SYNTHÈSE
Avec l’entrée en vigueur du pilier technique du 4e paquet ferroviaire, les responsabilités de l’Agence de l’Union européenne pour les chemins de fer (AFE) ont été considérablement étendues. L’AFE est devenue un organe de l’UE chargé de prendre des décisions avec effet sur l’ensemble du réseau ferroviaire européen, d’autoriser l’exploitation de véhicules ferroviaires, de certifier les systèmes de gestion de la sécurité des entreprises ferroviaires et d’approuver les projets au sol pour l’ERTMS (système européen de gestion du trafic ferroviaire). En outre, le 4e paquet ferroviaire a renforcé le rôle de l’AFE dans le contrôle des autorités nationales de sécurité, lors de la supervision du secteur ferroviaire des pays, et a renforcé ses pouvoirs dans le cadre de sa coopération avec les États membres et la Commission afin de supprimer les règles nationales redondantes.
Le champ d’application de cette évaluation est défini par l’article 82, paragraphes 1 et 2 du règlement (UE) 2016/796 (règlement ERA). Conformément à l’article 82, paragraphe 1, la Commission doit évaluer l’impact, l’efficacité et l’efficience de l’Agence et de ses méthodes de travail et répondre à tout besoin constaté de modifier le mandat de l’AFE. En outre, l’article 82, paragraphe 2, impose à la Commission d’évaluer le fonctionnement (1) du double système d’autorisation des véhicules et du système de certification de sécurité, (2) du guichet unique (OSS), une application numérique gérée par l’Agence pour faciliter les applications du secteur ferroviaire et du secteur de l’approvisionnement ferroviaire à l’AFE ou aux autorités nationales de sécurité (ANS), et (3) de la mise en œuvre harmonisée de l’ERTMS dans l’Union. Bien que cette évaluation constitue formellement la première évaluation de l’Agence, elle remplit également l’obligation énoncée à l’article 82, paragraphe 4, d’évaluer les résultats obtenus par l’AFE au regard de son mandat, de ses objectifs et de ses tâches.
Principales constatations
L’évaluation conclut que l’AFE est pertinente pour les besoins actuels et futurs du secteur ferroviaire européen en ce qui concerne l’amélioration de la sécurité et la réalisation de l’interopérabilité et d’un marché ferroviaire unique harmonisé. Il existe toutefois des inquiétudes quant à la capacité de l’Agence à accomplir ses tâches d’autorisation, telles que la gestion d’une demande accrue d’autorisation de véhicules, sans répercussions négatives sur ses missions stratégiques, telles que l’élaboration de nouvelles exigences techniques et opérationnelles communes de l’UE ou de méthodes de sécurité communes à l’appui de la numérisation et de la modernisation des chemins de fer de demain tout en améliorant la sécurité, ainsi que la suppression des règles nationales et le contrôle des ANS.
En ce qui concerne l’efficacité, l’AFE a apporté une contribution positive dans tous les domaines où elle était censée jouer un rôle dans le cadre du 4e paquet ferroviaire, et elle a également joué un rôle positif dans le développement de l’espace ferroviaire unique européen (EFUE), même si le niveau de contribution attendu n’a pas été atteint dans tous les domaines. En outre, le nouveau système d’autorisation n’a pas encore réduit de manière égale la charge administrative pour tous les demandeurs ni permis de réaliser les économies de coûts plus importantes attendues au moment de l’adoption du 4e paquet ferroviaire. Certains processus mis en place dans le cadre du 4e paquet ferroviaire ont créé des dépendances complexes, qui ne contribuent pas aux objectifs d’efficacité ou de réduction des coûts.
L’analyse de l’efficacité a montré que la réalisation partielle et inégale des objectifs de l’AFE a été assurée avec un niveau insuffisant de ressources disponibles. Les ressources humaines mises à la disposition de l’Agence pour la mise en œuvre du 4e paquet ferroviaire ont en effet été nettement inférieures aux prévisions figurant dans l’analyse d’impact de 2013.
Les principaux problèmes/besoins recensés dans l’analyse d’impact de 2013 et au moment de l’adoption du 4e paquet ferroviaire (notamment les procédures d’autorisation et de certification longues et coûteuses, un manque de modernisation et d’innovation dans le secteur ferroviaire et la nécessité de garantir la sécurité et l’interopérabilité des opérations ferroviaires) sont toujours d’actualité aujourd’hui, malgré d’indéniables progrès.
Le mandat de l’AFE semble largement cohérent tant avec la législation générale qu’avec les initiatives spécifiques visant à créer l’EFUE. En particulier, l’objectif de l’EER consistant à garantir des niveaux élevés d’interopérabilité dans l’ensemble des infrastructures et équipements ferroviaires de l’UE est pleinement cohérent avec le processus de libéralisation et les initiatives pertinentes de développement des infrastructures, car il constitue un catalyseur essentiel de ces politiques. Toutefois, il est difficile de parvenir à une plus grande harmonisation technique et de soutenir la numérisation et la modernisation de l’ensemble de l’industrie dans le cadre du mandat actuel et avec les ressources disponibles. En ce qui concerne la cohérence avec les objectifs stratégiques généraux de l’UE, par son incidence sur l’EFUE, l’AFE contribue indirectement à accélérer la transition vers une mobilité durable et intelligente, conformément à l’objectif de l’UE de réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant des transports de 90 % d’ici à 2050 par rapport à 1990.
Enfin, l’évaluation a conclu qu’une action au niveau de l’UE a apporté des avantages spécifiques par rapport à l’action menée uniquement au niveau national, ce qui a permis d’accroître l’efficacité et l’efficience. Une action nationale serait très probablement en mesure de traiter certains aspects de la sécurité dans les réseaux nationaux respectifs, mais ne peut permettre d’accroître l’interopérabilité et l’harmonisation des opérations dans l’ensemble du réseau de l’UE.
Conclusions
Les conclusions de cette évaluation montrent que l’optimisation des processus et la rationalisation des procédures d’autorisation des véhicules et de certification en matière de sécurité pourraient accroître la valeur ajoutée et les avantages de l’action de l’AFE. En outre, une exécution plus rapide et plus efficace des principales missions et responsabilités de l’AFE, en mettant particulièrement l’accent sur la suppression des règles nationales obsolètes et sur le contrôle des ANS et des organismes d’évaluation de la conformité, aurait permis à l’AFE de répondre plus largement aux attentes concernant son rôle dans le double système. Cela aurait permis d’accélérer l’achèvement d’un EFUE sûr et interopérable ainsi que numérique et moderne.