Initiative législative52025IR0975

Avis du Comité européen des régions — Une Europe plus simple et plus rapide

CELEX52025IR0975
TypeInitiative législative
Datejeudi 3 juillet 2025

Résumé IA

Le Comité européen des régions (CdR) émet un avis sur l'initiative visant à simplifier et accélérer les procédures législatives et administratives de l'Union européenne. Il souligne la nécessité de réduire la charge bureaucratique pour les collectivités territoriales et les citoyens, tout en préservant les objectifs environnementaux et sociaux. Cet avis invite les institutions européennes à adopter des règles plus claires et plus efficaces, notamment dans la mise en œuvre des fonds et des politiques de cohésion.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/4414

29.8.2025

Avis du Comité européen des régions

Une Europe plus simple et plus rapide

(C/2025/4414)

Rapporteure générale:

Jelena DRENJANIN (SE/PPE), conseillère municipale de Huddinge

Texte de référence:

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Une Europe plus simple et plus rapide: Communication sur la mise en œuvre et la simplification»

COM(2025) 47 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)

Une Europe plus simple et plus rapide

1.

se félicite de la communication de la Commission intitulée «Une Europe plus simple et plus rapide», qui vise à rationaliser l’environnement réglementaire, à réduire les charges administratives et à accélérer la transformation numérique, dans le cadre d’efforts plus larges qui ont pour but de simplifier la législation de l’Union européenne et d’adapter les processus aux besoins à tous les niveaux;

2.

convient de la nécessité de donner la priorité à un cadre réglementaire simplifié pour relever les défis stratégiques actuels, qui comprennent notamment le contexte de la politique de sécurité, ainsi que les transitions numérique, écologique et démographique. En outre, l’Union doit renforcer sa capacité à réagir aux changements soudains, aux incertitudes et aux événements qui se produisent dans le monde, en se dotant de mécanismes souples et adaptatifs. Ces priorités devraient guider le processus législatif à tous les stades, tandis que la Commission doit communiquer de manière à la fois claire et facilement accessible, afin de garantir une mise en œuvre efficace et mesurable, aux effets perceptibles à l’échelle locale et régionale;

3.

salue le rapport Draghi, qui met en évidence les obstacles nuisant à la compétitivité de l’Europe et limitant son potentiel économique et sa prospérité, et qui insiste sur la nécessité de prendre des mesures pour remédier à la complexité croissante et à l’accumulation de la législation au sein de l’Union;

4.

fait observer qu’une condition essentielle pour que les politiques européennes produisent des résultats est la fixation de priorités stables dans la durée pour préciser quelle législation doit être élaborée, et à quel moment. Un programme trop ambitieux ou sans cesse changeant représente une difficulté majeure tant pour les pouvoirs publics que pour les entreprises et les particuliers qui devront rapidement s’y adapter. La prospective stratégique joue un rôle essentiel pour rendre la législation de l’Union plus efficace et à l’épreuve du temps, dans la mesure où elle étudie les tendances et problèmes qui pourraient émerger à l’avenir afin de veiller à ce que les politiques européennes soient conçues dans l’objectif d’être simples, pratiques et faciles à mettre en œuvre;

5.

réaffirme la nécessité de réduire les obstacles administratifs afin de stimuler la compétitivité en Europe et libérer le potentiel des économies régionales et locales, tout en veillant à respecter les principes démocratiques et l’état de droit ainsi que des normes sociales et environnementales élevées; note que les villes et les régions, par leur proximité avec les citoyens, devraient jouer un rôle plus actif lorsqu’il s’agit de recenser ces obstacles et de proposer des solutions;

6.

insiste sur la nécessité de garantir des conditions de concurrence équitables et d’empêcher aussi bien la concurrence déloyale que la criminalité. À cette fin, tout exercice de simplification devrait s’appuyer sur une méthodologie fondée sur des données probantes durant toutes les phases du processus décisionnel et législatif. Il importe de produire des analyses d’impact qui étudient quelles incidences ces propositions auront dans les différentes régions;

Veiller à ce que les politiques de l’UE produisent des résultats

7.

se félicite de l’ambition de la Commission d’intensifier ses efforts pour améliorer la mise en œuvre de la législation européenne dans les États membres afin de garantir que les politiques menées par l’Union produisent des résultats et souligne que les collectivités locales et régionales sont des partenaires clés à cet égard; précise cependant que l’efficacité de la mise en œuvre dépend également de la clarté, de la cohérence et de la proportionnalité des règles de l’Union elles-mêmes;

8.

souligne que les collectivités locales et régionales ne sont pas seulement des acteurs clés de la mise en œuvre d’une partie des politiques de l’Union pouvant aller jusqu’à 70 %, mais qu’elles jouent aussi un rôle important dans l’élaboration de la nouvelle législation européenne et dans la révision de l’existante, conformément au principe de subsidiarité active;

9.

rappelle qu’une administration nationale, locale et régionale opérationnelle est fondamentale pour que l’acquis de l’Union fonctionne de manière efficace et produise les résultats escomptés; attire l’attention, à cet égard, sur la facilité d’utilisation de l’initiative ComPAct de la Commission, qui sert à renforcer les capacités administratives aux niveaux national, régional et local;

10.

se réjouit des dialogues sur la mise en œuvre menés par les membres de la Commission européenne et invite cette dernière à y associer les collectivités locales et régionales aux niveaux appropriés et de manière structurée lors de l’examen d’une proposition ayant des conséquences à l’échelon régional et local; Il s’agit là d’une condition essentielle pour garantir une représentation suffisante du point de vue des collectivités locales et régionales et la prise en compte de leurs besoins. Le CdR est prêt à faciliter l’organisation de dialogues de ce type dans les communes et les régions de l’Union européenne;

11.

invite la Commission à associer systématiquement les collectivités régionales dotées de pouvoirs législatifs aux dialogues sur la mise en œuvre et à reconnaître ainsi le rôle spécifique qui leur incombe dans la transposition et la mise en œuvre du droit de l’Union;

12.

souligne l’importance particulière des financements européens en faveur d’initiatives de formation et de mesures de numérisation, afin de permettre aux collectivités locales et régionales de s’adapter rapidement aux cadres réglementaires futurs. Les outils numériques et les processus automatisés, tels que les déclarations sur la base des opérations, sont nécessaires à l’efficacité des procédures. Des orientations précoces s’imposent pour simplifier la mise en œuvre et garantir qu’elle soit équitable. Il doit être aisé, pour les autorités comme pour les entreprises, de respecter la législation;

13.

fait valoir que la législation de l’Union doit être conçue de manière à être facile à comprendre et à appliquer, sans lourdeurs administratives, et tout en atteignant les objectifs fixés. L’Union européenne doit donc devenir non seulement plus simple et plus rapide, mais surtout plus intelligente;

Une Europe plus simple et plus rapide

14.

se félicite de la révision de diverses initiatives afin de réduire la charge administrative et de donner la priorité à de nouvelles mesures de simplification. Ce n’est pas uniquement à l’échelon de l’Union que cette simplification doit être mise en œuvre et porter ses fruits, mais aussi à celui des États, des régions et des villes, en vue de garantir la cohérence, l’efficience et l’efficacité des politiques publiques à tous les niveaux. Les exigences en matière d’administration et de déclaration sont lourdes et coûteuses non seulement pour les entreprises, mais aussi pour les collectivités locales et régionales;

15.

note que plusieurs actes législatifs ont entraîné un surcroît de charge administrative tant pour les pouvoirs publics que pour les entreprises: parmi ceux qui peuvent être mis en évidence figurent le règlement général sur la protection des données (RGPD), les marchés publics, la taxinomie, les règles en matière d’aides d’État et les actes relatifs à l’environnement et au climat;

16.

estime que les règles en matière de marchés publics peuvent contribuer de manière significative à la durabilité et à la résilience; souligne que les nouvelles exigences juridiques à venir doivent être proportionnées, impliquer une charge administrative équilibrée et ne pas porter atteinte à la fonction essentielle des marchés publics;

17.

préconise également une approche systémique face au nombre croissant d’exigences et d’obligations de déclaration en matière de marchés publics, réglementées dans différents «dossiers sectoriels»; se félicite de la décision qu’il a prise d’élaborer un avis de prospective sur les marchés publics. Un nouveau cadre cohérent relatif aux obligations de déclaration est nécessaire si l’on veut rationaliser la collecte de données, et notamment la publication automatisée d’informations en matière de durabilité, en passant de l’actuel système fondé sur la notification, qui est obsolète, à un système reposant sur les transactions;

18.

réclame une Europe plus simple et plus rapide également en ce qui concerne les Fonds de cohésion, dont la complexité administrative explique en grande partie les problèmes rencontrés dans leur mise en œuvre. De nombreuses communes et régions se disent préoccupées par les charges administratives inutiles liées à leurs demandes de fonds et leurs déclarations ultérieures. Il faut harmoniser les règles et les procédures entre les différents fonds et simplifier le cadre réglementaire, en réduisant le nombre d’initiatives et de fonds différents, en assurant une plus grande flexibilité au niveau local et en prévoyant un ensemble unique de règles pour les bénéficiaires. Cette simplification ne doit pas se traduire par une recentralisation ou une renationalisation de la politique de cohésion, qui risquerait d’en réduire l’efficacité;

19.

juge important que la Commission simplifie les procédures administratives pour les bénéficiaires des Fonds structurels et élabore un guide commun en matière de simplification pour réduire la charge administrative liée à la gestion des financements, tout en respectant les principes fondamentaux de la politique de cohésion que sont la gestion partagée dans le cadre de programmes régionaux, la gouvernance à plusieurs niveaux, l’approche territorialisée et le partenariat;

20.

considère que la réforme de la politique de cohésion ne doit pas réduire la participation des régions et des villes au profit des États, sous prétexte d’une simplification administrative ou d’un contrôle accru d’ordre bureaucratique. Au contraire, en confiant aux collectivités régionales et locales une gestion plus directe de la politique régionale, il serait possible d’accélérer la mise en œuvre des fonds, d’améliorer leur efficacité, d’assurer un meilleur contrôle avec moins de ressources, de réduire les délais de mise en œuvre et, en fin de compte, de mieux mettre en œuvre la politique de l’Union. En outre, cette démarche offrirait un bon exemple de simplification administrative réelle à tous les niveaux de gouvernance, depuis l’échelon local jusqu’au niveau européen;

21.

indique de même qu’il faudrait prévoir un préfinancement suffisant de manière à permettre à de nombreux bénéficiaires de démarrer des projets, car un grand nombre de communes ne disposent pas des ressources nécessaires pour en avancer le financement. Un modèle fondé sur les performances doit aboutir à une véritable simplification pour le bénéficiaire final;

22.

juge essentiel d’adapter les procédures d’accès aux programmes européens aux capacités administratives et financières des petites et moyennes entreprises (PME), en encourageant la mise en place de modèles de participation simplifiés, de guichets uniques d’information et d’un soutien technique au niveau local et régional;

23.

recommande que les collectivités locales et régionales soient associées aux futures vérifications sur le terrain effectuées par la Commission, étant donné qu’elles jouent un rôle crucial et peuvent fournir des informations importantes. Les collectivités locales et régionales sont en contact étroit avec les PME locales ainsi que d’autres organes administratifs, et peuvent donc apporter leur expérience de terrain en ce qui concerne l’impact de la législation européenne à l’échelon local et régional;

24.

soutient le principe «un ajout, un retrait» et le train de mesures dit «omnibus» de la Commission. Dans le contexte de l’élaboration d’une nouvelle législation, il convient de vérifier si la réglementation antérieure est encore pertinente. La Commission devrait également décider en priorité quels domaines devraient faire l’objet d’une nouvelle législation et quelles législations il faudrait au contraire réviser, tout en veillant à ce que les nouvelles et les anciennes soient cohérentes; La révision simultanée d’un grand nombre d’actes juridiques constituerait une ambition excessive et un défi majeur pour les pouvoirs publics comme pour les entreprises;

25.

estime dans ce contexte qu’il est important de pratiquer la prospective stratégique et de n’utiliser la procédure accélérée que dans des situations exceptionnelles. Il s’agit en effet d’un outil important, utilisable lorsque cela se justifie, mais s’il est trop souvent mis en œuvre, il existe un risque d’affaiblir les législations et de créer des conflits entre elles, qui en réduisent l’efficacité et occasionnent des difficultés d’application pour les collectivités locales et régionales comme pour les entreprises;

Améliorer la manière dont nous concevons de nouvelles règles

26.

estime que la subsidiarité active et les orientations et outils de la Commission en faveur d’une meilleure réglementation constituent des points de départ importants dans le processus de rationalisation et d’ancrage de la législation européenne;

27.

préconise d’associer davantage les collectivités locales et régionales aux processus législatifs de l’Union européenne et estime qu’il est important de le faire de manière structurée; encourage dès lors la Commission à engager des dialogues réguliers afin de veiller à ce que les politiques de l’Union soient efficaces et adaptées aux contextes locaux;

28.

rappelle l’intérêt que revêtent les travaux du groupe de pilotage pour une meilleure réglementation et une subsidiarité active du CdR, dont l’objectif est de créer des synergies entre les outils du Comité pour améliorer la réglementation et promouvoir la subsidiarité (monitorage de la subsidiarité, analyse d’impact territorial, test rural, prospective stratégique et évaluations du réseau RegHub);

29.

insiste sur l’importance d’un processus législatif transparent et encourage, à cet égard, la Commission à renouveler les activités de la plateforme «Prêts pour l’avenir», outil qui a permis de travailler de manière stratégique et analytique. La plateforme a émis des avis visant à simplifier la législation de l’Union, nouvelle et existante, et à réduire les coûts inutiles de mise en œuvre. Grâce à la participation de membres du CdR et du réseau RegHub, la Commission peut obtenir de précieuses informations auprès d’experts régionaux et locaux au sujet de la mise en œuvre de la législation européenne;

30.

souligne qu’il importe de maintenir la distinction entre les directives et les règlements, conformément au traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et met en garde contre la tendance à un recours accru aux règlements; invite la Commission à recourir, dans la mesure du possible, à des directives lorsque les règlements sont difficiles à adapter aux circonstances nationales, ou bien au système administratif et à la législation nationale; avertit qu’en optant toujours plus pour des règlements européens plutôt que pour des directives, on risque d’affaiblir la capacité d’adaptation des administrations régionales, en particulier celle des collectivités régionales dotées de pouvoirs législatifs. Or il est essentiel de conserver une marge d’adaptation à l’échelon national et régional pour garantir une application efficace du droit de l’Union;

31.

fait valoir que des règlements trop détaillés contenant des règles de procédure ainsi que des délais courts et divergents risquent de nuire à la simplicité comme à l’efficacité de la législation, car ils seront difficiles à mettre en œuvre dans le contexte local; rappelle à cet égard que les principes de subsidiarité et de proportionnalité revêtent de l’importance dans la procédure législative car ils permettent de réduire le risque de sous-optimisation des processus au niveau local et régional;

Prochaines étapes: partenariat et appropriation commune

32.

approuve la proposition de la Commission d’avancer en renforçant le partenariat et l’appropriation commune, et convient que la participation des collectivités régionales et locales est nécessaire pour transformer ces ambitions en actions concrètes;

33.

souligne que renforcer le rôle du réseau RegHub pourrait contribuer à évaluer de manière efficace et rapide la mise en œuvre de la législation européenne et encourage la Commission et le Parlement européen à utiliser le rapport d’évaluation du réseau RegHub dans leurs travaux visant à améliorer la réglementation; demande une nouvelle fois à la Commission d’utiliser les avis exploratoires élaborés par le CdR lorsqu’elle évalue la mise en œuvre des politiques existantes, et avant d’élaborer de nouvelles propositions politiques;

34.

estime qu’il est nécessaire de clarifier la manière dont les observations issues des dialogues sur la mise en œuvre sont prises en compte dans le cycle annuel de mise en œuvre et de simplification de la Commission. Il convient en particulier de préciser comment ces dialogues contribuent à l’élaboration de mesures de simplification, et de quelle façon ils seront intégrés au prochain programme de travail de la Commission, afin de garantir un processus continu et structuré dans le cadre duquel des observations et des informations pratiques contribuent en permanence à améliorer la législation;

35.

est d’avis que la participation des collectivités régionales et locales peut apporter des informations importantes pour garantir que les propositions de simplification n’auront pas d’effets imprévus, potentiellement asymétriques, sur les différents territoires de l’Union européenne. Les analyses d’impact territorial sont un outil utile à cette fin, les propositions pouvant favoriser par inadvertance certaines régions ou communes par rapport à d’autres, aggravant ainsi les disparités régionales;

36.

indique, comme l’a souligné la task-force «Subsidiarité, proportionnalité et “faire moins mais de manière plus efficace”», que les mesures de simplification doivent inclure des dispositions garantissant une répartition équitable; demande qu’un équilibre soit trouvé entre agir rapidement et consulter les parties prenantes de manière approfondie, conformément aux lignes directrices et aux outils de la Commission en matière de qualité; constate que le train de mesures «omnibus» a été élaboré très rapidement, ce qui n’a pas laissé le temps de traiter ces propositions et d’en assurer l’ancrage de manière adéquate;

37.

invite les administrations nationales comme les collectivités régionales et locales à appliquer le principe de simplification équivalent lorsqu’elles mettent en œuvre la législation européenne à leur niveau. En mettant l’accent sur une législation simple et de qualité et en imposant des obligations claires aux citoyens et aux entreprises, les autorités compétentes peuvent créer une législation plus efficace et plus transparente, assortie d’une charge administrative réduite et qui réponde mieux aux différents besoins des communautés locales et des entreprises;

38.

plaide pour que la législation européenne soit systématiquement soumise au test PME, afin qu’il soit possible d’en évaluer les effets sur ce groupe et de justifier, le cas échéant, la mise en place de mesures de soutien, de simplification ou d’exonération.

Bruxelles, le 3 juillet 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4414/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)