibles fossiles, de doubler l’efficacité énergétique et de tripler les capacités en matière d’énergies renouvelables — tout en assurant une transition juste pour les industries à forte intensité énergétique et dans les régions dépendantes des combustibles fossiles ainsi que pour les personnes en situation de vulnérabilité — soient pris en compte dans le programme de travail sur l’atténuation pour la période 2025-2026;

Accroître le financement de l’action locale pour le climat

23.

fait observer que selon les estimations, les villes auront besoin, au niveau mondial, pour les seules mesures d’atténuation du changement climatique, d’environ 4 300 milliards de dollars par an jusqu’en 2030, et de plus de 6 000 milliards de dollars par an entre 2031 et 2050. Si les besoins mondiaux en matière d’adaptation sont plus difficiles à chiffrer, ceux des villes des pays émergents et en développement sont estimés à 147 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 et à 165 milliards de dollars par an entre 2031 et 2050;

24.

relève que le financement des actions infranationales reste limité (2), difficile d’accès et fragmenté: moins de 10 % du financement de la lutte contre le changement climatique provenant des fonds mondiaux pour le climat est consacré à l’action locale, et 17 % seulement du financement de l’adaptation a servi, entre 2017 et 2021, à renforcer la résilience locale;

25.

estime qu’il convient d’accorder une attention particulière aux régions rurales et reculées, où les capacités administratives limitées et la faible densité de population entravent encore davantage l’accès au financement de la lutte contre le changement climatique, ce qui nécessite des instruments de soutien adaptés et des mécanismes de renforcement des capacités pour les collectivités locales. Ce point est d’autant plus important pour les régions structurellement moins développées d’Europe centrale, orientale et méridionale, y compris les zones frontalières et montagneuses, où les disparités économiques et la capacité d’absorption limitée des fonds entravent l’action pour le climat. Les instruments de cohésion de l’Union devraient être harmonisés pour que ces régions puissent bénéficier d’un accès sur mesure au financement de la lutte contre le changement climatique;

26.

se félicite de la décision de la COP 29 sur le nouvel objectif collectif quantifié pour le financement de l’action climatique et demande aux parties de veiller à mener à bien la «Feuille de route de Bakou à Belém: objectif 1 300 milliards»; estime indispensable que ce processus soit transparent, inclusif et consultatif, et garantisse qu’une part importante des 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035 soit allouée aux villes et régions pour leur permettre d’accéder directement à des mesures d’atténuation et d’adaptation appropriées pour l’échelon local;

27.

souligne la nécessité d’associer les collectivités locales et régionales aux discussions sur les réformes de l’architecture financière internationale et des banques multilatérales de développement (BMD), en veillant à ce qu’elles ne soient pas seulement chargées de la mise en œuvre, mais participent aussi activement à la conception, en vue de lever les principaux obstacles et de permettre des solutions ciblées pour les mesures d’atténuation et d’adaptation;

28.

fait observer que la plupart des financements en faveur de la lutte contre le changement climatique parviennent aux collectivités locales et régionales par l’intermédiaire des gouvernements nationaux, qui accordent souvent la priorité aux projets d’envergure nationale plutôt qu’aux projets locaux ou régionaux; invite les parties à veiller à ce que les réformes des BMD prévoient de développer les modèles de prêts souverains permettant aux collectivités locales et régionales d’accéder à des emprunts sans que des garanties gouvernementales nationales soient exigées;

29.

remarque que de nombreuses collectivités locales et régionales peinent encore à garantir les investissements privés en raison des risques perçus; demande à toutes les parties de créer des mécanismes de garantie ou des outils de rehaussement du crédit qui soutiennent des projets infranationaux plus bancables grâce à une réforme de la structure financière internationale;

Renforcer les efforts d’adaptation et l’approche axée sur le lien entre nature et climat

30.

met l’accent sur le rôle important des collectivités locales et régionales, s’agissant de protéger les citoyens ainsi que d’orienter et de soutenir les efforts d’adaptation et de reconstruction, notamment grâce au développement et au déploiement de systèmes régionaux d’alerte précoce, face aux catastrophes fréquentes et graves liées au climat qui touchent les régions et les villes du monde entier et causent d’énormes pertes humaines, naturelles et économiques; insiste pour que les connaissances locales et l’engagement de la collectivité fassent partie intégrante des PNA, étant donné qu’il s’agit d’éléments essentiels pour recenser les vulnérabilités contextuelles et élaborer des stratégies d’adaptation efficaces; fait observer que certains territoires font face à des vulnérabilités spécifiques liées au climat et qu’ils devraient bénéficier de stratégies d’adaptation ciblées, intégrées dans les PNA, ainsi que d’un soutien financier accru et d’une mise en œuvre plus rapide de projets pilotes, afin que ces régions agissent en tant que laboratoires vivants et espaces d’innovation climatique. Il s’agit notamment des régions ultrapériphériques et des régions insulaires caractérisées par de fortes densités démographiques, qui connaissent des flux migratoires importants et où les effets du changement climatique, tels que l’élévation du niveau de la mer, s’intensifient, ainsi que des régions montagneuses, exposées à l’érosion et ayant des besoins particuliers en matière d’eau, de sylviculture et d’écotourisme durables, et des régions rurales et reculées;

31.

rappelle que les pays développés ont décidé de doubler au moins, d’ici 2025, leur financement collectif de la lutte contre le changement climatique en faveur de l’adaptation des pays en développement par rapport aux niveaux de 2019, en garantissant un équilibre entre adaptation et atténuation; déplore que malgré quelques progrès, les gouvernements infranationaux ne disposent toujours pas d’un accès direct au financement international de la lutte contre le changement climatique et qu’il subsiste un important déficit de financement de l’adaptation, en particulier pour les pays en développement, comme le souligne le rapport du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière d’adaptation; demande que des mesures soient prises d’urgence pour doubler le financement de l’adaptation afin de combler cet écart;

32.

applaudit aux travaux de la mission de l’Union sur l’adaptation, qui aident plus de 150 régions d’Europe à devenir résilientes d’ici à 2030, et estime que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour reproduire ce modèle à l’échelle mondiale;

33.

attire l’attention sur le cadre mondial de Kunming-Montréal en matière de biodiversité, qui offre l’occasion d’intégrer des solutions fondées sur la nature en tant que pilier central des stratégies d’adaptation au niveau infranational; souligne qu’il importe d’aligner l’adaptation au changement climatique sur la restauration et la préservation de la nature, en particulier dans le cadre de la COP 30. Cette démarche devrait englober les écosystèmes de montagne, où des solutions fondées sur la nature sont particulièrement importantes pour accroître la résilience au changement climatique et préserver la biodiversité. Le CdR invite le Brésil, qui abrite certains des écosystèmes naturels les plus essentiels de la planète, à veiller à ce que le lien entre nature et climat soit traité de manière plus globale dans le cadre du volet de négociation existant;

34.

demande que le programme de travail Émirats arabes unis-Belém comprenne des indicateurs mesurables qui reflètent les efforts d’adaptation locaux et régionaux tels que les mécanismes de collaboration à plusieurs niveaux, le soutien financier alloué au niveau infranational et la mise en œuvre de plans régionaux d’adaptation; réitère son appel en faveur de la prise en compte de telles mesures dans le prochain plan européen d’adaptation au changement climatique;

35.

réaffirme la nécessité de renforcer les synergies entre les conventions de Rio et invite l’Union à veiller à une plus grande cohérence entre, d’une part, les résultats d’autres instruments des Nations unies tels que la 16e conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB), la 16e conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) et la conférence des Nations unies sur les océans de 2025, et d’autre part, les priorités en matière de climat et de biodiversité;

36.

se félicite de l’accent mis sur les enjeux liés à l’eau dans la déclaration de la COP 29 sur l’eau pour l’action climatique; appelle de ses vœux une coopération internationale renforcée, y compris au niveau des bassins hydrographiques, afin de faire face à la crise de l’eau de plus en plus sévère, de garantir une eau propre et de qualité, de promouvoir une gestion durable de l’eau et de mettre en œuvre des solutions fondées sur la nature; reconnaît en outre que la nouvelle stratégie européenne de résilience pour l’eau constitue une initiative essentielle pour intégrer la résilience dans le domaine de l’eau dans la planification de l’adaptation à tous les niveaux de gouvernance, en garantissant une gestion durable de l’eau, la préparation aux catastrophes et la coopération transfrontalière en matière de ressources en eau; attire également l’attention sur l’évaluation spécifique pour les régions ultrapériphériques qui est incluse dans cette stratégie et qui tient compte des vulnérabilités structurelles et des limitations de l’accès aux ressources en eau que connaissent ces territoires;

Faire progresser le programme de travail pour une transition juste

37.

reconnaît que le programme de travail pour une transition juste est primordial afin d’assurer une transition juste et équitable vers une économie climatiquement neutre et résiliente; regrette que ce programme de travail n’ait fait l’objet d’aucune décision lors de la COP 29, alors qu’il est indispensable pour les personnes actives et les populations en première ligne des incidences du changement climatique;

38.

insiste sur la nécessité que le programme de travail définisse des trajectoires de financement claires, établisse un lien entre ses mesures et les résultats du bilan mondial, vise à intégrer les politiques de transition juste dans les CDN et les politiques sectorielles afin de garantir une approche cohérente et inclusive au niveau mondial, qui donne la priorité à un accès direct des collectivités locales et régionales aux financements pour leur permettre de mettre en œuvre efficacement les stratégies de transition; fait observer qu’il convient d’adopter des approches pangouvernementales qui associent activement les collectivités locales et régionales, les syndicats, les personnes qui représentent l’industrie et la société civile à l’élaboration et à la mise en œuvre des stratégies de transition juste;

39.

affirme que la transition juste est un pilier essentiel du programme de l’UE en matière de compétitivité, qui garantit la résilience économique tout en favorisant la création d’emplois durables, l’innovation industrielle et la transformation économique régionale; invite la Commission européenne et les États membres à jouer un rôle moteur dans les discussions sur une décision formelle concernant le programme de travail pour une transition juste lors de la 62e session des organes subsidiaires (SB 62) ou, au plus tard, de la COP 30, en garantissant des structures de gouvernance et des mécanismes de financement clairs.

Bruxelles, le 3 juillet 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) Convention mondiale des maires, https://www.globalcovenantofmayors.org/press/city-climate-ambition-could-reduce-the-gap-between-national-commitments-and-a-1-5oc-pathway-globally-by-up-to-40-new-gcom-research-suggests/.

(2) https://www.iied.org/10178iied.

https://www.citiesalliance.org/sites/default/files/2024-11/citiesalliance_climate_finance_for_the_urban_poor_2024_web.pdf.

https://www.unep.org/fr/resources/rapport-2023-sur-le-deficit-de-ladaptation-au-climat.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4416/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)