Initiative législative52025IR0264

Avis du Comité européen des régions — Paquet élargissement 2024 — Balkans occidentaux et Turquie

CELEX52025IR0264
TypeInitiative législative
Datemercredi 2 avril 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions évalue le paquet élargissement 2024 pour les Balkans occidentaux et la Turquie, en soulignant l'importance de la dimension locale et régionale dans le processus d'adhésion. Il insiste sur la nécessité de renforcer la gouvernance locale, l'état de droit et la convergence socio-économique comme préalables à l'intégration. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage sur les critères politiques et administratifs que ces États candidats doivent remplir, notamment en matière de décentralisation et de respect des valeurs européennes.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/3171

20.6.2025

Avis du Comité européen des régions — Paquet «élargissement» 2024 — Balkans occidentaux et Turquie

(C/2025/3171)

Rapporteur: Jean-Luc VANRAES (BE/Renew Europe)

Échevin d’Uccle

Texte de référence: Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Communication de 2024 sur la politique d’élargissement de l’UE

COM(2024) 690 final

SWD(2024) 690 final — SWD(2024) 691 final — SWD(2024) 692 final — SWD(2024) 693 final — SWD(2024) 694 final — SWD(2024) 695 final — SWD(2024) 696 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

Observations générales

1.

prend acte avec grand intérêt de la «Communication de 2024 sur la politique d’élargissement de l’UE» de la Commission européenne ainsi que des rapports qui l’accompagnent sur l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo (*1), le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie et la Turquie, et salue les indispensables recommandations et orientations qu’ils contiennent concernant les priorités essentielles en matière de réformes;

2.

souligne l’importance de la politique d’élargissement de l’UE s’agissant de relever les défis géopolitiques actuels (y compris la guerre en Ukraine) et attire l’attention sur le nouvel élan qui incite tant les candidats à l’adhésion que les États membres de l’Union à s’unir autour du socle commun que constituent la démocratie, les droits de l’homme et le respect de l’état de droit; voit donc dans l’intégration des pays des Balkans occidentaux, en particulier, un chaînon manquant qui permettra de parachever la communauté européenne de paix et de valeurs;

3.

réaffirme son soutien à l’intégration progressive des pays candidats à l’adhésion dans un certain nombre de domaines d’action, selon une approche fondée sur le mérite qui requiert un engagement en faveur des valeurs européennes et le respect des critères de Copenhague; exprime son inquiétude face aux développements récents intervenus dans certains pays candidats, qui interrogent quant à leur engagement envers les valeurs de l’Union européenne et l’état de droit, et plus particulièrement quant à leur respect de la démocratie locale, comme dans le cas de la Turquie, où le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, a été arrêté avec un certain nombre d’autres élus locaux; souligne la nécessité de faire avancer les programmes de réforme dans le cadre du plan de croissance pour les Balkans occidentaux, en veillant à ce que les objectifs du pacte vert pour l’Europe accordent la priorité au développement économique, à la sécurité énergétique, à l’indépendance en matière d’énergie et à la compétitivité industrielle, en favorisant des économies résilientes;

4.

invite instamment la Commission européenne à veiller à ce que les pays candidats et les candidats potentiels associent activement dès le départ les collectivités locales et régionales à la mise en œuvre des programmes de réformes dans le cadre du plan de croissance, en particulier en ce qui concerne le renforcement des capacités d’absorption; souligne que le CdR et ses organes sont prêts à aider ces collectivités à atteindre cet objectif grâce à l’échange de bonnes pratiques; recommande à la Commission de renforcer l’engagement direct et la collaboration avec les réseaux régionaux existants, tels que le Réseau des associations de pouvoirs locaux de l’Europe du Sud-Est (NALAS), afin de favoriser une coopération plus efficace; souligne en outre l’importance de consulter les collectivités locales et régionales lors de la définition des priorités de financement et de la conception des projets en lien avec le cadre d’investissement en faveur des Balkans occidentaux;

5.

se félicite de la décision de la Commission d’étendre le rapport annuel sur l’état de droit à l’Albanie, au Monténégro, à la Macédoine du Nord et à la Serbie, et note que toute extension à d’autres pays candidats sélectionnés ne devrait pas interférer avec le processus d’élargissement;

6.

fait observer qu’une autonomie locale et régionale efficace et une démocratie locale prospère sont des piliers essentiels de l’équilibre des pouvoirs qui sous-tend l’état de droit et qu’elles sont indispensables à la promotion d’une culture de l’état de droit dans les États membres de l’Union, les pays candidats et les candidats potentiels; suggère que les questions relatives à l’état de droit aux niveaux local et régional soient traitées dans le cadre de groupes de travail et de comités consultatifs paritaires (CCP) du CdR;

7.

salue le fait que la Commission mentionne la coopération territoriale, notamment la coopération transfrontalière entre les pays candidats et les candidats potentiels, et avec les États membres voisins dans des secteurs sociaux, économiques et environnementaux clés, dans lesquels les municipalités locales jouent un rôle de premier plan;

8.

souligne le rôle indispensable que les collectivités locales et régionales assument dans la promotion de la réconciliation, la prise en compte de l’héritage historique et la résolution des problèmes bilatéraux par le dialogue, l’instauration d’un climat de confiance et les initiatives transfrontalières conjointes, en encourageant des solutions déployées à l’échelon local conformes aux principes de l’Union;

9.

constate avec inquiétude que la Commission ne reconnaît pas suffisamment le rôle accru que jouent les collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre de l’acquis de l’Union, notamment leur potentiel s’agissant de soutenir les pays candidats et les candidats potentiels par le renforcement des capacités, l’échange de bonnes pratiques et le suivi des réformes; souligne qu’il importe de mieux faire entendre la voix de ces collectivités au sein des institutions de l’UE et de les associer à la démarche dès les premières phases des activités de l’Union, ainsi que de les faire participer aux négociations sur les chapitres clés les concernant directement, d’autant plus que l’échelon local et régional est responsable de la mise en œuvre de la législation de l’UE dans une mesure pouvant aller jusqu’à 70 % et joue donc un rôle essentiel dans l’alignement des pays candidats sur les normes de l’UE;

10.

invite la Commission et le Conseil à envisager d’intégrer davantage les CCP dans le processus d’adhésion à l’Union;

11.

insiste sur l’importance qu’une décentralisation effective revêt dans les pays candidats pour tirer pleinement parti des avantages offerts par le processus d’adhésion à l’Union; souligne le rôle central du CdR s’agissant d’évaluer l’état de la décentralisation et de mettre à profit son expertise institutionnelle et l’expérience pratique de ses membres; insiste sur le fait que les efforts de décentralisation doivent s’accompagner d’une décentralisation budgétaire, afin que les niveaux de pouvoir compétents soient dotés des moyens financiers nécessaires pour mener à bien leur mission;

12.

reconnaît qu’il est de la plus haute importance que les pays candidats et les candidats potentiels s’alignent pleinement sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union et qu’ils se conforment davantage aux principes communs et aux priorités stratégiques, conformes à la boussole stratégique, qui sous-tendent les actions extérieures de l’Union; invite les pays candidats et les candidats potentiels à respecter pleinement le droit international, y compris la convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui fait partie de l’acquis de l’UE;

13.

souligne le rôle de premier plan que jouent les collectivités locales et régionales dans la lutte contre la désinformation et les discours haineux au moyen de programmes d’éducation aux médias (numériques) et en promouvant l’ouverture et la responsabilité, en soutenant un journalisme local de qualité et en renforçant les réseaux de vérificateurs de faits; appelle de ses vœux une meilleure coordination avec les autorités nationales et une collaboration accrue avec la société civile afin de renforcer la sensibilisation et de bâtir la confiance grâce à une communication fondée sur des données probantes;

14.

prie instamment la Commission européenne de revoir à la hausse son soutien aux autorités locales dans leurs efforts visant à relever les défis en matière d’environnement et de changement climatique, notamment concernant la question urgente de la pollution atmosphérique; attire l’attention sur le rôle central que jouent les pouvoirs locaux dans l’alignement sur l’acquis de l’Union en matière de protection de l’environnement et dans sa mise en œuvre, et souligne la nécessité de prévoir une assistance et des ressources adaptées afin qu’ils puissent répondre efficacement aux exigences dans ce domaine. La convergence avec l’UE pourrait également devenir plus visible et tangible pour les citoyens des pays candidats si les collectivités locales reçoivent de l’aide pour améliorer les services publics municipaux conformément au cadre juridique européen de protection de l’environnement (qualité de l’air et de l’eau, gestion des déchets);

15.

met en exergue la contribution essentielle qu’apportent les collectivités locales et régionales à la prévention des catastrophes et des risques, en particulier au regard des catastrophes naturelles qui ont touché plusieurs États membres de l’UE, pays candidats et candidats potentiels en 2024; souligne que ces collectivités sont indispensables pour réagir rapidement et efficacement au niveau local aux catastrophes naturelles et à d’autres crises, et insiste sur la nécessité d’améliorer la coordination afin de renforcer la préparation aux catastrophes et la résilience, notamment au moyen de solutions fondées sur la nature, comme la reforestation, la restauration des zones humides et la gestion durable de l’eau, mais aussi en investissant dans des infrastructures résilientes, des systèmes d’alerte précoce avancés et le renforcement de la sécurité énergétique grâce à des sources d’énergie diverses et fiables;

16.

appelle de ses vœux la mise en œuvre, dans la région des Balkans occidentaux, de projets similaires à l’initiative «Des municipalités pour l’Europe» menée avec succès par l’Albanie, de manière à améliorer les performances des collectivités locales en ce qui concerne les questions liées à l’Union;

17.

invite la Commission, les pays candidats et les candidats potentiels à lutter contre le phénomène de la «captation des pouvoirs locaux», un concept qui fait référence à une situation où de puissants individus ou groupe s’emparent, en tout ou en partie, d’un appareil d’administration locale pour le mettre au service de leurs propres intérêts; se déclare vivement préoccupé par la persistance de pratiques illégales et opaques, notamment les nominations motivées par le favoritisme dans les administrations locales et les entreprises publiques, l’utilisation abusive des partis politiques à des fins personnelles et le recrutement et la promotion politiquement motivés de fonctionnaires;

Observations sur des pays en particulier

ALBANIE

18.

salue la création d’un CCP (en vertu de la décision du conseil de stabilisation et d’association UE-Albanie entrée en vigueur le 1er décembre 2024) dont l’objectif est d’assurer une collaboration continue entre les collectivités locales et régionales albanaises et les institutions de l’Union;

19.

félicite le conseil de stabilisation et d’association d’avoir intégré des exigences en matière d’équilibre hommes-femmes et de pluralité politique dans la composition du CCP; prie instamment les autorités albanaises de respecter les quotas hommes/femmes, en particulier pour veiller à une représentation équitable des femmes et s’assurer qu’elles bénéficient de l’égalité des chances en tant que candidates lors des élections législatives et locales afin de promouvoir la participation des femmes à la vie politique;

20.

demande de continuer à appuyer les efforts visant à améliorer la capacité des collectivités locales à assumer leurs responsabilités dans le cadre du processus d’intégration européenne en renforçant les ressources financières, les capacités administratives et l’autonomie budgétaire afin, entre autres, de bénéficier du soutien financier de l’Union;

21.

insiste sur la nécessité d’adopter la nouvelle réforme de l’administration publique, notamment les dispositions relatives au recrutement fondé sur le mérite, à la promotion et au licenciement, et de commencer à la mettre en œuvre dans le droit de la fonction publique à tous les niveaux, y compris au niveau local;

22.

souligne qu’il importe de renforcer encore les mesures visant à lutter contre l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information et à améliorer la résilience de la société face aux menaces hybrides; se félicite de la décision de l’Albanie de signer un protocole d’accord en juin 2024 en vue d’une adhésion au centre d’excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides à Helsinki;

23.

prend acte avec inquiétude de l’adoption d’une vaste loi d’amnistie pénale accordant des grâces et des réductions de peines à des personnes condamnées pour des infractions graves, ce qui soulève d’importantes questions sur le plan de la responsabilité et de l’efficacité des efforts de lutte contre la corruption; appelle de ses vœux des évaluations ciblées des risques et des mesures concrètes en matière de lutte contre la corruption dans les secteurs à haut risque, y compris au sein de la police et des services des douanes ainsi que dans les domaines de la gestion des terres et des biens, du cadastre public et des marchés publics;

24.

attire l’attention sur la nécessité de renforcer le rôle du conseil consultatif car il constitue le principal forum de dialogue institutionnel et de coordination entre les pouvoirs locaux et l’échelon central de gouvernement; souligne qu’il importe d’associer activement les collectivités locales et les associations de collectivités locales aux premiers stades des initiatives législatives afin de garantir un meilleur alignement sur les priorités et besoins locaux;

BOSNIE-HERZÉGOVINE

25.

invite la Bosnie-Herzégovine à mettre en œuvre les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et de la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine; demande instamment aux autorités de modifier la loi électorale, afin que les trois peuples constitutifs du pays soient représentés de manière légitime dans les instances de l’État et que tous les citoyens soient éligibles à tous ses organes; fait observer que la Bosnie-Herzégovine ne peut subsister et fonctionner que sous la forme d’un État intégral formé de ses trois peuples constitutifs et de ses autres citoyens, sans qu’aucune entité ait le droit d’en faire sécession, ni qu’il soit possible de lui donner une structure unitaire;

26.

condamne les agissements des dirigeants de la République serbe de Bosnie, qui conduisent cette entité à faire sécession de la Bosnie-Herzégovine, et réprouve leur manque de respect envers le haut représentant, car ils violent ainsi les accords de Dayton et la constitution de la Bosnie-Herzégovine et portent atteinte à l’intégrité territoriale du pays, sanctionnée par des textes nationaux et internationaux;

27.

souligne l’importance de respecter pleinement les institutions de la Bosnie-Herzégovine et l’indépendance de son système judiciaire, et réaffirme que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine sont indiscutables; se déclare profondément préoccupé par les décisions des autorités de l’entité Republica Srpska qui portent atteinte à l’ordre constitutionnel du pays, et demande que ces décisions soient retirées immédiatement;

28.

se déclare profondément préoccupé par l’environnement restreint dans lequel opère la société civile, en particulier en Republika Srpska, ainsi que par les menaces et les attaques contre des militants actifs dans des domaines sensibles (par exemple la lutte contre la corruption et les droits des femmes, des personnes LGBTIQ et des migrants); prie instamment les autorités d’œuvrer en faveur d’un environnement propice à une société civile indépendante et diversifiée;

29.

recommande la création d’un CCP avec le CdR afin de garantir la participation systématique des collectivités locales et régionales (entités, cantons et municipalités) au processus d’adhésion à l’Union; invite les autorités compétentes à veiller à ce que ce futur CCP intègre l’équilibre entre les hommes et les femmes et la pluralité politique parmi ses exigences;

30.

constate la sous-représentation disproportionnée des femmes parmi les dirigeants des partis parlementaires ainsi qu’à d’autres postes de direction; fait écho aux recommandations de la Commission en faveur d’un alignement de l’ensemble de la législation sur le droit relatif à l’égalité entre les hommes et les femmes et d’un renforcement de la participation des femmes à la vie publique et politique;

31.

appelle à prendre davantage de mesures de renforcement des capacités ciblant les médias locaux (notamment sous la forme d’outils pratiques de développement des capacités, de kits destinés aux médias, de licences et de produits de la connaissance, de documents stratégiques et de guides pratiques) afin de préserver un écosystème médiatique sain; plaide pour une transparence totale du financement fourni par les autorités locales, les médias locaux étant fréquemment soumis à des pressions et à des influences politiques;

32.

souligne qu’il importe de mettre en évidence les bonnes pratiques locales et européennes dans des domaines tels que la réforme des programmes d’enseignement, les entreprises détenues par les collectivités locales et régionales, ou encore les médias locaux afin de renforcer les capacités de gouvernance et de promouvoir le développement durable au niveau local;

33.

attire l’attention sur l’urgence de s’attaquer aux obstacles techniques, administratifs et fiscaux imposés par les collectivités locales et régionales aux entreprises, afin d’améliorer l’environnement entrepreneurial local et de soutenir le développement économique;

34.

estime qu’il y a lieu de promouvoir des exemples locaux positifs en matière de gestion de l’héritage des conflits, en mettant particulièrement l’accent sur l’encouragement de la coopération municipale par-delà les démarcations interentités et sur le soutien à celle-ci, de manière à contribuer à la réconciliation, à la cohésion sociale et au renforcement de la gouvernance locale;

KOSOVO

35.

se déclare préoccupé par la très faible participation électorale et le boycott des élections locales par les partis politiques des Serbes du Kosovo dans le nord; insiste sur l’importance de garantir des élections locales inclusives dans toutes les municipalités, y compris celles du nord;

36.

invite la Commission à continuer de soutenir la création de l’association/communauté des municipalités à majorité serbe (A/CSM), conformément à la proposition européenne d’octobre 2023; souligne la contribution que le CdR peut apporter aux deux parties sur le plan de l’expertise en matière de subsidiarité, sur la base de son rôle et de ses compétences bien établis;

37.

prie instamment les autorités kosovares de rester déterminées à mettre pleinement en œuvre le dialogue entre Belgrade et Pristina, c’est-à-dire le dialogue mené grâce à la médiation de l’Union en vue de parvenir à la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie pour permettre aux deux parties de progresser sur la voie européenne;

38.

se félicite des progrès tangibles accomplis dans l’amélioration de l’égalité entre les hommes et les femmes aux niveaux central et local; invite les autorités à continuer de renforcer la coopération entre les municipalités et les institutions centrales; juge toutefois très préoccupant le creusement de l’écart du taux d’emploi entre les femmes et les hommes (celui-ci s’établissant à 53,4 % pour les hommes, contre 19,8 % pour les femmes) et se félicite de l’initiative du gouvernement visant à lancer, dans deux municipalités, une phase pilote de la garantie pour la jeunesse;

39.

estime qu’il est essentiel de renforcer le dialogue de l’Union avec les communautés locales, y compris les groupes minoritaires;

40.

invite le Kosovo à s’abstenir de prendre, de manière unilatérale, des mesures ayant une influence considérable sur la vie quotidienne des citoyens dans les communautés locales, tout particulièrement dans le nord; souligne qu’il importe de veiller à ne pas provoquer involontairement une escalade des tensions et à ne pas entraver les progrès dans la poursuite du dialogue;

41.

souligne la nécessité de renforcer la coordination entre les pouvoirs publics centraux et locaux afin de s’assurer que les politiques sont effectivement mises en œuvre et appliquées (y compris dans les secteurs de l’administration publique, de l’environnement et du climat) et que les services sont fournis;

MONTÉNÉGRO

42.

fait valoir l’importance de favoriser un climat politique inclusif et tolérant, et de maintenir un dialogue ouvert qui respecte le caractère multiethnique et multireligieux du Monténégro, en mettant plus particulièrement l’accent sur la garantie et la mise en œuvre effective des droits de tous les groupes, tels qu’ils sont consacrés par la loi;

43.

attire l’attention sur l’importance d’éviter les actions telles que l’adoption de la résolution sur le génocide dans les camps de Jasenovac, Dachau et Mauthausen, susceptibles de mettre à mal les bonnes relations avec les États membres de l’Union, ce qui est essentiel pour que le Monténégro progresse sur la voie de l’adhésion à l’UE;

44.

appelle à réformer en profondeur le cadre électoral du Monténégro afin de garantir son alignement complet sur les normes de l’UE, en mettant l’accent sur les droits de vote et d’éligibilité, la transparence, les mécanismes de règlement des différends et la réglementation relative au financement des campagnes et aux médias; demande instamment que soient mises en œuvre les recommandations encore en suspens du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), afin de s’assurer que les processus électoraux respectent les normes démocratiques les plus élevées;

45.

réaffirme l’importance d’adopter et de mettre en œuvre les lois et les mesures nécessaires pour parvenir à une décentralisation opérationnelle et budgétaire large et effective afin de garantir l’autonomie et la viabilité financières et organisationnelles des municipalités, en particulier dans les domaines de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources humaines (comme l’a souligné à plusieurs reprises le CCP Monténégro);

46.

se félicite des récentes modifications apportées à la loi sur le financement des collectivités locales, qui ont permis une réallocation des fonds entre les municipalités et d’augmenter les revenus de celles du nord; souligne que la répartition équitable des ressources est une pierre angulaire du développement local durable;

47.

déplore la faible participation des femmes à la vie politique locale, notamment le nombre très limité de femmes maires, et demande que des mesures soient prises pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes et la représentation de ces dernières dans la gouvernance locale;

MACÉDOINE DU NORD

48.

prend acte de l’engagement de la Macédoine du Nord en faveur d’un traitement constructif et inclusif des problèmes bilatéraux et de l’héritage historique; demande instamment aux autorités d’intensifier leurs efforts en vue de mettre en œuvre de bonne foi les accords bilatéraux existant avec les pays voisins, y compris l’accord de Prespa avec la Grèce et le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec la Bulgarie;

49.

encourage vivement le gouvernement à maintenir son engagement à adopter les modifications constitutionnelles nécessaires pour inclure les citoyens qui vivent en coexistence permanente avec les citoyens de Macédoine du Nord à l’intérieur des frontières de l’État et qui appartiennent à une minorité historique (par exemple, la minorité bulgare) dont il n’est pas explicitement fait mention dans la Constitution;

50.

appelle de ses vœux une réforme urgente de l’autonomie locale, notamment la mise en œuvre de mécanismes de financement durables et solides; souligne la nécessité de relancer le dialogue entre les différents niveaux de gouvernement de manière à garantir une gouvernance efficace et inclusive, conformément au programme de décentralisation 2021-2026 et à son plan d’action 2024-2026;

51.

reconnaît l’environnement général propice aux organisations de la société civile (OSC) en Macédoine du Nord et les possibilités qui sont offertes à ces dernières de participer au dialogue avec les organes gouvernementaux; attire l’attention sur l’urgence d’élaborer une approche cohérente s’agissant d’associer les OSC à l’élaboration des politiques aux niveaux national et local;

52.

s’inquiète du nombre croissant de féminicides et de la montée en puissance des mouvements anti-genre; invite la Macédoine du Nord à faire progresser sensiblement ses programmes en faveur de l’égalité de genre et à accélérer les réformes apportées au cadre d’action national en vue d’intégrer l’égalité de genre;

53.

déplore la faible participation des femmes à la vie politique locale, notamment le nombre très limité de femmes maires, et demande que des mesures soient prises pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes et la représentation de ces dernières dans la gouvernance locale;

54.

demande instamment la mise en œuvre de mécanismes de lutte contre la corruption plus efficaces, notamment la stratégie nationale de prévention de la corruption et des conflits d’intérêts et les recommandations du Groupe d’États contre la corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe; souligne la nécessité d’améliorer le suivi des institutions responsables, de la mise en œuvre des politiques et des procédures pertinentes;

55.

insiste sur l’importance d’une plus grande clarté dans la répartition des compétences et des responsabilités entre les autorités locales et centrales impliquées dans la prévention de l’extrémisme violent et du terrorisme; souligne qu’il importe de fournir des ressources financières et humaines, des équipements et une formation professionnelle adéquats pour lutter efficacement contre toutes les formes d’extrémisme, notamment en protégeant les militants écologistes et les journalistes qui dénoncent les crimes écologiques et l’utilisation abusive des terres;

SERBIE

56.

salue l’ouverture de la Maison de l’Europe, une initiative phare de la délégation de l’Union en Serbie, bien que le pays n’affiche pas de position claire quant à la situation à laquelle il aspire, ainsi qu’à sa volonté réelle de rejoindre l’Union européenne; encourage la Serbie à jouer un rôle plus proactif dans la diffusion d’informations claires et précises concernant tant son processus d’adhésion à l’UE que le rôle de l’Union en tant que principal partenaire politique et économique de la Serbie;

57.

souligne combien il importe que la Serbie coopère pleinement et continue à remplir ses obligations dans le cadre du dialogue entre Belgrade et Pristina sur la normalisation des relations du pays avec le Kosovo;

58.

fait part de sa déception que la Serbie, qui est le pays le plus peuplé des Balkans occidentaux, ait enregistré une stagnation dans ses négociations d’adhésion à l’Union et n’en ait pas ouvert le chapitre 3, et l’invite à redoubler d’efforts pour remplir toutes les conditions requises afin de devenir un État membre;

59.

exhorte les autorités compétentes à faire en sorte que le CCP avec le CdR intègre les impératifs d’équilibre hommes-femmes et de pluralisme politique, afin d’en renforcer la légitimité et l’impact;

60.

se déclare vivement préoccupé par la détention et l’expulsion ultérieure de militants de la société civile, parmi lesquels des ressortissants d’États membres de l’Union, ainsi que par l’interdiction d’entrée en Serbie prononcée à l’encontre de journalistes étrangers, au motif qu’ils présenteraient «un risque pour la sécurité»; constate avec inquiétude que de telles actions risquent de porter atteinte aux libertés fondamentales et aux principes d’ouverture et de dialogue qui sont essentiels à la démocratie; invite les autorités serbes à veiller à ce que toutes les mesures liées à la sécurité respectent les normes en matière de droits de l’homme, sans cibler arbitrairement les acteurs de la société civile;

61.

fait grief à la Serbie de ne pas s’aligner pleinement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union, sur les mesures restrictives adoptées par celle-ci à l’encontre de la Russie, ni sur la majorité des déclarations du haut représentant à propos de la Russie et de l’Ukraine (le taux d’alignement s’établissant à 51 % en 2024, soit encore moins que les 54 % enregistrés en 2023);

62.

s’inquiète de l’instabilité qui règne dans l’ensemble de la région à la suite des commentaires des dirigeants politiques au sujet des manifestations étudiantes contre les faits de corruption et de mauvaise gestion, déclenchées par l’effondrement d’une gare ferroviaire à Novi Sad le 1er novembre 2024, dans lequel seize personnes ont trouvé la mort; demande à la Serbie et à ses dirigeants politiques de respecter les mouvements de protestation et d’œuvrer activement au déploiement de mesures de lutte contre la corruption à tous les niveaux de gouvernement; estime intolérable que les autorités usent d’actions d’intimidation et de violence à l’encontre de manifestants pacifiques;

63.

se félicite de l’équilibre entre les hommes et les femmes dans l’administration publique serbe; invite les autorités à tous les niveaux à redoubler d’efforts pour accroître la représentation et la participation des femmes à la vie politique, et à pallier leur faible visibilité dans le cadre des campagnes politiques;

64.

se félicite de la lettre envoyée par des députés au Parlement européen à la présidente de la Commission européenne afin de demander qu’une mise en garde publique soit adressée au gouvernement de Serbie pour l’avertir que toute répression des manifestants aura des conséquences directes sur la trajectoire d’adhésion du pays à l’UE et que cet avertissement couvre l’attitude à l’égard de la répression, la violence, la mobilisation de contre-manifestations et une présence policière excessive; rappelle qu’en vertu des dispositions du plan de croissance, la Serbie est tenue de respecter les mécanismes démocratiques, notamment des élections libres et régulières, un système judiciaire indépendant, des médias pluralistes et l’état de droit;

65.

demande au gouvernement serbe de donner suite aux propositions de réforme électorale du BIDDH de l’OSCE et de remédier à un certain nombre d’irrégularités constatées lors des élections de décembre 2023; appelle les autorités de la République de Serbie à assurer la liberté et le pluralisme des médias, étant donné qu’ils se trouvent aujourd’hui dans un état de sujétion, donnant quotidiennement la parole aux dirigeants du pouvoir en place et même à des criminels de guerre condamnés, tandis que l’opposition et les autres acteurs de la société sont, de manière inacceptable, réduits à la portion congrue;

66.

insiste sur l’importance d’une collaboration véritable et structurée entre le gouvernement et les organisations de la société civile, et invite instamment les autorités à mettre un terme aux attaques verbales et aux campagnes de diffamation, en particulier celles menées par des fonctionnaires; demande une plus grande transparence dans l’allocation des fonds publics à la société civile;

67.

soutient les efforts visant à accélérer la mise en œuvre du programme de réforme du système de gouvernance locale, à améliorer les capacités administratives et à fournir des ressources pour soutenir l’autonomie locale (y compris pour les questions environnementales);

68.

attire l’attention sur les événements qui se sont tout récemment déroulés en Serbie, où lors de la plus grande manifestation de l’histoire de ce pays, la population a exprimé le mécontentement que lui inspirent le travail des institutions et l’accaparement total de l’État par les autorités actuelles;

69.

souligne les défis actuels en matière d’autonomie locale, en particulier l’absence de progrès dans l’adoption de la loi sur les ressources financières de la Voïvodine, alors qu’elle est prévue par la Constitution;

70.

souligne qu’il importe d’effectuer des contrôles sur les ressources en provenance du budget de l’Union européenne qui sont affectées à des programmes et projets sur le territoire de la Serbie, afin de s’assurer que l’argent du contribuable européen soit strictement utilisé aux fins visées;

TURQUIE

71.

reconnaît que les élections locales de mars 2024 en Turquie se sont déroulées selon une bonne organisation et dans le respect manifeste de la volonté du peuple; note le taux de participation particulièrement élevé de 78 %, l’un des plus élevés d’Europe pour des élections locales; s’inquiète toutefois de la régression continue et profondément préoccupante constatée dans les domaines de la démocratie, de l’état de droit et des droits fondamentaux; souligne que l’absence systémique d’indépendance et les pressions indûment exercées sur le pouvoir judiciaire soulèvent toujours de vives inquiétudes, tout comme les restrictions, détentions, emprisonnements et autres mesures dont continuent de faire l’objet des journalistes, des universitaires, des membres de partis politiques, y compris des parlementaires, ainsi que des avocats, des défenseurs des droits de l’homme, des usagers des médias sociaux ou encore d’autres citoyens faisant valoir leurs droits et libertés fondamentaux;

72.

se félicite de l’augmentation significative du nombre de femmes maires à la suite des élections locales et salue le fait que 11 provinces, dont 5 provinces métropolitaines, sont désormais dirigées par des femmes (deux fois plus qu’à l’issue des élections de 2019); prend acte avec satisfaction de l’élection historique de 61 femmes en tant que maires de district, une avancée notable vers un meilleur équilibre hommes-femmes dans la gouvernance locale; exhorte les autorités turques à continuer d’agir pour améliorer le cadre législatif et sa mise en œuvre afin de lutter efficacement contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes et de progresser vers l’égalité de genre;

73.

se déclare à nouveau vivement préoccupé par les récents licenciements de maires élus dans les municipalités dirigées par l’opposition, dont des maires du parti prokurde DEM, et leur remplacement par des administrateurs nommés par le gouvernement, à la suite de la modification de la loi municipale de 2016; demande qu’il soit immédiatement mis fin à ces pratiques ainsi qu’à la pression judiciaire exercée sur les maires et les municipalités de l’opposition, en soulignant que la préservation de la démocratie locale et du pluralisme politique est essentielle pour le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union en tant que pays candidat; invite la Turquie, conformément à la charte européenne de l’autonomie locale et aux recommandations de la Commission de Venise, à s’abstenir de toute mesure entravant le bon fonctionnement de la démocratie locale et nuisant au climat démocratique général à l’échelon aussi bien local que régional; la Turquie devrait également renforcer sa coopération avec le Conseil de l’Europe et ses organes et institutions concernés, donner suite à leurs recommandations essentielles, mettre pleinement en œuvre la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et les autres instruments internationaux dans le domaine des droits de l’homme auxquels le pays est partie, et exécuter tous les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, conformément à l’article 46 de la CEDH;

74.

salue le changement historique de direction de l’Union des municipalités de Turquie avec, pour la première fois, l’élection d’un président issu du CHP (le maire d’Istanbul); réaffirme que le CdR est prêt à poursuivre sa coopération avec l’Union des municipalités, notamment en organisant des réunions de groupes de travail et des activités de soutien, comme la participation de la Turquie à l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM);

75.

prend acte de l’amélioration de la diversité politique, géographique et de genre parmi les participants turcs au groupe de travail sur les relations avec la Turquie; suggère de transformer ce groupe de travail en un CCP quand les conditions le permettront;

76.

attire l’attention sur l’autonomie financière limitée des collectivités locales, restreinte par la surréglementation au niveau de l’État, l’intervention de ce dernier dans les décisions de planification, l’insuffisance des processus de consultation, le contrôle limité des taux d’imposition locaux et la dépendance constante à l’égard des transferts budgétaires de l’État pour la majorité des recettes locales;

77.

salue la coopération positive déjà établie en matière de protection civile, de préparation aux catastrophes et de redressement, tant au sein du groupe de travail, à la suite des tremblements de terre dévastateurs de 2023, que dans le cadre de l’ARLEM, où des représentants des collectivités locales et régionales turques ont contribué au rapport et à la feuille de route de l’ARLEM sur la protection civile; appelle de ses vœux un dialogue plus étroit entre les collectivités locales et régionales de Turquie et celles de l’Union;

78.

invite la Turquie à aligner ses actions sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies concernant les pourparlers menés sous l’égide des Nations unies sur Chypre, y compris en s’abstenant de plaider en faveur d’une solution fondée sur la coexistence de deux États; demande que l’Union assume un rôle plus actif pour soutenir chacune des étapes de ces pourparlers, en déployant tous les moyens appropriés dont elle dispose; rappelle que la reconnaissance de tous les États membres de l’Union est essentielle et exhorte la Turquie à faire progresser la normalisation de ses relations avec la République de Chypre; prie instamment la Turquie de remplir les obligations qui lui incombent en vertu du protocole additionnel à l’accord d’association UE-Turquie, en supprimant tous les obstacles à la libre circulation des marchandises et aux liaisons de transport directes avec la République de Chypre; appelle une nouvelle fois la Turquie à revenir sans délai sur ses actions unilatérales à Varosha, dans le plein respect des résolutions 541, 550, 789 et 1251 du Conseil de sécurité des Nations unies; insiste sur la nécessité d’éviter toute action unilatérale susceptible d’accroître les tensions et de compromettre les perspectives d’un règlement pacifique du conflit, et sur l’importance de cesser les exercices militaires non autorisés dans les zones maritimes de Chypre;

79.

invite la Turquie à respecter pleinement la souveraineté et les droits souverains des États membres de l’Union, conformément au droit international, y compris la convention des Nations unies sur le droit de la mer, et suivant le principe qui consiste à entretenir des relations de bon voisinage.

Bruxelles, le 2 avril 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(*1) Cette désignation est sans préjudice des positions sur le statut et est conforme à la résolution 1244/1999 du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi qu’à l’avis de la Cour internationale de justice sur la déclaration d’indépendance du Kosovo.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/3171/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)