Avis du Comité européen des régions — Pacte pour une industrie propre
| CELEX | 52025IR1152 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 2 juillet 2025 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/4412 | 29.8.2025 |
Avis du Comité européen des régions
Pacte pour une industrie propre
(C/2025/4412)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)
Le pacte pour une industrie propre et la nécessité d’accroître la compétitivité de l’Union européenne
| 1. | se félicite du pacte pour une industrie propre, car il constitue une stratégie de croissance, attendue de longue date, visant à décarboner les industries de l’Union européenne et à en stimuler la compétitivité, tout en avançant sur la voie d’une économie plus durable, résiliente, numérisée et innovante, et en faisant en sorte que les collectivités locales et régionales obtiennent un appui financier et technique qui soit approprié et équitable, de sorte à rendre la compétitivité juste du point de vue territorial et social; ledit pacte fait écho aux rapports élaborés par MM. Draghi, Letta et Niinistö, et s’inscrit dans la logique de la boussole pour la compétitivité de l’Union; |
| 2. | approuve l’importance qu’attache ce pacte aux desseins d’améliorer les débouchés commerciaux de la décarbonation industrielle et d’attirer les investissements en faveur de l’industrie, des infrastructures, de l’énergie, de la circularité et des matières premières, et par voie de conséquence, de développer plus avant l’innovation, de soutenir les technologies propres de pointe et de promouvoir le développement des compétences, sur la base d’un cadre d’action stable et à long terme, ainsi que des emplois de qualité; |
| 3. | se félicite de l’engagement pris par le pacte pour une industrie propre de faire de l’Union une économie décarbonée d’ici à 2050 en tant qu’il s’agit d’un «puissant moteur de croissance et de prospérité» et, partant, de compétitivité, notamment grâce à l’objectif intermédiaire de réduction de 90 % des émissions nettes de gaz à effet de serre à l’horizon 2040; |
| 4. | appelle à resserrer la coopération avec les partenaires internationaux qui partagent les mêmes valeurs, tels que les États membres de l’Association européenne de libre-échange et le Royaume-Uni, tout en prenant en considération la stratégie «Global Gateway» de l’Union; considère que le marché unique doit garantir des conditions de concurrence équitables, que ce soit au sein de l’Union, où il convient d’éviter la compartimentation et les entraves à la compétitivité, ou à l’égard des partenaires extérieurs, en assurant la loyauté de la concurrence, notamment en matière de droits de douane, d’aides d’État et d’autres obstacles; fait valoir que face à la concurrence déloyale de pays tiers et aux surcapacités, il s’impose de protéger l’industrie européenne grâce à une panoplie d’instruments relevant de la défense commerciale ou d’une autre nature, comme le mécanisme d’ajustement aux frontières; |
| 5. | met en relief la nécessité d’affirmer la dimension territoriale et de soutenir les écosystèmes régionaux de sorte à garantir une mise en œuvre efficace, ainsi que d’adopter une approche territorialisée grâce à des partenariats entre tous les échelons des pouvoirs publics, en tenant compte de la diversité des atouts et des points faibles que les territoires en Europe présentent sur le plan industriel, ainsi que de la répartition des compétences au sein des États membres; |
| 6. | invite la Commission à œuvrer avec lui-même d’une manière plus resserrée et plus stratégique afin de mettre en œuvre une politique industrielle territorialisée, en facilitant les dialogues territoriaux; |
Vers une politique industrielle compétitive et durable du point de vue social et environnemental
| 7. | demande instamment à tous les échelons de conserver une approche globale car elle constitue un point de départ pour le développement et la croissance, y compris la résilience, les objectifs à long terme concernant la neutralité climatique, la circularité, la diversité biologique, la durabilité sociale et la cohésion, sur la base d’un modèle européen robuste d’économie sociale de marché; réitère avec force ses appels en faveur d’un cadre stratégique européen pour une transition juste, qui tienne compte de la diversité des conditions de tous les territoires de l’Union, tels que les régions périphériques, insulaires, rurales et urbaines, et celles dont la population est clairsemée ou vieillissante; |
| 8. | salue l’objectif fixé par la Commission de parvenir à une réduction des coûts liés à l’ensemble des charges administratives de 25 % pour toutes les entreprises et de 35 % pour les PME, et rejoint les analyses que fait la boussole pour la compétitivité quand elle estime que pour rétablir la compétitivité de l’Europe, il faut aller beaucoup plus loin qu’auparavant dans l’allègement des formalités administratives, tout en faisant valoir que la cohérence et la certitude réglementaires sont tout aussi déterminantes pour favoriser l’investissement et la compétitivité à long terme; se félicite des «paquets “omnibus” I et II» qui introduisent une conception plus ciblée de la publication d’informations en matière de durabilité et d’autres mesures de simplification de la politique industrielle prévues pour les entreprises et l’industrie, en particulier les PME; estime qu’il convient de veiller tout particulièrement à ce qu’une réduction de la réglementation pour le secteur privé ne se traduise pas pour le secteur public par un surcroît de charges administratives, d’efforts pour établir des rapports ou d’obligations de vigilance; |
| 9. | rappelle qu’il demande que la question du financement de la transition juste devienne un élément essentiel d’une politique de cohésion réformée et renforcée qui se concentre sur l’anticipation du changement, afin de soutenir les régions confrontées à la transformation des industries stratégiques qui, énergivores, très émettrices de gaz à effet de serre et à forte intensité de main-d’œuvre, n’en jouent pas moins un rôle essentiel pour la résilience et l’autonomie stratégique de l’économie européenne; |
| 10. | demande d’accroître la cohérence de l’action publique entre la politique industrielle de l’Union, sa politique en matière de changement climatique et l’ambition qu’elle affiche en faveur d’une pollution zéro et d’un environnement exempt de substances toxiques; défend à cet égard fermement le principe du «pollueur-payeur», la responsabilité des producteurs et une perspective d’amont, passant par une réduction des incidences à la source et une réglementation fondée sur les risques qui soit adaptée aux conditions locales, par exemple afin de préserver des ressources en eau résilientes pour les habitants et l’industrie; estime qu’il convient de faire jouer la responsabilité des producteurs de sorte que son dispositif ne donne pas lieu à une charge administrative excessive pour le secteur public; |
| 11. | propose que soient élaborées, au niveau de l’Union, des feuilles de route sectorielles pour les technologies stratégiques et les matériaux de base, et demande qu’il soit recouru à une approche coordonnée des instruments en matière de climat, d’énergie, de commerce et de politique sociale afin de garantir une transformation industrielle cohérente et fondée sur des données scientifiques; |
| 12. | met en évidence que la transition industrielle vers la neutralité climatique produit des effets asymétriques sur les territoires, en particulier dans les régions d’implantation d’industries à forte intensité énergétique, où elle entraîne des pertes d’emplois et oblige à changer radicalement de modèle d’économie et de développement. Ces mutations structurelles doivent donner lieu à un soutien spécifique de l’Union, qui vise à garantir une transition juste, tout en prévoyant aussi de continuer à épauler les régions actuellement en transition; se félicite de l’initiative visant à créer un observatoire européen de la transition équitable, en soulignant l’importance de suivre de près l’impact de la transition sur les industries et les régions de l’Union et de garantir une base empirique solide pour un processus législatif éclairé; |
| 13. | souligne la nécessité d’approfondir le marché unique en harmonisant les réglementations et les systèmes de certification des produits et des services, en simplifiant les procédures pour les opérations transfrontières, et en développant des outils réglementaires, des plateformes et des bases de données communs; |
Les collectivités locales et régionales, autant de plateformes pour l’innovation, la croissance et la transition
| 14. | souligne qu’une autonomie locale et régionale forte et efficace, pourvue d’une autonomie budgétaire adéquate, est essentielle pour enclencher la transition tout en respectant les principes de subsidiarité active et de proportionnalité et la répartition des compétences au sein de l’Union; |
| 15. | souligne le rôle insigne des collectivités locales et régionales, qui constituent autant de moteurs indispensables de la compétitivité et de facilitateurs d’écosystèmes d’investissement inclusifs, dès lors qu’elles mettent en œuvre le programme stratégique de l’Union sur le terrain et soutiennent efficacement les écosystèmes d’innovation grâce à leur connaissance approfondie des conditions et des enjeux, laquelle constitue la clé des avantages concurrentiels en faveur du développement industriel; il conviendrait de donner aux collectivités locales et régionales les moyens d’accéder à des instruments financiers spécifiques pour les priorités stratégiques comme la double transition écologique et numérique, et ce grâce à une aide au développement de projets qui soit à la fois uniformisée et adaptable; |
| 16. | met en avant la capacité des collectivités locales et régionales à créer des conditions propices pour les industries et les entreprises au moyen du milieu géographique et naturel, des infrastructures, de la planification, des services et équipements publics, des dialogues avec les citoyens, des marchés publics et des investissements, de l’éducation et de l’offre de compétences; |
| 17. | soutient qu’il est nécessaire d’agir pour corriger les distorsions de compétitivité industrielle qui résultent de l’insularité ou de l’ultrapériphéricité géographique, en veillant à prévoir des programmes visant spécifiquement à stimuler les écosystèmes de l’industrie dans les îles et les régions ultrapériphériques; |
| 18. | souligne qu’il est nécessaire de maintenir la contribution apportée par les programmes de la politique de cohésion, en ce qu’ils jouent un rôle moteur pour la planification à long terme et une coopération efficace entre les différents échelons de gouvernement sur la voie d’une transition, d’un développement et d’une croissance propres et justes; |
L’économie circulaire et les ressources — spécialisation et innovation
| 19. | réaffirme le caractère essentiel que revêtent pour la compétitivité et la résilience une stratégie territorialisée et des stratégies de spécialisation intelligente, s’appuyant sur les avantages comparatifs et créant les conditions propices aux nouvelles technologies; lier les stratégies locales aux cadres paneuropéens d’innovation et de transformation industrielle permet d’assurer la cohérence des instruments de la politique de cohésion avec les objectifs stratégiques de l’Union, par exemple en installant dans les administrations des dispositifs numériques qui, fondés sur ces technologies de spécialisation intelligente, offrent les moyens de recenser et d’évaluer les ressources minérales liées aux matières premières critiques; grâce à cette démarche, il est possible de s’assurer que les initiatives régionales répondent aux besoins locaux tout en contribuant, dans le même temps, à la transition écologique et à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement; |
| 20. | se félicite du nouveau programme européen d’innovation visant à imprimer un nouvel élan aux écosystèmes de recherche et d’innovation et à les conforter, ainsi qu’à réduire la fracture de l’innovation grâce à des initiatives telles que les vallées régionales de l’innovation, souvent dans l’optique de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles et de réaliser une économie circulaire; |
| 21. | souligne que les stratégies de spécialisation intelligente devraient en priorité intégrer la transition écologique des systèmes industriels et le développement de l’économie circulaire en tant qu’axes stratégiques, afin de garantir une meilleure articulation entre les cadres d’innovation et les processus de transformation industrielle; |
| 22. | souligne qu’il s’impose d’accélérer l’adoption des principes de l’économie circulaire consistant à «réduire, réutiliser et recycler»; fait valoir que la circularité ne doit pas se limiter uniquement à recycler, mais aussi s’attacher, entre autres, à concevoir les produits de manière intelligente afin de s’assurer qu’ils soient durables, réparables et réutilisables, en tenant compte de l’efficacité des matériaux, ainsi qu’à développer des marchés opérationnels pour les matières premières secondaires; |
| 23. | se félicite, dans ce contexte, de la proposition d’acte législatif sur l’économie circulaire et des pôles de circularité transrégionaux afin de promouvoir la spécialisation intelligente et les économies d’échelle pour le recyclage; invite la Commission à veiller à ce que les collectivités locales et régionales, les réseaux concernés et le CdR soient dûment associés à la conception de ces pôles; |
| 24. | s’agissant des PME, insiste sur la nécessité, pour réduire le fossé en matière d’innovation et passer aux technologies à émission «zéro net» et parce que ces entreprises font partie intégrante des chaînes de valeur industrielles qui occupent une place centrale dans le pacte pour une industrie propre, de les soutenir grâce à des mesures spécifiques et adaptées, à travers une approche globale qui permettra de répondre à leurs besoins et d’exploiter leur potentiel de production dans toutes les régions d’Europe; souligne également que les critères de propriété publique ne sauraient priver les entreprises locales de services publics de la possibilité de profiter des possibilités de financement et des mesures de réduction de la charge administrative dont bénéficient les PME; |
| 25. | réaffirme que les collectivités locales et régionales jouent un rôle important d’incubateurs de l’innovation grâce à des partenariats entre les secteurs public, privé et universitaire; fait valoir par conséquent qu’il est nécessaire d’intensifier la coopération entre les jeunes pousses, les PME, les grandes entreprises et les organisations publiques; les bancs d’essai partagés, les marchés publics en matière d’innovation, la numérisation et l’accès au financement sont autant de facteurs déclencheurs de nouvelles solutions et du passage à une échelle supérieure; |
| 26. | met en relief la capacité des collectivités locales et régionales à favoriser, de concert avec les investisseurs commerciaux, des symbioses industrielles dans le cadre desquelles les services d’intérêt général, tels que la gestion des déchets, l’approvisionnement en eau et le traitement des eaux usées ou la production et la récupération d’énergie, peuvent contribuer à susciter des grappes d’entreprises qui transforment des ressources locales, naturelles, matérielles, énergétiques et industrielles, ferment la boucle des flux de ressources et produisent de l’énergie renouvelable; |
| 27. | demande de supprimer, à l’occasion de la révision des directives relatives aux marchés publics, le «critère d’activité» dans le cadre de la coopération entre entités publiques afin d’apporter une plus grande clarté juridique et de mettre les entités publiques en mesure d’œuvrer de concert à offrir des services, par exemple dans les domaines du traitement des déchets, de l’énergie, de l’approvisionnement en eau et du traitement des eaux usées; |
L’économie circulaire et les ressources — procédures d’autorisation et planification
| 28. | fait valoir la nécessité d’accroître l’efficacité et le parallélisme des procédures d’autorisation, grâce à un surcroît de numérisation et à une réduction du nombre de leurs étapes, tout en ménageant un temps suffisant pour le déroulement des processus démocratiques locaux et régionaux, de sorte à faire émerger des solutions adaptées au niveau local, en particulier dans le contexte des exigences relatives au traitement accéléré des projets relevant de dossiers sectoriels, par exemple en ce qui concerne le règlement pour une industrie «zéro net» et celui sur les matières premières critiques; |
| 29. | souligne que les nouveaux mécanismes juridiques de l’Union tels que les guichets uniques, les points de contact uniques, les zones d’accélération et les projets stratégiques mis en place pour favoriser la simplification des procédures d’autorisation, aux fins par exemple de l’aménagement du territoire nécessaire pour enclencher la transition, doivent respecter les différences dans la répartition des tâches et des compétences locales et régionales au sein des États membres; estime que la simplification des procédures d’autorisation, dans le cadre de la transition de l’industrie et des sociétés vers la neutralité carbone, doit également laisser de la marge pour des évaluations suffisantes, afin d’éviter des incidences disproportionnées sur la diversité biologique, l’état des eaux ou la santé de l’environnement; |
| 30. | demande que la réglementation de l’Union visant à faire fonctionner les préceptes de l’économie circulaire et à faire valoir le principe du pollueur-payeur s’applique non seulement aux producteurs européens mais également à ceux des produits importés de pays tiers; il s’agit notamment de remédier à l’augmentation des importations directes d’articles tels que les vêtements et l’électronique; il y a lieu que ces produits importés prennent en compte les mesures et les coûts que nécessiteront leur élimination et leur recyclage, ainsi que ceux qui découlent de leurs autres incidences sur l’environnement, et que les efforts en matière de recherche visant à déterminer ces coûts soient renforcés; une concurrence loyale suppose en effet d’appliquer des règles identiques à tous les producteurs, quel que soit le lieu où est implanté leur siège social ou leur site de production; |
Investir et financer — mobiliser les capitaux
| 31. | souligne qu’il importe de développer les marchés financiers de l’Union et, pour ce faire, de parachever l’union de l’épargne et des investissements, de sorte à mobiliser à grande échelle les capitaux privés et à fédérer fonds publics et investissements privés au moyen de mécanismes existants et de nature novatrice; |
| 32. | estime que de manière générale, les prêts devraient être neutres sur le plan technologique et s’axer sur le marché, en mettant, ce faisant, l’accent sur le soutien aux PME, tout en tenant compte de la nécessité d’orienter les financements vers les entreprises de toutes tailles et les infrastructures critiques, sur la base des priorités en matière d’autonomie stratégique et de durabilité, afin de réduire les risques liés aux investissements; |
| 33. | estime que le déficit d’investissement persistant nécessite une capacité d’investissement accrue au niveau de l’Union qui soit fondée sur la gestion partagée, la gouvernance à plusieurs niveaux, le principe de partenariat et une approche territorialisée, et que le débat plus large mené sur le financement du budget à long terme de l’Union après 2027 devrait aborder également la question du recours à une nouvelle émission de dette commune afin de financer des projets d’investissement communs en puisant dans les enseignements tirés de l’instrument NextGenerationEU; l’amélioration de la gouvernance constituera un élément clé de ce débat; |
| 34. | souligne que les collectivités locales, les États membres et l’Union européenne doivent répartir entre eux les coûts, les bénéfices et les risques publics liés au développement industriel, en fonction des responsabilités qui incombent à l’échelon local et à celui des régions au titre des infrastructures nécessaires à l’expansion industrielle, telles que les routes, l’approvisionnement en eau, l’énergie, le logement et l’éducation; fait également valoir qu’il est nécessaire que les acteurs publics et privés partagent les risques associés aux coûts privés du développement industriel; constate que pour les projets industriels comme pour les investissements publics, les risques augmentent du fait d’une accélération du déploiement et d’une exacerbation de la concurrence à l’échelle mondiale; |
| 35. | fait observer qu’il est urgent et nécessaire de mieux coordonner les financements de l’Union afin d’aider les collectivités locales et régionales et l’industrie à trouver les ressources appropriées et à accéder aux instruments financiers sans qu’elles soient confrontées à de lourdes charges administratives; estime qu’il convient de respecter le principe de gouvernance à plusieurs niveaux et d’assurer la participation de l’échelon régional et local à l’administration des financements de l’Union destinés à être répartis par l’échelon national, tout en veillant cependant à préserver les garde-fous contre une utilisation illicite des fonds publics et en garantissant que les collectivités locales et régionales puissent accéder plus aisément à des instruments de financement mixte, à des prêts à des conditions préférentielles et à un soutien consultatif; |
| 36. | souligne que le futur Fonds pour la compétitivité, qui devrait devenir une composante à part entière du prochain cadre financier pluriannuel, devra respecter les principes régissant la subsidiarité, adopter une approche territorialisée et renforcer les écosystèmes régionaux de l’innovation de façon équilibrée, de telle sorte que la décarbonation ne devienne pas un facteur aggravant du déficit de compétitivité, et qu’il conviendra, dans le même temps, qu’il se substitue aux multiples instruments existants qui poursuivent des objectifs analogues et que l’on veille à la clarté et à la transparence des différents outils et des objectifs qu’ils poursuivent, afin d’en assurer l’accessibilité et d’en maximiser ainsi l’impact sur les entreprises de toutes tailles; |
| 37. | insiste sur la nécessité d’une coopération structurelle entre les différentes institutions de financement à l’échelon de l’Union, notamment le Groupe Banque européenne d’investissement (GBEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), les institutions financières internationales et les banques privées; |
| 38. | salue le rôle que joue la panoplie des instruments de l’Union en matière de finance durable pour soutenir les entreprises au moyen d’objectifs clairs en matière de durabilité et depuis différents points de départ; |
| 39. | tient pour nécessaire de supprimer les obstacles d’ordre fiscal et comptable, notamment en ce qui concerne les règles d’amortissement des actifs nouveaux et anciens, tout en faisant observer que la politique fiscale relève de la compétence des États membres; |
| 40. | met en avant les possibilités dont disposent le secteur public et les collectivités locales et régionales de créer des instituts de financement de droit public afin de réduire le coût du financement grâce à des économies d’échelle et à des mécanismes de renforcement de la solidité du crédit; |
Investir et financer — les aides d’État
| 41. | se félicite du projet d’encadrement des aides d’État que prévoit le pacte pour une industrie propre, visant à autoriser des aides qui ne faussent pas indûment la concurrence et les échanges, tout en préservant les objectifs de cohésion, et à servir en premier à exercer un effet de levier pour attirer les investissements privés, réduire les risques dont ils s’accompagnent et faciliter l’accès en ce qui concerne les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), qui sont analysés en détail dans une étude du CdR [intitulée «Expériences des collectivités régionales dans le cadre de projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) et suggestions d’amélioration» — mai 2025]; attire l’attention sur des dispositifs d’une efficacité emblématique, tels que les procédures d’appel d’offres et les systèmes de mise aux enchères, ou encore les contrats d’écart compensatoire (CEC), pour la production d’énergie renouvelable; |
| 42. | en plus de ce qui concerne les énergies renouvelables, et conformément à la neutralité technologique, demande que l’encadrement des aides d’État dans le cadre du pacte pour une industrie propre clarifie les règles en matière d’aides d’État pour le déploiement des chaînes d’approvisionnement et des technologies nucléaires et facilite l’évaluation en temps utile des projets nucléaires; |
| 43. | propose que les aides d’État soutiennent également la cohésion territoriale au moyen de critères d’éligibilité territorialisés, en veillant à ce que les entreprises publiques locales et les coopératives ne soient pas exclues du dispositif du fait qu’elles ressortissent à une structure de propriété publique; |
Les débouchés commerciaux de la décarbonation industrielle — marchés publics
| 44. | reconnaît que les marchés publics constituent un excellent levier pour poursuivre des visées et des priorités stratégiques, y compris la durabilité et la résilience. Avec les règles actuellement en vigueur en matière de marchés publics, de telles visées et priorités sont déjà mises en œuvre dans de nombreuses procédures de passation de marchés de l’Union, et leur prise en compte pourrait être encore davantage facilitée; se félicite de l’intention d’introduire des critères de durabilité et de circularité ainsi qu’un critère de préférence européenne afin de stimuler la demande de produits propres européens, lorsque cela est cohérent avec les priorités en matière d’autonomie stratégique et de durabilité; estime toutefois que les nouvelles exigences juridiques doivent être proportionnées, ne comporter qu’une charge administrative limitée et ne pas porter atteinte à la fonction fondamentale des marchés publics, qui consiste à conclure des contrats et à acquérir des fournitures pour répondre aux besoins du pouvoir adjudicateur en fonction de ses moyens. Il est toujours préférable de hiérarchiser les priorités et de déterminer quels éléments devraient concrètement avoir le plus de poids dans l’attribution des marchés publics là où lesdits marchés sont mis en œuvre et où les produits et services en question seront utilisés; considère qu’il convient d’aborder la question des conséquences financières des critères de préférence européenne, et notamment celle d’une compensation à accorder individuellement à chaque collectivité locale et régionale au titre des coûts supplémentaires considérables qu’elle serait de ce fait amenée à supporter; |
| 45. | met en avant la possibilité de faciliter les marchés publics en recourant à l’empreinte carbone et environnementale des produits, définie de manière transparente, ainsi qu’à des labels de décarbonation volontaires; plaide également en faveur des initiatives en matière de marchés publics et de celles d’acheteurs privés, approuvées par l’Union, qui ont pour but de mettre au point de nouveaux produits; |
| 46. | s’agissant des règles en matière d’aides d’État, souligne que les différences entre celles qui s’appliquent aux projets financés dans le cadre de programmes gérés de manière centralisée, comme Horizon Europe, et celles qui concernent les financements au titre de la politique de cohésion entraînent des distorsions inutiles, ce qui appelle une rationalisation; |
| 47. | réclame que les directives sur les marchés publics fassent office de lex generalis dans le cadre de la révision, en définissant de ce fait les règles qui régissent les modalités d’acquisition («comment acheter»), tandis que des textes législatifs et des normes spécifiques de portée sectorielle détermineront «ce qu’il convient d’acheter»; |
| 48. | appelle à adopter une approche systémique face à la multiplication du nombre d’exigences découlant de «dossiers sectoriels» qui imposent une charge administrative considérable, à l’exemple du règlement pour une industrie «zéro net» et de la directive relative à l’efficacité énergétique, avec les obligations qu’ils créent en matière d’établissement de rapports; estime qu’un nouveau cadre cohérent en matière d’élaboration de rapports est nécessaire pour rationaliser la collecte de données, notamment grâce à la publication automatisée de rapports en matière de durabilité, de sorte qu’il soit possible d’abandonner le système actuel, d’ores et déjà obsolète, qui est fondé sur la notification et de passer à un dispositif reposant sur les transactions; relève que la charge afférente pourra être rationalisée par l’implantation de nouvelles technologies dans la gestion administrative, notamment grâce à l’intelligence artificielle (IA); |
| 49. | demande d’assouplir les restrictions qui pèsent sur la modification des contrats, afin de favoriser l’adoption des nouvelles technologies et des innovations, ainsi que sur les exigences en matière de valeurs maximales et de volume pour les contrats-cadres; |
| 50. | fait valoir que des procédures de passation de marchés bien structurées peuvent, et devraient, lorsque c’est pertinent, intégrer la durabilité et l’innovation comme critères, et ce, que le prix ou la qualité soient ou non le critère premier; |
Compétences et emplois de qualité
| 51. | fait valoir qu’il importe que les collectivités locales et régionales coopèrent avec les entreprises, les universités et les écoles professionnelles afin de créer des écosystèmes de développement des compétences, d’innovation et d’entreprises dans le domaine des technologies propres et circulaires et des systèmes énergétiques afin de renforcer les qualifications et de remédier aux pénuries de métiers, en fonction des besoins au sein de leur région; estime qu’une reconnaissance plus explicite du rôle des collectivités locales et régionales renforcerait l’efficacité du pacte pour une industrie propre; |
| 52. | souligne l’importance que la qualité de l’enseignement primaire et secondaire revêt pour constituer une main-d’œuvre capable de s’adapter, faciliter les changements structurels et améliorer l’adéquation de l’offre et de la demande sur le marché du travail, et insiste sur le rôle que joue l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) dans la transition écologique et celle du numérique; |
| 53. | plaide derechef en faveur de systèmes interopérables et d’une reconnaissance des compétences à l’échelle de l’Union afin d’assurer la transférabilité et la reconnaissance des compétences et des microcertifications; |
| 54. | se félicite de l’initiative de «l’union des compétences», qui met en avant que pour dispenser une éducation efficace aux jeunes et aux adultes, il s’impose également d’appuyer le reclassement, le perfectionnement et la reconversion professionnels; est d’avis qu’il convient d’accorder la priorité aux initiatives qui associent la formation à un emploi stable, ainsi qu’aux efforts déployés afin de réduire les obstacles structurels; |
L’approvisionnement en énergie et son caractère abordable
| 55. | souligne qu’une production d’énergie sûre et abordable est une condition préalable à la compétitivité et à la résilience industrielles; fait valoir que les entreprises de l’Union sont confrontées à des prix de l’électricité et du gaz nettement plus élevés que les États-Unis, la Chine et d’autres acteurs mondiaux, ce qui représente un désavantage important sur le plan de la compétitivité, en particulier pour les industries européennes à forte intensité énergétique; |
| 56. | souligne qu’il est urgent d’accroître la production et la fourniture d’énergie propre au sein de l’Union afin d’alléger la facture énergétique pour ses industries, ses entreprises et ses ménages, d’asseoir sa compétitivité et sa sécurité d’approvisionnement tout en décarbonant le secteur énergétique et en luttant dans le même temps contre la précarité énergétique; |
| 57. | demande la mise en place d’un cadre contraignant de l’Union pour supprimer progressivement toutes les subventions directes et indirectes en faveur des combustibles fossiles d’ici à 2030, et pour réaffecter ces fonds aux priorités en matière de transition juste, notamment aux transports publics, à l’efficacité énergétique et au soutien aux ménages vulnérables, en prêtant attention aux spécificités technologiques, sectorielles et régionales; |
| 58. | fait observer que les collectivités locales et régionales sont à même de jouer un rôle moteur dans l’approvisionnement local en électricité, chauffage, refroidissement et combustibles à faible intensité de carbone, ainsi que dans la distribution et l’efficacité énergétique, grâce à leurs activités et équipements publics et au soutien qu’elles dispensent à leurs habitants, aux communautés énergétiques et aux acteurs commerciaux; |
| 59. | souligne qu’il est nécessaire que le cadre de l’Union maintienne en matière de décarbonation une approche neutre sur le plan technologique; estime que les États membres devraient disposer de la souplesse nécessaire pour adopter des bouquets d’approvisionnement et des solutions systémiques qui soient pertinentes, y compris le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, conformément aux objectifs en matière de climat, de résilience et de compétitivité; se félicite, à cet égard, de la reconnaissance de l’énergie nucléaire en tant que technologie stratégique pour la décarbonation de l’Union dans le règlement pour une industrie «zéro net», et demande que les technologies nucléaires, y compris la fusion, soient davantage promues dans la stratégie de l’Union en faveur de la décarbonation et de la sécurité énergétique; |
| 60. | appelle de ses vœux une stratégie spécifique de l’Union et un cadre de financement pour le captage, l’utilisation et le stockage du dioxyde de carbone; |
| 61. | plaide en faveur du renforcement des réseaux de transport et de distribution et d’une interconnexion accrue entre les réseaux nationaux et régionaux afin d’étendre les marchés et d’accroître la stabilité et la résilience globales de l’approvisionnement énergétique ainsi que sa sécurité; estime qu’il s’impose que chaque État membre développe ses systèmes énergétiques en fonction de ses prévisions d’augmentation de la consommation et en étroite coopération avec ses voisins; |
| 62. | reconnaît le rôle stratégique des ports en tant que pôles multimodaux pour la décarbonation industrielle, la production d’énergie propre et la logistique, y compris la distribution d’hydrogène, la fourniture d’électricité à faible intensité de carbone aux navires, l’électrification portuaire et les services d’économie circulaire; |
| 63. | appelle à élaborer la réglementation du marché de l’électricité de l’Union de sorte à mettre davantage l’accent sur la demande de puissance maximale, par exemple en ne traitant pas les mécanismes de capacité comme des aides d’État; |
| 64. | réclame un déploiement rapide des énergies renouvelables, tenant dûment compte de la capacité du réseau et des pics de puissance; |
| 65. | demande que la taxinomie de l’Union n’exclue pas l’utilisation de biogaz qui satisfait aux critères de durabilité posés par la réglementation, tout en garantissant des conditions de concurrence équitables entre la bioénergie et les bioplastiques pour l’utilisation et la disponibilité de la biomasse dans le cadre d’une politique globale; considère en outre qu’il convient d’encourager une récupération efficace de l’énergie dégagée lors de l’incinération des déchets impropres au recyclage, en tenant dûment compte de l’innovation et des évolutions en matière de recyclage des déchets; |
| 66. | met en avant le potentiel que recèle le chauffage urbain pour valoriser les flux secondaires de l’industrie et récupérer la chaleur provenant des industries et d’autres sources, tout en étant favorable à l’équipement en pompes à chaleur efficaces, en particulier dans les zones dépourvues de chauffage urbain; |
| 67. | fait observer qu’il est nécessaire d’exploiter davantage les possibilités dont disposent les États membres pour indemniser d’une part l’industrie — tout particulièrement les secteurs considérés comme critiques et à haute intensité énergétique —, les PME et les ménages au titre des coûts élevés de l’électricité, à partir des bénéfices excessifs dégagés sur le marché de l’électricité du fait de la tarification marginale, et d’autre part l’industrie au titre des coûts excessivement lourds associés au système d’échange de quotas d’émission; juge, dans le même temps, qu’il convient de ne pas supprimer les mesures incitatives en faveur des industries qui ont déjà éliminé leurs émissions d’origine fossile; |
| 68. | attire l’attention sur les travaux qu’il a menés en son sein sur le plan d’action pour une énergie abordable et sur ceux de son groupe de travail «Pacte vert — Investir l’échelon local»; |
Marchés mondiaux et partenariats internationaux
| 69. | plaide en faveur de politiques qui, dans le domaine du commerce libre et équitable et en matière industrielle, œuvrent de manière concertée afin de protéger les industries régionales contre une concurrence extérieure déloyale; met en avant la nécessité de partenariats pour des échanges et des investissements propres, qui englobent également les PME, afin de diversifier les chaînes d’approvisionnement, de remédier aux dépendances et vulnérabilités stratégiques et de conclure des accords mutuellement bénéfiques avec des partenaires à travers le monde; ces partenariats devront inclure des normes en matière de durabilité, de travail et de transparence afin de garantir l’équité et la résilience; estime qu’il s’impose aussi de disposer d’un marché unique vigoureux pour les matières premières secondaires; |
| 70. | entrevoit dès à présent la nécessité de réglementations mieux coordonnées pour le filtrage et la surveillance des investissements directs étrangers, afin de favoriser le développement et l’emploi sans compromettre les intérêts de l’Union européenne en matière de sécurité. |
Bruxelles, le 2 juillet 2025.
La présidente
du Comité européen des régions
Kata TÜTTŐ
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/4412/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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