Initiative législative52025IR0262

Avis du Comité européen des régions — Paquet élargissement 2024 — Ukraine, Moldavie et Géorgie

CELEX52025IR0262
TypeInitiative législative
Datemercredi 2 avril 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions évalue les progrès de l'Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie dans le cadre du processus d'élargissement de l'UE. Il souligne l'importance de la décentralisation et du renforcement des capacités des collectivités locales et régionales pour une intégration réussie. Pour un professionnel du droit français, ce texte indique les priorités politiques et les critères de gouvernance locale que ces États candidats devront respecter, ce qui influencera les futures négociations d'adhésion et le cadre juridique de l'UE.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/3170

20.6.2025

Avis du Comité européen des régions — Paquet «élargissement» 2024 — Ukraine, Moldavie et Géorgie

(C/2025/3170)

Rapporteure : Aleksandra DULKIEWICZ (Pologne, PPE), présidente de la ville de Gdańsk

Textes de référence : Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Communication sur le plan de croissance pour la Moldavie

[COM(2024) 470];

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Communication de 2024 sur la politique d’élargissement de l’UE

COM(2024) 690 final

Document de travail des services de la Commission — Rapport 2024 sur la Géorgie

[SWD(2024) 697 final];

Document de travail des services de la Commission — Rapport 2024 sur la Moldavie

[SWD(2024) 698 final];

Document de travail des services de la Commission — Rapport 2024 sur l’Ukraine

[SWD(2024) 699 final].

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

Observations générales

1.

réaffirme son soutien sans équivoque au processus d’élargissement de l’Union européenne ainsi que sa ferme volonté de continuer à appuyer les régions et villes des pays visés par l’élargissement sur la base de la conviction commune exprimée par la Commission européenne, selon laquelle l’adhésion à l’Union reste un moteur essentiel de la sécurité, de la paix, de la stabilité et de la prospérité à long terme en Europe;

2.

rappelle qu’un élargissement de l’Union bien conduit peut potentiellement profiter non seulement aux pays candidats, mais aussi à ses États membres actuels, à ses citoyens, à ses municipalités, à ses villes et à ses régions;

3.

affirme que le processus d’adhésion à l’Union est intrinsèquement lié au respect des critères dits de Copenhague, en particulier le respect des valeurs fondamentales, qui constituent la pierre angulaire de l’adhésion. Ces valeurs comprennent notamment une économie sociale de marché, l’état de droit, la démocratie représentative fondée sur des élections qui soient conformes aux principes du Conseil de l’Europe, l’indépendance du système judiciaire, la décentralisation, les principes de gouvernance à multiniveaux, de subsidiarité et de proportionnalité. Par ailleurs, le Comité souligne l’importance de la transparence dans les processus décisionnels, laquelle se trouve confortée par la réforme de l’administration publique, la lutte contre la corruption à tous les niveaux, la prévention de l’influence politique et économique indue exercée par des oligarques, la lutte contre la criminalité organisée et la sauvegarde de la liberté des médias;

4.

fait valoir que l’élargissement de l’Union est un processus qui vise l’harmonisation et l’adhésion de nouveaux États membres à notre Union. Rendre notre voisinage plus sûr, plus fort et plus prospère participe également de la promotion des valeurs européennes communes et contribue à une Union qui se renforce et qui croît;

5.

reconnaît que l’Union doit de façon impérieuse renforcer son influence et favoriser la stabilité dans les régions de son voisinage tout en veillant au respect de conditions d’adhésion strictes; affirme sa conviction que l’Union doit s’engager activement dans les évolutions et les processus qui se déroulent sur l’ensemble du continent européen et exercer une influence décisive sur les décisions le concernant;

6.

note que le contexte géopolitique actuel pourrait influencer plus que jamais le processus d’élargissement. L’incertitude liée à la nouvelle politique étrangère des États-Unis, qui se caractérise par une réorientation radicale des priorités stratégiques de ce pays et la réduction du soutien américain à l’international, pourrait avoir des effets négatifs sur le processus d’élargissement, vu les résultats des élections dans plusieurs États membres ou encore les conflits en cours dans d’autres parties du monde;

7.

condamne fermement la violation de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine par la Fédération de Russie, et souligne que toute négociation de paix doit inclure le pays agressé, sachant qu’une Ukraine libre est essentielle à une Europe véritablement libre; exprime, dans le même temps, sa profonde conviction que l’Union européenne est un facteur indispensable pour garantir la liberté, la stabilité et la sécurité dans la région;

8.

souligne le rôle destructeur et déstabilisateur de la Fédération de Russie, qui, depuis la guerre de 2008 en Géorgie, foule aux pieds les normes les plus élémentaires de l’ordre international, à commencer par le principe du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États indépendants. Alors qu’elle mène une guerre à grande échelle en Ukraine, la Russie a aussi intensifié ses menées de guerre hybride et étendu ses méthodes de guerre cognitive sur le continent européen;

9.

note que le changement climatique et la dégradation de l’environnement agissent de plus en plus comme des multiplicateurs de risques dans le contexte d’instabilité géopolitique actuel, faisant du développement durable une priorité essentielle du processus d’élargissement. Les pays candidats doivent intégrer des stratégies d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets pour garantir une stabilité à long terme; souligne la nécessité d’un soutien puissant de l’Union pour garantir une reprise durable, résiliente et verte;

10.

observe l’instrumentalisation en cours des mouvements migratoires, lesquels sont exploités politiquement par la Russie et la Biélorussie, ainsi que par d’autres pays tiers, et pourraient aussi être utilisés pour manipuler l’opinion publique et ainsi saper les élargissements à venir;

11.

attire l’attention sur le rapprochement croissant entre les États appartenant au groupe des BRICS — la présence russe et chinoise est déjà visible dans certains pays candidats —, dont l’influence grandissante risque de concurrencer celle de l’Union européenne et d’avoir un impact négatif sur l’avancement du processus d’élargissement;

12.

se préoccupe de l’efficacité des méthodes actuelles de lutte contre la désinformation, au vu des défis posés par la Russie, laquelle exploite les plateformes de médias sociaux déclarant ouvertement ne plus s’engager à éliminer la désinformation, les fausses informations et les discours haineux;

13.

constate qu’en dépit de graves difficultés, le processus d’élargissement a connu un nouvel élan dans les années 2023 et 2024, mais qu’il continue d’être conditionné aux progrès accomplis par certains États candidats, ce qui exige qu’ils mettent en œuvre des réformes dans tous les domaines du droit de l’Union; convient avec la Commission que l’élargissement doit rester un processus fondé sur le mérite; reconnaît dans le même temps les efforts déployés par les sociétés des pays candidats pour adhérer à l’Union;

14.

souligne l’importance de la politique d’élargissement de l’Union pour relever les défis géopolitiques actuels, en particulier en Ukraine, en Géorgie et en Moldavie;

15.

se félicite de l’ouverture en juin 2024 des négociations d’adhésion avec l’Ukraine et la Moldavie, tout en regrettant que la Géorgie se soit éloignée des normes de l’état de droit et de la démocratie, et ait pris la décision politique sous la pression de la Russie de suspendre ses négociations d’adhésion à l’Union européenne; souligne qu’il importe de respecter les formes démocratiques d’expression civile dans le cadre d’un système démocratique opérationnel, et invite les responsables politiques et les forces de police de Géorgie à mettre un terme à toute forme de brutalité policière;

16.

réaffirme le rôle fondamental du processus de décentralisation, y compris la décentralisation budgétaire, en tant que condition préalable à la réussite de l’élargissement;

17.

fait observer qu’une autonomie locale et régionale efficace et une démocratie locale florissante sont des composantes essentielles de l’équilibre des pouvoirs au sein du système d’état de droit et des clés pour la consolidation d’une culture de l’état de droit tant pour les États membres que pour les pays visés par l’élargissement;

18.

insiste sur le rôle des collectivités locales et régionales dans les futures étapes de l’élargissement dans les trois pays candidats, et fait valoir l’importance de renforcer les capacités de leurs administrations publiques à s’adapter aux normes de l’UE au niveau local, de manière à rendre visible l’effet de l’intégration européenne aux yeux des citoyens;

19.

rappelle que les collectivités locales et régionales sont responsables de la mise en œuvre d’une partie de la législation de l’Union pouvant aller jusqu’à 70 %; insiste donc sur l’importance de les associer aux futures négociations sur les chapitres clés ainsi qu’aux consultations relatives à la mise en cohérence de la législation nationale sur l’acquis de l’UE; estime que, pour permettre une telle participation, l’Union européenne a un rôle important à jouer en précisant au niveau national, dans chaque pays candidat, quelles sont les attentes;

20.

souligne les fonctions indispensables que les collectivités locales et régionales se doivent d’exercer pour assurer l’efficacité des financements de préadhésion de l’Union sur le terrain; souhaite également que l’importance de consulter les collectivités locales et régionales au sujet des priorités de financement et des projets liés aux cadres d’investissement (cadre d’investissement pour l’Ukraine, plateforme d’investissement pour le voisinage) ne soit pas négligée;

21.

salue la décision de la Commission d’étendre le rapport annuel sur l’état de droit à l’Albanie, au Monténégro, à la Macédoine du Nord et à la Serbie, et attend avec intérêt son extension à tous les pays candidats;

UKRAINE

22.

renouvelle sa condamnation résolue de guerre d’agression que la Russie a engagée contre l’Ukraine, et reconnaît que le choix stratégique du gouvernement ukrainien de demander l’adhésion à l’Union européenne est très important sur le plan géopolitique, et qu’il est dans l’intérêt de l’Union elle-même;

23.

reconnaît le degré élevé d’alignement de l’Ukraine sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union et les progrès significatifs accomplis par ce pays dans les réformes, y compris concernant l’intégrité judiciaire, les mesures de lutte contre la corruption et la protection des droits des minorités, et ce, malgré la guerre; encourage l’Ukraine à maintenir sa dynamique de réforme dans l’optique de son alignement complet sur l’acquis de l’Union;

24.

constate les progrès réalisés en matière de gouvernance locale, de reconstruction et de décentralisation, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre les actions visant à accroître la capacité administrative et l’autonomie budgétaire des collectivités locales, afin de mettre en place un mécanisme formel de coordination pour la participation des collectivités locales et régionales et de leurs associations à la planification et au financement de la reprise économique, de la reconstruction et de la modernisation des collectivités locales et régionales, y compris dans le cadre du plan pour l’Ukraine;

25.

note que certains domaines exigent encore des réformes, notamment tout ceux qui ont trait à la lutte contre la corruption, la qualité de la gouvernance et l’administration publique; associe sa voix à celle de la Commission qui demande au gouvernement ukrainien de relancer le processus de décentralisation, en adoptant et en mettant en œuvre des réformes conformes à la charte européenne de l’autonomie locale; invite aussi la Commission à suivre l’évolution des progrès et à en rendre compte;

26.

prie le conseil d’association UE-Ukraine de progresser sur la demande ukrainienne de mettre en place un comité consultatif paritaire destiné à intensifier la coopération entre les collectivités locales et régionales d’Ukraine et celles représentées au sein du CdR;

27.

se déclare préoccupé par le fait que le droit de la guerre et la loi martiale ont eu pour effet de limiter les pratiques démocratiques dans des domaines tels que les élections et la liberté des médias en particulier, et encourage le gouvernement ukrainien à suivre les recommandations de la Commission européenne et de la commission de Venise à cet égard;

28.

observe que le développement économique de l’Ukraine est affecté par les ravages de la guerre, les ressources limitées, une mauvaise gestion des investissements publics et des retards dans la réforme des infrastructures essentielles, en particulier dans l’agriculture et les transports, alors même que le secteur de l’énergie reste un monopole placé sous le contrôle de l’État;

29.

insiste sur le fait que les politiques sociales et les stratégies pour l’emploi de l’Ukraine accusent un retard par rapport aux normes européennes, ce qui a une incidence négative sur la productivité et contribue à l’émigration;

30.

salue les efforts que l’Ukraine a déployés en matière d’égalité entre les femmes et les hommes en introduisant plusieurs lois visant à améliorer cette égalité; souligne toutefois que la violence fondée sur le genre demeure un problème aigu, et que des mesures plus résolues s’imposent pour y remédier; relève en outre le déséquilibre entre les hommes et les femmes au sein de la fonction publique, où l’encadrement supérieur est confié à 70 % à des hommes, tandis que 78 % des fonctions subalternes restent occupées par des femmes (1); invite l’Ukraine à mettre en place des mesures visant à atteindre la parité entre les hommes et les femmes à tous les échelons de la fonction publique;

31.

observe que le processus d’élargissement coïncidera probablement avec la reconstruction de l’Ukraine après la guerre, laquelle est soutenue par ses partenaires au sein de l’Alliance européenne des villes et des régions pour la reconstruction de l’Ukraine, de même que par la facilité pour l’Ukraine de la Commission. Les fonds obtenus grâce à ce dispositif seront donc utilisés pour les réformes liées à l’adhésion et les besoins de relance qui, s’ils font l’objet d’un suivi approprié, pourraient avoir une incidence positive sur la réduction de la corruption et l’amélioration de la qualité de la gouvernance, y compris la gouvernance locale;

32.

réaffirme sa disponibilité à collaborer avec ses partenaires pour offrir des possibilités de renforcement des capacités aux collectivités locales et régionales ukrainiennes dans le cadre du projet pilote de 2025 du programme de formation et de stage pour les municipalités ukrainiennes et la coopération intercommunale (TIPS4UA);

33.

souligne qu’il importe de garantir une affectation transparente et en temps voulu d’un maximum de 20 % de l’aide financière non remboursable au titre du premier pilier de la facilité pour l’Ukraine dans l’optique de répondre aux besoins de redressement, de reconstruction et de modernisation des autorités infranationales de l’Ukraine, en particulier des collectivités locales autonomes;

MOLDAVIE

34.

souligne le fait que, pour la Moldavie, l’adhésion à l’Union est un choix stratégique, et félicite la société moldave pour son vote lors du référendum qui permettra de modifier sa constitution afin d’y inclure l’adhésion à l’Union européenne;

35.

reconnaît que l’existence d’un territoire séparatiste à l’intérieur de ses frontières fait que la Moldavie ressent de manière aiguë la pression de la politique étrangère révisionniste de la Russie et subit les conséquences des activités hybrides de ce pays qui cherche à influencer les processus politiques dans le pays;

36.

se déclare vivement préoccupé par les preuves d’ingérence étrangère dans les processus démocratiques moldaves, tels que les dernières élections présidentielles d’octobre 2024;

37.

reconnaît le degré élevé d’alignement de la Moldavie sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union ainsi que les progrès accomplis par ce pays dans la réforme judiciaire; encourage la Moldavie à maintenir sa dynamique de réforme dans l’optique de son alignement complet sur l’acquis de l’Union;

38.

se félicite de l’accord politique qui a été obtenu concernant la facilité pour les réformes et la croissance en faveur de la Moldavie d’un montant de 1,9 milliard d’euros, qui représente une composante clé du plan de croissance pour la Moldavie, et invite le gouvernement moldave à garantir la consultation des collectivités locales et régionales moldaves et leur participation active à sa mise en œuvre, ce qui pourrait contribuer à stimuler les économies locales et se traduire par des mesures visant à atténuer certains problèmes, tels que le déclin démographique ou la corruption;

39.

reconnaît les problèmes qui existent en matière de liberté des médias et de transparence de la propriété des médias, d’autant plus que la désinformation et la manipulation demeurent des problèmes graves;

40.

salue et soutient les réformes du gouvernement local en Moldavie, y compris la fusion volontaire des collectivités, et encourage leur mise en œuvre tout en associant les collectivités locales à ce processus;

41.

prie le Conseil d’association UE-Moldavie de progresser sur la demande moldave de mettre en place un comité consultatif paritaire destiné à intensifier la coopération entre les collectivités locales et régionales moldaves et celles représentées au sein du CdR;

42.

attire l’attention sur les élections législatives qui se tiendront en Moldavie en 2025 et qui seront cruciales pour l’avenir du pays, et souligne par conséquent la nécessité de garantir des élections libres, indépendantes et transparentes;

GÉORGIE

43.

reconnaît que la décision de la Géorgie de s’engager sur la voie d’une intégration à l’Union européenne a été un choix géopolitique d’importance. Depuis 2008, la Géorgie subit l’occupation de 20 % de son territoire par la Fédération de Russie, cette dernière étant considérée comme la principale menace pour la sécurité du pays et de la région;

44.

soutient le peuple géorgien afin qu’il démontre son attachement aux valeurs démocratiques et au progrès de son pays sur la voie de l’Union européenne;

45.

se déclare vivement préoccupé par l’annonce faite par le Premier ministre géorgien de suspendre les négociations d’adhésion à l’Union jusqu’à la fin de l’année 2028;

46.

regrette que l’année 2024 ait représenté une période de recul démocratique en Géorgie: premièrement, avec l’introduction d’instruments juridiques, tels que la loi d’inspiration russe sur la «transparence de l’influence étrangère» et la loi «anti-LGBT» sur les valeurs familiales et la protection des mineurs que le gouvernement et le parlement géorgiens auraient dû rejeter; deuxièmement, avec les résultats contestables des élections législatives d’octobre 2024, qui, selon les observateurs internationaux, ont donné lieu à des violations du processus électoral;

47.

condamne fermement le recours persistant et croissant à la force par la police à l’encontre des manifestants pacifiques, ainsi que les arrestations et le harcèlement motivés par des considérations politiques à l’encontre desdits manifestants pacifiques, des représentants des médias et des responsables politiques, même ceux qui exercent des mandats démocratiques locaux;

48.

exprime ses critiques face à l’abolition de la loi sur les quotas hommes/femmes, et demande des modifications législatives afin d’encourager l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux de la vie politique et sociale;

49.

constate que la corruption, y compris la corruption politique, et la manipulation de l’information restent des défis importants s’agissant d’assurer une évolution politique et économique transparente en Géorgie;

50.

affirme sa détermination à poursuivre ses échanges et sa coopération avec les collectivités locales et régionales de Géorgie et l’Association nationale des autorités locales de Géorgie (NALAG), y compris dans le contexte des travaux de la Conférence des collectivités régionales et locales pour le partenariat oriental (Corleap) et de manière bilatérale sur la base des nombreux accords de coopération fructueux conclus entre les villes et les municipalités de l’Union et leurs homologues géorgiennes;

Recommandations politiques

51.

fait observer que l’élargissement devrait non seulement contribuer au renforcement de la solidarité européenne, mais aussi mener à leur terme les réformes nécessaires qui conduiront à l’optimisation du fonctionnement de l’Union elle-même;

52.

attend avec intérêt d’apporter sa contribution aux prochaines réformes et réexamens des politiques avant élargissement prévus par la Commission, en réfléchissant notamment à la perspective régionale et locale des politiques européennes dans les domaines où une forte dimension territoriale est présente, à savoir la cohésion, la PAC et le parachèvement du réseau central et étendu du RTE-T;

53.

reconnaît que les prochaines élections en Ukraine nécessiteront une observation internationale, à tous les niveaux, et soutient les activités d’observation électorale du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, ainsi que celles de l’OSCE et de l’Union européenne, afin de garantir des élections libres, équitables et transparentes, tout en reconnaissant les difficultés liées à l’observation de certaines régions en raison de l’occupation en cours et des préoccupations en matière de sécurité;

54.

souligne la nécessité de fournir une assistance financière et technique substantielle à l’Ukraine, et s’engage à poursuivre la mise en œuvre de son propre train de mesures de soutien en 10 points en faveur des collectivités locales et régionales ukrainiennes ainsi qu’à soutenir l’Alliance européenne des villes et des régions pour la reconstruction de l’Ukraine;

55.

considère prioritaire le programme du partenariat oriental qui a été mis en place après la réussite de l’intégration des pays d’Europe centrale dans l’Union, mais aussi à la suite de la guerre menée par la Russie contre la Géorgie en 2008, et notamment la Corleap, en tant que principale forme d’activité au niveau local et régional, avec ses mécanismes viables de soutien à la démocratisation (développement de la démocratie locale en particulier), à la décentralisation, au respect des droits de l’homme, à la bonne gouvernance et au développement économique dans les pays du voisinage oriental de l’Union;

56.

demande instamment à la Commission de renforcer les volets politique et financier des mécanismes et activités du programme du partenariat oriental pour soutenir les objectifs du partenariat oriental, et en particulier le processus d’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie à l’Union;

57.

souligne que le soutien financier de l’Union européenne devrait anticiper la participation active des représentants locaux et régionaux aux préparatifs relatifs au processus d’adhésion au niveau national. Cet aspect pourrait être inclus dans une méthodologie révisée en matière d’élargissement et évalué dans le cadre des rapports annuels par pays figurant dans le paquet «élargissement», qui traite déjà de questions telles que la réforme de l’administration publique locale ou la décentralisation budgétaire;

58.

invite la Commission à bien mesurer le potentiel des collectivités locales et régionales dans le processus d’élargissement, à en faire usage et à renforcer les programmes et le soutien financier à ces projets et programmes au niveau local et régional, notamment au moyen de programmes de renforcement des capacités et d’échanges, tout en encourageant la coopération décentralisée par l’échange de connaissances, le mentorat et les évaluations par les pairs, et en procédant à leur mise en œuvre en coopération avec le Comité européen des régions;

59.

réaffirme son intention de multiplier les actions concrètes en matière de projets de coopération entre pairs et de coopération transfrontière dans les pays du partenariat oriental, en particulier dans ceux où les gouvernements et les collectivités locales et régionales aspirent à poursuivre leur intégration dans l’Union;

60.

encourage la coopération entre les collectivités locales des pays candidats et des États membres; attire l’attention sur l’important potentiel de ses membres, et se déclare en mesure de soutenir le processus tant dans les pays candidats — par des projets de formation, l’échange de connaissances et d’expériences, la formation des fonctionnaires, la sensibilisation et l’amélioration des compétences des responsables politiques locaux et le soutien au processus de mise en œuvre des réformes et des solutions juridiques nécessaires (2) —, et aussi de jouer un rôle d’ambassadeur et d’allié dans le contexte institutionnel européen, en contribuant à faire entendre le point de vue singulier des collectivités locales et régionales des pays candidats à Bruxelles, en assurant la liaison avec d’autres acteurs de l’Union, en apportant un soutien politique, en invitant et associant les collectivités locales et régionales aux travaux du Comité et, plus généralement, aux affaires européennes;

61.

attire l’attention sur la nécessité de garantir un canal pour des contacts consultatifs dans les pays candidats entre le gouvernement central et les collectivités locales et régionales dans le contexte de la décentralisation et de l’utilisation des instruments financiers de l’Union, y compris la facilité pour l’Ukraine; estime qu’il convient de respecter le principe de gouvernance à plusieurs niveaux, en veillant à ce que les collectivités locales et régionales soient activement associées aux processus décisionnels. Dans ce contexte, les associations de collectivités locales et régionales devraient se voir conférer un rôle officiel visant à faciliter le dialogue entre les différents niveaux;

62.

estime qu’il est nécessaire de créer un capital humain solide pour renforcer le sentiment pro-européen, en mobilisant le potentiel de la société civile, de la démocratie locale et des collectivités locales et régionales en Ukraine, en Moldavie et en Géorgie;

63.

demande que le prochain cycle de rapports sur les progrès accomplis par les pays candidats sur la voie de l’adhésion se concentre davantage sur les défis spécifiques auxquels sont confrontées les collectivités locales et régionales;

64.

attire l’attention sur la nécessité d’appliquer les principes de transparence et de subsidiarité dans l’allocation et l’utilisation des fonds européens, lesquels devraient en grande partie être orientés vers les collectivités locales, et ne pas faire l’objet d’une utilisation instrumentale par les administrations centrales;

65.

recommande d’associer le réseau des conseillers de l’Union aux efforts de communication et d’ouvrir celui-ci aux conseillers potentiels des pays de l’élargissement;

66.

insiste sur le fait que tous les projets européens dans les pays candidats devraient s’accompagner de stratégies de communication solides visant à accroître la visibilité de l’Union sur le terrain grâce à des récits ancrés localement et une mise en valeur des réussites sur le terrain; des efforts considérables en matière de communication devront également être consentis dans les régions de l’Union pour stimuler la solidarité autour des futurs travaux relatifs à l’élargissement et ainsi dissiper la «lassitude à l’égard de l’élargissement»;

67.

fait valoir le rôle important que les sociétés civiles des pays candidats doivent jouer dans le processus de mise en œuvre de l’élargissement et, dans ce contexte, insiste sur la nécessité de créer une source supplémentaire de financement pour les projets et actions visant à soutenir l’idée d’élargissement de l’Union, les droits fondamentaux et les valeurs, y compris dans le contexte de la suspension d’USAID;

68.

demande instamment à la Commission de continuer à promouvoir les valeurs démocratiques et de poursuivre la coopération également avec les sociétés des États qui ne sont plus sur la voie de l’intégration européenne, mais qui ont été inclus dans le programme du partenariat oriental. Cela concerne aussi la coopération avec les forces de l’opposition démocratique en Biélorussie.

Bruxelles, le 2 avril 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) «European Commission’s Ukraine Report 2024» (Commission Staff Working Document Ukraine 2024 [SWD(2024) 699 final] disponible ici: Ukraine Report 2024 – Commission européenne.

(2) Il convient de mentionner ici l’initiative de la Corleap visant à créer l’École d’administration publique du partenariat oriental ou encore le projet pilote 2025 du programme de formation et de stage pour les municipalités ukrainiennes et la coopération intercommunale (TIPS4UA).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3170/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)